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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 19:50

BO (1994)

 

 

Bo 1994 - 1ère partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/bo_serie_1994/cours_1

Face A

 

 

Je voudrais prendre un sujet commun aux différents récits qui se déroulent dans le livre de Shémot, c’est le problème des 10 plaies d’Egypte.

 

Question posée de la manière suivante : comment comprendre la finalité des 10 plaies d’Egypte ?  Avec comme question annexe : Pourquoi en a-t’il fallu 10 ? Quelle est la logique de la progression dans ces dix événements jusqu’à l’aboutissement et la réalisation de ce qui était recherché ? Mais en fait la question est : Qu’est ce qui est recherché ? Quelle en a été la finalité ?

 

Je vous rappelle brièvement les deux thèses principales. D’abord celle du Pshat du récit :

 

1ère thèse d’explication:

 

D’abord celle du récit tel qu’il nous est donné à première lecture : semble-t’il, il s’agit d’une intervention de Dieu pour obtenir la libération, la délivrance, d’Israël de l’esclavage égyptien. C’est la première thèse très claire. Mais déjà, il faudra demander pourquoi il a fallu dix plaies ? La formulation de la question se présente la plupart du temps de la manière suivante : Dieu est Tout-Puissant, s’Il doit intervenir, (et pourquoi doit-Il intervenir ? il faut aussi l’étudier) de telle sorte d’obtenir un certain résultat, pourquoi une plaie n’aurait-elle pas suffit ? Si la finalité est de délivrer Israël de l’esclavage égyptien il est évident que la lecture du contexte de la dixième plaie celle au moment de laquelle Pharaon s’est affolé, aurait suffi. Et pourquoi n’a t’il pas été pris d’affolement avant? Et le peuple égyptien lui-même intervient auprès du Pharaon à cause du pressentiment de la catastrophe à venir si les Hébreux ne quittent pas le pays d’Egypte. Et que signifie tout cela?

Pour résumer la question elle-même : on s’aperçoit qu’il aurait suffit d’emblée de la plaie des 1er nés, formulés comme elle l’est dans sa clause : « laisse sortir Mon peuple qui est Mon premier-né ou bien ce sera ton premier-né qui sera frappé ». Et qu’est-ce que cela signifie ?

On voit bien en tout cas que lorsque les 1ers nés – et cela commence par le 1er né de Pharaon. Tous les détails du texte sont importants : pourquoi faut-il savoir que les 1er nés de l’Egypte et le 1er né par excellence doivent être frappés – alors le résultat est obtenu ! Alors pourquoi pas d’emblée une plaie ?

 

2ème thèse d’explication :

 

Elle est aussi très classique comme la première et ne sont pas exclusives l’une de l’autre.

La 2nde thèse d’explication (qui d’ailleurs n’exclue pas la 1ère et réciproquement)  est le fait de punir les Égyptiens de l’esclavage dont les Hébreux ont été les victimes. C’est différent de la 1ère  thèse : faire sortir les Hébreux d’esclavage, mais corollairement de punir les Égyptiens du fait qu’il y a eu esclavage.

 

Ceci pour dire que les deux thèses sont insuffisantes d’après notre question globale. Dans un cas comme dans l’autre il aurait suffit d’une plaie massive et le résultat aurait été obtenu, et l’un et l’autre. Alors donc c’est qu’il y a quelque chose de beaucoup plus caché, qui ne se dévoile que progressivement et qu’il faut arriver à déceler.

 

J’espère que la question est maintenant clairement posée.

En général, les grands commentateurs, et je citerai essentiellement Maïmonide à ce sujet, formulent une objection fondamentale sur l’une et l’autre thèse qui est la suivante : cet exil et son esclavage corollaire a été annoncé par Dieu à Abraham.

 

Il y a donc un problème théologique difficile : Si Dieu est non seulement omnipotent mais aussi omniscient, à partir du moment où il formule longtemps à l’avance, avant que l’histoire d’Israël ne commence, au niveau d’Abraham, une telle indication qu’il y aura 400 ans d’exil et qu’il y aura persécution, nous verrons le verset dans l’annonce de l’éventualité de l’exil à Abraham, il y a 4 niveaux de l’oppression :

Le fait de ne pas être chez soi et d’être ailleurs dans un pays étranger, le fait d’être soumis à la souveraineté de la volonté d’autrui, le fait d’être persécuté et privé complètement de liberté et d’autonomie. Une espèce d’anesthésie de l’autonomie de l’identité des Hébreux. Quelque chose d’analogue avec ce qui est arrivé avant la Shoah où semble-t’il quelque chose d’inéluctable bien que prévisible. Bien sûr comme on dit en hébreu ’Hakham A’harei Maassé - facile après coup d’être ‘hakham et de faire des diagnostics mais malgré tout c’était tellement massif qu’il y avait quelque chose de cet ordre : une sorte de caractère inéluctable d’un processus aberrant qui s’est quand même passé..

