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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 17:47

Morale et Cataclysme Naturel

(Péri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

COURS 8

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_8

155-01 Durée : 3,4 minutes - Face A

…/…

La Torah ne fait pas allusion à Moïse en racontant la sortie d’Egypte pour éviter le risque de croire que c’est Moïse qui nous a fait sortir d’Egypte. On a risqué cette ingratitude de ne pas faire d’allusion à Moïse dans toute la Hagada de Pessa’h, parce que : « Ani velo malakh ! Ani velo shalia’h ! » C’est Moi et personne d’autre ! Toute la Torah nous raconte que c’est grâce à Moïse et on n’y fait pas du tout allusion.    

 

De la même manière, aucune importance de savoir où dans la montagne de Sinaï la Torah a été donnée. Les chrétiens et les musulmans en controverse sont très préoccupés de savoir où cela s’est passé. Pour les juifs cela n’a aucune importance, nous avons la Torah c’est l’essentiel !

Il vaut mieux ne pas savoir où cela s’est produit.

De même savoir où est enterré Moïse (qui n’est d’ailleurs pas enterré), surtout ne pas le savoir, sinon on risquerait encore un Saint-Sépulcre.

Nous avons une atmosphère d’identité radicalement différente.

 

Réponse d’Aharon :

« Aharon leur dit : défaites les anneaux d’or aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles et apportez les moi. »

Cela s’est perdu dans les civilisations occidentales, mais dans d’autres sociétés on connait l’origine de cela. Chaque famille, chaque clan se reconnaissait par un bijou caractéristique de la famille, du clan… comme avec les kilt des écossais, chacun a sa couleur,,, quelque chose de cet ordre.

Donc Aharon ne leur demande pas n’importe quel bijou.

On apprend par la suite que les femmes ont refusé, elles n’ont donc pas participé à la faute du veau d’or. Tout comme les Léviim.

 

Midrash : lorsqu’il faudra fabriquer les ustensiles du tabernacle, Dieu demande à Moïse que la cuve des Léviim soit fabriquée à l’aide des miroirs des femmes d’Israël. Moïse s’est étonné de l’emploi d’un tel matériau qui lui semblait impur. Dieu lui répond que c’est grâce à ces miroirs qu’Israël existe. Durant la persécution d’Egypte, les hébreux dans les camps de concentration avaient des femmes qui se faisaient belles et cela a permis les enfants…

Alors les miroirs sont quelque chose de qadosh.

 

…/…

 (Fin des enregistrements)

****

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 17:45

Morale et Cataclysme Naturel

(Péri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

Cours 7

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_7

Durée : 45,1 minutes - Face B - 154 02

 

La question du Erev Rav.

Bnei Israël et Erev Rav sortant d’Egypte forment deux ensembles d’hommes très différents mais qui ont vécu ensembles l’expérience de la sortie d’Egypte et le passage de la mer rouge.

Erev Rav littéralement « le grand mélange », il s’agit d’une foule d’homme qui a accompagné les tribus d’Israël au moment de la sortie d’Egypte.

Cette population du Erev Rav a l’expérience en Egypte très formellement parallèle à celle d’Israël. On apprend par d’autres sources que la civilisation égyptienne n’avait pas seulement asservi les hébreux mais pratiquement tous les peuples de ces temps-là étaient asservis à cette civilisation égyptienne. L’Égypte est appelée dans la Torah "Beit Avadim: la maison des esclaves". C’est le stade où cette civilisation parvient à devenir totalitaire. On peut se référer à des civilisations contemporaines totalitaires pour nous aider à comprendre cette situation d’une civilisation dominante à la tête d’un empire en asservissant tous les autres peuples de cet empire.

Les hébreux étaient ainsi asservis à l’identité égyptienne mais il y avait aussi des hommes provenant de tous les pays possibles qui étaient sous la coupe de l’empire égyptien.

Ces hommes qui se sont adjoints aux Bnei Israël au moment de leur libération d’Egypte, et nous verrons le rôle important de l’initiative prise par Moïse dans cette sortie du Erev Rav avec les Bnei Israël, ont une expérience très analogue. Ils ont vécu la situation d’exil et de l’oppression et de l’asservissement et ils sont candidats à la libération et à la sortie d’Egypte. Bien qu’originellement ils ne fassent pas partie de l’identité d’Israël, ils ont une expérience existentielle extrêmement parallèle et formellement très analogue. Et donc ils vont s’insérer dans la destinée d’Israël sortant d’Egypte. Ils vont s’y insérer avec leurs identités propres, avec toutes les implications que nous étudierons dans le texte de l’épisode de la faute du veau d’or.

Ce ne sont pas n’importe quels étrangers à l’identité d’Israël car ce sont des étrangers qui ont une expérience très analogue. Tout se passe comme si la sortie d’Egypte des hébreux les concerne également. Il y a quelque chose qui se relie profondément à cela dès le début du cérémonial du rite du Séder de Pessa’h qui commence par une première mishna qui formule un appel d’invitation envers quiconque veut venir fêter Pessa’h.

Par rapport à notre sujet cela voudrait dire que les membres du peuple juif qui commémorent la sortie d’Egypte par le Séder de Pessa’h qui seraient pauvres au point de ne pas pouvoir le faire par eux-mêmes sont ainsi invités dans ces familles d’Israël : « que tout celui qui a faim vienne et mange !», c’est pour les pauvres. Et la deuxième phrase concerne les autres : « Que celui qui ressent la nécessité de faire ce passage avec nous, vienne ! »

L’étymologie du mot Pessa’h : passer d’un monde à un autre.

Avraham Ha-ivri : le monde entier d’un côté et Avraham est passé de l’autre côté.

Laavor signifie effectivement traverser le fleuve.

Ces hommes étaient dans ce cas-là, ils se sont adjoints aux hébreux pendant leur passage.

On pourrait à la limite définir la signification de l’histoire hébraïque comme un examen de passage, et ce serait la définition de Pessa’h : celui qui est capable de passer d’une étape à l’autre, d’un monde à l’autre fait le passage de Pessa’h.

 

Le verbe employé pour la sortie d’Egypte des hébreux est le verbe Yatso : Yetsiat Mitzrayim – la sortie de l’Egypte. Alors que le verbe employé pour parler du même événement pour le Erev Rav est le verbe Alo, la montée de l’Egypte. Vous le vérifierez très exactement dans le texte.

C’est le verbe qui est employé aujourd’hui pour dire la montée en Eretz Israël, la Aliah. Par conséquent, cela nous renvoie au niveau du Erev Rav ! Rappelez-moi ce problème plus tard, qui est facile à élucider.

Le midrash souligne cet emploi systématique du verbe Alo pour le Erev Rav dans le sens d’une élévation de degré, une ascension. 

 

Chapitre 32 :

Résumé de la situation : 40 jours avant Moïse était monté au Sinaï pour y recevoir les tables de la loi. C'est-à-dire le 6 Sivan, jour que nous commémorons par la fête de Shavouot. Après la promulgation des dix paroles le 6 Sivan, Moïse est monté sur la montagne pour 40 jours et va redescendre avec les tables sur lesquelles sont inscrites les dix paroles, en date du 17 Tamouz, jour de la faute du veau d’or.

Il y a dans le calendrier une relation à établir : cette date du 17 Tamouz apparait comme une catastrophe au niveau de la génération de la sortie d’Egypte, et par la suite de l’histoire cette date du 17 Tamouz représente le jour de la destruction de Jérusalem la deuxième fois, par la civilisation romaine (la première fois le 10 Tévet par la civilisation babylonienne).

Lorsque Moïse redescend il assiste à la scène du veau d’or.

Il va donc briser les tables de la loi. 17 Tamouz

Il remonte 40 jours pour obtenir la suspension de la punition. 1er Eloul.

Et 40 jours encore pour obtenir les deuxièmes tables de la loi. 10 Tishri. Le jour de YK.

 

Tout l’épisode est introduit par une expression importante :

 

32.1

וַיַּרְא הָעָם, כִּי-בֹשֵׁשׁ מֹשֶׁה לָרֶדֶת מִן-הָהָר; וַיִּקָּהֵל הָעָם עַל-אַהֲרֹן, וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו קוּם עֲשֵׂה-לָנוּ אֱלֹהִים אֲשֶׁר יֵלְכוּ לְפָנֵינוּ--כִּי-זֶה מֹשֶׁה הָאִישׁ אֲשֶׁר הֶעֱלָנוּ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, לֹא יָדַעְנוּ מֶה-הָיָה לוֹ

Et le peuple vit que Moïse tardait à redescendre de la montagne, et il s'attroupa sur Aaron et lui dit: "Allons! Fais-nous un dieu qui marche à notre tête, puisque celui-ci, Moïse, l'homme qui nous a fait sortir du pays d'Égypte, nous ne savons pas ce qu'il est devenu."

 

וַיַּרְא הָעָם, כִּי-בֹשֵׁשׁ מֹשֶׁה לָרֶדֶת מִן-הָהָר

 Vayar ha'am ki-voshesh Moshe laredet min-hahar

Et le peuple vit que Moïse tardait à redescendre de la montagne…

 

D’après le midrash ce retard porte 6 heures. Il y a un sens précis à ce nombre, mais ce n’est pas notre étude. C’est un autre niveau d’étude, un problème d’ordre astronomique.

Pourquoi ce simple retard de 6 heures provoque-t-il cette faute si grave ?

Comme si on prenait acte que Moïse ne reviendrait pas ! Et que le peuple resterait sans Moïse !? C’est ici qu’on comprend qu’il s’agissait de faire une idole non pas pour remplacer Hashem mais pour remplacer Moïse. Il se dévoile ici une définition de la faute elle-même : on a divinisé Moïse, un peu sous la forme du médiateur divinisé. Nous retrouvons le problème habituel.

Comment ce simple retard a-t-il pu déclencher une telle catastrophe ?

Il faut comprendre qui est ce personnage de Moïse aux yeux du Erev Rav, un personnage tel que s’il monte au ciel le Erev Rav suppose qu’il ne reviendra… Ce n’est pas du tout la vision des Bnei Israël qui se relie à Moïse comme on se relie au maitre dans les formes classiques de la tradition juive. Alors que le Erev Rav se relie à Moïse comme on se relie à un maitre divinisé, un personnage mystérieux qui semble être plus chez lui dans le ciel que sur terre où il fit un bref passage… et cela déclenche cette panique que l’on sent dans l’atmosphère du récit.

 

 

32.1

וַיַּרְא הָעָם, כִּי-בֹשֵׁשׁ מֹשֶׁה לָרֶדֶת מִן-הָהָר; וַיִּקָּהֵל הָעָם עַל-אַהֲרֹן, וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו קוּם עֲשֵׂה-לָנוּ אֱלֹהִים אֲשֶׁר יֵלְכוּ לְפָנֵינוּ--כִּי-זֶה מֹשֶׁה הָאִישׁ אֲשֶׁר הֶעֱלָנוּ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, לֹא יָדַעְנוּ מֶה-הָיָה לוֹ

Et le peuple vit que Moïse tardait à redescendre de la montagne, et le peuple s'attroupa sur Aaron et lui dit: "Allons! Fais-nous des dieux qui marche à notre tête, puisque celui-ci, Moïse, l'homme qui nous a fait sortir du pays d'Égypte, nous ne savons pas ce qu'il est devenu."

 

Nous ne savons pas encore que Aharon sera grand-prêtre, mais d’une certaine manière il y est déjà destiné en étant le fils aîné de la famille des Leviim.

 

Dés le début du récit on s’aperçoit que cette réclamation vient d’un ensemble de peuples qui n’a rien à voir avec l’identité hébraïque. Cependant, ils restent candidats à l’identité hébraïque. Au fond on pourrait intituler ce récit : « de l’impossibilité de la conversion à l’identité d’Israël ». D’après la Halakha ce n’est pas vrai : il est possible de se convertir à l’identité d’Israël. Mais le récit nous décrit la difficulté et ce qu’elle risque d’impliquer.

Il y a une très grande différence entre l’intégration d’une identité étrangère à Israël mais qui est déjà en marche vers… qui a déjà expérimenté formellement une histoire parallèle galout-géoula, comme l’a fait le Erev Rav, qui est une intégration à l’échelle collective et l’intégration à l’échelle individuelle.

 

La Halakha dit, de manière un peu futuriste, en parlant des temps messianiques : on n’acceptera plus de conversion. Nous avons d’ailleurs une référence : du temps du roi Shlomoh on n’acceptait pas les conversions. De même aux temps messianiques, l’humanité réclamera la conversion en masse, alors on ne pourra pas l’accepter. Jusqu’aux temps messianiques, à l’échelle individuelle, une identité dirigée vers l’être Israël peut être intégrée.

 

Deuxième raison : cela ne sera plus nécessaire ! Les membres des nations pourront être sauvés directement dans leur identité de goyim, pour autant qu’ils répudient l’idolâtrie.

 

Cette différence des niveaux que nous avons aujourd’hui au sein d’Israël lui-même entre Léviim (dont les Kohanim) et Israëlim sera la différence entre Israël et l’humanité toute entière, puisque c’était le projet originel de la Providence pour l’histoire humaine dès la sortie d’Egypte qu’Israël soit Mamlekhet Kohanim peuple de prêtres pour l’humanité. Mais il y a eu l’empêchement d’Israël qui a dû intégrer le Erev Rav et s’est retrouvé confronté à la nécessité d’intégrer cette différence entre Léviim et Israélim, et d’avoir besoin de prêtres elle-même. Et l’empêchement des nations qui ont refusé. Et tout cela a été renvoyé dans l’espérance de la fin des temps.

  

De façon intériorisée, la différence entre Israël et les nations, nous la trouvons à l’intérieur d’Israël avec Israël et les Kohanim, avec le niveau intermédiaire qui est celui de l’identité des Léviim. Les Léviim n’ont pas participé à la faute du veau d’or. C’est la raison pour laquelle c’est cette tribu qui est chargée de la prêtrise par la suite. C’est la tribu de Lévi qui est vraiment Israël déjà, les autres tribus d’Israël ne sont Israël que dans le principe, mais pas encore au niveau de Mamlekhet Kohanim. Dans la réalité historique cela est renvoyé à la fin des temps.

 

Ce n’est pas la disparition des goyim mais la disparition de cette situation de diaspora de l’unité humaine en autant de visages défigurés de l’unité humaine et qu’on appelle les nations. Ce qui disparaitra c’est la forme spécifique qui fait que chaque goy est ce qu’il est et non pas la forme qui fait qu’il est homme. A la fin des temps la disparition des goyim est la disparition de la spécification de chaque nation comme tel, qui fait écran entre l’identité humaine et cette manière humaine qui est une défigure de la figure humaine unique.

Dans le Zohar se trouve une image, qui est plus qu’une image d’ailleurs, qui rend compte de la destruction de l’unité de l’homme, dont l’histoire d’Israël est la restauration (tiqoun) : tout se passe comme si Dieu en créant le premier homme s’est regardé dans un miroir, et le 1er homme est apparu. Le miroir fut jeté par terre et s’est brisé. Résultat : des éclats du miroir et l’image est défigurée. Le miroir brisé ce sont les nations. Et par conséquent, il faut restituer l’unité du miroir…

C’est cette brisure qui sera finalement évacuée dans les temps messianiques, et c’est ce que signifie cette phrase traditionnelle de la disparition des nations aux temps messianiques. Non pas la disparition des hommes mais de leur manière d’être homme qui est cause du mal dans l’histoire.

 

Il y a actuellement le mérite de ceux qui se convertissent devant l’évidence qui pour eux est dévoilée. Aux temps messianiques cela ne sera plus nécessaire de se convertir, aussi parce que ce sera trop tard. Parce qu’il fallait le faire avant. Les goyim se rangeront alors au niveau actuel où se trouve Israël qui lui passera tout entier au niveau des kohanim.

C’est encore un autre problème qu’on ne peut pas comprendre sans comprendre le principe du gilgoul. A la dernière génération de l’histoire serait candidat à l’identité d’Israël tous ceux qui à travers l’histoire n’ont pas décidé de l’être. Alors c’est trop tard…

 

Q : inaudible

R : c’est encore un autre problème, deux choses qui disparaitront : le yetser harâ et les goyim. La guémara dit qu’on prendra le deuil à cause de la disparition du yetser harâ. C’est un mystère ce misped gadol. Et troisième chose, le MBY disparaitra également à ce moment-là. Et les Sfardim prient pour que le MBY ne disparaisse pas. Alors, quel est le rapport entre MBY et le yetser harâ ?

 

Q : inaudible

R : parce que MBY doit sortir des Ashkénazim.

Et je crois d’ailleurs que la prière des Sfardim pour la survie du MBY a réussi !

Dans un sidour séfarade avec les kavanot provenant de l’enseignement de la kabalah, dans la brakha concernant la venue du Messie :

תִּשְׁכּון בְּתוךְ יְרוּשָׁלַיִם עִירְךָ כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ

Tu résideras  au milieu de Jérusalem ta ville comme tu l’as dit.

וְכִסֵּא דָוִד עַבְדְּךָ מְהֵרָה בְתוכָהּ תָּכִין

Et le trône de David ton serviteur, vite, en son sein prepare-le.

 

Dans les sidourim séfardim se trouve à cet endroit une phrase entre parenthèses :

« Il faut qu’il ait l’intention de prier Al Mashia’h ben Yossef, qu’il ne soit pas tué par Armilous le méchant. »

Dans certains sidourim cela a été un peu atténué: “ shé’hi’hyeh velo mavout : qu’il vive et ne meure pas!” C’est une manière d’évacuer la dimension militaire de l’événement. Comme si le Mashia’h ben Yossef était un grand malade et que nous prions pour qu’il ne meure pas ! Alors que ce n’est pas ce dont il est question dans les Midrashim.

Armilous harashâ est d’après le midrash le chef des armées dans la guerre de Gog ouMagog contre Israël. C’est très facile d’entendre l’identité cachée derrière le nom Armilous c’est précisément Romulus.

Ceux qui ont vécu la génération de la guerre savent que l’axe italo-allemand avait un corps militaire africain qui devait conquérir Jérusalem. Il y a eu 5 ou 6 batailles. Il est certain que le yishouv aurait immédiatement écrasé si cette armée de l’axe passait la frontière séparant l’Egypte de la Palestine. Nous étions très inquiets car cela aurait la destruction du yishouv et cela aurait tué dans l’œuf MBY ! C’est là d’ailleurs que s’est constitué l’état major de Tsahal, dans la brigade juive qui était sous drapeau britannique à l’époque, et il y eut la fameuse rencontre avec le corps expéditionnaire français à Bir el kahin… etc. C’est là que le général Koenig a hissé le drapeau juif, parce que les Anglais ne voulaient pas le hisser, alors les Français l’ont hissé…

Le général en chef de l’Afrika Korps s’appelait comme par hasard Rommel ! Pourquoi un allemand s’appelle-t-il Rommel comme Romulus !? Cela signifie que finalement Armilaous Harshâ n’a pas pu tuer MBY ! Voyez la force de la prière des Sfardim !!!

Nous savons par tradition que le MBY vient du monde achkénaze et effectivement le sionisme politique est venu du monde achkénaze. Et le MBD viendra du monde séfarade.

Nous avons des textes précis indiquant que MBD vient de Yits’haq alors que MBY vient de Yaaqov. La situation de relation à l’exil pour les Sefardim c’est Yits’haq chez Yishmaël, et pour les Ashkénazim est Yaaqov chez Essav. Par conséquent, il y a là deux identités des deux dimensions de l’exil qui correspondent pour la géoula aux deux étapes messianiques. MBY et MBD.

Il n’y a pas de doute que de Yaaqov est sorti Yossef et donc MBY. Des sources montrent que c’est de Yits’haq qui vient David et donc MBD.

 

Ceci dit retour à notre problème :

C’est donc la relation à Moïse comme on la retrouve par la suite dans l’histoire des religions, lorsqu’elles sont des religions du salut attendant le salut d’un sauveur qui est homme-Dieu, Dieu-homme. C’est ainsi que le Erev Rav a vu Moïse. Et il n’y a pas de doute que lorsque les nations ont rencontré la figure d’Israël, ils s’y sont reliés exactement comme le Erev Rav s’était relié à Moïse.

 

C’est indiqué en filigrane dans notre étude, il y a derrière l’histoire du veau d’or un mythe astrologique comme il y a eu à la fondation du christianisme. C’est assez parallèle : la sortie du signe du bélier pour le taureau, et la sortie du signe de la vierge… D’où le sauveur né du signe de la vierge…

 

Au fond si nous nous posions la question au niveau historique, comment se fait-il qu’un mythe comme le christianisme ait pu sortir d’un milieu juif ? La réponse se trouve ici : ce n’est pas plus sorti du milieu juif que le veau d’or n’est sorti des hébreux ! C’est quelque chose de projeté sur, de greffé sur. La greffe d’une identité païenne sur une identité juive. Ce mythe de l’identité d’Israël déifiée est ici ce qui se produit avec Moïse pour le Erev Rav. La personne de Moïse vue comme un Dieu des religions à sauveur par le Erev Rav, alors que pour Israël il est le maitre et l’enseignant, celui qui porte la loi.

