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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 15:08

Parasha - Vaera (1995) 2ème Partie.


http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/vaera_serie_1995/cours_1

 

Face B

 

…/…

Tandis que nous, les enfants des Avot, sommes reliés à la Torah par la dimension de l’obligation, de la Mitsvah.

 

Il faut bien comprendre la différence de comportement d’après la Torah des Avot et des Banim.

Les Pères étaient à eux tout seul, chacun pris séparément, tout Israël. Alors que les fils sont des individus, des personnes individuelles à l’intérieur d’une collectivité. La Torah s’adresse comme loi à la collectivité. Et l’individu dans la collectivité entend l’obligation de la Torah sous forme de commandement : commandement à faire équivaloir son équation personnelle à l’identité d’Israël.

Remarquez que toute la loi est toujours formulée au futur et jamais à l’impératif. On remarque cela depuis le début.

 

Exemple :

J’ai l’habitude de citer l’exemple d’un des commandements les plus problématique dans les dix commandements: Lo Tirtsa’h qu’on entend généralement par « ne tue pas ». On est tellement habitué à l’entendre sous la forme impérative qu’on ne se rend plus compte qu’elle est formulée au futur et qu’on esquive l’essentiel de ce que cela peut signifier pour nous.

 

.../... [coupure de l’enregistrement]

 

Les Avot ont entendu la parole de la Torah mais ils l’ont entendu dans la dimension de la Midah. C’est leur manière d’être qui est la Midah tandis que les Banim l’entendent dans la dimension d’obligation. Il faut réaliser le devoir d’obligation, pour pouvoir être celui auquel les promesses ont été faites. 

 

Bo 12:1-2

 

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה וְאֶל-אַהֲרֹן, בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם לֵאמֹר

Vayomer Hashem el-Moshe ve'el-Aharon be'erets Mitsrayim lemor.

Et Hashem dit à Moïse et à Aharon dans le pays d’Egypte en disant…

הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם, רֹאשׁ חֳדָשִׁים:  רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם, לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה

Ha’hodesh hazeh lakhem rosh ‘hodashim

Ce mois-ci (est) pour vous tête des mois

rishon hou lakhem le’hodeshey hashanah.

Il sera pour vous  le premier des mois de l’année.

 

Et lá apparait la première Mitsvah. Cette 1ère Mitsvah concerne la structure du calendrier. A partir de la sortie d’Egypte, la Torah rappelle que le temps d’Israël est mesuré aux phases de la lune, et le 1er mois de l’année est le mois de Nissan où a lieu la sortie d’Egypte. Alors qu’au temps des Avot, le 1er mois de l’année c’était Tishri- c’est à dire le 1er du 7ème mois (devenu 7ème mois à la sortie d’Egypte). Nous avons ici deux commencements de l’année (en réalité 4) : Le commencement au mois de Tishri et celui au mois de Nissan. C’est étonnant que le début de l’année soit le 1er du 7ème mois ?

 

Avant qu’Israël ne se constitue en société, en peuple, l’identité Israël est dans l’identité père,elle est à l’intérieur de l’année universelle qui est l’année de l’universel humain. L’année des Goyim est comptée à partir de Tishri. Le 1er de Tishri est le jour qui commémore la création du monde et où toute l’humanité passe en jugement. L’année qui commence à Tishri est rythmée par les événements à l’échelle de l’universel. Tandis que l’année qui commence à Nissan c’est l’année propre à l’histoire d’Israël de manière spécifique.

 

Avant la sortie d’Egypte, l’histoire d’Israël à l’indice père est intérieure à l’histoire de la civilisation humaine du temps. Pendant les 6 générations des pères, on avait le 1er Tishri, c’était le 1er mois de l’année pour la civilisation de Babel d’où sortait Abraham. Alors qu’à partir de la sortie d’Egypte, l’année qui commence à Nissan sera l’année particulière d’Israël. Regardez bien le verset :

 

Bo 12 :2

הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם, רֹאשׁ חֳדָשִׁים:  רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם, לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה

Ha’hodesh hazeh lakhem rosh ‘hodashim

Ce mois-ci (est) pour vous début des mois

rishon hou lakhem le’hodeshey hashanah.

