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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 19:14

Galout et Geoula - Shaarei Ora - Maharal (1989)

 

Galout et Geoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) - 2ème partie

108 01

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_2

Face A

…/…

« est-ce qu’un grand juste comme Issac Avinou, sur lui la paix, de qui la présence de Dieu ne s’est jamais écartée même pas un instant aurait aimé un tel méchant parfait comme Esaü ? » Comment est-ce possible ? Mais c’est un des grands secrets de la Torah. Sache que Isaac notre père - la paix sur lui - prévoyait tout ce qui se préparait à advenir, et il a prévu que les fils de Jacob deviendraient rebelles devant Dieu et mériteraient d’hériter les jugements de l’enfer. »

 

Je vais essayer dans l’introduction d’expliquer cela que le sort de l’âme dans le monde du corps, c’est de risquer à priori de tomber en enfer. Voyez comment dans l’enseignement de la Kaballah on gagne du temps : on dit tout de suite de quoi il s’agit ! Avec précaution mais pratiquement sans précaution. C’est dire que la condition de l’homme en tant que créature, corps et âme, dans le monde des corps c’est de risquer de tomber en enfer. Il y a énormément de textes en particulier dans le Midrash et dans le Zohar bien entendu, qui s’étonnent : Comment est-il possible que l’âme accepte de vivre dans un corps ? C’est tellement différent que cela n’a rien à voir ! L’âme est un être d’en-haut et le corps un être d’en-bas ! Comment est-il possible que l’âme existe et soit située dans un corps, et qu’elle accepte ?

S’il s’agit d’une identité humaine vouée au monde tel que Dieu l’a voulu vraiment, c’est-à-dire dans notre exigence de croyants le Monde-à-Venir dans ce Monde-ci, on est perdu. Dans le peu de littératures générales que je connais il y a des allusions à cela. Par exemple, chez les Grecs, l’idée que le corps était la tombe de l’âme : Soma avec Oméga ou Omicron. Le judaïsme repousse cela, mais pour découvrir le problème, il est évident que ce qu’on comprend d’après le texte biblique ce que signifie être fils d’Isaac comme Jacob, ou fils d’Isaac comme Esaü, Jacob dans le monde d’Esaü est perdu. Pour le dire encore sous forme métaphysique : l’âme dans le monde des corps est en enfer. Me vient à l’esprit un poème des Parnassiens, « l’albatros » de Baudelaire. Un oiseau dont les ailes de géant l’empêchent de marcher sur terre... C’est à peu près cela. Et puis nous avons dans le Talmud beaucoup d’analyses qui renvoient à cela.

 

Voilà ce que voit Isaac : la descendance de Jacob est celle qui est vouée au Monde à Venir mais elle vit dans ce Monde-ci. Alors elle va tomber dans la faute et donc est passible d’enfer.

 

Et lorsqu’Isaac a vu qu’Israël serait béGalout HaEssav dans l’exil de Esaü (pas dans l’enfer mais en chrétienneté), il s’est réjoui (cela vaut mieux que l’enfer).

 

Cela il faudrait le demander aux Juifs qui ont vécu en chrétienneté, en réacapitulant une histoire de 2000 ans,la Shoah y compris. C’est pourquoi ce texte me parait important à étudier. Comment ce Rav qui vivait en Espagne en plein moyen-âge peut-il dire ces choses si abruptement ? Nous qui avons vécu cette histoire, Shoah y comrpis, on pourrait se demander : « alors qu’est-ce donc que l’enfer !? »

 

Et il a dit, soulagé, Isaac : l’exil expie les péchés. Et il a dit : Oui j’aime beaucoup toutes les Tssarot que Esaü a fait à Jacob, pour accuser Israël afin d’achever le jugement dans l’exil, dans ce monde-ci. (De façon à arriver dans le Olam Haba)

 

J’ai souligné ce qui suit :

 

C’est cela le sens du verset « Et Isaac a aimé Esaü, car il avait le goût du gibier dans sa bouche ». 

 

Je ne vais pas encore interprêté le verset, parce que le Rav va le faire dans son sujet mais ensuite nous y reviendrons.