Parce que si Dieu se révèle pour parler à sa créature ce n’est pas pour lui raconter des mystères religieux. C’est pour lui révéler la loi morale, c'est-à-dire la règle du jeu. Et cette loi morale pour être reçue doit impliquer une préface de l’explication de l’histoire de l’identité de celui à qui cette loi va être donnée. C’est cela la réponse hébraïque juive : Si Dieu se révèle ce n’est pas pour faire de la religion. C’est pour révéler la Torah.

Ce qui nous gêne avec les Évangiles c’est qu’ils parlent d’un Dieu fondateur de religion. Ce n’est pa sérieux. Le Dieu de la Bible est Créateur du monde, et s’Il se révèle c’est pour expliquer parce que cela devient nécessaire la règle du jeu du monde qu’Il a créé.

 

Il y a énormément de parallèles dans la forme entre les Évangiles et la Torah.    

Dans l’annonce faite à Sarah stérile par un ange qui vient lui annoncer un enfant, cela provoque son rire. Elle rit. « Dieu m’a fait une farce ! »

Le midrash dit qu’il y a 7 dimensions différentes dans le rire. Dieu lui-même rit…

Parce que c’est la bonne santé morale.

Dans l’annonce faite à Marie... Elle croit. Ce n’est pas sérieux ! Dans un cas la réalité de l’histoire sous le regard du Dieu créateur du monde, dans l’autre on est en plein paganisme de l’enfant par les voies de l’immaculée conception et le Saint-Esprit… etc.

 

Ces juifs à l’origine de la rédaction de ce mythe chrétien sont pleins de clins d’œil.

Dans la Torah l’ange c’est Mikhael.

Dans les Évangiles on nous dit que c’est Gabriel. Il y a des clefs. Elles seront décryptées par les Juifs qui ne le feront que lorsque l’idolâtrie et l’antisémitisme seront résorbés…

 

Q : comment savons nous à partir du texte que le veau est à l’initiative du Erev Rav ?

R :

32.1

וַיַּרְא הָעָם, כִּי-בֹשֵׁשׁ מֹשֶׁה לָרֶדֶת מִן-הָהָר; וַיִּקָּהֵל הָעָם עַל-אַהֲרֹן, וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו קוּם עֲשֵׂה-לָנוּ אֱלֹהִים אֲשֶׁר יֵלְכוּ לְפָנֵינוּ--כִּי-זֶה מֹשֶׁה הָאִישׁ אֲשֶׁר הֶעֱלָנוּ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, לֹא יָדַעְנוּ מֶה-הָיָה לוֹ

Et le peuple vit que Moïse tardait à redescendre de la montagne, et le peuple s'attroupa sur Aaron et lui dit: "Allons! Fais-nous des dieux qui marcheront à notre tête, puisque celui-ci, Moïse, l'homme qui nous a fait sortir du pays d'Égypte, nous ne savons pas ce qu'il est devenu."

 

C’est l’appellation « Ha-âm le peuple » qui nous le révèle.

Souvenez-vous des cours sur les versets du début de Beshala’h c’est la partie du peuple qui n’est pas tellement Israël, raison pour laquelle on l’appelle peuple. Cela nous renvoyait à l’analyse des 5 parties du peuple dont 3 s’appellent « Ha-Am » et les 2 supérieures s’appellent « Bnei Israël ».

 

Lève-toi, fais-nous des dieux qui marcheront devant nous

Aharon dans le rôle de Tera’h, père d’Avraham et fabriquant d’idoles…

Le verbe est au pluriel et donc la lecture de Elohim doit être prononcée comme il s’écrit et être traduit par « les dieux », et non pas prononcé Eloqim, car c’est ‘hol et non pas qodesh.

Ki zeh mosheh ha-ish car ce Mosheh l’homme qui nous a fait monté du pays d’Egypte nous ne savons pas ce qu’il est devenu…

Le peuple est affolé car Moïse ne redescend pas, et déjà dans ce verset se dévoile le fait que la faute était la divinisation de Moïse. C’est ici Moïse que l’on veut remplacer.

Dans toute l’histoire d’Israël il n’y a jamais eu divinisation du maitre ! C’est tout de suite évacué. On voit pourquoi le mythe chrétien ne pouvait pas être d’origine juive, c’est une projection du même type que celle du Erev Rav sur le maitre.  …/…  

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 17:43

Morale et Cataclysme Naturel

(Péri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

COURS 7

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_7

Durée : 45,1 minutes - Face A – 154-01

 

…/…

 

05:30

C’est pour cela que je n’écris pas. C’est la réticence que j’ai à écrire dans une autre langue que l’hébreu. Parce qu’on ne sait jamais ce que les goyim en feront.

 

Par exemple le livre du rav Soleivitchik, j’en suis épouvanté, et pourtant c’est une vraie autorité juive, mais digéré à travers Kierkegaard, cela va empoisonner les goyim ! Et la réaction va venir et c’est inévitable.

 

Mais il y a ce dont l’humanité a besoin, nous sommes monothéistes, et sommes tous des créatures du bon Dieu. Les goyim sont nos frères ! Le frère-aîné de la famille est le frère-aîné de ses frères !

Il nous demande ce que nous avons à dire, ce que nous avons à leur donner à manger, et nous leur donnons des choses empoisonnées ! C’est cela qui m’affole. C’est cela les ossements de Joseph qu’il ne fait pas laisser diviniser.

 

Ne pas laisser les ossements de Joseph, parce qu’on anime des cadavres et on les prend pour des ressuscités, et c’est très dangereux. Je sais bien que nous avons un compte à régler avec les goyim, mais c’est Dieu qui les a créés, et si nous avons une fonction dans l’histoire c’est de sauver les goyim. Alors c’est dangereux, il ne faut pas jouer avec eux.

 

En résumé :

Dans cette civilisation égyptienne on ne riait plus. Arrive une manière d’être homme qui porte le rire. Malheur ! Poutifar le rencontre... Madame Pourifar c’est la matrice égyptienne devenue inféconde. Son mari était eunuque, elle est belle, et Joseph arrive… Elle veut être sauvée ! Changement de décor. Joseph risque d’aller sauver la femme de Pourifar, in extremis il se rend compte qu’il risque de se perdre… il lui laisse son déguisement et s’enfuit. La femme de Poutifar devient furieuse de frustration non parce qu’il n’a pas voulu coucher avec elle mais parce qu’il n’a pas voulu la faire rire. C’est ce qu’elle dit et ce dont elle l’accuse. Relisez le texte comme il est écrit. Joseph est très séduisant car il est théophore, porteur du divin et donc porteur du salut. On commence à rire dans sa famille depuis Isaac. C’est ce qu’elle attend de lui. Mais il est athée, et sa Torah dit « Dieu est mort »...  C’est ce qu’on lit dans tous ces livres juifs pour goyim.

Imaginez la réaction des goyim devant l’attitude des juifs, cela se déclenche en frustration et en fureur ! Il faut comprendre la réaction des goyim qui ont été bernés avec des ossements de Joseph déguisés.

 

C’est ce dont j’ai peur, car les goyim sont naïfs et croient à ce qu’il y a dans ces livres-là, et font raisonnement sur raisonnement et ils arrivent en enfer ! 

 

Mon maitre était de tradition orale, et moi-même je n’écris pas, par manque de temps mais aussi par peur de ce que le lecteur en fera. En hébreu je suis très à l’aise.

J’ai une inquiétude très profonde pour tous ces livres qui s’écrivent. Ce pain-là n’est-il pas empoisonné ?

 

 

J’ai réfléchi à la nature du schisme des églises catholiques, protestantes et orthodoxes entre elles. Officiellement c’est théologique. Mais cela m’apparait comme insuffisant. Derrière se dévoile la séparation des ethnies. Les latins sont généralement catholiques, les anglo-saxons sont protestants et les slaves et les grecs sont orthodoxes. L’éclatement ne porte donc pas sur les idées théologiques qui est une division seconde, mais il est ethnologique. Cela veut dire que ce que dit la Bible dépend du lecteur. Si un latin lit la Bible, il en sort le catholicisme. Si un anglo-saxon lit la Bible il en sort le protestantisme, Si un slave ou un grec lit la Bible il en sort l’orthodoxie.

La psyché des latins a retrouvé son âme dans sa lecture de la Bible, et il en est sorti le christ des catholiques. La psyché anglo-saxonne a retrouvé son âme dans sa lecture de la Bible, et il en est sorti le christ des protestants…etc.

 

Si c’est un juif qui la lit, il en sort la Bible. Encore faut-il que son cerveau fonctionne avec les catégories hébraïques et non pas celles apprises à l’université ! Ce sont alors les ossements de Joseph cadavre et non pas les ossements animés.

 

Ce que les goyim nous demandent ce ne sont pas des choses mixtes « grécisés », c’est la véritable parole hébraïque. Et on leur raconte des histoires. Même dans des écoles juives qui ne connaissent pas les dangers du langage et du discours qui véhiculent pourtant ces catégories chrétiennes.

 

Le passage à l’université est-il pour apprendre le langage de celui à qui on va parler pour parler de la Torah, ou mettre le langage de l’université dans la Torah ? On ne peut pas le savoir à l’avance. C’est le risque de la haskalah très dangereux pour l’avenir de la pérennité juive. Mais c’est surtout le danger du contrecoup de frustration de la civilisation qui a perdu son espérance et qui se tourne vers l’espérance juive et qui, de bonne foi, intègre des choses empoisonnées. 

 

Je raconte souvent ainsi à mes élèves cette rencontre entre Joseph et la femme de Poutifar :

-Apporte-moi le salut au nom de ton Dieu !

-Quel Dieu ? moi je suis athée !

C’est cela le fond du problème !

 

La critique biblique est un épiphénomène qui fait partie de l’histoire des idées. Alors que catholicisme et protestantisme cela fait partie de l’histoire des hommes, c’est très différent.

 

Chaque fois que le doute apparait en Israël, Amaleq apparait. Nous sortions à peine du nazisme. Jacob Gordin nous disait : le doute sur la révélation divine de la bible de la critique biblique. Les Juifs ont commencé à douter de cela en Allemagne, et Amaleq est arrivé en Allemagne… Les Juifs allemands ont commencé à remettre en question la révélation biblique, et Amaleq allemand a surgi… Pour celui qui n’est pas habitué à l’historiosophie, le sens de l’histoire d’après le midrash, cela apparait comme délirant, des associations d’idées bizarres. Mais c’est la réalité et il faut arriver á la voir comme elle est. L’événement éclaire le texte et le texte éclaire l’événement. Il n’y a pas de doute que c’est vrai. Le doute a été allemand et le nazisme a été allemand. Et tous les européens ont trempés là-dedans, et tous les juifs d’Europe doutent d’eux-mêmes. Mais c’est là où c’est arrivé que c’est arrivé !

 

Je sais par expérience qu’un juif, même déjudaïsé, même assimilé, n’arrive pas à se mettre à la place du goy par rapport à ces problèmes.

En Allemagne, tous ces juifs qui étaient persuadés qu’ils étaient allemands et qu’ils n’avaient rien à craindre… Ce sont des histoires de fous. Exemple des juifs pieds-noirs, ces Juifs, des asiatiques qui se prennent pas des européens parce qu’ils sont passés par l’Afrique !   

 

**

 

La sortie d’Egypte ne pas se faire sans les ossements de Joseph parce qu’au fond c’est la même chose. Si les hébreux sortent d’Egypte sans les ossements tout continue et il n’y a pas de sortie d’Egypte. Pourquoi doivent-ils être sortis des eaux du Nil ? Cette réponse est donnée en filigrane dans tout le chapitre que vous avez. En fin de compte le midrash nous raconte que Moïse est très perplexe sur la localité des ossements de Joseph. Finalement, il ne sait pas et il se rend devant le Nil. Avec une petite invocation kabbaliste, le sarcophage de Joseph remonte et on peut partir… C’est le problème de la relation entre l’identité d’Israël et l’eau dont à parlé en partie Monsieur Messas pendant sa conférence. De la même manière que l’humanité n’est pas sauvé des eaux au moment du déluge, Moïse est lui cette identité qui peut être sauvée des eaux, et l’identité hébraïque de l’hébreu en tant que tel nous est indiquée par le Maharal lui-même : lorsque Moïse se présente devant le Pharaon 40 ans après lors du retour de Midiane après la vision du buisson ardent, il dit : « Elohei Ha-Ivrim Miqra Aleinou – le Dieu des Hébreux nous a appelé ». (Je n’ai pas traduit exactement, mais ce n’est pas le sujet). Maharal nous dit que les Ivrim, les Hébreux, sont ceux qui sont capables de traverser la mer, c'est-à-dire ceux qui sont plus forts que ce que représente l’eau dans tout ce problème, il s’agissait d’être sauvé de l’eau. L’eau, nous dit le Maharal, est ce qui est le plus contraire à l’identité d’Israël, car l’eau est ce qui efface les formes. L’eau n’a pas de forme par elle-même, elle prend la forme du contenant. C’est le ‘homer par excellence sans tsourah. C’est la matière humaine sans forme personnalisée, individualisée. L’eau c’est la matière sans le projet de Dieu dans cette matière, qui est la forme humaine représentée par Israël. La divinité principale de l’Egypte était le Nil. C'est-à-dire que l’identité égyptienne s’est reconnue dans l’eau. Et la lumière que représente Joseph est enfouie là-dedans. Ce qui fait que le Nil peut être un mythe avec le sarcophage de Joseph dans le Nil. Moïse sait donc bien où se trouvent les ossements de Joseph, là précisément où se trouve l’identité égyptienne. Et il s’agit de les sortir de là. Car la sortie d’Egypte ne peut se réaliser que si on est sorti de l’eau. La sortie du Nil pour les ossements de Joseph et la traversée de la mer rouge pour les Hébreux. Et c’est précisément Moïse sauvé des eaux qui est capable de cela.

 

La kabalah explique que Joseph représente l’identité nationale d’Israël. Lorsqu’elle est un nationalisme pur coupé de son âme, de sa Torah, c’est une idolâtrie parmi les autres, qui peut servir à nourrir et transfigurer les messianismes nationaux des civilisations concernées. Un Joseph coupé de Juda n’est plus Israël. De la même manière qu’un Juda coupé de Joseph n’est pas Israël. Il pourra fonder n’importe quelle religion d’origine mosaïque. (Lorsque je dis Joseph c’est la nation, lorsque je dis Juda c’est la Torah, vous avez tous les versets derrière…) Et il faut que les deux soient ensembles pour qu’Israël apparaissent vraiment.

L’emblème de Joseph c’est le taureau - shor. C’est un autre sujet qu’on pourra étudier : le totémisme dans le vocabulaire de la Torah.

Comme dans la bénédiction que lui donne Moïse : Bekhor Shoro Adar Lo

Et la formule qu’employa Moïse c’est « Alei Shor » : Monte taureau ! Sors de l’Egypte !

Ce qui fait que l’eau du Nil peut être un mythe vivant, et dévastateur lorsque cette eau devient le déluge c’est l’essence de Joseph. Le fait que cette essence de Joseph ait été sauvée de cette eau et que en tant que nation nous sommes séparés des autres nations qui sont dans l’eau c’est la sortie d’Egypte. Faire sortir cette identité qui s’était enfouie dans les eaux de l’Egypte.

 

C’est dans l’aspect indifférencié qui n’a pas de forme qu’est le danger de l’eau. Elle est bénédiction sous la forme de la pluie qui fait pousser le blé et est source de vie… etc.

 

Q : Que signifie ce taureau exactement ?

R : C’est toute une étude. Cela veut dire que chaque manière d’être homme représente à l’indice homme chaque manière d’être vivant qui d’abord s’exprime au niveau de la vie animale. Et par conséquent ce qui fait la sainteté de l’être taureau c’est Joseph en tant qu’homme qui l’exprime. Ce qui fait la sainteté de l’être lion c’est Juda… Pour savoir ce qu’est cette sainteté de l’être taureau, l’être lion… il faut apprendre la kabalah c’est un autre registre.

Les ‘hayot haqodesh qu’il y a dans chaque espèce animale…

Nous vivons un  monothéisme cohérent. Le Dieu qui a créé les juifs a également créé les goyim et les animaux et tout le reste…

 

…/…

Malbim sur un verset de Mishlei dans eshet ‘hayil.

On parle de la femme vertueuse.

Elle a tissé un foulard et elle le vend, et la ceinture elle la donne au marchand

Au temps du Malbim, un de nos plus grands maitres contemporains, ont commencé à être institués les instituts de langues hébraïques par les Juifs déjudaïsés de la Haskalah. Un de ses amis maskil : nous sommes professeurs d’hébreu universitaire et c’est une science pour elle-même qui demande beaucoup d’effort, et vous les rabbins vous vous occupez d’autre chose et vous avez l’hébreu avec pour rien !

Malbim lui a cité ce verset de Mishlei que son ami a trouvé incompréhensible car obscur. Et pour lui expliquer ce verset il lui raconta une histoire.

Lorsque les premiers magasins à prix unique sont apparus, un tisseur les visita et fut émerveillé qu’on y donne gratuitement des emballages si onéreux. Il décida d’en prendre lui aussi. On lui demanda une somme d’argent. Il dit son étonnement. On lui répondit : Si tu achètes la marchandise on te donne les emballages pour rien, mais si tu veux uniquement des emballages il faut que tu paies. C’est le sens de ce verset. Elle a tissé un carré de soie qu’elle a vendu comme marchandise. Pour attacher le paquet la ceinture elle en fait cadeau au marchand.

Tu veux de la Torah on t’ajoute l’hébreu. Mais si tu veux rien que l’hébreu tu paies !  

 

Je suis toujours étonné des grammairiens d’hébreu qui discutent d’un problème de grammaire chez Rashi. Et comment Rashi connait-il la grammaire sans être sorti de leurs universités ?

C’est le monde à l’envers. .../...

 

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 17:40

Morale et Cataclysme Naturel

(Péri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

Cours 6

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_6

Durée : 45,3 minutes - Face B - 153 02

…/…

Il faut d’abord que les fils la reçoivent pour que les pères la reçoivent aussi.

C’est tout un problème qu’on étudie dans la parasha de Pin’has. Les pères ont fait hériter leurs fils de la promesse, et les fils ont fait hériter leurs pères de la terre. C’est un problème d’identité différente. Seuls ceux qui l’ont expérimenté déjà dans leur existence peuvent comprendre intellectuellement. On ne peut pas l’expliquer avec des mots. Il y a une manière d’être qui consiste à être l’être de promesse, un être-père qui n’existe que par délégation pour l’être-fils qui est l’être de l’accomplissement de la promesse, et il y a incommunication entre les deux. C’est pourquoi seul Eliyahou Hanavi peut les réconcilier. C’est le dernier verset de la prophétie.

3.24

וְהֵשִׁיב לֵב-אָבוֹת עַל-בָּנִים, וְלֵב בָּנִים עַל-אֲבוֹתָם

Vehéshiv lev-avot al-banim velev banim al-lavotam

Il (le prophète Elie) ramènera le cœur des pères à leur enfant et le cœur des enfants à leurs pères.

 

Et je crois personnellement qu’un des indices qui peuvent nous confirmer que nous sommes dans la fin des temps c’est que c’est le problème de la génération contemporaine, la difficulté de relation entre les pères et les fils, à l’échelle microscopique de notre état civil, c’est le problème de la génération contemporaine.

 

Nous avons vécu dans la diaspora dans l’identité de l’être-père, où nous étions des Avot ayant une promesse. C’est relié à l’être d’Israël dans la dimension d’une promesse, au point que beaucoup de Juifs ont fait, de bonne foi, l’erreur d’appeler Eretz Israël « la terre promise ». Alors que dans les termes bibliques, c’est la terre jurée et donnée. La notion de terre promise renvoie à une toute autre mentalité. C’est un changement de registre.

« Et Haaretz asher nishbâti laten - la terre que J’ai juré de donner ».

Elle est donnée par serment, elle n’est pas promise.

Sinon « promise » cela voudrait dire qu’il y a une condition pour l’obtenir, alors qu’il n’y a pas de condition elle a été donnée. La seule condition, si on veut, c’est d’y aller. 

Le verset dit:

Beshala’h 14.15

 דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, וְיִסָּעוּ  

”Daber el Benei Israël veyissaou : Parle aux enfants d’Israël et qu’ils avancent.

 

Q : inaudible. Chaque endroit où tu mettras les pieds moi je te l’ai déjà juré elle est déjà à toi.

