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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 16:35

YITRO (1996)

 

Yitro (1996) 1ère Partie.

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/yitro_serie_1996/cours_1

Face A

 

J’ai choisi comme sujet la raison importante pour laquelle cette Parashah de la révélation des 10 commandements sur le Sinaï s’appelle la Parashah de Yitro.

La règle générale est que la tradition a choisi le 1er mot important du 1er verset de Parashah pour le choisir comme intitulé de la Parashah.

Ici c’est « Vayishmah Yitro... », il semble donc normal que Yitro ait été choisi pour être le titre de la Parashah.  Cela pose quand même problème puisque c’est la Parashah de la révélation sur le Sinaï et on met en évidence l’importance d’un personnage qui est très lié à Moïse puisqu’il s’agit de son beau-père, mais qui est, jusque-là en tout cas, complètement étranger à Israël.

 

Ce qui pose aussi une question que nous allons aborder : Moïse était chez Jéthro pendant 40 ans. Moïse s’était enfuit d’Egypte, déçu par la civilisation égyptienne et corollairement il avait été déçu de la situation d’Israël en Egypte.

 

Au chapitre 2 de l’Exode, deux versets qui se suivent décrivent un jour où Moïse a vu un égyptien frapper un hébreu, et il prit partie pour l’hébreu contre l’égyptien. Le lendemain il a vu deux Hébreux se quereller. Ces deux Hébreux étaient Datan et Aviram qui vont jouer un rôle dans les révoltes pendant les 40 ans du désert contre Moïse. C’est cette partie d’Israël qui n’est jamais satisfaite de la manière dont les événements se déroulent.  

Il y a toujours en Israël une dimension d’identité qui fait obstacle et résistance, jusqu’à ce que les choses soient les plus parfaites possibles, et très souvent cette résistance est de mauvaise foi. Mais c’est cette force de résistance à l’inachevé, à l’approximatif. Alors il y a l’exemple fondamentale de Qora’h-Koré qui se base sur l’enseignement de Moïse pour contredire Moïse.

 

C’est si vous voulez dans le monde de la sagesse, le plus grand piège, la plus grande mauvaise foi : se servir de la vérité avec des objectifs de mauvaise foi. C’est Qora’h.

 

Dans le Talmud, le déroulement de l’élaboration de la sagesse talmudique c’est toujours thèse-antithèse-synthèse, mais il y a aussi des querelles de mauvaises foi qui nous sont citées en modèles des pièges à éviter par exemple.

 

Ces deux versets du 2ème chapitre de Shémot montrent que jusque-là il s’est passé 40 ans où Moïse a été élevé dans les palais du Pharaon et est arrivé aux plus grands niveaux de pouvoirs. Pourquoi n’a-t’il pas pris parti pour les Hébreux ses frères avant ? Il le savait. Personne ne savait qu’il était hébreu sauf sa mère et sa mère adoptive mais lui le savait. A un certain moment, il pose le diagnostic que ces deux civilisations dont il partage le destin, l’un dans sa vie publique et l’autre dans sa vie intérieure, pourraient être considérées équivalentes, mais il y a un critère de sens moral qui lui fait prendre partie pour les Hébreux contre les Égyptiens.

וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי, מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו

Vayéra Ish Mitsri Makeh Ish Ivri MéA’hayav

« Et il vit un homme égyptien – l’identité hébraïque - frappant l’identité hébraïque de ses frères... »

Nous savions qu’il s’agissait de ses frères. Mais il a pris conscience que ses frères étaient les Hébreux et non pas les Égyptiens car il a vu la différence de niveau moral. 

 

Ici l’identité de Moïse dans les 1ers 40 ans de sa vie nous apparait vraiment exemplaire de l’identité de diaspora : d’un côté égyptien et de l’autre hébreu. Et en fin de compte au bout de ces 40 ans, vu  le sort que les Égyptiens infligent aux Hébreux, il prend parti pour les Hébreux contre les Égyptiens. Le lendemain il voit deux Hébreux se quereller, et lui Moïse qui va porter la Torah de « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est déçu des Hébreux. Il s’enfuit chez Jéthro à Midian et y passe 40 ans.

