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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 17:02

Galout et Geoula - Shaarei Ora - Maharal (1989)

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_1

Face A

 

J’ai choisi deux textes sur le sujet général de l’exil : l’un dans un livre d’un kabaliste qui est le Shaarei Orah de Yossef Giquatillia et l’autre est du Maharal.

 

Nous commencerons par le Shaarei Orah.

 

Le sujet général c’est la bifurcation de l’exil : le fait qu’il y eu dans l’exil d’Israël en général différentes civilisations qui ont été traversées, mais dans ce dernier exil qui est l’exil du 2ème temple qui a duré 2000 ans jusqu’à nous, il y a eu ce que j’appelerais une bifrurcation d’identité entre Séfardim et Ashkénazim.

Les Séfardim sont Israël en exil dans le monde de la descendance d’Ismaël

Les Ashkénazim sont les Juifs d’Israël en exil dans le monde chrétien (la descendance d’Essav).

En fait, du point de vue traditionnel cet exil est appelé l’exil d’Edom. Et s’est adjoint à Edom Ishmaël. C’est-à-dire que tous les textes, sans aucune exception, font foi de ce que ce 3ème exil est appelé l’exil de Edom. On y ajoute aussi Ishmaël mais c’est un appendice de l’exil de Edom.

Il semble bien que les événements contemporains dévoilent cela, en tout cas en Europe.

La dispersion juive de l’exil contemporain est dans le monde de la chrétienté mais il y a une dimension qui concerne l’Islam.

 

J’ai choisi donc deux textes.

 

Le 1er texte concerne la définition de l’exil d’Israël dans Edom. Edom c’est le nom de la nation fondée par Esaü, en hébreu Essav, dont le peuple se nomme Edom.

Je résume brièvement ce que vous avez appris par ailleurs.

Et pour la tradition, c’est en particulier mis en forme dans les commentaires d’Abrabanel. Mais depuis déjà les textes talmudiques la tradition de Essav dans sa contestation d’identité par rapport à Jacob qui va fonder Israël s’est réalisé dans l’histoire dans la civilisation romaine. Donc il s’agit d’une période de temps de civilisation de 2000 ans, ce qui est très long.

 

Quelques repères, nous irons à y revenir dans les analyses des conférences :

Il y a 2 périodes dans l’histoire de Rome par rapport à notre sujet : la Rome païenne et la Rome chrétienne.

Mais dans tous les cas la référence traditionnelle à Edom se réfère au génie de civilisation que Rome a représenté dans l’histoire universelle et, en particulier pour nous, lorsque la civilisation romaine devenue chrétienne a repris l’interpellation d’identité entre Esaü et Jacob telle qu’elle nous est racontée dans la bible.

 

Ceci dit, je voudrais vous raconter la raison pour laquelle j’ai choisi dans le Shaarei Orah le texte de notre étude.

 

C’est un souvenir qui me vient de très très loin lorsque j’étudiais avec mon maitre, notre maitre  Jacob Gordin za’l, la Hagadah de Pessa’h. Il y a donc plus de 40 ans. Nous étions arrivé au passage suivant: « déverse Ta colère sur les nations qui ne Te reconnaissent pas et sur les royaumes qui ne T’invoquent pas dans la joie... »

Et là M. Jacob Gordin m’a dit à moi qui arrivait d’Afrique du nord après la guerre et qui découvrait le monde de Edom que je connaissais à travers les livres et les Goyim d’Afrique du Nord. Les Arabes on les appelaient les Arabes mais les Goyim c’était les Européens à l’époque. Il m’a dit : « cela fait référence à Ishmaël ».

 

Et puis il m’avait expliqué que la rivalité entre Ishmaël-Yisraël était beaucoup plus grave que celle avec Edom. Pour moi, juif séfarade élevé en pays d’islam, cela m’a paru étonnant parce que nous avions dans notre expérience juive souvenir des persécutions dans le monde chrétien pour les ashkénazim beaucoup plus considérables que ce qui avait pu se passer dans le monde des pays d’islam.

