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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 12:18

Pikoudey (1994) 

 

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Pikoudey (1994) 1ère Partie

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/pekoude/cours_1

Face A

 

Etude des différentes actions qui ont été faites pour pouvoir construire le Mishqane.

Avec le thème général qui va orienter notre étude.

 

Q : les Hébreux sont sortis en hâte et pour la construction du Mishqane qui comporte tellement de matériaux, comment ont-ils pu emmener tout cela ?

R : Bonne question sur le sujet qu’elle touche et du point de vue de la méthode : j’ai fait allusion lors de la dernière étude : au fur et à mesure de l’étude du texte de la Torah, on s’aperçoit que différentes questions se posent en particulier de ce genre, parce qu’on a lu un peu plus dans l’ensemble du texte de la Torah. Pour bien comprendre un verset, et telle ou telle question induite par ce verset en particulier, il faut connaître tous les autres versets. A partir du moment où vous avez lu suffisamment de textes déjà, il vous arrivera de vous poser des questions auxquelles vous n’avez pas pensé avant. Ceux qui ont lu l’ensemble du texte de la Torah, les 5 livres du Pentateuque, vous vous rappellez qu’au moment de la sortie d’Egypte, il y a une consigne particulière qui a été donnée à Moïse.  Moise devait recommander aux Hébreux de demander à leurs voisins égyptiens des cadeaux avant de repartir d’Egypte !

 

Effectivement, lorsque dans le Midrash ou le Talmud on se pose ce genre de questions : où s’est-on approvisionné en matériau pour la construction du Mishqane ? La 1ère réponse c’est que pour la majorité des matériaux cela a résulté des « valeurs » matérielles et/ou spirituelles.

Dans ces différentes Parashiot depuis Teroumah jusqu’à Péqoudei, les 3 matériaux de bases sont l’or, l’argent et le cuivre. Tous les commentateurs qui abordent le problème du parallèle de niveau : en haut comme en bas, en bas comme en haut, l’ordre matériel a une correspondance dans le monde spirituelle et réciproquement... Ce sont des études qu’on étudie surtout dans les livres de Kaballah parce qu’il y a des parallèles et des analogies, des relations qui ne sont pas du tout familières à la culture générale du monde occidental moderne gréco-romain alors que les autres traditions y sont plus familières.

 

Dans ces correspondances-là, les trois grandes valeurs de bases ’Hessed, Din, Ra’hamim correspondent respectivement à Kessef-Argent, Ne’hoshet-Cuivre et Zahav-Or.

 

Par conséquent, cela implique que dans les intentions les Kavanot des offrandes apportées il y a avait un parallèle : en même temps que le Zahav, il y a la Midah correspondante, en même temps que le Kessef, il y a la Midah correspondante.. etc..

 

Une autre source du Midrash qui va beaucoup plus loin :

Lorsque Israël a quitté l’Egypte, elle a été vidée de toutes ses richesse (Midrash :« comme un filet sans poissons »)  le mot de « richesse » est matériel, il faudrait dire « valeurs ».  

 

[Il y a un paradoxe surtout dans les périodes de fin d’exil, dans l’attitude des nations chez qui les hébreux les juifs sont en exil, qui d’une part ont une attitude très ambivalente vis-à-vis de leur Juifs: une haine et un refus de les laisser partir. C’est très paradoxal. Subitement ce noeud se dénoue et c’est ce que nous avons vécu avec l’exode des Juifs de Russie. Et ceux d’Ethiopie qui ont été moins empêchés. L’empêchement venant beaucoup plus du côté d’Israël que du côté des Éthiopiens Goyim.

C’est surtout en Russie qu’on s’aperçoit d’un déferlement de l’antisémitisme russe corollaire du désir juif de sortir de Russie avec un empêchement des russes à les laisser quitter la Russie. Il peut y avoir des explications à différents niveaux sociologiques.  

Il y a un argument irréfutable des Russes : nous avons payé l’éducation de ces Juifs et beaucoup d’entre eux sont des cadres du pays, dont certains ,cadres militaires au courant de secrets russes et qu’on ne peut donc laisser partir… C’est irréfutable ! Que répondre à cela ? Quoiqu’il en soit c’est un des facteurs de tout un ensemble très paradoxale du refus, alors que les Russes avaient interêt à se débarasser de leurs Juifs. Même plus, par rapport à Israël ils avaient intérêt à envoyer une 5ème colonne d’espions soviétique parmi les Juifs. D’ailleurs, ils l’ont fait !  L’état d’Israël était prêt à payer le prix pourvu que les Juifs arrivent, de prendre les autres avec eux, et on s’en arrange… D’ailleurs on l’a fait pour toute les Aliot. Vous n’avez aucune idée du nombre de 5ème colonne qui sont entrées en Israël.]