 

J’ai vécu après la guerre cet événement : énormément de Juifs assimilés ont quand même retrouvé une adhésion à l’identité juive, non pas pour des raisons propre au judaïsme mais à cause de la Shoah. Ils ont pris conscience que les Juifs étaient persécutés de manière arbitraire et injuste. Beaucoup de Juifs assimilés se sont assimilés en sachant  très bien que les Juifs étaient persécutés et ont parfois choisi la religion du persécuteur. Mais après la Shoah, cela a été tellement énorme qu’ils ont eu la même prise de conscience que Moïse ici. Ils ont préférés être du côté des persécutés que du côté des persécuteurs sans que le judaïsme ne soit du tout en question. Je crois que c’est là une expérience extrêmememt analogue.

 

Moïse va directement chez Jéthro à Midiane où il y est le grand-prêtre et y passe 40 ans. Il y épouse la fille de Jéthro. Enormément de Midrashim restituent un peu le contenu de ces 40 ans qui n’est pas mentionné dans le récit de la Torah elle-même. Mais il est bien évident, j’ai signalé cela dans la parashah de Ki-Mitsion, qu’ils ont parlé de problèmes de sagesse et de « théologie » pendant ces 40 ans. Alors comment se fait-il qu’après 40 ans Jéthro revient chez Moïse pour se convertir à Israël ?

(Je dis bien Israël et non pas au judaïsme parce qu’en ce temps là c’est le temps des Hébreux, et non pas encore celui des Juifs.)

 

Il y a là un 1er mystère : pendant 40 ans Moïse n’a pas réussi à faire comprendre à Jéthro de quoi il s’agit, lorsqu’on parle du Dieu d’Israël, d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ! D’autant plus que d’une certaine manière Jéthro fait partie de la tradition abrahamique. D’après le Midrash, il était le grand-prêtre de Midiane, mais Midiane est un descendant d’Abraham. A la fin de sa vie Abraham a prit une nouvelle femme Qétourah. Il s’agit de Hagar elle-même qui aurait fait Teshouvah selon une partie des Midrashim. Et de Qétourah descendent d’autres lignées dont celles de Midiane qui joue un très grand rôle dans l’histoire d’Israël de ce temps-là, à la sortie d’Egypte.

 

Le Midrash explique que Jéthro a vécu la même expérience qu’Abraham d’avoir rejeter toutes les idolâtries qu’il a pu connaître, dont celle de Midian. Comme Abraham avait rejeté les idolâtries de son père, il était donc disponible pour la révélation de vérité. Alors Moïse, déçu de la civilisation égyptienne et déçu de l’état de la société des Hébreux en Egypte, qui ne sont pas d’après son expérience immédiate compatible avec la Torah de « Tu aimeras ton prochain comme-toi-même », se cherche un autre Israël, un ersatz d’Israël avec lequel il tente de fonder un nouvel Israël parle biais de la fille de Jéthro.

 

Vous le lirez dans l’article de Ki MiTsion. C’est un note de Rashi. Le verset dans Shemot nous dit : « il alla à Midian et il s’assit auprès du puits ».

 

וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ מִדְיָן

נִתְעַכֵּב שָׁם כְּמוֹ וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב

Il demeura (wayéchèv) dans le pays de Midyan: Il s’y installa à demeure, comme dans : « Ya‘aqov demeura (wayéchèv) dans le pays des pérégrinations de son père » (Beréchith 37, 1).

וַיֵּשֶׁב עַל הַבְּאֵר

לָשׁוֹן יְשִׁיבָה לָמַד מִיַּעֲקֹב שֶׁנִּזְדַוֵּג לוֹ זִוּוּגוֹ עַל הַבְּאֵר

Il demeura (vayéshev) sur le puits [Le second vayéshev du verset signifie: «il s’assit».] Mochè a retenu la leçon de l’expérience de Ya‘aqov : C’est près d’un puits qu’il avait rencontré celle qui allait devenir sa femme (Mekhilta 10).

 

Rashi explique : il a fait comme son ancêtre Jacob qui a rencontré Rachel auprès d’un puits. Mais il a rencontré Rachel  et a fondé Israël à partir de cette rencontre avec Rachel. On voit derrière ce Rashi, en filigrane, que cette rencontre n’est pas fortuite et que Moïse, à ce stade de son histoire, va tenter de fonder un Israël en remplacement de l’Israël d’Egypte, disqualifié à ses yeux.