 

En fait, il fallait tenir compte des certains facteurs. Je parle du temps d’avant la Shoah. Mais finalement cela fait partie de l’histoire des Ashkénazim dans l’exil d’Edom bien qu’il y avait aussi des communautés séfarades dans le monde chrétiens, comme il y a eu aussi certaines communautés ashkénazes qui sont restées de fidélité ashkénaze dans le monde musulman. Et c’est une histoire qui traverse des siècles. Et en dominante, les Juifs de civilisation chrétienne sont Ashkénazim et les Juifs de la civilisation islamique sont Séfardim. Et pour un juif séfarade la mémoire historique c’était que les persécutions que les Juifs ont subi dans le monde chrétien était sans aucune mesure avec les persécutions importantes et graves que les Juifs ont subi en pays d’islam

 

Mais il y avait un facteur duquel on ne tenait pas compte c’était le nombre : il y avait proportionnellement, pas à tous les siècles, beaucoup moins de juifs en pays d’Islam qu’il y en a eu en pays européens. Surtout à partir de l’explosion démographique du judaïsme askénaze qui est malgré tout assez récente en pays d’Europe. Ceci se réfère à un problme de géopolitique si j’ose dire, c’est lorsque la civilisatìon européenne s’est développée, l’importance des communautés juives en civilisations européennes est devenu beaucoup plus grande que dans les temps où la civilisation était surtout islamique et donc les communautés juives étaient surtout séfarades.

 

Il y a aussi d’autres facteurs : il y a eu énormément d’épidémies qui ont décimé les colonnies séfarades à certains moments. Il y a eu aussi le fait que il y a eu beaucoup plus de convertis au judaïsme ashkénaze qu’au judaïsme séfarade, en particulier l’histoire des Khazars qui n’était pas le seul événement. Donc, si on tient compte du facteur du nombre alors évidemment les persécutions de la part des Chrétiens, il suffit de mentionner les croisades et l’inquisition, nous paraissaient beaucoup plus spectaculaire que les persécutions indéniables mais en moins grand nombre que les juifs avaient subi en pays musulmans. Quoique la mémoire juive contemporaine surtout des juifs nord africains se souvenaient surtout des relations des communautés en pays d’islam dans l’époque coloniale. C’est-à-dire par exemple en Afrique du Nord lorsque l’armée et la police étaient européennes françaises et qu’on avait oublié ce qui se passait avant l’arrivée des Européens dans les colonies. Je dis cela en particulier pour les Juifs marocains, vous comprenez pourquoi sinon j’explique un peu plus. Parce qu’il y a une sorte de véritable perte de mémoire immédiate qui fait que les Juifs marocains installés en Europe, en partiuculier en France ont une sorte de mirage d’une symbiose idyllique entre les communautés juives et la société marocaine arabe. Et il ne faut pas oublier que ce n’était pas du tout le cas avant l’arrivée des Français. Et même après l’arrivée des Français, il y a eu des pogromes, je parle de ma jeunesse, j’étais en Algérie mais on savait ce qui se passait. Seulement du point de vue du nombre il est indéniable – et je parle du temps d’avant la shoah - que les Ashkénazim ont beaucoup plus soufferts en quantité et en énormité des persécutions des chrétiens que les juifs séfarades qui étaient en situation d’escalvage mais protégés légalement par la loi musulmane en pays musulmans.

 

Il suffit donc de se remettre en mémoire deux termes comme croisades en Europe et l’inquisition bien entendu. Par rapport à l’inquisition, cela commence en Espagne, c’est un cas particulier dans le sens que le judaïsme espagnol était un judaïsme séfarade, c’est-à-dire judéo-arabe, traduit en espagnol. L’espagnol étant une langue et donc une culture des pays chrétiens. C’est secondairement lorsque les chrétiens ont reconquis l’Espagne que l’inquisition sonne espagnole, mais ce judaïsme était un judaïsme séfarade et non pas ashkénaze.

 

Et alors j’étais très étonné, ce fut une des rares fois, au cours donné par Jacob Gordin : il m’avait dit très clairement « l’antisémitisme » (terme anachronique) d’Ishmaël est plus grave que celui de Essav. Finalement par la suite, et bien après sa disparition j’ai compris à ma manière. Une formule que j’ai du certainement vous citer qui me servira de pré-introduction :

 

Finalement, la persécution des Juifs dans le monde chrétien - le monde de Edom - a accompagné la dispersion dans l’histoire juive. L’antisémitisme (terme anachronique) a accompagné la dispersion dans l’histoire juive. Alors que ce qu’on pourrait appeller l’anti-judaïsme musulman (terme également impropre) accompagne le retour, et c’est beaucoup plus grave.

