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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:27

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

Cours 5

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_5

Durée : 45,9 minutes - Face B - 152 02

 

…/…

Ce n’est donc pas sélection, mais mise à l’épreuve. Metsaref, épurer, comme on fait passer un métal dans le creuset pour ensuite le tremper pour qu’il devienne ‘hallal.

 

Q : ?

R : De là on comprend la notion de Qidoush Hashem. On dit de quelqu'un qu’il est mort qidoush Hashem. Il y a des manières d’achever la vie terrestre qui économisent tous les autres gilgoulim nécessaires.

 

Nous revenons à l’explication du Maharal sur le système de Rabbi Eliezer :

Derekh, pour épurer les tendances corporelles.

Midbar, pour les tendances spirituelles.

Yam Souf, la mise à l’épreuve de la foi au niveau intellectuel.

 

« Et tout cela Dieu l’a fait parce qu’au temps de la sortie d’Egypte la Shékhinah de Dieu était avec Israël ».

 

On s’était arrêté là hier. Le problème de l’exil de la Shékhinah et de sa délivrance au moment où Israël est délivré de l’exil.

« Puisqu’Israël était le véhicule de la Shékhinah alors Dieu a voulu évacuer d’Israël leurs infériorités, faiblesses, défauts. Et c’est pourquoi il faisait passer Israël par des épreuves et par là Il épurait Israël»

 

Pour la partie du peuple non encore prête à devenir Israël de Jérusalem, de Tsion, il fallait passer par là pour être épuré à priori. Mais pour les autres qui n’avait pas besoin de cela à priori ? Il y a des raisons à postériori que donnera Rabbi Yehoshoua. Et ici le Maharal ajoute quelque chose de très important.

 

Après ces épreuves alors ils étaient épurés tehorim, zakarim, transparents, aptes à recevoir un niveau supérieur d’être. Et même sans défaut en eux, Dieu les aurait quand même éprouvé au niveau du corps et de la vie psychique, afin de mériter un niveau encore supérieur d’être à travers les épreuves qu’ils auraient acquise dans cette occurrence-là au moment de la sortie d’Egypte qui a été faite pour eux. »

 

Dans tous les cas, pour la partie du peuple pour laquelle c’était nécessaire il fallait passer par ces épreuves d’épuration. Et même si cela n’avait pas été nécessaire, en cas d’absence de défaut, à priori on serait passé par ces épreuves tout de même pour acquérir une maalah encore supérieure.

 

 « Et même s’il n’y avait pas en eux de faiblesse, Dieu les aurait quand même mis à l’épreuve au niveau du corps et de la vie psychique pour leur donner une maalah supérieure, un niveau d’être supérieur. »

 

Cela aurait été yissourim shel ahavah et non yissourim shel ônesh.

Question d’exégèse : Maharal ne parle ici que du gouf et du nefesh, et le sekhel a été oublié?

Il manque la troisième maalah qui est le sekhel !?

Pourquoi ne fait-il pas ici allusion à la troisième série d’épreuve au niveau de l’intelligence ?

Réponse : Parce que s’ils avaient été parfaits il n’aurait pas été nécessaire de les éprouver au niveau de la foi, cela aurait été acquis de façon irréversible. Mais l’amélioration au niveau de leur corps biologiques et de leurs vies psychiques reste possible. C’est la différence entre mitzvot et Torah. La connaissance de la Torah est irréversible, les mitzvot sont à refaire constamment jusqu’à parvenir au sommet de l’échelle. Le mérite d’une mitzvah peut se perdre, le mérite d’une connaissance de Torah ne se perd jamais.

 

Explication du système de Rabbi Yéhoshoua :

Et voilà la raison pour laquelle Dieu avait décidé de les fatiguer par le chemin, de les épurer par les angoisses, et de les mettre à l’épreuve au niveau de la foi.