 

Et que signifie « car il avait le goût du gibier dans sa bouche » ?Mais (cela signifie ceci) Isaac a vu Bnei Yaaqov Netsoudim  les fils de Jacob pris au piège.( Comme des poissons dans un filet de pêcheur – Latsoud- Tsaïd – ou des oiseaux dans un piège d’oiseleurs). Pris au piège dans les jugements de l’enfer, et il a vu et il eut de la peine de l’angoisse, et lorsqu’il a vu l’exil chez Edom, et qu’il a vu que la proie de l’enfer était dans sa bouche à lui Edom dans la bouche d’Esaü, et il a dit « je préfère l’exil qui expie les péchés plutôt que l’enfer ».

 

Il a vu que Esaü avait pris sa proie de l’enfer – les fils de jacob qui auraient risqué d’être en enfer. C’est un texte énorme. Mon maître avait certainement étudié cela avant la Shoah mais il a connu la Shoah ! Nous nous étudions cela 40 ans après !

Je ne sais pas ce que ce Rav aurait dit de nos jours, à moins que l’Allemagne nazie ne soit pas Edom exactement mais autre chose. C’est peut-être Amaleq. Mais ici on parle de Edom. Malgré tout, les persécutions des Juifs chez Edom étaient quand même énormes même si le nazisme les a dépassé.

 

Mais alors cela nous pose le problème de savoir, parce que ce Rav sait ce qu’il dit. Il suffit qu’on lise quelques lignes pour comprendre le poids de la cohérence.

 

Q : C’est une belle image entre le gibier dans la bouche de Isaac et Israël qui vont manger dans la bouche d’Essav. Il y a une parallélisme entre les deux... ?

 

R : Là nous lisons le Pshat du verset que « Tsaïd BéFiv » ce n’est pas « Fiv Shel Its’haq » mais « Fiv Shel Essav ». Non pas en Drash mais en Pshat !

Je vais vous citer un Zohar qui dit ceci : Cette proie dans la bouche de Esaü c’était la Neshamah de Rabi Méïr: l’âme de rabbi Méir. Il était un descendant de convertis issus des iduméens. Isaac a vu dans la bouche de Essav une proie qui était la Neshamah de Rabbi Méir. Il était le grand maître de la Torah Shébéalpeh : « Stam Mishnah Rabbi Méir ! » Tout enseignement anonyme de la Mishnah vient de rabbi Méir. De la même manière que « Stam Torah Mosheh Rabénou !» 

Il y a Stam Oraïtah,  Stam Guémara... etc. C’est un sujet pour lui-même.

Que signifie cet enseignement que la force de la Mishnah c’est grâce à Rabbi Méir parce qu’il est le descendant de Esaü ? J’ai compris (sans source à vous donner) que ce qui caractérise la force juridique du Talmud c’est la capacité de la pensée juridique de maitriser le droit, la légalité, ce qui est le génie romain. L’âme juive n’est pas du tout légaliste contrairement à l’accusation calomnieuse de « pharisiens » (qui signifie plutôt « jésuites ») à l’encontre des Juifs. Mais on est obligé d’être légaliste pour avoir un droit pour la société. Le piége de la mentalité talmudique qu’on appelle Pilpoul c’est précisément le légalisme romain. D’ailleurs les grands talmudistes se sont toujours insurgés contre le Pilpoul, le Maharal en particulier. Le Pilpoul est nécessaire en travaux pratiques, en exercices de style, mais dès qu’on croit qu’il s’agit de la Torah  cela devient le légalisme juridique. Or, précisément, la force de la Torah Shébéalpeh vient de cette capacité de se servir de ce qui est l’apanage de Esaü, le droit romain, pour la Torah.

 

Pourquoi Isaac aimait-il Esaü ? Parce que dans sa bouche il y avait la force de la Torah Shébéalpeh qui était celle de Rabbi Méir. Et c’est pourquoi il aimait Esaü. Esaü dans le Midrash était un expert en Pilpoul. Il trompait son père en lui posant des questions d’orhodoxes :

Esaü : « Papa, est-ce cachère ? »

Isaac : «Qu’est-ce qu’il est pieux mon fils !!! »

Le Midrash dit qu’il demandait à son père comment faire le Maasser sur le sel...

