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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 13:45

Galout Géoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) 3ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_2

Face B

 

…/…

Q: Pourriez-vous donner une définition du monde-à-venir ? Parce que plusieurs personnes à qui j’en ai parlé n’ont pas d’idées précises sur la question...

R: Personne d’ailleurs n’a d’idée claire sur ce sujet. C’est un autre séminaire. Très succintement, il y a un enseignement de la Guémara qui se trouve 2 fois dans le Talmud, c’est une controverse au sujet de la portée de la prophétie des prophètes. Alors il y a deux opinions, la première qui dit que les prophètes n’ont prophétisé que pour les temps messianiques. On cite un verset à ce propos : « le monde-à-venir aucun oeil ne l’a vu sauf Toi Dieu Seul ». J’ai souvent eu l’occasion de lire ou d’entendre plus ou moins indirectement que c’est une question qui d’un point de vue intellectuelle mène parfois à des pièges. Il ne faut pas faire dire à cette Guémara qu’il n’y a pas de monde-à-venir mais que le monde-à-venir est d’une nature telle que l’oeil ne peut pas le voir. Je m’appuierais surtout sur la base d’explication du Maharal : le propre de la prophétie c’est de voir le monde, donc ce monde-ci, comme il est dans sa vérité totale et essentielle, c’est la prérogative du prophète, et c’est pourquoi il est parfois appelé le voyant – le ‘Hozé -  de voir et de pourvoir percevoir et se représenter ce monde-ci dans sa vérité totale. Et pas seulement dans une perception des apparences de ce monde. Et c’est la raison pour laquelle le prophète peut expliquer l’histoire du monde. Le prophète n’est pas essentiellement un devin qui donne des prédictions mais c’est un prophète : celui qui peut dévoiler et expliquer aux  créatures qui n’en ont pas la capacité la signification de l’histoire de notre destinée dans ce monde-ci. Et le prophète a un privilège de capacité sensorielle à la limite, il est capable d’écouter en vérité,  de voir en vérité,  de parler en vérité. Il y a ces trois catégories qui désignent le prophète dans les récits bibliques. Alors que le Monde-à-Venir est une certitude, une connaissance que je vais essayer de définir rapidement, qui nous est transmis par la prophétie mais dont nous ne pouvons pas avoir de représentation. C’est une sagesse à laquelle nous sommes reliés par la ‘Hokhmah. Le ‘Hakham est capable de se situer en relation au Olam HaBa. Alors que le discours du prophète c’est le discours de la vision du prophète de ce monde-ci. Par conséquent, la prophétie n’a pas pour objet de nous parler du Olam HaBa. Cela peut se relier en particulier au fait que il y a une controverse que le Talmud cite entre les Pharisiens et Saduccéens sur la question de savoir pourquoi le texte biblique ne parle pas explicitement du Monde-à-Venir en particulier.   

 

Il y a une connaissance de ce Monde-ci qui implique la certitude de l’existence du Monde-à-venir. J’ai l’habitude de l’expliquer de la manière suivante: nous ne pouvons pas nous satisfaire de l’état de ce monde. Et si tel est le cas pour nous les créatures, à plus forte raison pour le Créateur Lui-même. Il y aurait une contradiction, une collision de concepts, à la limite du blasphématoire entre l’idée de Dieu dans sa verité totale et la représentation que nous avons de ce monde. Monsieur Jacon Gordin za’l avait l’habitude de dire que les anciens n’admettaient pas l’idée que Dieu était Créateur du monde parce qu’il considéraient eux qu’imputer à Dieu la création de ce monde serait blasphématoire. Comment imputer une monde aussi imparfait à Dieu avec l’idée que l’on s’en fait ? Et s’il y a dans la conscience humaine capacité d’une  exigence d’un au-delà de ce monde, à plus forte raison est-on obligé d’admettre que ce monde-ci n’est pas le dernier monde de la volonté du Créateur ! Il y a une manière de percevoir ce monde-ci qui enveloppe, implique, véhicule la certitude que ce monde-ci n’est que ce monde-ci d’un monde-à-venir. Nous avons étudié cela une fois dans un séminaire sur l’identité du patriarche Its’haq.  La décision de Sarah de faire séparer Ishmaël de Its’haq vient de ce que Its’haq est précisément le juste qui ne peut pas se satisfaire de ce monde-ci. Le rire dans ce monde-ci lui est interdit. Son nom Its’haq signifie « il rira », le rire au futur. Et lorsque Sarah s’aperçoit que Ishmaël rit au présent elle demande à Abraham de les séparer.