Alors que pour R. Yehoshoua tout est louange, parce qu’Il est venu leur donner la Torah, et la Torah n’est susceptible de leur être donnée que sur le chemin du pays des Pélishtim, qui est le chemin le plus proche entre l’Egypte et Eretz Israël. Parce que nous trouvons dans les textes que la Torah est appelée « derekh chemin », dikhtiv : « MiKol Haderekh asher tzivah : Tu ne t’écarteras pas de tout le chemin que Dieu t’aura ordonné. » Parce que la Torah a été nommée « derekh ».


Selon l’explication de R. Yehoshoua dans tous les cas, Dieu voulait leur donner la Torah, en chemin, pas dans ce détour par le Sinaï, mais dans le chemin direct qui passait par le chemin de la côte. Mais on apprend ici quelque chose de nouveau : celui qui n’a pas connu ce qu’est le voyage ne peut pas non plus comprendre ce qu’est la Torah parce que la Torah s’appelle dérekh chemin.

 

« Et c’est pourquoi il était convenable que la Torah leur soit donnée sur le chemin. Et s’il allait trop directement il n’aurait pas été possible de leur donner la Torah dans Eretz Pelishtim, dans une terre occupée par d’autre goyim (be-eretz goyim a’hérim), la Torah n’aurait pu leur être donnée qu’en Eretz Israël. Mais cela n’aurait pas été dans le chemin. Or, il est nécessaire à la Torah de passer par un chemin comme il va encore être expliqué.  

 

Maharal explique que dans tous les cas nous allons apprendre que la Torah est reliée à l’idée de chemin. Par conséquent, la Torah devait être donnée en chemin. Ceux qui avaient besoin que la Torah leur soit donnée en chemin cela excluait le chemin par Eretz Pelishtim parce qu’il y a impossibilité à cause de l’impureté des Pélishtim. Il aurait fallu y passer rapidement pour recevoir la Torah à Jérusalem. Mais ce n’aurait pas été en chemin !  Mais il avait besoin de recevoir la Torah en chemin. Par conséquent, comme il fallait éviter le chemin de la côte à cause des Pélishtim, on les amena dans le chemin du désert.

Reste à comprendre le lien entre la Torah et le chemin.

 

D’autres commentateurs expliquent : puisque le peuple est sorti dans un tel état avec 3/5èmeen apprentissage total, il y a une péripétie supplémentaire de mise à l’épreuve d’épuration de telle sorte que seul un peuple d’Israël épuré entre en Eretz Israël. On s’aperçoit que toute la génération de la sortie d’Egypte restera dans le désert, seuls leurs enfants vont rentrer en Eretz Israël.

 

Selon les kabbalistes, grosso modo je ne parle pas des exceptions, nous sommes de notre temps la réincarnation de cette génération-là. Mais elle n’est pas dans le même état puisqu’entre temps ils s’est passé 3600 ans ! Cela ne veut pas dire que nous allons échouer comme eux, cela veut dire que ce sont eux qui vont réussir ! Mais nous rencontrons les mêmes problèmes. Par rapport au problème auquel chacun est sensible, il suffit d’une expérience d’identification au niveau de l’histoire vécue d’après le récit de l’histoire biblique pour qu’on comprenne. Peu importe les détails puisqu’il faut se mettre à 600.000 pour comprendre tous les détails.

En mathématiques, le raisonnement par récurrence : lorsqu’on a fait la preuve du théorème sur un point, il vaut pour toute la série. Dès qu’on a compris un verset c’est que toute la Torah est vraie. Et alors chacun a son verset.

 

Q : Si on avait traduit le mot Torah par « voie » au lieu de systématiquement le traduire par « loi » est-ce que dans la golah cela aurait changé… ?

R : Énormément, Il y a une espèce d’attitude de juridisme, un peu du légalisme, qui a envahi la tradition juive dans toute l’histoire de la golah de 2000 ans. Mais l’étymologie va jusque là : le mot de halakhah lui-même signifie la marche. A comparer avec le mot de halikhah, lahalokh, cela veut dire la marche à suivre. Mais il y a un aspect saducéen qui a envahi les communautés juives avec le temps. Et malheureusement, l’immense majorité des communautés orthodoxes, c'est-à-dire celles qui sont de la fidélité la plus authentique à la Torah, sont tombées dans ce piège. En Europe d’abord, et cela a diffusé dans le monde entier, avec l’impérialisme européen cela est arrivé partout. Comme une espèce de vengeance subreptice de Rome dans Jérusalem. Puisque le légalisme vient de Rome. C’est la grande calomnie des chrétiens qui accusent les Pharisiens de légalisme alors que cela vient des Romains.

