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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 12:31

Pourim Cours 5 (1979)

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/pourim/cours_5

Durée : 46,4 minutes
Face A

 

 

…/…

Ils n’ont pas de doute pour la prière pour la France mais pour la prière pour Erets Israël ! Je ne sais pas si vous réalisez ce monde de fous ! C’est une passion qui est en jeu, on ne peut pas discuter. Sion ou la passion ! 

 

On vous donnera les Sidourim de Yom Haatsmaout, vous verrez que la Rabanout Harashit a institué une fête religieuse pour elle-même avec un sidour spécial, une prière particulière pour Yom Haatsmaout. Et bien ce jour-là eux ne font rien du tout ! Pire, à Mea Shéarim ils prennent le deuil ! Pour eux c’est un jour de deuil ! Il y en a qui ont des yeux et qui ne voient pas. On n’y peut rien, c’est comme ça !

 

Texte de la Guémara 

 

Dans cette Guémara (Shabat 88a) on se réfère d’abord à un verset du chapitre 19.17 de Shémot sur le fait que le peuple s’est rassemblé au pied de la montagne.

וַיִּתְיַצְּבוּ, בְּתַחְתִּית הָהָר

et ils s'arrêtèrent au pied de la montagne.

Et le Midrash dans cette Guémara nous fait tout un raisonnement : pourquoi ce détail évident qu’ils se sont rassemblés « au pied de la montagne » ? Cela nous apprend que HaQadosh Baroukh Hou a soulevé la montagne au-dessus d’eux et leur a dit :

אם אתם מקבלים התורה מוטב ואם לאו שם תהא קבורתכם

« si vous acceptez la torah  c’est bien sinon ici sera votre tombeau ! »

 

Je vais vous citer seulement deux principes d’explications en m’appuyant sur le Maharal.

Le premier principe : (les termes ne sont pas ceux du Maharal ne vous trompez pas) que se passe-t’il dans cet événement de révélation ? Il se passe une éclipse de la liberté de l’homme. L’événement de révélation est en lui-même une contrainte qui supprime la liberté. Cela veut dire qu’à partir du moment où il y a dévoilement de l’évidence de la vérité, de n’importe quel ordre, on n’est plus libre. L’évidence porte en elle-même une contrainte absolue. Lorsque la vérité se dévoile, elle porte avec elle une évidence qui me contraint. En fait, je pourrais être libre de m’opposer à la vérité de l’évidence mais je ne suis pas libre de faire que l’évidence ne soit pas ce qu’elle est.

 

Exemple : Le concept de vérité a deux contraires. Le mensonge et l’erreur.

Ce sont deux opposés radicalement différents. L’erreur quand je me trompe sur la vérité et que je ne vois pas la vérité. Le mensonge quand je connais la vérité mais que je m’y oppose. Même devant l’évidence je peux toujours me conduire autrement que selon l’évidence. Bien que l’évidence me contraigne, je suis libre de me comporter dans l’ordre du mensonge. C’est le problème de la bonne foi. Tenir compte de l’évidence qui s’est imposée à moi. La liberté prend ici un visage très négatif. La liberté n’est plus que la liberté de se tromper. Parce qu’il y a un niveau inférieur de la liberté que l’on réclame comme une valeur alors que dans son contenu on voit très bien qu’elle a une dimension très négative.

Que signifie rester libre devant la vérité ? Cela signifie pouvoir mentir !

N’y-a-t’il pas dans cette réclamation de la liberté trop souvent le fait de réclamer d’être libre de se tormper ? Quelle en est alors la valeur ?

 

Ce premier niveau de liberté, le tsadik la refuse et demande qu’elle lui soit enlever car être libre signifie être libre de se tromper. Un tsadik ne veut pas se tromper. Si c’est parce qu’il est libre qu’il peut se tromper, mieux vaut ne pas être libre !

 

Un deuxième niveau de liberté qui est tout à fait autre et qui est la liberté du Créateur. Mais cette liberté du libre arbitre, d’être capable de choisir entre le bien et le mal, c’est une dimension provisoire de l’existence qui s’attache à nous tout le temps où nous sommes en épreuve. Pour que nous puissions être éprouvés, il faut que nous soyons libres, c’est-à-dire capable de se tromper. Mais à partir du moment où un tsadik a choisi l’option de la vérité, son choix d’option de la vérité implique le désir de ne plus être libre de pouvoir se conduire autrement.

