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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 11:39

Premier Jour de Roch Hashana : engendrement et jugement

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/roch_hachana_premier_jour_des_engendrements_et_jugement/cours_1

Durée : 43,9 minutes
Face A

[ Inversion des cours sur Toumanitou ! Cela commence a la Face B et poursuit sur Face A ]

 

…/…

la racine Bara même en araméen cette langue la plus proche de l’hébreu, cette racine existe et elle ne signifie pas créer, elle signifie « mettre en dehors », alors qu’en hébreu elle signifie « créer à partir du néant ». Il y a une analogie, au niveau de l’imagerie intellectuelle même, entre « mettre en dehors » et « faire exister » : ek-sistere en latin signifie « situer à l’extérieur » : j’existe en tant que j’existe hors de quelqu’un d’autre. C’est ce que véhicule la notion latine « d’existence » qui est différente de la notion « être ».

 

Il n’en reste pas moins que nous sommes en présence, pour la pensée humaine livrée à ses propres forces, d’une impossibilité. Pour la pensée rationnelle et la pensée humaine, c’est d’abord la sécurité des lois de la raison. Ceci dit, il y a d’autres cohérences que celle de la pensée rationnelle, et cela peut être de la pensée vraie. Mais en tout cas pour la pensée rationelle, la notion de commencement ne fait pas partie de la pensée humaine. Parce que la notion de commencement prise au sérieux, c’est celle du commencement de, apparaître à partir de rien : il n’y avait rien et il y a. Yesh Méayin en hébreu. Ayin= il n’y a rien. Yesh= il y a. Mais C’est une notion à laquelle nous sommes familiers par l’éducation biblique, mais au point qu’on a oublié que ce n’est pas une notion rationnelle.

 

Il y a un autre mystère, c’est celui de la naissance d’un enfant, et c’est un mystère beaucoup plus grand. Dans l’apparence, c’est un corps qui a engendré un corps avec la collaboration d’un autre corps. Mais en réalité, c’est une apparition, à partir d’un néant absolu, d’un être différent !

Ceux qui ont eu des enfants le savent:  la venue d’un enfant au monde, c’est un monde qui vient au monde ! Il est là et n’a rien à voir dans sa vie intérieur qui est son « jardin secret » comme disent les poètes, avec les corps qui lui ont donné naissance. C’est pourquoi la Torah prévoit un respect des parents. Parce que c’est grâce aux corps des parents que l’âme de l’enfant est venue au monde.

 

D’ailleurs, ce mot de respect enveloppe toute une série de lois et de prescriptions de la Halakha à ce sujet, mais la base c’est de respecter le corps des parents. Il y a une expression très familière aux rabbins. On respecte quelqu’un en respectant premièrement son corps car c’est grâce au corps qu’il y a une présence. Ce à quoi je fais allusion, ce qu’en termes simples on appelle l’âme de la personne qui apparait à la naissance, c’est la présence de quelqu’un qui est autre et n’a rien à voir avec ceux qui lui ont donné naissance au niveau corporel.

 

C’est pourquoi la Guémara va dire : à chaque naissance trois associés : le père, la mère et Dieu lui-même. Le père et la mère ont fait les corps et c’est Dieu qui donne la présence.

Or, bien sûr qu’il y a un lien. On dira à la limite, je schématise beaucoup car tous les cas particuliers sont possibles, dans l’apparence en tout cas : pas n’importe quelle âme ne vient dans n’importe quel corps. Effectivement, le corps est le véhicule de la présence de l’âme et donc le corps va conditionner à postériori la manière de la présence de cette âme au monde.

Donc dans tous les cas c’est très lié mais pour le comprendre je distingue ces notions. La naissance d’un enfant est autant mystérieuse que la création du monde. Voilà, c’est la première réponse à un niveau formel.