 

C’est la 1ère réponse : pour la grande majorité des matériaux ils ont été emportés d’Egypte. Et pas seulement les matériaux matériels et physiques mais aussi tout ce dont les Hébreux se sont imprégnés de la civilisation égyptienne, et qui a été mis à l’abri, premièrement dans la construction du Mishkane et dans tout ce qui va être l’histoire d’Israël post-égyptienne. C’est d’ailleurs quelque chose de très analogue que l’on vit à toutes les fins d’exil. La fin d’exil contemporaine c’est d’abord le fait que les Juifs ont quitté d’abord l’Europe et le monde entier. En quittant l’Europe, ils sont revenus imprégnés des valeurs de la civilisation européenne. Il est bien évident que les fondateurs de la société israélienne revenant comme Juifs ont ramenés avec eux les valeurs ambiantes de la civilisation dans laquelle ils avaient été exilés. C’est une des perspectives de ce projet messianique de ce mouvement : l’aller vers les nations et le retour vers Jérusalem dont je vous ai souvent parlé en vous citant Judah Halévi qui compare Israël au coeur de l’humanité.

 

Cette image qui est plus qu’une image a été employée de différentes manières. Il faut se méfier d’un israélo-centrisme exagéré et injustifiée. Quoiqu’il en sot, il y a ce mystère d’Israël qui traverse l’histoire de l’humanité, et on peut lire cette histoire à la manière de Judah Halévi, en la voyant comme un organisme unique, un être avec différents organes et fonctions et donc avec un coeur.

Judah Halévi l’explique de la manière suivante : Lorsque chaque organe est atteint d’une sorte d’une Makah quelconque le coeur souffre deux fois. En tant qu’il est le coeur de l’organe et en tant qu’il est le coeur tout court. Le coeur encaisse les coups que le corps reçoit deux fois et par cela il se rattache à un verset d’Isaïe qui fait partie des Haftarot de consolations  dans « Na’hamou Na’hamou Ami » :  consolez Tsion parce qu’elle a reçu double part de sanctions pour ces fautes : une fois pour elle et une fois pour les autres.

 

Il y a une solidarité absolue entre l’histoire d’Israël et l’histoire des nations. Il faut se refamiliariser avec cette idée qui est une des données essentielles du monothéisme hébreu de la Torah : Israël et les nations sont la même humanité créée par un Dieu Un. Il y a une solidarité de l’histoire universelle avec l’histoire d’Israël et vice versa. Depuis le temps de l’émancipation surtout, les penseurs juifs ont  été habitués à lire dans un sens : à comprendre l’influence de l’histoire d’Israel sur l’histoire universelle, comme si l’histoire d’Israël était un appendice de l’histoire de la civilisation. Depuis le ressourcement des études hébraïque on s’habitue à l’idée inverse : voir à quel point c’est l’histoire universelle qui est indexée à l’histoire d’Israël.

 

Peu de personne sont capables de lire l’histoire de cette manière, c’est-à-dire à partir des intuitions immédiates de la conscience hébraïque lisant l’histoire universelle. Alors que la plupart des intellectuels juifs étaient habitués à la lecture inverse. Lire l’histoire juive à partir des données immédiates de la conscience universitaire, c’est-à-dire la conscience grecque. Je ne sais pas si voyez le renversement à faire pour se réajuster. Cela commence déjà un peu, même en milieu non-juif, bien que dans une élite très restreinte.

 

Deux exemples tirés de l’analyse d’André Neher:

Les deux grands événements contemporains, ont été Auschwitz et la création de l’Etat d’Israël.

(Hiroshimah doit être indexé à Aushwitch, c’est le même drame). L’un dans un sens négatif et l’autre dans un sens positif.  