Il sera pour vous le premier des mois de l’année.

 

Pour vous qui ? Les enfants d’Israël. On voit ce qui se passe dans cette révélation : il y a une mutation d’identité. Elle passe d’une identité-père à une identité-fils. L’identité-père est l’identité où la Torah est vécue dans la manière d’être des Hébreux. L’identité-fils c’est que cette manière d’être devient obligation d’avoir à vivre selon cette manière d’être.

 

En d’autres termes :

Par rapport à la Torah nous naissons Jacob et il faut devenir Israël pour que les promesses faites à Israël se réalisent. C’est donc Jacob qui a l’obligation de devenir Israël. Tandis que les pères sont d’emblée Israël. Chacun des patriarches a son indice d’identité, Abraham a sa manière, Isaac a sa manière, Jacob a sa manière.

 

Nous avons à travers les siècles des personnes individuelles dans le peuple juif, je ne vous donnerais pas d’exemple d’ailleurs, qu’on appelle les Ye’hidim, « les uniques ». Ce sont des grands maîtres d’Israël qui à eux tous seuls peuvent être tout Israël. On les appelle des Ye’hidim. Ils sont uniques à être cela.

 

Le Rav Kook définissait cela dans son vocabulaire : nous, nous avons des Neshamot individuelles. Chacun participe à l’identité d’une âme qui est une des manières d’être Israël. Tandis qu’il y a des personnes – c’est très rares, il y en a une par génération - qui ont une Neshamah Klalit. Ils participent à une âme collective d’Israël, ce sont les maîtres qu’il faut suivre. Il y a des maîtres à tous les niveaux mais eux ce sont ces maîtres qui décident quelle est la Torah pour chaque temps. Eux-mêmes ne se connaissent pas tel, c’est à postériori qu’on sait que c’était eux. Et en général les contemporains sont en plein désarroi. Il faut vraiment une aide, une inspiration de diagnostic, pour savoir par qui cela passe.

 

On voit la différence entre le temps des Avot et le temps des Banim. J’entends souvent cette énormité, cette stupidité que ce qui fait la grandeur du judaïsme c’est que les Avot, Abraham Isaac Jacob…etc., sont des hommes comme nous. C’est complétement faux. Les Avot ne sont pas des hommes comme nous, leur histoire a ébranlé le monde entier.

Nous, nous devons nous mettre à 600 000 pour être Israël. 

 

Rashi :

 

Rashi va se poser la question suivante dans son 1er commentaire de la Torah. Cette question se trouve 7 fois dans la Torah shébéalpéh (Talmud et Midrash) à chaque fois dans une nuance différente. Rashi va la poser à sa manière :

En principe la Torah aurait du commencer dans ce verset là avec la 1ère des Mitsvot données à Israël. Comment se fait-il qu’elle commence au 1er verset de la Création ?

 

Très rapidement parce que c’est un sujet très vaste.

Il faut étudier la question de Rashi en hébreu:

Il fallait faire débuter (léhat’hil) la Torah comme loi par la première des Mitsvot et pourquoi le texte de la préface de la loi commence à la création (mataan pata’h beBéreshit ) et pas à l’histoire du 1er homme ?

 

Il y a une Tirâ à la Torah, une préface, qui était nécessaire à postériori pour expliquer qui est Hashem qui s’adresse à Israël ? qui est Israël ? qui sont Moïse et Aharon, et que font-ils en Egypte... ? Pour expliquer cela et introduire le texte de la 1ère des Mitsvot il faut a posteriori tout le texte de la Torah depuis le 1er mot. Donc la question de Rashi ne porte pas depuis le texte de Bereshit jusque la 1ère des Mitsvot. Elle ne porte que sur le Maassé Bereshit que sur le premier chaitre qui porte sur la création. Il faut étudier le texte de Rashi en hébreu. Rashi donne la réponse qu’il donne... Cela nous ménerait trop loin.