 

Q : inaudible.

R : Le gouf est le kéli de la neshamah, Israël est le kéli de la Shékhinah. C’est dans ce sens-là. Il y a une analyse du Zohar que le Shlah a reprise : Israël a trois niveaux d’identité qui sont Kohen-Lévi- Israël dont les rashei tévot donnent Kéli. 

 

…/…

 

Nous relisons notre verset de Beshala’h. Pour comprendre ensuite le lien entre l’idée de Torah et l’idée de derekh.

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple, Elohim ne les a pas conduit par le chemin du pays des Philistins car proche il est (ki karov hou le chemin) car Elohim avait dit : de peur que le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

וְלֹא-נָחָם    Velo na’ham de la racine na’ho guider, diriger.

Il en résulte que dans ce verset, au niveau pshat, le mot de chemin derekh est un masculin. (Hou)

Les taamim, les accents de la massora, fondent cette lecture. Sous le mot de derekh se trouve un taam en forme d’angle qui s’appelle yetig et qui est un taam disjonctif. C'est-à-dire que le mot de « derekh » est isolé de la suite qui est « Eretz Pelishtim ». Donc nous avons une unité de lecture qui est ainsi : « Derekh – Eretz Pelishtim : le chemin du pays des Pelishtim ».

 

Car il est proche : dans cette lecture : trop proche de l’Egypte.

En cas d’obstacle quelconque on risque de revenir en Egypte…

 

Mais nous avons une unité de lecture en hébreu qui est le mot « Derekh Eretz » et non plus « Eretz Pelishtim ».

 

« Derekh Eretz » a plusieurs niveaux de sens.

« Derekh Eretz » cela signifie premièrement la morale, dans la forme de la politesse. La morale nécessaire pour la vie en société sur terre. Littéralement cela signifie le « chemin de la terre ». La Torah vient du ciel : Torah min hashamayim, mais il y a une sagesse de la civilité, de la politesse, dans le sens étymologique du terme de la vie dans la cité, c’est donc la morale de la société. La morale dans le sens de politesse, de convivialité, de civilité, la manière de se conduire sur terre en société. 

 

« Derekh Eretz » dans un sens plus général regroupe toutes les sagesses et les connaissances et les sciences qui nous permettent d’aménager notre vie terrestre. Et donc, dans ce sens plus général, c’est la civilisation, y compris la culture.

 

« Derekh Eretz » dans un sens plus particulier qui est le métier, le travail.

 

Suivant les textes (mishnayot, guémarot ou psoukim) c’est tel ou tel sens qui apparait en dominante.

Dans notre première lecture est acquis le fait que le mot de derekh est au masculin. Et maintenant apparait une autre expression qui se lit plus facilement: le derekh eretz des Pelishtim !

C’est une différence de sens, il ne s’agit plus d’être ou non dirigé par le chemin de Eretz Pelishtim, mais le fait que Dieu ne les a pas conduit par le Derekh Eretz des Pelishtim.

Derekh eretz qadma latorah :

Il faut comprendre que le Derekh Eretz est un niveau de civilisation humaine qui est un niveau de réussite de l’effort moral préalable à la Torah. La Torah n’est donnée qu’à celui chez qui le Derekh Eretz a réussi ! C’est le cas d’Avraham qui indique tout un long effort de l’humanité à travers 20 générations, et dans la famille où le Derekh Eretz a déjà réussi on est déjà moral et alors la Torah est donnée. C’est un sujet pour lui-même. Faites attention : l’objet de la Torah n’est pas la morale sur terre, l’objet de la Torah c’est la sainteté qui nous fait acquérir le vrai monde.  