Isaac le croyait pieux à ce point…

 

Effectivement, il y a un Drash que « Ki Tsaïd BéFiv : Isaac avait l’envie du goût du gibier dans sa bouche » et comme c’est Esaü qui lui donnait à manger il l’aimait pour les jouissances terrestres. Le fils d’Isaac pour la terre, c’est Esaü. Quand on vit sur terre il faut manger et celui qui donne à manger c’est Esaü. Et le goût de la nourriture que donnait Esaü était dans la bouche de Isaac. Mais cela c’est un Drash. D’après notre texte כִּי-צַיִד בְּפִיו   Ki Tsaïd BéFiv c’est la bouche d’Esaü.

Et il va nous citer un verset de Jérémie dans le chapitre 2 :

 

Voilà ce que dit le prophète Jérémie (2:3) :

 

קֹדֶשׁ יִשְׂרָאֵל לַיהוָה, רֵאשִׁית תְּבוּאָתֹה; כָּל-אֹכְלָיו יֶאְשָׁמוּ, רָעָה תָּבֹא אֲלֵיהֶם נְאֻם-יְהוָה

Qodesh Israël lashem Israël est consacré à Hashem Réshit Tevouatoh prémice de sa récolte Kol Okhlav Yeshamo tout ceux qui le mangeront seront frappés d’interdit- déclarés coupables.

 

Or, Esaü est celui qui veut manger la récolte de Dieu qui est Israël : il a le gibier dans sa bouche. J’ai dit « gibier » mais vous avez compris ce que cela veut dire en hébreu : c’est ce qui pris au piège qui  va servir de nourriture – la proie - latsoud - tsaïd comme pour l’oiseleur, le pêcheur.

 

Voici que je t’ai fait savoir que bien que l’intention de la vertu d’Isaac la midah d’Isaac c’est la terreur Pa’had c’est de faire mériter Israël c’est le sens du verset Shmot 32:13 (lorsque Moïse plaide après la faute du veau d’or et demande à Dieu):

 זְכֹר לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיִשְׂרָאֵל עֲבָדֶיךָ   « Souviens-toi d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, tes serviteurs » car Dieu fait mériter Israël dans l’exil d’Edom. 

 

Cela veut dire qu’Il privilégie Israël en l’envoyant en exil chez Edom et pas au Guéhinam.

Je reprend un peu l’analyse de tout à l’heure : Dès qu’on a compris qu’Israël est une créature qui dès le commencement de sa création est vouée au Monde-à-Venir. Mais voilà que nous sommes envoyés dans ce Monde-ci ! Dans ce Monde-ci on ne peut que échouer, qu’être en faute. Par exemple l’image de l’ange déchu. Un ange sur terre ne peut qu’être déchu. Admettons par postulat qu’Israël est un ange, c’est étrange, mais c’est un être-ange : imaginez un ange sur terre, il ne peut qu’être comme l’albatros. Il faut savoir que l’homme est faillible. A prendre au sérieux : l’homme vraiment homme ce n’est pas pour ce Monde-ci. Dans ce Monde-ci, il ne peut que s’embrouiller les pédales dans tous les traquenards de ce Monde-ci. L’histoire à postériori montre bien qu’il en est ainsi, mais Isaac voit à l’avance : les enfants de Jacob sont bien les enfants de Jacob mais ils vont être en faute dans ce Monde-ci. Par le fait d’avoir osé accepter d’être de ce Monde-ci alors qu’ils ne sont pas de ce Monde-ci, ils risquent l’enfer. Alors vous demanderez : pourquoi les a-t’on envoyé ? C’est un autre problème. Pour le moment je décris la situation.   

 

Q : Cela veut dire que les autres ne sont pas en faute alors ?  

R : Il y a dans la Guémara une question qui va vous étonner : Baba Qama page 100 à peu près : pourquoi un Goy meurt-il ? La mort punit les fautes mais un Goy n’est pas soumis à la loi ! Or, il ne devrait pas mourir ! Rendez-vous compte de l’humour de la Guémara ! C’est votre question, dans la Guémara à propos de Abimelekh. Il y a un grand principe de la Guémara « Eïn Mitah Bé lo’Het ve eïn yissourin bélo avon » « pas de mort sans faute et pas de souffrances sans péché ». Et la Guémara va demander pourquoi les Goyim meurent-ils ? Puisqu’il n’y a de faute que par rapport à une loi. Or, ils ne sont pas soumis à la loi, alors pourquoi meurent-ils ? La Guémara demande à propos du verset d’Abimelekh : Dieu se révèle en rêve à lui lorsqu’il a pris Sarah la femme d’Abraham pour lui dire qu’il sera puni pour avoir pris une femme mariée. Abimelekh lui dit qu’il ne savait pas et répond (20:4) :

וַיֹּאמַר--אֲדֹנָי, הֲגוֹי גַּם-צַדִּיק תַּהֲרֹג

…Hagoy gam tsadik taharog ?