 

S’il en est ainsi, si c’est annoncé à l’avance, qu’est-ce que cela signifie ? Et pourquoi les Égyptiens ont-ils été punis ?

 

Est-ce que cette annonce de la part de Dieu à Abraham que cela se passera, et pas seulement que cela se passerait, est-ce que cela ne dédouane pas, ne déculpabilise pas à l’avance les Égyptiens ?

Pourquoi Dieu punirait-il un comportement obligé ? Et en quoi est-il obligé ? Il est impliqué par l’omniscience de Dieu Lui-même ! Vous voyez que les choses ne sont pas simples… 

 

Je voudrais de suite aborder ce dernier point en résumant l’enseignement de Maïmonide à ce sujet et vous verrez que cela nous laisse quand même pleins d’interrogations.

 

Rambam

 

Cet enseignement se trouve plusieurs fois dans son œuvre mais en particulier dans un tout petit livre mais très important les Shmonah Prakim du Rambam – livre d’introduction au Pirqey Abot qui est un classique de l’enseignement de Maïmonide – « les huit chapitres ».

 

[Récemment une excellente communication de Thierry Alcolombrei sur une comparaison entre les conceptions de la psychologie et de la morale d’après « les huits chapitres » dans l’enseignement de Maïmonide et les théories d’Aristote en particulier dans « l’Ethique à Nicomaque » pour vous montrez à quel point ce sont des problèmes de haute culture universelle].

 

Dans les Shmoneh Prakim, le Rambam pose la question directement ainsi (que je formule dans notre langage contemporain): N’y a t’il pas une sorte d’injustice et d’arbitraire à punir les Égyptiens, et Pharaon à leur tête, alors que Dieu lui-même avait annoncé à Abraham : 

 

Lekh Lekha 15:13

וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם, יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם, וַעֲבָדוּם, וְעִנּוּ אֹתָם--אַרְבַּע מֵאוֹת, שָׁנָה

«yadoa teda ki-ger yihyeh zarâkha be'erets lo lahem »

« savoir, tu sauras que ta postérité sera étrangère dans une terre qui n’est pas à eux…»

 

Il faut évacuer les notions de « prédiction », « prévision », « prophétie », dans votre esprit c’est une indication claire comme réponse à une perplexité d’Abraham. Lorsque Dieu (ce sont les versets du contexte précédent) de nouveau réaffirme, plus que la promesse, la certitude que c’est la descendance d’Abraham qui doit hériter du pays des Hébreux.

 

[J’ouvre une petite parenthèse : Il ne faut pas croire que le lien entre le peuple d’Israël et la terre d’Israël commence avec les « promesses » de Dieu aux Patriarches, et qu’il y aurait un arbitraire qu’aucune culture n’arrive à maîtriser ou accepter. En réalité, il s’agit du « pays des Hébreux » qui est le pays des Hébreux bien avant le temps des patriarches. Ce pays va être appelé « pays de Canaan » parce qu’il était en train d’être conquis pas les Cananéens au temps des patriarches, (cf. avec Abraham le verset 12:7 « וְהַכְּנַעֲנִי, אָז בָּאָרֶץ et le kénani était dans le pays »), mais il est aussi appelé dans la Bible « pays des hébreux ». On n’y prend pas garde parce qu’on croît que l’identité hébraïque commence avec les patriarches alors qu’elle commence en réalité avec un des ancêtres d’Abraham qui s’appelait Ever. C’est pourquoi Avraham est appelé « Avraham ha Ivri - Abraham l’hébreu ». Les Hébreux étaient en diaspora dans la civilisation du temps, la civilisation de Babel. Si vous reliez, l’identité du peuple des Hébreux et l’intitulé de cette terre qui s’appelle « la terre des Hébreux » – j’attends que vous m’interrogiez pour me demander où c’est écrit - alors on se rend compte qu’on ne comprend pas tout de suite pourquoi Dieu à si différentes reprises doit promettre cette terre de façon arbitraire ? Que signifie un caparice de Dieu si on admet l’autorité de Dieu en tant que Tout-Puissant ? Pourquoi lui faut-Il promettre aux Hébreux leur terre alors que c’est leur terre ? Vous devinez que c’est le problème que nous vivons aujourd’hui depuis l’apparition du sionisme, en fait depuis toujours mais officiellement depuis l’apparition de la politique mondiale, il y a une centaine d’années. Je me souviens d’une phrase d’Edmond Fleg humouristique : « Dieu n’a pas promis leur terre aux Goyim et il leur a donné, et à nous il l’a promise et il ne nous l’a pas donnée !»

