Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 11:37

 

 

Premier Jour de Roch Hashana : engendrement et jugement

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/roch_hachana_premier_jour_des_engendrements_et_jugement/cours_1

Durée : 47,3 minutes
Face B

[ Inversion des cours sur Toumanitou : Début Face B – Suite Face A ]

 

Parashah de Rosh hashanah :

La Parashah de la semaine c’est la Parashah de Rosh Hashanah. Comme vous le savez nous avons 2 jours de suite: 1er jour au Chapitre 21 de Bereshit, et le 2ème jour au Chapitre 22 du livre de Bereshit.

Je vous énumère rapidement les sujets des différents chapitres et je diviserais l’étude en 2 parties : 

 

D’abord une introduction sur la question de savoir pourquoi la tradition a choisi le thème de la naissance d’Isaac et le récit de ce qu’on appelle faussement le récit du « sacrifice d’Isaac » et non pas le commencement de la Torah. Puisque Rosh Hashanah est le commencement de l’année et que l’événement historique qui est commémoré c’est la Création du monde, on pourrait s’attendre à priori que la tradition ait choisi comme lecture du commencement de l’année, le commencement du livre de Béréshit ? Or, comme vous le savez, on ne recommencera à lire le début de la Torah à partir de Bereshit qu’à partir de Sim’hat Torah, c’est-à-dire le dernier jour des fêtes de Tishri, le lendemain de la fin de la fête de Soukot. 

 

Pour le temps restant j’étudierais avec vous les thèmes que vous choisirez dans ces 5 thèmes que je vais vous énumérer à partir du chapitre 21 :

 

1-       le récit de la naissance d’Isaac et le conflit avec Ishmaël. La séparation d’Ishmaël de la maison paternelle : on apprend entretemps la naissance d’Ishmaël qui est agé de 13 ans au moment de la naissance d’Isaac. Tout se passe comme si la circoncision d’Ishmaël a lieu à l’âge de Bar-Mitsvah pour Its’haq alors que la circoncision de Isaac a eu lieu à 8 jours. Il y a là un thème qui a été étudié, formulable ainsi de façon rapide: il y a une situation d’identité de préhistoire par rapport à l’identité Yits’haq en tant que descendance d’Avraham. En fait, il faut de suite le préciser : Ishmaël n’est pas le fils d’Avraham mais le fils d’Avram qui est à un autre stade d’identité que Abraham et ce n’est qu’à postériori que la Torah le reconnaitra comme fils d’Abraham, après ce que la Torah appelle la Teshouvah d’Ishmaël par rapport à Yits’haq. Le conflit entre les deux identités commence dès la naissance de Yits’haq et ne s’est pas encore achevé puisque nous vivons en plein les péripéties de la fin. Mais la Torah prévoit qu’il y aura un achèvement à un certain moment du développement de l’histoire des rapports entre Ishmaël et Yits’haq - voyez à quel point c’est très important pour notre histoire générale mais surtout pour l’histoire des générations contemporaines - par une Teshouvah de Yishmaël par rapport à Yits’haq.  

 

2-       Le récit du conflit entre Abimelekh roi de Philistée et Abraham. La Philistée est grosso modo le territoire de Gaza – Azah en hébreu. On a des problèmes avec cela depuis l’origine des temps. Il faut bien comprendre pourquoi c’est situé précisément à l’endroit où c’est situé dans l’enchainement des enseignements de ce récit: premièrement naissance d’Isaac et conflit avec Ishmaël, et immédiatement après la séparation d’Ishmaël d’avec Its’haq, intervention de Abimelekh qui réclame la possession de la terre promise à Israël ? Remarquez encore une fois de plus à travers le temps et un si long temps, le parallèle entre les événements du commencement et les événements de la suite des temps jusqu’à nous. Le véritable conflit sur la terre d’Israël nous l’avons avec la Jordanie puisque la terre d’Israël est censée comprendre la Jordanie. Et s’il y a une solution d’ailleurs il faudra en tenir compte. Je crois que la réalité de l’histoire a une providence qui lui est propre et qui tient toujours compte de la réalité de l’histoire. Mais malgré tout, il est bien évident qu’il n’y a eu que de très rares moments dans toute l’histoire, histoire contemporaine comprise, où ce territoire de la Philistée  - le territoire de Gaza -  Azah - a pu être libéré par Israël, et comme vous le savez, il est un des foyers du problème.