 

Comprenez bien cela, même si nous arrivez pas encore à l’expérimenter, il faut un âge : le désir, le souhait du tsadik c’est de ne pas être libre. Parce qu’être libre signifie pouvoir se tromper. Alors la récompense du tsadik c’est qu’il n’est plus libre de se tromper. Et nous savons très bien que c’est le statut du Baal Teshouvah. La définition du Baal Teshouvah c’est qu’il ne peut plus refaire la même erreur. Il est immunisé. Cela vous donne un critère si vous réfléchissez à ce problème de la teshouvah. Dans telle éventualité de la faute, tant que je suis encore capable de la faire c’est que ma teshouvah n’est pas authentique. Le signe de la teshouvah authentique, c’est quand je ne suis plus capable de la faire : c’est-à-dire être privé de la liberté à ce niveau-là.

 

Vous verrez quand on apprendra cela, c’est la différence entre le statut de l’ange et le statut de l’homme. L’homme peut se tromper, c’est sa grandeur. L’ange ne peut pas se tromper, c’est sa grandeur. Il y a tout le cas particulier des anges de la chute mais c’est un autre problème. Au fond le souhait d’un tsadik c’est de devenir un ange si j’ose dire. C’est étrange d’être ange !

 

On est pas habituté à cette idée tant qu’on est au niveau de ce libre arbitre, et c’est très corrolaire de l’atmosphère de la culture humaniste occidentale que le titre de gloire de l’homme est d’être faillible avec la liberté de choix. Mais tant que j’ai la liberté de choix, il n‘y a que deux éventualités : choisir le bien ou choisir le mal. Le tsadik souhaite ne choisir que le bien, c’est-à-dire ne plus être libre de choisir le mal.

 

Il n’y a pas de doute que ce n’est pas par hasard que Dieu nous ait créé comme cela parce qu’il s’agit du temps de la mise à l’épreuve, et pour que la mise à l’épreuve soit authentique il faut que la liberté soit possible. 

 

Vous voyez que d’une certaine manière à la limite, il n’y a de faute vraiment que la faute d’un tsadik. Parce que la faute d’un rashâ c’est déjà autre chose. Ce n’est pas qu’il a fait une faute c’est qu’il est un rashâ ! Tandis que seul du tsadik on pourra dire qu’il a fauté !

 

De nouveau nous trouvons le même principe de la différence du jugement d’être et du jugement d’acte. Le tsadik est tsadik au niveau de son être. Et il peut avoir des fautes. Ce qu’il souhaite est de ne pas en avoir, mais la seule manière de ne pas en avoir c’est de ne plus être libre.

 

C’est la différence entre Be’hira et Deror. Deror c’est la liberté totale. On est au niveau d’un être qui ne peut que faire le bien et qui est libre de faire le bien. Tandis que la Bé’hira, le libre arbitre, c’est pouvoir choisir entre le bien et le mal. Ce niveau de la liberté pour la tradition juive est très inférieure. Nécessaire mais très inférieur.  

 

Q: Ce n’est pas toujours évident la vérité ?

R: Si nous parlons de l’évidence, quand une évidence porte en elle-même son éclairage d’évidence, il n’y a pas de place pour le doute. Par conséquent, cela veut dire que le doute n’est pas une dimension intellectuelle, c’est une dimension psychique qui vient des passions et ne vient pas de la connaissance, ce n’est pas au niveau du sekhel.

J’entend souvent cette question issu d’un raté de la conscience humaniste : étant donné que la liberté c’est la liberté de se tromper, le doute devient une vertu, et l’homme de culture est un homme capable de douter.  C’est tout le contraire, c’est évident ! Une conscience droite, de bonne foi, n’a qu’un seul souci c’est de sortir du doute.

 

Je vous fais une analyse très rapide de la philosophie de Descartes à ce sujet pour que vous compreniez à quel point effectivement. C’est Descartes qui a eu le mérite dans la philosophie de mettre en évidence que le doute vient de l’imagination et non pas de la pensée. L’imagination est la frontière entre la vie affective et la vie intellectuelle. Attention aux mots employés: la vigilance, la lucidité est une vertu. Ne pas prendre des vessies pour des lanternes… Mais le doute c’est autre chose. Derrière le doute se trouve plus un processus psychique qu’un processus intellectuel.