 

C’était le souvenir que je voulais citer. Ce n’est que très récemment en reprenant ce texte du Shaarei Orah que j’ai mieux compris et que je crois deviner quelle aurait été la source de cette indication.

Je mets tout cela au conditionnel puisque je ne sais pas du tout quelle était sa source mais je me souviens de cette perplexité : comment savait-il ? Monsieur Gordin était un juif d’origine russe, je ne pense pas qu’il ait de loin ou de près rencontrer la culture musulmane sinon dans sa connaissance.

 

C’est pourquoi j’ai pensé choisir ce texte qui est extrêmement paradoxal apparemment comme vous allez le voir, puisqu’il s’agit d’un kabaliste séfardi, d’Espagne qui va privilégier de façon étonnante  l’exil des Juifs chez Essav en Edom plutôt que l’exil des Juifs dans les autres nations.

On s’attendrait au contraire que un kabaliste espagnol, séfardi dise l’inverse et dise que la relation entre Israël et Essav est plus dangereuse que la relation avec Ishmaël.

 

D’autant plus que dans ce texte il n’y a aucune allusion à Ishmaël. Il y a l’exil chez Edom-Essav et d’autre part l’exil chez les autres nations. C’est pourquoi en introduction, j’avais tenu à indiquer que dans l’ensemble des sources traditionnelles cet exil de 2000 ans qui suit la destruction du 2ème temple est toujours appelé l’exil d’Edom bien qu’une partie très importante de la bifurcation de l’exil dans les pays de l’islam soit l’exil chez Ishmaël. Mais semble-t’il la dimension Ishmaël du point de vue de l’exil est un appendice de l’exil d’Edom. L’exil c’est essentiellement Edom.

 

Je me souviens de poèmes – piyoute terme étymologiquement proche du grec Poiaïn le créateur – qui avaient des expressions comme « Edom véArav » – « Edom et l’Arabie ». Mais dans toutes les sources traditionnelles en particulier lorsque les textes se réfèrent aux Sarim, les anges tutélaires des nations, Ishmaël n’a pas de Sar particulier : le Sar d’Ishmaël c’est le Sar d’Edom.

 

Lorsqu’on suit les événements contemporains sans entrer dans un détail d’identification hasardeux, on se rend compte à quel point le conflit est avec Edom mais qu’il a une dimension Ishmaël. Je pense surtout aux événement de cet été où l’on voit que l’importance de l’interpellation d’identité que nous avons avec le monde extérieur de la famille d’Abraham, c’est essentiellement avec la chrétienté mais qu’il y a une dimension musulmane qui prendra sûrement de l’importance dans le futur, et qui semble-t’il n’est qu’une dimension du problème d’identité Edom.

 

On commence tout de suite ce texte, d’abord quelques mots sur Gikatilla l’auteur du Shaaré Orah. Il s’agit d’un disciple de Rabbi Abraham Aboulafia qui a vécu d’après les historiens de 1248 à approximativement 1325, en Castille. Il a écrit un certain nombres d’ouvrages. En particulier le Shaaré Orah, qui est à mon sens du point de vue des études que j’ai pu faire dans ce domaine, la base de l’enseignement de la Kabalah espagnole par écrit. Tous les Kabalistes postérieurs se réfèrent à cet ouvrage qu’on peut considérer comme vraiment fondamental. Ceux qui voudraient le temps venu et la maturité venue, commencer à s’initier à la Kaballah aux sources écrites de la Kabalah espagnole, indépendament du Zohar ou du Sefer HaBahir d’autre part, trouveront là je pense une clef. C’est un des rares ouvrages qui met en évidence qu’on ne peut absolument pas comprendre l’enseignement des Kabalistes sinon du dedans de l’enseignement de la Torah. C’est dire qu’il y a un lien essentiel entre la Kaballah et l’enseignement de la Guémarah du Midrash et du Tanakh, et qu’on ne peut pas dissocier ces deux dimensions de la Torah Shébéalpeh.

Beaucoup d’ouvrages paraissent qui parle de Kaballe et qui présente la Kaballe comme une philosophie mystique indépendante du judaïsme, qui pourrait exister en soi comme un système de « lecture du monde » comme certains disent, et cela n’a aucun sens.

 

Je cite souvent un enseignement du Rav Schneerson le cousin du Rabbi :

« Quelqu’un sans la Kabalah on ne peut pas dire qu’il a la connaissance humaine puisque un homme sans la connaissance n’est pas un homme », mais la Kaballah c’est la connaissance qui fait que la pensée humaine comprend ce qu’est le monde de l’homme et de l’identité humaine.