 

Il faut évacuer la notion de « terre de la promesse – terre promise » qui relève du vocabulaire chrétien, récupéré par les ‘Harédim, alors que la réalité du texte biblique directe c’est tout à fait autre chose. C’est la terre des Hébreux. Le ‘Hidoush des promesses de Dieu aux patriarches c’est que la terre des Hébreux appartiendra à Israël. Ce ne sont pas tout les Hébreux qui auront le droit à cette terre, à partir du retour d’Abraham sur cette terre. C’est seule la descendance d’Abraham qui deviendra Israël : la promesse est donnée à Abraham, puis à Isaac, puis à Jacob... Pourquoi ? Parce que de l’identité hébraïque retrouvée dans le retour d’exil d’Abraham sont apparus différentes lignées qui se sont séparées d’Israël. Et seule Israël est héritier de cette promesse que la terre des Hébreux appartient à Israël. Vous comprenez le changement de problème.

 

Ce n’est donc pas que Dieu promet sa terre à Israël, c’est que Dieu confirme que les Hébreux c’est Israël. Et tous les descendants des Araméens, les Hébreux de l’exil, revenus à travers la famille d’Abraham sur le pays appelé « le pays de Kenaan » parce qu’en ce temps-là il était conquis par les Cananéens, n’ont pas évidemment le droit à la terre des Hébreux puisqu’ils ne sont plus hébreux.

De la lignée de Lot apparaissent Ammon et Moav. De la lignée d’Ishmaël apparait Ishmaël. De la lignée d’Essav apparait Edom. Ce ne sont plus des Hébreux. Ils le sont à l’origine, avant leur propre histoire, dans leur préhistoire, ils étaient impiqués dans la racine araméenne, que la famille d’Abraham a ramenée d’Our-Qasdim. Qu’est-ce qu’un araméen ? C’est un hébreu d’Our-Qasdim. Un hébreu de Babel. De la même manière qu’un juif était un hébreu de Rome. 

 

On peut dresser le parallèle strict suivant :  Araméen-hébreu, Juif-israélien.

Et Abraham revient de Babel comme araméen, de la même manière que nous sommes revenu de Rome comme Juifs pour redevenir Hébreux.

 

Or, seul de toutes les lignées potentielles de la famille d’Abraham (je dis famille d’Abraham car il y a aussi Loth, qui est le fils de Na’hor), seul Jacob fils d’Isaac, fils d’Abraham, est l’hébreu authentique et à ce moment-là il s’appelle Israël. C’est un tout autre récit. ]

 

Retour à la question :

Pourquoi Dieu doit confirmer à Israël la terre des hébreux ?

La question serait une vraie question s’il s’agissait de confier aux Hébreux la terre des Hébreux !

 

Retour au sujet :

Lorsque Dieu réitère à Abraham cette affirmation que la terre dite « terre de Kénaan » car elle était conquise par les Cananéens en ce temps-là le verset est [Gn. 12.6]: 

וְהַכְּנַעֲנִי, אָז בָּאָרֶץ vehaKna'ani az ba'arets»

 

                    Rashi : וְהַכְּנַעֲנִי, אָז בָּאָרֶץ

הָיָה הוֹלֵךְ וְכוֹבֵשׁ אֶת אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מִזַּרְעוֹ שֶׁל שֵׁם שֶׁבְּחֶלְקוֹ שֶׁל שֵׁם נָפְלָה כְּשֶׁחָלַק נֹחַ אֶת הָאָרֶץ לְבָנָיו שֶׁנֶּאֱמַר וּמַלְכִּי צֶדֶק מֶלֶךְ שָׁלֵם לְפִיכָךְ וַיֹּאמֶר אֶל אַבְרָם לְזַרְעֲךָ אֶתֵּן אֶת הָאָרֶץ הַזֹּאת עָתִיד אֲנִי לְהַחֲזִירָהּ לְבָנֶיךָ שֶׁהֵם מִזַּרְעוֹ שֶׁל שֵׁם