 

Q: Quoiqu’il en soit, quelque soit son origine l’imagination, les procédés psychiques… comment les faire taire ?

R: Par l’évidence, par la connaissance… mais il y a une vertu à dépasser le doute. C’est un comportement de l’ordre de la vertu qui seul peut s’opposer au doute. C’est ce qu’on appelle la capacité de foi. La capacité de émounah fait taire le doute. Devant la même évidence intellectuelle vous aurez un homme qui adhère et un homme qui n’adhère pas et qui doute.

J’essaie d’expliquer que bien sûr il y a un premier niveau où les arguments intellectuels sont très importants dans ce problème. Mais finalement, il y a un deuxième niveau où quelque soit les arguments de connaissance et les arguments intellectuels lorsque je dis affectif et psychique, de l’ordre des passions, c’est finalement que c’est un tempérament ! Cela va chercher au niveau des hormones !

 

Q : Les hormones c’est l’identité d’être ou alors ce qui est placé au-dessus de nous?

R : Non, cela veut dire que cela vient des niveaux inférieurs de notre identité. Vous savez très bien que l’état de santé du tonus affectif vient de l’état de l’équilibre chimique des hormones. Ne vous affolez pas, ne croyez pas que c’est du matérialisme c’est beaucoup plus profond que cela, nous sommes une entité psycho-somatique ! Le lien entre le psychisme et le corps. Finalement l’état du tonus affectif dépend de l’état chimique de nos hormones. C’est absolument évident. Chaque fois que vous avez des comportements chimiques qui se mêlent aux comportements intellectuels, il faut savoir que derrière il y a un « défaut » corporel (ce terme de défaut n’est pas scientifique, je récapitule ici énormément de choses que des savants vous diront de façon plus précise). C’est pourquoi si vous avez à vous occuper dans l’éducation de gosses ou d’adolescents qui ont des désordres psychiques, sachez que quelque soit l’aide que l’on peut leur donner au niveau affectif, au niveau de la psychothérapie verbale, il faut beaucoup d’amour pour s’occuper d’un handicapé psychique, ce n’est pas facile, mais premièrement il faut mettre en ordre l’équilibre chimique corporel. Premièrement, les pillules que donne le médecin passent d’abord !

Je vous dis cela parce que l’expérience montre que beaucoup d’éducateurs négligent ce problème. C’est une des nombreuses choses que j’ai appris du Professeur Baruch, qu’il y a d’abord une régularisation physico-chimique à faire. Après le travail de l’éducateur qui parle d’âme à âme est important. Mais il y a une base corprorelle à régulariser avant. Même si le déréglement corporel est la conséquence, et non la cause du déréglement psychique, cela ne fait rien : il en résulte qu’il y a un cercle vicieux, et le déréglement hormonal handicape le psychisme qui n’a à sa disposition qu’un corps détraqué. C’est donc d’abord le médecin du corps qui doit intervenir.

La médecine de ces choses-là est encore dans l’enfance. C’est un art qui s’est perdu dans l’humanité. Beaucoup de psychiatres ont des cas de consciences car ils ne savent pas comment cela marche. Empiriquement ils ont quelques recettes, mais ils ne savent pas pourquoi telle substance chimique agit mieux que telle autre…etc. C’est vraiment l’obscurité.     

Il y a un don empirique profond du psychologue qui réussit mais au nivau des concepts scientifiques c’est mystérieux, et personne ne sait comment cela marche. Cela ne veut pas dire que dans d’autres traditions il n’y ait pas cette science-là, mais dans l’humanité occidentale elle s’est perdue.  Et elle a existé jusqu’au moyen-âge. Mais elle s’est perdue.

Il y a des réussites absolument admirables de psychologues qui arrivent à sortir des gens des problèmes les plus compliqués, mais c’est parce qu’il ont un don empirique qui leur permet de comprendre en lisant sur le visage. C’est un autre problème. 