 

3-       Ensuite, il y a la Aqédat Its’haq traduit par le « sacrifice d’Isaac » mais qu’on ne peut appeller ainsi parce que le sacrifice n’a pas eu lieu. C’est important à signaler parce qu’il y a trop de bons esprits qui ont tendance à faire un parallèle entre ce récit de cet épisode de la Bible et la Shoah, en prenant pour modèle de la Shoah un sacrifice d’Isaac qui aurait été accompli. Vous pressentez qu’il n’y a aucune base à ce parallèle sortant de mentalités que je préfère ne pas qualifier, mais malheureusement, tant chez les non-Juifs que chez les Juifs eux-mêmes, il y a une sorte de tendance à établir ce parallèle qui est faux dans l’essentiel et dans toutes ces implication. C’est extrêmement dangeureux.

 

4-       Après la fin de ce récit de la Aqédat Its’haq on s’aperçoit que l’épreuve n’était pas pour Isaac mais pour Abraham. Vous verrez le premier verset du chapitre 22 :

וְהָאֱלֹהִים, נִסָּה אֶת-אַבְרָהָם  

« Et Dieu mit Abraham à l’épreuve ». Aucune allusion au fait qu’Isaac soit mis à l’épreuve dans cet épisode. Le titre traditionnel c’est Aqédat Its’haq : allusion au fait qu’Isaac a été lié (Laaqod = lier, ligoter) sur l’autel. C’est une des passages les plus importants de la liturgie de Rosh HaShanah et de Yom Kipour. En particulier, dans les Seli’hot du rite séfarade et ashkénaze. C’est une des pièces maitresses de la liturgie des Yamim Noraïm.

 

5-       A la fin de ce récit, il y a un tout petit récit qui annonce la naissance de Rivqah qui deviendra épouse de Yits’haq. On l’apprend par quelques versets important que la suite de la lignée dont était issu Abraham, la lignée de Tera’h. Téra’h a eu trois enfant, Haran mort à Our-Kasdim, son fils était Loth le neveu d’Abraham, ensuite Abraham et Nahor. Abraham et Nahor ont quitté Our-Kasdim mais Nahor est resté à ‘Haran. Et Abraham est revenu au pays de Canaan. Dans la lignée de Nahor on annonce qu’il y a une fécondité qui continue dans cette préhistoire de l’exil d’Our-Kasdim, les Hébreux se sont perdus et sont rescapés dans la familles d’Abraham ; et c’est là dans cette matrice d’où était sorti Abraham, que les descendants d’Abraham qui méneront à la lignée d’Israël pourront trouver femme pour continuer les engendrements.

   

Voilà les 4-5 principaux thèmes des récits de ce 2ème chapitre.

Une autre approche d’étude aurait été d’étudier d’abord les différents thèmes que représente ce jour de Rosh Hashanah dans l’année qui est double d’ailleurs puisqu’il y a 2 jours de Rosh hashanah.

 

Nous avons l’habitude de lire l’ensemble de la Torah pendant l’année. Chaque Shabat on lit une partie du ’Houmash, les 5 livres du Pentateuque. On pourrait s’attendre à ce que normalement la tradition décide de recommencer la lecture à partir de Rosh Hashanah. Puisque le récit de la préface historique de la Torah comme Loi commence à la Création du monde et que Rosh Hashanah est la commémoration de la Création du monde et donc le Jour du Jugement.

 

Ce n’est pas le cas et la tradition a décidé que la lecture de la Torah le jour de Rosh hashanah serait ces différents épisodes cités dont le thème général reste centré sur l’identité d’Isaac. Il y a une sorte de commencement de l’histoire d’Israël avec Isaac. Il y a une question dans la question : si on a choisi de commencer le récit par le commencement de l’histoire d’Israël pourquoi a t-on choisi Isaac et pas Abraham ? C’est une question intérieure à une question beaucoup plus générale : pourquoi pas à la création du monde ? Chaque approche de ces questions sont des sujets pour eux-mêmes mais je vous indique la structure du problème.

