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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 17:24

 

Moral et Cataclysme Naturel

 

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

 

 

COURS 6

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_6

 

Durée : 45,8 minutes - Face A - 153 01

 

 

 

Chapitre 13 Verset 19 :

 

Juste après les versets précédents que nous avons commencé à étudier : le peuple sorti d’Egypte avec ses différentes parties, ses différentes couches et ses différentes motivations, avec ce détour par le désert jusque devant la mer rouge, la Torah nous indique que Mosheh va emporter avec Lui les ossements de Joseph.

 

 

 

13.19 :

 

 יט וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת-עַצְמוֹת יוֹסֵף, עִמּוֹ: כִּי הַשְׁבֵּעַ הִשְׁבִּיעַ אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לֵאמֹר, פָּקֹד יִפְקֹד אֱלֹהִים אֶתְכֶם, וְהַעֲלִיתֶם אֶת-עַצְמֹתַי מִזֶּה אִתְּכֶם.

 

19 Moïse emporta en même temps les ossements de Yossef avec lui car faire juré il avait fait juré les enfants d'Israël, en disant: "Pakod Yifkod Elohim Etkhem – Elohim Dieu viendra vous visiter et alors vous ferez monter mes ossements d’ici avec vous."

 

 

 

Ce mot de Pakod et sa racine ont énormément de sens en hébreu. Je vous donnerais le sens allant avec le contexte. Littéralement, cela veut dire : tenir compte du fait que le temps d’un certain événement est arrivé. On l’emploie en particulier pour la conception d’un enfant.

 

Par exemple dans le passouk : « VeHashem Paqed Et Sarah ».

 

Mais ce mot en hébreu a énormément de sens, il n’y a pas de racine en français qui puisse recouvrir l’ensemble de ses significations.

 

 

 

Rashi va d’abord expliquer la répétition du verbe Paqod Yifqod. C’est une forme habituelle en hébreu, ce n’est pas une simple redondance formelle, il y a toujours une intention précise du texte.

 

הַשְׁבֵּעַ הִשְׁבִּיעַ   faire juré, il avait fait juré.

 

פָּקֹד יִפְקֹד   visiter, il visitera.

 

 

 

Rashi : הַשְׁבֵּעַ הִשְׁבִּיעַ   faire juré, il avait fait juré.

 

La répétition signifie ceci : Yossef avait fait juré à ses frères pour qu’ils fassent jurer leurs enfants jusqu’au moment venu.

 

 

 

Effectivement, en fin de Sefer Beréshit, Yossef avait parlé à ses frères, à l’occasion du rappel de la promesse que Yaaqov avait demandé à Yossef lui-même de ne pas laisser son corps enterré en Egypte mais de ramener son cercueil en Eretz Kénaan.

 

Le corps de Yaaqov avait été momifié dès sa mort par les Egyptiens, mais il fut remonté en Eretz Israël. Nous verrons s’il y a une différence entre le niveau où se situe Yossef lui-même et le niveau où se situe Yaaqov lui-même dans ce problème.

 

A ce propos, la Torah raconte que toute la famille des Bnei Israël était remontée en Eretz Kenaan pour accompagner le cercueil de leur père. En principe, ils auraient pu profiter de cette remontée d’Egypte en Eretz Kénaan pour y rester ! Mais entretemps ils avaient tous accepté le contrat de Yossef. Alors ils redescendent tous rejoindre Yossef en Egypte.

 

Dès l’origine, à la racine même de l’identité d’Israël dès la constitution de l’identité même de Yaaqov, il y a une tension de deux messianités différentes. MB’Y et MB’D. Or, finalement, il y a différents moments de péripéties dans ce conflit de tendances qui est très violent à la racine. Il y a un procès réciproque accusant de traitrise l’un par l’autre. Les frères de Yossef avec à leur tête Yehoudah ont fait un procès à Yossef qui selon la Guémara était passible de mort. Et finalement, Réouven, premier né de Léah, et ensuite surtout Yéhoudah, qui intervient pour le sauver de la mort.