 

Seulement dans tous les cas, il faut savoir une chose, c’est qu’il ne faut pas négliger cet aspect. Il faut une régularisation corporelle d’abord. J’insiste, et cela peut vous paraître paradoxale qu’au nom de la torah je puisse vous dire des choses pareilles. Ce n’est pas du matérialisme, c’est le fait que si le corps n’est pas sain, l’esprit fonctionne mal. Et il y a des défauts psychiques qui viennent de défauts corporels. Il faut donc d’abord régulariser cela.

 

C’est également une prise de conscience nécessaire pour le patient : lui expliquer que c’est une maladie et que cela se soigne. Dès que le patient accepte les  médicaments c’est déjà ¾ du problème résolu. Il faut rassurer le malade en lui expliquant que c’est une maladie et que cela se soigne et lui  expliquer que si son psychisme est atteint ce n’est pas parce que son âme est mauvaise mais c’est parce que son corps fonctionne mal. Cela commence par là.

 

On a perdu la science de la fabrication des enfants. On ne sait plus comment fabriquer les gosses. Alors on fabrique des corps tordus, et après l’âme qui vient dedans est atteinte. Mais c’est le corps qu’il faut soigner d’abord.   

 

Q : Vous dites que le corps rend l’âme malade, je pensais que c’était le contraire.

R : Nakhon, cela fait un cercle vicieux. A partir du moment où l’âme a rendu le corps malade, alors à son tour c’est le corps qui rend l’âme malade. Bien sûr, il faut soigner l’âme, mais il faut aider en soignant le corps. L’objectif c’est de soigner l’âme. Bien sûr, si on est capable de vraiment soigner l’âme le corps suit, mais il y a une base se sécurité à prendre.

 

Q : Que penser des médecines comme l’acupuncture qui traite à la fois le corporel et le psychisme ?

R : Je ne me fais soigner que comme ça alors tu as une réponse. Je ne sais pas si cela traite vraiment le côté psychisme forcément mais c’est en tout cas une méthode beaucoup plus efficace peut-être que l’alopathie. Mais là aussi, il faut tomber sur un médecin compétent. Très souvent ce sont des médecins qui font des exercices sur le malade qui devient un cobaye parce qu’ils ne savent pas comment s’en sortir, alors ils tâtonnent… L’objectif de l’acupuncture c’est très exactement notre problème : remettre en ordre l’équilibre énergétique du corps suite à un désordre physico-chimique dans le corps.

 

Q. Peut-on alors penser que la différence entre le Rashâ et le Tsadik vienne d’une maladie au niveau  physique ?

R : C’est un des facteurs bien sûr ! Ce n’est pas que le Rashâ est malade corporellement, c’est que son corps n’est pas comme il devrait être. Un des objectifs principaux de la cacheroute c’est cela. Cela dépend de la nourriture. Même sans aller au niveau des maladies à proprement parler, la manière dont on se nourrit commande la vie spirituelle. On devient ce qu’on mange. Manger signifie faire rentrer en moi pour nourrir mon âme à travers mon corps. Arrivés à un certain âge, vous apprendrez que le corps peut se nourrir de très peu. Vraiment rien du tout au niveau des substances. Mais il faut nourrir l’âme. Raison pour laquelle à Shabat on est obligé de manger plus parce qu’on a une âme supplémentaire.

Tous les grands maitres l’ont expliqué : le goût de la nourriture de Shabbat est très important. C’est pourquoi traditionnellement on ne change pas le menu maternel qui doit continuer car aucun goût ne peut le remplacer.

 

…/… (coupure et reprise de l’enregistrement)

 

… cela peut paraitre étrange c’est que très souvent le doute ouvre des conduites psychiques de ce genre par rapport à l’évidence de vérité, la bonne foi de la santé de la conscience morale procède d’une certaine manière de l’être physique. Il y a des tempéraments comme ça.

 

Puisque je vous en parle ouvrons une parenthèse. Essayons d’admettre par hypothèse un certain nombre de choses que je n’ai pas le temps de vous expliquer : vraiment la destinée de chaque individu a un sens. C’est sérieux. Ce qui ressort de l’enseignement de la torah c’est que c’est une destinée dans laquelle nous sommes éprouvés quant à la qualité du mérite d’être de la neshamah.

 

Cela veut dire que si notre destinée a un sens et qu’elle a un sens du point de vue de l’histoire de notre neshamah et de l’histoire de sa destinée, alors il est bien évident qu’apparait cette idée que d’une certaine manière la vie terrestre est une sorte d’épreuve. Non dans le sens romantique de l’homme né pour les épreuves dans une vallée de larmes et de douleurs, mais dans le sens du test et de la mise à l’épreuve.