 

Quelques mots quand même pour désigner l’identité de commémoration de Rosh hashanah:

Le jour de Rosh hashanah a trois dénominations :

 

ð   Rosh hashanah : on s’est habitué à l’appeller Rosh hashanah par excellence. Or, le calendrier hébraique possède 4 Rosh Hashanah différents. C’est encore un autre thème d’étude : pourquoi celui-là a-t’il le privilège d’être le Rosh-Hashanah par excellence ? Thème relié : le calendrier n’a pas de fin d’année, il n’a que des commencements d’années. Je ne peux pas entrer dans ce thème-là qui me prendrait trop de temps: rendez-vous à ‘Hanoukah !  Indépendamment de cette appélation la plus familière de Rosh hashanah, il y a deux autres noms.

 

ð   Yom HaZikaron celui que lui donne le texte de la Torah shebikhtav

 

ð   Yom HaDin le nom que lui donne la Torah shebéalpéh la tradition orale du Talmud,

 

Quelques mots sur ces deux dénominations:

Lorsque la Torah insitue la liturgie du jour de Rosh hashanah, c’est le 1er jour du 7ème mois du calendrier des patriarches. Ce n’est qu’à la sortie d’Egypte que le 1er mois du calendrier hébraïque deviendra le mois de Nissan. Il y a ici encore un sujet pour lui-même. Le pourquoi des deux chronologies dans le calendrier hébraïque : l’un avant la sortie d’Egypte et l’autre à partir de la sortie d’Egypte ? Or, dans le texte de la Torah le mois de Tishrei est appelé le 7ème mois. C’est donc dans le calendrier des Avot jusqu’à la sortie d’Egypte le 1er mois de l’année c’est le mois de Tishri.

Ce n’est qu’à partir de la sortie d’Egypte que le 1er mois de l’année sera le mois de Nissan.

Là encore c’est un sujet pour lui-même dans lequel je ne veux pas pénétrer non plus.

Le texte de la Torah nomme ce jour Yom hazikaron le jour du souvenir.

 

Souvenir en hébreu se dit Zekher bien que la connotation du terme de zekher soit beaucoup plus ample que celle de souvenir du point de vue de ce que serait une philosophie de la mémoire. Mais il y a bien correspondance du point du vue du dictionnaire : un souvenir c’est un zekher. Lorsque  je me souviens d’un événement et que je le rends présent par la mémoire à mon esprit, cela se dit un zekher. La fonction de mémoire se dit Zikaron. Nous avons un autre mot rattaché aussi à la même racine qui est zikhron – petit souvenir.

En général la désinence en « on »  après un substantif a en hébreu en général le sens de diminutif mais peut aussi signifier le superlatif. Zikhron petit souvenir mais Zikaron c’est la mémoire totale le superlatif de Zekher.

 

(Exemples : Shabaton petit shabat, mais la désinence en on peut aussi désigner le superlatif : Elyon superlatif de  Al (sur) - Adam c’est un homme et l’homme ‘plus’ est Adon – un maître qui est comme un superlatif de Adam... etc.)

 

Yom hazikaron, au niveau de la Torah shebikhtav le jour de Rosh hashanah est appelé Yom hazikaron - le jour de la mémoire totale. Nous allons tenter d’en comprendre la signification avec le lien de sens avec la dénomination qui va être donnée par la Torah shebéalpéh : Yom hadin qui est le jour du jugement.

 

Etant donné que le contenu de l’événement de commémoration se relie au commencement de l’histoire du monde, il est évident que par le biais de la relation de sens entre commémoration et mémoire, cela signifie que l’événement de commémoration met en jeu la mémoire totale à partir du commencement de l’histoire du monde.

 

Tous les jours du calendrier, indépendamment de leurs significations religieuses, spirituelles, de préfiguration messianique… etc, d’autre part, sont aussi des jours de commémoration d’un événement historique.

 

Le jour de Rosh Hashanah apparait comme un cas particulier : l’événement historique qui y est  commémoré est l’événement transhistorique de la création du monde.

 

Que signifie alors que la Torah nomme ce jour-là Yom hazikaron - jour de la mémoire totale ?

Cela veut dire que ce qui est mémoré, remémoré, commémoré, c’est la mémoire totale depuis le commencement de l’histoire du monde ! D’où le sens du mot Zikaron - mémoire absolue.

