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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 12:22

Naissance d’Isthaq, création du monde et Rosh hashanah (1987)

 

 

 

Face A - Durée : 46,4 minutes

 

 http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/la_naisance_d_isaac_et_la_creation_du_monde/cours_1

Je vais essayer d’abord de vous donner une petite introduction concernant le fait que la Massekhet a choisi le récit de la Torah concernant l’histoire de Yits’haq comme Sidra ou Parasha du jour de Rosh Hashanah.

 

Comme vous le savez Rosh Hashanah c’est le commencement de l’année d’après le calendrier rituel des Avot. D’après le calendrier rituel de la Torah elle-même à partir de la sortie d’Egypte, le commencement de l’année c’est le mois de Nissan. Alors que Rosh Hashanah c’est le commencement de l’année au mois de Tishri.

C’est une chose peu connue ou peu étudiée que la Torah situe toutes les Mitsvot concernant le mois de Tishri au 7ème mois. Puisque au moment de la sortie d’Egypte vous avez cet enseignement déjà dans la Parashat Ha’Hodesh qui se trouve au début du livre de Shemot racontant la sortie d’Egypte : c’est le mois de Nissan qui est choisi comme étant le commencement de l’année. 

 

En fait, lorsqu’on étudie la Massekhet Rosh Hashanah dans le Talmud on sait qu’il y a 4 commencements de l’année. Pour le moment je vais parler que de ces deux principaux. Le commencement de l’année qui commence à Nissan et le commencement de l’année qui commence à Tishri.

 

C’est un sujet très large que vous pourrez suivre dans les cours concernant le calendrier en général, en ne parlant que d’un point très précis, c’est cette surprise que l’on peut avoir, si on n’est pas suffisamment au courant des sources plus anciennes, qu’il aurait eu deux calendriers hébreux. L’un commence à Tishri et l’autre qui commence à Nissan.

Or, le récit de la Torah est le récit donné à la génération de la sortie d’Egypte. 

Donc pour la génération de la sortie d’Egypte le commencement de l’année est à Nissan. Et voilà que la Torah elle-même définit notre Rosh Hashanah comme étant le Rosh ‘Hodesh du 7ème mois !

 

L’explication est très simple. Il y a eu deux périodes différentes de notre histoire. La 1ère est la période des Avot, et le calendrier au temps des Avot était le calendrier où le commencement de l’année est à Tishri. Ensuite, la 2ème période qui n’est pas terminée mais finira aux temps messianiques (qui commencent déjà mais c’est un autre problème, bimhéra béyaménou)  c’est à partir de la sortie d’Egypte, c’est le temps de Banim. La Torah s’adresse aux Bnei Yisraël : « Daber el Bnei Yisraël… » Et elle rappelle les révélations des promesses qui ont été faites aux Avot.

 

Le temps de Avot est encore intégré dans le temps universel, qui lui commence à Tishri.

La commémoration du 1er Tishri, c’est la Création du monde. Alors que la commémoration de Nissan, c’est la sortie d’Egypte, c’est-à-dire le commencement de l’histoire d’Israël comme nation.

 

C’est un problème qui a énormément de dimensions d’études à travers tel ou tel texte, surtout les commentaires de la Torah, et il faut réintégrer le passé immédiat de cette histoire d’Israël qui apparemment devrait commencer au temps des Patriarches, mais qui pour la Torah commence en réalité à la sortie d’Egypte.

 

La réponse essentielle c’est que l’histoire d’Israël commence vraiment quand Israël est une nation. Alors qu’Israël est encore à l’échelle des individus qui commencent avec Abraham, ce n’est pas encore le temps de révéler la Torah. Ce qui signifie que pour la Torah, l’entité Israël à qui la Torah s’adresse, ne commence qu’avec le temps des Bnei Israël.

 

C’est pourquoi ensuite on réintégre le fait que les Patriarches ont déjà reçu des Mitsvot mais pas la Torah. C’est un sujet en lui-même : Adam harishone a reçu une Mitsvah ensuite Noa’h a reçu les Shevat Mitsvot des Bnei Noa’h, ensuite Abraham a reçu une Mitsvah... Jacob a reçu une Mitsvah… mais la Torah c’est vraiment au temps de la sortie d’Egypte...