 

Une des manières qu’enseigne la kaballah et qui est importante : le monde dans lequel nous venons est un monde dans lequel nous apprenons un certain nombre de vertus. En particulier pour notre problème, la vertu fondamentale que nous devons acquérir et sur laquelle nous sommes en épreuve fondamentalement c’est d’apprendre à aimer. D’une certaine manière tout est mis dans le monde pour nous mettre en situation où nous devons réagir à cette question qui est l’essentielle de la Torah : es-tu capable d’aimer ton prochain ou pas ?

 

Le monde est une machine à nous apprendre à aimer. Plus vite on apprend à aimer et plus vite la neshamah atteint le bonheur d’être. Tant que c’est difficile, alors il y a les épreuves, les yissourim…

La vie se charge de nous corriger jusqu’à ce qu’on y arrive. C’est pourquoi l’obsession de la conscience humaine c’est l’amour et la haine. Ce n’est pas pour rien. Ce que je vous dis là est très ramassé mais c’est très important.

Chaque neshamah dans l’état où elle est a à progresser. A chaque naissance, une neshamah vient dans un corps. Mais nous savons par tradition (c’est 40 ans d’études) que la neshamah avant de venir dans une vie terrestre donnée choisit le type de destin auquel elle sera confrontée. Et par conséquent, ce destin est inscrit dans sa carte d’identité corporelle. Par conséquent, il est bien évident qu’il y a une sorte de relation entre la nature de cette neshamah et la nature de ce destin qu’elle prend en relai en venant dans tel corps. C’est très complexe pour chacun, il y a une constellation différente. Ensuite pour que l’épreuve soit authentique et juste, on oublie. Et il y a des règles : première vertu qui consiste à accepter son corps et à l’accepter vraiment. Alors que c’est celui qu’on a choisi mais on ne le savait pas parce qu’on a oublié.

Remarquez cela qu’au niveau des crises de l’adolescence très souvent cela porte essentiellement là-dessus. On est mal dans sa peau. Cela veut dire qu’on n’accepte pas son corps. Et c’est relié au problème du respect des parents. Alors on en veut aux parents. Parce qu’effectivement, le corps vient des parents. Voyez toutes les vertus qu’il y a à acquérir. C’est pour dire ceci : il y a un goral de chacun qui s’inscrit dans son corps. Par conséquent, il n’y a pas d’injustice si telle âme hérite d’un tel corps suffisamment tordu pour lui faire des tsaarot : c’est ce corps que cette neshamah a choisi parce qu’elle sait très bien que c’est à travers ce genre de problème qu’elle va s’améliorer, alors elle a choisi le problème qui lui correspond.

 

Les mots sont simples mais cela renvoie à des réalités spirituelles énormes. Beaucoup de choses s’organisent autour de cette notion-là. Là commencent des choses qui nous échappent totalement. Par exemple, le fait qu’il y ait tel défaut dans le corps vient en punition de ce qui a été fait par cette âme dans une vie antérieure. C’est à la fois moyen d’expiation et moyen d’amélioration. Au fond toutes ces choses dont je vous parle étaient spontanées et naturelles à la conscience humaine. C’étaient des choses qui allaient de soi. On savait très bien que la vie c’est ça. On l’a oublié et on l’a perdu.           

 

Vous voyez ce qui se passe : il y a une sorte de déterminisme absolu de ce qui se passe dans le corps. C’est un goral. Ceci dit, c’est le point de départ des données à résoudre. Le mérite de la neshamah peut faire qu’elle devienne vraiment maitresse de son corps et qu’elle l’améliore et se libére à travers ses conditionnements et libére ces conditionnements-là. Mais à priori, il n’y a pas d’injustice c’est le type de problème que cette neshamah a choisi elle-même parce que c’est cela qu’elle avait à résoudre dans le stade de son évolution.

 

Oubliez les mots et gardez l’idée.

 

Q : Est-ce qu’on peut parler d’une neshamah bonne ou mauvaise ?