Est-ce que même un Goy Tsadik tu vas tuer ?

 

C’est un Guémara très importante qui explique ce que dit Avimelekh: un Goy est Tsadik par identité. C’est votre question. Etant donné qu’il n’est pas soumis à la loi il n’y a pas de faute ! Alors la Guémara répond : il n’est pas puni de mort comme Israël par rapport à la loi mais par rapport au Derekh Erets. La politesse. Après l’arrivée d’un étranger à la frontière on lui demande si c’est sa femme ou sa soeur ?  Et la politesse ? C’est une Guémara importante parce que c’est toute notre controverse avec le paulinisme fondée sur le fait qu’il n’y a plus de loi mais une politesse dans le sens étymologique, la civilité, la loi de la cité. Effectivement, ce problème est très clair, en principe, un Goy n’est pas passible de mort. Puisqu’il n’y a de faute que si il y a une loi. Or, la loi n’a été révélée qu’à Israël. Or, un Goy est quand même un homme. Par rapport à quoi ? Par rapport au Derekh Erets ! Alors j’entends bien en français que le mot de politesse est très faible, mais chez les théologiens et les grands philosophes, la politesse c’est la loi « Darka déAra » loi de la conduite sur terre : la vie en convivialité terrestre. C’est la réponse de la Guémara.

 

Q : Et quand ils meurent est-ce en relation avec les 7 lois de Noa’h ?

R : La question est de savoir si Avimelekh était dans le cas d’un Ben Noa’h. En principe tout Goy est appelé Ben Noa’h, tout Goy est soumis à la loi des Bnei Noa’h. Mais il n’y a de Bnei Noa’h qu’à partir du Sinaï. Jusqu’au Sinaï, Israël et les Oumot HaOlam sont tous des Bnei Noa’h. Il n’y a de différence entre les deux qu’à partir du Sinaï. Au point que la Guémara se pose la question de savoir si Abraham doit être considéré comme Israël ou encore comme Ben Noa’h. Et la réponse de la Guémara c’est que pour qu’Abraham réponde à la                       Qoushiah à la difficulté, de savoir s’il mettait le talit le Shabat. J’explique : S’il est Ben Noah le Talit c’est un vêtement. Il porte et donc il viole le Shabat. S’il est Israël il a le droit de porter le Talit. Ce n’est pas un vêtement. Donc il pratique le Shabat.Alors en mettant le Talit il résoud la difficulté. La Talit représente les 613 Mitsvot.

Je cite cela, ta question doit être étudiée malgré tout, mais le texte a dit : Tsadik. Et c’est le mot employé la première fois pour Noa’h. Alors la question de Avimelekh c’est : 

 

וַיֹּאמַר--אֲדֹנָי, הֲגוֹי גַּם-צַדִּיק תַּהֲרֹג

Hagoy gam tsadik taharog ?

Est-ce que même un Goy Tsadik tu vas tuer ?

 

Nous verrons si nous y arrivons par la suite d’ailleurs comment le Rav explique ce verset.

 

***

 

Je dois expliquer Pa’had :

La Midah de Isaac s’appelle Pa’had. C’est un verset que nous avons dans l’histoire de Jacob que vous avez lu d’ailleurs dans la Sidra de la semaine dernière, lorsqu’il y a la discussion entre Jacob et Laban, et que Laban voulait porter tort à Jacob, et que Jacob lui dit [31:42]:

לוּלֵי אֱלֹהֵי אָבִי אֱלֹהֵי אַבְרָהָם וּפַחַד יִצְחָק

Si le Dieu de mon père le Dieu d’Abraham et Pa’had Its’haq la crainte de Isaac la terreur d’Isaac - pour dire le Dieu de Isaac -  n’était pas intervenu en ma faveur...

 

Il faut expliquer pourquoi on appelle le Dieu d’Isaac la terreur d’Isaac.