 

Ce problème est étudié en particulier par le Maharal dans le Gvourot Hashem lorsqu’il pose la question de savoir pourquoi la Torah n’a pas été déjà donnée au 1er homme Adam harishone ? Et si déjà on a une réponse, qu’il nous donne, pourquoi la Torah n’a-t’elle pas été donnée à Avraham ?

Le Maharal met en forme là, les enseignements précédents qu’il a systématisé, pour nous faire comprendre que la Torah ne s’adresse à Israël que lorsqu’Israël est un Klal. On retrouve-là déjà le vocabulaire du Rav Kook.

 

C’est aussi un sujet en lui-même : la Torah ne s’adresse comme Mitsvah à l’individu qu’à travers le Klal Yisraël. Tant que le Klal Israël n’est pas constitué, et il ne se constitue qu’à la sortie d’Egypte sous la direction de Moïse, la Torah ne s’adresse pas en tant que Mitsvah à l’individu.

 

Les Avot, et après le temps des Avot, Abraham, Yits’haq et Yaaqov, la tribu de Lévi tout entière et les Rashéi Sanédraot des autres tribus, ont vécu d’après la Torah, mais pas dans la dimension de la Mitsvah. C’est-à-dire obligation que l’on doit appliquer pour être quitte de l’obligation.

(J’ai traduit en français 4-5 mots importants mais le mot important c’est Mitsvah dans le sens de ‘Hiyouv, ‘Hovah.)

 

On a l’habitude d’expliquer ce problème en disant que les Avot, jusqu’au temps de la sortie d’Egypte et de Moïse, ont vécu la Torah sous forme de Middah – leur modalité d’être.

 

L’individu des Bnei Israël reçoit l’obligation de cette « manière d’être », à travers l’obligation de la ‘Hovah, de la Mitsvah ; mais à travers le Klal de la société d’Israël. 

 

J’ai donné cet exemple pour montrer la différenciation de 2 époques : nous ne vivons pas le temps des Avot, nous vivons le temps des Banim, et donc à partir de la sortie d’Egypte, le temps est organisé d’après la structure du calendrier de l’année, à partir de Nissan.

L’événement fondateur de commémoration est la sortie d’Egypte, le commencement de l’histoire d’Israël. Et la parenthèse portait sur le fait que l’histoire d’Israël est l’histoire du Klal Israël. Avant c’est une préhistoire.

 

Si l’histoire des Patriarches n’avait pas abouti à l’histoire du Klal Yisraël, la Torah ne l’aurait pas raconté. Cela se serait résorbé comme les tentatives depuis le 1er homme de faire exister le Klal Yisraël et qui ont échoué avant Avraham. Elles ont été résorbées dans le récit et ce n’est que le Midrash qui les réintègre.

 

Donc, nous avons, indépendament des 4 polarités des Arbâ Rosh hashanim des 4 commencements de l’année, je ne parle que de ces deux-là : deux calendriers hébraiques qui s’entremêlent :

 

ð   le calendrier de l’histoire universelle dont l’événement fondateur de commémoration porte sur la Création du Monde.

 

ð   Le calendrier de l’histoire d’Israël dont l’événement fondateur de commémoration est la sortie d’Egypte. 

 

C’est pourquoi nous avons dans énormément de textes liturgiques en particulier le Qidoush :

« Zekher Lémaassé Bereshit » ou « Zekher litsiat Mitsraïm »

 

A un certain niveau, c’est la même signification de commencement mais dans deux registres différents : le commmencement de l’histoire universelle où vient se ranger des événements de l’histoire d’Israël mais en filigrane, et le commencement de l’histoire d’Israël où également viennent se ranger aussi des événements de l’histoire unniverselle mais en filigrane.

 

Nous avons ainsi deux années à commémorer simultanément, en réalité 4.

 

Ce paradoxe apparent que le commencement de l’année c’est bien Rosh ‘Hodesh Tishri  - que l’on nomme jamais ainsi mais sous l’appellation Rosh Hashanah - ce paradoxe que le commencement du point de vue de « Zekher léMaassé Bereshit » c’est bien Tishri, alors que la Torah parle de « Ha’Hodesh hazéh la’hem Rosh ‘hodashim » en parlant de Nissan. Parce que c’est la Torah d’Israël.