R : On peut parler d’un niveau dans l’échelle des valeurs. Il y a des neshamot plus ou moins hautes, plus ou moins avancées, plus ou moins dans leur tiqoun. Pour celles au niveau le plus inférieur, le plus grossier, la tendance au mal est plus grande que la tendance au bien. Au fur et à mesure de l’évolution du tiqoun la tendance au bien domine et en haut, en haut, en haut, c’est lumineux, transfiguré…etc.      

 

Q : Tout ce qui m’arrive je l’ai choisi ?            

R : Non, ce qui est choisi c’est ma destinée, c’est-à-dire un type d’identité. Mais il n’y a pas de fatalité dans le détail des événements. J’ai choisi un faisceau de tendances. Les tendances c’est le miennes. C’est la différence entre la foi éclairée et la conception de la fatalité. Ce n’est pas qu’elles m’aient été imposées. C’est moi qui choisit. Finalement, mon âme a choisi ce corps-là parmi d’autres possibilités mais toutes analogues. Finalement, on vient dans la famille de son choix. En sachant très bien que c’est un problème énorme qu’on va prendre sur soi. On va s’insérer dans une histoire parce que c’est cette histoire qui correspond au stade d’évolution où la neshamah est arrivée. Pour retrouver la confiance et l’optimisme, il faut d’abord se rappeler de cela : chacun a choisi lui-même sa destinée parce qu’elle est conforme au stade de son évolution.

 

Q : Donc on peut décider le moment auquel on nait ?

R : Baroukh, parce que pour que ce soit tel destin il faut que ce soit tel moment dans le zodiaque, tel moment de la constellation du monde, puisque c’est ce moment-là qui donne la destinée.

 

Q : Donc on est en rapport avec une constellation ?

R : Baroukh, bien sûr, mais la grande différence avec la religion païenne c’est que la religiosité pour les païens c’est de s’asservir à cela, alors que pour la Torah c’est d’être en tension avec cet horoscope pour le briser et le démolir, pour l’améliorer. C’est tout le contraire ! On a une arme contre cette détermination, ce sont les mitsvot. Et si on ne pratique pas les mitsvot alors on devient l’être naturel de ce goral-là !

 

Q: Cela signifie que le vrai ‘Hassid est imperméable à la maladie ?

R: Idéalement oui. Le verset dit : « Ki Ani Hashem Rofekha ! » C’est dire que quelqu’un qui se conduit de façon idéale selon la torah ne connait pas la maladie. Nous ne vivons pas dans ce cas car nous vivons à une étape des générations de l’histoire du monde complétement détraquée. Il n’en reste pas moins que la neshamah sait tout ce qui la concerne, mais la conscience de la personne qui a cette neshamah l’oublie complétement. Cela est redonné en fonction du mérite. En fonction du mérite, du fond de l’inconscient, viennent ces choses-là, et de plus en plus, on sait qui on est. Alors on est rassuré, il n’y a plus cet affolement de la mentalité magique, on sait très bien que c’est moi qui suis moi et pas quelqu’un d’autre. C’est là que commence la régularisation de la foi si vous voulez. Et le problème c’est de faire le tiqoun qu’il faut faire. Par exemple, dans telle vie terrestre on a à faire le tiqoun sur telle mitsvah, et on est alors en examen sur telle mitsvah. Dès que c’est réussi, c’est acquis et intégré, on passe à un niveau supérieur…etc.

 

Q : Est-ce qu’on doit avoir la connaissance du Tiqoun qu’on doit faire ?   

R : Normalement, on doit l’avoir, on vit dans un temps que la tradition nomme « l’âge noir ». On est dans un temps d’oubli. Mais le maitre compétent connait le tiqoun que son talmid doit faire. 

 

Q : Meurt-on une fois accompli le tiqoun qu’on devait faire ?

R : Non, on meurt au moment où il faut mourir. Si, grâce à Dieu, on a accompli le tiqoun c’est bien, on passe à un niveau supérieur. Sinon, on revient pour refaire le même examen.

 

Q : C’est toujours pour un tiqoun ?