 

Dans la Hagadah de Pessa’h on cite ces versets qui racontent l’histoire d’Israël en Egypte, je vous cite un diyouk, une précision de sens, d’un verset : le verset dit vayarerou hametsrim vayarnou

(Vayaréou otanou hamitsrim vayéanounou vaiténou alénou avoda kacha)

« les Égyptiens nous ont fait du mal et nous ont opprimé ». On lit dans Vaya réou « nous ont fait du mal » – « ils nous ont rendu mauvais ». C'est-à-dire que ce que Moïse n’a pas diagnostiqué et que Dieu va lui reprocher au moment de la vision du buisson ardent, c’est que le fait d’avoir vécu cette vie de l’exil ont rendu les Hébreux inaptes à la délivrance. C’est au fond un plaidoyer pour les Juifs.

 

Cela veut dire : Les défauts des Juifs leur vient de leur sort dans l’histoire, le résultat du passage dans l’exil fait que les Juifs souvent sont dans cette situation où Moïse a cru qu’ils étaient disqualifiés.

 

Et alors il se cherche un nouvel Israël. C’est une aventure qui va se terminer lorsque Dieu lui enjoindra de rompre avec Midiane. Comme si Moïse était handicapé par le lien à Midiane, par son aventure de recherche d’un ersatz d’Israël. Il a épousé la fille de Jéthro, donc la matrice de Midiane.

 

Nous avons eu après la guerre un peu cette expérience d’intellectuels juifs, surtout français, qui ont été déçus de la civilisation occidentale et de son humanisme. En général, ils étaient de gauche, mais ils ne sont pas rentrés dans la communauté. Et ils ont essayés d’être les Moïses de sous-développés spirituels à sauver. Ce groupe des nouveaux philosophes juifs qui s’est présenté au nom des valeurs juives d’Israël de la bible mais en dehors de la communauté, comme les porte-paroles d’une vérité révélée pour les sous-développés spirituels. Ils se cherchaient un Midian. Exemple du dialogue que je pourrais donner entre BHL et la France : Je serais ton Moïse et tu seras mon Midiane... Ce sont des gens de valeurs et ils sont suffisamment nombreux pour que cette expérience soit typique. Cela doit exister ailleurs aussi, aux USA... En général, ils ne savent pas l’hébreu sauf S.Trigano qui est lui plus ou moins dans la communauté. Les autres citent la Bible à bout portant mais dans les traductions. Ils sont tous persuadés d’être les vrais porteurs des valeurs des prophètes et d’Israël, mais en dehors des communautés juives et d’Israël. Et ils sont un Moïse en quête d’un Midian, une société spirituellement sous-développée... Ils suivent les modes et les pays censés portés l’avenir de l’humanité. Ils ont été maoistes, ché-guévaristes…etc. Il n’y a pas de désarroi à avoir puisque cela est déjà arrivé. A Moïse même. On peut être rassuré, cela s’arrangera. Ils feront Teshouvah...

 

La définition du sujet m’apparait de manière extrêmement forte :

Pourquoi la tradition a-t’elle donner à Jéthro cette importance, et surtout pourquoi pendant ces 40 ans où Moïse était chez Jéthro [je ne veux pas dire ce qu’en disent les Midrashim, cela nous emmènerait trop loin, en Ethiopie, en Inde, dans toutes ces grandes civilisations de l’antiquité, surtout la civilisation noire, africaine – vous remarquerez que la Torah fait allusion au fait que la femme de Moïse était noire. Elle était Koushite – cf. la querelle avec Myriam et Aharon. Les traductions embêtées de dirent que la femme de Moïse était noire traduisent parfois qu’elle était « brunette ». C’est grâce à ce verset que l’Afrique a repris les relations diplomatiques avec Israël.] 

 

Pourquoi Jéthro est-il venu se convertir à ce moment-là alors que pendant 40 ans Moïse a conversé avec lui de ces mêmes sujets ?

 

Yitro 18:1

וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ כֹהֵן מִדְיָן, חֹתֵן מֹשֶׁה, אֵת כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה אֱלֹהִים לְמֹשֶׁה, וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ:  כִּי-הוֹצִיא יְהוָה אֶת-יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם

Vayishma Yitro khohen Midyan khoten Mosheh et kol-asher asah Elohim le-Moshe ule-Yisra'el amo ki-hotsi Adonay et-Yisra'el miMitsrayim.

 

Vayishma Yitro khohen Midyan khoten Mosheh…

Et a entendu Yitro,  prêtre de Midian beau-père de Moïse

[Shamoa en hébreu signifie simultanément entendre et comprendre ce que l’on entend. Comme par exemple dans Shéma Israël ou Naassé vénishma… Cela veut dire entrendre, comprendre ce que l’on entend et surtout en tirer les conséquences… C’est ce qui va se passer avec Jéthro. On le verra avec Rashi]

 

et kol-asher assah Elohim

Tout ce qu’a fait Elohim

(Dieu en tant que Créateur du monde et donc garant des loi de la nature).

Tout ce que Dieu Elohim a fait

le-Moshe ouleYisra'el amo

À Moïse et à Israël son peuple

ki-hotsi Hashem et-Yisra'el miMitsrayim.

Lorsque Hashem a fait sortir Israël d’Egypte.

 

Jéthro n’entend et ne comprend que l’intervention de Dieu en tant que Créateur à travers les lois de la nature – Elohim – alors que la Torah nous dit que c’est Hashem qui est intervenu.

 

C’es tle mëme Dieu « Hashem hou Elohim » c’est le même Dieu mais ici le Créateur est intervenu comme Providence dans l’histoire des hommes. C’est cela le ‘Hidoush de la foi d’Israël. Pas seulement que le monde a un Créateur - que Dieu existe – mais qu’Il est Providence de l’histoire des hommes. Et cela se produit dans l’histoire d’Israël, c’est cela le témoignage de la Bible et de la mémoire de l’humanité.

 

C’est dans l’histoire d’Israël que l’on trouve la preuve que le Créateur intervient dans l’histoire des hommes. Et il ne faut pas que les Juifs oublient que bien que l’histoire d’Israël soit exemplaire de cette connaissance, donc foi, dans la Providence, elle concerne l’humanité entière.

 

D’où d’ailleurs l’importance des Tsadikim Oumot Haolam ou ‘Hassidei oumot Haolam – les justes ou les sages des nations, les pieux des nations. En particulier, Jéthro.

 

En Israël on est plus accessible à cette foi puisqu’il y a une mémoire ancestrale que le Créateur intervient comme Providence dans l’histoire et de manière plus spectaculaire dans l’histoire d’Israël, mais la Providence concerne l’humanité entière, et même toutes les créatures. Il y a donc des degrés. Il y a une grande discussion entre les théologiens. Il y a la Hashga’hah Klalit et Hashga’hah Pratit. Dans quel cas la providence concerne l’être de telle ou telle nation, de telle ou telle espèce ou groupe en général, et dans quel cas elle concerne l’individu en particulier.

 

Mais la donnée générale selon laquelle Dieu comme Créateur est Providence de l’histoire humaine  concerne tous les hommes et pas seulement Israël. Le problème c’est que c’est dévoilé en Israël et  l’humanité en a un consensus à travers le temps: l’humanité reconnait que si Dieu intervient dans l’histoire, il s’agit bien du Dieu d’Israël. C’est reconnu en Occident à travers la chrétienté, et en Orient à travers l’islam. Et dans beaucoup de courants philosophiques qui admettent que non seulement Dieu est Créateur mais qu’Il est Providence, et qu’Il gère le monde qu’il a créé.

 

Il a fallu les événements de la sortie d’Egypte pour que Jéthro ait l’expérience de cet enseignement de Moïse : Dieu comme Providence d’Israël. A ce moment-là seulement Moïse peut lui faire comprendre que c’est Hashem qui agit et non pas seulement Elohim.

 

Vous suivrez en détail dans Ki Mitsion où sont cités en détail tous les versets où l’on voit que Jéthro ne parle que de l’intervention du Créateur d’Israël et c’est la foi monothéiste déiste général à travers les lois de la nature. Et il y a énormément de courant de déismes monothéistes. Ce n’est pas encore la foi d’Israël. La foi d’Israël c’est la Providence indépendamment, au-delà et même à travers, vis-à-vis de chaque conscience humaine en particulier.

 

C’est d’ailleurs le sujet de la Parashah : le grand message des dix commandements après tout le récit des dix plaies en Egypte : le fait que les Égyptiens et les Hébreux découvrent qu’il y a une volonté intelligente qui s’occupe de chaque créature en particulier. Et que le lien entre la divinité et les hommes ne se fait pas à travers l’impersonnel de la divinité mais de personne à personne, ce qui est la foi biblique. Et c’est cela que Moïse va expliquer enfin à Jéthro parce qu’il y a des événements que Jéthro a compris à ce niveau.

 

Deux références :

     

18 :8

וַיְסַפֵּר מֹשֶׁה, לְחֹתְנוֹ, אֵת כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה יְהוָה לְפַרְעֹה וּלְמִצְרַיִם, עַל אוֹדֹת יִשְׂרָאֵל:  אֵת כָּל-הַתְּלָאָה אֲשֶׁר מְצָאָתַם בַּדֶּרֶךְ, וַיַּצִּלֵם יְהוָה

Vayesaper Mosheh lekhoteno

Et Moïse raconta à son beau-père

et kol-asher asah Hashem le-Far'oh oul-Mitsrayim

Tout ce que Hashem a fait à Pharaon et à l’Egypte.

al odot Yisra'el

Au sujet d’Israël

et kol-ha tla'ah

Toutes les tribulations

asher metsa'atam baderech

Qui l’a surpris en chemin

vayatsilem Hashem.

Et Hashem les a sauvés.

 

Jéthro a entendu ce que Dieu Elohim a fait à Pharaon mais Moïse lui explique tout ce que Hashem a fait à Pharaon:

 

18 :9

וַיִּחַדְּ יִתְרוֹ--עַל כָּל-הַטּוֹבָה, אֲשֶׁר-עָשָׂה יְהוָה לְיִשְׂרָאֵל:  אֲשֶׁר הִצִּילוֹ, מִיַּד מִצְרָיִם

Vayi’had Yitro

Yitro se réjouit / a eu des frissons de frayeurs

al kol-hatovah asher-asah Hashem le-Yisra'el asher hitsilo miyad Mitsrayim.

Pour tout le bien que Hashem a fait à Israël lorsqu’Il les a sauvé de la main de l’Egypte.

 

Là il commence à comprendre parce que Moïse va lui expliquer non pas dans ces discussions théologiques qu’ils avaient dans le Beith Hamidrash de Jéthro – la Torah de Shem et Ever – pendant  ces 40 ans à Midian – mais parce qu’il y a eu ces événements de la sortie d’Egypte – nous verrons comment Rashi les précise – qui servent d’appuis dans l’expérience de Jéthro, alors il peut comprendre de quoi Moïse veut parler en parlant de la Providence de Hashem, parce que jusque-là il n’y avait vu, comme la foi monothéiste des sémites, que l’intervention du Créateur à travers les lois de la nature.

 

A quoi cela ressemble-t’il ?

Au relai qu’il y a eu entre Melki-Tsedek et Abraham.

Et Melki Tsedek parle de :

וּמַלְכִּי-צֶדֶק מֶלֶךְ שָׁלֵם, הוֹצִיא : לֶחֶם וָיָיִן; וְהוּא כֹהֵן, לְאֵל עֶלְיוֹן

”…El Elyon Koneh shamayim va'arets” (Gen 14:18)

Dieu suprême possesseur des cieux et de la terre.

 

Ce qui veut dire Créateur dans une certaine nuance.

 

Et Abraham au Roi de Sodome répond : 14 :22

וַיֹּאמֶר אַבְרָם, אֶל-מֶלֶךְ סְדֹם:  הֲרִמֹתִי יָדִי אֶל-יְהוָה אֵל עֶלְיוֹן, קֹנֵה שָׁמַיִם וָאָרֶץ

 «… Hashem El Elion qoneh Shamayim vaarets »

 

MelkiTsedek est un juste de la tradition monothéiste sémite, depuis Adam Harishon jusqu’à Abraham. Mais pour lui il y a El Elyon un Dieu suprême sur la hiérarchie des dieux, au niveau Elohim. Tandis que pour Abraham s’il y a bien le Dieu des dieux qui a créé le monde, il y a Hashem, celui qui intervient en tant que Providence. La phrase a été d’ailleurs introduite dans le Shmoneh Essreh.

 

Yitro 18:10

 

18 :10

וַיֹּאמֶר, יִתְרוֹ, בָּרוּךְ יְהוָה, אֲשֶׁר הִצִּיל אֶתְכֶם מִיַּד מִצְרַיִם וּמִיַּד פַּרְעֹה:  אֲשֶׁר הִצִּיל אֶת-הָעָם, מִתַּחַת יַד-מִצְרָיִם

Vayomer Yitro

Et Jethro dit

baroukh Adonay

Baroukh hashem !

asher hitsil etchem

Qui vous a sauvé

miyad Mitsrayim oumiyad Par'oh

De la main de l’Egypte et de la main de Pharaon

asher hitsil et-ha'am mita’hat yad-Mitsrayim.

Et qui a sauvé le peuple d dessous la main de l’Egypte

 

Après que Moïse ait pu lui expliquer qu’il s’agit de Hashem, alors  Jéthro sait qu’il s’agit de Hashem. Mais Moïse n’a pu le lui expliquer que parce que Jéthro avait entendu-compris  Vayishmah Yitro un certain nombre d’événements.

 

Tout cet exposé va dans le sens de l’enseignement de Judah Halévi : ce n’est pas par le raisonnement théologique que nous avons la certitude de la foi d’Israël que le Créateur est Providence, mais par la mémoire d’expériences historiques dans l’expérience.

 

C’est la différence entre la preuve par expérience et la preuve par raisonnement.

 

Je pense à l’expression française « Les preuves de l’existence de Dieu » qui est fausse. On devrait dire « les démonstrations de l’existence de Dieu ». Cela ne convainc que ceux qui admettent les postulats du raisonnement dont on se sert. Au fond cela ne convainc que les persuadés. Aucune démonstration de l’existence Dieu chez les philosophes ou les théologiens n’a jamais convaincu personne. Ni la preuve téléologiques, ni la preuve ontologique, ni la preuve cosmologique... Il faudrait dire ‘démonstration’ car la ‘preuve’ c’est ce qui est prouvé dans une expérience.

 

Schématiquement, je tiens cet enseignement du Rav Tsvi Y. Kook za’l : c’est la grande différence entre le contenu de l’enseignement de Maïmonide  et de celui de Judah Halévi. C’est le même, mais c’est l’exposé qui est différent. La méthode d’exposé est différente. Chez Maïmonide c’est à travers le raisonnement qu’on arrive à la conviction de la foi, mais aussi directement à l’expérience de la révélation. Seulement cela vient en second.

 

Tandis que chez Judah Halévi, le raisonnement est mis de côté parce qu’avec la certitude qui vient d’un raisonnement on reste toujours en doute. Par exemple quand on dit : Je crois mais il vaut mieux en être sûr. Et puis c’est l’événement historique qui est preuve.

 

Et voilà comment Rashi va aborder cette question.

Sur le verset Vayishmah Yitro :

Jéthro entendit : Jethro va citer le Talmud : Massekhet Zeva’him 116 a  et il va le citer à sa manière.

 

Yitro 18:1

וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ כֹהֵן מִדְיָן, חֹתֵן מֹשֶׁה, אֵת כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה אֱלֹהִים לְמֹשֶׁה, וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ:  כִּי-הוֹצִיא יְהוָה אֶת-יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם

Vayishma Yitro khohen Midyan khoten Mosheh et kol-asher asah Elohim le-Moshe ule-Yisra'el amo ki-hotsi Adonay et-Yisra'el miMitsrayim.

 

Vayishma Yitro khohen Midyan

Et Jethro, prêtre de Midian entendit

Vayishma Yitro khohen Midyan khoten Mosheh

Et a entendu (compris) Yitro,  prêtre de Midian beau-père de Moïse

et kol-asher assah Elohim

Tout ce qu’a fait Elohim (Dieu en tant que Créateur du monde et donc garant des lois de la nature). Tout ce que Dieu Elohim a fait

le-Moshe ouleYisra'el amo

À Moïse et à Israël son peuple

ki-hotsi Hashem et-Yisra'el miMitsrayim.

Lorsque Hashem a fait sortir Israël d’Egypte.

 

Rashi :

                  וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ

מַה שְּׁמוּעָה שָׁמַע וּבָא קְרִיעַת יַם סוּף וּמִלְחֶמֶת עֲמָלֵק

Yithro entendit Qu’a-t-il entendu qui l’ait incité à venir ? Le passage de la mer des Joncs et la guerre de ‘Amaleq (Zeva‘him 116a).

 

Quelle nouvelle a-t’il entendu et il est venu ?

Puisque le récit commence par « Il a entendu » et la suite du récit dit qu’il est venu chez Moïse 

C’est là où suit la conversation où Moïse lui enseigne que c’est Hashem qui est Elohim.

 

Moïse n’arrivait pas à le convaincre avant que n’arrivent ces événements qui ont illustré cela clairement pour Jéthro :

ð  le passage de la mer rouge

ð  la guerre contre Amaleq.

 

Ce sont des événements que l’on pourrait bien expliquer dans l’ordre de l’intervention de Elohim. Nombres d’exégèses ont tendances à ramener l’événement du passage de la mer rouge, au niveau de l’exceptionnel mais pas du miraculeux : Moïse étant un grand savant savait qu’il y aurait une éclipse de lune ce soir-là et connaissait d’autre part les passages à gué sur la mer ...

 

Je vous cite à propos du passage de la mer rouge un enseignement de la Guémarah de Sotah sur le Zivoug Shéni :

En général il y a une donnée traditionnelle qu’un homme et une femme sont destinés à se rencontrer. C’est très compliqué parce que nous vivons dans des générations où les canaux de la Providence ne sont plus aussi simples que dans les premières générations. Tout dépend du mérite, et le démérite complique le passage de ce qui vient du Créateur vers la créature dans Sa volonté et dans Son effectuation de bénédiction. Les Tsinorot, les canaux du Shefah de l’influx de bénédictions venant d’En-haut pour faire vivre le monde d’en-bas – en hébreu Tsinor un tuyau – même lettres que Ratson – la volonté de Dieu Créateur pour la destinée des hommes et des femmes : le mariage comme rencontre exceptionnelle de la destinée, passe par des Tsinorot mais les Tsinorot peuvent être suivant le mérite de la génération embrouillées – Mékoulkalim.  

 

Toute l’œuvre de Kafka d’ailleurs résume une grande réflexion sur la tuyauterie. Il n’a pas vu cela dans le Talmud mais là où le Talmud l’a vu.

 

En principe, il y a un homme pour une femme et une femme pour un homme.

Cela s’appelle Zivoug Rishon. L’accouplement premier. Mais c’est très rare et on se suffit d’approximations pourvu que ce soit suffisamment approximatif et cela s’appelle Zivoug Shéni.

 

Le drame c’est que lorsqu’un homme n’a pas rencontré son Zivoug Rishon, il va rencontrer un Zivoug Shéni. Il n’a pas rencontré son Zivoug Rishon pour un tas de raisons. 

 

L’image qui me vient n’est pas celle de la tuyauterie mais celle de l’ascenseur : on ne s’est pas arrêté au même étage : elle est née au siècle d’avant et la rencontre n’a pas lieu ou née dans le même siècle et on n’a pas pris le même ascenseur...

Tout le jeu de la vie qui fait que c’est vraiment très rare de se rencontrer. Il y a partout cette exigence de la rencontre métaphysiquement apriori vraie du Zivoug Rishon. Mais on sait que c’est très rare. Le Zivoug Shéni marche très bien tout de même mais comporte un drame : le promis du Zivoug Shéni est sacrifiée. Elle aussi garde la nostalgie de son Zivoug Rishon.

 

Talmud : Qashé Zivouga shelélou ké Qriat Yam Souf

« Le Zivoug Shéni est aussi dur que la déchirure de la mer rouge ».

Quel rapport de comparaison ?

Un commentaire du Olelot Ephraim [ndr. : Keli Yakar - Salomon Ephraim de Luntschitz (1550 - 1619)]pose la question suivante : Qriat Yam Souf c’est un divorce : on a coupé les eaux en deux. Et le Zivoug c’est un mariage. Le Olelot Efraïm explique - et cela résoud notre problème - ce que Jéthro a compris dans le passage de la mer rouge : pour sauver Israël, il fallait sacrifier l’Egypte ! Le prix du salut d’Israël c’est la perte de l’Egypte dans les eaux de la mer rouge. Parce que jusqu’à ce moment-là, et c’est l’histoire de Moïse, l’avenir du monde aurait pu passer soit par l’Egypte soit par Israël. Et il y a un mérite et un démérite équivalent. Et alors, pour sauver Israël, Dieu a perdu l’Egypte. Vous voyez à quel niveau les maitres du Talmud prennent le problème.

 

Cela veut dire qu’il y a un choix avec des critères de choix et que ce n’est pas seulement un événement impersonnel qui fait que grâce à sa sagacité Moïse se serait arrangé pour qu’Israël soit sauver de la mer rouge et que les Égyptiens soient emportés par la marée revenue pour les engloutir.

 

Il y a dans l’histoire une Providence qui fait que c’est Israël qui a été choisi et pas l’Egypte et que cela a sacrifié l’Egypte pour sauver Israël, comme ce problème du Zivoug Shéni ou le mari qui a obtenu la femme qui avait un promis, et finalement cela équivaut à l’assassinat du promis, de la promise. Ceux qui ont vécu cette expérience de la solitude et de cette incapacité à rencontrer celui-celle qu’on doit rencontrer, cette espèce de drame du manque absolu. On se satisfait alors d’une approximation pour accomplir le commandement d’avoir des enfants ou le commandement de se marier.

 

Je vous indique comment le Talmud en parle : A propos de la prière de ‘Hanah. ‘Hanah c’est l’exemple type pris par la Guemarah pour la prière. Qu’est-ce qui nous donne le droit de prier ? La Guémara cite le verset qui décrit comment ‘Hanah a prié lorsqu’elle a demandé un enfant. ’Hanah c’est ce drame là. Elle était l’épouse de Elqanah qui avait une autre femme qui avait dix enfants. ’Hanah était « veuve d’enfant », elle va au temple et le verset dit [1 Shmouel 1.11] :

וְהִיא, מָרַת נָפֶשׁ; וַתִּתְפַּלֵּל עַל-יְהוָה, וּבָכֹה תִבְכֶּה

ve hi marat nafesh vatitpalel halashem ouvakhoh tivkeh 

« elle était amère de sa personne » 

Marat nafesh est une expression très forte en hébreu comme sentiment du manque, de l’absurde, c’est vraiment le sentiment existentialiste absolu. Et la Guémara réintègre le contenu de sa prière : elle était amère et elle a prié devant Dieu. La Guémara en discute et dit que ce n’est pas cela le sentiment de la prière ! Amère non parce que devant Dieu mais parce que sans enfant. La Guémara donne des exemples du contenu de sa prière : le manque absolu. Le fiancé sans la fiancée et la fiancée sans le fiancé. Mais là l’exemple est celui de la mère sans enfant.

’Hanah dit à Dieu : « tout ce que Tu as créé a un sens, j’ai des seins c’est pour allaiter qui ? »

Alors elle a été exaucée. Cela veut dire que si l’on est capable d’exposer le manque authentique, c’est le droit à prier. La règle est qu’on ne demande par la prière que ce que l’on ne peut pas obtenir par le travail. Il y a Avodah et Avodat haQodesh. Quelque chose que l’on peut obtenir par le travail c’est une prière interdite.

 

Pour sauver Israël il fallait sacrifier l’Egypte. L’expression souvent donnée par la Guémara pour des problèmes analogues, lorsque Dieu décide de choisir ceux-là et pas ceux-ci, c’est dramatique – je ne veux pas dire tragique parce qu’il y a toujours un sens à ce choix précis, mais c’est dramatique: 

 

Alalou masseh yadaï véallalou masseh yadaï 

Ceux-ci sont l’œuvre de mes mains et ceux-là sont l’œuvre de mes mains.

 

C’est le dilemme et l’angoisse du texte. C’est pourquoi Dieu dit à Moïse qu’il faut qu’Israël acquiert un mérite supplémentaire pour traverser la mer rouge.

Ce n’est pas le temps des prières, la balance des mérites est telle qu’il faut qu’Israël ait un mérite supplémentaire pour être sauvé. Le peuple rentre dans la mer et la mer s’est ouverte, mais alors c’est la condamnation de l’Egypte…

 

Ce que je voulais mettre en évidence dans cette explication provient du Olelot Efraïm un grand ‘Hakham askénaze du nom de Lipman.

…/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PARASHAT HASHAVOUA
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