Voilà pour la 1ère définition : Au niveau de la Torah shébikhtav, le jour de Rosh hashanah s’appelle Yom Hazikaron. Zikaron est une sorte de superlatif de Zekher. (En français le superlatif est toujours celui d’un adjectif alors qu’en hébreu nous avons cette catégorie de superlatif des substantifs.)

 

D’autre part, nous voyons tout autrement que la Torah shebéalpéh, elle, va nommer Rosh hashanah: Yom hadin : le jour du jugement.

 

Quel rapport y-a-t’il entre la notion de mémoire et la notion de jugement ?

 

Je vous donne de suite la réponse pour gagner du temps : C’est que nous sommes jugés par la mémoire. Il y a une mémoire totale qui enregistre tout ce qui se passe dans le monde. Le sujet est extrêmement passionnant. Quel est le critère sélectif de la mémoire subjective de chacun qui fait que l’on retient certains souvenirs et pas d’autres ?

 

Avant même d’aborder l’analyse très importante de la psycho-analyse à ce sujet, et les différents niveaux de la conscience du subconscient et de l’inconscient, déjà au niveau de la philosophie de Bergson par exemple, il y a un critère assez répandu dans la culture occidentale : c’est que l’on a tendance à retenir des souvenirs en tant qu’ils sont disponibles pour la mémoire, des souvenirs qui peuvent servir à une action éventuelle plus tard.

 

Au moment de l’enregistrement des représentations, sont engrangées dans une mémoire réserve que l’on appelle sous forme de souvenir à la conscience des représentations que l’on a perçu dans la perspective d’une utilisation future. Si cela sert à… C’est d’allure pragmatiste, c’est un thèse développée dans la philosophie des anglo-saxons qui est marquée par l’utilitarisme et le pragmatisme (alors que la philosophie des latins est plutôt rationaliste).

 

Quelques indices de biologie médicale qui le corroborre : Au-delà de cette mémoire sélective qui est le propre de la subjectivité de chacun, chacun se construit un passé de personalité consciente selon des critères qui lui sont propres. Malheureusement, on ne sait plus maitriser ses propres critères. Les grands, les anciens, savaient maitriser leurs propres critères et étaient vraiment eux-mêmes. Au-delà de cela, admettons qu’il y a une mémoire totale.

 

Si déjà un souvenir de ma vie passée est enregistré - hors de quoi il n’y aurait aucun « moi » derrière mon « je » - et bien c’est que tous les souvenirs sont enregistrés. Seulement, c’est que je suis incapable de les appeler tous à la conscience.  Quels sont les critères de sélectivité ? On en a parlé tout à l’heure, je n’y reviens pas.  Certains sont complétement refoulés, et se vengent : on appelle cela des complexes. D’autres restent disponibles dans une sorte de coffre-fort – de réserve de disponibilité de la mémoire et sont dans le subconscient – non présents dans la lucidité de la conscience mais on peut les appeler si c’est nécessaire.

 

On peut, par le biais de l’étude de la psychanalyse, approfondir ce sujet de manière très profonde. Ce stock considérable de mon passé me juge de façon permanente. Nous verrons que cette notion de la mémoire totale est beaucoup plus impitoyable que la notion dont se sert la Torah Shebéalpéh avec Yom haDin.

 

Yom haDin signifie le Jour où Dieu gère le monde dans la perspective du jugement, c’est-à-dire dans la méditation de la Midat HaDin – la mesure du jugement. On confronte ce qui s’est passé avec une loi de vérité. Sous une forme un peu midrashique : on ouvre le livre de la loi et on ouvre le livre de la mémoire de chacun et on compare.  Mais c’est quelqu’Un qui compare, et avec ce quelqu’Un si j’ose dire, on peut s’arranger...

 

La notion de Din est une notion terrible dans le vocabulaire traditionnel, mais c’est le Din de quelqu’Un, c’est le Din d’un Dayan. On est devant quelqu’un dont on sait que c’est le Créateur et il y a une liturgie possible, il y a une négociation possible. On peut plaider. Mais devant la mémoire absolue, alors là c’est terrifiant!