 

Pour relier ces deux notions, je dirais très rapidement : en fait le jour de Rosh Hashanah désigne le jour de la commémoration de la création du monde, mais il faut préciser qu’en fait, il commémore le 6ème jour de la création du monde.

 

L’homme apparait au 6ème jour du récit qu’on appelle le récit de la création.

Et la liturgie de Rosh Hashanah (vous le verrez surtout à Moussaf dans le passage que je vais vous citer) ne dit pas que Rosh Hashanah est Hayom Briat HaOlam mais Hayom harat olam - Jour de la naissance du monde.

 

Le 6ème jour du récit de la création du monde, c’est la création de l’homme.

 

Essayer de bien relier ces deux notions : En fait le jour de Rosh hashanah, dans beaucoup d’expressions traditionnelles, l’histoire du monde commence avec le 1er homme. Ce qu’il y a avant c’est la préhistoire du monde de l’homme.

 

Je voudrais arriver à formuler le lien entre ces deux notions de création de l’homme et création du monde. Il s’agit de la création du monde de l’homme qui n’apparait qu’avec l’homme.

 

Pour donner une explication formelle :

S’il n’y a pas de conscience humaine pour percevoir le monde extérieure, le monde extérieur a une toute autre manière d’exister qu’il a dans notre représentation, tellement autre que par rapport à notre propre représentation c’est un néant.

Un événement du monde extérieur qui n’est pas perçu par une conscience, à travers les catégories de la conscience que sont l’espace et le temps (et nous devons cette analyse en particulier à Kant – on ne peut pas penser ce problème comme on le pensait avant, en tout cas dans le monde philosophique)  le monde extérieur que nous nous représentons, n’est ce qu’il est, que perçu par une conscience humaine. Donc, cette référence au 1er jour du monde, c’est la référence au 1er jour du monde de l’homme. Or, le monde apparait le 6ème jour du récit.  

 

Il y a une indication dans la liturgie ashkénaze: les Seli’hot sont lues à partir du 25 Eloul. Et à partir du 1er Eloul dans le rite Séfarade. Cela se réfère au verset : « Yéhi Or qu’il y ait lumière », et Yéhi a pour valeur numérique 25.

 

Et donc la 1ère réponse à notre question :

Pourquoi est-ce le récit de la naissance d’Isaac qui est relié au commencement du monde ?

C’est parce que c’est le commencement de l’histoire d’Israël dans le récit dévoilé tel que nous l’avons dans la naissance d’Isaac et pas celle d’Abraham qui d’une certaine manière représente la fin de la préhistoire d’Israël. Et l’histoire d’Israël va vraiment commencer avec la naissance d’Isaac d’après cette analogie qui fait que l’événement lui-même est de même nature : La naissance d’un enfant est toujours un mystère quelque soit l’enfant, nous l’apprenons de la aissance d’Isaac.

 

Il y a une telle prodigalité de ce miracle de la naissance de l’enfant dans l’histoire des hommes, que l’on a perdu la familiarité avec ce miracle en tant que miracle. On le perçoit de nouveau quand il y a impossibilité d’avoir un enfant. Alors on se rend compte à quel point avoir un enfant est un miracle.

 

Une telle prodigalité du miracle empêche de voir le miracle du miracle : c’est ce fameux thème du petit prince que je vous cite souvent :  dans le chapitre où il parle d’une planète où il y a une seule rose : on sait ce qu’est une rose ! La prodigalité de la valeur masque la valeur. (La rareté en fait la valeur) Mais chaque valeur est singulière.

Chaque rose est en fait unique et seule, dans l’expérience que l’on en a.