R : …/…

Cela se rattache à tout un problème qu’enseigne le 1erRashi sur la nécessité de mise par écrit du premier chapitre de la Bible pour que les Goyim apprennent comment il faut recevoir la terre que Dieu donne. Parce que la contestation des goyim porte sur la façon dont Israël l’obtient par la conquête. Alors que si elle était donnée ils devraient l’attendre pour l’obtenir par héritage, et ils l’obtiendraient sur un plateau du Golan par exemple. La contestation des goyim c’est que nous l’avons conquise. Alors, il était nécessaire d’écrire le premier chapitre de la Torah où on apprend comment Dieu donne la terre au 1erhomme :

C’est au verset 1.28, la Torah dit :

1.28

וּמִלְאוּ אֶת-הָאָרֶץ, וְכִבְשֻׁהָ

Et remplissez la terre et conquérez-la !

 

Rashi : quand Israël sortira d’Egypte au temps de Josué et voudra rentrer en Eretz Kénaan, il faudra la conquérir. Alors les Goyim s’y opposeront en disant : « Listim Atem… vous être des brigands parce que vous avez conquis la terre des sept peuples ». Et nous dit Rashi : c’est pourquoi il fallait écrire « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». Parce que Dieu a créé la terre et Il la donne à qui Il juge de devoir la donner. Parce qu’en réalité, si on voulait citer un verset de la Bible clair pour les Goyim qui accordent du respect à la Bible, il suffirait de citer tous les versets de la promesse faite aux patriarches. Mais ce n’est pas ceux qu’on cite parce que la contestation des goyim ne porte pas sur le propriétaire légitime, qu’ils savent tous être Israël, mais sur la manière dont la terre est obtenue. Ils reprochent à Israël d’avoir conquis la terre car dans leur mentalité, une terre « promise » par Dieu doit être reçue des mains de Dieu. Ils doivent donc attendre que le Messie la leur donne sur un plateau… et voilà que les Juifs viennent et qu’ils l’ont conquise !? D’où la réponse à donner à ces personnes qui croient en la Bible : c’est ainsi que Dieu donne la terre et il faut la conquérir.

 

La difficulté du verset vient de l’ordre des verbes : « remplissez-la et conquérez-la ! »

Il faudrait d’abord conquérir avant de remplir !? Mais les Juifs sont malins : ils remplissent d’abord et ils conquièrent après.

Mais on a beau connaitre la vérité, les goyim restent les goyim et nous sommes des brigands à leurs yeux puisque nous avons conquis la terre des sept peuples.

 

Je vous dis une blague sur ce Rashi : le mot employé par Rashi vient de l’hébreu rabbinique qui vient du grec : Listim c'est-à-dire les brigands. C’est le même mot dont on nous accuse aujourd’hui. On y ajoute une préposition : impérial-listim, colonial-listim, capital-listim… etc. 

Mais c’est toujours listim !

 

Il n’y a pas de dialogue possible, il faut rechercher les raisons pour lesquelles on pose de telles questions envers Israël. C’est comme pour le problème de l’antisémitisme, derrière tous les intérêts évidents de l’hostilité envers Israël revenant sur sa terre, se cache une raison beaucoup plus profonde. C’est ce fait qu’il semble que l’humanité toute entière considère cette terre comme la terre de refuge. Et ils la réclament. D’où l’opposition aux Juifs.

Cela m’a beaucoup frappé lorsque j’ai étudié l’histoire du nazisme de voir cette obsession d’occuper la terre d’Israël.

 

Je reviens au premier point, en tant que juif de diaspora nous avons vécu la relation avec Eretz Israël à la manière de l’être-père auquel est donnée la promesse. ,

Et finalement un verset dit : « Véshavou banim gdoulam - et les fils reviendront à leurs frontières ». Et ce n’est pas une question d’état civil, c’est une question de manière d’être, d’ontologie. Ceux qui ont l’être-fils reviendront. Parce que ceux qui ont l’être-père vivent selon l’être de promesse.

Alors le paradoxe, le bilboul du langage, c’est que ce sont les Juifs de diaspora qui sont dans leur modalité d’être-père qui parlent des Israéliens comme étant ceux qui vivent sur la terre des ancêtres.    

C’est inversé !

 

Le verset de Malalkhi concernant la relation entre l’être père et l’être fils :

3.24

וְהֵשִׁיב לֵב-אָבוֹת עַל-בָּנִים, וְלֵב בָּנִים עַל-אֲבוֹתָם

Il (le prophète Elie) ramènera le cœur des pères aux enfants et le cœur des enfants à leurs pères.

C’est ce problème-là d’incompatibilité de compréhension, de dialogue impossible entre les pères et les fils. Ce sont des manières d’être différentes. Il faut l’expérimenter dans l’existence. A partir du moment où on a un enfant on comprend la différence. L’être-père vit par délégation de l’être-fils. Et l’être-fils est un être de l’accomplissement de l’être-père.

Cela passe les générations, au-delà des générations où les fils deviennent des pères et oublient ce qu’est d’être fils, ils ne jouent pas pleinement leur rôle de père, et cela engendre une relation beaucoup plus directe entre le grand-père et le petit-fils. Je l’ai moi-même expérimenté : c’est lorsque j’ai eu des petits-enfants que je me suis rendu compte ce qui signifiait avoir des enfants. Jusque-là on joue à la poupée. Les petits-enfants nous font comprendre ce que sont les enfants.

 

Finalement, il y a impossibilité de dialogue, et il faut Elie le prophète pour les réconcilier. A la limite on pourrait dire qu’on ait besoin d’Elie le prophète pour réconcilier Israël et la diaspora, l’être-fils et l’être-père.

 

Il y a un problème général de la difficulté de communication entre les pères et les fils. Mais il se dévoile de notre temps de façon plus aigue. C’est donc que peut-être nous sommes au temps de Elie le prophète.

 

Cela se particularise dans l’impossible dialogue entre diaspora et Israël.

 

Parce que finalement l’être-fils d’Israël dit à l’être-père de diaspora :

- A quoi rêvez-vous encore ? Nous sommes en train de construire : l’être-fils a déjà commencé ! »

Et l’être-père de diaspora dit à l’être-fils d’Israël :

- Que construisez-vous ? Ce n’est pas notre rêve ! »

   

C’est l’impossibilité de se parler.

Il faut donc Élie le prophète.

 

Tehilim 126.1

בְּשׁוּב יְהוָה, אֶת-שִׁיבַת צִיּוֹן-- הָיִינוּ, כְּחֹלְמִים

Quand Dieu nous a ramené à Tsion nous étions comme des rêveurs.

 

Alors, il y a ceux qui continuent de rêver et ceux qui ont déjà d’autres rêves…

C’est le fond du problème et je dois vous dire qu’honnêtement je ne connais pas de solution.

Il faut Élie le prophète comme nous le dit le verset de Malakhi!

 

Q: Am Israël avant d’entrer en Eretz Israël se partage Eretz Israël… ?

R: Vous retiendrez que ce partage a été fait au sort, en utilisant le goral. C'est-à-dire qu’on a d’abord compté le nombre de descendants rapporté au nombre des chefs de tribus pour attribuer à chaque tribu une partie de la terre. Mais cela est resté un tirage au sort. C’est d’après le nombre des fils que les pères ont un héritage qu’ils donnent à leurs fils. Ce sont les fils qui font hériter les pères et les fils héritent de leurs pères. Vous verrez cette indication dans le Sifrei sur la parasha de Pin’has.

 

Q : inaudible

R : Justement ce qu’il faut comprendre de l’exil c’est que c’est l’exil d’une terre : la situation d’exil est d’être en exil d’Israël et non pas être en exil en Amérique ou ailleurs. La définition est très différente selon qu’on considère le point de départ ou le point d’arrivée comme référence. 

…/…

 

Q :

R : « Terre sainte », « terre promise» c’est quelque chose qui vient d’une mentalité religieuse extérieure à la bible et qui donne des culpabilités inutiles. Suis-je méritant ? etc…

Suis-je cet Israël ? Les doutes d’identité sont beaucoup plus graves, c’est ce qui est arrivé à la sortie d’Egypte. C’est le fameux passage de Beshala’h que l’on lit le jour de Pourim : quand les Hébreux ont douté Amaleq surgit !

 

Q : Il y a une mission des Juifs chez les goyim ?

R : On revient à Yaaqov chez Lavan. Si le temps de la mission a fini. Le doute de Yaaqov est que le temps n’a pas fini. Mais les femmes de Yaaqov les mères d’Israël sont prophétesses et donne cet indication du départ à Yaaqov : Lavan ne nous aime plus...

Que s’est-il passé dans la kavanah de Yaaqov ?

Il ne faut pas calomnier Yaaqov avec l’intérêt des pots-de-vin, les allocations familiales… etc.

Est-il nécessaire que Yaaqov soit otage de Lavan pour réaliser sa mission ? Ne peut-il pas la réaliser depuis Jérusalem ?

On comprend qu’il y a un faux problème derrière, parce qu’on s’est habitué à une inertie, avec cette situation provisoire qui s’est inversé en critère. Ce sont des faux critères parce qu’on  a transformé le contingent en nécessaire, le principe en conséquence, l’implication en postulat... Tout est à l’envers !

La question demeure : Quand Yaaqov voit que le contrat est rompu pourquoi tarde-t-il ? Et heureusement pour lui il a ses femmes qui sont les pionnières !

Réponse : Il y a dans l’identité juive et nous tenons cela d’une hérédité hébraïque très profonde, un amour de l’universel humain qui nous a rendus aveugle. Il y a cette espèce de dimension du ‘hassid shoté hypertrophié dans l’identité juive qui conduit à une torsion de la conscience morale qui vient de l’ancêtre Avraham.

Il faut y réfléchir car les deux dimensions existent : la dimension négative des intérêts. On va accuser les Hébreux désirant retourner en Egypte de vouloir leur « pots-de-viande ». Mais la dimension positive c’est ce tri d’identité qui se fait. Je dois vous faire comprendre quelque chose qui ne peut pas être dite.

De plus en plus me parait suspect l’humanisme juif de notre temps. Il y a eu des temps où cela n’était pas suspect. Mais de notre temps, l’humanisme cosmopolite est véritablement suspect avec ce qui se passe dans le monde. Il ne faut pas croire que l’étape où l’on doit arriver est un point final alors que c’est un commencement. Il y a d’autres rêves et d’autres espérances. Mais cette étape est intégrée. Rester dans l’espérance antérieure est un phénomène de caducité. Le danger est que l’être-père devienne un être préhistorique.  

 

Q : inaudible

R : Nous avons un autre exemple avec la chrétienté qui à sa manière se considère comme une diaspora d’Israël. Est-ce que dans le temps contemporain, il n’y a pas une situation formellement et objectivement analogue entre la diaspora juive caduque et la chrétienté ?

 

Il y a je pense cette différence entre l’être-père et l’être-fils et qu’il faut Eliyahou Hanavi pour les réconcilier.

 

Q :

R : C’est un tout autre problème. Il n’y a pas de comparaison possible entre l’islam et la diaspora juive, parce que l’islam ne s’est jamais considéré être Israël contrairement à la chrétienté. C’est très différent.

 

Je répondrais très brièvement, à travers le Maharal, sur le problème que nous avons posé précédemment. Maharal pose la question suivante : Pourquoi après l’annonce des 430 ans annoncés dans la vision de l’alliance entre les morceaux et après la naissance d’Isaac, Avraham n’est-il pas descendu pour commencer l’exil mamash, vraiment ?

Parce que la promesse de la terre est liée à l’exil. Seule la descendance d’Avraham qui connaitra l’exil aura la promesse de la terre. D’après notre sujet, si Avraham était descendu en exil, Ishmaël aussi aurait eu la promesse de la terre. Alors Avraham ne descend pas en exil. Si Isaac était descendu en exil, Esaü aussi aurait eu la promesse de la terre. Alors Isaac ne descend pas en exil. Seul Yaaqov descend en exil, ce sont les descendants de Yaaqov qui ont la promesse de la terre.

 

Dans l’histoire on voit que la descendance d’Ishmaël a voyagé partout mais jamais en exil, partout en conquérant ! La descendance d’Esaü a voyagé partout mais jamais en exil, partout en conquérant ! Seule la descendance de Jacob a connu l’expérience de l’exil.

 

Par conséquent, le problème de la descendance d’Avraham c’est un autre procès. C’est une autre contestation. Elle n’est pas reliée à notre sujet directement. J’irais même jusqu’à dire : Alvaï que la diaspora juive devienne l’islam et non pas la chrétienté ! Si vous n’avez pas compris ce n’est pas grave mais je sais ce que je dis.   

 

Q :

R : Le mot hériter est employé en français dans les deux sens, mais en hébreu ce sont deux mots différents. C'est-à-dire que se sont les fils qui font que c’est aux pères qu’a été promis l’héritage des fils. Ce sont les fils qui font que leurs pères sont des pères. Et une fois cela acquis, les pères donnent l’héritage aux fils. Regardez dans le Sifri sur la parashah Pin’has.

En hébreu les deux mots pour héritage sont Na’halah et Méroushah.

…/…

Q :

R : Il y a aussi des êtres-pères qui sont en Israël et des être-fils qui sont en ‘houtz laaretz.

…/…

Ce sont des problèmes très profonds d’identité mais comme nous sommes une génération de transition il ne faut pas chahuter le temps. Est-ce que le temps nous laissera le temps, c’est un autre problème…

Dès que des juifs sont devenus israéliens Eretz Israël appartient à tous les juifs.

…/…

Eliyahou Hanavi ne vient pas pour déclarer ce qui est cachère et ce qui ne l’est pas, on n’a pas besoin de lui pour cela. Il vient pour réconcilier les pères et les fils, c’est un tout autre problème ! 

Vous avez compris ce qu’il y a derrière…

 

Q : inaudible

R : un enseignement de la Hagadah qui est très joli : les quatre sortes de fils dont le rashâ qui est au fond le fils qui ne veut pas être fils ! L’argument du rashâ consiste à dire : qu’est-ce que cette histoire à vous ? Il se met en dehors, alors on lui répond : c’est pour moi que Hashem a fait ce qu’il a fait lors de la sortie d’Egypte… moi et pas toi !

Cela veut dire : s’il avait été là-bas il n’aurait pas été sauvé ! Là-bas ! En ces temps-là lors de la sortie d’Egypte, les réshayim ne sont pas sortis. Mais ici, même le rashâ ! De notre temps, même les réshayim !

 

…/…

***

Le verset nous dit que pour que la sortie d’Egypte puisse se faire, il est nécessaire que Moïse pour la déclencher emporte avec lui les ossements de Joseph. C’est un problème extrêmement important. Vous avez bien compris que Joseph a prévu la sortie d’Egypte et fit jurer ses frères pour qu’ils fassent jurer leurs enfants (cf. Rashi) de ne pas laisser ses ossements en Egypte.

Je vous donne une explication, simplement par raisonnement, parce que je n’ai pas de référence à vous citer. Joseph a inauguré l’aventure de l’exil. S’il reste en exil, cela voudrait dire que c’est une aventure coupée du deuxième mouvement, une aventure en soi qui aurait échoué ou qui se serait perdue… Cela veut dire qu’à priori il ne pensait pas revenir. Le fait que Moïse déclenche le retour et emporte les ossements de Joseph est ce qui réhabilité Joseph. Alors on peut dire de lui « Yossef Hatsadiq ». Sinon on l’accuserait d’être rashâ, et c’était le procès de ses frères. On l’accuserait d’être traitre et d’avoir choisi l’Egypte ! il a choisi l’Egypte parce qu’il a une tentative avec l’Egypte. Si elle échoue, comme il le prophétise, il demande qu’on ramène ses ossements.

 

A la conférence de David Messas, il a un peu touché à cela. Il fallait que Moïse sauvé des os, sorte le cercueil de Joseph du Nil. Il fallait qu’il sorte la forme de Joseph des eaux du Nil.

Joseph est l’hébreu prenant l’habit de l’égyptien. Mais il savait ce qu’il faisait. Et le texte nous prévient qu’il est resté hébreu, seuls ses frères ne voient pas qu’il est resté hébreu. Mais les égyptiens le savent. Cf. les versets sur le repas qu’ils mangent tous séparément des égyptiens parce que c’est une abomination pour les égyptiens de manger avec les hébreux.

Les égyptiens savaient donc que Joseph était hébreu, mais il représentait l’Egypte.

 

Q : Pourquoi Joseph ne demande pas à ses fils d’emporter ses ossements ?

R : Le midrash répond : Parce que l’Egypte a adopté Joseph et les descendants de Joseph. Par conséquent, au moment où l’exil prendra fin pour les Hébreux, les frères de Joseph, qu’il faudra le faire.

 

Joseph est donc l’hébreu habillé en égyptien pour une certaine mission que la Torah nous raconte sans la comprendre. Il y a là encore la préfiguration de notre histoire. Nous sommes perpétuellement ce Joseph soit sur le trône soit dans la fosse, soit dans la fosse soit sur le trône…  C’est l’histoire type du juif de diaspora.

Quand sa mission est reconnue, il est sur le trône. Quand sa mission n’est pas reconnue, il est dans un camp de concentration. Comment cela marche ? qui est responsable de quoi… ? C’est à étudier dans ces textes. Et c’est tout le problème de sa relation avec la femme de Poutifar.

 

Mais lorsqu’arrive le temps où Moïse déclenche le temps de la deuxième étape. Moïse qui est ce Joseph l’hébreu déguisé en égyptien et qui va enlever le déguisement. Voyez la relation étroite qu’il y a entre l’identité Moïse et l’identité Joseph. Lorsque Moïse emporte avec lui les ossements de Joseph il réhabilité Joseph. Joseph était tsadiq !

Selon le midrash, tous les hébreux étaient occupés à accomplir une toute autre promesse. Selon la promesse faite à Avraham qu’ils sortiraient avec des richesses. Ils étaient donc occupés à amasser ces valeurs pour sortir avec. Moïse ne s’occupait pas de cela mais d’accomplir la promesse faite à Joseph et de rechercher le cercueil de Joseph qui se trouvait dans le Nil. C’était la manière dont les égyptiens honoraient leurs dieux, en les momifiant, en les adorant et en les plaçant dans ce qu’ils adoraient…

Et le midrash dit déjà au temps de Jacob : Pourquoi Jacob a-t-il demandé tout de suite d’être ramené ? Il y a deux midrashim et je vous cite celui qui se rattache à notre sujet avec le Maharal.

La différence est que Jacob est remonté tout de suite à sa mort alors que Joseph ne sera remonté qu’à la sortie d’Egypte, et c’est un cas particulier parce que… .../... 

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 17:24

 

Moral et Cataclysme Naturel

 

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

 

 

COURS 6

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_6

 

Durée : 45,8 minutes - Face A - 153 01

 

 

 

Chapitre 13 Verset 19 :

 

Juste après les versets précédents que nous avons commencé à étudier : le peuple sorti d’Egypte avec ses différentes parties, ses différentes couches et ses différentes motivations, avec ce détour par le désert jusque devant la mer rouge, la Torah nous indique que Mosheh va emporter avec Lui les ossements de Joseph.

 

 

 

13.19 :

 

 יט וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת-עַצְמוֹת יוֹסֵף, עִמּוֹ: כִּי הַשְׁבֵּעַ הִשְׁבִּיעַ אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, לֵאמֹר, פָּקֹד יִפְקֹד אֱלֹהִים אֶתְכֶם, וְהַעֲלִיתֶם אֶת-עַצְמֹתַי מִזֶּה אִתְּכֶם.

 

19 Moïse emporta en même temps les ossements de Yossef avec lui car faire juré il avait fait juré les enfants d'Israël, en disant: "Pakod Yifkod Elohim Etkhem – Elohim Dieu viendra vous visiter et alors vous ferez monter mes ossements d’ici avec vous."

 

 

 

Ce mot de Pakod et sa racine ont énormément de sens en hébreu. Je vous donnerais le sens allant avec le contexte. Littéralement, cela veut dire : tenir compte du fait que le temps d’un certain événement est arrivé. On l’emploie en particulier pour la conception d’un enfant.

 

Par exemple dans le passouk : « VeHashem Paqed Et Sarah ».

 

Mais ce mot en hébreu a énormément de sens, il n’y a pas de racine en français qui puisse recouvrir l’ensemble de ses significations.

 

 

 

Rashi va d’abord expliquer la répétition du verbe Paqod Yifqod. C’est une forme habituelle en hébreu, ce n’est pas une simple redondance formelle, il y a toujours une intention précise du texte.

 

הַשְׁבֵּעַ הִשְׁבִּיעַ   faire juré, il avait fait juré.

 

פָּקֹד יִפְקֹד   visiter, il visitera.

 

 

 

Rashi : הַשְׁבֵּעַ הִשְׁבִּיעַ   faire juré, il avait fait juré.

 

La répétition signifie ceci : Yossef avait fait juré à ses frères pour qu’ils fassent jurer leurs enfants jusqu’au moment venu.

 

 

 

Effectivement, en fin de Sefer Beréshit, Yossef avait parlé à ses frères, à l’occasion du rappel de la promesse que Yaaqov avait demandé à Yossef lui-même de ne pas laisser son corps enterré en Egypte mais de ramener son cercueil en Eretz Kénaan.