 

Et ce que je disais précédemment, c’est que le temps des Avot, d’une certaine manière, est encore dans le temps de la nuit universelle dont il n’émerge qu’à la sortie d’Egypte.

 

Pour le dire autrement dans un autre vocabulaire:

Le calendrier qui commence à Tishri c’est le calendrier de la civilisation d’où les Avot sont sortis -  la civilisation chaldéenne – alors que le calendrier de la civilisation d’où les Banim sont sortis – la civilisation égyptienne - commence à Nissan. C’est un autre registre d’analyse mais cela se recoupe finalement dans le contenu et revient au même.

 

Votre question pour la situation des Sidrot de Rosh hashanah dans le Sidour, dans le Ma’hzor plus exactement, puisque vous savez que le Sidour des fêtes s’appelle le Ma’hzor tant chez les Séfardim que chez les Ashkénazim avec des emplois différents du mot de Ma’hzor. Ma’hzor cela veut dire le cyle qui revient.

 

Finalement notre problème c’est que au lieu de commencer à lire le commencement de la Torah Bereshit Bara Elohim.... (lecture qui ne se produira qu’à Sim’hat Torah) on lit l’histoire de la naissance d’Isaac, le 1er jour.

Cela commence par וַיהוָה פָּקַד אֶת-שָׂרָה   Et Hashem se souvint de Sarah… au chapitre 21. Et puis Aqédat Its’haq le 2ème jour, le récit du « sacrifice d’Isaac ». Non pas le « sacrifice d’Isaac »  mais c’est le sacrifice l’épreuve d’Abraham : il y a écrit (Gn. 22:1) :

וְהָאֱלֹהִים, נִסָּה אֶת-אַבְרָהָם  

Vé-HaElohim nissah et Avraham 

Et Elohim éprouva Abraham.

Et non pas Isaac. La traduction ne traduit rien mais trahit beaucoup.

Il faudrait dire Aqédat Its’haq - ligature d’Isaac.

 

La question est :

Pourquoi pas commencer par la Sidra de Maasseh Bereshit ? Et après la réponse, question dans la question : Pourquoi pas par l’histoire d’Abraham plutôt que celle d’Isaac ?

C’est très paradoxal. On comprendrait qu’on commence l’histoire des Patriarches à Pessa’h. Mais pourquoi commencer par l’histoire des Patriarches à Rosh Hashanah de Tishri ? Cela a l’air paradoxal. Et s’il y a réponse pourquoi commencer par Isaac davka et pas par Abraham ?

 

C’est donc qu’il y a un lien dans le contenu de ce récit avec le thème de Rosh hashanah. Je vous le rappelle brièvement : Tous les jours commémoratifs du calendrier commémorent, indépendamment de leurs significations spirituelles, métaphysiques ou religieuses traditionnelles, un événement historique. Quels que soient les cas où il y aurait exception, c’est une apparence, car on trouve  toujours un événement historique.

 

Rosh hashanah, c’est l’événement historique par définition : la Création du monde. C’est un événement historique. C’est avec la Création du monde que le temps commence mais c’est déjà dans le temps. Comment commence le 1er verset ? Bereshit Bara Elohim…

 

Rabénou Be’hayé était un élève de l’école de Na’hmanide, vers le 11ème siècle, note un enseignement de la Kabalah qui voit dans le mot de Bereshit le Notarikon de Alef BéTishri 1er de Tishri.

 

Mais dans cette note un peu particulière parce que Tishri n’est pas un mot hébreu mais araméen, nous savons par tradition que Tishri commémore la création du monde. Ce qui est dit de façon très explicite dans les prières de Rosh hashanah.

 

Comment relier cela avec le récit de l’histoire d’Isaac ?

 

On trouve un début de solution dans le fait que la Torah shébikhtav l’appelle Yom hazikaron et la Torah shébéalpeh l’appelle Yom hadin.

 

L’évangile de Saint-Jean dit : « Au commencement était le Verbe »

Ce qui est différent de l’expression traditionnelle hébraïque que Dieu a créé le monde par Sa parole. Parce que ce mot de Verbe est en réalité dans les sources chrétiennes le mot de Logos. En français Logos se traduit par « Verbe » mais c’est différent de parole en hébreu.