Et le Kena‘ani était alors dans le pays : Il était en train de conquérir Erets Israël, alors possession des descendants de Chem. Le pays avait été attribué à Chem lorsque Noa‘h avait partagé la terre entre ses fils, ainsi qu’il est écrit : « et Malki-Tsèdeq [identifié à Chem (Nedarim 32b)], roi de Chalém [future Jérusalem] » (infra 14, 18). C’est pourquoi Dieu dit à Avram : « je donnerai ce pays à ta descendance » (verset suivant). Je le restituerai un jour à tes descendants, qui sont de la descendance de Chem

 

A ce moment là, Abraham dit : Seigneur Dieu-Juge répond-il, en quoi saurais-je que j’en hériterai ?

Lekh Lekha 15 :7-8 :

וַיֹּאמֶר, אֵלָיו:  אֲנִי יְהוָה, אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאוּר כַּשְׂדִּים--לָתֶת לְךָ אֶת-הָאָרֶץ הַזֹּאת, לְרִשְׁתָּהּ

Et il lui dit: "Je suis l’Éternel, qui t’ai tiré d’Our-Kasdim, pour te donner ce pays en possession

וַיֹּאמַר:  אֲדֹנָי יְהוִה, בַּמָּה אֵדַע כִּי אִירָשֶׁנָּה

Vayomar Adonay Elohim bamah eda ki irashenah ?

En quoi saurais-je, que j’en hériterais ?

 

Il demande une confirmation ! Est-ce que c’est un doute ? Alors c’est invraisemblable que le 1er des croyants doute dès qu’il entend Dieu lui parler ?

 

[En français, Abraham est le 1er des « croyants », en hébreu il est le 1er des confiants, il a foi, c’est dire il fait confiance. C’est la vertu de confiance. La vertu de la foi n’est pas de croire, c’est de faire confiance parce qu’on est sûr. Il n’y a que les croix qui croient. Cela me revient en latin : je crois puisque ce n’est pas absurde.

Nous avons raisons d’avoir confiances, et ces raisons-là sont des convictions de certitudes, et non pas la croyance au sens de « croire peut-être ». Amen en hébreu non pas « j’y crois », mais « j’adhère, j’ai confiance ». La vertu de la foi n’est pas d’ordre intellectuel, c’est une vertu d’ordre moral. C’est un consentement à adhérer par certitude, en l’absence de la preuve. Mais le comportement de certitude est le même que lorsqu’il y a présence de la preuve.

Il y a deux substantifs qui proviennent de la même racine :

ð  Emounah = j’adhère en absence de la preuve.

ð  Emet = j’adhère en présence de l’évidence de la preuve. Emet c’est le vrai, Emounah c’est l’objet de foi. Mais c’est le même contenu.

Le verset des Psaumes [92.3] qui éclaire ce sujet :

לְהַגִּיד בַּבֹּקֶר חַסְדֶּךָ וֶאֱמוּנָתְךָ בַּלֵּילוֹת  

Léhaguid Baboker ‘Hasdekha Véémounatekha baleïlot.

le jour où il fait jour c’est clair : alors je parle de ‘Hessed, il y a une évidence du ‘Hessed.

Pour dire ton ‘Hessed, ta fidélité de grâce, c’est difficilement traduisible en français : pour dire à quel point nous Te devons le don que Tu nous a donné, on le voit, il fait jour il fait clair… Baboker au matin. Et le fait que Tu es digne de foi la nuit. L’explication est très simple : Pendant la nuit je sais qu’il y a un soleil mais pourtant je ne le vois pas, mais je l’ai vu pendant le jour ! Donc c’est sûr que je sais qu’il y a un soleil, mais je ne le vois pas : c’est Emounah ! Mais en plein jour ce n’est pas Emounah, je le vois, donc c’est Emet !

 

Je vous cite une Halakhah :

Tant que le temple existait et que la Shekhinah était dévoilée – et nous ne sommes plus en ce temps-lá, nous ne savons plus le diagnostiquer - à chaque Brakhah le peuple ne répondait pas « Baroukh Hou Baroukh Shemo Amen » mais il disait « Baroukh Shem Kevod Malkhouto Leolam Vaed ». Depuis que le temple est détruit et que la Shekhinah est occultée, à la Brakhah on répond : Amen ! J’adhère et je sais pourquoi, bien que je ne vois pas...

 

J’ouvre une parenthèse :

Il est interdit de regarder le Kohen durant la Birkat Kohanim. La raison qui est donnée est tirée de sources très anciennes qui ont été formulées à une époque du dévoilement de la Shekhinah. Les gestes du Kohen ne sont pas du folklre : entre les doigts du Kohen passait la lumière de la Shekhinah. Cette lumière était tellement forte qu’elle aveuglait ceux qui la regardaient sans avoir le mérite et la capacité de  pouvoir la supporter. Chose impossible à diagnostiquer aujourd’hui sinon à se faire passer pour un mystique ou un fou. Et c’est encore la même explication que l’on enseigne aujourd’hui : le risque d’aveuglement lorsque le Kohen fait la Brakhah. C’était vrai à l’origine.

 

Le sens qui est maintenant donné aujourd’hui après cette période de révélation effective : c’est parce qu’il est interdit de croire que c’est le Kohen qui bénit. Le Kohen se borne à dire : « Que Dieu te bénisse et protège... » Voir le Kohen pendant qu’il bénit risque d’induire cette erreur païenne de croire que c’est  le Kohen qui bénit ! Il ne faut jamais demander à un rabbin : « bénis-moi ! » Il faut demander : « demande à Dieu la bénédiction pour moi ». Cela n’a rien à voir ! Ce n’est pas la même religion !

 

Max Nordau, grand idéologue sioniste, enfant, était très pieux. Sous le talith familial, il a soulevé le voile pour regarder en direction des Kohanim pendant la bénédiction pour vérifier s’il devenait aveugle. Il n’est pas devenu aveugle, mais il a perdu la foi. C’est un peu schématique mais beaucoup de gens ont eu cette expérience-là. Ils ont eu le courage de mettre à l’épreuve des stupidités apprises au Talmud Torah et en ont perdu la foi. Des crises de foi ! Maxa Nordau sa femme a raconté dans ses propres mémoires à elle, que Max Nordau est devenu aveugle à la fin de sa vie. Mais je ne crois pas qu’il y ait un rapport. Ce doit être une coïncidence. (Rires)

 

Je vous cite cela pour préciser que la formulation doit être orale. Si on cite la formulation écrite, valable pour une période et ses conditions différentes, alors on dit des énormités.

C’est vrai dans le langage de la foi, de la piété, que si on regarde le Kohen bénir on est aveuglé. C’est un foi aveugle ! Mais la formule vient d’un autre temps. C’est pourquoi je vous parlai de cette lumière qui traversait les doigts du Kohen. La Shekhinah était derrière le Kohen qui bénissait et appelait la lumière de la Shekhinah entre ses doigts יָאֵר יְהוָה פָּנָיו אֵלֶיךָ, וִיחֻנֶּךָּ Yaer Hashem Panav Elékha vi’houneka - Qu'Hachem fasse rayonner sur toi Sa Chékhina… Ce n’est pas symbolisme du 18ème siécle français, c’est écrit en lettres en hébreu des temps biblique !]

    

Retour au sujet : le doute d’Abraham

Le Maharal a beaucoup étudié cette question. Il faut étudier ces sujets-là sur texte. Au niveau d’Abraham ce n’était pas du tout un doute sur la capacité de Dieu à réaliser ce qu’Il « promet » mais c’est qu’il a un doute sur la capacité de mérite de la descendance d’Abraham et non pas d’Abraham lui-même. Et Abraham sait très bien que Dieu se révèle à lui et sait très bien que Dieu a des raisons de le faire. C’est au niveau de la cohérence du récit qu’il faut comprendre cela.

 

Lekh Lekha 15:8 :

וַיֹּאמַר:  אֲדֹנָי יְהוִה, בַּמָּה אֵדַע כִּי אִירָשֶׁנָּה

Vayomar Adonay Elohim bamah eda ki irashenah ?

Il répondit: "Dieu-Éternel, comment saurai-je que j’en suis possesseur?"