Il y a d’abord une question de connaissance par la foi que ce monde-ci ne peut être que le monde-ci d’un monde-à-venir. Notre perception de ce monde-ci est en même temps la preuve la certitude d’un Olam HaBa, un monde à venir.

 

Je ne peux que vous proposer une formule un peu littéraire, poétique si vous voulez : le monde à venir de chacun c’est le monde de chacun tel qu’il aurait voulu qu’il soit pour qu’il soit vraiment un monde. Je crois que la manière la plus directe de le dire, en me référant de nouveau à l’explication de base du Maharal : le ‘Hakham c’est la sagesse qui connait le Monde-à-venir mais le prophète ne le voit pas. Par conséquent, il est tout à fait normal de découvrir que personne n’a d’idée claire de ce que peut représenter le Monde-à-venir. J’ai employé de nouveau le mot que vous avez employé – idée – parce que ce qu’il fait problème, précisèment nous ne pouvons avoir de connaissance que conceptuelle du Monde-à-venir et donc par les idées.

C’est un peu en ce sens que la Guémara dira (T.B. Baba Batra 12a) : ‘Hakham Adif M’Navi.  

Je ne traduis pas pour ne pas entrer dans une autre parenthèse mais je voulais le relier à notre question : la ‘Hokhmah la sagesse nous permet de connaitre la loi du comportement – la Torah en tant que loi – la Halakha c’est la ‘Hokhmah par excellence. La Halakha c’est pour ce Monde-ci mais c’est la Halakha qui nous permet d’accéder au Monde-à-venir. Et c’est pourquoi le ‘Hakham maitre de la Halakha nous dirige vers le Monde-à-venir. Le Navi, le prophète nous fait comprendre dans quel monde nous sommes, dans ce Monde-ci. C’est pourquoi on ne demande pas une Halakha à un prophète. Lorsque un prophète dit une Halakha c’est que d’autre part il est aussi ‘Hakham et c’est en tant que ‘Hakham.

 

Une histoire ‘Hassidique qui m’a beaucoup plus : dans le temps traditionnel, les rabbins n’étaient pas désignés par élections mais par leurs maitres, et dans les temps récents finalement ce sont les consistoires qui désignent leurs rabbins en mettant un poste en concours. Dans une petite ville juive il y avait un concours pour un poste de rabbin et deux rabbins se sont présentés et le consistoire a fait passer un examen. On a présenté un morceau de viande au 1er le rabbin ‘hassid en lui expliquant comment on l’avait obtenu : est-ce cachère ou pas ? Il regarde la viande, la sent, et déclare : « oui c’est cachère ! ». Le deuxième rabbin mitnagued a passé 4 heures à argumenter en tirant tous les livres de la bibliothèque et a démontré que c’était cachère. C’est le 2ème qui a été retenu. Le 1er avait raison aussi mais ce n’est pas comme ça qu’on décide la Halakha, par des conduites prophétiques.

On décide la Halakha par la sagesse.

 

Le « ‘Hakham Adif M’Navi » dans ce sens-là que le ‘Hakham me mène grâce à la Halakha au Olam HaBa. Le Navi me fait vivre dans la vérité dans ce Monde-ci.

D’où la Guémara citée (T.B. Sanhedrin 99a - Brakhot 34b)  : « Olam HaBa Ayin Lo Raata Elohim Zoulatekha Sélah ». Nous ne pouvons percevoir le Monde-à-venir que par les yeux de l’esprit. Pas par les yeux de la représentation.