La preuve c’est la formule par laquelle on introduit chaque mitzvah :

Baroukh Atah Hashem Eloheinou Melekh HaOlam Asher Qidéshanou BeMitzvotav : les mitzvot ont pour objectif la sainteté !

C’est autre chose que la moralité.

Nous nous servons de la Torah aussi pour la moralité. Il y a une implication d’un certain Derekh Eretz propre à la Torah, mais l’objet de la Torah est la Qédoushah et non pas le Derekh Eretz.

 

Preuve par la mishna du Pirqey Avot qui dit : Yafé Torah Im Derekh Eretz !

Il y a bien un Derekh Eretz de la Torah mais ce n’est pas cette idée que je voudrais analyser. C’est d’abord ceci : la Torah n’est donnée qu’à ceux chez lesquels le Derekh Eretz a réussi.

 

Imaginez quelqu’un qui n’a pas encore résolu le problème de la conscience morale et qui s’occupe de la sainteté ! Sa sainteté va pourrir tout de suite ! Il faut d’abord résoudre le problème moral et ensuite on s’occupe de religion !

Comme nous sommes à un niveau de civilisation où tout est pêle-mêle, et où tout est au même niveau, alors on mélange tout. Il est bien évident que la Torah peut servir d’apprentissage à la moralité mais ce n’est pas son objet réel. Son objet réel c’est de s’adresser à celui chez lequel la moralité a réussi pour le faire accéder à la sainteté.

 

Or, chaque société, chaque culture a son Derekh Eretz propre.

Donc Israël a son Derekh Eretz propre qui est préalable à la Torah. Il y a un Derekh Eretz hébreu, une sagesse de la terre propre à l’identité hébraïque qui a fait que Dieu a choisi ce peuple-là plutôt qu’un autre pour lui donner la Torah. Voyez l’importance de l’identité hébraïque de Avraham à Mosheh, les 6 générations préalables à la Torah. Mais en vérité, ce sont les 26 générations préalables. Depuis le premier homme se cherche un Derekh Eretz authentique qui fera qu’à ce peuple la Torah Min Hashamayim sera donnée.

 

Si on a bien compris cela, par le fait que chaque société a son propre Derekh Eretz, il y a donc des différences et il y a le cas particulier du Derekh Eretz le plus opposé à celui d’Israël. C’est celui-là que le verset appelle le « Derekh Eretz Pelishtim ».  

 

Je reprends l’analyse à 3 niveaux en reprenant le sens du mot Derekh Eretz :

Il y a le Derekh Eretz hébraïque propre, la manière de se comporter dans l’histoire pour l’hébreu. Avraham, Yits’haq, Yaaqov, Lévi, Amram, Mosheh.

Les descendants des Hébreux avaient donc cette différence et cet avantage avec le Erev Rav : le Derekh Eretz des Hébreux !

Les uns est les autres, sauf la tribu de Lévi qui est un cas particulier, étaient au même stade au Sinaï pour recevoir la Torah. Avec une grande différence que les tribus des Hébreux possédaient déjà les 6 générations du Derekh Eretz hébraïque ! Le Erev Rav avait d’autres Derekh Eretz. C’est ce qui a causé le capotage.

Deuxième sens : Il y a un Derekh Eretz compatible avec la Torah même s’il n’est pas hébreu. Troisième sens : il y a un Derekh Eretz complètement incompatible avec la Torah. C’est celui des Pélishtim. Derekh Eretz Pelishtim.

 

On relit le verset :

13.17

וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא

Et Elohim ne les a pas conduits par le stade préalable à la Torah qui doit être Derekh Eretz mais pas celui des Philistins, Ki Karov Hou car Lui (Dieu/Israël) est proche (d’Israël/ de Dieu).

 

Cela change complètement le sens du verset.

Double lecture possible : « Car Dieu est proche d’Israël » ou l’inverse : « car Israël est proche de Dieu ». Par conséquent, il y a incompatibilité avec le Derekh Eretz Pelishtim.