Comme nous le disons dans la Téfilah : « Adam sans Daat n’est pas Adam »

Mais un juif sans la Guémara n’est pas un juif !» Alors qu’est ce qui est le plus grave ?

Un homme qui ne soit pas un juif ou un juif qui ne soit pas un homme ?

Vous avez compris qu’il y a deux écoles...

 

On trouve en tout cas dans cet enseignement cette unité, cette identité entre la Torah Shébéalpéh de la Guémara, du Niglé - les enseignements dévoilés – et du Nistar – les enseignements que l’on appelle cachés. Mais dès qu’ils sont mis par écrit c’est qu’ils sont dévoilés. En tout cas, qu’ils sont donnés à être dévoilés. Ceci pour dire que c’est pour beaucoup d’enseignants la clef du vocabulaire de l’enseignement de la Kabalah.

 

***

Texte hébreu du Chapitre de la Genèse – Berechit chapitre 27.

Je rappelle brièvement le sujet de ce chapitre 27 : c’est l’échange de bénédiction entre Jacob et Esaü. Vous avez étudié déjà dans d’autres études la signification de cet enseignement du chap. 27.

 

Je vous rapelle le principe utilisé dans l’enseignement du Shaaré Orah : c’est que l’identité d’Esaü est finalement vouée à ce monde-ci, alors que l’identité de Jacob est vouée au monde à venir, et par là elle est en danger dans ce monde-ci.

Quel danger ?

Etant donné la nature de ce monde-ci, l’identité qui ne serait chez elle que dans le monde de la perfection des valeurs morales est en danger d’être atteinte dans ce monde de l’imperfection de ce monde-ci. Par conséquent, tant que l’histoire de l’identité d’Israël dans ce monde-ci n’a pas abouti à son Tikoun, sa plénitude, elle est en danger d’être atteinte de faute, de faute d’être.

 

Par définition Israël est en exil dans ce monde-ci. Et donc l’enseignement général de la tradition à ce sujet c’est que Esaü c’est l’être de ce monde-ci, il est chez lui dans ce monde-ci : les empires sont les empires de type Esaü, la civilisation de l’histoire c’est Esaü. Et c’est ainsi que l’histoire s’est déroulée : ce n’est pas Jacob, ce n’est pas Israël qui a fondé l’empire romain. Ce n’est pas le judaïsme qui a été la religion de l’empire, c’est le christianisme, la deuxième étape.

Esaü c’est donc l’homme de ce monde-ci, Jacob c’est l’homme destiné au monde à venir, et par définition il est en exil dans ce monde-ci. Et lorsqu’il est en exil, il est dans l’exil d’Edom.

C’est le principe du texte que nous allons commencer à étudier.

 

Q : Ce tableau concerne toute l’histoire ? Edom est le dernier exil ?

R : Je vous renvoie à Brit bein habétarim lorsque Dieu a révélé à Abraham l’histoire de sa descendance, il le lui a révélé dans une vision qui est appellée en hébreu Brit habétarim : l’alliance des morceaux au chapitre 15.  Abraham a une description de sa descendance. Si ta descendance est Israël alors « savoir tu sauras qu’elle sera en exil... » Avec en gros plan l’indication historique de l’exil qui sera l’exil d’Egypte, modèle de l’exil des 4 empires. Cela se rattache à un problème général que nous avons étudié d’autre part : La condition d’Israël est la condition de créature par excellence. Or, la condition de créature par excellence c’est la condition d’exil. La création sépare la créature du Créateur, et la créature est en situation d’exil fondamentale, essentielle, à l’origine. C’est pourquoi toute créature en quête de salut finit par rencontrer le message d’Israël. C’est dire qu’on peut sortir d’exil : ce que les Goyim appelle le salut.

La question n’est donc pas « pourquoi y a-t’il exil ? » Le miracle c’est quand il n’y a pas exil !

 

Q : Cela veut dire qu’il n’y avait pas de possibilité pour Israël qu’il n’y ait pas d’exil ?

R : Si, si, il y avait une possibilité pour Israël qui est dispersion-diaspora dans la gloire. Et il y a eu des moments dans l’histoire des patriarches et d’Israël de présence en dispersion dans la gloire. Mais ici nous sommes obligés d’employer deux termes simultanément : exil avec toute la dimension négative et kafkaïenne catastrophique, et d’autre part le terme de dispersion.

