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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:26

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

COURS 5

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_5

Durée : 27,3 minutes - Face A - 152 01

 

Midrash de la Mékhilta cité par le Maharal sur le verset 17 de la parashah de Beshala’h.

 « Vayhi Beshala’h Paro Et HaÂm », et en particulier cette expression « Derekh Hamidbar Yam Souf » qui a servi de base au midrash pour son enseignement. Nous allons reprendre l’enseignement de R. Eliezer et de R. Yehoshoua après l’analyse d’introduction du Maharal.

 

Au moment de la sortie d’Egypte au lieu d’entrer directement dans le pays de Kenaan, il y a eu un détour par le désert devant la mer rouge qui est une impasse : l’armée égyptienne les poursuit entretemps le pharaon s’étant ravisé après avoir autorisé le départ, et le peuple se retrouve coincé entre la mer et l’armée égyptienne.

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple, Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car c’est un chemin proche car Elohim avait dit : de peur que le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

A partir de cette expression le midrash va mettre en évidence la motivation de ce détour. Nous avons vu dans les analyses précédentes qu’en tout cas une partie  du peuple, celle qu’on appelle ha-âm, n’a pas suffisamment de détermination pour passer à l’étape suivante de l’histoire de la libération d’Égypte ; et par conséquent, il y a la nécessité de la péripétie supplémentaire de ce détour par le chemin du désert qui les amène à la mer rouge et les accule à cette impasse.

 

La Mékhilta (le midrash sur le livre de l’Exode) nous cite d’abord deux enseignements. Le premier qui est celui de R. Eliézer sur les mots « derekh hamidbar yam souf » : chemin afin de les fatiguer.

 

Rabi Eliezer dit :

Derekh le chemin pour les fatiguer.

Psaumes 102.24 :

 כד עִנָּה בַדֶּרֶךְ כחו (כֹּחִי)  

Ina badérekh ko’hi : il a amoindri ma force par le chemin » (les voyages fatiguent).

Hamidbar pour les affiner-épurer (letsaref).  Comme il est dit :

 טו הַמּוֹלִיכְךָ בַּמִּדְבָּר הַגָּדֹל וְהַנּוֹרָא

« (Dieu) Qui t’a dirigé dans ce désert grand et redoutable (afin de t’éprouver). »

Yam Souf - la mer rouge, pour les purifier. Comme il est dit (Psaumes 106.7):

וַיַּמְרוּ עַל-יָם בְּיַם-סוּף

« Et ils se révoltèrent sur la mer à Yam Souf ».

 

Le système de Rabi Eliézer comporte trois niveaux, en correspondance aux trois mots derekh - hamidbar - yam souf…

 

Rabi Yéhoshoua dit :

Derekh pour leur donner la Torah. Comme il est dit (Devarim 5.29):

כט בְּכָל-הַדֶּרֶךְ, אֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה

« Dans toute la voie haderekh que Hashem vous a ordonné… »

Hamidbar pour leur donner la manne. Comme il est dit :

Devarim 8.16

הַמַּאֲכִלְךָ מָן בַּמִּדְבָּר

« (Dieu) qui t’a nourri de la manne dans le désert ».

Yam Souf pour leur faire des miracles : Comme il est dit (Psaumes 106.9):

ט וַיִּגְעַר בְּיַם-סוּף, וַיֶּחֱרָב

« Il décréta contre la mer des joncs et elle se dessécha ».

 

R. Eliézer : le mot derekh comme fatigue corporelle, afin qu’il y ait épreuve de la fatigue physique du voyage. C’est donc la fatigue corporelle. Le mot midbar c’est l’épreuve du désert, la région inhabitée et ces angoisses. Yam Souf renvoie à l’épreuve de la foi.

R.Yéhoshoua : le mot derekh comme marche spirituelle à suivre, initiation à la Torah. Le mot midbar renvoie aux miracles de la suspension du problème économique pendant la génération du désert. Rappelez-vous des analyses de Monsieur Messas hier soir. Le désert a été effectivement le lieu où pendant 40 ans Israël a été soustrait aux contraintes du problème économique, la manne et les nuées qui protégeaient de l’usure des vêtements et des ennemis et des embûches. Le peuple d’Israël expérimente déjà dans ce monde-ci une manière d’être des temps messianiques. Yam Souf renvoie au dévoilement de la capacité de miracle.