 

Au moment de la Shoah le peuple juif a été atteint centralement, dramatiquement, tragiquement, de manière paroxystique parce que l’objectif nazi était l’anéantissement d’Israël. Mais énormément d’autres peuples ont été atteints. La civilisation entière a été secouée, il y a eu 50 millions de victimes pas seulement les 6 millions de Juifs. Seulement il y a une différence : pour les autres c’était des persécutions effoyables et à l’échelle individuelle il y avait des choses analogues mais pour Israël l’objectif était la destruction ad nihilo. Ce qu’on appella « la solution finale ». C’est en même temps que cela arrive : lorsque l’événement touche Israël, il touche également l’humanité.

 

L’exemple positif : lorsque Israël a retrouvé son indépendance nationale : il l’a retrouvé en même temps que tous les peuples colonisés : c’est un processus qui a commencé en 1917 et la 1ère décolonisation a été celle des Indes. Et cette date de 1917 est très importante pour cet exemple. Et c’est corollaire au fait qu’énormément de peuples ont retrouvé leur indépendance nationale. Mais là encore il y a un indice de paroxysme qui est différent pour Israël : ces peuples-là existaient en tant que nations. Des nations opprimées et colonisées mais qui existaient en tant que nations. Alors que le peuple juif n’existait pas en tant que nation. Il existait en tant que nation dispersée, indexée à d’autres nations étrangères, et la restauration de la nation d’Israël a été un phénomène ex-nihilo au contraire des autres peuples.

Cela va ensemble : 1917 est un date à l’échelle universelle.

C’est la déclaration Balfour mais c’est en même temps le début de la décolonisation. Le début d’une longue période, on est juste au début, où l’empire d’Europe, fondée par Rome il y a 2000 ans avec les différentes succursales qu’il a pu avoir…,  cette civilisation là que la tradition appelle Edom est en train de s’achever en tant qu’empire. Un des signes dans le monde spirituel c’est Vatican 2 ou la chrétienté décide qu’elle n’est plus une religion universelle, c’est-à-dire qui s’impose à tous, mais qu’elle tend à redevenir une religion universaliste : c’est-à-dire chacun étant lui-même pour un salut commun.

Ce que je vous dis là est très schématique et très anticipé, seul une élite chrétienne est consciente de cela mais c’est le point de départ de Vatican 2 (la nomination d’évèques d’archevèques de cardinaux noirs, jaunes, rouge, juifs... et pas seulement italiens...)

 

Le principe est important, il y a un lien très profond que très peu de Juifs perçoivent car habitués à l’équation de ghetto qui était une sorte de protection vis-à-vis d’un monde extérieur plus qu’hostile, et on a perdu le sens de cette unité du genre humain qui passe par Israël.

 

Alors effectivement, il y a une sorte de prise de conscience sourde mais profonde chez les nations qu’Israël est une sorte de corps étranger, un parasite, mais un parasite grâce auquel la vie est possible.

 

Une anecdocte :

Dans les pays arabes, lorsque les communautés juives au moment de la fondation de l’état d’Israël ont décidé de rejoindre l’état d’Israël, la réaction pour les populations arabe a été une réaction de deuil, en particulier dans les montagnes de l’Atlas. Il a existé des communautés juives berbères au Sud du Maroc. Les Berbères ont supplié la communauté juive de ne pas quitter leur villages, leurs villes parce que la vie s’en allait avec eux. C’est un peu massif comme exemple mais c’est un peu ce qu’ont ressenti toutes les nations. Si déjà les juifs partent alors il faut qu’ils paient le prix fort parce qu’ils emportent avec eux Touv Haarets le bien du pays. Il faut nuancer, mais c’est un fait qui n’a pas d’exception.

 

Il y a 2 ans j’ai fait partie d’un pélerinage juif au Maroc et je suis allé dans une petite ville qui était le berceau d’une des branches de ma famille : Debdou, une des villes saintes du Maroc. La ville des Kohanim avec Djerba. On est entré à Debdou à une cinquantaine de Juifs la rumeur s’est répandue. Le maire du village est arrivé quelques minutes après suivis de gens qui portaient des caisses de boissons et de gâteaux... on a visité le quartier juif et on est entré dans une des maisons qu’avait habité une des participantes de ce voyage. L’habitante arabe de la chambre a dit : « depuis que les Juifs sont partis tout est parti avec eux ». C’était sincère.

 

***

 

Or, cette consigne que Moïse a reçu de Dieu de demander aux Hébreux qu’ils demandent à leur voisin c’est le miracle : imaginez la haine réciproque de l’Egypte et des Hébreux au moment de la sortie d’Egypte, on l’étudie à propos de Shabat Hagadol, on leur avait préparé la plus grande surpirse qu’ils pouvaient avoir : leur divinité a été préparée pour être abattue pour le sacrifice de Pessa’h. C’est peut-être là l’origine lointaine de l’accusation de meurtre rituel à Pâques.