 

Le corps de Yaaqov avait été momifié dès sa mort par les Egyptiens, mais il fut remonté en Eretz Israël. Nous verrons s’il y a une différence entre le niveau où se situe Yossef lui-même et le niveau où se situe Yaaqov lui-même dans ce problème.

 

A ce propos, la Torah raconte que toute la famille des Bnei Israël était remontée en Eretz Kenaan pour accompagner le cercueil de leur père. En principe, ils auraient pu profiter de cette remontée d’Egypte en Eretz Kénaan pour y rester ! Mais entretemps ils avaient tous accepté le contrat de Yossef. Alors ils redescendent tous rejoindre Yossef en Egypte.

 

Dès l’origine, à la racine même de l’identité d’Israël dès la constitution de l’identité même de Yaaqov, il y a une tension de deux messianités différentes. MB’Y et MB’D. Or, finalement, il y a différents moments de péripéties dans ce conflit de tendances qui est très violent à la racine. Il y a un procès réciproque accusant de traitrise l’un par l’autre. Les frères de Yossef avec à leur tête Yehoudah ont fait un procès à Yossef qui selon la Guémara était passible de mort. Et finalement, Réouven, premier né de Léah, et ensuite surtout Yéhoudah, qui intervient pour le sauver de la mort.

 

Cela signifie derrière ce procès un problème grave. Inversement, Yossef met en accusation ses frères. Lorsque Yossef les met en accusation dans une mise en doute de leur identité avec une toute autre motivation. Au début ce conflit est très violent, et finalement une sorte de constellation des forces se met en place et il y a une sorte de collaboration de ces deux tendances. La Torah nous raconte le conflit et la réconciliation, donc la réussite de cette unité d’Israël à partir de l’opposition des deux pôles Yossef et Yehoudah jusqu’au bout dans l’histoire de la famille de Yaaqov. 

 

Cette histoire est préfigurative de ce qui adviendra de la société d’Israël jusqu’à la fin des temps. Et par conséquent, à travers toutes les générations jusqu’aux temps messianiques, nous revivons ce problème d’opposition de ces deux polarités d’identité messianiques, aboutissant à la mise en place d’une polarité d’unification qui mène à l’aboutissement messianique.

 

 

 

Un enseignement de la kabalah : la raison pour laquelle Yossef est mis en accusation par ses frères, et c’est tout le procès qui se passe dans cet endroit nommé Dotania près de Shkhem, où les frères constitués en tribunal le condamne à mort. Ils le condamnent finalement à ce qui est considéré comme sa faute: c'est-à-dire à commencer l’aventure qu’il souhaite lui dans sa propre conception  de la messianité.

 

 

 

Nous verrons dans le sens de l’historiosophie la signification des attendus de ce procès réciproque, la mise en accusation de Yossef par ses frères et l’accusation des frères par Yossef. En particulier le chapitre 37 de Genèse, lorsque Yaaqov revient du pays de Lavan après la confrontation avec Essav et qu’il s’installe dans le pays de Kenaan, commence à se mettre en place cette rivalité entre Yossef d’un côté et Yéhoudah de l’autre avec Binyamine comme enjeu.

 

 

 

En fin de comte, le temps va jouer pour l’aventure de Yossef qui va réussir à attirer Binyamine en Egypte et à travers Binyamin toute la famille, son père et ses frères, rejoindra les rêves de Yossef.

 

 

 

Mais un enseignement de la Kabalah nous indique un autre niveau. Dans tous les cas, Yossef devait mettre en accusation car il est l’incarnation de Qayine en tant que premier-né. Et en tant que premier-né qui s’affirme comme étant le seul fils et d’emblée s’annonce comme celui qui réalisera dans son achèvement la rédemption de la faute de Qayine. Cela conduit donc à cette mise en accusation parce que Yossef, jeune enfant, présente apparemment les mêmes signes que Qayine lui-même. Nous avons pour l’instant une analogie formelle importante dans le fait qu’il soit le premier-né. Cela s’appuie sur le verset du chapitre 37 lorsque la Torah entreprend de raconter toute l’histoire des enfants de Yaaqov à partir du moment où il s’est installé dans le pays de Kénaan jusqu’à la sortie d’Egypte. C’est introduit par l’expression « Eleh Toldot Yaaqov Yossef ». Dans le sens pshat : « Voici les engendrements de Yaaqov dans le sens de l’histoire de la famille de Yaaqov jusqu’à ce que l’exil prenne fin à la sortie d’Egypte. Mais le terme employé est celui de Toldot qui signifie les engendrements.

 

Dans le sens pshat : Voici l’histoire de Yaaqov : Yossef était âgé de 17 ans lorsque tout cela a commencé et Yossef sera envoyé dans son rêve de diaspora jusqu’à ce qu’il diagnostique en fin de compte la nécessité de passer le relai à la messianité de Yéhoudah, comme l’indique notre verset de Shmot 13.19, que lorsque le moment sera venu il faudra remonter dans le pays de Kenaan en ramenant ses ossements.

 

C’est accroché à ce moment précis du récit, parce que Yaaqov revenu de chez Lavan croyait que la nécessité du temps d’exil annoncé au temps d’Avraham s’était achevé avec son propre exil. Il croyait avoir réussi à accomplir et intégrer cette nécessité de la mise à l’épreuve dans l’exil dans sa propre histoire chez Lavan.

 

C’est pourquoi le verset peut dire :

 

וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב, בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו--בְּאֶרֶץ, כְּנָעַן

 

Vayeshev Ya'akov be'erets megurey aviv be'erets Kna'an.

 

Et Jacob s’installa dans le pays où son père avait séjourné dans le pays de Canaan.

 

Yaqqov a considéré que le temps de la promesse s’achevait avec lui, et que ses pères ont vécu la relation de promesse à la terre et que lui commence le temps de l’installation et de la réalisation de la promesse. Et de suite le verset suivant évoque l’histoire des rivalités entre les frères.

 

Le Midrash souligne la contraste de sens entre Vayeshev s’installer et Mégourim ils ont séjourné comme des étrangers (racine Guer): « Yaaqov notre père a cherché à s’installer en tranquillité (shalvah) l’impétuosité de Yossef l’a bousculé ».

 

Il y avait une annonce faite à Avraham d’une nécessité d’un passage par l’exil avant l’installation.

 

Rappelez-vous ce verset lu dans la Hagadah de Pessa’h :

 

15.13

 

יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם

 

Savoir tu sauras que ta postérité sera étrangère sur une terre qui n’est pas à eux

 

 

 

Et Yaaqov a vécu l’épreuve de l’exil et a cru avoir réalisé tout cela et donc que le temps était venu de pouvoir s’installer dans le sens du yishouv tel qu’il a été repris de notre temps. Mais voilà qu’il est bousculé par l’histoire entre Yossef et ses frères. 

 

 

 

Je reprends notre verset pour notre sujet.

 

Le procès entre Yossef et ses frères vient déjà de ce verset parce que Yossef s’affirme dans la même attitude que Qayine par rapport à Hével : c’est moi le premier-né et c’est par moi que cela passe et les autres sont disqualifiés. Le verset le formule ainsi : « Eleh Toldot Yaaqov Yossef ». (Alors que le pshat est tout à fait différent : « Voici l’histoire de Yaaqov : Yossef était âgé de 17 ans quand tout a commencé… »)

 

Le midrash isole une unité de lecture : « Eleh Toldot Yaaqov Yossef ». Comme si Yossef apparaissait ici comme un principe de sélection d’identité qui rejetterait les autres en continuant la sélection d’identité commencée avec Avraham. Avraham et pas Lot, Yits’haq et pas Yishmaël, Yaaqov et pas Essav, Yossef et pas ses frères ?

 

 

 

Formellement, la kabalah nous enseigne que Yossef vient résoudre le problème de Qayine. Puisqu’il s’est affirmé comme un Qayine possible il est condamné à mort par ses frères. Nous verrons ensuite que c’est lui qui va assurer définitivement la rédemption de la faute de Qayine, raison pour laquelle le livre de la Genèse s’achève avec son histoire, parce que c’est avec lui que l’identité d’Israël est constituée : le premier-né capable de fraternité.

 

 

 

Nous savons déjà qu’au moment de sa naissance, Ra’hel sa mère le nomme Yossef, disant :

 

וַתִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ יוֹסֵף, לֵאמֹר:  יֹסֵף יְהוָה לִי, בֵּן אַחֵר

 

Elle appela son nom Yossef pour dire : que Hashem m’ajoute un autre fils.

 

Cela nous renvoie au niveau Qayine et Havél. Lorsque Qayine est né, l’autre fils né avec lui était en danger. Lorsque Yossef nait Ra’hel a vu avec le roua’h haqodesh, l’inspiration prophétique, que ce premier-né serait capable de fraternité. Elle dit alors : que Dieu m’ajoute un autre fils qui ne sera pas en danger.

 

Et c’est le moment précis de la fin d’exil. Puisque le contexte nous dit que lorsque Yaaqov vit que Yossef était né il demande à Lavan de le laisser rentrer. C’est pourquoi Yaaqov rentré dans le pays de Kénaan pensait que l’exil était définitivement fini. Il ne savait pas, ou il faisait semblant de ne pas voir, la rivalité entre Yossef et ses frères.

 

 

 

C’est avec cette histoire que la faute de Qayine trouvera son tiqoun, sa rédemption, malgré toutes les péripéties, puisqu’en fin de compte se dévoile que malgré toutes les apparences, Yossef est véritablement un premier-né qui aime ses frères.

 

 

 

Cette histoire est déjà avancée avec l’autre premier-né issu de Léah qui est Réouven.

 

C’est pourquoi c’est précisément lui qui intervient pour sauver Yossef. Et ensuite Yehoudah. Ce sont différents thèmes qui convergent.

 

 

 

Un passage de la Guémara de Sanhédrine explique les noms des enfants de Yaaqov, que le nom vienne des mères, du père, ou de Dieu Lui-même pour certains. A propos de Réouven, la Guémara donne l’explication suivante: pourquoi Léah l’a-t-elle nommé Réouven ? Et on s’attendrait à une explication simple du type de celle pour hébraïsant à l’oulpan :

 

Réouven : « Réou-Ben voyez le fils » !

 

Mais la Guémara (Berakhot 7b) explique que Léah a dit: « Voyez la différence entre mon fils et le fils de mon beau-père ! » Essav était un premier-né méchant.

 

Et nous avons ce sens-là pour tous les enfants de Yaaqov. Ils sont tous des premiers-nés capables de fraternité. Vous allez me dire qu’ils n’étaient pas tous premiers-nés, mais Yaaqov est celui qui a hérité de l’identité de premier-né bien que n’étant pas le premier-né ! Tous les Bnei Israël sont donc des premiers-nés : « Beni Bekhori Israël. »

 

 

 

Mais le tiqoun est vraiment fait avec Yossef. A sa naissance, Ra’hel voit que c’est la fin de la faute de Qayine. Et elle dit :

 

וַתִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ יוֹסֵף, לֵאמֹר:  יֹסֵף יְהוָה לִי, בֵּן אַחֵר

 

Elle appela son nom Yossef pour dire : que Hashem m’ajoute un autre fils.

 

Ne vous trompez pas de lecture. Le midrash évacue la lecture apparente qu’elle souhaiterait encore un fils et pas une fille. Le souhait de Ra’hel est que maintenant il peut y avoir un frère cadet qui ne sera pas en danger à cause de l’aîné. Et au verset suivant : Yaaqov décrète la fin de l’exil. Parce que dans tous les cas l’exil est la punition du manque d’amour entre les frères. Et l’exil a commencé avec Qayine ! Il a été puni par l’exil 4.12 : « נָע וָנָד   errant et déplacé », il est le premier juif errant, (après il n’y a plus que des juifs aberrants !) Et à partir du moment où apparait l’identité de fraternité au niveau du premier-né, c’est la fin de l’exil dans le diagnostic de Yaaqov. C’est pourquoi Yaaqov demande à Lavan « alors maintenant Shale’héni Véhélekha renvoie-moi et j’irais à mon endroit et à mon pays ».

 

Lorsque Jacob envoie Joseph chez ses frères à Shkhem pour se faire passer en procès, il emploie la formule inverse : « Lekha Lekh Veyishla’hakha Va et je t’enverrai ».

 

Quand on envoie quelqu'un en mission difficile on lui dit : « Va et si tu vas je t’envoie ! »

 

C’est joli et c’est plein d’humour d’ailleurs.

 

Parce que je ne peux pas t’envoyer si tu n’y vas pas.

 

Mais pour quitter l’exil, Jacob est obligé de dire à Laban : Renvoie-moi parce que sinon je ne m’en irais pas !  Shale’héni Véhélekha !

 

C’est relié au verset par lequel on a commencé :

 

Vayhi Beshala’h Paro Et HaÂm.

 

Cela nous explique dans une dimension positive quelque chose d’incompréhensible : pourquoi les Juifs sont-ils tellement en retard pour décrocher lorsqu’il le faut ?

 

Ce n’est pas une question d’intérêt économique, les allocations familiales et les pots de viande des Assédic... C’est autre chose.

 

D’une certaine manière qu’est-ce que Jacob veut faire dire à Laban en lui disant « renvoie-moi et je partirais ». Il lui dit : d’après moi c’est le temps, puisque Joseph est né, c’est la fin de la punition d’exil de Qayine ! Jacob veut faire comprendre à Laban qu’il doit devenir antisémite ! Sinon il ne voudra pas partir. C’est ce qui arrivera, il deviendra antisémite.

 

 

 

Q : Cela rappelle la procédure du divorce, la répudiation.

 

R : Très bien, c’est le même mot : shidou’him.

 

Du point de vue de notre problème, cela veut dire qu’il y a un contrat de l’exil.

 

L’exil qui est institué déjà chez Avraham. 

 

15.13

 

   וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם, יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם, וַעֲבָדוּם, וְעִנּוּ אֹתָם--אַרְבַּע מֵאוֹת, שָׁנָה.

 

Il dit à Avram: Sache il faut que tu saches que ta descendance sera étrangère dans un pays qui n’est pas à eux. Ils les serviront et seront affligés pendant 400 ans.

 

Il y a une dimension de l’histoire d’Israël, dès l’origine, avant que l’histoire ne commence qui est dévoilé, il y a des temps de contrat de travail chez les nations. Et par conséquent, Jacob peut dire qu’il pense que le temps est arrivé puisque Joseph est né, mais il faut qu’il demande la permission de Laban de suspendre le contrat… Or, il se dévoile que le contrat ne sera pas suspendu.

 

Nous retrouvons la même chose chez Moïse et Jéthro. Après la vision du buisson ardent, avant de quitter Midiane pour retourner en Egypte s’occuper des Hébreux 40 ans après.

 

Quand Moïse était arrivé, et qu’il épousa Tsiporah, Rashi nous explique qu’il a fait comme Yaaqov auprès du puits. Il épousa Tsiporah, et il y avait un contrat avec Jéthro. Avant de repartir Moïse va demander permission à Jéthro qui la lui donne. Mais Laban a refusé, et Jacob s’est enfui…

 

 

 

En fait, Jacob aurait du rester 21 ans chez Laban, mais il n’est resté que 20 ans.

 

Pourquoi ? Parce que la haine de Laban s’est dévoilée de façon dangereuse à la fin des 20 années, il a fallu que Yaaqov s’enfuisse à l’initiative de ses femmes. Toujours l’initiative du salut vient par les femmes, comme avec la mère et la sœur de Moïse qui déclenche la sortie d’Egypte. Dans les Pirqey Avot on trouve une définition de la sagesse importante pour notre sujet.

 

Ezeh Hou ‘Hakham ? Qui est sage ?

 

HaRoéh Et HaNolad ! Celui qui voit ce qui va naitre !

 

C’est le cas de la sage-femme ! Celui qui prévoit l’avenir qui s’engendre dans le présent : nolad. Il prévoit les implications du présent. Et ainsi on peut voir à quel point il y a peu de ‘hakhamim !!!

 

Mais le pshat est très précis, et cela explique que cette dimension de sagesse est d’abord féminine en tant que c’est la femme qui voit l’enfant qui nait.

 

Cf. l’exemple de Ra’hel qui voit de suite qui est l’enfant qui nait.

 

Cela se rattache à un thème général que la guémara enseigne à propos de Sarah et Avraham : la capacité prophétique des femmes a toujours été plus grande que celle des hommes. Pourquoi ? Parce que finalement la prophétie consiste à savoir ce qui va advenir d’après ce qui s’est passé. Ce sont les mères qui savent à chaque fois par quelle lignée cela passe. Et le père fait semblant de fermer les yeux… On le voit dans tous les récits de la sélection d’identité. Les pères aiment leurs enfants et sont souvent désorientés.

 

La mère elle sait par où cela passe parce que c’est elle qui les a fabriqués. Cf. l’importance de la Halakhah que l’identité passe par la mère.

 

Cela donne ici une définition très importante de ce que la Torah appelle la capacité prophétique.

 

Avraham est désorienté de ce qui arrive à Ishmaël, lorsque Sarah intervient, et Dieu lui dit : « tout ce que tu dis ta femme Sarah « Shémâ Béqolav : écoute sa voix ! »

 

La guémara conclut à partir de ce verset: de là on apprend que les femmes sont plus prophètes que les hommes. Et pourtant Avraham n’est pas n’importe qui mais le prophète par excellence. Mais Sarah indique par où la lignée passe et c’est elle qui a raison dévoile Dieu.

 

Cela explique une expression de la prière : on demande la miséricorde non pas à la manière de la mère mais à la manière de la miséricorde du père. « Ra’haménou KéRa’hem Av Al Banim : Aie miséricorde comme le père a miséricorde sur ses enfants !» On pourrait s’étonner de l’absence de la mère dans ce rôle de la miséricorde pour les enfants !? D’autant plus que ce mot de « miséricorde » se rattache à la racine « ré’hem », la matrice. Le père dans le récit prophétique semble être incapable de pouvoir intervenir pour choisir entre ses fils. Tandis que la mère sait le faire, et de manière impitoyable. On trouve une autre expression pour la mère qui est « consolatrice » « KéIsh asher hina’haménou imo. » On dit « Av MéRa’hem : père miséricordieux » et « Ima Mén’ahémet mère consolatrice ».

 

 

 

En fait, Jacob devait rester 21 ans : 7 ans pour Ra’hel puis encore 7 ans pour Ra’hel (puisqu’entre temps il a eu Léah) et puis 7 ans pour le troupeau soit 21 ans. Au bout de 20 ans la situation devient grave, et ce sont les filles des Laban qui perçoivent le danger. Jacob ne voit rien.

 

« Nous avons vu que la face de notre père a changé ».

 

Alors il faut partir. Donc Jacob prend acte et s’enfuit. Laban court après lui comme le fera Paro après les Bnei Israël. C’est alors que Dieu se révèle à Laban en lui interdisant de faire du mal à Jacob. Laban s’en explique: sans l’intervention de ton Dieu je t’aurais tué.

 

C’est une préfiguration totale.

 

Mais il reste une année de service chez Laban qu’il va falloir récupérer.

 

Voilà la racine du fait que Jacob a cru pouvoir s’installer et que tout le tiqoun de l’exil était achevé. Mais le rêve de Joseph arrive qui va tout bousculer. A cause d’une année qui manquait.

 

Cette année devra être payée 400 ans en Egypte.

 

Mais de même qu’il a fallu partir d’Egypte avant terme à cause du danger après 210 ans, il restait 190 ans. Et il faudra les payer plus tard…

 

C’est le même schéma de sortie d’exil bé’hipazone avec précipitation, comme Jacob qui sortit de chez Laban avec précipitation. Et Paro se ravise exactement comme Laban le fit courant après Jacob pour le tuer...

 

 

 

 Ces 190 ans manquants en Egypte ont été économisés par le mérite d’Isaac.

 

 

 

On trouve trois nombres dans le récit de la Torah : 400, 430 et 410.

 

Depuis la vision qu’Avraham a eu de l’exil qui lui est annoncé jusqu’à la sortie d’Egypte, il y a eu 430 ans. Depuis la naissance d’Isaac jusqu’à la sortie d’Egypte il y a eu 410 ans. Et depuis la descente de Jacob jusqu’à la sortie d’Egypte, il y a 210 ans.

 

 

 

Si nous prenons le nombre de 400 ans qui correspond au contenu de temps de cette annonce de l’exil à Avraham, alors c’est en réalité 210 ans en Egypte donc une différence de 190 ans.

 

Le verset dit ceci :

 

 

 

15.13

 

   וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם, יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם, וַעֲבָדוּם, וְעִנּוּ אֹתָם--אַרְבַּע מֵאוֹת, שָׁנָה.

 

Il dit à Avram: Sache il faut que tu saches que ta descendance sera étrangère dans un pays qui n’est pas à eux. Ils les serviront et seront affligés pendant 400 ans.