 

Il y a une espèce de certitude absolue, c’est une manière d’être que porte la conscience hébraïque, dès qu’elle ouvre les yeux, dès qu’elle s’éveille à ce monde-ci, qu’il y a un monde à venir. Parce qu’il n’est pas possible que le projet du Créateur soit ce monde dans l’état où il est encore.

 

Je voudrais dire cela très fortement. C’est une question de connaissance par la foi. C’est une manière d’être qui est au-delà du raisonnement. Dès que la conscience s’éveille à son existence, dès qu’elle se perçoit dans un monde, dont la Torah nous dit que Dieu l’a créé, alors il est certain que c’est le début d’un processus qui mène à un Monde-à-venir.

 

C’est d’aileurs ce que dit la Bible : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre... Ce n’est pas un ‘Hidoush c’est le Pshat : c’est au commencement qu’Il créa : il commence un processus qui fait venir le monde qui vient et qui fait advenir ce Monde-ci au Monde-à-venir. Donc il n’y a pas à s’étonner, au contraire, que nous n’ayons pas de façon directe dans les versets de la Torah écrite une indication sur le monde à venir.

 

La Bible ne parle qu’à ceux qui vont au Monde-à-venir. Elle n’a pas besoin de leur dire qu’il y a un Monde-à-venir, sinon c’est que ce n’est pas à Israël qu’elle parle.

 

Lorsque Israël aura à témoigner de sa connaissance de la foi aux autres peuples, Israël parlera et argumentera qu’il y a réssurection des morts et Monde-à-venir. Mais la Torah d’Israël n’a pas à dire cela à Israël, car cela signifierait que ce n’est pas à Israël qu’elle parle.

 

Autre exemple :  A propos de l’enseignement de Descartes sur l’existence de Dieu.

De l’enseignement de la Torah il apparait que nous évoluons tout à fait en dehors de ce processus théologique et philosophique et métaphysique de tentative de prouver par la raison et le raisonnement l’existence de Dieu. Cela apparait à la pensée rabbinique comme une préoccupation infantile et pleine d’orgueil. A partir de mon raisonnement, Dieu commence à exister ! Et comme si cela dépendait de mon raisonnement... D’autant plus qu’un raisonnement ne peut convaincre que celui qui déjà admet les postulats du raisonnement. C’est pourquoi chacune des catégories de ce qu’on appelle les différentes preuves de l’existence de Dieu dépendent de la famille intellectuelle qui admettrait le postulat du raisonnement ou pas. Par exemple, raisonnement par causalité, raisonnement par finalité... D’où dans l’atmosphère des études rabbiniques toutes ces préoccupations théologiques apparaissent comme infantiles. Elles ont leur objet dans la culture humaine mais on ne trouve pas trace de cela dans la culture de la Torah. Ce n’est que très tardivement lorsqu’il faudra argumenter et discuter avec les athées que l’on aura besoin d’une théologie.

 

Tout à fait autrement par exemple dans l’enseignement que donne Abraham : c’est en me connaissant comme créature et par le fait même que je me connaisse comme créature, dans ce fait même, est enveloppé la connaissance absolue que j’ai un Créateur.  Me connaissant comme créature je connais le Créateur ! Et c’est une connaissance de l’ordre de la sagesse de la foi qui est de l’ordre de la valeur morale beaucoup plus que de l’ordre de la valeur intellectuelle. Parce que se connaitre comme créature c’est une vertu du type de l’humilité. Ceux qui ont suivi l’enseignement du Rabbin Guedj au colloque des intellectuels juifs : il a mis l’accent sur le fait que beaucoup de sources enseignent qu’on ne peut vraiment accéder à la Torah que si on passe d’abord par l’épreuve de l’humilité de la pensée. Ânavah.

La conscience hébraïque adulte se connait d’emblée dans un certain cadrage de sagesse de la foi où pour elle ce Monde-ci est évidemment le Monde-ci d’un Monde-à-venir. Pour elle, la créature est évidemment la créature d’un Créateur.

 

Peut-être me bornerais-je à cette formule : me connaissant comme créature – c’est de l’ordre de la vertu – je connais mon Créateur, je connais premièrement dirait Descartes que Dieu existe, mais pas du tout par un raisonnement à la Descartes.