 

Le Maharal donne une introduction d’analyse en disant : l’identité humaine est un faisceau de plusieurs sortes de tendances, (nefesh, roua’h, neshamah, ‘hayah et yé’hidah) et la partie de cette neshamah qui est incarnée habituellement dans la personne humaine dans sa vie terrestre consiste dans les trois niveaux inférieurs qui sont nefesh, roua’h, et neshamah, soit dans les termes du Maharal : les tendances biologiques, psychiques et intellectuelles. (Te’hounot : des facultés, ou tendances dans le langage du moyen-âge, on dirait aujourd’hui des fonctions ou des comportements. Il y a des comportements au niveau de la vie biologique, au niveau de la vie psychique (qui intègre déjà la vie spirituelle pour le judaïsme) avec plus haut le niveau de la vie intellectuelle. Nefesh, roua’h, neshamah en parallèle avec les termes employés par le Maharal : gouf, nefesh et sekhel.

 

Le Maharal explique ainsi l’enseignement de R. Eliezer d’après ce schéma. Compte tenu de la grossièreté d’Israël manquant de mérite dans ces trois niveaux, il fallait mettre ces trois faisceaux de tendance à l’épreuve. 

Il nous mène à décoder l’enseignement de R. Eliezer de la manière suivante :

-Derekh : le chemin pour affiner les tendances biologiques : le mouvement fatigue le corps.

-Bamidbar : le désert pour améliorer l’état des tendances psychiques parce que la vie dans le désert est source d’angoisses, de craintes et de terreurs, et une épuration et une immunité contre la crainte se fait dans ce passage du désert. Le fait d’avoir vécu la vie du désert et de savoir qu’on peut survivre… De la même manière celui qui traverse les fatigues du voyage…

-Yam Souf : la mise à l’épreuve de l’être intellectuel de la personne s’effectue au niveau de la foi. Devant la mer, les Hébreux non encore préparés à l’identité Israël avec tout ce qu’elle implique d’engagements et de paris dans l’histoire vont être confrontés à une mise à l’épreuve.

Une promesse a été faite qu’ils seraient sauvés. Mais ils sont mis dans une situation historique qui nie la possibilité théorique et concrète de cette promesse. Et intellectuellement, il n’y a donc plus de base à cette foi et cette confiance dans la promesse devant une réalité offrant la situation contraire.

 

Une péripétie en trois moments : l’Egypte et la sortie d’Egypte, l’épreuve du désert, l’entrée en Eretz Israël. Le problème à priori était d’entrer directement, on aurait pu faire l’économie du passage dans le désert, mais cela a été nécessaire à postériori parce qu’une partie du peuple devait être mise à l’épreuve. Ceux qui n’ont pas résisté à l’épreuve,  c'est-à-dire ceux qui voulaient retourner en Egypte ou qui refusaient de rentrer en Eretz Israël et qui préféraient rester dans le désert,  ont été enterrés dans le désert.

 

Q : Comme une sélection ?

R : Comme une épuration.

Tout ce qui a été créé, au niveau du kéli, le véhicule matériel du monde, mais à plus forte raison au niveau des âmes pour lesquelles le monde a été créé, est garanti par le fait qu’il ait été créé, qu’il devra, quelque soit les étapes et mises à l’épreuve qu’il traversera, arriver à la réussite. C’est pourquoi, je préférerais la catégorie d’épuration à celle de sélection. Car la sélection signifie que celui qui n’a pas résisté à l’épreuve est annulé. Alors qu’il s’agit de recommencer cette épreuve jusqu’à sa réussite. Ceux qui ont échoué reviennent dans une autre génération pour revivre cette épreuve jusqu’à ce qu’il la réussisse. C’est une profonde illusion de croire qu’on peut comprendre quoique ce soit dans l’enseignement de la Torah si on suppose que notre naissance a commencé avec notre naissance d’état civil terrestre et finira à la mort d’état civil terrestre. C’est une profonde naïveté de croire que la tradition de la révélation des prophètes hébreux consisterait en une simple religion terrestre sur la vie de l’homme entre la naissance et la mort. Cette catégorie de la réincarnation des neshamot, ces créatures créées par Dieu à l’origine, qui reviennent dans l’histoire jusqu’à ce qu’elles réussissent la mise à l’épreuve du mérite d’être n’est pas imposée dans l’orthodoxie juive. Il n’y a pas d’obligation de croire à cela. Pourquoi ? Parce qu’il y a un grand principe de l’orthodoxie de pensée juive que l’on impose une croyance que si elle est accessible à l’intelligence de celui à qui on la propose. Or, cette évidence ne peut s’expérimenter que par celui qui sait être dans ce cas. Celui qui ne sait pas de quoi il s’agit ne peut comprendre de quoi on lui parle. On ne peut donc pas lui imposer d’y croire, car cela le disqualifierait d’être juif et cela serait trop grave. On n’est pas juif à cause des idées mais pour des raisons halakhiques très précises, et les idées viennent après…