 

Voilà une explication très brève, vous me direz si elle est suffisamment claire : la manière dont Abraham connait le Dieu Un qui se révèle à lui, c’est la Midah, la vertu, l’attribut de la miséricorde, de la charité - ‘Hessed. Alors que la manière dont Isaac connait la révélation de l’unité divine c’est la Midat HaDin. C’est l’exigence de la justice absolue. Et l’exigence de la justice absolue est terrifiante. C’est pourquoi Isaac est le Tsadik du Pa’had. C’est dire que la mesure de l’absolu de vérité pour Isaac c’est la terreur devant la justice absolue. Alors que la mesure de la relation de l’absolu de vérité pour Abraham c’est la miséricorde de la grâce absolue.

 

Et par conséquent, quand on est confronté en les prenant au sérieux aux attendus de la justice absolue Isaac voyant l’avenir de sa descendance voit que c’est l’enfer. Il le voit avec terreur. Et lorsqu’il voit que Esaü va sauver les enfants de Jacob de l’enfer en les prenant en exil, il est content. Voyez comment ce texte inverse le problème. Voilà pourquoi Isaac aime Esaü. Parce qu’Esaü sauve Jacob de l’enfer. Comment ? Par l’exil !

 

C’est un texte tellement optimiste qu’il est incompréhensible, à postériori de ce qu’a été l’histoire dans l’exil d’Edom. Voilà pourquoi je l’ai choisi.

 

Cela se relie à un texte du Midrash au niveau des trois patriarches : Dieu demande à Abraham à Isaac et à Jacob ce qu’il préfère pour leur descendance entre l’enfer ou l’exil ? Finalement les patriarches préfèrent l’exil. On pourrait s’étonner : est-ce la seule éventualité ? l’enfer ou l’exil ?   

Alors je crois que ce texte (de Gikatilla) nous aide à mieux comprendre : étant donné ce qu’est Jacob-Israël, ce Monde-ci est la porte de l’enfer ou, si Dieu le veut, de l’exil.  

  

C’est donc cela le sens du verset que Isaac a aimé Esaü parce qu’Esaü avait le gibier dans la bouche. Ce gibier, cette proie, c’est Israël qui aurait risqué de tomber en enfer mais que Esaü a pris comme gibier.

 

Faites bien attention, nous lisons un texte kabaliste. Cela donne des cauchemards, c’est tellement clair que cela fait peur.

 

Q: Tous les exils depuis Abraham dans la souffrance, pourquoi pas dans le calme ?

R : On en a parlé tout à l’heure : étant donné que nous avons été habitués pas l’histoire et à priori, à ne connaitre comme temps de dispersion qu’un temps qui s’appelle l’exil avec comme connotation la persécution, le mépris (Vous vous rappelez de « l’enseignement du mépris » de Jules Isaac), tout ce qu’a été la vie des Juifs chez les Goyims, même les exils dorés à l’abri des serrures, bouclés,  alors on a oublié qu’il y avait cette éventualité d’une relation aux nations dans la gloire. Un peu comme la conscience chrétienne acceuillerait en son sein les Juifs comme elle accueille le Seigneur.    

Imaginez cette histoire qui aurait pu être que chez les Chrétiens les Juifs seraient la présence du sauveur. Ils adorent cela en effigie mais en réalité c’est le sort des Juifs dans le monde chrétien. Et lorsque les prêtres chrétiens disent à leurs ouailles chrétiennes : vous crucifiez votre Seigneur tous les jours ils ne savent pas que c’est la vérité : c’était le sort des Juifs tous les jours.

Cela aurait été une éventualité de ce genre. J’ai entendu dans le temps contemporain certains prêtres chrétiens qui commençaient à découvrir cela. Mais c’est très récent. Quand on s’est habitué à ce que la connotation de ce terme d’exil est la souffrance, la persécution, la déportation, alors on entend plus cette autre éventualité qu’effectivement la venue au monde, la relation au monde extérieur, pourrait être dans la gloire d’une âme accueillie par un corps.

 

Q: Est-ce que le fait qu’Esaü sauve Israël de l’enfer risque de lui être imputé comme mérite ?

R : Il va le dire après.

Q : Ou bien est-ce que il ne faut pas considérer plutôt qu’il s’agit d’un acte d’évolution sachant que de tout façon il en a besoin et qu’il ne peut pas perdre la possibilité de participer au mérite du monde, la certitude de l’avoir chez soi pour être sûr qu’il ne soit pas ailleurs ? 