 

En termes juifs on devrait dire au contraire : « Au commencement était l’adverbe » et non pas le Verbe. Bereshit est un adverbe. Pas n’importe lequel : l’adverbe « au commencement de ».

 

Et donc, l’événement historique qui est commémoré à Rosh hashanah c’est bien l’événement du commencement.

 

Il faut retenir la correspondance entre la manière dont la Torah Shébikhtav désigne ce jour de Rosh Hashanah en l’appelant Yom hazikaron et la manière dont la Torah Shébéalpeh le désigne : Yom HaDin. Il y a une correspondance entre les deux que je vous indique rapidement.

 

Dans notre question, nous cherchons un lien positivement direct entre les deux événements : en quoi la naissance d’Isaac et la création du monde sont-elles analogues ?

 

Q : inaudible… (?) Pessa’h est la sortie d’Egypte et concerne Israël…  Les Goyim sont-ils concernés par Rosh hashanah à travers la Torah ?

R : Toute la liturgie de Rosh hashanah en tient compte : c‘est le monde entier qui est jugé à Rosh hashanah.

Q :  inaudible (?)

R : Etant donné que seul Israël est Metsouvé et comme les Goyim et même les Shivat Mitsvot Bnei Noa’h ne sont pas Metsouvim dans le sens d’Israël, par conséquent c’est délégué à Israël. C’est Israël qui entre en jugement comme délégué de l’humanité entière. D’où la question que je pose : comment comprendre que l’on commence à Isaac ?

 

Avant d’arriver à la question elle-même, je vous donne deux indications :

D’une part, une des clefs de réponses se trouve dans la Haftarah de Rosh hashanah qui est le 1er chapitre du livre de Shmouel : la naissance de Shmouel.

 

Et deuxièmement, préalablement nous allons reprendre la commémoration de l’événement historique et c’est relié au problème du jugement : la Torah shébikhtav dit Yom hazikaron.

Zikaron c’est le superlatif de Zekher qui veut dire « souvenir », mais plus exactement « mémoire » dans un sens un peu renouvellé d’une littérature israélienne contemporaine mais que nous avons appris avec mon maitre Jacob Gordin bien avant. « Zekher » cela ne veut pas seulement dire « se souvenir » en tant que quelque chose est de l’ordre du passé mais tout le contraire, car si je me souviens d’un souvenir en tant que souvenir je le rends d’autant plus passé. « Zekher » signifie « aujourd’hui remémorisé au présent ce qui avait été au passé ». C’est un sens hébreu bien particulier : lezakharta ne signifie pas « tu te rappeleras » dans le sens de ne pas avoir oublié mais cela signifie « tu rendras présent par la commémoration ce qui avait été de l’ordre du passé ». Cela est vrai pour toutes les commémorations.

 

Par exemple, au moment du Seder de la sortie d’Egypte,  je ne me rappelle pas de la sortie d’Egypte de mes ancêtres, mais je sors d’Egypte au niveau où je suis des identités d’Israël, jusqu’au moment de la sortie définitive que l’on appelle la Géoula définitive.

 

Cela se traduit même par les Mitsvot elles-mêmes : les Mitsvot nous font vivre, et non pas seulement revivre seulement, l’événement commémoré.

 

Si c’est l’idée simple de commémoration, nous aurions dans le Seder de Pessa’h, une sorte de Zekher dans le sens non juif du terme hébreu: nous aurions un symbole de rappel du repas de nos ancêtres à la sortie d’Egypte. Nous aurions sur le plateau de la Matsah tout en mangeant du pain et puis nous aurions symbolisé… Certaines synagogues juives qu’on appelle « libérales » procédent comme cela. Un rite religieux avec une Matsah symbolique.  Vous savez d’ailleurs ce qu’il en est devenu chez les Chrétiens. Dans la mentalité chrétienne, l’ostie prend une autre dimension encore : « Symbole priez pour nous ! »

Autre exemple : le jour de la commémoration de l’indépendance en Amérique où l’on reprend symboliquement le repas des premiers émigrants dans le Mayflower.

 

Zikaron c’est la mémoire totale – la mémoire depuis le commencement : rien n’a été oublié. Si le monde a un Créateur la mémoire est totale. C’est là l’expression de la Torah Shébikhtav.