 

Le Midrash met en lumière le fait que chaque naissance quelqu’elle soit est aussi miraculeuse que la naissance d’Isaac. Or, on sait très bien que la naissance d’Isaac est la naissance d’un enfant qui ne pouvait pas naître. C’est cette promesse donnée à Abraham, et la foi biblique commence dans la foi d’Abraham, que cette promesse qu’il aurait un enfant s’accomplira. C’est-à-dire qu’une préhistoire aboutissant à la stérilité absolue s’entend dire le commencement de fécondité, et Isaac se fait attendre, et ce n’est qu’en fin de compte qu’il y a possibilité pour Abraham et Sarah d’enfanter Isaac. C’est là que l’histoire des engendrements d’Israël commence. Par définition, puisque Isaac est le 1er fils de l’homme, l’homme étant Abraham. Et c’est l’histoire du fils de l’homme qui commence avec Isaac.

 

Q : On est passé de la création de l’homme en général, de l’humanité, à celle d’Israël ?

R : Il s’agit de l’histoire d’Israël qui surgit du dedans de l’humanité. L’histoire de l’homme ne va prendre sa signification messianique qu’à partir de la naissance d’Isaac. Et dès ce moment même, l’histoire de l’homme depuis l’origine du 1er homme va se transformer en préhistoire de l’histoire du fils de l’homme. Et il s’agit de l’histoire du fils de l’homme qui nous est racontée en tant que préface à la Torah comme Loi. Tout ce qui nous est raconté avant la naissance d’Isaac, au niveau du problème qui s’est posé à nous parce qu’il y a d’autres seuils, devient préhistoire dès la naissance d’Isaac… En fait le seuil important ce sera le Rosh Hashana de Pessa’h à la sortie d’Egypte. C’est à la sortie d’Egypte que la descendance des Patriarches devient la nation d’Israël à qui la révélation est faite. Mais cette identité de la nation d’Israël, à qui la révélation sera faite, se prépare dans les  engendrements de la famille des Patriarches, lesquels engendrements ne commencent qu’avec la naissance d’Isaac. Je vais vous donner tout de suite une référence dans le texte.

 

Parashat Noa’h :

 

A la naissance de Noa’h au chapitre 6 verset 9

Il nous est d’abord décrit l’histoire des 10 premières générations humaines depuis Bereshit jusqu’à ce verset 9 du chapitre 6. La naissance de Noa’h

Il y a une première tentative de l’histoire humaine qui aboutit à l’échec total. Le déluge. C’est vraiment effacé. Il y a un rescapé Noa’h qui va commencer les engendrements de l’identité humaine.

 

Dès que nous percevons l’histoire de l’homme dans la perspective des engendrements, cela nous renvoie à un sujet très important : c’est que l’histoire de l’homme n’a de signification qu’en vue de la mise au monde du « fils de l’homme ». En hébreu c’est le même mot qui dit « histoire » et « engendrements », le terme Toldot. On est très familier à cela que l’histoire de la bible c’est un récit de généalogies.

 

Il y une modification de l’identité humaine depuis le 1er homme jusqu’à la réalisation de cet objectif qui est l’objectif messianique de l’homme réussi, l’homme vivable, qui sera l’homme vivant.

 

Tout ce passe comme si la perspective de ce récit nous montre que toute l’histoire de l’humanité est un effort d’engendrer l’homme pour qui le monde a voulu être créé et que le texte du récit appelle le « fils de l’homme » : l’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de l’engendrement du fils de l’homme.

C’est pour le fils de l’homme que le monde a été créé. Si c’était pour l’homme que le monde avait été créé c’est un échec. Or, il est bien évident que dans la cohérence biblique il ne s’agit pas d’échec.

 

Je veux dire que l’homme nous apparait dans son histoire comme absolument inapproprié à la réalité qui est celle de ce monde.

 

Si le monde de l’homme c’est le dernier mot de la création alors c’est un échec. Parce qu’il y a le problème posé à l’histoire humaine : la coexistence des individus, la coexistence des frères. C’est le problème de l’histoire humaine qui n’a pas de solution. Le récit biblique est le récit des différentes  tentatives de résoudre le problème de l’équation de la fraternité. On voit qu’il n’a pas de solution.