 

Quans je dis « exil » en parlant de la condition de créature c’est l’éloignement de la source de son propre être. Or, les hommes à travers l’histoire universelle ont découvert l’existence d’un peuple dont la manière historique d’être était cette manière d’être de la créature mais au niveau historique.

Cela explique ce que les Goyim appelle un « mystère », ce fait que « le salut vient des Juifs ».

Ce qui signifie que l’annonce, le témoignage de ce salut provient de l’existence juive. Lorsque l’on comprend l’existence juive alors on comprend que le salut est possible.

 

Je me suis formulé dans ma mémoire cette notion d’après ce que j’ai entendu d’Elie Wiesel immédiatement après la guerre mondiale. On s’est aperçu un peu partout et en France bien entendu

d’un phénomène d’intérêt pour l’histoire juive et tout ce qui concerne le judaïsme, pour la littérature juive. Avant la guerre mondiale trouver un livre de judaïsme était très difficile. C’était dans la clandestinité. Actuellement, nous vivons une phénomène de librairie colossal. Tout et n’importe quoi.

 

Elie Wiesel l’expliquait de cette manière : Subitement l’humanité découvre qu’elle est sous la menace de la disparition et elle découvre en même temps le peuple qui a toujours vécu de cette façon... Alors on lui demande comment il a fait… Cela rend compte de ce qui s’est passé pendant 4000 ans et c’est le témoignage du récit de la Bible que l’identité humaine en exil en tant que créature a rencontré l’identité Israël qui témoigne de ce qu’on peut sortir d’exil.

 

A noter la différence de niveau : 

Il y a un niveau métaphysique: la situation de créature.

Et un niveau historique : l’histoire des Juifs en tant qu’ils sont héritiers des Hébreux.

 

Je crois que c’est la notion de Évangiles en langage chrétien qui signifie en hébreu Bessorah Tovah « bonne nouvelle »: l’humanité a entendu une bonne nouvelle en rencontrant Israël.

 

De quoi s’agit-il ?

Dans la liturgie chrétienne, voir l’importance que prennent dans la liturgie les fêtes chrétiennes et juives La pâque est centrale : c’est l’expérience que le salut est possible et que le sauveur va sauver. Pâque originellement c’est l’expérience que la sortie d’exil est possible.

 

Q : Je voulais savoir si l’exil était inévitable ?

R : Ce qu’il faut d’abord découvrir c’est que l’exil c’est la condition de la créature, le monde est en exil de Dieu : nous sommes éloignés de la source de l’être qui nous a donné l’être : donc nous sommes en exil absolu au niveau métaphysique. Or, il existe un peuple sur terre dont la manière existencielle est celle de l’exil et qui le sait... Mais on peut l’oublier : Pas de pire exil que de ne pas savoir que nous sommes en exil.

 

Q : Alors est-ce que cela veut dire que l’exil est naturel au peuple juif ?

R : Non, non, l’exil n’est pas naturel mais l’exil est la condition de créature. Par conséquent, ce qui est naturel pour Israël c’est d’être Israël. Et il y a 2 possibilités : ou bien ce qu’on appelle avec un terme impropre la situation de diaspora, de relation aux nations, ou bien ce qu’on appelle la condition d’exil dans le sens habituel du terme c’est-à-dire le déporté, le métèque, l’étranger...

Et lorsque  les Français ont donné la citoyenneté aux Juifs ils ont parlé de diaspora. Diaspora de relation aux nations dans la gloire ou bien l’exil dans la signifaction habituelle d’étranger, de non intégrable... Et lorsque les français ont donné la citoyenneté aux Juifs, ils ont oublié ce que voulait dire l’exil, ils ont parlé de diaspora.

Lorsque vous dites que l’exil est la situation naturelle de l’histoire juive, alors il y a différents niveaux. En tout cas cela nous explique ce que signifie l’attente du messie.

A condition de comprendre qu’il y a deux niveaux dans cette attente messianique : celui du retour d’Israël sur sa terre et la fin de l’exil du monde qui est la fin des temps historiques.

 

J’ai dit beaucoup de choses dans ces quelques phrases ramassées  mais c’est votre question qui m’y a poussé. Mais vous comprenez le problème. Je veux dire que ce qui est naturel pour Israël c’est de porter le témoignage que l’identité réelle est la sortie d’exil. C’est ce que les Goyim appelle le salut qui vient d’Israël. J’ai étudié les Évangiles pour savoir pourquoi je n’étais pas chrétien: le verset de l’évangile dit : « le salut vient des Juifs ». Il n’y a pas écrit le salut vient du Christ !

Qu’est-ce que les Goyim qui ont vécu cela voulait dire par là ?

En rencontrant l’identité juive ils ont compris une bonne nouvelle que le salut est possible.

Mais qu’est-ce que la foi des Juifs ? C’est que on peut sortir d’exil !

Alors, tranposer cela du niveau historique au niveau métaphysique et vous aurez la réponse.

 

Q: inaudible

R: Très récemment depuis la Shoah cela a changé.  On ne pourra pas oublier que cette découverte ne s’est produite qu’après la Shoah. A la vérité avant la dernière guerre mondiale, il y a eu un mouvement chrétien (les Chasles -  de Madeleine Chasles) de ressourcement biblique qui allait dans ce sens mais n’est devenu réel qu’après la Shoah.

C’est un problème : Pourquoi a-t’il fallu attendre cela ?

 

Dans tous les cas, il y a là un sujet important : cela semble aller de soi pour les Kabalistes que cette destination de l’exil était semble-t’il inévitable.

 

Précision : le lien à l’universel humain pourrait être dans ce qu’ont connu Abraham, Isaac, Jacob, Joseph chacun à leur époque. Certaines communautés juives dans l’histoire dans la gloire de la reconnaissance d’être porteur de salut – comme on dit en français les « théophores ». Mais cela pourrait aussi être comme nous allons le voir l’exil dans le sens habituel du terme. Ce que nous avons connu malheureusement avant l’émancipation en Europe et depuis l’émancipation en Europe aussi.

 

Shaaréi Orah sur le chapitre 25 verset 28 :

 

Et ainsi tu trouveras à propos de Isaac (dans le chapitre 25 verset ) qu’il est écrit (trad. rabbinat):

וַיֶּאֱהַב יִצְחָק אֶת-עֵשָׂו, כִּי-צַיִד בְּפִיו; וְרִבְקָה, אֹהֶבֶת אֶת-יַעֲקֹב

lsaac préférait Ésaü parce qu'il mettait du gibier dans sa bouche; mais Rébecca préférait Jacob.

 

Il y a un verset où la Torah raconte que lorsque les 2 enfants Jacob et Esaü sont nés, Issac a aimé Esaü « Ki Tsaïd béfiv car il avait le gibier dans la bouche » : Tsayid : le produit de la chasse. Il y a beaucoup de textes au sujet de ce verset mais je vais isoler celui qui est pour notre sujet. On apprend alors que Rébeccah va préférer Jacob, que Isaac aimait Esaü, et le verset précise « Ki Tsaïd béfiv car il avait le goût du gibier dans la bouche »...

Le Rav demande : « est-ce qu’un grand juste comme Issac Avinou, sur lui la paix, de qui la présence de Dieu ne s’est jamais écartée même pas un instant aurait aimé un tel méchant parfait comme Esaü ? »

L’étonnement du commentaire : comment le verset peut-il dire que Isaac a aimé Esaü ? Indépendamment de l’explication qui va nous être donnée « parce qu’il avait le goût du gibier dans la bouche », comment le texte peut-il écrire que Isaac a aimé Esaü ?

Et dès qu’on entend « gibier » on sait qu’Esaü est Rashâ, un chasseur !

Question plus fondamentale : comment peut-on trouver dans la même maison que Jacob un être chasseur : quelqu’un qui pour obtenir sa nourriture chasse des être vivants ?

Vous savez à quel point dans la sensibilité juive la chasse est quelque chose d’abominable. Je pense à Saint-Hubert bénisseur de la chasse dans le christianisme.

Il y a aussi des chasseurs juifs bien entendu. Ceci explique comment Esaü peut naître chez Isaac.

Mais il est bien évident que dans la sensibilité juive, dès qu’on entend les termes « gibier », « chasse » ceux-ci concernent le Rashâ gamour ! Quelqu’un qui est capable de chasser pour manger est finalement capable de n’importe quoi.

 

En ce qui concerne tout ce qui concerne l’histoire du monde, depuis Kaïn et Abel, il n’y a qu’à lire les journaux comment les hommes tuent les hommes... C’est la chasse !

…/…

 lire la suite...

***

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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