 

C’est ce Ki irashenah qui explique la perplexité d’Abraham au niveau de sa descendance. bamah eda En quoi saurais-je – la ‘daat’ est la connaissance de certitude – que ma descendance sera sur ce pays ? Je le formulerais de cette manière: Abraham a des raisons de se connaître puisque c’est à lui que Dieu parle mais est-ce que sa descendance méritera. Il ne doute pas de lui mais il doute de lui à travers sa descendance. C’est pourquoi le Maharal dit : la vertu exagérée - midah moufrezet dit le Maharal. C’est la maladie des Juifs, cela s’appelle le scrupule moral inutile, exagéré. La vertu exagérée est pire que la vertu opposée : Une charité totale et aveugle cela détruit le monde puisqu’elle permet tous les crimes ! C’est le rôle de la charité absolue de tout pardonner. Donc si le monde se basait sur la charité absolue et totale, le monde serait détruit. C’est également vrai pour la justice stricte exagérée : c’est le légalisme. Mévaleh Olam dit la Guémara.Les juges qui jugent au nom de la justice stricte détruisent le monde. Parce qu’à la première faute on est perdu ! Avec la charité toutes les fautes sont permises, mais avec la justice à la première faute on est perdu ! Il faut donc les deux pour qu’il y ait la vérité morale. On retrouve donc l’unité des valeurs du monothéisme.

 

L’explication du Maharal ce n’est pas du tout de dire que c’est un doute de la part d’Abraham mais que c’est une vertu exagérée. Il a surévalué l’exigence de Dieu : Alors que Dieu contracte alliance avec sa descendance et il se demande si sa descendance méritera ?  Mais c’est Dieu qui a décidé et qui sait ce qu’Il fait !  Ce n’est pas un doute de la part d’Abraham sur Dieu mais c’est un doute d’Abraham sur Israël.

 

C’est la clause du mérite : « Mérite-t’on suffisamment ? ». L’enseignement du Rav Kook est contre cela : A partir du moment où c’est Dieu qui l’a décidé il ne faut plus parler de la clause du mérite, c’est courir au suicide, parce que si on est jugé pauvres de nous ! C’est sur de tout autres motivations que cette alliance est basée. Il y a une Guémara extraordinaire qui dit : « tama zkhout Avot ! le mérite des pères s’est achevé ! » Il y a si longtemps que cela ne joue plus. Assez de se baser sur le mérite des pères ! Mais la Guémara ajoute : « Brit avot lo tamah » mais l’alliance avec les pères elle n’est pas arrêtée...

 

Il faut prendre le temps de remettre en place ces évidences. On est sous l’influence de ce piétisme qui consiste à mettre en jeu la destinée d’Israël dans la clause du mérite. Alors que c’est l’inverse. C’est là le danger de la Midah moufrezet la valeur exagérée selon l’explication du Maharal.

 

En fait, Abraham ne doute pas mais demande un signe de confirmation. Avec beaucoup d’humour, la Guémara et c’est là le véritable esprit-sain que l’on rencontre dans la joie de l’étude : l’humour. Le Roua’h haqodesh l’esprit de sainteté c’est l’humour ! Un enseignement de la Guémara : si deux sages se rencontrent sans éclater de rire on doit les condamner à mort, les fusiller. Aujourd’hui on n’en a plus la force, alors on les fusille du regard. Que signifie deux sages qui se prennent au sérieux ? L’humour c’est précisément ne pas se prendre au sérieux...  Quand deux Talmidei ‘Hakahmim se rencontrent, ils commencent par « Milei de dirouta » ils échangent le fer pour savoir à qui ils ont affaires. Ce sont des « blagues de ’Hakhamim. Et chaque fois que dans la Guémara on étudie des choses  très graves dans la Guémara subitement un grand se lève et dit « Gouzma ! Assez exagéré ! » Vous êtes trop sérieux ! Cela vient de l’araméen.

 

La vertu exagérée :

Or, en Abraham ce n’est pas une faute, c’était une vertu, car Abraham est l’homme de la Midat Ha’hessed et que cela. Seulement l’erreur c’est de se prendre pour Abraham. Israël n’est pas le juste du ’Hessed et que cela. C’est le juste de l‘unité des valeurs. C’est le rôle d’Abraham d’avoir la vertu du ’Hessed et que cela. Et d’exagérer. C’est pour cela qu’il est authentique. Mais c’est pour cela que la promesse le traverse et n’arrivera que jusqu’à Israël. Elle ne s’arrête pas à Abraham. Ce n’est pas à l’homme de Midat ha’Hessed que la Torah va être donnée. C’est à l’homme de Midat haEmet.