 

Par conséquent, dès le début on a l’intuition profonde que toute l’histoire de l’humanité est une sorte d’histoire d’une matrice d’engendrement du fils de l’homme. C’est donc pour le fils de l’homme que Dieu a voulu créer le monde.

 

Je me branche-là sur la signification de cette expression de « fils de l’homme » telle qu’elle est chez les prophètes hébreux, en particulier Ezéchiel, car dans la catégorie chrétienne elle a un tout autre sens.

 

Ceci dit, les récits bibliques de la Torah nous révèlent que cette matrice d’engendrement du fils de l’homme, c’est l’identité Knesset Israël, c’est la nation d’Israël, qui en est la matrice d’engendrement du fils de l’homme. Chose qui est reconnue par la théologie chrétienne elle-même. (Si les Juifs n’en était pas convaincu, Dieu a créé les Chrétiens pour les en convaincre).

 

On va s’apercevoir que les engendrements vraiment, qui s’appellent Toladot, commencent avec Isaac. La preuve : Gn. verset 9 chapitre 6.

On a fini avec l’humanité d’avant le déluge par un échec et cela recommence :

 

6 :9 « Et voici les engendrements de No’ah. Noa’h homme juste et intégre dans ses générations et il se conduisait avec Dieu. »

 

Pourquoi la tradition n’a-t’elle pas nommé cette Parashah Toldot mais No’ah ?

 

Il va falloir attendre Isaac pour qu’une Parashah soit nommée Toldot, engendrements. Et c’est là une règle : la tradition va toujours donner comme nom d’une Sidra le 1er mot important du verset. Or, le 1er mot important du verset ici c’est Toldot ?

 

Une lecture inspirée par un des commentateurs du Zohar : c’est parce que dans la lignée de Noa’h, il n’y a pas vraiment Toldot dans le sens plein, c’est-à-dire modification positive d’identité qui fait passer d’une étape à l’autre, de l’identité père à l’identité fils. Il y a une sorte de répétition par copie conforme. Il faudra attendre la famille d’Abraham pour que les Toldot soit vraiment des Toldot.

 

Qohelet - l’Ecclésiaste : « rien de nouveau sous le soleil ». Cela veut dire que tout se répète, dans des formes tellement différentes que cela nous trompe, mais tout se répète. C’est cette espèce de pessimisme apparent du temps selon Qohelet - Ecclésiaste 1:9 :

וְאֵין כָּל-חָדָשׁ, תַּחַת הַשָּׁמֶשׁ   - eïn ‘hadash ta’hat hashemesh - rien de nouveau sous le soleil.

Or, c’est cela l’histoire universelle.

 

Il y a 2 auteurs (Oscar Spengler – Arnold Toynbee) que j’ai étudié qui ont mis cela en évidence qu’il y a des grandes structures dans l’histoire des civilisations qui se répètent sous des formes phénoménologiques différentes, mais le fait de civilisation est le même. Le développement des civilisations passent par tous les âges quelle que soit la civilisation considérée.

Celle de Babel l’a connu, celle des Perses l’a connu, celle du Niger l’a connu. J’ai étudié la chevalerie chez les Nigériens et cela ressemble étrangement à la chevalerie européenne, surtout française que je connais mieux (le roman de la rose).

 

אֵלֶּה, תּוֹלְדֹת נֹחַ--נֹחַ

Eleh Toldot Noa’h Noa’h 

Voici les engendrements de Noah: Noah.

 

Un fils de Noa’h sort d’une machine à photocopier qui s’appelle Noa’h…

Il y a répétition à l’identique : « rien de nouveau sous le soleil ! ». Le temps fait du surplace. Dans une espèce de kaleidoscope de formes diverses et avariées , mais finalement c’est la même chose.

Le Midrash sur ce verset de Qohelet dit « rien de nouveau sous le soleil, mais sous la lune oui ».

Et vous connaissez le Midrash qui compare le temps des Goyim au temps solaire et le temps d’Israël au temps lunaire. Le temps des Goyim est le temps de l’année solaire où il y a des choses autres mais qui sont mêmes.

 

Les deux auteurs auxquels je faisait allusion sont Oscar Spengler et Arnold Toynbee, l’un allemand et l’autre anglais, mais ils ont sur ce problème à peu près la même thèse des structures de développement d’une civilisation.

« Rien de nouveau sous le soleil », d’après le Midrash cité cela signifie alors : il se passe rien chez les Goyim, cela recommence et c’est toujours la même chose. Tandis que le ‘Hidoush - le renouvellement - les Toladot, cela se passe sous le signe de la lune. Et vous savez d’ailleurs que les jours de la fécondité féminine sont comptés par la lune et non pas par le soleil, tout le monde connait la correspondance.

 

***

 

Retour au sujet :

 

C’est la raison pour laquelle l’histoire du fils de l’homme commence à Isaac. Mais il s’agit bien du fils de l’homme.

 

La seule identité qui peut s’acquérir c’est l’identité juive : elle est universelle. Un homme ne devient jamais un autre homme, sauf les Goyim quand ils deviennent juifs. C’est le seul cas. Etudiez bien le problème et voyez qu’il n’y en n’a pas d’autre.

 

Q. un français qui va en Amérique et devient américain ?

R : C’est un français de citoyenneté américaine. Ces descendants sont des américains d’origine française, mais un français toute sa vie reste français même quand il est citoyen américain. Tandis que dès qu’un Goy devient juif, il est juif, le jour même, en sortant de la Tévilah.

Talmud: « au sortir de la Tévila, le Goy est juif à part entière ».

Parmi l’universel humain, il n’y a qu’une seule identité qui est universelle, qui est le véhicule d’une identité unique. La preuve très paradoxale c’est l’exil : les Juifs ont prouvé dans l’exil qu’un hébreu peut être n’importe quel être à la fois. Un juif peut être français, mais aussi allemand…etc. Croyez vous qu’un français puisse être allemand et un allemand être français ? Mais un juif peut être où l’un ou l’autre. A multiplier par toutes les manières d’être non-juifs, toutes honorables par ailleurs.

Les Juifs français croient que la seule manière d’être juif c’est d’être juif-français… Dès qu’on leur parle d’un juif non-français, ils ont un regard de pitié… : « comment est-ce possible ? » « Comment peut-on être persan ? »

Je peux vous le dire d’expérience car en tant que juif de l’exil, je l’ai vécu cela en tant que juif de l’exil en Algérie. la première fois que j’ai appris qu’il y avait des Juifs qui n’étaient pas français ma réaction a été de dire : « les pauvres ! ». Comment est-ce possible de ne pas être français. Nous on était « froncés » jusqu’aux sourcils !  C’est ainsi que l’on parlait là-bas…

 

***

 

Q : Isaac est un enfant qui ne doit pas naître, tout comme Adam harishone selon le Midrash, c’est l’opposition des anges...

R :  Oui, pas seulement pour le Midrash, c’est la même chose. Ta question aurait dû être préalable à la question précédente, tu rejoins. Et Adam a été créé comme père du fils de l’homme.

 

Q : Y a t’il un parallèle entre les engendrements de Adam Harishone et ceux d’Abraham ?

R : On verra ce thème avec les enfants d’Isaac. Il y a une 1ère tentative de l’histoire humaine qui a échoué, et donc il est normal que l’on trouve les structures de la tentative des engendrements dans un certain parallélisme. On le trouve tout d’abord entre la lignée de Caïn et la lignée de Shet. Ensuite, cette structure profonde se retrouve dans la famille d’Abraham.

Le récit biblique commence avec un pessimisme énorme. C’est un récit d’échec successifs qui mènent à des catastrophes successives. Etant le message prophétique de l’espérance humaine comment comprendre que la Bible commence par nous asséner de manière massive et froide, imperturbable, un récit d’un tel pessimisme où tout échoue ?