 

 

 

L’exil historique commença au moment où la famille de Jacob a rejoint Joseph en Egypte pour une période de 210 ans jusqu’à la sortie d’Egypte. Mais depuis la naissance d’Isaac jusqu’à ce moment il y a eu 400 ans, puisqu’entre la naissance d’Isaac et la descente de Jacob en Egypte il y a eu 190 ans. Cela veut dire que la Providence a compté que le début de l’exil commence à la naissance d’Isaac puisque c’est lui qui est la postérité d’Avraham auquel c’est annoncé. Et le mérite d’Isaac est d’avoir pris sur lui de vivre comme un exilé sur sa propre terre pour économiser à sa descendance 190 d’exil.

 

 

 

C’est pourquoi :  

 

וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב, בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו--בְּאֶרֶץ, כְּנָעַן

 

Vayeshev Ya'akov be'erets megourey aviv be'erets Kna'an.

 

Et Jacob s’installa dans le pays où son père avait séjourné dans le pays de Canaan.

 

 

 

Et surtout à propos de Isaac quelque chose d’extraordinaire, il habite dans un endroit qui s’appelle Ghérar : « Vayeshev Yits’haq Gérar ».

 

Isaac s’est installé dans le pays de Kénaan à l’endroit nommé גְּרָר   Ghérar l’endroit des étrangers (racine Ger), comme vous dites, « les territoires occupés ».

 

Les patriarches auraient voulu prendre sur eux l’exil, mais ils ont été obligés d’admettre que ce n’était pas pour eux mais pour leur descendance. Mais ils ont quand même obtenu d’économiser le plus possible le temps de cet exil en prenant sur eux la condition d’exil à partir du premier qui s’appelle « descendant » c'est-à-dire Isaac.

 

 

 

On en trouve un rémez dans la Hagadah de Pessa’h.

 

Shé HQBH qishere et haqets : que Dieu a compté la fin pour faire sortir Israël.

 

Il a compté la fin en prenant le commencement à la naissance d’Isaac.

 

Et le mot de qets qui signifie la fin a pour valeur numérique 190 !

 

C'est-à-dire que pour arriver, alors qu’on n’était qu’à 210 ans, à avoir vraiment les 400 ans on commence à compter le début des 400 ans non à la descente de Jacob en Egypte mais à la naissance d’Isaac. Parce que c’est par le mérite d’Isaac qui a pris sur lui la condition d’exil chez lui pour l’économiser à ses descendants.

 

Dans tous les cas vous verrez que qets (qouf-tsadik) ce sont deux des lettres du nom de Yitshaq.

 

 

 

Le midrash explique que HQBH a demandé aux Avot ce qu’ils préféraient pour leur descendance : l’exil ou l’enfer ? Ils ont réfléchi dit le midrash, et ils ont choisi l’exil ! 

 

Pour celui qui comprend ce qu’est l’exil il n’y a pas de différence.

 

Pour les Juifs il n’y a pas de différence, mais pour les Goyim il y a une différence.

 

L’alternative est la suivante: soit Israël va en exil sauver les Goyim soit les Goyim iront en enfer, et alors Israël devra aller en enfer ! En fin de compte, pour les Juifs, c’est la même chose. Mais pas pour les Goyim.

 

 

 

Pourquoi les Avot ont-ils voulu économiser l’exil à leur descendance ?

 

On découvre au passage les patriarches sionistes n’aimant pas la diaspora.

 

La réponse est très simple : parce qu’ils pouvaient s’engager pour eux-mêmes mais pas pour leur fils. Alors ils préféraient eux prendre ça sur eux. Pour leur fils et pas pour eux ? Parce que premièrement ils furent capables de s’engager pour eux parce que c’est à eux que la promesse a été faite. Ils étaient les hommes de la promesse, et donc capable de la foi dans la promesse. Et ainsi, ils pouvaient prendre sur eux les péripéties de la réalisation. Alors que la promesse ne leur a été donnée que par délégation pour l’être-fils. Ils ont pris sur eux, et à la limite c’est au niveau absolument métaphysique et ontologique. L’être-père n’est pas ici chez lui puisque la terre est la terre des fils. Et la différence entre l’être-père et l’être-fils est celle entre l’être de la promesse et l’être de l’accomplissement. La racine Ben se rattache à Bano construire, Biniane. Av c’est les engendreurs. C’est pourquoi la Guémara donne ce ‘hidoush en insistant que la terre sera donnée aussi aux pères, mais après les fils.  Il faut d’abord que les fils la reçoivent pour que les pères la reçoivent aussi.  …/…

 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:47

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

Cours 5

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_5

Durée : 38,1 minutes -  Face C - 152 03

…/…

Et la guémara à ce moment-là explique la différence entre derekh et davar

Si on avait mis le mot de davar on aurait mis tout au masculin !

C’est donc pour mettre le féminin qu’on a mis le mot de derekh.

Qu’est-ce que le mariage ?

Davar c’est une chose donnée une fois pour toute. Davar c'est-à-dire quelque chose de constitué, statique. Cela signifierait, si on avait dit davar, que l’acte de procédure du mariage est acquis une fois pour toute. Cela ressemblerait à une procédure d’achat. Je donne mon amour, tu te donnes à moi, et réciproquement. Ce n’est pas le mariage selon la guémara. Cela ne peut pas être un acte qui en soi créé une situation définitive.

Derekh est une conduite permanente. Et elle donne énormément d’exemple de l’emploi de ce mot derekh dans les mishnayot, en disant  que chaque fois que la mishna peut définir une identité de façon définitive, elle dit davar. Par exemple, les légumes et les fruits de l’arbre sont différents de trois manières par rapport à la dîme que l’on doit donner. Là il est dit davar, parce qu’un légume est un légume et un arbre c’est un arbre, il n’y a pas à se tromper, la définition est claire, statique, c’est une identité achevée pour elle-même. Mais lorsqu’il s’agit d’un arbre dont on ne sait pas très bien s’il s’agit d’un arbre à fruit ou d’un légume elle dit derekh. Cela veut dire, lorsqu’il y a une identité dynamique, un chemin, alors la mishna dit derekh, Lorsqu’il s’agit d’une identité statique, la mishna dit davar.

 

Par rapport au problème du mariage c’est très simple, cela veut dire que c’est une conduite permanente qui fait qu’on est marié. Au niveau légal, la procédure fait changer de niveau de façon irréversible mais à ce moment-là le mari ne s’appelle pas ish il s’appelle baal. Le baal ne devient vraiment ish que lorsque le derekh a été réussi. Il y a un chapitre entier dans la guémara de kidoushin pour nous faire comprendre avec beaucoup d’humour que ce n’est pas la cérémonie du mariage qui marie. Elle ne fait pas partie des trois procédures. Le mariage est issu d’un engagement réciproque d’un certain derekh. Lorsqu’on réussit ce derekh le mariage est confirmé, et le mari devient l’époux, ish sinon il reste baal, un niveau très inférieur. Et à ce moment-là on prévoit déjà la procédure qui libèrera la femme, c'est-à-dire ou le divorce ou la mort du mari. 

 

Q : Le don de la prouta. L’importance de l’acte de recevoir de la femme qui en recevant elle s’engage dans un rapport de réciprocité.

R : au niveau légal c’est exact, ce n’est que lorsque la femme a accepté la prouta que le mariage est mariage.

Q : On insiste sur l’acte de donner de l’homme alors que l’acte de recevoir de la femme est aussi important.

R : c’est le seul important parce que tant que l’homme a donné la prouta et que la femme ne l’a pas accepté il n’y a pas de mariage.

Q : C’est le rapport même entre Dieu et le peuple juif : tant que Dieu ne nous accepte pas en tant que destinataire de la promesse, la promesse ne peut pas être tenue : l’engagement de Dieu et l’engagement du peuple juif…

R : nakhon mais vous avez changé de niveau.

Restons encore un peu au niveau légal. Au niveau légal, il n’y a mariage que lorsque la femme a accepté la bague. (La prouta ici est préfiguratrice de la bague. C'est-à-dire que la bague doit avoir au moins la valeur d’une prouta.) Etant donné que dans l’acte d’accouplement c’est le mari qui est sujet et la femme qui est objet, il faut que la procédure réintègre la réciprocité en donnant à la femme la position de sujet dans la procédure. C’est pourquoi le sujet est ici ha-ishah. C’est pourquoi, au point de vue légal, tant qu’elle n’accepte pas de recevoir la bague il n’y a pas mariage. Mais le problème que je posais est exactement inverse.

Tant que le mari n’arrive pas à dépasser le niveau du troc (il donne quelque chose et acquiert une femme) au niveau derekh, il n’est pas vraiment marié en haut, mais seulement en-bas. S’il réussit à devenir ish - et c’est le début de la mishna du 2ème chapitre : « ha-ish meqadesh » - là c’est lui qui devient sujet de la procédure – tant que ce n’est pas le cas il s’appelle baal.

Alors il y a deux issues possibles que la mishnah indique de suite : c’est guet ou mitat habaal.

C’est une mishna terrible pour le mari.

C'est-à-dire que le mariage n’est vraiment confirmé que dans la mesure où le derekh de la conduite a été réussi.

 

Il apparait une définition qui nous montre dans quel cas derekh est au féminin et signifie Torah. Ce qui nous faire comprendre la relation entre l’idée de Torah et l’idée de derekh. La Torah est un derekh, c'est-à-dire projet de conduite qui ne peut être acquis une fois pour toute comme un davar, et c’est pourquoi elle s’appelle derekh ! Donc elle ne peut être reçue que par ceux qui savent ce qu’est être « en chemin ».

 

Q : On dit l’an prochain à Jérusalem également ici, c’est la Jérusalem céleste et non plus terrestre.

R : C’est une question d’étapes. Cela signifie que l’israélien a déjà d’autres espérances que le juif de galout. Il est déjà au-delà.

Remarquer qu’en Israël même on dit « leshanah haba biyeroushalayim l’an prochain à Jérusalem », avec le même sens que celui de la golah parce qu’on pense aux gens de la golah dans la kavanah de participation.

 

Relation entre le sens de derekh et le sens de Torah :

Il y a un apprentissage du chemin qui rend capable de recevoir la Torah, parce que la Torah est la loi du chemin, et celui qui n’a pas connu l’apprentissage du chemin n’est pas capable de recevoir la Torah.

 

Retour sur la situation du mariage : c’est la situation fondamentale du rapport entre autrui et autrui. Guémara Kidoushin dans les pages 30-33 : le temps des fiançailles est exigé pour que ces deux êtres qui vont se marier se connaissent et n’arrivent pas au mariage en ne se reconnaissant pas. C’est resté dans une cérémonie que le rite ashkénaze a gardé : au moment de la ‘houpah le fiancé arrive entre les deux beaux-pères et découvre la figure de la fiancée et la recouvre. C’est une cérémonie légale, c'est-à-dire « est-ce bien la personne à laquelle tu penses ? » Pour qu’il ne dise pas après que ce n’était pas elle ! La guémara ajoute : Et il est écrit « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Si cela ne marche pas entre eux, il ne peut pas invoquer que ce n’était pas elle.

Cela veut dire que la relation d’altérité entre deux sujets est d’abord posée au niveau du problème du mariage. Or, il n’y a que deux possibilités pour résoudre le problème de la relation de sujet à sujet : l’agressivité ou la Torah.

Donc on retrouve l’alternative : derekh ne peut être que la guerre ou la Torah.

 

Q :

R  C’est le seul cas cité par notre guémara de Kidoushin d’ailleurs où Derekh est au masculin. C’est notre verset.

Q :

R : c’est la relation naturelle du mariage où l’homme est sujet et la femme est objet. C’est pourquoi la procédure réintègre la femme comme sujet et l’homme objet. Parce que le souci de la guémara porte sur ce cas particulier d’une mitzvah où habituellement c’est l’homme qui est sujet des mitzvot et voilà qu’ici la femme est le sujet de la procédure ! Parce qu’il s’agit du mariage, il faut donc réintégrer une situation de Torah. Parce que c’est un problème de derekh et que c’est soit le derekh guerre soit le derekh Torah. D’où l’importance du verset cité par la guémara :

Tehilim 19.5 :

ח תּוֹרַת יְהוָה תְּמִימָה, מְשִׁיבַת נָפֶשׁ

Torat Hashem Tmimah Meshivat Nafesh.

La Torah de Hashem est parfaite elle ramène le nefesh.

 

De la même manière à un autre niveau c’est la femme qui ramène le nefesh de l’homme. 

Dans l’identité humaine il y a deux dimensions : le etsem l’essence, et le nefesh la personne.

L’essence est l’identité humaine en général, et la personne est l’individualité de chacun. Or, au point de départ dans la situation naturelle, l’homme a le etsem et la femme a le nefesh. Dans le mariage, la femme acquiert le etsem et l’homme acquiert le nefesh. C’est pourquoi la femme est comparée à la Torah qui rend le nefesh à l’homme. C’est pourquoi la femme est appelée « qiniane nefesh de l’homme », alors que lorsque la mishnah dit que la femme acquiert sa personne, elle ne dit pas qu’il y a nefesh, elle dit « veqona et atsmah : elle acquiert son essence ».

 

Le problème général est le suivant : puisqu’il s’agit d’une relation de sujet à sujet, la situation naturelle est l’agressivité. La Torah intervient pour aménager la relation de sujet à sujet. Et c’est pourquoi la Torah s’appelle derekh. A la limite, il n’y a que deux perspectives offertes à l’homme : l’histoire comme un dérekh de mil’hamah ou l’histoire comme un derekh de Torah.

 

J’ai été frappé dans mes études de philosophie par le fait suivant : Les philosophes n’ont été capables de comprendre que la dialectique de derekh mil’hamah. En particulier chez Hégel qui explique que la relation des personnes dans la société est une relation de désir. Or, la relation de désir consiste précisément à transformer l’autre en objet, d’où la dialectique de l’agressivité. Cela conduit à l’idée marxiste de la lutte des classes… etc. La pensée philosophique est une pensée naturelle, où on ne perçoit qu’une possibilité de derekh dans la relation de personne à personne, la guerre. Opposé à cela apparait la notion de derekh qui est Torah, c'est-à-dire l’aménagement de la relation de personne à personne, dont je vais vous faire le schéma très rapidement. Nous l’avons appris au séminaire précédent avec Caïn et Abel.

 

…/…

 

Toute relation entre deux personnes transforme l’un en sujet et l’autre en objet.

Si Caïn qui est le premier-né, il est le fils, et donc le sujet de la relation, transforme l’autre en objet, à la limite c’est le meurtre.  

La base de cette analyse vient de Buber mais modifiée par Lévinas. Mais la source reste Rashi !

 

Q : Gilles Bernheim posait le problème dimanche dernier de la différence entre donner une prouta qui n’est rien et donner un dinar qui a une valeur. J’ai compris qu’en donnant à l’autre ce prix cela veut dire qu’il retranche de son plaisir immédiat la possibilité même d’acheter quelque chose pour satisfaire son plaisir. Il est capable de différer en donnant ce qui a un prix avec lequel il pourrait se satisfaire, qu’il donne à l’autre la marge même de la différence de son désir.

R : La guémara envisage cette hypothèse et la repousse. Parce que la première de ces trois procédures est Kesef. Prouta ou dinar c’est la ma’hloqet entre Beit Hillel (prouta) et Beit Shamaï (dinar). Kesef est ce que je donne lorsque je veux obtenir un objet de désir, kissouf. Hikhsof cela veut dire désirer. Cela pose problème à la guémara : peut-on habiliter un tel mariage ? L’homme a un désir et il donne le prix de son désir et prend une femme ? Elle répond négativement : on ne peut habiliter un tel mariage parce que c’est prostitution et non pas mariage.

Disqualifierait-on ainsi tout mariage qui a pour motivation le désir ? C’est un niveau trop élevé. Alors on va habiliter sous condition de la nature du désir. Sur ce survient la ma’hloqet entre Beit Hillel et Beit Shamaï. Pour Beit Hillel, dès qu’il s’agit d’un désir humain c’est déjà cachère et donc autorisé avec une prouta. Pour Beit Shamaï, il ne suffit pas d’un désir humain. Sur la prouta voyez Rashi et Tossefot sur la question, ce n’est pas la prouta dont on se sert au marché, c’est la prouta dont on se sert pour les achats du temple. Il s’agit d’un désir de sainteté.  Et c’est là qu’intervient Beit Shamaï en disant dinar.

En quoi la guémara réfute votre explication ? En disant ceci : prouta ou dinar quelle différence ? Dès qu’il y a monnaie (donc valeur) ? Il y a déjà dans prouta la même chose que dans dinar ! La guémara répond : s’il s’agissait de l’objet d’un désir aucune femme normale n’accepterait d’être acquise même pour un panier de diamants. Il ne s’agit pas d’un achat. Ce n’est pas une question de quantité entre prouta et dinar mais une question qui porte sur la nature du désir au-delà du désir bestial que la guémara refuse d’appeler mariage.

Il y a un Tossefot extraordinaire sur le dinar. Nous savons que ce dinar est le dinar d’argent et qui est le 24ème du dinar d’or. Tossefot : Rappelle-toi qu’il y a 24 livres dans le Tanakh !

On revient donc à la relation à la Torah : si c’est un kissouf, un désir de la même nature que le désir qui relie Israël à la Torah c’est cachère. Si c’est un désir d’une autre nature c’est bestial.

 

Midrash : Dieu s’adresse à Israël et lui dit : « J’avais une fille unique et te l’ai donné en mariage ». Attention au contrat du mariage. Et quelle est cette fille unique, c’est la Torah !

Voyez que la relation entre l’homme et la femme doit être de même nature. C’est pourquoi Beit Shamaï pousse les choses à la limite de la relation entre l’homme et la Torah.

Si le désir est de cette nature il est habilité, sinon c’est refusé. C’est encore la guerre des sexes.

 

Dans l’analyse de Hégel, l’animal a le désir d’un objet alors que l’homme a le désir d’un désir. Et c’est ainsi qu’il explique toute la dialectique de l’histoire humaine.

La philosophie qui est la pensée naturelle ne connait que le derekh masculin qui est la relation d’agressivité qui n’a pas d’issue.

 

Le schéma général est posé par l’équation Caïn-Abel.  

Toute notre histoire humaine jusqu’aux temps messianiques est occupée à la recherche d’une solution à ce problème. Et on ne l’a pas trouvé.

1- Solution de Caïn : Si l’histoire entraine qu’il faut un sujet et un objet, je serais sujet et toi l’objet.

Ce sont toutes les civilisations totalitaires. Au niveau théologique, c’est l’islam. C’est pourquoi cela marche bien ensemble, les sociétés totalitaires et l’islam.

2- Réaction de la conscience chrétienne. C’est le schéma du sermon sur la montagne qui n’a jamais été appliqué dans aucune société chrétienne sauf dans certains couvents, Noa’h enfermé dans sa boite. J’aurais pu dire yeshivot, cela revient au même. Puisque l’histoire entraine inévitablement un sujet et un objet, je ne veux pas être assassin et donc je serais la victime.

3- Dans les spiritualités d’Extrême-Orient, surtout dont le bouddhisme : puisque l’histoire entraine inévitablement sujet-objet arrêtons l’histoire, il n’y a alors que deux objets et plus d’assassin…

4- Chacun reconnait l’autre comme sujet et c’est réciproque et il n’y a plus d’objet. Théoriquement c’est très facile et c’est la seule solution possible. Chacun disant à l’autre « Adoni : Monseigneur ». Alors il n’y a plus de éved. Et c’est l’objet de la Torah : comment se relier de Adon à Adon

Théoriquement c’est très facile. Dès qu’il y a deux sujets en présence, pour éviter que l’un ou les deux deviennent objets, chacun doit reconnaitre l’autre comme sujet, comme supérieur. Et il n’y a plus d’objet. Cela ne peut marcher que dans la réciprocité. C’est pourquoi il y a un contrat dans la Torah. La Torah ne concerne que les contractants de la Torah.

C’est théoriquement très facile à comprendre mais dans la pratique il faut le Shoulkhan Aroukh pour établir la relation de sujet à sujet. C’est cela le derekh comme Torah.

 

Q : Je ne comprends pas l’analyse par rapport à drakhim, pourquoi pas drakhot ?

R : Non drakhot cela n’existe pas en hébreu. La forme en « im » ou en « ot » pour le pluriel ne renvoie pas aux catégories du pluriel féminin et du pluriel masculin comme en français. On a des mots qui évidemment devraient être au féminin et ont un pluriel masculin. Et inversement des mots qui devraient être au pluriel du masculin et ont un pluriel du féminin. Par exemple a’h - a’hot pourquoi pas a’him ? Cela renvoie à une question de kabalah différente portant sur la relation entre le youd et le vav c’est ‘hokhmah et tiféret, la différence entre le Olam de la ‘hokhmah et le Olam de la tiféret. Là où il y a encore incomplétude et non shlémout il y a un vav. Là où il y a déjà shlémout il y a un youd. Mais ce n’est pas féminin et masculin.