R : C’est toujours pour un tiqoun, d’ailleurs depuis la destruction du temple toutes les neshamot, sauf de rares exceptions, sont des neshamot en guilgoul, qui reviennent achever leur tiqoun. Remarquez que tout ce qui s’est passé à la génération de la sortie d’Egypte nous le revivons dans un autre style ! Nous sommes ces neshamot-là ! Sous quel style, peu importe, il ne faut pas se casser la tête avec cela. Mais il est évident que c’est cela. Une sorte de rejeu dans l’histoire de la génération de la sortie d’Egypte. Alors tous les personnages dont la Torah nous parle sont présents, camouflés. Seuls ceux qui savent qui est qui le savent. Mais il n’est pas nécessaire de le savoir parce que ce qu’il faut c’est réussir le problème. Et nous sommes maintenant dans l’occurrence où on le réussira qu’on le veuille ou pas ! Habituez-vous à cette idée-là. C’est fini, on est arrivé à la fin de la loi des temps. Par conséquent, c’est ce même problème, et on le réussira qu’on le veuille ou pas. 

 

Q: Tiqoun dans quel sens ?

R: Je ne suis pas entré dans le problème de ce contenu-là on verra plus tard. Cela veut dire que la neshamah doit acquérir le mérite d’être par elle-même. Elle est créée, donnée à elle-même, en cadeau. Toute la vie dans le monde c’est la mise à l’épreuve de mériter par soi-même ce que Dieu nous a donné en nous créant. C’est ce qu’on appelle le Tiqoun. Si nous étions normaux, le temps d’une durée de vie, 70 ans suffiraient pour acquérir le niveau de toutes les vertus. Comme nous ne sommes pas normaux la difficulté est divisée. Parfois à l’échelle infinitésimale. Et puis à chaque vie on a un tiquoun à faire mais on ne sait pas lequel. Raison pour laquelle il faut être scupuleux sur toutes les mitsvot. Remarquez que pour chaque homme telle vertu est très facile, telle autre est très difficile. Et ce n’est pas la même. On n’est pas au même stade du tiqoun.

 

Q: Vous disiez qu’on savait mais maintenant on ne sait plus ?

R: Oui, mais on a oublié !

 

Q: Cela veut dire que notre neshamah depuis le don de la Torah n’a pas réussi à accomplir son tiqoun ?

R: Exactement ! Sinon nous ne serions pas sur terre !  Alors il y a des neshamaot qui ont complétement accompli leur tiqoun mais qui viennent aider les autres. Ils se déguisent en juifs alors qu’ils sont déjà à un niveau… 

 

Q: Et ils le savent ?    

R: Ce n’est pas nécessaire qu’ils le savent. Ne vous posez pas ces questions-là.

 

Q: Le moi ?

R: La manière d’être homme que je suis. Elle est géniale pour elle-même et irremplaçable par un autre. C’est le cas de chacun qui est un génie pour lui-même. C’est son moi, son ANI. Chacun a premièrement ce premier problème de s’accepter soi-même.

Au fond, nous avons choisi notre destinée terrestre mais on l’a oublié. Et alors la première difficulté est de s’accepter soi-même, d’être bien dans sa peau comme on dit.

 

Q: Comment s’accepter soi-même si on se reconnait à soi-même certains défauts ?

R: C’est cela le problème à résoudre. Savoir que je commence cette destinée avec ces défauts qui sont moi, et donc il faut que je m’améliore sur tel et tel point. C’est ce problème-là. En général c’est une crise qu’on a à l’adolescence qui dure quelques mois. Si cela s’installe et se cristallise, alors il faut un tiqoun. C’est anormal que cela dure très longtemps, cela fait partie des crises de l’adolescence. On devient adulte et on sait qu’on devient adulte pour toute sa vie comme ça ! Celui-là et pas quelqu’un d’autre. Et on aurait préféré être autre, mieux. Il y a un manque d’humilité et un orgueil épouvantable, jusqu’à ce qu’on rencontre cette phrase simple : c’est moi qui suis moi… et je commence. Bien sûr, l’objectif n’est pas de s’asservir à cela mais de le dépasser et de s’améliorer.

 

Q : Il n’y avait que 600 000 âmes au moment du don de la Torah ?

R : Il y a toujours 600 000 âmes distribuées dans le nombre de juifs qu’il y a.

Ne croyez pas que chacun ait une âme toute entière. Il y a quelqu’un d’autre qui se ballade dans le monde qui a une partie de mon âme. Et quand je le rencontre je lui dit : « ah tu en es toi aussi ? »

Et pour une neshamah, il peut y avoir des milliers d’individus qui se la partage. Et en fin de compte la Neshamah d’Israël ce sont tous les Juifs à la fois. Mais pour l’humanité c’est la même chose c’est une seule Neshamah, celle de Adam Harishone toute entière. Et elle revient en jeu et en rejeu… à travers toutes les existences.