Le récit de l’histoire humaine : de la première période jusqu’au déluge, on ne se rend pas compte à quel point c’est froid comme impression ! La Torah qui va être le véhicule d’une message d’espérance commence par de tels récits d’échecs et de catastrophes ? On ne se rend pas compte ce pessimisme absolu. Tout est bouché. Chaque équation qu’il faut résoudre aboutit à une catastrophe.

 

Dans ce récit du pessimisme universel, il y a un récit d’optimisme d’espérance qui commence avec Abraham. Un récit dans le récit où les mêmes situations sont reprises dans la perspective d’une espérance de solution. Dans le récit de l’histoire universelle le frère tue le frère. C’est l’histoire universelle où Caïn tue Abel de façon sempiternelle. Cf. toutes ces réunions mondiales pour la paix et que la seule qui les intéresse c’est la nôtre ?

 

Dans la famille d’Abraham l’histoire va commencer lorsqu’on est sûr que le frère ne tue plus le frère. C’est l’amour de Joseph et ses frères. C’est là que Bereshit s’arrête et que l’histoire va commencer. Joseph est un 1er fils aîné qui aime ses frères, alors on a réussi à résoudre le problème Caïn-Abel.

 

Il est donc normal de retrouver les mêmes structures de l’équation de l’identité humaine dans les différentes généalogies. 13 fois dans tout le Miqra, le mot de Toladot qui signifie l’histoire est employé. Il n’est écrit en toutes lettres (avec deux Vav) que 2 fois. La première occurence se trouve en « Eleh Toldot Shamayim Vaarets Béhibaréam », et le dernière qui se trouve dans le livre de Ruth pour annoncer les engendrements de David à partir de Ruth. Dans toutes les autres étapes intermédiaires le mot de Toladot est écrit « ’Hasser - défectif » avec un des Vavim manquant. Pour tous les autres engendrements, il manque un Vav. Il y a un cas particulier ce sont les engendrement de Ishmaël où il manque les deux Vavim, c’est « ‘hasser  vé’hasser », doublement défectif pour indiquer la stérilité absolue. C’est des copies conformes, pur et simple. C’est la bénédiction du nombre. (Très schématiquement, la quantité sans la qualité). La théologie musulmane ne connait pas (et la rejette totalement) la notion de « l’évolution créatrice » pour employer les termes de Bergson, l’idée qu’il se passe quelque chose dans la durée. C’est complétement évacué de la pensée de l’islam : la durée n’a pas de sens, l’histoire n’a pas de sens.

Chez les Grecs on trouve la Ma’hloqet (controverse) entre les deux tendances Héraclite et Démocrite. L’un qui tient compte de la durée et l’autre qui évacue la durée. C’est un controverse dans toutes les traditions philosophiques. Il y a toujours une tradition existentielle pour laquelle la durée est importante, il se passe quelque chose dans l’histoire et une autre qui évacue complétement la durée. 

 

***

 

Deuxième manière de percevoir cette question :

Pourquoi commence-t’on à l’histoire d’Isaac ? et pas à l’histoire de la création du monde donc de l’homme ?

 

Nous allons réfléchir sur un des points de l’analyse : Pour quelles raisons la naissance d’Isaac est-elle si difficile ?

 

ð   Il y a d’abord ce thème d’une stérilité d’une préhistoire antérieure à laquelle est annoncée un message d’espérance de fécondité. C’est lorsque Abraham - qui fait encore partie de cette histoire d’avant les Patriarches d’Israël – il en est la transition – dans la Guémara la question se pose de savoir si Abraham était un Ben Noa’h ou déjà Israël (c’est un sujet important que je me borne à vous signaler) – lorsque Abraham se connaissant comme fin d’histoire, aboutissant à une stérilité absolue,  quand il y a épuisement de « l’élan vital » (Bergson encore), lorsqu’Abraham est capable d’entendre et d’intégrer ce message, la Bessorah, l’annonce qu’il sera fécond, qu’il engendrera et qu’il s’appelle Abraham. C’est la foi biblique qui commence.