 

Q :

R : la situation naturelle fait que le masculin est sujet et le féminin est objet et c’est ainsi qu’est la relation sexuelle naturelle. Etant donné cette situation naturelle, la Torah intervient pour inverser la relation, et pour la procédure du mariage institue la femme comme sujet et l’homme comme objet. C’est cela qu’il faut réussir et cela ne veut pas dire que c’est facile. C’est très difficile et c’est cela l’objectif de la Torah. Et il faut bien comprendre que c’est la femme qui fait que son mari est son mari.

 

Q :

R : Et c’est pourquoi le mot Torah est au féminin.

C’est aussi pourquoi on est juif par la mère et non pas par le père.

Q :

R : Il faut arriver à ce qu’il y ait deux supérieurs. Et donc en logique aristotélicienne on conclurait qu’il y a aussi deux inférieurs. Il faut arriver à l’idée de deux supérieurs et aucun inférieur.

Exemple donné par mon maitre :

Je vous parle : je suis en situation de sujet et vous en situation d’objet. Vous m’écoutez et vous êtes en situation de sujet et moi d’objet. Il faut s’arranger pour qu’il n’y ait pas d’inférieur. Il faut donc toute une stratégie de politesse dans une manière de parler et une manière d’écouter sinon il y a deux inférieurs.

On le retrouve dans la situation de rencontre entre Jacob et Esaü. Jacob lui dit « Adoni !  » Et Esaü se prend au sérieux et l’appelle « Avdi ! » C’est le manque d’humour.

 

La Torah n’est valable que lorsque c’est réciproquement. On ne peut pas se relier avec quelqu'un en dehors de la Torah comme avec quelqu’un qui est dans la Torah. C’est ce qu’on appelle Bnei Brit dans le sens originel. Bein shehou Ben Brit oubein she’eino Ben Bnei.

Celui qui n’est pas Ben Berit on ne peut pas avoir la même relation avec lui.

Par exemple, le prêt à intérêt. Le prêt sans intérêt ne peut se pratiquer qu’entre ceux qui ne pratiquent pas le prêt à intérêt. S’il y a réciprocité, la loi joue, s’il n’y a pas réciprocité la loi ne peut pas jouer.

 

Q : Peut-on donner une définition du sujet sans avoir à faire référence à l’objet ?

R : C’est très simple, c’est celle donnée par Hillel : ne fait pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse !

Chaque fois qu’on se demande comment se comporter avec autrui il faut se demander comment on voudrait qu’il se conduise envers soi-même. Au niveau théorique c’est très simple, c’est la pratique qui est difficile à cause des tendances naturelles, qui sont comme le dit Hégel.

 

Cette analyse c’était pour indiquer la raison pour laquelle Maharal nous dit que la Torah ne peut être donnée qu’en chemin. La Torah ne peut être donnée qu’aux hommes du chemin.

 

La guémara de Brakhot se termine par l’enseignement suivant : « tsadiqim ein lahem ménou’hah lo baolam hazeh velo baolam haba. Les justes n’ont de repos ni dans ce monde-ci ni dans le monde à venir. »

 

On comprend dans ce monde-ci, mais pourquoi également dans le monde à venir ?

Parce que dans le monde à venir le repos c’est l’ennui. Donc la récompense de ne pas avoir de repos dans ce monde-ci est de ne pas en avoir dans le monde à venir.

L’important c’est le verset qui est cité (Tehilim 84.8) :

ח יֵלְכוּ, מֵחַיִל אֶל-חָיִל; יֵרָאֶה אֶל-אֱלֹהִים בְּצִיּוֹן

« Ils iront de prouesse en prouesse jusqu’à ce que Dieu se dévoile à Tsion ».

Et ce n’est pas le terme, c’est là que cela commence.

 

Q: Il n’y a pas de définition possible pour être juif, il faut que chacun trouve le chemin.

R: Je dirais qu’on n’est pas juif une fois pour toutes. Un verset des Proverbes se rattache à un enseignement important connu et dit : un homme rashâ toute sa vie, s’il la finit comme tsadiq il rentre comme tsadiq. Et inversement, un homme tsadiq toute sa vie, s’il finit sa vie comme rashâ il rentre comme rashâ. Le problème moral n’est jamais résolu une fois pour toutes, comme ne l’est pas non plus le problème de la sainteté. On n’est pas tsadiq une fois pour toutes ! S’ajoute le problème de la différence de la tsidkout au niveau des actes ou au niveau de l’être. Tsadiq au niveau des actes c’est aléatoire, tsadiq au niveau de l’être c’est irréversible. Mais c’est un autre problème. .../...

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:27

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

Cours 5

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Durée : 45,9 minutes - Face B - 152 02

 

…/…

Ce n’est donc pas sélection, mais mise à l’épreuve. Metsaref, épurer, comme on fait passer un métal dans le creuset pour ensuite le tremper pour qu’il devienne ‘hallal.

 

Q : ?

R : De là on comprend la notion de Qidoush Hashem. On dit de quelqu'un qu’il est mort qidoush Hashem. Il y a des manières d’achever la vie terrestre qui économisent tous les autres gilgoulim nécessaires.

 

Nous revenons à l’explication du Maharal sur le système de Rabbi Eliezer :

Derekh, pour épurer les tendances corporelles.

Midbar, pour les tendances spirituelles.

Yam Souf, la mise à l’épreuve de la foi au niveau intellectuel.

 

« Et tout cela Dieu l’a fait parce qu’au temps de la sortie d’Egypte la Shékhinah de Dieu était avec Israël ».

 

On s’était arrêté là hier. Le problème de l’exil de la Shékhinah et de sa délivrance au moment où Israël est délivré de l’exil.

« Puisqu’Israël était le véhicule de la Shékhinah alors Dieu a voulu évacuer d’Israël leurs infériorités, faiblesses, défauts. Et c’est pourquoi il faisait passer Israël par des épreuves et par là Il épurait Israël»

 

Pour la partie du peuple non encore prête à devenir Israël de Jérusalem, de Tsion, il fallait passer par là pour être épuré à priori. Mais pour les autres qui n’avait pas besoin de cela à priori ? Il y a des raisons à postériori que donnera Rabbi Yehoshoua. Et ici le Maharal ajoute quelque chose de très important.

 

Après ces épreuves alors ils étaient épurés tehorim, zakarim, transparents, aptes à recevoir un niveau supérieur d’être. Et même sans défaut en eux, Dieu les aurait quand même éprouvé au niveau du corps et de la vie psychique, afin de mériter un niveau encore supérieur d’être à travers les épreuves qu’ils auraient acquise dans cette occurrence-là au moment de la sortie d’Egypte qui a été faite pour eux. »

 

Dans tous les cas, pour la partie du peuple pour laquelle c’était nécessaire il fallait passer par ces épreuves d’épuration. Et même si cela n’avait pas été nécessaire, en cas d’absence de défaut, à priori on serait passé par ces épreuves tout de même pour acquérir une maalah encore supérieure.

 

 « Et même s’il n’y avait pas en eux de faiblesse, Dieu les aurait quand même mis à l’épreuve au niveau du corps et de la vie psychique pour leur donner une maalah supérieure, un niveau d’être supérieur. »

 

Cela aurait été yissourim shel ahavah et non yissourim shel ônesh.

Question d’exégèse : Maharal ne parle ici que du gouf et du nefesh, et le sekhel a été oublié?

Il manque la troisième maalah qui est le sekhel !?

Pourquoi ne fait-il pas ici allusion à la troisième série d’épreuve au niveau de l’intelligence ?

Réponse : Parce que s’ils avaient été parfaits il n’aurait pas été nécessaire de les éprouver au niveau de la foi, cela aurait été acquis de façon irréversible. Mais l’amélioration au niveau de leur corps biologiques et de leurs vies psychiques reste possible. C’est la différence entre mitzvot et Torah. La connaissance de la Torah est irréversible, les mitzvot sont à refaire constamment jusqu’à parvenir au sommet de l’échelle. Le mérite d’une mitzvah peut se perdre, le mérite d’une connaissance de Torah ne se perd jamais.

 

Explication du système de Rabbi Yéhoshoua :

Et voilà la raison pour laquelle Dieu avait décidé de les fatiguer par le chemin, de les épurer par les angoisses, et de les mettre à l’épreuve au niveau de la foi.

Alors que pour R. Yehoshoua tout est louange, parce qu’Il est venu leur donner la Torah, et la Torah n’est susceptible de leur être donnée que sur le chemin du pays des Pélishtim, qui est le chemin le plus proche entre l’Egypte et Eretz Israël. Parce que nous trouvons dans les textes que la Torah est appelée « derekh chemin », dikhtiv : « MiKol Haderekh asher tzivah : Tu ne t’écarteras pas de tout le chemin que Dieu t’aura ordonné. » Parce que la Torah a été nommée « derekh ».


Selon l’explication de R. Yehoshoua dans tous les cas, Dieu voulait leur donner la Torah, en chemin, pas dans ce détour par le Sinaï, mais dans le chemin direct qui passait par le chemin de la côte. Mais on apprend ici quelque chose de nouveau : celui qui n’a pas connu ce qu’est le voyage ne peut pas non plus comprendre ce qu’est la Torah parce que la Torah s’appelle dérekh chemin.

 

« Et c’est pourquoi il était convenable que la Torah leur soit donnée sur le chemin. Et s’il allait trop directement il n’aurait pas été possible de leur donner la Torah dans Eretz Pelishtim, dans une terre occupée par d’autre goyim (be-eretz goyim a’hérim), la Torah n’aurait pu leur être donnée qu’en Eretz Israël. Mais cela n’aurait pas été dans le chemin. Or, il est nécessaire à la Torah de passer par un chemin comme il va encore être expliqué.  

 

Maharal explique que dans tous les cas nous allons apprendre que la Torah est reliée à l’idée de chemin. Par conséquent, la Torah devait être donnée en chemin. Ceux qui avaient besoin que la Torah leur soit donnée en chemin cela excluait le chemin par Eretz Pelishtim parce qu’il y a impossibilité à cause de l’impureté des Pélishtim. Il aurait fallu y passer rapidement pour recevoir la Torah à Jérusalem. Mais ce n’aurait pas été en chemin !  Mais il avait besoin de recevoir la Torah en chemin. Par conséquent, comme il fallait éviter le chemin de la côte à cause des Pélishtim, on les amena dans le chemin du désert.

Reste à comprendre le lien entre la Torah et le chemin.

 

D’autres commentateurs expliquent : puisque le peuple est sorti dans un tel état avec 3/5èmeen apprentissage total, il y a une péripétie supplémentaire de mise à l’épreuve d’épuration de telle sorte que seul un peuple d’Israël épuré entre en Eretz Israël. On s’aperçoit que toute la génération de la sortie d’Egypte restera dans le désert, seuls leurs enfants vont rentrer en Eretz Israël.

 

Selon les kabbalistes, grosso modo je ne parle pas des exceptions, nous sommes de notre temps la réincarnation de cette génération-là. Mais elle n’est pas dans le même état puisqu’entre temps ils s’est passé 3600 ans ! Cela ne veut pas dire que nous allons échouer comme eux, cela veut dire que ce sont eux qui vont réussir ! Mais nous rencontrons les mêmes problèmes. Par rapport au problème auquel chacun est sensible, il suffit d’une expérience d’identification au niveau de l’histoire vécue d’après le récit de l’histoire biblique pour qu’on comprenne. Peu importe les détails puisqu’il faut se mettre à 600.000 pour comprendre tous les détails.

En mathématiques, le raisonnement par récurrence : lorsqu’on a fait la preuve du théorème sur un point, il vaut pour toute la série. Dès qu’on a compris un verset c’est que toute la Torah est vraie. Et alors chacun a son verset.

 

Q : Si on avait traduit le mot Torah par « voie » au lieu de systématiquement le traduire par « loi » est-ce que dans la golah cela aurait changé… ?

R : Énormément, Il y a une espèce d’attitude de juridisme, un peu du légalisme, qui a envahi la tradition juive dans toute l’histoire de la golah de 2000 ans. Mais l’étymologie va jusque là : le mot de halakhah lui-même signifie la marche. A comparer avec le mot de halikhah, lahalokh, cela veut dire la marche à suivre. Mais il y a un aspect saducéen qui a envahi les communautés juives avec le temps. Et malheureusement, l’immense majorité des communautés orthodoxes, c'est-à-dire celles qui sont de la fidélité la plus authentique à la Torah, sont tombées dans ce piège. En Europe d’abord, et cela a diffusé dans le monde entier, avec l’impérialisme européen cela est arrivé partout. Comme une espèce de vengeance subreptice de Rome dans Jérusalem. Puisque le légalisme vient de Rome. C’est la grande calomnie des chrétiens qui accusent les Pharisiens de légalisme alors que cela vient des Romains.

 

Q : inaudible.

R : Le gouf est le kéli de la neshamah, Israël est le kéli de la Shékhinah. C’est dans ce sens-là. Il y a une analyse du Zohar que le Shlah a reprise : Israël a trois niveaux d’identité qui sont Kohen-Lévi- Israël dont les rashei tévot donnent Kéli. 

 

…/…

 

Nous relisons notre verset de Beshala’h. Pour comprendre ensuite le lien entre l’idée de Torah et l’idée de derekh.

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple, Elohim ne les a pas conduit par le chemin du pays des Philistins car proche il est (ki karov hou le chemin) car Elohim avait dit : de peur que le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

וְלֹא-נָחָם    Velo na’ham de la racine na’ho guider, diriger.

Il en résulte que dans ce verset, au niveau pshat, le mot de chemin derekh est un masculin. (Hou)

Les taamim, les accents de la massora, fondent cette lecture. Sous le mot de derekh se trouve un taam en forme d’angle qui s’appelle yetig et qui est un taam disjonctif. C'est-à-dire que le mot de « derekh » est isolé de la suite qui est « Eretz Pelishtim ». Donc nous avons une unité de lecture qui est ainsi : « Derekh – Eretz Pelishtim : le chemin du pays des Pelishtim ».

 

Car il est proche : dans cette lecture : trop proche de l’Egypte.

En cas d’obstacle quelconque on risque de revenir en Egypte…

 

Mais nous avons une unité de lecture en hébreu qui est le mot « Derekh Eretz » et non plus « Eretz Pelishtim ».

 

« Derekh Eretz » a plusieurs niveaux de sens.

« Derekh Eretz » cela signifie premièrement la morale, dans la forme de la politesse. La morale nécessaire pour la vie en société sur terre. Littéralement cela signifie le « chemin de la terre ». La Torah vient du ciel : Torah min hashamayim, mais il y a une sagesse de la civilité, de la politesse, dans le sens étymologique du terme de la vie dans la cité, c’est donc la morale de la société. La morale dans le sens de politesse, de convivialité, de civilité, la manière de se conduire sur terre en société. 

 

« Derekh Eretz » dans un sens plus général regroupe toutes les sagesses et les connaissances et les sciences qui nous permettent d’aménager notre vie terrestre. Et donc, dans ce sens plus général, c’est la civilisation, y compris la culture.

 

« Derekh Eretz » dans un sens plus particulier qui est le métier, le travail.

 

Suivant les textes (mishnayot, guémarot ou psoukim) c’est tel ou tel sens qui apparait en dominante.

Dans notre première lecture est acquis le fait que le mot de derekh est au masculin. Et maintenant apparait une autre expression qui se lit plus facilement: le derekh eretz des Pelishtim !

C’est une différence de sens, il ne s’agit plus d’être ou non dirigé par le chemin de Eretz Pelishtim, mais le fait que Dieu ne les a pas conduit par le Derekh Eretz des Pelishtim.

Derekh eretz qadma latorah :

Il faut comprendre que le Derekh Eretz est un niveau de civilisation humaine qui est un niveau de réussite de l’effort moral préalable à la Torah. La Torah n’est donnée qu’à celui chez qui le Derekh Eretz a réussi ! C’est le cas d’Avraham qui indique tout un long effort de l’humanité à travers 20 générations, et dans la famille où le Derekh Eretz a déjà réussi on est déjà moral et alors la Torah est donnée. C’est un sujet pour lui-même. Faites attention : l’objet de la Torah n’est pas la morale sur terre, l’objet de la Torah c’est la sainteté qui nous fait acquérir le vrai monde.  

La preuve c’est la formule par laquelle on introduit chaque mitzvah :

Baroukh Atah Hashem Eloheinou Melekh HaOlam Asher Qidéshanou BeMitzvotav : les mitzvot ont pour objectif la sainteté !

C’est autre chose que la moralité.

Nous nous servons de la Torah aussi pour la moralité. Il y a une implication d’un certain Derekh Eretz propre à la Torah, mais l’objet de la Torah est la Qédoushah et non pas le Derekh Eretz.

 

Preuve par la mishna du Pirqey Avot qui dit : Yafé Torah Im Derekh Eretz !

Il y a bien un Derekh Eretz de la Torah mais ce n’est pas cette idée que je voudrais analyser. C’est d’abord ceci : la Torah n’est donnée qu’à ceux chez lesquels le Derekh Eretz a réussi.

 

Imaginez quelqu’un qui n’a pas encore résolu le problème de la conscience morale et qui s’occupe de la sainteté ! Sa sainteté va pourrir tout de suite ! Il faut d’abord résoudre le problème moral et ensuite on s’occupe de religion !

Comme nous sommes à un niveau de civilisation où tout est pêle-mêle, et où tout est au même niveau, alors on mélange tout. Il est bien évident que la Torah peut servir d’apprentissage à la moralité mais ce n’est pas son objet réel. Son objet réel c’est de s’adresser à celui chez lequel la moralité a réussi pour le faire accéder à la sainteté.

 

Or, chaque société, chaque culture a son Derekh Eretz propre.

Donc Israël a son Derekh Eretz propre qui est préalable à la Torah. Il y a un Derekh Eretz hébreu, une sagesse de la terre propre à l’identité hébraïque qui a fait que Dieu a choisi ce peuple-là plutôt qu’un autre pour lui donner la Torah. Voyez l’importance de l’identité hébraïque de Avraham à Mosheh, les 6 générations préalables à la Torah. Mais en vérité, ce sont les 26 générations préalables. Depuis le premier homme se cherche un Derekh Eretz authentique qui fera qu’à ce peuple la Torah Min Hashamayim sera donnée.

 

Si on a bien compris cela, par le fait que chaque société a son propre Derekh Eretz, il y a donc des différences et il y a le cas particulier du Derekh Eretz le plus opposé à celui d’Israël. C’est celui-là que le verset appelle le « Derekh Eretz Pelishtim ».  

 

Je reprends l’analyse à 3 niveaux en reprenant le sens du mot Derekh Eretz :

Il y a le Derekh Eretz hébraïque propre, la manière de se comporter dans l’histoire pour l’hébreu. Avraham, Yits’haq, Yaaqov, Lévi, Amram, Mosheh.

Les descendants des Hébreux avaient donc cette différence et cet avantage avec le Erev Rav : le Derekh Eretz des Hébreux !

Les uns est les autres, sauf la tribu de Lévi qui est un cas particulier, étaient au même stade au Sinaï pour recevoir la Torah. Avec une grande différence que les tribus des Hébreux possédaient déjà les 6 générations du Derekh Eretz hébraïque ! Le Erev Rav avait d’autres Derekh Eretz. C’est ce qui a causé le capotage.

Deuxième sens : Il y a un Derekh Eretz compatible avec la Torah même s’il n’est pas hébreu. Troisième sens : il y a un Derekh Eretz complètement incompatible avec la Torah. C’est celui des Pélishtim. Derekh Eretz Pelishtim.

 

On relit le verset :

13.17

וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא

Et Elohim ne les a pas conduits par le stade préalable à la Torah qui doit être Derekh Eretz mais pas celui des Philistins, Ki Karov Hou car Lui (Dieu/Israël) est proche (d’Israël/ de Dieu).

 

Cela change complètement le sens du verset.

Double lecture possible : « Car Dieu est proche d’Israël » ou l’inverse : « car Israël est proche de Dieu ». Par conséquent, il y a incompatibilité avec le Derekh Eretz Pelishtim.

 

Normalement, la stratégie la plus simple était de prendre le chemin de la côte pour arriver à Jérusalem, mais on ne pouvait pas, parce qu’il y avait les Philistins. Et parce que, traversant la société des Philistins, Israël se serait dénaturé, ou du moins il y aurait eu une telle guerre entre les deux et leur Derekh Eretz que les faiblards auraient désiré retourner en Egypte.

 

Pourquoi cette incompatibilité avec les Pélishtim ?

On apprend, d’après les midrashim, que c’est au moment où la sortie d’Egypte se prépare que les Pelishtim arrivent depuis leur civilisation crétoise pour occuper le pays. Ils sont ceux qui vont incarner les prétentions de Amaleq. Annuler Israël pour se mettre à sa place. L’anti-Israël radical. Nous vivons actuellement ces péripéties. Dès qu’Israël sort de la galout, se prépare ce peuple qui s’appelle Pélishtim, et qui prétend remplacer Israël !