 

Cela signifie derrière ce procès un problème grave. Inversement, Yossef met en accusation ses frères. Lorsque Yossef les met en accusation dans une mise en doute de leur identité avec une toute autre motivation. Au début ce conflit est très violent, et finalement une sorte de constellation des forces se met en place et il y a une sorte de collaboration de ces deux tendances. La Torah nous raconte le conflit et la réconciliation, donc la réussite de cette unité d’Israël à partir de l’opposition des deux pôles Yossef et Yehoudah jusqu’au bout dans l’histoire de la famille de Yaaqov. 

 

Cette histoire est préfigurative de ce qui adviendra de la société d’Israël jusqu’à la fin des temps. Et par conséquent, à travers toutes les générations jusqu’aux temps messianiques, nous revivons ce problème d’opposition de ces deux polarités d’identité messianiques, aboutissant à la mise en place d’une polarité d’unification qui mène à l’aboutissement messianique.

 

 

 

Un enseignement de la kabalah : la raison pour laquelle Yossef est mis en accusation par ses frères, et c’est tout le procès qui se passe dans cet endroit nommé Dotania près de Shkhem, où les frères constitués en tribunal le condamne à mort. Ils le condamnent finalement à ce qui est considéré comme sa faute: c'est-à-dire à commencer l’aventure qu’il souhaite lui dans sa propre conception  de la messianité.

 

 

 

Nous verrons dans le sens de l’historiosophie la signification des attendus de ce procès réciproque, la mise en accusation de Yossef par ses frères et l’accusation des frères par Yossef. En particulier le chapitre 37 de Genèse, lorsque Yaaqov revient du pays de Lavan après la confrontation avec Essav et qu’il s’installe dans le pays de Kenaan, commence à se mettre en place cette rivalité entre Yossef d’un côté et Yéhoudah de l’autre avec Binyamine comme enjeu.

 

 

 

En fin de comte, le temps va jouer pour l’aventure de Yossef qui va réussir à attirer Binyamine en Egypte et à travers Binyamin toute la famille, son père et ses frères, rejoindra les rêves de Yossef.

 

 

 

Mais un enseignement de la Kabalah nous indique un autre niveau. Dans tous les cas, Yossef devait mettre en accusation car il est l’incarnation de Qayine en tant que premier-né. Et en tant que premier-né qui s’affirme comme étant le seul fils et d’emblée s’annonce comme celui qui réalisera dans son achèvement la rédemption de la faute de Qayine. Cela conduit donc à cette mise en accusation parce que Yossef, jeune enfant, présente apparemment les mêmes signes que Qayine lui-même. Nous avons pour l’instant une analogie formelle importante dans le fait qu’il soit le premier-né. Cela s’appuie sur le verset du chapitre 37 lorsque la Torah entreprend de raconter toute l’histoire des enfants de Yaaqov à partir du moment où il s’est installé dans le pays de Kénaan jusqu’à la sortie d’Egypte. C’est introduit par l’expression « Eleh Toldot Yaaqov Yossef ». Dans le sens pshat : « Voici les engendrements de Yaaqov dans le sens de l’histoire de la famille de Yaaqov jusqu’à ce que l’exil prenne fin à la sortie d’Egypte. Mais le terme employé est celui de Toldot qui signifie les engendrements.

 

Dans le sens pshat : Voici l’histoire de Yaaqov : Yossef était âgé de 17 ans lorsque tout cela a commencé et Yossef sera envoyé dans son rêve de diaspora jusqu’à ce qu’il diagnostique en fin de compte la nécessité de passer le relai à la messianité de Yéhoudah, comme l’indique notre verset de Shmot 13.19, que lorsque le moment sera venu il faudra remonter dans le pays de Kenaan en ramenant ses ossements.

 

C’est accroché à ce moment précis du récit, parce que Yaaqov revenu de chez Lavan croyait que la nécessité du temps d’exil annoncé au temps d’Avraham s’était achevé avec son propre exil. Il croyait avoir réussi à accomplir et intégrer cette nécessité de la mise à l’épreuve dans l’exil dans sa propre histoire chez Lavan.

 

C’est pourquoi le verset peut dire :

 

וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב, בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו--בְּאֶרֶץ, כְּנָעַן

 

Vayeshev Ya'akov be'erets megurey aviv be'erets Kna'an.