 

Cela peut apparaître paradoxal mais le terme dont se sert la Torah shébéalpéh est beaucoup plus gentil que le terme dont se sert la Torah shébikhtav qui emploie un terme impitoyable : Yom hazikaron. Et on ne triche pas avec la mémoire ! Les psychanalystes, les psychologues, le savent que lorsque la mémoire se venge, ou plutôt juge, elle est impitoyable. Tandis qu’avec le jugement d’un juge on est rassuré, il y a un juge derrrière la mesure du jugement.

Je referme cette parenthèse.

 

***

 

Ceci renforce d’autant plus la question que nous allons étudier :

S’il en est ainsi, pourquoi ne pas lire le récit de la création du monde plutôt que de commencer par le récit de la famille des Patriaches ?  Et question dans la question, pourquoi commencer par le récit de la naissance d’Isaac et non pas par le récit de la vocation d’Abraham ?

Puisque nous n’avons pas le récit de la naissance d’Abraham, mais nous avons le récit de la vocation d’Abraham qui est une Alyiah : il décide de quitter l’exil d’Our-Kasdim et décide de rentrer chez lui au pays de Canaan.

 

Il y a une controverse chez les commentateurs : est-ce que déjà à Our-Kasdim la capitale de l’empire de Nimrod ou sur le chemin à la frontière dans la ville de ’Haran il a une révélation qui lui confirme que son initiative était authentique ?

 

Dans toutes les décisions à prendre qui sont décisives, cruciales, l’initiative doit venir de l’homme en toute autonomie, et il y a révélation de confirmation par la suite. Mais en principe on devrait pouvoir s’en passer.

 

C’est-à-dire que le geste d’Abraham décidant pour lui et sa famille de quitter Our-Kasdim pour entrer dans le pays de Canaan c’est là l’essentiel. Ce n’est pas un voyage simple, entretemps certains restent en cours de route et sont devenus les présidents de la fédération sioniste de ‘Haran et sont restés là-bas...

 

Pour en revenir à notre question, nous n’avons pas le récit de la naissance d’Abraham mais nous avons au moins le récit de sa vocation. Que cherche-t’on donc dans ce commencement historique en situant la lecture de la Torah du Rosh Hashanah à la naissance d’Isaac ?

 

Je vais vous donner deux lectures du problème parmi d’autres.

 

***

 

Q: Qui a décidé des lectures des Parashiot dans le calendrier ?

 

R:  Il y a une règle traditionnelle depuis le temps du 2ème Temple, du retour de l’exil de Babel, après la destruction du 1er royaume de Judah que Ezra a institué un cycle de 3 ans permettant de lire l’ensemble de la Torah - les 5 livres du Pentateuque - sur une période de 3 ans. Un peu plus tard les Tanaïm - les maitres de la Mishnah – ont décidé que le cycle de lecture de la Torah serait d’un an.

C’est très important. Nous nous trouvons à l’époque de la cessation de la prophétie. Or, tout le récit de la Torah, y compris la préface historique, était la mémoire commune de la carte d’identité d’Israël connue par chacun. Mettez vous dans l’aire culturelle française : pour un français moyen on n’a pas à expliquer ce qu’est être français. L’histoire de chaque identité commence du dedans de l’évidence d’une identité nationale. Mais voilà que l’identité juive qui est, elle, d’origine hébraïque a besoin de se ressourcer à sa propre connaissance d’identité de façon perpétuelle. Pourquoi ? Parce que l’identité hébraïque était à un temps du monde d’une toute autre nature. Le temps où il y avait prophétie. Par conséquent, l’hébreu vivait dans un monde baignant de Névouah de prophétie et de Bible, la Torah imprégnées des évidences bibliques. La prophétie s’arrête entre la destruction du 1er temple et le retour, 70 ans après, de Shivat Tsion, de l’exil des Judéens de Babel dirigé par Ezra et Néhémie. Et c’est le temps du récit de l’épisode raconté par le livre d’Esther. C’est la fin de la révélation biblique. Le Talmud enseigne que Ezra est descendu en exil comme « fils de prophètes » et est remonté de l’exil comme « père des sages ». Jusque-là il y a avait le temps de la Prophétie qui nous est maintenant non identitifiable : aujourd’hui on vit dans un monde sans prophétie ! Sauf pour ceux qui étudient de quoi il s’agit, on les appellent des Kabbalistes. Cela existe mais je ne vous en dirais pas plus. Or, notre monde n’est pas celui de la prophétie.