R: Je relierais cette question au fait que le texte nous dit plus tard que Isaac préférait que les enfants de Jacob soit en exil chez Edom  chez Essav, et pas chez les autres nations. Mais alors avant cela il y a quand même un préalable. Au fond on ne comprend pas ce qu’est être sauvé de l’enfer mamash ? Cela veut dire qu’on est habitué d’employer cette expression d’enfer mais c’est une façon de parler. Je crois en avoir dit suffisamment en disant qu’un être voué au Monde-à-Venir vivant dans ce Monde-ci est en danger perpétuel de faute. Parce qu’il n’y a de faute que les fautes d’un juste. Le Rav touchera un peu ce point ultérieurement.

Il en a d’abord parlé en citant le verset  כָּל-אֹכְלָיו יֶאְשָׁמוּ   Kol Okhlav Yeshamo. C’est un peu le sujet.

D’après ce texte, tout exil c’est Edom. Et ce n’est qu’historiquement au 4ème exil que c’est Edom mamash. Nous avons un texte important du Maharal qui montre que chacun des exils des grandes civilisations est un indice de mise à l’épreuve : Nefesh, Roua’h, Neshamah et l’exil d’Edom les récapitule tous.

 

La question est de savoir si il peut y avoir une rédemption, un Tikoun, un salut pour Esaü ?

C’est au fond le sens de ta question.

 

Je pense personnellement que quelque soit l’optimisme ou l’espérance que l’on peut avoir que c’est irréversible et trop tard. Il ne semble pas que cela se dirige vers une solution positive pour Esaü.

En particulier, par le fait que la mort de repentir pour Esaü en tant que tel vient après la Shoah. Après la Shoah c’est trop tard ! Au fond à l’intérieur de cette question, une autre que je me pose : pourquoi les Juifs ont-ils tendance à préférer ce type de civilisation d’Esaü à tous les autres nations ? Du point de vue de l’histoire contemporaine, finalement toutes les communautés juives des pays d’islam, donc de l’exil d’Ishmaël, qui ne sont pas rentrées en Israël ont préféré rejoindre Essav. Il y a donc quelque chose qui travaille !

 

Q: La notion d’enfer me trouble, je la croyait étrangère au judaïsme ?

R: Il vaudrait mieux l’entendre par Guéhinam. Arrivé en Israël une des choses qui m’ont étonnées -c’est un humour juif colossal - c’est qu’on m’a montré où était le Guéhinam ! Avec un tranquilité déconcertante : c’est ici le Guéhinam ! Il faudrait dire d’ailleurs le Guéhinom la vallée de Hinom. Au fond, et je n’en parlerais pas j’en suis absolument incapable, je ne sais pas de quoi il s’agit j’y suis encore jamais allé, mais enfin au niveau des concepts on peut comprendre de quoi il s’agit.   

 

Q: Israël comme un ange déchu cela pose finalement le problème de la venue du Mashi’ah qui ne vient qu’à la fin des temps et qu’Israël n’a pas la possibilité de le faire avancer... ?

R: Comme nous sommes à postériori du temps passé et du temps perdu, on est bien à l’aise pour dire que la question ne se pose plus. Le Maharal en a parlé : il a dit que cela aurait pu être déjà depuis le début des 2000 ans des temps où le Messie pouvait venir, le temps étant passé maintenant nous sommes à la fin, alors on attend la fin. Donc c’est une question maintenant théorique et abstraite. A priori, cela aurait pu être possible.

Et à priori on a prié :

בעגלא ובזמן קריב   Bahagala v’bizman kariv

 Bimhera Beyamenou,

Hayom im békolo tishmaou

Mais à postériori il se dévoile que...

Je reprendrais votre question parce que cela ne veut pas dire que métaphysiquement objectivement c’était pas possible. Mais on ne l’a pas voulu et on a préféré attendre la fin.

Q : C’est ce que voit Its’haq ?

R : Non pas à ce moment du texte ! Its’haq ne voit pas le retard, il voit le phénomène et non pas la perspective historique sur laquelle vous avez posé votre question. Que cela dure 2000 ans ou une génération c’est le même problème ici dans ce texte.

Il y a eu un retard, et il se dévoile semble-t’il que nous le peuple juif avons choisi d’être en retard.

…/…

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***

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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