C’est la seule catégorie de la tradition de la kaballah dont on parle un peu en public parce que c’est la seule qui permet d’expliquer l’histoire humaine. Sans elle l’histoire humaine est absolument absurde pour l’intelligence. Faites vous-mêmes cette réflexion d’essayer de penser la destinée des hommes ou des femmes (bien que cela ne se réincarne pas de la même manière) avec ou sans cette catégorie du gilgoul. Sans elle, tout apparait comme absurde, injuste, et on ne comprend pas la grandeur de Dieu une fois confronté à la réalité de l’histoire dans la destinée des hommes. Alors qu’avec cette catégorie tout devient clair et sans difficulté. On peut prendre des exemples dans tout ce que vous voulez, y compris la shoah. L’évidence qu’il en est ainsi n’apparait intellectuellement que lorsque c’est la dernière fois qu’on est réincarné. Et par conséquent, tant que ce n’est pas le dernier gilgoul, il ne peut pas y avoir d’évidence d’une telle notion, donc on ne peut pas l’imposer dans l’orthodoxie de pensée.

Il en résulte que ceux qui n’ont pas réussi au désert, reviennent jusqu’à ce qu’ils réussissent, et tout se passe comme si nous sommes cette génération-là.

Un des indices est dans la société juive contemporaine à travers le vaste monde : tous les personnages de la génération du désert sont là et fonctionnent de la même manière.

Il est évident que pour l’intelligence occidentale cela apparait délirant. Mais il faut un effort de réflexion pour arriver à comprendre quels sont les postulats de cohérence du récit biblique de telle sorte que notre existence expliquée par ce récit devienne simple à comprendre, claire, et cohérente.

Cf. le midrash disant qu’au moment de la naissance un ange vient et lui frappe sur la lèvre pour qu’il oublie toute la torah. Cette mémoire n’est conservée que par les talmidei ‘hakhamim. Parce que leur fonction à chaque génération est de revenir en gilgoul non pas pour achever leur tiqoun mais pour guider les autres. C’est une toute autre fonction, il y a une différence de nature entre le goral d’un talmid ‘hakham et le goral de celui qui n’a pas encore achevé son tiqoun. Donc, cette mémoire existe en Israël mais elle ne peut pas être donnée à l’individu en cours, en processus de gilgoul car cela fausserait l’épreuve. A un certain moment de l’épreuve qui est réussie il se dévoile à chacun qui on est. Et là cela devient facile, mais c’est la dernière fois, la dernière étape, c’est irréversible, c’est trop tard pour arranger ce qu’il y a eu avant et cela s’achève.

Ce n’est donc pas une sélection dans le sens où ceux qui n’ont pas réussi seraient perdus et annulés. Il faut que cela réussisse, alors ils reviendront en gilgoul.

    

Q : Et alors le nombre de 600 000 juifs, il y a eu 6 millions de juifs… ?

R : Et je vous dirais plus : l’état d’Israël a été proclamé quand il ya  eu 600 000 juifs en Palestine. Cela avait été annoncé 200-300 ans avant par les rabbins, en particulier dans les écoles de Lituanie. Nous avons des lettres d’époque déclarant que cela avait commencé, et elles donnaient ce nombre de 600 000 juifs comme déterminant. Ne perdez pas de temps d’apprendre les chiffres et leur symbolique… etc. L’essentiel d’abord c’est d’étudier la Torah, le reste vient après.

 

J’ai dit que notre génération était le gilgoul de la génération du désert. J’ajoute quelque chose : dans cette même tradition, la génération du désert elle-même, était le gilgoul de la génération du déluge.

 

Q : les survivants de la guerre ont-ils réussi ? Dans la guerre nous avons tous vécu une forme de désert ?

R : Il me faudrait une heure pour vous répondre. Je vous citerais simplement une guémara dans Sanhédrin qui dit : à propos de la génération du déluge et à propos de la génération du désert il y a une controverse : auront-ils part au monde à venir ? Il y a ma’hloqet. Je vous donne l’explication reçue de mes maitres. Pour ceux qui considèrent qu’ils ont part au monde à venir, il n’y a pas de mystère. Ceux qui considèrent qu’ils n’ont pas part au monde à venir pourquoi ? Réponse : parce qu’ils l’ont déjà ! Alors il n’y a même plus à dire qu’ils auront part au monde futur ! 

.../... 

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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