Ce jour-là s’appelle le Yom haZikaron.

 

Pour la Torah shébéalpéh, c’est Yom hadin : parce que tout simplement lorsqu’on est jugé on l’est par sa mémoire. Le jugement de Rosh hashanah – celui du Yom HaDin - est le jugement par excellence parce qu’on y est jugé par le Zikaron, la mémoire, par excellence. La relation entre les deux est claire.

 

On voit à quel point on est loin du jour de l’an des Goyim, qui serait plutôt Pourim et non pas Rosh hashanah.

 

L’implication est très simple : c’est le jugement par excellence, car il s’agit de la mémoire par excellence. Qui est le juge ? C’est la mémoire !

 

Les psychologues modernes ont entrevu ces choses-là dans leur panique, leur terreur, de ce qui se passe dans l’inconscient. Il s’y trouve la mémoire totale et donc le jugement total, la loi, le père etc. le Créateur...

 

2ème question :

 

Pourquoi n’est-ce pas le Maassé Bereshit que l’on lit à Rosh hashanah ?

Il nous restera un problème qu’on étudiera à Hoshana Raba : Pourquoi recommence-t’on à lire la Torah à Shemini ‘Hag Ha-Atseret qui s’appelle Sim’hat Torah ? C’est un problème autre.

 

Je reprend la question en m’aidant du Maharal cité précédemment: pourquoi, si déjà on commence par l’histoire des Patriarches, ne pas commencer par Abraham ?

 

Je vais vous donner quelques indications du récit lui-même, très brèves :

Abraham sort du texte existant déjà : il sort d’une préhistoire où il s’appelait Abram et il était déjà né quand il rentre dans le texte. On ne nous fait pas assister au commencement. Isaac commence à exister à travers le récit, alors que pour Abraham, le récit prend son histoire en marche. Il y aurait là toute une analyse à faire mais je vais l’éclairer par une analyse du Talmud qui étudie une des obligations de la Torah interdisant le retour en Egypte. C’est là encore un sujet pour lui-même.

Cela signifie que la sortie d’Egypte est irréversible. S’agit-il des voyages de tourisme dans l’Egypte contemporaine ? Et quid des communauté juives en Egypte depuis la destruction du temple ? Et même en particulier Maïmonide a été le grand rabbin d’Egypte en son temps ?  

 

Juste après la guerre j’ai reçu une lettre dans un français très fleuri du 18ème siècle de la communauté juive d’Alexandrie pour me demander d’être grand rabbin d’Alexandrie, je l’ai échappé belle. J’ai répondu - j’étais naïf à l’époque, je le suis resté un peu – que j’étais trop jeune à l’époque, mais je ne me rendais pas compte à quel point je l’ai échappé belle ! Grand rabbin d’Alexandrie, par les temps qui court !

Je devais remplacer un grand rabbin Ventura.

http://sefarad.org/diaspora/egypt/vie/egypt.php/id/17/

Il leur fallait quelqu’un parlant français, ashkénaze ou séfarade ce n’était pas important mais quelqu’un parlant français. Ils parlaient le français. Vous voyez, on rentre dans les mystères de la providence concernant l’histoire des nations. L’Egypte et le français quel rapport ?Je veux dire pour être rabbin, il fallait déjà parler l’hébreu, à l’époque on ne savait pas cela… Cela ne les préoccupait pas. A l’époque c’était très rare les rabbins qui parlaient hébreu…   

 

Retour au sujet : Le problème est sérieux. Est-ce que les Israéliens aujourd’hui ont le droit de faire du tourisme en Egypte ? C’est un autre problème. Est-ce qu’on a le droit de retourner en Espagne ? en Allemagne ? et finalement dans le monde entier ? C’est un problème de Halakhah qui s’étudie pour lui-même.

 

Mais à ce propos le Talmud enseigne que la sortie d’Egypte est irréversible : on ne revient pas en arrière. Vous voyez que J’ai changé de registre : Cela veut dire que la Midah - la qualité, la valeur, la vertu - que nos ancêtres ont acquis dans leurs épreuves du récit de la sortie d’Egypte est irréversible. Or, elle correspond à l’histoire d’Abraham.