 

Cette lecture est importante à ce stade là pour résoudre la difficulté dans l’explication du Maharal :

Derekh peut être employé soit au masculin soit au féminin. Et c’est quand il est au féminin que Derekh signifie Torah. Non pas quand il est au masculin. Au masculin, Derekh signifie la guerre.

C’est clair dans tous les versets du Tanakh que le mot Derekh au masculin signifie la guerre et que le mot Derekh au féminin renvoie à la Torah.

 

Or, l’explication du Maharal se basait sur le fait que Derekh signifiait Torah ! Derekh doit ainsi être au féminin. Donc il fallait changer la lecture du verset. Parce que dans la première lecture le « Hou » renvoyait au Derekh. « Ki Karov Hou » il s’agissait du chemin qui était proche. Et par conséquent, Derekh au masculin signifiait la guerre et non pas la Torah comme le dit le Maharal !  

 

C’est parce que la lecture est tout à fait autre :

« Et Dieu ne les a pas fait passer par le chemin de la côte, Ki Karov Hou : « car Lui Hashem est proche d’Israël », ou l’inverse : « car lui Israël est proche de Hashem ».

 

Or, comme nous savons qu’il s’agit d’un peuple que le Pharaon a renvoyé et qui n’est pas encore vraiment fort dans son identité, en voyant cette guerre nécessaire entre Israël et les Pélishtim, les faiblards risquent de vouloir retourner en Egypte.

 

Difficulté supplémentaire avec Derekh dans le sens de Mil’hamah.

Et il y a un mot hébreu qui signifie le combat et qui est de la même racine que Karov : Krav.

Ki Karov Hou : cela veut dire que ce Derekh c’est vraiment une guerre.

Et en voyant cette guerre, ils seraient retournés en Egypte.

Or, le Maharal nous a parlé d’un tout autre Derekh, qui est Torah !

 

Etant donné le Derekh Eretz préalable à la Torah pour ceux qui ne possèdent pas encore le Derekh Eretz hébreu, il est dangereux de les faire passer par le Derekh Eretz Pelishtim d’où le détour.    

Pourquoi ce détour, comme le dit le Maharal : parce qu’il faut leur donner la Torah.

 

Ceux qui ont déjà le Derekh Eretz hébreu n’avaient pas besoin de cela et pouvaient directement aller à Jérusalem. Mais ils auraient été seuls, alors qu’ils doivent emmener avec eux les autres.

 

Ce thème est très général. Si vous confrontez le rythme de l’histoire de la constitution de l’identité d’Israël avec l’histoire des autres peuples apparait un principe important : Avraham, Isaac, Jacob cela va très vite. Et c’est énorme qu’Abraham ait donné Isaac et qu’Isaac ait donné Jacob ! Dans la même famille, le grand-père, le fils et le petit-fils, c’est un mystère ! Il aurait suffit du 4èmetout de suite, qui serait le Messie… Mais il se creuse un temps énorme entre Jacob qui devient Israël et il faut attendre les autres. Voyez cette énorme patience de l’identité d’Israël qui aurait pu mériter son monde depuis longtemps mais qui attend le 4èmedepuis le temps de Jacob. C’est le 4èmequi attend les autres. Nous disons habituellement que nous attendons le messie, c’est un mensonge pieux. C’est lui qui nous attend, et on sait très bien où il nous attend et on le laisse attendre…

 

La différence entre Derekh-Mil’hamah et Derekh-Torah :

Mishna guémara Kidoushin sur les trois procédures du mariage:

“Ha-ishah nikneit béshalosh derakhim: la femme est acquise par trois chemins-procédures”

 

Une particularité de la langue hébraïque avec les nombres jusqu’au dix le genre de l’adjectif change : on met le féminin lorsque c’est un masculin et un masculin lorsque c’est un féminin.

Le fait qu’il y ait shalosh et drakhim au pluriel indique le terme derekh au féminin.

 

La guémara pose ensuite une question apparemment purement grammaticale mais qui nous mène à un problème de fond. Elle demande :

Pourquoi shalosh au féminin et non pas shloshah au masculin ?

Réponse : parce qu’il s’agit de la procédure du mariage de la femme, et comme la femme est au féminin, il faut que le derekh, la procédure soit également au féminin.

Effectivement, elle nous dit que si la mishna avait dit shloshah drakhim au masculin, alors le mot de derekh aurait signifié la guerre. Et la guémara cite le verset par lequel on sait que le mot de derekh est féminin :

 

Yitro 18.20

 

וְהוֹדַעְתָּ לָהֶם, אֶת-הַדֶּרֶךְ יֵלְכוּ בָהּ  

 

Veodarta lahem et haderekh  yelekhou vah - Et tu leur feras connaitre le chemin qu’ils doivent suivre.

 

Et il s’agit de l’enseignement de la Torah. 

 

Alors que lorsque le terme derekh est au masculin : Dt. 28.7 c’est une situation de guerre :

 

בְּדֶרֶךְ אֶחָד יֵצְאוּ אֵלֶיךָ, וּבְשִׁבְעָה דְרָכִים יָנוּסוּ לְפָנֶיךָ  

 

« Tes ennemis viendront contre toi par un chemin, et par sept chemins ils s’enfuiront. »

 

Il s’agit d’une situation de guerre et le mot de derekh est au masculin.

 

Ensuite, la guémara dit qu’il y a contradiction dans l’emploi du mot de derekh, soit masculin donc la guerre, soit au féminin donc la Torah. Quelle est la règle expliquant pourquoi ici on a utilisé le terme drakhim au masculin ?

 

La guémara continue en déclarant qu’il n’y a pas de contradiction. Dans notre cas où il s’agit de Torah, et la Torah est au féminin, alors on a mis le mot de derekh au féminin. Idée supplémentaire : il faut aussi apprendre que la Torah est au féminin. On a également besoin d’un verset :

 

Tehilim 19.5 :  ח תּוֹרַת יְהוָה תְּמִימָה, מְשִׁיבַת נָפֶשׁ  

 

La Torah de Hashem est parfaite elle ramène le nefesh.     

 

Ce n’est pas n’importe quel verset que la guémara a choisi pour nous dire que la Torah est au féminin. Pourquoi ce verset particulier ? En réalité, c’est lié au problème du mariage, de la même manière que la Torah ramène le nefesh de l’homme, la femme ramène le nefesh de l’homme. Nous apprenons le souci de la guémara qui veut comprendre pourquoi la procédure du mariage est une procédure au féminin, avec derekh au féminin. A partir de là, elle explique deux emplois du mot derekh : si c’est au masculin c’est la guerre, si c’est au féminin c’est la Torah. Quand dans ce cas où il s’agit de la Torah parce que la relation de la femme à l’homme est comme la relation de la Torah à Israël (méshivat nafesh), alors on a dû mettre au féminin. La guémara repose sa question: puisque c’est ainsi autant éviter le mot de derekh, et utiliser à la place le mot de davar qui peut avoir le même sens. Et dire shloshah au masculin « par trois procédures la femme est mariée ». Et la guémara à ce moment-là explique la différence entre derekh et davar

 

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:26

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

COURS 5

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_5

Durée : 27,3 minutes - Face A - 152 01

 

Midrash de la Mékhilta cité par le Maharal sur le verset 17 de la parashah de Beshala’h.

 « Vayhi Beshala’h Paro Et HaÂm », et en particulier cette expression « Derekh Hamidbar Yam Souf » qui a servi de base au midrash pour son enseignement. Nous allons reprendre l’enseignement de R. Eliezer et de R. Yehoshoua après l’analyse d’introduction du Maharal.

 

Au moment de la sortie d’Egypte au lieu d’entrer directement dans le pays de Kenaan, il y a eu un détour par le désert devant la mer rouge qui est une impasse : l’armée égyptienne les poursuit entretemps le pharaon s’étant ravisé après avoir autorisé le départ, et le peuple se retrouve coincé entre la mer et l’armée égyptienne.

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple, Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car c’est un chemin proche car Elohim avait dit : de peur que le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

A partir de cette expression le midrash va mettre en évidence la motivation de ce détour. Nous avons vu dans les analyses précédentes qu’en tout cas une partie  du peuple, celle qu’on appelle ha-âm, n’a pas suffisamment de détermination pour passer à l’étape suivante de l’histoire de la libération d’Égypte ; et par conséquent, il y a la nécessité de la péripétie supplémentaire de ce détour par le chemin du désert qui les amène à la mer rouge et les accule à cette impasse.

 

La Mékhilta (le midrash sur le livre de l’Exode) nous cite d’abord deux enseignements. Le premier qui est celui de R. Eliézer sur les mots « derekh hamidbar yam souf » : chemin afin de les fatiguer.

 

Rabi Eliezer dit :

Derekh le chemin pour les fatiguer.

Psaumes 102.24 :

 כד עִנָּה בַדֶּרֶךְ כחו (כֹּחִי)  

Ina badérekh ko’hi : il a amoindri ma force par le chemin » (les voyages fatiguent).

Hamidbar pour les affiner-épurer (letsaref).  Comme il est dit :

 טו הַמּוֹלִיכְךָ בַּמִּדְבָּר הַגָּדֹל וְהַנּוֹרָא

« (Dieu) Qui t’a dirigé dans ce désert grand et redoutable (afin de t’éprouver). »

Yam Souf - la mer rouge, pour les purifier. Comme il est dit (Psaumes 106.7):

וַיַּמְרוּ עַל-יָם בְּיַם-סוּף

« Et ils se révoltèrent sur la mer à Yam Souf ».

 

Le système de Rabi Eliézer comporte trois niveaux, en correspondance aux trois mots derekh - hamidbar - yam souf…

 

Rabi Yéhoshoua dit :

Derekh pour leur donner la Torah. Comme il est dit (Devarim 5.29):

כט בְּכָל-הַדֶּרֶךְ, אֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה

« Dans toute la voie haderekh que Hashem vous a ordonné… »

Hamidbar pour leur donner la manne. Comme il est dit :

Devarim 8.16

הַמַּאֲכִלְךָ מָן בַּמִּדְבָּר

« (Dieu) qui t’a nourri de la manne dans le désert ».

Yam Souf pour leur faire des miracles : Comme il est dit (Psaumes 106.9):

ט וַיִּגְעַר בְּיַם-סוּף, וַיֶּחֱרָב

« Il décréta contre la mer des joncs et elle se dessécha ».

 

R. Eliézer : le mot derekh comme fatigue corporelle, afin qu’il y ait épreuve de la fatigue physique du voyage. C’est donc la fatigue corporelle. Le mot midbar c’est l’épreuve du désert, la région inhabitée et ces angoisses. Yam Souf renvoie à l’épreuve de la foi.

R.Yéhoshoua : le mot derekh comme marche spirituelle à suivre, initiation à la Torah. Le mot midbar renvoie aux miracles de la suspension du problème économique pendant la génération du désert. Rappelez-vous des analyses de Monsieur Messas hier soir. Le désert a été effectivement le lieu où pendant 40 ans Israël a été soustrait aux contraintes du problème économique, la manne et les nuées qui protégeaient de l’usure des vêtements et des ennemis et des embûches. Le peuple d’Israël expérimente déjà dans ce monde-ci une manière d’être des temps messianiques. Yam Souf renvoie au dévoilement de la capacité de miracle.

 

Le Maharal donne une introduction d’analyse en disant : l’identité humaine est un faisceau de plusieurs sortes de tendances, (nefesh, roua’h, neshamah, ‘hayah et yé’hidah) et la partie de cette neshamah qui est incarnée habituellement dans la personne humaine dans sa vie terrestre consiste dans les trois niveaux inférieurs qui sont nefesh, roua’h, et neshamah, soit dans les termes du Maharal : les tendances biologiques, psychiques et intellectuelles. (Te’hounot : des facultés, ou tendances dans le langage du moyen-âge, on dirait aujourd’hui des fonctions ou des comportements. Il y a des comportements au niveau de la vie biologique, au niveau de la vie psychique (qui intègre déjà la vie spirituelle pour le judaïsme) avec plus haut le niveau de la vie intellectuelle. Nefesh, roua’h, neshamah en parallèle avec les termes employés par le Maharal : gouf, nefesh et sekhel.

 

Le Maharal explique ainsi l’enseignement de R. Eliezer d’après ce schéma. Compte tenu de la grossièreté d’Israël manquant de mérite dans ces trois niveaux, il fallait mettre ces trois faisceaux de tendance à l’épreuve. 

Il nous mène à décoder l’enseignement de R. Eliezer de la manière suivante :

-Derekh : le chemin pour affiner les tendances biologiques : le mouvement fatigue le corps.

-Bamidbar : le désert pour améliorer l’état des tendances psychiques parce que la vie dans le désert est source d’angoisses, de craintes et de terreurs, et une épuration et une immunité contre la crainte se fait dans ce passage du désert. Le fait d’avoir vécu la vie du désert et de savoir qu’on peut survivre… De la même manière celui qui traverse les fatigues du voyage…

-Yam Souf : la mise à l’épreuve de l’être intellectuel de la personne s’effectue au niveau de la foi. Devant la mer, les Hébreux non encore préparés à l’identité Israël avec tout ce qu’elle implique d’engagements et de paris dans l’histoire vont être confrontés à une mise à l’épreuve.

Une promesse a été faite qu’ils seraient sauvés. Mais ils sont mis dans une situation historique qui nie la possibilité théorique et concrète de cette promesse. Et intellectuellement, il n’y a donc plus de base à cette foi et cette confiance dans la promesse devant une réalité offrant la situation contraire.

 

Une péripétie en trois moments : l’Egypte et la sortie d’Egypte, l’épreuve du désert, l’entrée en Eretz Israël. Le problème à priori était d’entrer directement, on aurait pu faire l’économie du passage dans le désert, mais cela a été nécessaire à postériori parce qu’une partie du peuple devait être mise à l’épreuve. Ceux qui n’ont pas résisté à l’épreuve,  c'est-à-dire ceux qui voulaient retourner en Egypte ou qui refusaient de rentrer en Eretz Israël et qui préféraient rester dans le désert,  ont été enterrés dans le désert.

 

Q : Comme une sélection ?

R : Comme une épuration.

Tout ce qui a été créé, au niveau du kéli, le véhicule matériel du monde, mais à plus forte raison au niveau des âmes pour lesquelles le monde a été créé, est garanti par le fait qu’il ait été créé, qu’il devra, quelque soit les étapes et mises à l’épreuve qu’il traversera, arriver à la réussite. C’est pourquoi, je préférerais la catégorie d’épuration à celle de sélection. Car la sélection signifie que celui qui n’a pas résisté à l’épreuve est annulé. Alors qu’il s’agit de recommencer cette épreuve jusqu’à sa réussite. Ceux qui ont échoué reviennent dans une autre génération pour revivre cette épreuve jusqu’à ce qu’il la réussisse. C’est une profonde illusion de croire qu’on peut comprendre quoique ce soit dans l’enseignement de la Torah si on suppose que notre naissance a commencé avec notre naissance d’état civil terrestre et finira à la mort d’état civil terrestre. C’est une profonde naïveté de croire que la tradition de la révélation des prophètes hébreux consisterait en une simple religion terrestre sur la vie de l’homme entre la naissance et la mort. Cette catégorie de la réincarnation des neshamot, ces créatures créées par Dieu à l’origine, qui reviennent dans l’histoire jusqu’à ce qu’elles réussissent la mise à l’épreuve du mérite d’être n’est pas imposée dans l’orthodoxie juive. Il n’y a pas d’obligation de croire à cela. Pourquoi ? Parce qu’il y a un grand principe de l’orthodoxie de pensée juive que l’on impose une croyance que si elle est accessible à l’intelligence de celui à qui on la propose. Or, cette évidence ne peut s’expérimenter que par celui qui sait être dans ce cas. Celui qui ne sait pas de quoi il s’agit ne peut comprendre de quoi on lui parle. On ne peut donc pas lui imposer d’y croire, car cela le disqualifierait d’être juif et cela serait trop grave. On n’est pas juif à cause des idées mais pour des raisons halakhiques très précises, et les idées viennent après…

C’est la seule catégorie de la tradition de la kaballah dont on parle un peu en public parce que c’est la seule qui permet d’expliquer l’histoire humaine. Sans elle l’histoire humaine est absolument absurde pour l’intelligence. Faites vous-mêmes cette réflexion d’essayer de penser la destinée des hommes ou des femmes (bien que cela ne se réincarne pas de la même manière) avec ou sans cette catégorie du gilgoul. Sans elle, tout apparait comme absurde, injuste, et on ne comprend pas la grandeur de Dieu une fois confronté à la réalité de l’histoire dans la destinée des hommes. Alors qu’avec cette catégorie tout devient clair et sans difficulté. On peut prendre des exemples dans tout ce que vous voulez, y compris la shoah. L’évidence qu’il en est ainsi n’apparait intellectuellement que lorsque c’est la dernière fois qu’on est réincarné. Et par conséquent, tant que ce n’est pas le dernier gilgoul, il ne peut pas y avoir d’évidence d’une telle notion, donc on ne peut pas l’imposer dans l’orthodoxie de pensée.

Il en résulte que ceux qui n’ont pas réussi au désert, reviennent jusqu’à ce qu’ils réussissent, et tout se passe comme si nous sommes cette génération-là.

Un des indices est dans la société juive contemporaine à travers le vaste monde : tous les personnages de la génération du désert sont là et fonctionnent de la même manière.

Il est évident que pour l’intelligence occidentale cela apparait délirant. Mais il faut un effort de réflexion pour arriver à comprendre quels sont les postulats de cohérence du récit biblique de telle sorte que notre existence expliquée par ce récit devienne simple à comprendre, claire, et cohérente.

Cf. le midrash disant qu’au moment de la naissance un ange vient et lui frappe sur la lèvre pour qu’il oublie toute la torah. Cette mémoire n’est conservée que par les talmidei ‘hakhamim. Parce que leur fonction à chaque génération est de revenir en gilgoul non pas pour achever leur tiqoun mais pour guider les autres. C’est une toute autre fonction, il y a une différence de nature entre le goral d’un talmid ‘hakham et le goral de celui qui n’a pas encore achevé son tiqoun. Donc, cette mémoire existe en Israël mais elle ne peut pas être donnée à l’individu en cours, en processus de gilgoul car cela fausserait l’épreuve. A un certain moment de l’épreuve qui est réussie il se dévoile à chacun qui on est. Et là cela devient facile, mais c’est la dernière fois, la dernière étape, c’est irréversible, c’est trop tard pour arranger ce qu’il y a eu avant et cela s’achève.

Ce n’est donc pas une sélection dans le sens où ceux qui n’ont pas réussi seraient perdus et annulés. Il faut que cela réussisse, alors ils reviendront en gilgoul.

    

Q : Et alors le nombre de 600 000 juifs, il y a eu 6 millions de juifs… ?

R : Et je vous dirais plus : l’état d’Israël a été proclamé quand il ya  eu 600 000 juifs en Palestine. Cela avait été annoncé 200-300 ans avant par les rabbins, en particulier dans les écoles de Lituanie. Nous avons des lettres d’époque déclarant que cela avait commencé, et elles donnaient ce nombre de 600 000 juifs comme déterminant. Ne perdez pas de temps d’apprendre les chiffres et leur symbolique… etc. L’essentiel d’abord c’est d’étudier la Torah, le reste vient après.

 

J’ai dit que notre génération était le gilgoul de la génération du désert. J’ajoute quelque chose : dans cette même tradition, la génération du désert elle-même, était le gilgoul de la génération du déluge.

 

Q : les survivants de la guerre ont-ils réussi ? Dans la guerre nous avons tous vécu une forme de désert ?

R : Il me faudrait une heure pour vous répondre. Je vous citerais simplement une guémara dans Sanhédrin qui dit : à propos de la génération du déluge et à propos de la génération du désert il y a une controverse : auront-ils part au monde à venir ? Il y a ma’hloqet. Je vous donne l’explication reçue de mes maitres. Pour ceux qui considèrent qu’ils ont part au monde à venir, il n’y a pas de mystère. Ceux qui considèrent qu’ils n’ont pas part au monde à venir pourquoi ? Réponse : parce qu’ils l’ont déjà ! Alors il n’y a même plus à dire qu’ils auront part au monde futur ! 

.../... 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:24

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

Cours 4

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_4

Durée : 2,9 minutes - Face D - 151-04

 

(Par Manitou)

Q : inaudible

R : J’ai vraiment été frappé par la convergence à un certain niveau en tout cas de l’analyse marxiste du travail et de l’exploitation de l’homme par l’homme qu’entraine le problème économique, et de ce que dit la Torah à ce sujet. Je ne pense pas que l’orthodoxie de la pensée marxiste ait un projet moral. C’est un autre registre, mais il y a quelque chose qui est correspondant. C’est la raison pour laquelle les sacrifices d’expiations consistaient en un repas pour lequel aucune faute n’avait été faite. Avant la commercialisation de la récolte, on prélevait le maasser et la téroumah qu’on envoyait au temple avant que cela n’entre dans le circuit économique. C’était donc une nourriture consacrée pour laquelle aucune faute n’avait été faite. Et il y avait communion d’intention avec le repas du grand-prêtre de la part du peuple tout entier. Sans le problème économique, tous mangeraient un pain pour lequel aucune faute n’aurait été faite. Et c’était le processus de déculpabilisation à l’échelle collective. 

Je pense qu’on peut aller plus loin et dire qu’au fond il y a d’abord le premier mystère philosophique : l’homme a été créé comme système digestif, comme entité économique, homo- œconomicus. Sans nourriture la personne humaine disparait, tombe en syncope. 

Il y a ici un scandale philosophique et à ma connaissance aucun philosophe n’a osé l’aborder ou l’expliquer. Toute la valeur de la présence la conscience humaine à elle-même dépend d’un aliment qui est matériel. Sans pain la conscience disparait ! On peut inverser les données du problème : c’est intentionnellement que nous avons été créés devant manger pour vivre, parce que c’est à propos du problème économique que le problème moral nous est posé. C'est-à-dire que c’est parce que nous sommes  destinés à être donnés au problème moral que nous sommes créés comme unité économique. Il est bien évident que lorsque le problème moral aura été résolu, le problème économique nous sera évacué. C’était les 40 ans du désert avec la manne…

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:22

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

Cours 4

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_4

Durée : 30,4 minutes - Face C - 151 03

…/…

(Manitou) : D’après cette symbolique, l’eau se rattache à la midat ha’hessed, c'est-à-dire un effacement doux, alors que le feu se rattache à la midat hadin, c’est un effacement dur.

 

R : (David Messas) : L’eau et le feu c’est Israël. Esh oumayim c’est Shamayim. Et le trône de Dieu c’est Shamayim.

Yeshayahou 66.1 :

הַשָּׁמַיִם כִּסְאִי, וְהָאָרֶץ הֲדֹם רַגְלָי  

« Shamayim Kissi veHaAretz Hadom Raglaï »

« Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied »

Le trône de Dieu c’est la rencontre des eaux avec le feu : c’est le feu qui peut être en contact avec l’eau sans s’éteindre et l’eau qui est chauffée par le feu sans s’évaporer. C'est-à-dire un monde dans lequel les éléments ne vont plus s’opposer et s’autodétruire mais coexister en devenant féconds.

On dit ainsi :

« Osseh Shalom Biromav ou Ya’asseh Shalom Aleinou » 

Que Celui qui fait la paix dans Ses hauteurs fasse la paix sur nous.

C'est-à-dire que de même que les contraires inconciliables arrivent à se rencontrer et devenir féconds, on demande que le peuple juif qui vit dans les contradictions les plus grandes comme l’eau et le feu mélangés puisse vivre au sein de ces contradictions qui coexistent et deviennent fécondent.

Maharal va un peu plus loin et dit que le feu représente Israël et Mayim représente les peuples. La rencontre entre Israël et les peuples doit être celle de la proximité du feu avec l’eau. Non la séparation sans aucun effet l’un sur l’autre, non le mélange détruisant les deux, mais la proximité de telle sorte que l’un reçoive de l’autre. L’eau reçoit plus car elle se chauffe au contact du feu qui reste identique. Le feu qu’est Israël doit se rapprocher au maximum des eaux des nations sans se confondre et disparaitre. Se rapprocher pour les chauffer sans disparaitre : Esh oumayim.

Ceci dit, si la promesse a été faite de ne pas détruire le monde par l’eau, cela signifie que la promesse nous est faite pour que l’enseignement du déluge nous aide à éviter ce deuxième déluge. Un enseignement qui nous préviendra quoiqu’il arrive de ne plus jamais aller à cet extrême. La même situation que les premières et les secondes tables de la loi. Les premières tables de la loi ont été brisées, cela correspond exactement au déluge, mais les deuxièmes tables de la loi ne pourront jamais être brisées car elles furent données à Yom Kipour. Il y a en elles en même temps une dimension nouvelle qui est Kipour qui introduit un élément nouveau qui n’est pas simplement la connaissance. Mais cela demanderait une autre étude.

 

Manitou : je faisais allusion à quelque chose d’un peu différent. C'est-à-dire qu’il y a une promesse et c’est l’alliance de Noa’h, qu’un déluge d’eau ne reviendrait pas. Mais il n’y a pas de promesse qu’un déluge de feu ne vienne pas. Or, les hommes aujourd’hui ont tout préparé pour ce risque du déluge de feu.

 

Q : inaudible.

R : David Messas : Le déluge a duré 40 jours et non pas une année.     

Manitou : Vous voulez dire que l’année dans laquelle a eu lieu le déluge n’est pas comptée dans la chronologie ?

David Messas : C’est un temps entre parenthèse.

 

Q : inaudible.

R : oui il y a une controverse, mais la guémara conclut tout de même qu’on ne doit pas faire de calcul. Parce qu’en réalité on sait compter les comptes, mais on peut seulement dire que ce temps-là est un temps messianique possible : un temps dans lesquelles toutes les conditions sont présentes pour l’arrivée du Mashia’h. Mais il peut ne pas arriver quand même, par manque de mérite…

 

Sanhédrine 98a :

Rabbi Yehoshoua ben Levi, se promenant, rencontra adossé à l'entrée d'une caverne, le prophète Élie, à l'endroit où était enterré Rabbi Shimon bar Yo'haï.
Il lui demanda : Ai-je une part dans le monde à venir?
Il (Élie) répondit : si le Maître le veut.

Rabbi Yéhoshoua ben Lévi dit : "J'en ai vu deux, mais j'ai entendu la voix d'un troisième"

Il lui demanda ensuite : Quand viendra le Messie?
Il répondit - Vas et demande-lui.
Où le trouverai-je?, s'enquit le Rabbi.
A la porte de Rome
Et comment je vais le reconnaître?

Il est assis avec les pauvres affectés de toutes sortes de maladies. Tous défont et refont leurs pansements en seule fois, mais lui, il fait et refait ses pansements, les uns après les autres, en disant ceci: 'Lorsque je devrai amener la Délivrance, il ne faut pas que je sois retardé à refaire tous mes pansements!'

Il (Rabbi Yehoshoua ben Levi) alla donc, et le salua :

-Paix sur toi, mon maître et professeur !
-Paix sur toi, fils de Levi (Ben Levi) !
-Quand viendras-tu, Maître?
-Aujourd'hui !
A son retour auprès d'Élie, Élie s'enquit :
que t'a-t-il dit ?
-Paix sur toi, fils de Levi !
Par cela, il t'a assuré, ainsi qu'à ton père, une portion du monde à venir.
Il ne m'a pas parlé vrai, il a dit qu'il viendrait aujourd'hui, mais il ne l'a pas fait!
Il (Élie) lui répondit :
C'est ce qu'il t'a dit : « aujourd'hui, si vous entendez Sa voix » (Psaumes 95:7)

 

Le Mashia’h désire venir et il hurle chaque jour mais il n’y a pas d’oreille pour l’entendre.

 

R. (Manitou) : Un enseignement du Maguid de Douvno à propos de votre question. A l’époque à la grande foire de Leipzig un marchand emmena avec lui son petit-fils. Le petit-fils s’impatienta de la longueur de la route et demandait sans cesse quand il arriverait. Son père excédé, lui interdit de demander le moment d’arrivée, il verra bien quand cela se passera. Vers la fin du voyage le père demanda au cocher quand ils arriveraient. Son fils s’en étonna. « Tu m’interdis de demander et tu demandes toi-même ? » Son père lui répondit : « Quand la fin est lointaine c’est interdit de compter pour savoir quand on arrive, mais quand la fin est toute proche, alors il faut demander… »

 

Q : inaudible.

R : (David Messas) :

Je pense qu’ils ont vécu ce temps-là avec une intensité extraordinaire.

« Vatisha’het HaAretz - ils se sont pourris » dit le texte. C’est effectivement un moment de problème, un moment de choix et ils ont choisi. Il ne restait que Noa’h. Noa’h seul est resté, et ils ont basculé le monde tout entier vers la déliquescence, le monde a fondu. Il n’y avait plus de consistance dans le monde. Non par laisser-aller mais par décision. C’est quelque chose de fondamental dans la Bible, la méchanceté ou le mal ne tombe pas du ciel, c’est l’homme qui a choisi de se détruire en détruisant le monde. Il a choisi. 

Je ne crois pas qu’il puisse y avoir discussion. Qu’en penses-tu Manitou ?

R : Non, le verset que David a cité est très clair : « Vatisha’het HaArets », c’est la terre qui s’est détruite elle-même ».

 

Q : inaudible

R : (Manitou) : La destruction du temple a eu lieu mais le temple peut être reconstruit. Il est important de noter que la guémara établit la définition du travail par rapport aux travaux qui étaient nécessaire précisément pour la construction du temple. Ce sont ces travaux qui sont d’ailleurs interdit le Shabat.

« Goy sheshabat ‘hayav mita ».

Etudiant on étudiait en ethnologie une enquête faite à Chicago à la fin du siècle dernier sur la demande de la mairie intriguée par le fait suivant : le jour du dimanche était le jour où il y avait le plus de travail pour la police dans tous les quartiers, alors que le jour du Shabat dans les quartiers juifs de Chicago la police faisait elle aussi Shabat ! La mairie a convoqué une commission de psychologues, sociologues et ethnologues et de théologiens pour essayer de comprendre. Cela m’a aidé à comprendre cette phrase de la guémara. Celui qui n’a pas accepté la loi morale et qui n’occupe pas son temps au travail reste disponible pour toutes fautes possibles et se met lui-même en situation de danger de mort. Par conséquent, il y a un lien entre la notion du Shabat telle qu’elle a été expliquée et ce thème de la disponibilité du temps de l’homme pour la vie humaine. Puisque tant que nous ne sommes pas libérés des contraintes économiques, le temps de l’homme est investi dans un niveau inférieur. On pourrait dire qu’on passe son temps à gagner sa vie et qu’on n’a pas de temps pour exister, sauf le temps du Shabat où on existe comme homme.

D’une certaine manière on peut dire que la pratique du Shabat est de l’ordre du Beit Hamiqdash. Mais je ne vois pas en quoi l’existence physique du temple de Jérusalem empêcherait ce processus de libération des contraintes économiques, sinon sur un point peut-être : toutes les conduites économiques entrainent des fautes, des fautes non voulues expressément, mais les rapports économiques compromettent l’homme dans tout un système. Cette analyse morale recoupe l’analyse marxiste, chaque produit de consommation est contaminée par une faute d’exploitation. Par conséquent, le seul fait que nous soyons donnés au problème économique nous met en situation de culpabilité. Et la fonction du temple de Jérusalem est une fonction de déculpabilisation par le culte des sacrifices. Le caractère de chute du problème économique est aggravé par la situation d’absence du temple, mais il y a d’autres fonctions d’expiation de la faute.

 

Q : inaudible

R : Justement, il avait 120 ans pour le faire, mais le reproche qu’on peut lui faire c’est qu’il ne l’a pas fait. Le texte dit :

6.9

ט אֵלֶּה, תּוֹלְדֹת נֹחַ--נֹחַ אִישׁ צַדִּיק תָּמִים הָיָה, בְּדֹרֹתָיו:

 

Dans sa génération : Certains de nos maîtres y voient un éloge : à plus forte raison, s’il avait appartenu à une génération de justes, aurait-il été encore plus juste. D’autres y voient un blâme : il était un juste dans sa propre génération, mais s’il avait appartenu à celle d’Avraham, il n’aurait compté pour rien (V. Sanhèdrin 108a, Beréchith raba 30, 9).

Et Rashi nous dit qu’il était tsadiq, et il le compare à Avraham pour lequel il est dit : « Hitalekh lefanaï veyiyheh tsadiq ». De Noa’h on dit qu’il était tsadiq au passé, tsadiq à l’intérieur d’un cadre dans lequel il s’est enfermé.

…/…

 Tandis qu’Avraham et son peuple n’est jamais à l’intérieur d’un cadre, dans une identité fermée : Hitalekh Lefanaï : marche devant Moi, c’est donc lui qui fait marcher Dieu qui suit sa démarche. Et il doit devenir un tsadiq. Avraham a lui un chemin à parcourir et à faire parcourir à Dieu, alors que Noa’h est celui qui a reçu et qui s’enferme à l’intérieur de ce qu’il a reçu. Il le réussit très bien pour lui-même mais il ne sait pas que sa vocation et sa mission est d’être pour les autres. Il n’a pas réussi, et il a fait tout ce qu’il a pu.

 

La 2ème explication :

Si Noa’h avait été dans la génération d’Avraham il n’aurait pas compté comme tsadiq.

Le texte est important dans sa conclusion : que signifie être fils d’Avraham ? C’est marcher de tel sorte que Dieu suive. Faire en sorte d’être continuellement responsable de l’autre. Etre juif c’est être responsable. Ne pas assumer complètement cette responsabilité vis-à-vis de l’autre c’est être noachiste plutôt que abrahamiste. Avraham par définition s’appelle Av Amon Goyim - père de la multitude des nations. Il n’est Avraham que dans la mesure où il est père de quelqu’un, parce qu’il est père de la communauté humaine toute entière, tandis que Noa’h s’est enfermé à l’intérieur de cette arche.

Après la faute du veau d’or et la décision de Dieu de détruire le peuple, Mosheh fait du chantage. Il demande à être effacé lui plutôt qu’Israël.

Shemot - Ki Tissa 32.32

לב וְעַתָּה, אִם-תִּשָּׂא חַטָּאתָם; וְאִם-אַיִן--מְחֵנִי נָא, מִסִּפְרְךָ אֲשֶׁר כָּתָבְתָּ.

  32 et maintenant, si tu voulais pardonner à leur faute!... Sinon efface-moi du livre que tu as écrit."

 

Cela veut dire qu’il y a deux conduites de HQBH : soit le face à face panim el panim soit c’est ayin.

Ve-Im aïn mé’héni na misifrekha asher katavta…

Manitou : Et c’est le même mot : mé’héni na cela fait aïn.

 

(David Messas) : Et le texte nous dit que Dieu a consenti à la demande de Moïse et il est revenu. Cela prouve la force de l’homme. Le talmud paraphrase tout cela en disant :

Tzadiq Gozer, VeHaQadosh Baroukh Hou Mikayem - le tsadiq décide et Dieu exécute. Voyez jusqu’où peut aller la responsabilité juive et le sens de l’engagement du judaïsme, non pas seulement recevoir et se soumettre, mais il s’agit de provoquer.

 

(Manitou) : Pour terminer avec cette question, je citerais deux commentaires. Effectivement, l’idée générale est que Noa’h a essayé pendant 120 ans de faire revenir sa génération dans le chemin du bien. Mais précisément le fait qu’il n’ait pas réussi est suspect.

Le père du Shlah dans son commentaire sur la Torah à propos d’un verset qui raconte l’histoire de l’entrée de Noa’h dans l’arche : « rentre dans l’arche parce que je t’ai vu toi tsadiq devant moi ».

 

 7.1

וַיֹּאמֶר יְהוָה לְנֹחַ, בֹּא-אַתָּה וְכָל-בֵּיתְךָ אֶל-הַתֵּבָה: כִּי-אֹתְךָ רָאִיתִי צַדִּיק לְפָנַי, בַּדּוֹר הַזֶּה

Et Hashem dit à Noé: "Entre, toi et toute ta famille, dans l'arche; car toi Je t’ai vu juste devant Moi dans cette génération.

 

7.5

וַיַּעַשׂ, נֹחַ, כְּכֹל אֲשֶׁר-צִוָּהוּ, יְהוָה

Noa’h fit tout ce que lui avait ordonné l'Éternel.

 

Le père du Shlah explique que Noa’h aurait dû refuser. Le verset semble de trop, comme pour nous indiquer qu’il aurait dû refuser pour empêcher le déluge de survenir et provoquer un sursis supplémentaire puisque Noa’h ne pouvait pas être détruit. 

 

Le 2ème commentaire à propos du verset qui nous dit que Noa’h a été sauvé :

6.8

ח וְנֹחַ, מָצָא חֵן בְּעֵינֵי יְהוָה.

Littéralement cela veut dire : Noa’h a trouvé grâce aux yeux de Dieu.

Et le Midrash ajoute : Aval bé-einei Noa’h mais dans les yeux de Noa’h, HQBH lo matsa kloum afilou dimâ - Dieu n’a rien trouvé même pas une larme.

Dieu annonce l’effacement de l’humanité entière et Noa’h ne pleure pas ! Et donc il y a ici la définition d’un juste qui au fond ne se sauve que lui-même. Et par conséquent, son mérite n’a ainsi aucune commune mesure avec celui d’Abraham ou de Moïse.

 

Q : inaudible.

R. Manitou: Il y a des justes aux yeux secs.

David Messas: Et les yeux sont l’ouverture du cœur.

Le midrash du midrash explique : Dimâh (dalet mem ayin hé) qui veut dire une larme a les mêmes lettres que le mot Madouâ (mem dalet vav ayin) qui signifie pourquoi ? Noa’h n’a pas eu le courage de demander à Dieu pourquoi ?

 

Q : inaudible

R : (David Messas) : C'est-à-dire que pour pouvoir évacuer le problème de Adam HaRishone il fallait que sur le plan du développement de l’histoire de l’humanité cela passe par dix personnes, dix générations, car ces dix générations ensembles auraient constituées l’unité humaine à travers laquelle et autour de laquelle ce problème pouvait être évacué. Et il fallait absolument qu’il y ait dix générations pour avoir conscience de cette shlémout. Si la Torah a parlé de 10 générations c’est qu’on ne peut évacuer un problème que dans la mesure où il y a conscience de shlémout. Et les chiffres ont leurs symboles vécus et vivants, c’est à ce stade et ce moment seulement que ce problème pouvait être évacué.

R : (Manitou): C'est-à-dire qu’il y a une identité humaine qui a été mise en jeu dans l’histoire. Par conséquent,  un sursis est donné jusqu’à ce que tous les visages et les possibilités de cette identité aient été mis en jeu, et donc c’est à la fin que le jugement se fait.

 

Q : inaudible

R : Je vous propose de parler de Métoushéla’h mardi soir lorsque je parlerai du même sujet. Simplement, pour répondre, il est mort le jour où le déluge devait avoir lieu, et un sursis supplémentaire de 7 jours a été donné à l’humanité pour le deuil de la mort de Métoushéla’h. 7 jours supplémentaires de sursis où l’humanité aurait pu prendre conscience qu’il se passait quelque chose et aurait pu se repentir. Mais même cela n’a pas servi. 

En fait, l’idée développée, c’est que le sursis a été donné jusqu’au bout, et lorsque le temps de sursis est arrivé au bout et que le qets, la limite est apparue, alors le temps du bilan apparait avec.

Une mishna au chapitre 5 des Pirqey Avot dit : la preuve de la patience infinie de Dieu est que le déluge n’est survenu qu’après dix générations. Cela semble contradictoire. Si la patience est infinie pourquoi dix générations seulement ? Cela veut dire que la patience est infinie mais il y a un rendez-vous fixé jusqu’à l’épuisement du sursis donné à l’identité humaine. Dans le terme de shlémout, la notion de plénitude : l’histoire de cette manière d’être homme qu’on appelle le premier homme, va jusqu’à sa plénitude, et c’est à ce moment-là que le bilan est fait.

 

(David Messas) : Une idée sur la mort de Métoushéla’h : effectivement 7 jours après, le déluge a commencé. La mort d’un juste de la dimension de Métoushéla’h peut être comparée à la mort d’un autre juste qui est Avraham. Il y a quelque chose de frappant : le jour de la mort d’Avraham survient quelque chose de très grave. Ce jour-là Essav a blasphémé. Il aimait beaucoup son grand-père et le voilà d’un coup confronté à l’idée de la mort. Il abandonne tout.      

 

 25.29

וַיָּזֶד יַעֲקֹב, נָזִיד; וַיָּבֹא עֵשָׂו מִן-הַשָּׂדֶה, וְהוּא עָיֵף.

Yaaqov cuisina un plat et Éssav vint des champs, il était fatigué.

 

Fatigué, las de vivre car confronté à l’idée et à la vision concrète de la mort. Il avait tout abandonné. Ce jour-là Yaaqov préparait des lentilles. Selon le midrash c’est le repas des endeuillés. C’était le décès d’Avraham. La mort ici, au lieu de provoquer une réflexion, a provoqué une révolte.

Je pense que c’est exactement pareil pour Métoushéla’h. Sa mort au lieu de pousser à la téshouvah a poussé les hommes à aller encore plus loin, car confrontés à la mort et au néant, il y a la rencontre tragique avec le temps qui conduit soit à la réussite soit au grand échec. Donc la mort de Métoushéla’h pouvait être considérée comme un élément d’épreuve supplémentaire. .../...

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