 

Les Égyptiens qui avaient une religion astrologique adoraient comme divinité principale la divinité qui représentait le signe du zodiaque dominant du temps. Or, la sortie d’Egypte s’est produite le jour où l’on est sorti du signe du Bélier pour entrer dans le signe du Taureau. On leur annonce que l’on va changer de théologie en sortant du Bélier qui est le 1er né des signes du Zodiaque. On va donc abattre le fils du père. Vous voyez les Chrétiens d’où ils ont pris cela. Il s’est produit un très grand miracle : le miracle du Shabat Hagadol le 10 Nissan où l’on a commencé à préparer l’agneau du sacrifice pour le 14 Nissan. Normalement, les Égyptiens auraient du massacrer les Hébreux à ce moment-là. Frappés de panique la sortie d’Egypte s’est faite. C’est très étonnant et à ce moment-là les Égyptiens ont comblé de cadeaux leurs voisins hébreux.

Des Midrashim racontent comment les femmes égyptiennes suppliaient les femmes hébreux de leur faire l’honneur de porter leur bijoux. Avec les bijoux des hommes on a fait le veau d’or. 

 

D’où cela vient ?

 

Dans l’histoire d’Abraham, il y a un épisode : Abraham a du intervenir dans une guerre entre les rois du pays parce que son neveu Lot était pris dans cette guerre. Et finalement Abraham sort victorieux de cette guerre. Dialogue entre le roi de Sodome et Abraham au sujet du butin.

Le roi de Sodome dit à Abraham ce verset :

 

Lekh Lekha 14:21-22

וַיֹּאמֶר מֶלֶךְ-סְדֹם, אֶל-אַבְרָם:  תֶּן-לִי הַנֶּפֶשׁ, וְהָרְכֻשׁ קַח-לָךְ

Vayomer melekh Sedom el-Avram

Et dit le roi de Sdom à Avram

ten-li hanefesh veharekhoush ka’h-lakh.

Donne moi l’âme (les prisonniers) et le butin garde-le

וַיֹּאמֶר אַבְרָם, אֶל-מֶלֶךְ סְדֹם:  הֲרִמֹתִי יָדִי אֶל-יְהוָה אֵל עֶלְיוֹן, קֹנֵה שָׁמַיִם וָאָרֶץ

Vayomer Avram el-melech Sedom

Avram dit au roi de Sdom

harimoti yadi el-Adonay El Elyon Koneh shamayim va'arets.

J’éléverai ma main vers Dieu Dieu suprême créateur du ciel et de la terre

אִם-מִחוּט וְעַד שְׂרוֹךְ-נַעַל, וְאִם-אֶקַּח מִכָּל-אֲשֶׁר-לָךְ; וְלֹא תֹאמַר, אֲנִי הֶעֱשַׁרְתִּי אֶת-אַבְרָם

Im-mi’hout

Que ce soit d’un fil

ve'ad srokh-na'al

ou d’un cordon de soulier

ve'im-eka’h mikol-asher-lakh

je jure que je ne prendrais rien de tout ce qui t’appartient

 velo tomar ani he'esharti et-Avram.

Et tu ne diras pas « moi j’ai enrichi Avram ».

 

Abraham a entendu du roi de Sodome: donne-moi les personnes. Ces personnes qui étaient prisonniers de guerres et qui auraient pu devenir des prosélytes d’Abraham et le Rekhoush les valeurs. Abraham a tout abandonné. C’est la réaction de la vertu d’Abraham le ’Hessed absolu. Il est intervenu gratuitement, il ne veut être payé en rien, il y a une espèce de négligence qui va être payée très chère. Il va falloir aller dans les civilisations où ces personnes et ces valeurs sont tombées et sont perdues pour aller les récupérer. Effectivement, lorsque Dieu va dévoiler à Abraham l’éventualité de l’exil, Il le fait en ces termes :

 

Lekh lekha 15 :13-14

וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם, יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם, וַעֲבָדוּם, וְעִנּוּ אֹתָם--אַרְבַּע מֵאוֹת, שָׁנָה

Vayomer le-Avram

Il dit à Avram

yadoa teda ki-guer yihyeh zar'akha be'erets lo lahem

savoir tu sauras que ta descendance sera étrangère dans un pays qui n’est pas à eux

va'avadoum ve'inou otam arba me'ot shanah.