 

Je vous rappelle quel est le thème :

Les 3 grands exils sont parrallèles à l’histoire des 3 patriarches :

Abraham, l’Egypte – Ist’haq, Babel – Jacob, Rome : les trois grandes civilisations que nous avons traversé.

 

Or nous avons là une indication importante c’est que l’acquis de la vertu d’Abraham est irréversible. Et que notre mise en jugement commence avec la Midah de Yits’haq. Il y a déjà là un commencement de réponse, formelle en tout cas.

 

Peut-on avancer ou avez-vous des questions là-dessus ?

Moi à votre place j’aurais milles questions ! Vous allez me dire qu’on n’a pas eu les mêmes professeurs….

 

Dans le contenu du problème, essayons de mieux comprendre plus loin en quoi le récit de la naissance d’Isaac, c’est « comme » la création du monde ? Tout le problème est dans ce « comme ».

 

Nous avons là un récit qui concerne l’histoire de l’humanité et nous comprenons comment, par rapport à ce que représente Rosh Hashanah pour nous, cela commence à la naissance d’Isaac et pas à la naissance d’Abraham.

 

Cela pourrait être enrichi de différentes manières : le thème central de ce que l’on peut trouver à ce sujet dans les explications traditionnelles c’est que l’acquis d’Abraham est irréversible.

 

Autre exemple : le Talmud dit [T.B. Moed Katan 25a]  :

Quelqu’un qui est cruel ne descend pas d’Abraham

Quelqu’un qui dans sa vie n’a pas cette Midah de ‘Hessed d’Abraham, le Talmud dit qu’il est évident qu’il ne descent pas d’Abraham. Cela veut dire que l’acquis de la vertu du ’Hessed d’Abraham est irréversible.

 

Je reprend le tableau de ce parrallèle :

A l’échelle individuelle, le problème vient de la question de savoir pourquoi Israël ne provient pas d’un seul fondateur mais de trois. Un fils de l’autre fils de l’autre. Un problème dont on est tellement familier que l’on ne voit pas la question elle-même. N’importe quelle nation va se réclamer du fondateur de la tradition : là nous en avons 3 !

 

Il y avait donc à l’échelle individuelle une mise à l’épreuve de l’équation d’identité pour arriver à l’identité Israël. Il y avait trois vertus dont il fallait faire la preuve. L’ordre est à la fois métaphysique, logique et historique :

 

ð   la vertu du Tsadik qu’avait été Abraham, et cela ne suffit pas pour être Israël,  

ð   puis celle du Tsadik qu’a été Ist’haq mais cela ne suffit pas encore mais il y a progrès pour être Israël,

ð   puis la vertu du Tsadik qu’a été Jacob pour arriver au fait que Jacob fils d’Isaac fils d’Abraham reçoive le nom Israël.

 

Cela s’est produit à l’échelle des Tsadikim fondateurs de notre identité à l’échelle individuelle. Et voilà que l’histoire d’Israël en tant que « Bnei Israël » va commencer. Et nous traversons un histoire dont la signification est parallèle, à l’échelle collective:

 

ð   Dans l’exil d’Egypte nous avons vécu l’histoire d’Abraham,

ð   Dans l’exil de Babel nous avons vécu l’histoire d’Isaac,

ð   Dans l’exil de Rome, qui s’achève de notre temps, nous vivons l’histoire de Jacob.

 

Nous avons été interpellés, en tant que société, de l’interpellation à laquelle ont répondu les 3 Avot successivement.

 

Dans ce vocabulaire nous retrouvons la proposition précédente : l’acquis de la vertu d’Abraham est irréversible, c’est parallèle à « on ne revient pas en Egypte ! »

 

Il nous reste à voir en quoi la naissance d’Isaac est « comme » la création.

Vous verrez comme d’habitude que la réponse est très simple. Il va rester de l’inexpliqué par manque de temps à travers la question posée : comment comprendre que davka à Rosh hashanah on devrait raconter l’histoire du monde et qu’on raconte l’histoire d’Israël ? C’est dans cette question globale que j’ai posée la question du Maharal : et si déjà, pourquoi pas commencer par Abraham ?

Je viens d’y répondre.