 

En d’autres termes : les enfants savent cela quel est le Monde à venir, c’est le monde de leur rêves intérieurs, leurs mondes. Le monde de chacun. Il y a des formules dans beaucoup de Mishnayot qui parlent de ce problème du mérite d’accéder au Monde-à-venir. Par exemple l’une des formules les plus connus : Qana Olamo BéShahaarat : Cette vertu lui a fait acquérir son monde en un instant.

 

C’est du domaine de l’indicible parce que cela fait partie de ce qu’il est interdit d’étudier avec plus d’un élève à la fois. Pourquoi ? Parce que c’est absolument singulier. La connaissance du monde de chacun tel que chacun souhaiterait qu’il soit pour être un monde vivable. C’est cela le Monde-à-venir de chacun.  

 

***

 

Q: Comment accéder à une génération d’hommes ou même un groupe d’hommes de même époque qui aurait le qualificatif de sage, et accés à une sagesse non dogmatique, exemple du Sanhédrin qui édictent des lois qui me semble loin de cette sagesse...

R: Il faut d’abord élucider les termes. Qu’entend-on par la sagesse ? Et chaque école philosophique aura sa définition de la sagesse ! Nous sommes donc obligés de partir d’une définition formelle pour notre sujet.  Qu’entend-on par sagesse de la Torah ?  Je vous citerais une Guémara qui dit :

‘Hokhmah BaGoyim Taamin, Torah BaGoyim Al Taamin – Si on te dit qu’il y a sagesse chez les nations crois-le – il y a les sages des nations – si on te dit il y a de la Torah chez les nations ne le croit pas.

Il n’y a pas de Torah chez les nations, et on cite un verset du prophète Jérémie dans les Lamentations Eikhah : Al ‘hou bagoyim eïn batorah  lorsqu’Israël va en exil chez les nations - Eïn Torah - il n’y a plus de Torah. Et alors le Midrash isole les mots « BaGoyim Eïn Torah» dans les nations il n’y a pas de Torah.

 

Donc il y a une différence de nature suivant cet enseignement de la Guémara entre la Torah et la sagesse. Nous avons l’habitude d’appeler ‘Hakhamim mais plus exactement Talmidei ‘Hakhamim – disciples des sages – les sages de la Torah.

 

Donc il ne s’agit pas lorsque nous disons les ‘Hakhamim des sages d’une école de sagesse philosophique quelconque. Je me demande si dans votre question il n’y avait pas allusion à cela : la sagesse dans le sens d’une philosophie de vie, mais ici il ne s’agit pas cela. C’est vraiment très inférieur par rapport à ce dont il va s’agir en fait. Il s’agit de la connaissance de la Torah en tant que la Torah est la révélation de la volonté du Créateur pour la conduite des hommes ! Ce sont ces sages-là ! Et c’est très rares dans le monde. ‘Hakhmei Israël comme nous les appelons. Et il est indéniable que si on prend les choses au sérieux, le premier point c’est qu’il y a eu événement ou Dieu le Créateur a révélé Sa volonté pour la conduite humaine et l’a révélé à travers les prophètes qui ont confié cette loi à ceux qu’on appelle les « sages », capables de la connaitre.

 

Donc le problème, le « mystère » si vous voulez, c’est de savoir comment est-il possible que des hommes quelque soit leur capacité intellectuelle et spirituelle soient capables de connaitre et de comprendre, de deviner, de savoir quelle est la volonté de Dieu pour la conduite des hommes ? C’est à ce niveau d’énormité que votre question se pose.

 

Je passerais par une définition que nous avons étudiés ensemble il y a très longtemps : un des grands principes de la tradition juive c’est Emounat ‘Hakhamim. La confiance que l’on fait à ce que disent les sages. Le problème que vous avez posé, le pshat, sa traduction directe c’est d’ailleurs une Guémara du chapitre 11 de Sanhedrin : Qui appelle-ton Apikoros ? Que l’on traduit par athée. (Je ne veux pas entrer dans la sémantique du terme Apikoros, et pourquoi le mot d’épicurien est devenu synonyme d’athée dans le langage rabbinique, c’est un autre problème). C’est celui qui ne croit pas en Dieu ? La Guémara dit tranquillement : « non, c’est celui qui n’a pas confiance dans les sages ». Voyez à quel point nous sommes tombés de niveau. Bien entendu il y a un piège, piège que vous avez signalé par la forme un peu pointue de votre question : le culte de la personalité. Quoique en général les sages n’ont pas ce travers dans la réalité. C’est là les scories, la fausse monnaie, l’exploitation de la naïveté...