 

Et Jacob s’installa dans le pays où son père avait séjourné dans le pays de Canaan.

 

Yaqqov a considéré que le temps de la promesse s’achevait avec lui, et que ses pères ont vécu la relation de promesse à la terre et que lui commence le temps de l’installation et de la réalisation de la promesse. Et de suite le verset suivant évoque l’histoire des rivalités entre les frères.

 

Le Midrash souligne la contraste de sens entre Vayeshev s’installer et Mégourim ils ont séjourné comme des étrangers (racine Guer): « Yaaqov notre père a cherché à s’installer en tranquillité (shalvah) l’impétuosité de Yossef l’a bousculé ».

 

Il y avait une annonce faite à Avraham d’une nécessité d’un passage par l’exil avant l’installation.

 

Rappelez-vous ce verset lu dans la Hagadah de Pessa’h :

 

15.13

 

יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם

 

Savoir tu sauras que ta postérité sera étrangère sur une terre qui n’est pas à eux

 

 

 

Et Yaaqov a vécu l’épreuve de l’exil et a cru avoir réalisé tout cela et donc que le temps était venu de pouvoir s’installer dans le sens du yishouv tel qu’il a été repris de notre temps. Mais voilà qu’il est bousculé par l’histoire entre Yossef et ses frères. 

 

 

 

Je reprends notre verset pour notre sujet.

 

Le procès entre Yossef et ses frères vient déjà de ce verset parce que Yossef s’affirme dans la même attitude que Qayine par rapport à Hével : c’est moi le premier-né et c’est par moi que cela passe et les autres sont disqualifiés. Le verset le formule ainsi : « Eleh Toldot Yaaqov Yossef ». (Alors que le pshat est tout à fait différent : « Voici l’histoire de Yaaqov : Yossef était âgé de 17 ans quand tout a commencé… »)

 

Le midrash isole une unité de lecture : « Eleh Toldot Yaaqov Yossef ». Comme si Yossef apparaissait ici comme un principe de sélection d’identité qui rejetterait les autres en continuant la sélection d’identité commencée avec Avraham. Avraham et pas Lot, Yits’haq et pas Yishmaël, Yaaqov et pas Essav, Yossef et pas ses frères ?

 

 

 

Formellement, la kabalah nous enseigne que Yossef vient résoudre le problème de Qayine. Puisqu’il s’est affirmé comme un Qayine possible il est condamné à mort par ses frères. Nous verrons ensuite que c’est lui qui va assurer définitivement la rédemption de la faute de Qayine, raison pour laquelle le livre de la Genèse s’achève avec son histoire, parce que c’est avec lui que l’identité d’Israël est constituée : le premier-né capable de fraternité.

 

 

 

Nous savons déjà qu’au moment de sa naissance, Ra’hel sa mère le nomme Yossef, disant :

 

וַתִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ יוֹסֵף, לֵאמֹר:  יֹסֵף יְהוָה לִי, בֵּן אַחֵר

 

Elle appela son nom Yossef pour dire : que Hashem m’ajoute un autre fils.

 

Cela nous renvoie au niveau Qayine et Havél. Lorsque Qayine est né, l’autre fils né avec lui était en danger. Lorsque Yossef nait Ra’hel a vu avec le roua’h haqodesh, l’inspiration prophétique, que ce premier-né serait capable de fraternité. Elle dit alors : que Dieu m’ajoute un autre fils qui ne sera pas en danger.

 

Et c’est le moment précis de la fin d’exil. Puisque le contexte nous dit que lorsque Yaaqov vit que Yossef était né il demande à Lavan de le laisser rentrer. C’est pourquoi Yaaqov rentré dans le pays de Kénaan pensait que l’exil était définitivement fini. Il ne savait pas, ou il faisait semblant de ne pas voir, la rivalité entre Yossef et ses frères.

 

 

 

C’est avec cette histoire que la faute de Qayine trouvera son tiqoun, sa rédemption, malgré toutes les péripéties, puisqu’en fin de compte se dévoile que malgré toutes les apparences, Yossef est véritablement un premier-né qui aime ses frères.