 

L’interpellation d’identité à l’échelle de la collectivité d’Israël est irréversible et a été acquise et justifiée irréversiblement à la sortie d’Egypte. D’où l’importance du commandement : on ne revient pas en Egypte. Au niveau touristique, c’est autre chose.  

 

La question est donc maintenant sur le fond de la correspondance. Et je vous ai donné comme indication le contenu de la Haftarah de Rosh Hashanah : La naissance de Shmouel et la prière de ‘Hannah.

 

Je vous rappelle le thème général :

Il y a un récit qui traverse tous les récits : les mères d’Israël ne peuvent pas enfanter avant d’enfanter. Sarah, Rivcah, ne peuvent pas enfanter avant d’enfanter, avec Léah c’est facile. Ensuite Ra’hel ne peut pas enfanter avant d’enfanter. Et on retrouve ce même récit avec ‘Hannah, mère de Shmouel. Chaque fois qu’il faut mettre au monde la mutation d’identité qui nous fait progresser dans les engendrements, dans les Toladot, il y a barrage, empêchement.

 

Et si nous prenons les choses à la racine, c’est un thème propre à la tradition hébraïque, inconnu ailleurs. Si j’avais le temps je vous montrerais ce que les Chrétiens ont fait de ce thème-là. Ce qu’ils appellent eux « la sainte table ».

 

Dès le début on s’aperçoit que la naissance d’Isaac est à priori impossible. Comme la création du monde. A ces deux niveaux, c’est la même impossibilité qu’il faut surmonter.

 

J’expliquerais très rapidement pour la création du monde elle-même et nous comprendrons la correspondance, le lien avec la naissance d’Isaac.

 

Je vous donne déjà le lien : puisqu’à priori c’est impossible, il faut le justifier. D’où la prépondérance de la Midat HaDin pour ces deux problèmes-là : création du monde et naissance de l’enfant. Et après on retombe sur les données de tout à l’heure : étant donné qu’Israël - au niveau Yts’haq - a fait la preuve qu’il était Tsadik par rapport à la Midat HaDin, c’est ce mérite-là dont on va se réclamer le jour du jugement à la commémoration de la création du monde.

Voilà, j’ai essayé de vous rendre la correspondance la plus simple possible. 

 

Comprenons-le d’abord pour la création du monde et on comprendra ensuite pour la naissance d’Isaac.

 

Pour la création du monde, ceux qui ont suivi le séminaire de l’année dernière sur la Kabalah ont déjà des indications, mais je rappelle le principe le plus simple concernant notre problème :

Si Dieu est, Il est tout, et il n’y a pas de place pour le monde, la création du monde est impossible. L’existence du monde est impossible. Ou alors comme pour certains philosophes qui n’ont pu résoudre le problème, c’est le monde qui est Dieu, et c’est plein de difficultés : c’est la perspective du panthéisme, ou du palenthéisme, c’est à peu près la même chose sauf que le mot un peu plus savant pour y inclure Spinoza.

 

[Puisqu’on en parle dans les milieux rabbiniques, on a jamais lu Spinoza qui fait trop philosophique. On a toujours dit « ben hakots » « le fils de l’épine ». Spinoza cela veut dire le fils de l’épine. La malédiction de la terre après la faute du 1er et du 2ème  homme : Gn. 3 :18 :

וְקוֹץ וְדַרְדַּר, תַּצְמִיחַ לָךְ

et la terre ne te donneras que des ronces et des épines : alors les rabbins y ont vu Spinoza, comme Ben Hakots...] 

 

Si Dieu est, il n’y a pas de place pour le monde.

Le mystère auquel veut répondre la Torah en commençant par dire :

בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים, אֵת הַשָּׁמַיִם, וְאֵת הָאָרֶץ

Ce n’est pas un problème théologique. Ce n’est pas quelles conditions théoriques donner à l’idée de Dieu pour que Dieu existe,  ou quelles conditions théoriques donner à l’idée de l’homme pour que l’homme existe, mais c’est quelles conditions théoriques donner au monde pour que le monde existe. Ce qui préoccupe l’homme de la Torah ce n’est pas la théologie - l’existence de Dieu - dont il est sûr. Ce n’est pas la philosophie - l’existence de l’homme - c’est l’existence du monde. C’est cela qui fait problème et cela qui fait mystère. L’existence du monde est perçue par le Talmid ’Hakham, par l’homme de la Torah, comme impossible.