 

Dès que la Torah se formule en tant que loi il est nécessaire qu’on nous explique qui sont Moïse et Aharon par l’intermédiaire de qui Dieu s’adresse à Israël. Et qui est ce Dieu ? Et qui est Israël ? Et que font-ils en Egypte ? Et de quoi s’agit-il…

 

Donc, toute cette préface historique à la loi comme loi était nécessaire. Et dans cette question globale qui pose ensemble le problème de la loi et de l’histoire – un des commentateurs de Rashi interprète ainsi le problème de Rashi : on aurait pu avoir deux livres: le livre de la Torah qui commence-là et d’autre part un livre d’histoire depuis la création du monde jusqu’à la sortie d’Egypte qui serait un livre historique qui viendrait en tête du livre de Josué, du livre des Rois... etc.

Pourquoi la Torah a-t’elle tenu à les mettre dans un même ensemble qui est la Torah ?

 

Réponse :

Il faut d’abord identifier qui est cet Israël à qui la Torah est donnée. La Torah ne concerne en rien celui qui n’est pas d’Israël. Israël seul est concerné par la Torah. Toute l’histoire d’Israël tourne autour de la tension entre ces trois pôles d’identité : le peuple -  la Torah - la terre Israël. Israël est le seul peuple en tension d’identité avec sa propre identité. Le récit historique de la génération de la sortie d’Egypte ne nous parle que de cela : le conflit entre Israël et lui-même par rapport à la Torah.

 

Et vous remarquez que c’est le conflit que nous vivons actuellement dans la société israélienne de manière beaucoup plus intense que dans n’importe quelle communautés juives parce que c’est dans la société israélienne qu’Israël est Israël. Ailleurs c’est dilué, artificiel, les tensions qui existent dans la communauté juive sont des problèmes de préséance pour le fauteuil de président et vice-président... Ici cela prend une toute autre allure : ce sont des problèmes d’organisations nationales.

 

C’est la raison pour laquelle cette tension entre l’identité d’Israël et la Torah d’Israël est vécue au paroxysme en Erets Israël mais c’est cette histoire que la Torah nous raconte.

 

Moïse sera constamment aux prises avec sa génération sur ce problème. Il est celui en qui culmine l’histoire d’Israël antérieure, et il est celui avec qui commence la révélation de la Torah pour l’histoire d’Israël en vue du monde à venir.

 

Il était donc nécessaire de nous expliquer qui sont Moïse et Aharon. Ici vient se ranger ce texte du dénombrement qui va jusqu’à Moïse et Aharon mais pourquoi s’arrête-t’il là ? Etait-il nécessaire de commencer sans continuer pour nous dire qui sont Moïse et Aharon ? Réfléchissez à la question. Vous avez là un exemple de question d’exégèse de ce texte.

 

***

 

Etude du Midrash sur Vaera

 

Chapitre 6 verset 2

וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים, אֶל-מֹשֶׁה; וַיֹּאמֶר אֵלָיו, אֲנִי יְהוָה

Vayedaber Elohim el-Moshe

Et Elohim parla à Moïse... 

vayomer elav Ani YHWH

Et (ensuite) il lui dit c’est Moi Hashem.

 

C’est un verset très particulier de la Torah

En général nous avons l’enseignement exactement inverse.

C’est Hashem qui se révèle en disant : « Je suis Elohim ».

Ici c’est Elohim qui se révèle en disant : « Je suis Hashem »

Je me borne à vous signaler la difficulté. C’est une étude qui prendrait beaucoup de temps.

 

Juste avant, après le récit des 7 premières plaies, on s’aperçoit que la persécution des Égyptiens contre les Hébreux s’intensifie. Moïse s’adresse alors à Dieu pour se plaindre que le peuple souffre de plus en plus...

Dieu lui répond en lui indiquant qu’il allait les sauver et il donne le programme, mais il ne semble pas que Dieu répond à la question de Moïse : pourquoi ce peuple souffre-t’il tant ?

 

1ère Réponse :

On sait que la sortie d’Egypte s’est produite avant le temps prévu connu de ceux qui avaient la tradition prophétique du temps d’Abraham, qui avait annoncé que cet exil durerait 400 ans. Or, en réalité il n’a duré réellement que 210 ans ! Il y a donc une contestation contre Moïse : ce n’est pas le temps ! Et cette contestation vient, et des Égyptiens qui réclament leur contrat de travail de 400 ans, et des Hébreux qui attendent 400 ans et pas 210 ans !

 

Cela ressemble aux événements du temps contemporain : les Russes qui ne laissaient pas sortir Israël avant le temps et les Juifs qui ne veulent pas sortir parce que ce n’est pas le temps...

 

En fait, nous trouvons la réponse dans la Hagadah de Pessa’h. Il a fallu que Dieu compte 400 ans depuis la naissance d’Isaac pour pouvoir légitimiser la sortie d’Egypte 210 ans après la descente de Jacob. C’est à partir de la descente de Jacob qu’a commencé l’exil, mais étant donné que la postérité d’Abraham commence avec Isaac, alors si on commence les 400 ans à la naissance d’Isaac les 400 ans à partir de Isaac correspondent aux 210 ans à partir de Jacob. 

 

C’est pourquoi nous avons une tradition importante que c’est grâce au mérite d’Isaac que la sortie d’Egypte a pu se faire. C’est d’une façon générale grâce aux mérites des patriarches qui ont accepté le statut d’étranger chez eux pour économiser le temps d’exil de leur descendance si l’exil doit survenir.

 

Les versets sont très clairs et indiquent que Abraham, Isaac et Jacob ont vécu la vie d’étrangers chez eux et cela a économisé un temps d’exil pour leur descendance. En particulier Isaac, seul des patriarches à n’avoir jamais quitté Erets Israël.

 

Abraham est né à Babel et est mort en Israël. Jacob est né en Israël et est mort en Egypte. Isaac est né et est mort en Israël et n’a jamais quitté Israël.

 

Notre lien à Israël est beaucoup plus fort à travers Isaac qu’à travers Abraham et Jacob. Les Juifs qui se rattachent à Abraham et Jacob sont toujours d’une certaine manière aussi des Juifs d’exil. Alors que les Juifs qui se rattachent à Isaac sont les israéliens essentiels.

 

Il est frappant de voir cela : Abraham hésite entre l’exil et Israël, Jacob hésite entre Israël et l’exil. Pour Isaac, pas question. Isaac est le moins connu des 3 patriarches mais le plus important. Isaac est le seul qui n’ait pas changé de nom. Isaac est le seul qui n’a eu qu’une seule femme. Isaac est le seul qui n’a eu qu’un seul pays. Il incarne le monothéisme intégral !

 

Au commencement de notre histoire avec Abraham, et à l’achèvement de notre histoire avec Abraham, il y a une ambivalence, une ambiguïté, entre l’universel et le spécifique. Tandis qu’Isaac  est le seul qui est le spécifique qui consiste à être l’universel. C’est l’importance d’Isaac.

 

C’est important par rapport aux problèmes contemporains.

 

ð  des Juifs d’exil qui viennent en Israël faire un pèlerinage en « terre sainte »...

ð  des Juifs qui sont d’Israël mais préfèrent être à Los Angeles ou ailleurs...

ð  des Juifs qui sont d’Israël et que d’Israël... dimension d’Isaac, même en voyage…

 

2ème réponse:

 

2ème réponse à cette interrogation de Moïse :

Précisément, ces 190 ans d’exil économisés par le mérite des pères, les Hébreux ont dû les vivre de manière accélérée, donc intensifiée, pendant les derniers moments de l’exil d’Egypte. Comme c’est la 1ère fois que cela arrive qu’au temps de la délivrance c’est là que les souffrances de l’enfantement du peuple apparaissent. Cela est tellement étonnant que Moïse intervient pour poser des questions :

 

Dernier verset de Shemot: Chapitre 5 verset 23 :

 

5:23

וּמֵאָז בָּאתִי אֶל-פַּרְעֹה, לְדַבֵּר בִּשְׁמֶךָ, הֵרַע, לָעָם הַזֶּה; וְהַצֵּל לֹא-הִצַּלְתָּ, אֶת-עַמֶּךָ

Oume'az bati el-Par'oh ledaber bishmekha

hera la'am hazeh

vehatsel lo-hitsalta et-amekha.

Et depuis que je suis venu chez le Pharaon pour parler en ton nom 

Il y a du mal à ce peuple là

Et délivrer tu n’as pas délivré ton peuple...

 

Et c’est ce qui explique la manière dont notre verset - Vaera 6:2 - est formulée.

 

Vaera 6:2

וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים, אֶל-מֹשֶׁה; וַיֹּאמֶר אֵלָיו, אֲנִי יְהוָה

Vayedaber Elohim el-Moshe

Et Elohim parla durement  à Moïse...

vayomer elav Ani YHWH

Et (ensuite) il lui dit c’est Moi Hashem

 

Rashi :

Diberoto mishpat

Dieu parla avec lui des paroles de jugement.

 

Chaque fois que le terme Daber est employé cela signifie des paroles dures. Chaque occurrence du nom Elohim signifie Dieu dans son attribut de rigueur comme Juge.

 

וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים, אֶל-מֹשֶׁה

Vayedaber Elohim el-Moshe

Et Dieu comme Juge - Elohim - parla durement  à Moïse...

 

Et la Torah ne précise pas ce que Dieu lui a dit. Après lui avoir dit ce qu’Il lui a dit en réponse à son interrogation difficile du verset 23 de fin de Shemot, alors il lui dit ensuite :

 

וַיֹּאמֶר אֵלָיו, אֲנִי יְהוָה

vayomer elav Ani YHWH

Et (ensuite) il lui dit c’est Moi Hashem

 

Ani Hashem : Je Suis Hashem - Celui qui va réaliser les promesses.

C’est précisément parce que c’est le temps de la réalisation des promesses que cela devient difficile.

 

Rashi :

וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים אֶל מֹשֶׁה

דִּבֵּר אִתּוֹ מִשְׁפָּט עַל שֶׁהִקְשָׁה לְדַבֵּר וְלוֹמָר לָמָּה הֲרֵעוֹתָה לָעָם הַזֶּה

Eloqim parla à Mochè Il a instruit son procès (voir II Melakhim 25, 6) pour s’être exprimé en termes durs lorsqu’il lui avait demandé : « Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? » (Shémot 5,22).

[Dieu] parla avec lui des paroles de jugement, diber ito mishpat, à cause du fait que Moïse a parlé durement (qoushiah question sous forme d’interrogation de difficulté – une contestation – parce qu’il a demandé pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ?)

 

C’est le temps de l’espérance, et au temps de l’espérance il y a les douleurs de l’enfantement qui apparaissent. Comme c’est la 1èrefois, alors on s’insurge : « comment est-ce possible ? Le moment de la délivrance, c’est le moment où l’on souffrirait le plus ? » Les femmes le savent : au moment de l’accouchement, c’est le plus dur ! La 1ère fois c’est l’étonnement et la révolte. Moïse s’en fait le porte-parole. Nous allons voir comment le Midrash formule ces paroles de Dieu à Moïse.

 

Midrash sur le verset 3 :

וָאֵרָא, אֶל-אַבְרָהָם אֶל-יִצְחָק וְאֶל-יַעֲקֹב--בְּאֵל שַׁדָּי; וּשְׁמִי יְהוָה, לֹא נוֹדַעְתִּי לָהֶם

6 :3

Va'era el-Avraham el-Yitschak ve'el-Ya'akov be'El Shaday

Je me suis révélé à Abraham à Isaac et à Jacob en tant que El Shadaï

oushmi Adonay lo nodati lahem.

Et (par) mon nom Hashem (Celui qui réalise) je ne me suis pas fait connaître à eux.

 

Voilà ce qu’il fallait que Moïse découvre :

Le temps des pères est le temps de la promesse. Au temps des pères on peut avoir une foi absolue  sans aucune gêne. La foi est shelemah lorsqu’on est en train de croire à une promesse qui se réalisera. « L’année prochaine à Jérusalem ! ». L’année prochaine est avec une foi parfaite. A Jérusalem c’est là que la difficulté commence. Par conséquent, ceux qui ont la foi des pères ont une foi parfaite. Dans le temps des fils, cela commence à devenir problématique, car il faut réaliser.

 

C’est le problème des Juifs entre eux : ceux qui veulent être des Juifs de la promesse et ceux qui préfèrent être les Juifs de la réalisation. Ceux de l’aisance de la foi parfaite, et ceux qui éprouvent les difficultés. Notre génération sert de révélateur à un problème très difficile. Nous sommes la génération de ceux qui ont cru pendant des siècles, et pourtant une partie infime qui a réalisé, les autres viennent en pèlerinage : ils réclament une place en terre : exactement la vocation du placenta au moment de la naissance. La vocation placentaire. C’est malheureusement vrai. C’est dramatique.

 

Il faut passer du temps de la promesse au temps de la réalisation.

C’est une foi d’une toute autre modalité, la foi qui consiste à espérer dans la promesse et la foi qui consiste à être celui pour qui la promesse se réalise. Pour schématiser, la foi d’un israélien n’est pas au même niveau que la foi d’un juif de l’exil. La foi d’un israélien c’est que c’est dans notre pays qu’on est revenu. Ce sont des problèmes complètement différents. C’est une tonalité spirituelle radicalement différente. Raison pour laquelle les juifs et les israéliens ont de moins en moins de langage commun, surtout lorsqu’ils sont religieux. Les juifs pieux n’ont que peu de rapport avec les israéliens pieux. Les israéliens comprennent les juifs de l’exil, c’est leur origine à tous. Les fils comprennent la foi des pères mais les pères ne comprennent rien de la foi des fils.

 

Tous les nouveaux ’Holim font cette expérience qu’au bout d’un moment on ne se comprend plus avec les cousins : ils n’ont pas la foi d’Israël mais ils ont la foi des Juifs en pays d’exil

 

C’est ce temps de passage qui est la génération de la sortie d’Egypte sous la conduite de Moïse.


Ce qui est frappant c’est que la dernière parole de la prophétie, le dernier verset de la prophétie de Malakhi dit:

3:24

וְהֵשִׁיב לֵב-אָבוֹת עַל-בָּנִים, וְלֵב בָּנִים עַל-אֲבוֹתָם

Veeshiv levavot albanim velebanim al lavotam

Il (le prophète Elie) ramènera le cœur des pères à leur enfant et les enfants à ceux des pères.

 

L’ordre indique que ce sont d’abord les pères qui doivent faire Teshouvah alors après les fils font Teshouvah vis-à-vis des pères. Ce n’est que lorsque les Juifs de la diaspora feront Teshouvah vis-à-vis des Juifs d’Israël que les Juifs d’Israël les reconnaîtront comme leur père.

 

Le tragique de l’histoire actuelle :

Les Juifs de diaspora considèrent Israël comme la terre des ancêtres, alors que ce sont eux les ancêtres des israéliens...

 

6:3

וָאֵרָא, אֶל-אַבְרָהָם אֶל-יִצְחָק וְאֶל-יַעֲקֹב--בְּאֵל שַׁדָּי; וּשְׁמִי יְהוָה, לֹא נוֹדַעְתִּי לָהֶם

Va'era el-Avraham el-Yitschak ve'el-Ya'akov be'El Shaday

Je me suis révélé à Abraham à Isaac et à Jacob en tant que El Shadaï Dieu tout puissant, c’est à dire qui promet.

oushmi Adonay lo nodati lahem.

Et (par) mon nom Hashem (Celui qui réalise) je ne me suis pas fait connaître à eux…

 

Midrash :

Voilà ce que Dieu a dit à Moïse :

« Dommage pour ceux qui ne sont plus là et qu’on ne trouve plus parmi nous »

Dieu dit à Moïse :

« Dommage ceux qui sont partis et ne se trouvent plus-là »

Plusieurs fois je me suis révélé à Abraham à Isaac et à Jacob en tant que Dieu Tout Puissant El Shadaï (Celui qui promet et qui peut promettre) et je leur avais pas fait connaître à eux que Mon Nom est Hashem (qui réalise) comme je te l’ai dit à toi (chapitre 3 Va leur dire « Hashem Eloheinou... ») Or, ils n’ont pas douté de mes Midot. J’ai dit à Abraham : « Lève-toi et marche dans le pays en long et en large, car c’est à toi que je le donne ». Il a voulu enterré Sarah et n’a pas trouvé un endroit pour enterrer Sarah... Et il n’a pas douté de moi.

(Abraham entend une promesse énorme : ce pays c’est à toi... et dans la réalité il ne peut même pas obtenir une tombe à Hévron!) 

 

J’ai dit à Isaac : « Séjourne dans ce pays et Je serais avec toi et Je te bénirai car c’est à toi et à ta postérité que je donnerai toutes ces terres ». Il a voulu boire de l’eau et ne l’a pas trouvée (Cf. le verset : et les bergers de Guerar ont querellé les bergers de Its’haq en disant « l’eau nous appartient » dans les conflits avec les bergers d’Abimelekh -  c’est exactement les problèmes que nous vivons actuellement : à qui appartient l’eau ?) Et il n’a pas douté de moi.

 

J’ai dit à Jacob : « la terre sur laquelle tu te couches, c’est à toi Je la donnerais à ta postérité ». Il a cherche un lieu pour planter sa tente et ne l’a pas trouvé (à Efrad) jusqu’à ce qu’il ait acheté l’endroit pour planter sa tente. Et il n’a pas douté de moi.

Et il ne m’a pas demandé « Mah Shmi quel est mon nom ? » Comme toi tu me l’a demandé.

Et toi dès que Je t’ai envoyé au début de la mission que je t’ai donnée, tu m’as dit : « Mah Shemi quel est mon nom ? » Et à la fin tu m’as dit : « depuis que je suis allé chez Pharaon pour parler en ton nom, ce peuple a eu du mal... »

C’est pourquoi J’ai dit : « Et même je réaliserais mon alliance qui a été donnée aux pères comme Je leur ai promis que Je leur donne la terre », et quand Je leur ai promis sans leur donner ils n’ont pas douté eux. Et aussi J’ai entendu la clameur des enfants d’Israël parce qu’eux n’ont pas douté de Moi. Et bien que Israël de cette génération ne se conduisaient pas bien, J’ai entendu leur voix à cause de l’alliance  que J’ai tranché avec leur pères, c’est pourquoi il est écrit : « Et Je tiens compte de mon alliance. »

 

Au niveau de la foi des pères, il n’y a aucun doute que c’est une foi totale : ce pays est à nous… mais on habite ailleurs ! Si on est dans nos conversations avec les Juifs à l’indice-père il faut savoir que c’est un temps où l’on continue de façon anachronique la vertu de la foi dans le temps de l’attente. Une attente qui continue à être attente au temps où la réalisation a commencé cela conduit à nier la réalité : il n’y a plus qu’une identité mystique c’est à dire mythique. C’est la chose grave qui est en train d’arriver. Le monde entier prend acte qu’au bout de 2000 ans les promesses faites au peuple juif se réalisent, les difficultés sont pour ceux qui les réalisent et voilà qu’il y a toute une ancestralité du peuple juif qui attend au niveau des ghettos le Shalia’h de la Alyiah....

 

Ce qui nous rassure c’est que cela est déjà arrivé avec de graves conséquences cependant : ceux qui n’ont pas voulu suivre Moïse sont restés en Egypte.  

 

On comprend pourquoi, il y a un type de foi, la foi des patriarches, qui est par nature une foi parfaite, alors que la foi des descendants des patriarches du temps de la réalisation des promesses est beaucoup plus difficile.

 

D’autre part, il y a ce danger d’être anachronique : de fonctionner au temps des fils comme il fallait fonctionner au temps des pères.

 

< Fin >

 

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Published by Rav Askénasi - dans PARASHAT HASHAVOUA
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