 

Normalement, la stratégie la plus simple était de prendre le chemin de la côte pour arriver à Jérusalem, mais on ne pouvait pas, parce qu’il y avait les Philistins. Et parce que, traversant la société des Philistins, Israël se serait dénaturé, ou du moins il y aurait eu une telle guerre entre les deux et leur Derekh Eretz que les faiblards auraient désiré retourner en Egypte.

 

Pourquoi cette incompatibilité avec les Pélishtim ?

On apprend, d’après les midrashim, que c’est au moment où la sortie d’Egypte se prépare que les Pelishtim arrivent depuis leur civilisation crétoise pour occuper le pays. Ils sont ceux qui vont incarner les prétentions de Amaleq. Annuler Israël pour se mettre à sa place. L’anti-Israël radical. Nous vivons actuellement ces péripéties. Dès qu’Israël sort de la galout, se prépare ce peuple qui s’appelle Pélishtim, et qui prétend remplacer Israël !

 

Cette lecture est importante à ce stade là pour résoudre la difficulté dans l’explication du Maharal :

Derekh peut être employé soit au masculin soit au féminin. Et c’est quand il est au féminin que Derekh signifie Torah. Non pas quand il est au masculin. Au masculin, Derekh signifie la guerre.

C’est clair dans tous les versets du Tanakh que le mot Derekh au masculin signifie la guerre et que le mot Derekh au féminin renvoie à la Torah.

 

Or, l’explication du Maharal se basait sur le fait que Derekh signifiait Torah ! Derekh doit ainsi être au féminin. Donc il fallait changer la lecture du verset. Parce que dans la première lecture le « Hou » renvoyait au Derekh. « Ki Karov Hou » il s’agissait du chemin qui était proche. Et par conséquent, Derekh au masculin signifiait la guerre et non pas la Torah comme le dit le Maharal !  

 

C’est parce que la lecture est tout à fait autre :

« Et Dieu ne les a pas fait passer par le chemin de la côte, Ki Karov Hou : « car Lui Hashem est proche d’Israël », ou l’inverse : « car lui Israël est proche de Hashem ».

 

Or, comme nous savons qu’il s’agit d’un peuple que le Pharaon a renvoyé et qui n’est pas encore vraiment fort dans son identité, en voyant cette guerre nécessaire entre Israël et les Pélishtim, les faiblards risquent de vouloir retourner en Egypte.

 

Difficulté supplémentaire avec Derekh dans le sens de Mil’hamah.

Et il y a un mot hébreu qui signifie le combat et qui est de la même racine que Karov : Krav.

Ki Karov Hou : cela veut dire que ce Derekh c’est vraiment une guerre.

Et en voyant cette guerre, ils seraient retournés en Egypte.

Or, le Maharal nous a parlé d’un tout autre Derekh, qui est Torah !

 

Etant donné le Derekh Eretz préalable à la Torah pour ceux qui ne possèdent pas encore le Derekh Eretz hébreu, il est dangereux de les faire passer par le Derekh Eretz Pelishtim d’où le détour.    

Pourquoi ce détour, comme le dit le Maharal : parce qu’il faut leur donner la Torah.

 

Ceux qui ont déjà le Derekh Eretz hébreu n’avaient pas besoin de cela et pouvaient directement aller à Jérusalem. Mais ils auraient été seuls, alors qu’ils doivent emmener avec eux les autres.

 

Ce thème est très général. Si vous confrontez le rythme de l’histoire de la constitution de l’identité d’Israël avec l’histoire des autres peuples apparait un principe important : Avraham, Isaac, Jacob cela va très vite. Et c’est énorme qu’Abraham ait donné Isaac et qu’Isaac ait donné Jacob ! Dans la même famille, le grand-père, le fils et le petit-fils, c’est un mystère ! Il aurait suffit du 4èmetout de suite, qui serait le Messie… Mais il se creuse un temps énorme entre Jacob qui devient Israël et il faut attendre les autres. Voyez cette énorme patience de l’identité d’Israël qui aurait pu mériter son monde depuis longtemps mais qui attend le 4èmedepuis le temps de Jacob. C’est le 4èmequi attend les autres. Nous disons habituellement que nous attendons le messie, c’est un mensonge pieux. C’est lui qui nous attend, et on sait très bien où il nous attend et on le laisse attendre…