 

Rappelez-vous, si vous pensez à ces choses-là, que je vous en ai parlé avec le sourire, décontracté. Il ne faut pas s’affoler ! Et après que j’ai appris cela j’ai encore eu des enfants, n’ayez par peur ! Cela veut dire que tout cela est normal, il ne faut pas s’affoler. Nous vivons dans un temps de civilisation où nous sommes complétement artificialisés par rapport aux vrais problèmes traditionnels.

 

Vous comprenez pourquoi il y a inégalité spirituelle des hommes. La notion d’égalité spirituelle est fausse. Chacun est à un stade x de son évolution spirituelle et personne n’est jamais au même niveau. Ce qu’on appelle un ‘haver, ce sont deux personnes qui sont à peu près au même niveau. Alors ils sont ‘havérim et peuvent s’aider. Et tout le problème de l’amour entre l’homme et la femme, et la femme et l’homme, se rattache à cette question.

 

Je vous l’explique sous forme poétique :

Au fond, dans le monde où je vis, il manque quelqu’un ! Qui ? Moi ! Il y a tout le monde dans le monde sauf moi ! Et c’est vrai pour chacun. Par exemple, je suis le seul être au monde qui ne pourra jamais être élève de Mayanot, et je sais que cela me manque. Chaque fois qu’on me parle des cours de Manitou, je ne sais pas ce que c’est ! Cela peut vous paraitre bizarre mais je suis la seule personne à ne pas savoir de quoi il s’agit. Cela veut dire : dans mon monde à moi, il manque quelqu’un : c’est moi ! Alors, pour chacun c’est le même problème. A la recherche de ce moi qui manque dans son monde. Quand on le rencontre c’est cela la femme pour le mari et le mari pour la femme. Je me suis rencontré. C’est là que le bonheur commence. Pourquoi ? Parce que le monde n’est plus dépeuplé. Lamartine : « Un seul être nous manque et le monde est dépeuplé ». On peut ajouter le commentaire : qui est cet être ? moi-même !

Parce que quand un homme dit à une femme ou réciproquement qu’il l’aime, que veut-il dire ?

Il lui dit : tu es moi ! Si on n’arrive pas à ce niveau, ce n’est pas de l’amour, c’est tout à fait autre chose. Des jouissances x ou y. Mais ce n’est que lorsqu’on se reconnait qu’on peut dire je t’aime,  tu es moi. C’est toi moi, et c’est moi toi, et l’amour commence…   

 

Q : C’est de l’égoïsme aussi ? c’est moi que j’aime avec toi ?

R : C’est plus profond que cela. Tant que cela n’arrive pas là, l’autre n’est pas sûr de la manière dont tu l’aimes. Si ma destinée n’est pas en jeu dans l’amour que j’ai pour ma femme, alors elle ne peut pas être sûre que je l’aime vraiment. Et réciproquement.

Les juifs ont deux ennemis : les goyim et l’égoïsme. Dehors et dedans. Faire attention à l’égo. C’est l’obstacle. J’ai lu chez les poètes mystiques persans, le plus beau poème jamais écrit dans l’histoire  littéraire humaine. Un seul mot dans toute une page d’un poème où un homme dit à une femme « tu es mon cœur ». C’est cela l’amour. Il n’y en a pas d’autre.

On pourrait dire un autre mot « mon âme », « ma vie ». Mais c’est ça. Tant qu’on ne s’est pas rencontré à ce niveau-là, c’est qu’on parle d’autre chose.

 

Ce que je voulais dire, c’est qu’il faut se rassurer. C’est bien soi qui est soi pour chacun et cela commence avec ce relai que l’on prend avec sa propre histoire qui commence depuis le premier homme jusqu’à la fin. Nous avons tous existé d’une certaine manière ou d’une autre dans l’âme du premier homme. Et c’est cette neshamah-là qui est en cours d’histoire jusqu’au moment où elle achève son Tiqoun.

 

…/…  

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Published by Rav Léon Askénazy - dans CALENDRIER & FÊTES
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