 

Suivant le verset [Devarim 33.4] :

תּוֹרָה צִוָּה-לָנוּ, מֹשֶׁה:  מוֹרָשָׁה, קְהִלַּת יַעֲקֹב

 « Torah tsivah lanou Mosheh Morashah Qehilat Yaaqov ».

La Torah que Moïse nous a donnée est un héritage pour la communauté de Jacob.

 

Pas d’Abraham ou d’Isaac. Il faut arriver à Jacob qui sera Israël pour que la Torah soit révélée.

Donc voilà le verset d’Abraham qui demande un signe bamah eda ki irashenah ?

Il ne doute pas de Dieu mais il est là dans ce qui est pour nous un piège. Le piége de l’exigence de vertu exagérée.

 

Alors Dieu lui répond :

15:13

וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם, יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם, וַעֲבָדוּם, וְעִנּוּ אֹתָם--אַרְבַּע מֵאוֹת, שָׁנָה

yadoa teda  ki-guer yihyeh zarâkha  be'erets lo lahem 

Dieu dit à Abram: "Savoir, tu sauras, ta postérité séjournera sur une terre étrangère, où elle sera asservie et opprimée, durant quatre cents ans

 

Tu as demandé bamah eda ki irashenah ?

Alors, yadoa teda savoir, tu sauras  (Vous voyez la correspondance des mots)

ki-guer yihyeh zarâkha be'erets lo lahem Étranger tu seras 

 

il y a déjà là deux niveaux de l’exil :

ð  être Guer étranger : cela veut dire étranger ailleurs que chez soi

ð  be'erets lo lahem être étranger dans une terre qui n’est pas la leur.

 

Au niveau de la Guémara : Le Pshat ici ne veut pas dire que je sois étranger dans une terre qui n’est pas la mienne. C’est cela être étranger ! Mais c’est être étranger dans une terre qui n’appartient pas à ses habitants beerets lo lahem – les Egyptiens lahem. La Torah a raconté au moment de la famine que le Pharaon a dépossédé de la propriété de la terre tous les Égyptiens sauf les prêtres de l’Egypte.

 

On voit à quel point deux perspectives de civilisations vont s’affronter. En Israël, c’est l’inverse: les prêtres n’ont pas de droits de propriété du sol, alors qu’en Egypte, ce sont les prêtres seuls qui avaient possession du sol ! Vous entendez alors le Pshat : ki-guer yihyeh zarâkha  be'erets lo lahem… Et le lo lahem porte sur les Égyptiens.

J’ai été frappé de cela dans l’analogie qu’on a eu dans le temps contemporain avec ce qui s’est passé pour les Juifs en Empire Soviétique.

 

Rappellez-vous l’expression  שַׁלַּח אֶת-עַמִּי « Shalakh et ami : Renvoie mon peuple » tirée de celle de Moïse au Pharaon [Ex. 5:1]: C’est par rapport à ce qui se passait en Russie où les Juifs ne pouvait pas sortir comme les Hébreux du temps de l’Egypte, que cette expression a été employée mais l’Agence Juive l’a employé à sa manière. Moïse avait dit [Ex. 5:1] :

שַׁלַּח אֶת-עַמִּי, וְיָחֹגּוּ לִי בַּמִּדְבָּר

« Shalakh et ami vé ya’hgou li Bamidbar - Renvoie mon peuple et qu’il me serve dans le désert…»

A l’agence juive on a dit : Shalakh et ami… pour qu’ils s’inscrivent à la Avodah… (Rires).

L’empire soviétique était précisément un régime où la terre n’était pas à ses habitants. Exactement comme en Egypte. L’analogie a été jusque-là !

 

Q : On est frappé du rôle de Joseph dans ce processus de dépossession en Egypte ?

R : Effectivement, Joseph a participé à l’installation du régime égyptien en Egypte. Le rôle d’Israël dans le fonctionnement économiques des puissances du temps est un autre problème qui est permanent. A chaque période on trouve un hébreu ou un juif au poste de gestion de l’économie de la civilisation en question. C’est le rôle de Joseph. Joseph d’après tout ce que nous apprenons des commentaires sur la formulation du voyage de Joseph en Egypte, il voulait hébraïser l’Egypte. Mais l’identité égyptienne a été plus forte que l’intention de Joseph. C’est le Remez. Je vous invite à relire l’histoire de Joseph à travers les commentaires du Midrash, en commençant par Rashi, qui nous indique clairement cette intention de Joseph d’hébraïser l’Egypte.