 

La différence entre Derekh-Mil’hamah et Derekh-Torah :

Mishna guémara Kidoushin sur les trois procédures du mariage:

“Ha-ishah nikneit béshalosh derakhim: la femme est acquise par trois chemins-procédures”

 

Une particularité de la langue hébraïque avec les nombres jusqu’au dix le genre de l’adjectif change : on met le féminin lorsque c’est un masculin et un masculin lorsque c’est un féminin.

Le fait qu’il y ait shalosh et drakhim au pluriel indique le terme derekh au féminin.

 

La guémara pose ensuite une question apparemment purement grammaticale mais qui nous mène à un problème de fond. Elle demande :

Pourquoi shalosh au féminin et non pas shloshah au masculin ?

Réponse : parce qu’il s’agit de la procédure du mariage de la femme, et comme la femme est au féminin, il faut que le derekh, la procédure soit également au féminin.

Effectivement, elle nous dit que si la mishna avait dit shloshah drakhim au masculin, alors le mot de derekh aurait signifié la guerre. Et la guémara cite le verset par lequel on sait que le mot de derekh est féminin :

 

Yitro 18.20

 

וְהוֹדַעְתָּ לָהֶם, אֶת-הַדֶּרֶךְ יֵלְכוּ בָהּ  

 

Veodarta lahem et haderekh  yelekhou vah - Et tu leur feras connaitre le chemin qu’ils doivent suivre.

 

Et il s’agit de l’enseignement de la Torah. 

 

Alors que lorsque le terme derekh est au masculin : Dt. 28.7 c’est une situation de guerre :

 

בְּדֶרֶךְ אֶחָד יֵצְאוּ אֵלֶיךָ, וּבְשִׁבְעָה דְרָכִים יָנוּסוּ לְפָנֶיךָ  

 

« Tes ennemis viendront contre toi par un chemin, et par sept chemins ils s’enfuiront. »

 

Il s’agit d’une situation de guerre et le mot de derekh est au masculin.

 

Ensuite, la guémara dit qu’il y a contradiction dans l’emploi du mot de derekh, soit masculin donc la guerre, soit au féminin donc la Torah. Quelle est la règle expliquant pourquoi ici on a utilisé le terme drakhim au masculin ?

 

La guémara continue en déclarant qu’il n’y a pas de contradiction. Dans notre cas où il s’agit de Torah, et la Torah est au féminin, alors on a mis le mot de derekh au féminin. Idée supplémentaire : il faut aussi apprendre que la Torah est au féminin. On a également besoin d’un verset :

 

Tehilim 19.5 :  ח תּוֹרַת יְהוָה תְּמִימָה, מְשִׁיבַת נָפֶשׁ  

 

La Torah de Hashem est parfaite elle ramène le nefesh.     

 

Ce n’est pas n’importe quel verset que la guémara a choisi pour nous dire que la Torah est au féminin. Pourquoi ce verset particulier ? En réalité, c’est lié au problème du mariage, de la même manière que la Torah ramène le nefesh de l’homme, la femme ramène le nefesh de l’homme. Nous apprenons le souci de la guémara qui veut comprendre pourquoi la procédure du mariage est une procédure au féminin, avec derekh au féminin. A partir de là, elle explique deux emplois du mot derekh : si c’est au masculin c’est la guerre, si c’est au féminin c’est la Torah. Quand dans ce cas où il s’agit de la Torah parce que la relation de la femme à l’homme est comme la relation de la Torah à Israël (méshivat nafesh), alors on a dû mettre au féminin. La guémara repose sa question: puisque c’est ainsi autant éviter le mot de derekh, et utiliser à la place le mot de davar qui peut avoir le même sens. Et dire shloshah au masculin « par trois procédures la femme est mariée ». Et la guémara à ce moment-là explique la différence entre derekh et davar

 

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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