 

Il s’agit ici vraiment d’une catégorie de profil d’envergure de personalités qui nous dépassent infiniment ! Ce sont ceux grâce à qui nous avons chacun à son échelle, chacun s’accrochant à quelqu’un d’un peu plus haut - l’échelle est infinie, nous avons la possibilté de nous accrocher à ce que nous appellons la volonté du Créateur. Pris au sérieux cela donne le vertige. Donc je comprends votre question. A l’origine, il y avait amalgame entre la philosophie et la révélation. Si un philosophe vient me dire ce que disait Musset en tant que poète – « Et je ne vous dirais que ce que Dieu m’a dit » – tout le monde sait Musset y compris que Dieu ne lui a jamais parlé ! Mais quand le prophète vient dire : « Voici quelle est la volonté du Créateur que je transmets aux sages qui sauront l’interprêter à chaque époque du temps lorsque les questions du temps se poseront », cela nous dépasse infiniment.

 

Notre maitre nous avait appris une fois que cette expression Emounat ‘Hakhamim : la foi que l’on fait aux ‘Hakhamim c’est encore plus profond que cela : c’est avoir confiance que les ‘Hakhamim soient vraiment des ‘Hakhamim. Et dès qu’on comprend à quel niveau cela se passe, cela nous dépasse ! Et la question ne se pose plus. Ceci dit il faut comme dit la Hagadah de Pessa’h tséoulmat : il faut étudier. Il faut goûter le fruit. On ne peut pas aller plus loin dans la désignation par allusion. A un certain moment il faut l’expérience.

 

J’avais une fois étudié un des premiers Rashi de la Torah qui étudie le 1er mot Béréshit en disant qu’on ne peut pas le comprendre comme à l’état construit :

Au commencement de quoi ? Au commencement de...

Alors Rashi dit :

 אֵין הַמִּקְרָא הַזֶּה אוֹמֵר אֶלָּא דָּרְשׁוּנִי

Ein Hamiqra Hazeh Omer Ela Darshéni

Ce verset ne dit pas autre chose que cherche mon sens !

 

Tout se passe comme si Rashi dit : ce verset « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre » n’a pas de sens direct, cherchez-le ! Lidrosh ! Et puis il donne 2 exemples de la signification de ce mot de Bereshit en disant qu’il n’y a de commencement Réshit que la Torah d’après un verset [Proverbes 8 :22] qui dit que : « La sagesse est le commencement du chemin de Dieu », « Il n’y a de commencement qu’Israël, Israël qui est appelé comencement de la récolte du Créateur » [Jérémie 2 :3].

 

Voilà comment se lit ce Rashi habituellement : Ein Hamiqra Hazeh Omer Ela Darshéni

Ce verset ne nous dit pas autre chose que : « interroge-moi ! »

Comme ont étudié nos maitres : Eïn réshit éla Torah eïn Réshit éla Israël

 

J’ai entendu une fois une autre lecture sans rien changer dans l’ordre des mots ni dans les mots:

אֵין הַמִּקְרָא הַזֶּה אוֹמֵר אֶלָּא דָּרְשׁוּנִי כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִכְוֹנָם לִבְרָכָה

Ein Hamiqra Hazeh Omer Ela Darshéni kémo shéamrou Raza’’l

Ce verset ne nous dit pas autre chose que « étudie-moi comme nos maitres m’ont étudié ! »

Pourquoi ?

Parce qu’il n’y a de Réshit que la Torah, il n’y a de Réshit que Israël. La Torah c’est la Torah d’Israël et Israël c’est Israël de la Torah. Il n’y a que quand Israël lit la Torah que c’est la Torah !