 

Exemple : la Bible parle des anges avec une tranquilité d’ange. Qui sait ce qu’est un ange ? Cet être ange est étrange ! C’est évident qu’on n’est pas dans le même monde. Le monde de la bible nous est très familier parce que c’est le nôtre, mais il est très décalé. Celui qui dit comprendre ce qu’est un ange, où bien il fait semblant où bien il faut le soigner…

 

Il faut rendre cela à la poésie, à l’art, mais il est bien évident qu’à partir de ce moment de l’arrêt de la prophétie, l’identité de l’hébreu va changer pour devenir l’identité juive.

 

Alors, la tradition juive dès le début va instituer la répétition, dans le sens noble, de la lecture de notre carte d’identité chaque année, de telle sorte de ne pas nous couper de notre propre mémoire.

 

D’ailleurs, on peut dire que beaucoup de choses ont préservé notre identité à travers ces 3000 ans d’histoire depuis la fin de la prophétie - 3000 ans et plus – ce qui est un phénomène inexplicable dans l’histoire humaine. Comment cette identité juive d’origine hébraïque résurgit en tant qu’identité hébraïque, 3000 ans après ?

 

Beaucoup de choses ont été préservées mais en particulier cette fidélité de la récitation de ce récit chaque Shabat. Ceux qui ont vécu dans une communauté de l’exil savent à quel point le Kahal, l’assemblée, même lorsqu’elle ne comprenait pas du tout ce que le ‘Hazan cantilait sur la Tévah hurlait à la moindre faute car ils connaissait par cœur par onomatopée le chant. C’est une des choses qui ont préservé cette mémoire…

 

Et alors on a découpé le texte du ’Houmash en autant de sections - Sidra ou Parasha- et les érudits les nomment péricopes.

 

D’où notre question :

On recommence donc à lire la Torah chaque année pourquoi pas le jour de Rosh hashanah ?

La Guématria du mot Vayavdel est 52 : il y a autant de Havdalah le samedi soir que de Parashiot.

 

Q: Yits’haq est né à Rosh hashanah ?

R: C’est un autre problème, je ne veux pas entrer là-dedans. Je vous donne le nom d’un livre : Seder hadorot qui donne tous ces secrets pour tous les personnages bibliques jusqu’à nous.

 

***

 

Les deux questions qui se recoupent :

=> Pourquoi  ne recommence t’on pas la lecture de la Torah à Rosh hashanah ?

=> Pourquoi c’est le récit d’Isaac et pas Bereshit qui est lue à Rosh hashanah ?

 

Rabénou Be’hayé, maitre du moyen-âge espagnol, a signalé que le mot de Bereshit met en évidence

les lettres de Alef béTishrei = 1er de Tishri. C’est intéressant car l’expression est araméenne mais Bereshit est en hébreu.

 

Je vais vous citer 2 lectures du problèmes parmi d’autres réponses traditionnels:

 

Si nous prenons le concept de création au sérieux, alors il faut se rendre compte que c’est un concept qui dépasse l’intelligence humaine, seulement nous y sommes habitués par l’enseignement biblique. Nous sommes tellement familiers à l’évidence qu’il véhicule pour une conscience de foi qu’il nous semble que c’est un concept qui fait partie de la pensée humaine. Je vous donne un certain nombre de raisons très rapidement qui montrent qu’il n’en est rien. Ce n’est pas « un être de raison » comme disent les logiciens mais « un être de foi » en tant qu’être de connaissance. Parce que ce mot de Bereshit -  au commencement -  fait allusion à un événement qui ne s’est produit qu’une fois, et auquel aucune conscience humaine n’a assisté.

 

Nous avons dans la pensée humaine des concepts clairs, rationnels, mais analogues à l’idée du commencement absolu. Il s’agit par exemple de « début », « avant », « auparavant »..., mais l’idée d’un commencement absolu avant lequel il n’y avait rien est une notion qui ne fait pas partie de la raison humaine. Elle nous est familière mais nous est connue uniquement par la révélation biblique.