Ils seront asservis et persécutés 400 ans

וְגַם אֶת-הַגּוֹי אֲשֶׁר יַעֲבֹדוּ, דָּן אָנֹכִי; וְאַחֲרֵי-כֵן יֵצְאוּ, בִּרְכֻשׁ גָּדוֹל

Vegam et-hagoy asher ya'avodou dan anokhi

Et aussi  le  peuple qui les a persécuté Je la jugerais

ve'a’harey-khen yets'ou birekhoush gadol

et après ils sortiront avec un grand butin.

 

Alors c’est cette idées de Rikhoush, « les valeurs ».

Quelles valeurs ? 

C’est le même mot que dans l’épisode de la guerre d’Araham. Il a abandonné le Rekhoush et il faut aller là où il se trouve pour le sauver. Il s’agit de ces valeurs-là qui primitivement tant du point de vue du Nefesh que du point de vue des Kélim de ce Nefesh fait partie de l’identité d’Israël à priori, c’est une partie qui ne s’est pas rassemblé au moment du rassemblement d’Israël au temps des patriarches, qui est restée dehors et qu’il faut récupérer, ramener, sauver et transfigurer, « kashériser».

 

[J’ai été frappé par un lien, sans sources précises à vous citer : Rekhoush anagramme Koresh.

Or, Koresh c’est Cyrus qui est le 1er Mashia’h, d’après les prophètes, qui ramène de l’exil d’Israël après l’exil de Babel le deuxième exil. Vous avez qu’il y a eu une déclaration Cyrus comme il y a eu une déclaration Balfour.] 

 

C’est ce Rekhoush en vue duquel Israël est descendu dans la civilisation égyptienne et qu’il n’a pas, lui Israël, été capable de recueillir et c’est miraculeusement que Dieu intervient pour qu’ils le recueille quand même à la fin pour pas que cette histoire n’ait pas de sens.

 

Vous voyez à quoi cela se rattache. C’est ce que nous avons étudié à Parshat de Bo [10:2] : 

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה, בֹּא אֶל-פַּרְעֹה:  כִּי-אֲנִי הִכְבַּדְתִּי אֶת-לִבּוֹ, וְאֶת-לֵב עֲבָדָיו, לְמַעַן שִׁתִי אֹתֹתַי אֵלֶּה, בְּקִרְבּוֹ

Vayomer Adonay el-Moshe bo el-Par'oh

ki-ani hichbadeti et-libo ve'et-lev avadav

lema'an shiti ototay eleh bekirbo.

L'Éternel dit à Moïse: "Rend-toi chez Pharaon; car moi même j'ai appesanti son cœur et celui de ses serviteurs, afin que Je place Mes signes en son sein…

 

Il y a aussi une autre fonction de la Galout : éclairer les Égyptiens sur ce qu’est la véritable révélation de Dieu aux hommes, qu’ils n’ont entendu qu’à travers le paganisme astrologique. Et alors la mentalité religieuse de cette civilisation était que la société humaine comme tous les phénomènes dans le monde sont soumis à des structures fatales de fonctionnement des mécanismes de lois naturels. C’était cela la mentalité égyptienne, raison pour laquelle les sages du Pharaon qui étaient des mages n’arrivaient pas à expliquer les rêves que Joseph expliqua. Ce sont des rêves que n’importe quel enfant du talmoud torah, nommé Joseph peut expliquer à Pharaon : un déréglement de l’économie. Cela leur était impensable de penser un dérèglement de l’économie.

 

J’ai repensé à cela lors des purges des économistes dans l’empire soviétiques parce que les récoltes ne correspondaient pas au plan... Ils avaient une mentalité que par analogie je qualifie de l’orthodoxie marxiste : l’économie est soumise à des lois scientifique et cela ne peut pas bouger. Or, voilà que le Pharaon rêve d’un déréglement de l’économie que seul un hébreu peut expliquer.

 

La 2ème fonction, indépendament de ce Rekhoush à sauver, était de révéler la véritable signification de l’histoire du monde aux Égyptiens. Ils n’ont pas réussi et donc Dieu demande à Moïse de prendre patience jusqu’à ce qu’Il fasse ce que les hébreux auraient du faire.

Il y a aussi d’autres facteurs de cette fonction de la Galout.

 

לְמַעַן שִׁתִי אֹתֹתַי אֵלֶּה, בְּקִרְבּוֹ

Lema'an shiti ototay eleh bekirbo.

Afin que Je place mes signes en son sein.

 

Le témoignage qu’Israël aurait du porter dans la civilisation égyptienne et qu’il n’a pas réussi à porter, ce sera à travers les dix plaies que finalement l’Egypte va découvrir l’existence d’une Providence qui gère l’histoire du monde et non pas les mécanismes fatales des lois astrobiologiques.

Je pense souvent à ces thèmes-là lorsque je pense à ce qui se passe dans la diaspora européenne en particulier que je connais mieux, mais c’est vrai aussi pour la diaspora américaine : la principale justification que les Juifs de la diaspora se donnent, indépendament de la solidarité qui est un autre problème, c’est l’idée de mission chez les nations. C’est un cliché qu’ils utilisent mais qui est sans contenu. Chaque fois que je demande quelle est la nature de cette mission  à des autorités que ce soit rabbiniques universitaires, politiques, on ne sait pas me répondre.

 

Très souvent on me répond naïvement :

1- Apprendre aux Goyim « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Il y a deux réponses : cela fait 2000 ans qu’ils l’ont entendu et ce sont les curés qui s’en occupent et non pas les rabbins.

2- « Enseigner les valeurs de la Torah ». Il y a énormément d’enseignant juifs de très hauts niveaux en Europe en particulier. Mais ils enseignent tout, sauf la Torah, et en général : ils enseignent l’athéisme, « l’athéologie » et non pas la théologie. Imaginez un jour la frustration de ces braves Goyim qui attendent d’Israël chez eux la révélation qui ne vient pas. La frustration de la femme de Poutifar qui veut Joseph mais n’obtient que son déguisement égyptien. Effectivement, sur 100 professeurs juifs d’université, 99 sont athées. Et l’intelligentsia juive prétend être en France pour y enseigner la parole du Dieu vivant...

 

***

 

La majeure partie de ces matériaux sont les valeurs  de la civilisation égyptienne dont Israël s’est chargé par don de l’Egypte.

 

Tribu de Lévi :

A travers la tribu de Lévi, beaucoup de ces valeurs sont normalement, organiquement, introduites en Israël. La tribu de Lévi n’a pas participé à l’esclavage d’Egypte. Les Égyptiens ont reconnu dans la tribu de Lévi la tribu des prêtres d’Israël avant la lettre ; et par consèquent, ils n’ont participé aux camps de concentration de l’Egypte. Mais pour les autres tribus c’est miraculeusement par don qu’on a pu emporter ces valeurs de l’Egypte.

 

En ensuite à travers la suite de l’histoire, cette Egypte a disparu elle est restée dans les bibliothèques, dans les musées, dans le sables de Abou Simbel : Moïse enterra l’égyptien (l’Egypte)  dans le sable. Et toutes les valeurs vivantes sont intégrées dans l’identité hébraïque d’Israël qui sort d’Egypte et elles sont hébraïsées.

 

La 2ème réponse pour ces matériaux :

Le Midrash l’explique en disant que ce sont des réalités qui sont apparues miraculeusement dans le désert en ce temps-là parce qu’on en avait besoin pour le Mishkane. C’est une autre réponse.

En particulier, le Ta’hash animal  עֹרֹת תְּחָשִׁים  [25:5] que personne ne connait. Le Ta’hash selon le Midrash est un animal mystérieux apparu dans le désert parce qu’on avait besoin de sa peau...

וְעֹרֹת אֵילִם מְאָדָּמִים וְעֹרֹת תְּחָשִׁים, וַעֲצֵי שִׁטִּים

peaux de bélier teintes en rouge, peaux de tahach et bois de chittîm

 

L’image du Midrash : Israël sortant d’Egypte l’a vidé comme un pécheur vide un étang avec son filet.

 

***

 

Q :Vous avez dit que le Rekhoush c’était aussi des personnes ?

R : Non, il y a Reikhoush et Nefesh. Il y a les personnes et il y a les valeurs. 

Q : Les personnes c’était le Erev Rav ?

R : Oui, seulement Moïse n’a pas eu le temps de les éduquer. Moïse sait exactement ce qu’il fait lorsqu’il intègre le Erev Rav en Israël. C’est une des fonctions de la Galout-l’exil de ramener le Erev Rav. On voit que Dieu s’y oppose mais en fin de compte Il accepte. En fait, le Erev rav et les Hébreux ont ensemble accepté la Torah au Sinaï. Mais il y a une différence d’essence et de nature entre les deux. Les Hébreux sont les descendants des patriarches et ont eu 6 générations du Derekh Erets des Patriarches : « Qadma Derekh Erets laTorah ». Ils ont été formé à une culture préalable à la Torah qui rend la Torah possible.

 

Malheureusement cette culture des Hébreux, le Derekh Erets des Patriarches, manquent à la plupart des Juifs eux-mêmes aujourd’hui, parce qu’ils l’ont perdu à travers l’exil. En particulier chez les Juifs pieux c’est le plus grave. Chez les Juifs non pieux, bon, on arrangera tout en même temps.  

Mais la Torah sans le Derekh Erets c’est très grave. Je ne parle pas de la politesse mais du Derekh Erets ha-Ivri . Le fait qu’Israël soit sorti de l’identité hébraïque de l’origine, Avraham Ha-Ivri.

C’est cela qu’il faut retrouver.

 

Le drame de la société israélienne c’est que :

=> une partie qui a le Derekh Erets mais pas la Toah.

=> une partie qui a la Torah mais pas le Derekh Erets.

=> grâce à Dieu il y a aussi ceux qui ont et le Derekh Erets et la Torah.

(il y a même deux genres : Torah et Derekh Erets, Derekh Erets et Torah)

 

Effectivement, ce n’est pas pour rien que la Mishna insiste là-dessus :

"Yafeh Torah im Derekh Erets"

 

Ce sont deux niveaux très différents. Par habitude on les croit unifiés mais ce n’est pas la même chose. Il peut exister un Derekh Erets sans Torah et une Torah sans Derekh Erets.

 

Une autre Mishnah dit :  im eïn Derekh Erets eïn Torah ve im eïn Torah eïn Derekh Erets

Ce n’est pas un problème simple.

 

Or, quel Derekh Erets ?

C’est celui d’Erets Israël !

 

Un petit ‘Hidoush sur ce que dit le Talmud :

Qadma Derekh Erets laTorah al panim shanah : il faut le lire comme c’est raconté dans la Torah :

Qadma Derekh Erets Israël laTorah.

La preuve ? C’est le Lekh Lekha pour Abraham. Ce que Dieu dit à Abraham : il a fallu 2000 ans pour que cela se réalise. Lekh Lekha Erets Israël, et là-bas on a rendez-vous pour la Torah...

Qadma Derekh Erets Israël laTorah.

                               

Autre exemple dans la Parashah de Beshala’h:

Beshala’h 13 :17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Vayehi beshalach Par'oh et-ha'am velo-nacham Elohim derekh erets Plishtim ki karov hou ki amar Elohim pen-yinachem ha'am bir'otam milchamah veshavu Mitsraymah.

Et il arriva lorsque Paro voulut renvoyer le peuple Dieu ne les a pas conduit par le chemin du pays des Phillistins parce qu’il était trop proche car Dieu s’était dit de peur que le peuple ne regrette d’être sortie d’Egypte en voyant la guerre et qu’ils retrounent en Egypte. 

 

Autre lecture :

Et Dieu ne les a pas conduit par le Derekh Erets des Philistins parce que lui est proche d’eux

 

C’est dire qu’il y a un Derekh Erets Israël et le Derekh Erets Pélishtim.

C’est d’ailleurs notre problème aujourd’hui : soit les israéliens, soit les palestiniens ! C’est-à-dire ou Israël ou les Pelishtim. Et cela se produit précisèment à Gaza qui est le chemin en question.    

Derekh Erets Pelishtim c’est Goush Qatif.

Vous voyez on est rassuré, c’est bien de nous qu’il s’agit dans ces textes-là !

 

***

 

La différence entre le Erev Rav et Israël au Sinaï n’est pas d’accepter ou refuser la Torah, mais l’approche à la Torah est radicalement différente. Et lorsque Moïse a tardé à redescendre de la montagne, il s’est avéré que le Erev Rav avait divinisé Moïse comme médiateur et c‘est pourquoi ils ont demandé un symbole religieux – l’idole du veau d’or – pour remplacer Moïse en retard selon leur calcul. D’une certaine manière c’est déjà du christianisme avant la lettre. L’adoration de Moïse par le Erev Rav c’est déjà la théologie chrétienne.

…/…

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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