 

Mais qui est cet Israël qui lit la Torah et alors c’est la Torah ? Ce sont les sages d’Israël !

Et effectivement, ce texte, la Bible, est illisible si personne ne nous aide à lire depuis le début jusqu’à la fin. 

 

Je suis fasciné par l’impact de ce livre dans le monde au travers des traductions ineptes que l’on a répandu sur la planète. Ceci dit, il est fascinant de voir comment à travers ces voiles de traductions ce livre a empoigné l’humanité. Il signifie évidemment quelque chose mais qui sait le lire ? Ce sont les sages d’Israël ! C’est ce qu’il faut découvrir pour le comprendre, qu’il y a une envergure d’identité qui nous dépasse infiniment.

 

Il y a eu un amalgame de termes, on appelle « rabbin » n’importe qui. Les rabbins du Sanhédrin comme les autres. Ce n’est pas la même catégorie.  

 

Une expression midrachique souvent employée par les rabbins dans leurs sermons : les âmes de tous étaient présentes au moment de la révélation du Sinaï. Chacun a au moins une fois dans sa vie l’expérience du Sinaï. C’est quand le texte complétement fermé s’ouvre d’un coup et s’illumine – cela se referme, il y a un petit clin d’oeil et puis on a eu son Sinaï portatif si j’ose dire. C’est irréversible. Bienheureux ceux qui ont cela tous les jours, ce sont les Talmidei ‘Hakhamim. Mais mon expérience en tant qu’enseignant me montre que c’est indéniable. Personne ne peut le nier. Au moins une fois dans sa vie s’il a vraiment étudié  avec quelqu’un qui a vraiment enseigné, chacun a eu cette expérience, que le texte s’est ouvert. Ensuite cela se referme. Et la foi commence. Mais on sait, on a eu certitude d’expérience.

 

Je cite souvent ce raisonnement mathématique que nous devons à Poincarré qui s’appelle raisonnement par récurrence. Si cela s’est démontré vrai une fois, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas vrai pour tous les versets. Et la Guémara au chapitre 11 du traité Sanhédrin va dire : non seulement tous les versets mais toutes les décisions des sages du Sanhédrin au sujet des versets. Tout simplement il faut savoir de quoi on parle.

 

On m’a souvent posé la question suivante :

La première fois que cela m’a eté expliqué comme cela c’était chez le Rav Ashlag fils du Baal haSoulam lors d’une nuit d’étude de Pessa’h avec son gendre. On parlait. Le gendre intervient et dit : je vois bien que vous, vous comprenez mais moi je ne comprends pas. Qu’est-ce qui se passe ? Le Rav lui dit : il y a entre nous un Tsinor, un tuyau une communication tu n’es pas encore dans le coup...  Et il a cité un verset concernant l’histoire de Joseph rencontrant ses frères : Bereshit 45:12 :

וְהִנֵּה עֵינֵיכֶם רֹאוֹת, וְעֵינֵי אָחִי בִנְיָמִין:  כִּי-פִי, הַמְדַבֵּר אֲלֵיכֶם

« Vos yeux voient... que c’est ma bouche qui vous parle ».

Il l’a expliqué ainsi : le verset aurait du dire :

« Vos oreilles écoutent que c’est ma bouche qui vous parle » 

Il ajoute : Non il faut bien lire comme c’est écrit : « Vos yeux voient parce que c’est ma bouche qui vous parle ». il expliqua, phénomène que vous avez sans doute vécu, il arrive que dans une étude on comprenne quand on est en train d’étudier parce que le Talmid ‘Hakham est là. Et puis en fin d’étude on ne comprend plus rien. On revoit les notes mais cela ne veut plus rien dire… 

 

***

 

Q: La ‘Hokhmah en fait c’est le Koa’h dans le Mah ?

R: C’est exact c’est un enseignement de la Kabalah. Par rapport à notre sujet cela se relie à la notion d’humilité dont on parle des ‘Hakhamim authentiques. Koa’h Mah. Lorsqu’ils arrivent à ce niveau de vertu de dire comme Mosheh véAharon : « vénakhnou mah ? »

Nous ne sommes rien ! Koa’h Mah !