 

ð   Il y a un 2ème niveau de lecture qui est important – je m’appuie ici sur les catégories du Midrash - nous avons 3 Patriarches. Pourquoi l’identité d’Israël ne commence-t’elle pas par un profil d’identité comme dans toutes les traditions mais par 3 ? C’est encore un sujet pour lui-même. On apprend que ces trois justes Tsadikim, Abraham, Isaac et Jacob ne sont pas des sosies, des copies conformes. L’un est le fils de l’autre dans le sens des engendrements. Il se passe quelque chose entre chacune de ces 3 identités : Abraham, Isaac et Jacob.

 

Au niveau des vertus fondamentales de l’identité du juste, il y a trois vertus fondamentales très différentes qu’il est nécessaire d’unifier et de faire converger pour que l’identité d’Israël apparaisse.

Israël est fils de Jacob, fils d’Isaac, fils d’Abraham.

 

Fils d’Abraham ce sont les fils d’Abraham. Fils d’Isaac, ce sont les fils d’Isaac. Fils de Jacob ce sont les fils de Jacob. Ce sont trois identités importantes dans l’histoire du monde. Mais Israël c’est fils de Jacob, fils de Isaac, fils d’Abraham. Les trois à la fois ! C’est pourquoi c’est finalement une identité surhumaine.

 

Prises séparément se sont trois identités importante dans l’histoire du monde, mais Israël unifie les trois à la fois. C‘est presque une identité surhumaine finalement. Disons « humaine plus ». L’humanité a passé son son temps à nous rendre sous-humain, ce n’est pas pour rien…

 

La vertu dominante d’Abraham en tant que Tsadik et d’Isaac en tant que Tsadik sont opposées.

La vertu dominante d’Abraham c’est Midat ha’Hessed, la grâce absolue dans le sens théologique, la Bonté absolue, l’altruisme absolue. Alors que la vertu dominante d’Isaac, c’est Midat HaDin la Justice stricte. Son histoire est celle de la mise à l’épreuve selon la justice.

 

Je le dis en 4 phrases mais c’est le sujet du 2ème chapitre que l’on lit le 2ème jour de Rosh hashanah. Il ne pouvait pas naître, il est né, il devait mourir et il n’est pas mort. C’est l’histoire de son épreuve. Il est exemplaire d’ailleurs que comme pour tout individu dans l’histoire du monde Isaac est au centre des 2 patriarches du commencement des engendrements et de l’achèvement des engendrements.

 

Isaac est le fils du père et le père du fils. Mais lui qui est-il ?     

 

Tout un chacun dans l’histoire du monde c’est d’abord Isaac !

 

Alors la destinée de l’individu pour lui-même (c’est intentionnellement que j’emploie le terme d’individu et non celui de personne) est exemplaire chez Isaac. Il a cette vertu d’être capable de mériter le droit d’être, en payant le vrai prix de ce qu’il a reçu en don, son être. Il n’y a qu’un seul vrai prix de cet être que j’ai reçu en don, c’est cet être lui-même ! Quand il est capable de le rendre, il s’acquiert ! C’est au moment où il est capable de rendre son être que Dieu lui dit : c’est à toi ! Et il dit à Abraham : ne le touche pas ! C’est cela l’épreuve !

 

Donc Its’haq a vécu l’intimité de la Midat HaDin. Il est le Tsadik de la Midat HaDin. Il est capable de la Midat hadin (vertu de rigueur et justice stricte).