 

Bereshit 39.3 :

וַיַּרְא אֲדֹנָיו, כִּי יְהוָה אִתּוֹ

Son maître vit que Dieu était avec lui.

Rashi :

כִּי ה' אִתּוֹ

שֵׁם שָׁמַיִם שָׁגוּר בְּפִיו

Ki Hashem Ito

Shem Shamayim béfiv

Que Hachem était avec lui : Le nom Shamayim à sa bouche (Midrach tan‘houma 8).

Cela va jusque là dans le Midrash : il avait pris des décrêts pour imposer la circoncision, le repos hebdomadaire...etc. On ne parlait pas de Brit milah ou de Shabat mais on parlait à la manière des socialistes juifs, du repos hebdomadaire minimum et des lois d’hygiènes…

 

Au temps de mes études je me souviens des congés payés imposés par Léon Blum à la France : c’était là Joseph à l’œuvre. Il s’appelait Léon.

 

Schématiquement par manque de temps : Joseph a voulu hébraïser l’Egypte mais l’Egypte a elle aussi égyptianisé Joseph. Je cite un des Midrashim : au point que lorsque Jacob va rencontrer Joseph à la fin de cette histoire, le Midrash indique que Jacob n’a pas reconnu Joseph, parce qu’il avait une barbe égyptienne. Finalement, il faut que spectaculairement Joseph se dévoile pour dire que malgré les apparences : « Je suis Joseph votre frère !». Phrase dite par Pie XI à une délégation du Congrés Juifs Américain.

 

Q : be'erets lo lahem c’était aussi Erets Israël puisque les 400 ans commencent depuis Its’haq ?

R : Nakhon, cela c’est au niveau du Drash. Vous avez absolument raison. C’est en général relié…

Erets Mitsraïm Hi Beit Avadim. Et Beit Avadim cela veut dire la maison des esclaves. Mais le sens est que les esclaves ce sont les Égyptiens. Ils étaient déjà les esclaves du Pharaon et nous étions esclaves d’esclaves. Il faudrait creuser l’analogie avec le régime soviétique qui avait une structure très analogue et qu’on retrouve d’ailleurs dans l’empire d’Assuérus. Il y avait le potentat – ici le Pharaon - et puis le parti du potentat, et puis le peuple. De la même manière dans l’empire soviétique, comme dans l’empire d’Assuérus, il y avait le pouvoir impérial, le parti des Amalécites et le peuple – et dans l’empire soviétique il y avait le dictateur, le parti communiste et les minorités nationales. Par conséquent, les soviétiques eux-mêmes étaient esclaves d’esclaves... Un peu dans ce sens.

 

Je continue :

יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם

Yadoâ Tédâ ki-guer yihyeh zarâkha  be'erets lo lahem 

 

Deux degrés déjà, vous retrouverez les 4 degrés qui sont 5 de la délivrance qui correspondent aux 4 coupes qui sont 5 dans le Seder de Pessa’h. Cf. la parashah Beshala’h de la semaine prochaine. Les niveaux de la délivrance correspondent aux niveaux de la servitude.

 

Lekh lekha 15 :13

וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם, יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם, וַעֲבָדוּם, וְעִנּוּ אֹתָם--אַרְבַּע מֵאוֹת, שָׁנָה

Vayomer le-Avram Il dit à Avram

yadoa teda savoir tu sauras

ki-ger yihyeh zar'acha car étrangère sera ta descendance 

be'erets lo lahem dans une terre qui n’est pas à eux

va'avadoum  et asservis

ve'inou otam et oppressés

 arba me'ot shanah. 400 ans

 

וְגַם אֶת-הַגּוֹי אֲשֶׁר יַעֲבֹדוּ, דָּן אָנֹכִי; וְאַחֲרֵי-כֵן יֵצְאוּ, בִּרְכֻשׁ גָּדוֹל

Vegam et-hagoy asher ya'avodu dan anochi ve'acharey-chen yets'u birechush gadol

Mais, à son tour, la nation qu’ils serviront sera jugée par moi; et alors ils la quitteront avec de grandes richesses.

…/…

lire la suite

 

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Published by Rav Léon Askénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
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