C’est un problème beaucoup plus large en Kabbalah.

 

Quelle différence entre le mot de sagesse lorsqu’il traduit le mot de ‘Hokhmah et le terme de connaissance ? Sagesse c’est connaissance et vertu à la fois. Alors que la connaissance n’est pas forcément liée à la vertu de la valeur dont on parle au niveau de connaissance intellectuelle pure.

 

Je me souviens de mes cours de philosophie en Sorbonne : nous avions de très grand professeur, Louis Lavelle le philosophe des valeurs, nous expliquait avec une honnêteté absolue que le philosophe n’a pas à vivre d’après sa philosophie. Il explore des idées, les expose mais il vit comme il vit.  C’est comme un poteau indicateur. Le poteau ne va pas à droite il indique la droite.

 

Dans la sagesse il y a connaissance et vertu. Quelle est la vertu ? Chaque manière d’être homme a sa conception de la vertu. Chez les nations il y a tel ou tel type de sagesse. La sagesse de type stoïcien...

 

Et puis la Torah c’est la sagesse telle que Dieu la veut. A ce niveau il s’avère que il y a eu des hommes capables de...

 

Je vais vous citer Shmouel Trigano dans sa thèse d’histoire de la philosophie, livre que je vous conseille de lire d’ailleurs, véritable somme de connaissances sur les avatars de la pensée juive dans l’exil qu’il intitule « la demeure oubliée ».  Il a une page où il critique précisément tous ces auteurs qui écrivent des essais sur la pensée juive. Il dit : quand on lit ces essais on a l’impression que tout commence avec l’auteur. Et qu’avant il y avait une sorte de préhistoire de bibliothèques. Mais que la pensée juive commence avec l’auteur de l’essai. Alors que la tradition rabbinique de l’étude c’est le commentaire des textes fondateurs. Ce qui est vérifié dans son authenticité par un certain nombres de règles dont la principale est : ha omer davar béshem omro – on cite de quoi on parle au nom d’où cela vient comme ça vient.

On risque de s’habituer à croire que la sagesse des sages est de même nature que la sagesse des universitaires qui parlent des sages. Je me souviens de mes premiers cours de philosophie déjà au lycée : un professeur de philosophie qui faisait partie de ce qu’on appelle l’ecclectisme. Nous avions un cours : Socrate a pensé que ... Descarte a pensé que... Kant a pensé que... et moi je pense que... Cela ne passe pas. C’est ce piège-là : cette atittude qui consiste à dire : Rabbi Akiva a dit que.. Rabbi Yehoshouah a dit que... le Gaon de Vilna a dit que...  le Maharal a dit que.. et moi je pense que... Ce n’est pas sérieux. Il faut restituer ce qui est Emounat ‘Hakhamim. C’est rare mais cela existe et quand on a eu la chance d’en rencontrer alors le monde a changé de sens, et je vous le souhaite. J’ai fait partie d’une génération privilégiée, nous avons eu beaucoup de maitres, des vrais maitres. Et on sait que c’est d’une nature différente que ces  espèces de plumitifs - Vajda les appelait des cacographes - qui disent n’importe quoi sur n’importe quoi...

 

***  

Shaarei Orah

 

Retour au sujet du Shaarei Orah :

Je vous résume très briévement ce que nous avons vu hier :

 

Le Shaarei Orah a étudié une question en s’interrogeant sur ce que dit un verset de la Parashah de Toldot 25:28. Lorsque Jacob et Esaü sont nés jumeaux dans la famille de Isaac et Rebeccah, et lorsqu’ils ont grandi, la différence est apparue que l’un est devenu chasseur alors que Jacob est paisible habitant les tentes. Le Midrash explique qu’il est l’homme de l’étude, voué à la vérité. Esaü se voue à ce Monde-ci refermé sur lui-même, exclusif du Monde-à-venir. Alors que Jacob se voue au Monde-à-venir au travers de la recherche de la vérité. Mais il vit dans ce Monde-ci. D’où le drame…

 