 

Parce que de deux choses l’une :

ð   soit le monde est le fantasme de notre perception et c’est l’homme qui existe,

ð   soit Dieu est et il n’y a pas de place pour le monde.

 

Donc, pour les raisons qui sont les Siennes, si Dieu qui est tout (le mot de « tout » me gène il faudrait dire l’Infini car le mot de « tout » renvoit à la totalité qui a une limite) l’infini, décide de créer un monde, il y a un problème insoluble à résoudre.

 

Dieu en tant que Créateur va contracter une alliance avec l’homme pour pouvoir faire exister le monde : lorsqu’il y a une alliance, c’est qu’il y a un ennemi commun. Ici, il ne s’agit pas d’ennemi mais d’une impossibilité commune à résoudre.

 

Dans le récit du Maasséh Bereshit pendant les 6 premiers jours, la Torah nous parle d’un monde où le seul sujet est Dieu, il n’y a pas d’homme. Ensuite Dieu cesse d’intervenir comme Créateur, et le 7ème jour commence : le sujet de l’histoire du monde c’est l’homme et Dieu se cache. Cela signifie que dans le monde de Dieu il n’y a pas de place pour l’homme: Si Dieu est il est tout.

 

Les rabbins du Midrash, surtout de la Kabalah, ont donné une image pour aider à comprendre cela: l’être de Dieu est l’être absolu: dans le soleil il n’y a pas de place pour une bougie. Dans l’être absolu, il n’y pas de place pour l’existence de la présence de l’homme qui serait brûlée, noyée, engloutie.

 

Pour la même raison, inverse mais analogue, dans le monde de l’homme, il n’y a pas de place pour Dieu: l’homme nait athée. On ne peut pas le reprocher aux Goyim. C’est le grand problème de savoir ce qu’il vaut mieux pour eux: être athées ou être idolâtres ? Parce que dès qu’ils ne sont pas athées, ils inventent des idoles ! Mais l’état naturel de l’homme, c’est donc d’être athée. Pour la même raison : là où se trouve la bougie, il n’y a pas de place pour le soleil. Dans le monde de l’homme, il n’y a pas de place pour Dieu !

 

Il y a par conséquent toute une stratégie du Créateur – les 6 jours puis le 7ème - par laquelle Dieu aménage un monde pour l’homme, pour ensuite,  je ne dirais non pas « s’en retirer » parce que trop de philosophies ont utilisé cela à mauvais escient, mais pour ensuite se cacher comme dit la Torah (« El mistater ») , il se cache et alors commence l’histoire du monde dont le sujet est l’homme.

 

Et le problème qui est l’objet de l’alliance entre le Créateur et l’homme (suivant la terminologie de André Neher), c’est d’arriver à construire un monde où l’homme et Dieu puissent être présent ensemble.

 

Et on n’a pas fini, dans cette alliance, de résoudre la difficulté : cela s’appelle en hébreu la sainteté. C’est-à-dire qu’il n’y a que dans la sainteté que l’homme et Dieu puissent être présents.

Vous voyez que ce thème est en plein dans le problème des Yamim Noraïm.

 

Donc, pendant les six 1er jours Dieu est seul dans le monde qu’il commence à aménager pour que l’homme puisse l’habiter. Dès que l’homme entre dans l’histoire du monde, Dieu se cache ; et alors commence l’histoire du monde dont le sujet est l’homme. Cela commence au chapitre 2 verset 4 de la Genèse :

אֵלֶּה תוֹלְדוֹת הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ, בְּהִבָּרְאָם:  בְּיוֹם, עֲשׂוֹת יְהוָה אֱלֹהִים--אֶרֶץ וְשָׁמָיִם

Eleh toldot shamayaim vaarets behibaream...

 

C’est l’histoire du monde où l’homme est sujet et où Dieu s’est caché. Et comme disait le rav Kouk, de temps en temps il y a un clin d’oeil, incognito, pour dire : « Je suis là », « Je veille » (en français « Je surveille » c’est relié au Yom Hadin).

 

 

 

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Published by Rav Léon Askénazi - dans CALENDRIER & FÊTES
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