 

 

 

Cette histoire est déjà avancée avec l’autre premier-né issu de Léah qui est Réouven.

 

C’est pourquoi c’est précisément lui qui intervient pour sauver Yossef. Et ensuite Yehoudah. Ce sont différents thèmes qui convergent.

 

 

 

Un passage de la Guémara de Sanhédrine explique les noms des enfants de Yaaqov, que le nom vienne des mères, du père, ou de Dieu Lui-même pour certains. A propos de Réouven, la Guémara donne l’explication suivante: pourquoi Léah l’a-t-elle nommé Réouven ? Et on s’attendrait à une explication simple du type de celle pour hébraïsant à l’oulpan :

 

Réouven : « Réou-Ben voyez le fils » !

 

Mais la Guémara (Berakhot 7b) explique que Léah a dit: « Voyez la différence entre mon fils et le fils de mon beau-père ! » Essav était un premier-né méchant.

 

Et nous avons ce sens-là pour tous les enfants de Yaaqov. Ils sont tous des premiers-nés capables de fraternité. Vous allez me dire qu’ils n’étaient pas tous premiers-nés, mais Yaaqov est celui qui a hérité de l’identité de premier-né bien que n’étant pas le premier-né ! Tous les Bnei Israël sont donc des premiers-nés : « Beni Bekhori Israël. »

 

 

 

Mais le tiqoun est vraiment fait avec Yossef. A sa naissance, Ra’hel voit que c’est la fin de la faute de Qayine. Et elle dit :

 

וַתִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ יוֹסֵף, לֵאמֹר:  יֹסֵף יְהוָה לִי, בֵּן אַחֵר

 

Elle appela son nom Yossef pour dire : que Hashem m’ajoute un autre fils.

 

Ne vous trompez pas de lecture. Le midrash évacue la lecture apparente qu’elle souhaiterait encore un fils et pas une fille. Le souhait de Ra’hel est que maintenant il peut y avoir un frère cadet qui ne sera pas en danger à cause de l’aîné. Et au verset suivant : Yaaqov décrète la fin de l’exil. Parce que dans tous les cas l’exil est la punition du manque d’amour entre les frères. Et l’exil a commencé avec Qayine ! Il a été puni par l’exil 4.12 : « נָע וָנָד   errant et déplacé », il est le premier juif errant, (après il n’y a plus que des juifs aberrants !) Et à partir du moment où apparait l’identité de fraternité au niveau du premier-né, c’est la fin de l’exil dans le diagnostic de Yaaqov. C’est pourquoi Yaaqov demande à Lavan « alors maintenant Shale’héni Véhélekha renvoie-moi et j’irais à mon endroit et à mon pays ».

 

Lorsque Jacob envoie Joseph chez ses frères à Shkhem pour se faire passer en procès, il emploie la formule inverse : « Lekha Lekh Veyishla’hakha Va et je t’enverrai ».

 

Quand on envoie quelqu'un en mission difficile on lui dit : « Va et si tu vas je t’envoie ! »

 

C’est joli et c’est plein d’humour d’ailleurs.

 

Parce que je ne peux pas t’envoyer si tu n’y vas pas.

 

Mais pour quitter l’exil, Jacob est obligé de dire à Laban : Renvoie-moi parce que sinon je ne m’en irais pas !  Shale’héni Véhélekha !

 

C’est relié au verset par lequel on a commencé :

 

Vayhi Beshala’h Paro Et HaÂm.

 

Cela nous explique dans une dimension positive quelque chose d’incompréhensible : pourquoi les Juifs sont-ils tellement en retard pour décrocher lorsqu’il le faut ?

 

Ce n’est pas une question d’intérêt économique, les allocations familiales et les pots de viande des Assédic... C’est autre chose.

 

D’une certaine manière qu’est-ce que Jacob veut faire dire à Laban en lui disant « renvoie-moi et je partirais ». Il lui dit : d’après moi c’est le temps, puisque Joseph est né, c’est la fin de la punition d’exil de Qayine ! Jacob veut faire comprendre à Laban qu’il doit devenir antisémite ! Sinon il ne voudra pas partir. C’est ce qui arrivera, il deviendra antisémite.

 

 

 

Q : Cela rappelle la procédure du divorce, la répudiation.

 

R : Très bien, c’est le même mot : shidou’him.

 

Du point de vue de notre problème, cela veut dire qu’il y a un contrat de l’exil.

 

L’exil qui est institué déjà chez Avraham. 

 

15.13

 

   וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם, יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם, וַעֲבָדוּם, וְעִנּוּ אֹתָם--אַרְבַּע מֵאוֹת, שָׁנָה.

 

Il dit à Avram: Sache il faut que tu saches que ta descendance sera étrangère dans un pays qui n’est pas à eux. Ils les serviront et seront affligés pendant 400 ans.

 

Il y a une dimension de l’histoire d’Israël, dès l’origine, avant que l’histoire ne commence qui est dévoilé, il y a des temps de contrat de travail chez les nations. Et par conséquent, Jacob peut dire qu’il pense que le temps est arrivé puisque Joseph est né, mais il faut qu’il demande la permission de Laban de suspendre le contrat… Or, il se dévoile que le contrat ne sera pas suspendu.

 

Nous retrouvons la même chose chez Moïse et Jéthro. Après la vision du buisson ardent, avant de quitter Midiane pour retourner en Egypte s’occuper des Hébreux 40 ans après.

 

Quand Moïse était arrivé, et qu’il épousa Tsiporah, Rashi nous explique qu’il a fait comme Yaaqov auprès du puits. Il épousa Tsiporah, et il y avait un contrat avec Jéthro. Avant de repartir Moïse va demander permission à Jéthro qui la lui donne. Mais Laban a refusé, et Jacob s’est enfui…

 

 

 

En fait, Jacob aurait du rester 21 ans chez Laban, mais il n’est resté que 20 ans.

 

Pourquoi ? Parce que la haine de Laban s’est dévoilée de façon dangereuse à la fin des 20 années, il a fallu que Yaaqov s’enfuisse à l’initiative de ses femmes. Toujours l’initiative du salut vient par les femmes, comme avec la mère et la sœur de Moïse qui déclenche la sortie d’Egypte. Dans les Pirqey Avot on trouve une définition de la sagesse importante pour notre sujet.

 

Ezeh Hou ‘Hakham ? Qui est sage ?

 

HaRoéh Et HaNolad ! Celui qui voit ce qui va naitre !

 

C’est le cas de la sage-femme ! Celui qui prévoit l’avenir qui s’engendre dans le présent : nolad. Il prévoit les implications du présent. Et ainsi on peut voir à quel point il y a peu de ‘hakhamim !!!

 

Mais le pshat est très précis, et cela explique que cette dimension de sagesse est d’abord féminine en tant que c’est la femme qui voit l’enfant qui nait.

 

Cf. l’exemple de Ra’hel qui voit de suite qui est l’enfant qui nait.

 

Cela se rattache à un thème général que la guémara enseigne à propos de Sarah et Avraham : la capacité prophétique des femmes a toujours été plus grande que celle des hommes. Pourquoi ? Parce que finalement la prophétie consiste à savoir ce qui va advenir d’après ce qui s’est passé. Ce sont les mères qui savent à chaque fois par quelle lignée cela passe. Et le père fait semblant de fermer les yeux… On le voit dans tous les récits de la sélection d’identité. Les pères aiment leurs enfants et sont souvent désorientés.

 

La mère elle sait par où cela passe parce que c’est elle qui les a fabriqués. Cf. l’importance de la Halakhah que l’identité passe par la mère.

 

Cela donne ici une définition très importante de ce que la Torah appelle la capacité prophétique.

 

Avraham est désorienté de ce qui arrive à Ishmaël, lorsque Sarah intervient, et Dieu lui dit : « tout ce que tu dis ta femme Sarah « Shémâ Béqolav : écoute sa voix ! »

 

La guémara conclut à partir de ce verset: de là on apprend que les femmes sont plus prophètes que les hommes. Et pourtant Avraham n’est pas n’importe qui mais le prophète par excellence. Mais Sarah indique par où la lignée passe et c’est elle qui a raison dévoile Dieu.

 

Cela explique une expression de la prière : on demande la miséricorde non pas à la manière de la mère mais à la manière de la miséricorde du père. « Ra’haménou KéRa’hem Av Al Banim : Aie miséricorde comme le père a miséricorde sur ses enfants !» On pourrait s’étonner de l’absence de la mère dans ce rôle de la miséricorde pour les enfants !? D’autant plus que ce mot de « miséricorde » se rattache à la racine « ré’hem », la matrice. Le père dans le récit prophétique semble être incapable de pouvoir intervenir pour choisir entre ses fils. Tandis que la mère sait le faire, et de manière impitoyable. On trouve une autre expression pour la mère qui est « consolatrice » « KéIsh asher hina’haménou imo. » On dit « Av MéRa’hem : père miséricordieux » et « Ima Mén’ahémet mère consolatrice ».

 

 

 

En fait, Jacob devait rester 21 ans : 7 ans pour Ra’hel puis encore 7 ans pour Ra’hel (puisqu’entre temps il a eu Léah) et puis 7 ans pour le troupeau soit 21 ans. Au bout de 20 ans la situation devient grave, et ce sont les filles des Laban qui perçoivent le danger. Jacob ne voit rien.

 

« Nous avons vu que la face de notre père a changé ».

 

Alors il faut partir. Donc Jacob prend acte et s’enfuit. Laban court après lui comme le fera Paro après les Bnei Israël. C’est alors que Dieu se révèle à Laban en lui interdisant de faire du mal à Jacob. Laban s’en explique: sans l’intervention de ton Dieu je t’aurais tué.

 

C’est une préfiguration totale.

 

Mais il reste une année de service chez Laban qu’il va falloir récupérer.

 

Voilà la racine du fait que Jacob a cru pouvoir s’installer et que tout le tiqoun de l’exil était achevé. Mais le rêve de Joseph arrive qui va tout bousculer. A cause d’une année qui manquait.

 

Cette année devra être payée 400 ans en Egypte.

 

Mais de même qu’il a fallu partir d’Egypte avant terme à cause du danger après 210 ans, il restait 190 ans. Et il faudra les payer plus tard…

 

C’est le même schéma de sortie d’exil bé’hipazone avec précipitation, comme Jacob qui sortit de chez Laban avec précipitation. Et Paro se ravise exactement comme Laban le fit courant après Jacob pour le tuer...

 

 

 

 Ces 190 ans manquants en Egypte ont été économisés par le mérite d’Isaac.

 

 

 

On trouve trois nombres dans le récit de la Torah : 400, 430 et 410.

 

Depuis la vision qu’Avraham a eu de l’exil qui lui est annoncé jusqu’à la sortie d’Egypte, il y a eu 430 ans. Depuis la naissance d’Isaac jusqu’à la sortie d’Egypte il y a eu 410 ans. Et depuis la descente de Jacob jusqu’à la sortie d’Egypte, il y a 210 ans.

 

 

 

Si nous prenons le nombre de 400 ans qui correspond au contenu de temps de cette annonce de l’exil à Avraham, alors c’est en réalité 210 ans en Egypte donc une différence de 190 ans.

 

Le verset dit ceci :

 

 

 

15.13

 

   וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם, יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם, וַעֲבָדוּם, וְעִנּוּ אֹתָם--אַרְבַּע מֵאוֹת, שָׁנָה.

 

Il dit à Avram: Sache il faut que tu saches que ta descendance sera étrangère dans un pays qui n’est pas à eux. Ils les serviront et seront affligés pendant 400 ans.

 

 

 

L’exil historique commença au moment où la famille de Jacob a rejoint Joseph en Egypte pour une période de 210 ans jusqu’à la sortie d’Egypte. Mais depuis la naissance d’Isaac jusqu’à ce moment il y a eu 400 ans, puisqu’entre la naissance d’Isaac et la descente de Jacob en Egypte il y a eu 190 ans. Cela veut dire que la Providence a compté que le début de l’exil commence à la naissance d’Isaac puisque c’est lui qui est la postérité d’Avraham auquel c’est annoncé. Et le mérite d’Isaac est d’avoir pris sur lui de vivre comme un exilé sur sa propre terre pour économiser à sa descendance 190 d’exil.

 

 

 

C’est pourquoi :  

 

וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב, בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו--בְּאֶרֶץ, כְּנָעַן

 

Vayeshev Ya'akov be'erets megourey aviv be'erets Kna'an.

 

Et Jacob s’installa dans le pays où son père avait séjourné dans le pays de Canaan.

 

 

 

Et surtout à propos de Isaac quelque chose d’extraordinaire, il habite dans un endroit qui s’appelle Ghérar : « Vayeshev Yits’haq Gérar ».

 

Isaac s’est installé dans le pays de Kénaan à l’endroit nommé גְּרָר   Ghérar l’endroit des étrangers (racine Ger), comme vous dites, « les territoires occupés ».

 

Les patriarches auraient voulu prendre sur eux l’exil, mais ils ont été obligés d’admettre que ce n’était pas pour eux mais pour leur descendance. Mais ils ont quand même obtenu d’économiser le plus possible le temps de cet exil en prenant sur eux la condition d’exil à partir du premier qui s’appelle « descendant » c'est-à-dire Isaac.

 

 

 

On en trouve un rémez dans la Hagadah de Pessa’h.

 

Shé HQBH qishere et haqets : que Dieu a compté la fin pour faire sortir Israël.

 

Il a compté la fin en prenant le commencement à la naissance d’Isaac.

 

Et le mot de qets qui signifie la fin a pour valeur numérique 190 !

 

C'est-à-dire que pour arriver, alors qu’on n’était qu’à 210 ans, à avoir vraiment les 400 ans on commence à compter le début des 400 ans non à la descente de Jacob en Egypte mais à la naissance d’Isaac. Parce que c’est par le mérite d’Isaac qui a pris sur lui la condition d’exil chez lui pour l’économiser à ses descendants.

 

Dans tous les cas vous verrez que qets (qouf-tsadik) ce sont deux des lettres du nom de Yitshaq.

 

 

 

Le midrash explique que HQBH a demandé aux Avot ce qu’ils préféraient pour leur descendance : l’exil ou l’enfer ? Ils ont réfléchi dit le midrash, et ils ont choisi l’exil ! 

 

Pour celui qui comprend ce qu’est l’exil il n’y a pas de différence.

 

Pour les Juifs il n’y a pas de différence, mais pour les Goyim il y a une différence.

 

L’alternative est la suivante: soit Israël va en exil sauver les Goyim soit les Goyim iront en enfer, et alors Israël devra aller en enfer ! En fin de compte, pour les Juifs, c’est la même chose. Mais pas pour les Goyim.

 

 

 

Pourquoi les Avot ont-ils voulu économiser l’exil à leur descendance ?

 

On découvre au passage les patriarches sionistes n’aimant pas la diaspora.

 

La réponse est très simple : parce qu’ils pouvaient s’engager pour eux-mêmes mais pas pour leur fils. Alors ils préféraient eux prendre ça sur eux. Pour leur fils et pas pour eux ? Parce que premièrement ils furent capables de s’engager pour eux parce que c’est à eux que la promesse a été faite. Ils étaient les hommes de la promesse, et donc capable de la foi dans la promesse. Et ainsi, ils pouvaient prendre sur eux les péripéties de la réalisation. Alors que la promesse ne leur a été donnée que par délégation pour l’être-fils. Ils ont pris sur eux, et à la limite c’est au niveau absolument métaphysique et ontologique. L’être-père n’est pas ici chez lui puisque la terre est la terre des fils. Et la différence entre l’être-père et l’être-fils est celle entre l’être de la promesse et l’être de l’accomplissement. La racine Ben se rattache à Bano construire, Biniane. Av c’est les engendreurs. C’est pourquoi la Guémara donne ce ‘hidoush en insistant que la terre sera donnée aussi aux pères, mais après les fils.  Il faut d’abord que les fils la reçoivent pour que les pères la reçoivent aussi.  …/…

 

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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