 

Il a reçu l’être en don et pour que ce don lui soit confirmé comme lui appartenant vraiment – c’est le sens de l’histoire de notre destinée sur terre : acquérir le droit d’être – il faut le payer. Mais à quel prix ? Il n’y a pas d’autre prix que cet être lui-même ! Il n’y a pas d’autre monnaie que « moi » pour payer « moi ». Alors, dès qu’il est prêt à en payer la prix, cela s’acquiert. Vous voyez pourquoi pour Isaac ce n’est pas une épreuve parce que c’est sa vertu d’être Isaac.

 

Par contre, pour Abraham c’est une véritable épreuve parce qu’il est le Tsadik de la Midat ha’Hessed. Il est généreux par excellence, et on lui demande d’être le plus terrible qui soit du point de vue de la rigueur : sacrifier son fils !

 

Regardez ce récit : Dieu après tellement d’efforts pour Abraham finit par faire croire à Abraham qu’il aura un enfant et dès qu’il l’obtient, Il lui dit « rend le moi ! » ? 

On ne se rend jamais compte de ce qu’on lit quand on lit ce qu’on lit ! Le Midrash le met en évidence. D’où la stupéfaction d’Abraham mise en évidence par le Midrash : « l’enfant de la promesse, Tu veux que je Te le rende ? » A quoi joue le monde ?

 

On est tellement imprégné de la mentalité de la culture chrétienne qu’on parle du sacrifice d’Isaac comme s’il avait eu lieu ! Il faut s’en dégager. L’essentiel du message de ce récit c’est justement de nous apprendre que ce sacrifice n’a pas eu lieu. Et on le lit comme s’il avait lieu…

 

Je veux mettre en évidence la différence d’identité entre Abraham et Isaac.

Qu’Abraham engendre un autre Abraham c’est facile. Engendrer Isaac c’est difficile ! Que le Tsadik selon Abraham engendre le Tsadik selon Isaac, c’est cette mutation-là qui est la difficulté. Que la miséricorde absolue engendre la rigueur absolue c’est cela la difficulté.

 

Pour Abraham, engendrer Ishmaël est très facile, il lui suffit de poser le regard sur Hagar...

Abraham est capable de faire un Ichmaël. La bénédiction d’Ichmaël c’est le nombre effarant. Rendez-vous compte à quel point le monde manque d’humour : il présente Israël comme le tortionnaire d’une minorité humaine : le monde arabe ! Manque d’humour total. Et finalement, derrière le monde arabe, tous les musulmans et tous leurs alliés. C’est-à-dire le monde entier : Israël tortionnaire du monde entier…

 

Créer le monde c’est le même thème : créer le monde c’est la miséricorde absolue, c’est-à-dire donner l’être. Le ‘Hessed absolu c’est mettre au monde, faire exister l’autre. La création c’est un acte de ’Hessed absolu. Et ce qui est créé, c’est le monde qui est soumis à la loi de détermination la plus rigoureuse que l’on appelle la loi de la nature.

 

La création du monde c’est la Midat ha ‘Hessed qui créé la Midat HaDin (qui est la Midah de ce monde-ci). Isaac est le Tsadik de ce monde-ci par excellence. Il est le Tsadik de la Midat HaDin. C’est le même thème.  

 

***

Le bon Dieu en a marre de la terre, il convoque Bush, Gorbatchov et Shamir : « la terre j’en peux plus dans 10 jours, Teshouvah ou c’est fini ! ».

Bush convoque son peuple : j’ai deux nouvelles à vous annoncer une bonne et une mauvaise :

Premièrement, Dieu existe mais deuxièmement, dans 10 jours c’est fini parce que vous ne ferez jamais Teshouvah !

Gorbatchov convoque son peuple : j’ai 2 mauvaises nouvelles à vous annoncer : 1- Dieu existe et 2- dans 10 jours plus de terre ! 

Shamir convoque son peuple : j’ai 2 excellentes nouvelles : 1-Dieu existe, on le savait et 2- dans 10 jours il n’y a plus d’Intifada...

 

< fin >

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