Ces deux manières d’être homme sont jumelles à l’origine. L’une, Esaü, a la vocation de ce Monde-ci qui en fin de compte est représentée par la chasse. Chercher la nourriture pour assurer la subsistance de la vie. Tous les autres métiers du métier d’homme finalement tournent autour de cette activité d’assurer la nourriture : apporter la nourriture dans la bouche du père Isaac. Et le père a le goût de la nourriture d’Esaü dans sa bouche. Alors que Jacob est l’homme de l’étude de la Torah, l’homme du Monde-à-venir. Dans ce Monde-ci il se prépare au Monde-à-venir. Il est donc étranger dans ce Monde-ci. Sa maison est une tente dans ce Monde-ci qui appartient à Esaü. D’où la question du Shaarei Orah verset 28 : « Et Isaac aima Esaü ».

 

On est familier du fait parce qu’on lit et relit ce verset mais le Shaarei Orah nous oblige à nous étonner : comment est-ce possible qu’Isaac puisse aimer Esaü ? Alors il faut donc expliquer l’explication que donne la Torah « Ki Tsaïd BéFiv car il avait le goût du gibier dans sa bouche ».

 

Alors le Pshat c’est que Isaac avait le goût du gibier dans la bouche et le Shaarei Orah nous explique que le Pshat c’est que Esaü avait un gibier dans la bouche. Quel est ce gibier ? Lorsque Isaac a vu que la descendance de Jacob risquait de tomber en enfer à cause des fautes, il  a vu que Esaü aurait la capacité de prendre à l’enfer cette proie et de la garder dans sa bouche : c’est l’exil chez Esaü. Au niveau exégétique le Pshat du verset nous dit qu’Isaac avait le goût du gibier dans la bouche. Il aimait Esaü parce que Esaü lui donnait à manger. Il est l’homme de la vocation matérielle qui en fin de compte aboutit à donner la nourriture et à faire exister dans ce Monde-ci. C’est une tache importante, et c’est la tache du premier-né ici apparemment. Alors que la Kabalah va nous enseigner tout à fait autre chose : c’est que en fait il faut lire que le sujet de « Tsaïd BéFiv » c’est Esaü lui-même.

 

Et quelle est cette proie qu’Esaü avait dans la bouche ? Je vous avais citer un Midrash du Zohar que c’était la Neshamah de Rabbi Méir, la force de la Torah ShébéAlpeh. Et alors ici nous avons un autre enseignement concernant l’exil à partir de cette éventualité : si on n’arrive pas à être le Tsadik dans ce Monde-ci on tombe dans le Guéhinam. Et alors il y a une sorte de parenthèse de rattrapage : l’exil chez Esaü...

 

Voilà pourquoi nous dit-il va arriver que l’histoire d’Israël aura cette caractéristique d’une longue histoire d’exil entrecoupée de temps de salut. Israël dans ce Monde-ci est en exil et en particulier en exil chex Esaü. Finalement, le Maharal l’enseigne dans plusieurs de ses livres : tous les exils ce sont au fond des modalités de l’exil d’Esaü.

 

Historiquement nous nous trouvons depuis la destruction du premier temple, il y a 2000 ans par Rome dans l’exil d’Esaü, l’empire romain et le monde de la chrétienté. Nous avons le profil typologique d’Esaü dans l’interpellation d’identité entre la chrétienté et Israël. C’est un autre aspect de cette étude, je m’y relierais un peu plus dans la conférence de jeudi soir pour essayer de caractériser la différence entre l’exil chez Esaü et l’exil chez Ishmaël, mais pour le moment dans la cohérence de ce texte, l’exil c’est essentiellement Esaü. Il y a eu historiquement 14 siècles d’exil d’une partie du peuple juif dans l’islam chez Ishmaël mais c’est un appendice de l’exil d’Esaü. Edom véIshmael : la dominante c’est Edom.

Je rappelle le principe : Il ne faut pas tomber dans le risque de faire des analogies trop schématiques mais moi personnellement je suis frappé par le fait que nos démêlés avec Ishmaël passent par le canal d’Esaü. Cela passe d’abord par Esaü.

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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