 

Je vous donne une autre argmentation pour vous montrer jusqu’où plonge ce problème.

On s’est demandé pourquoi c’est le 1er mot du 1er verset, ce qui fait que la Torah, la Bible, commence par un Beit. La sagesse juive pousse la logique de ses propres questions jusqu’au bout ; et cela semble même parfois exagéré. On s’est demandé pourquoi par la lettre Beit qui est la 2ème lettre de l’alphabet et non par la lettre Alef 1ère de l’alphabet ? Les 10 commandements commencent par Alef avec Anokhi. Aors le Midrash donne une réponse, ce n’est pas notre sujet.

Je relie la réponse que donne le Midrash avec notre question :

בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים, אֵת הַשָּׁמַיִם, וְאֵת הָאָרֶץ

Bereshit Bara Elohim et Hashamayim véet Haarets.

Traduction littérale:

Au commencement créa Dieu les cieux et la terre.

 

La question demande pourquoi pas « Dieu créa au commencement les cieux et la terre ».

(Le terme Elohim « Dieu » commence par la lettre Alef première lettre de l’alphabet)

 

D’autant plus qu’il y a une discussion entre les maîtres du Talmud et les philosophes de l’antiquité grecque conservée par le Talmud : il y avait un danger et malgré ce danger ce verset est tel qu’il est. Dans les traditions pré-philosophiques mêmes du monde pré-philosophique en Grèce déjà, il y avait la notion d’une super divinité qui serait le commencement qui aurait créé Dieu en même temps que les cieux et la terre. Malgré ce danger-là la Torah a maintenu cet ordre.

Exemple de la mythologie grecque : Chronos dans la mythologie grecque engendre les Titans qu’il dévore perpétuellement. C’est le temps qui engendre les 12 mois de l’année et les 12 mois sont avalés par le temps chaque année. Le mystère du début du temps - en tant que la durée - ferait apparaitre une super divinité qui s’appellerait Bereshit. On retrouve cela dans le langage de la franc-maçonnerie pour ceux qui connaisse un peu ce monde.

Malgré cela on a gardé l’ordre. Si le verset avait commencé par « Dieu créa au commencement », il y aura eu un Alef initial ! Elohim Bara Bereshit…

 

L’enseignement donné à ce sujet:

Bereshit Bara Elohim

Au commencement créa Dieu…

Pour pouvoir aborder la notion de Dieu, il faut d’abord posséder la notion de création et pour pouvoir posséder la notion de création il faut posséder la notion de commencement. C’est un ordre des valeurs révélées : d’abord admettre la notion de commencement, ensuite on peut comprendre celle de création et à ce moment-là seulement on peut entendre la notion de Dieu.

La première définition que l’enseignement biblique nous donnera de Celui que nous nommons Dieu c’est Qu’Il est le Créateur.

Donc, première révélation, la notion de commencement.

Deuxième révélation la notion de création.

Troisième révélation, la notion de Dieu : Bereshit Bara Elohim…

 

Dans tous les cas, ce que je voulais indiquer c’est que nous n’avons pas dans la pensée humaine une notion sui generis qui désigne ce que désigne ce mot hébreu de Bereshit le commencement absolu.

 

Vous savez comment les philosophes et les théologiens le définisse par le terme latin ex-nihilo : à partir du néant. 

 

On ne parlera, les choses étant prises au sérieux, de la notion de création comme en parle la Bible que d’une création ex-nihilo. S’il s’agissait de la modification de ce qui existait auparavant c’est un autre terme que la Torah emploierait, le terme Yatsar (façonner), le terme Asso (faire).

 

D’ailleurs, dans la plupart des traductions, c’est souvent un terme qui signifie le verbe faire qui traduit le verbe hébreu de créer. Je pense par exemple au grec et au latin : Facit et Poeïn. Ce terme de Bara – créer - n’existe qu’en hébreu dans le sens qu’il a dans la Bible : à partir de rien.

Ensuite, une fois entendu l’enseignement de la Bible, dans n’importe quelle langue, on peut y projeter le sens de « créer » sur un autre mot.

 

 

 

.../... 
lire la suite ici

*****

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Rav Léon Ashkénazi - dans CALENDRIER & FÊTES
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche