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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 18:29

Parasha - Hayey Sara (1995)

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/haye_sara_serie_1995/cours_1

Face A

 

C’est une parashah assez longue. Il y a 2 épisodes du récit auxquels je voudrais me référer:

l’achat de la caverne de Makhpelah par Avraham à l’occasion de la mort de Sarah.

le mariage d’Isaac et les enseignements que l’on peut en tirer.

 

23:2:

וַתָּמָת שָׂרָה, בְּקִרְיַת אַרְבַּע הִוא חֶבְרוֹן

 

On apprend des versets précédents que Sarah est morte à Qriat Arba que le verset nomme ‘Hevron.

Le mot de ‘Hévron donne déjà l’idée de dualité mais Qriat Arba la multiplie par deux si j’ose dire.

Le texte donne un certain nombre d’indications :

בְּקִרְיַת אַרְבַּע הִוא חֶבְרוֹן

Qriat Arba Hou ‘Hevron

 

Il y a donc une perspective historique. C’est qu’à un certain moment de l’histoire cette ville s’appelle ‘Hévron mais, je cite le Midrash, elle est depuis l’origine de l’humanité, sous l’appellation de « Qriat Arba la cité des quatres » – elle est l’endroit où a commencé l’histoire humaine. D’après le Midrash, y sont enterrés dans la caverne de Makhpelah, déjà Adam et ‘Hawah, et par la suite, Avraham et Sarah, Isaac et Rebeccah, Jacob et Léa. Il est important de signaler que c’est Jacob et Léah et non Jacob et Rachel.

 

La première question : pourquoi était-il nécessaire que Avraham achète la caverne de Makhpelah alors que le possesseur de cette caverne qui était Efron Ben Tso’har du peuple des Hittites était prêt à la lui donner en cadeau ? Quel est l’enseignement au fait que Avraham doit acheter – qiniane – acquérir la terre qu’il lui est donnée par Dieu ?   

 

[la Torah n’emploie jamais le terme de « terre promise » qui est de mentalité chrétienne : il y a toute une philosophie derrière ce terme de « terre promise » la terre promise mais il faut la mériter, elle est promise ad vitam eternam. Et effectivement, il y a une certaine tendance dans la réflexion philosophique à considérer que le messianisme authentique est celui qui ne se réalise jamais... C’est une promesse, c’est une dynamique, c’est une espérance... Il y a là une mentalité qui n’a strictement rien à voir avec le Pshat de la Torah, même si vous entendez les discours de ce type, surtout universitaires, dans les milieux juifs. Ceux qui ont étudié le Talmud savent que indépendamment de tous les niveaux d’harmonique de sens, allégorique, mystique, métaphysique, le sens fondamental c’est le sens Pshat qui correspond à la réalité des choses. C’est l’imprégnation de mentalité chrétienne de prendre comme postulat à priori un cararctère abstrait, symbolique, de l’enseignment de la Torah. La ligne de partage entre ces deux mentalités c’est la relation à la Torah comme loi. Pour le judaïsme, la loi doit être pratiquée, réalisée. Les Mitsvot doivent être réalisées : Mitsvot Maassiot. Réalisées réellement. Tandis que dans d’autres registres, en particulier dans la mentalité chrétienne, c’est symboliquement que cela se réalise, mystiquement. Pneumatiquement, au niveau de l’esprit. Pneuma l’esprit c’est le Roua’h. Il faut être vigilant devant cet envahissement de la conscience juive à travers la culture moderne de cette perspective. On l’a trouvé surtout dans le judaïsme d’Alexandrie avec Philon : une lecture allégorique et non pas concrête et réelle du judaïsme. J’insiste un peu car nous sommes confrontés à des risques de ce genre par rapport à Erets Israël. On entend souvent dans les discours, même pieux, parler d’un Erets Israël symbolique.

Quoiqu’il en soit la véritable ligne de démarcation c’est Mitsvot Maassiot.

Je vous raconte une anécdote avec le père Dubois.

C’est une logique totalement différente. Dans la confrontation avec le christianisme on ne peut dialoguer qu’au niveau des connaissances – la logique intellectuelle - et non pas au niveau des convictions qui se situent au niveau des passions, de la logique affective. Dans la logique affective, on décide d’abord de la conclusion du raisonnement. Et ensuite on y arrive. C’est la logique des avocats. Rappelez vous de la Mishnah : le juge reçoit comme consigne : « ne te conduis pas comme un avocat », car la logique d’un avocat c’est de décider à l’avance de la conclusion des raisonnements, tandis que la logique intellectuelle prend des points de départs clairs et évidents et ne sait pas encore où le raisonnement mènera en conclusion. C’est pourquoi c’est de la perte de temps que de discuter au niveau des convictions. Bitoul Zman.

On discutait sur ce qui nous séparera toujours que le christianisme prétend que la loi est accomplie. Quelle loi ? La loi de Moïse. Que signifie accomplie dans cette affirmation ? On a discuté et pris des exemples : « Tu ne te feras pas d’image » Il m’a dit, oui la loi de Moïse interdit la représentation de l’image de Dieu. Mais Dieu a jugé dans sa grande bonté que les hommes ne pouvaient pas se passer d’image. Et pour pas qu’il y ait de faute Il s’est fait lui-même sa propre image. A ce niveau, il n’y a pas de discussion possible.] 

 

L’acquisition - qiniane - de la caverne de Makhpelah par Avraham est la première acquisition d’Erets Israël. Cela commence par Abraham. Je citerais en particulier l’enseignement de Ibn Ezra et de Na’hmanide à ce sujet sur ce point précis : pourquoi cette nécessité pour Abraham d’acheter ce caveau précis que Efron ben Tso’har veut bien donner en cadeau ?

 

Cela va mettre en évidence le souci d’Abraham et de la Torah d’assurer les droits d’acquisition de la terre. Et cette préoccupation d’Abraham que l’acquisition soit irréversible n’a pas servi. Tous reconnaissent actuellement que la caverne de Makhpelah abrite les Patriarches mais cela semble ne servir à rien. C’est vrai pour l’ensemble d’Erets Israël.  

 

L’enseignement central que je voudrais citer :

Bien sûr, la situation historique nous dépasse et nous n’arriveront jamais à l’identitifier de la manière dont le texte en parle. Les habitants de Canaan se conduisent avec Abraham comme avec un être exceptionnel : « נְשִׂיא אֱלֹהִים אַתָּה בְּתוֹכֵנוּ Nessi Elohim Atah Betokhenou-  prince de Dieu parmi nous ».

 

Cela demande à être élucidé : nous n’avons pas l’habitude, ni l’expérience de cela. Les occupants du pays se conduisent avec Abraham revenu de la civilisation de Babel comme avec un être exceptionnel disant de lui : נְשִׂיא אֱלֹהִים  Nessi Elohim prince de Dieu.

 

Une analogie historico-littéraire :

c’est le thème des familles de sang divin, de sang bleu. Il y a eu un temps de l’histoire des hommes, dans toutes les sociétés finalement où l’on admettait que certaines familles, certaines dynasties étaient divines. Cela continue sans doute sous une toute autre forme. C’est sans doute l’intuition de la civilisation qu’il y avait des dynasties qui étaient d’un autre ordre que les dynasties des sociétés dont elles étaient la fonction royale. C’est très connu pour l’Egypte en tout cas. Le Japon et la famille de l’empereur.

 

Quoiqu’il en soit, voilà donc ce dialogue avec quelqu’un que l’on respecte comme s’il était de sang bleu.   

 

Verset 6 :

Lorsqu’Abraham demande un caveau en particulier et pas n’importe lequel, il faut essayer de comprendre ce qu’il savait pour demander ce caveau là et pas un autre ?

Les ‘Hittites lui répondent :

 
שְׁמָעֵנוּ אֲדֹנִי, נְשִׂיא אֱלֹהִים אַתָּה בְּתוֹכֵנוּ--בְּמִבְחַר קְבָרֵינוּ, קְבֹר אֶת-מֵתֶךָ; אִישׁ מִמֶּנּוּ, אֶת-קִבְרוֹ לֹא-יִכְלֶה מִמְּךָ מִקְּבֹר מֵתֶךָ

Shma'enou adoni

Ecoutes-nous seigneur

Nessi Elohim atah betokhenou

tu es une prince de Dieu parmi nous

bemivekhar kevareynou

dans la meilleure de nos tombes

kevor et-metekha

enterre ton mort

ish mimenou et-kivero lo-yichleh mimekha

personne d’entre nous ne refusera sa tombe devant toi

mikevor metkha.

d’enterrer ton mort.

 

Vayakom Avraham vayishta’hou le'am-ha'arets livney-‘Het.

Avraham se leva et se protesterna devant le peuple de la terre les enfants de ‘Het.

 

Ici c’était un des 7 peuples qui occupaient le pays à l’époque du retour de la famille d’Abraham au pays des hébreux que l’on appelle à cette époque le pays de Canaan parce qu’il est en train d’être conquis pas les Cananéens qui se rangent parmi les peuples occupants du pays. Il y a 7 peuples dont les Cannéens, il y en a 10 ou 13 selon les sources différentes qui s’étudient très attentivement surtout dans le Zohar : ce sont des niveaux d’identités des nations qui occupent Erets Israël et réclament un droit de possession de la terre qui est appelée à l’origine la terre des hébreux.

Le Zohar dit qu’il faut comprendre l’expression « Bnei ‘Het » en relation déjà avec les premiers temps de l’humanité : les fils du péché - ‘Heth - s’écrit différemment mais le Zohar joue sur l’homophonie. 

 

וַיְדַבֵּר אִתָּם, לֵאמֹר:  אִם-יֵשׁ אֶת-נַפְשְׁכֶם, לִקְבֹּר אֶת-מֵתִי מִלְּפָנַי--שְׁמָעוּנִי, וּפִגְעוּ-לִי בְּעֶפְרוֹן בֶּן-צֹחַר
Vayedaber itam lemor

Et il parla avec eux en disant :

im-yesh et-nafshekhem

Si vous êtes d’accord

likbor et-meti milfanay

que j’enterre mon mort devant moi

shma'uni oufig'ou-li be'Efron ben-Tsohar

écoutez moi et intercédez pour moi chez Efron fils de Tsohar.

 

La racine de l’expression fig'ou-li signifie dans le sens immédiat heurter quelqu’un mais c’est un des mots dont on se sert pour dire la prière : Vayifgar bamaqom (il s’est heurté à l’endroit) à propos de Jacob. Il y a différentes conduites de la prière, il y a une prière insistante qui est désignée par cette racine de lifgouaa.

 

וְיִתֶּן-לִי, אֶת-מְעָרַת הַמַּכְפֵּלָה
Veyiten-li et-me'arat haMakhpelah

Et qu’il me donne la caverne double .

 

A retenir le verbe naton donner qui va être précisé dans la suite du verset.

 

אֲשֶׁר-לוֹ, אֲשֶׁר, בִּקְצֵה שָׂדֵהוּ:

asher-lo

qui est à lui

asher biktseh sadehou

qui se trouve à l’extrêmité de son champ .

 

Et Abraham va acquérir et le champs et la caverne. C’est surtout Na’hmanide qui va nous l’expliquer.

 

  בְּכֶסֶף מָלֵא יִתְּנֶנָּה לִּי, בְּתוֹכְכֶם--לַאֲחֻזַּת-קָבֶ

Bekhesef male yitnenah li

en argent plein, il me la donnera

betokhekhem la'ahouzat kaver.

Parmi vous en héritage de sépulture

 

וְעֶפְרוֹן יֹשֵׁב, בְּתוֹךְ בְּנֵי-חֵת; וַיַּעַן עֶפְרוֹן הַחִתִּי אֶת-אַבְרָהָם בְּאָזְנֵי בְנֵי-חֵת, לְכֹל בָּאֵי שַׁעַר-עִירוֹ לֵאמֹר

Ve'Efron yoshev betokh beney-‘Het

Et Efron était assis au milieu des enfants de ‘Het.

[Chaque fois qu’il y a cette expression « être assis au milieu de son peuple » c’est être assis à la porte de la ville au tribunal.]

vaya'an Efron ha’Hiti et-Avraham

et Efron le ‘Hittite répondit à Avraham

be'ozney veney-‘Het

aux oreilles des enfants de ‘Het

lekhol ba'ey sha'ar-iro lemor.

Devant tous les passant de la porte de la ville (c’est à dire le tribunal) en disant :

 

לֹא-אֲדֹנִי שְׁמָעֵנִי--הַשָּׂדֶה נָתַתִּי לָךְ, וְהַמְּעָרָה אֲשֶׁר-בּוֹ לְךָ נְתַתִּיהָ; לְעֵינֵי בְנֵי-עַמִּי נְתַתִּיהָ לָּךְ, קְבֹר מֵתֶךָ

Lo-adoni shma'eni

Non Monseigneur, écoutes-moi

hasadeh natati lakh

le champ, je te l’ai donné

vehame'arah asher-bo lecha netatiha

ainsi que la caverne qu’il y a dans le champ je t’ai donné

le'eyney veney ami

aux yeux des enfants de mon peuple

netatiha lakh kvor metekha.

Je te l’ai donné enterre ton mort.

 

C’est là que nous avons notre problème : Efron le propriétaire était prêt à lui donner et lui a donné. Pourtant Abraham n’est pas satisfait.

 

Verset 12 :

וַיִּשְׁתַּחוּ, אַבְרָהָם, לִפְנֵי, עַם הָאָרֶץ

Vayishta’hou Avraham lifney am-ha'arets

Et Avraham se prosterna devant le peuple de la terre.

 

וַיְדַבֵּר אֶל-עֶפְרוֹן בְּאָזְנֵי עַם-הָאָרֶץ, לֵאמֹר, אַךְ אִם-אַתָּה לוּ, שְׁמָעֵנִי:  נָתַתִּי כֶּסֶף הַשָּׂדֶה, קַח מִמֶּנִּי, וְאֶקְבְּרָה אֶת-מֵתִי, שָׁמָּה

Vayedaber el-Efron be'ozney am-ha'arets

Et il parla à Efron aux oreilles du peuple de la terre

lemor akh im-atah lou shma'eni

pour dire : si seulement tu voulais bien m’entendre

natati kesef hasadeh ka’h mimeni.

Je t’ai (déjà) donné l’argent du champ prends le de moi

Efron dis j’ai donné mais il n’a rien donné, Abraham dis j’ai donné mais il n’a rien donné...

(si je te promets c’est que tu l’as déjà -  il suffit aux tsadikim de parler) l’argent du champs prend le de moi 

Tout ce qu’il lui demande c’est de prendre l’argent.

ve'ekberah et-meti shamah

et je pourrais enterrer mon mort là-bas.

 

Vaya'an Efron et-Avraham lemor lo.

Et Efron répondit à Avraham en lui disant

Adoni shma'eni

Seigneur écoutes-moi

erets arba me'ot shekel-kesef

une terre de 400 shekels d’argent

beyni ouveyneykha mah-hi.

entre moi et et entre toi qu’est-ce que c’est ?

ve'et-metecha kevor

enterre ton mort !

 

Donc on apprend que c’est au prix de 400 Shékalim d’argent que finalement la transaction a eu lieu. Ces 400 sicles d’argent ont une origine. Cela se relie à un tout autre épisode. C’est lorsque le Pharaon a reconnu que Sarah était la femme d’Abraham et qu’il l’a congédié et lui a donné en dédommagement 400 sicles d’argent que l’on retrouve ici. Il y a donc une filiation entre cette histoire de Sarah et Abraham en Egypte chez Abimelekh et d’autre part l’acquisition d’Erets Israël. Ce qui s’est passé en Egypte en ce temps-là fait qu’il va falloir acheter le pays d’Israël alors que ce pays est donné à Abraham. C’est la différence entre la terre promise et la terre donnée. Sans aucun lien possible entre les deux. André Chouraqui appelait la terre promise « la terre de promission » : toute une stratégie pour éviter que la promesse s’accomplisse...

 

Si c’est la terre des Hébreux, pourquoi faut-il l’acquérir ?

 

Réponse :

Il y a deux contrats possible : le contrat de donation shta’h matanah , et le contrat d’acquisition – shta’h quiniane. La législation talmudique préfére tojours le shta’h quiniane même pour une prouta à un shta’h matanah. Les droit de possession sont apparemment les mêmes, mais il y a une force juridique et donc morale plus forte s’il s’agit d’un contrat d’aquisition.

 

Abraham pressent que ce pays sera disputé à sa descendance, et il veut alors en assurer les droits judiriquement et moralement de façon plus irréversible que par un contrat de donation.

 

La différence entre donner, prendre et acquérir, nous allons l’étudier dans une législation du Talmud concernant le mariage. Effectivement, c’est la forme de cette acquisition du champ par Abraham qui va servir de base à l’établissement des procédures du mariage.

 

Le verset 3 va nous aider à comprendre pourquoi Abraham doit quand même acquérir la terre qui lui appartient en tant qu’hébreu.

 

Abraham ramène de l’exil de Babel à Our-Qadim son identité hébraïque mais cette identitié est un peu à l’indice araméen, à l’indice de l’exil. L’araméen est l’hébreu de l’exil au temps de la civilisation de Babel, de la même manière que le juif est l’hébreu de l’exil au temps de la civilisation romaine.

 

On comprend pourquoi il va falloir tout un effort de désintoxication de ce que les Kabalistes appellent Qlipat Aram  - l’écorce d’Aram. L’identité hébraïque est enfouïe et vit sous une écorce, l’écorce araméenne, qu’elle ramène d’exil. Et tout cet effort d’Abraham à Jacob qui recevra le nom Israël est pour se débarrasser de la sédimentation due à l’écorce de l’identité araméenne déposée sur l’identité hébraïque. Nous vivons un processus assez analogue.  

 

D’une certaine manière, pour retrouver notre identité hébraïque profonde, il faut finir par se débarasser de ce qu’était le statut socio-politique du juif de l’exil. Je n’ai pas dit l’identité juive, parce que l’identité juive profonde c’est l’identité hébraïque traduite dans une autre langue. Puisque les Juifs de l’exil sont des Hébreux qui parlent une autre langue. La langue n’étant ici que le signe de l’identité culturelle profonde.

 

Nous vivons un processus analogue et trés dramatique : les problèmes de la société israélienne contemporaine en font foi. C’est cette histoire que la Torah nous raconte : le retour de  « Abram l’hébreu » jusqu’à ce qu’il devienne Abraham l’hébreu, le point de départ de cette réhébraïsation de l’unique famille des rescapés de la fournaise de Our-Qasdim qui va fournir cet effort qui ménera à Jacob-Israël.

 

Trés schématiquement, cette Qlipat Aram est évacuée en deux niveaux : la Qlipah extérieure part avec Ishmaël (qui est extérieure comme Hagar était extérieure à Sarah), et la Qlipah intérieure partira avec Essav jumeau de Jacob et qui a la même mère. Ce sont deux effort d’épuration d’identité, de réhébraïsation d’identité, qui sont des processus historiques et sociaux et politiques que nous vivons actuellement bien plus qu’au simple niveau culturel.

 

Midrash : l’identité d’Israël est impossible à définir.

Deux noms dans la Torah qui sont de cet ordre : le nom de Dieu et le nom d’Israël. L’expression Dieu d’Israël en est la clef.

En ce qui concerne Israël il y a quand même deux limites extérieures de cette identité : l’une est Ishmaël et l’autre est Essav. Tous deux sont très facile à définir. C’est Jacob-Israël et surtout le mystère Israël qui est difficile à définir. Mais il y a quand même deux limites extérieures qui sont nominables.

 

Un des Midrashim explique ceci sur le thème suivant : il y a 4 catégories de personnes par rapport à la Torah :

Ceux dont le comportement est bon mais dont le nom n’est pas beau.

Ceux dont le nom est beau mais dont le comportement n’est pas beau

Ceux dont ni le nom ni le comportement ne sont bons

Ceux dont le nom et le comportement sont bons

 

En ce qui concerne une de ces catégories, ceux dont le nom est bon mais dont le comportement n’est pas bon, le Midrash explique qu’il s’agit de Ishmaël et de Essav. Ce sont deux noms très honorables, le Midrash poursuit :

Voilà comment le Midrash les explique :

Ishmaël dans le sens Pshat “Dieu écoutera” que le Midrash traduit => son identité est  Shoméa El  il écoute Dieu. Ceux qui connaissent la religiosité musulmanne, originairement idolâtre mais rentrée dans la foi d’Abraham après Mahomet, savent ce qu’est un musulman priant. C’est une identité humaine capable d’écouter la loi de Dieu. Le nom dans son sens Pshat signifie l’inverse : Dieu écoutera. Quand ? Dans l’avenir. La priére d’Ishmaël est prière authentique.

 

Cette grande difficulté de l’exil d’Israël chez les musulmans surtout pour les Sfardim et chez les Chrétiens surtout pour les ashkénazim est aux prises avec des sensibilités trés différentes.

Halakhah : il est possible pour un Juif de prier dans une mosquée.

La prière musulmanne est une prière monothéiste

Et puis Essav : osseh retson ossav il accomplit la volonté de celui qui l’a fait

 

C’est très frappant de voir à travers ce Midrash ces deux limites extérieures de l’identité d’Israël.

Ishmaël est à la tendance du Nishmah, alors que Essav est  la tendance du Naasseh.

Et Israël c’est naassé venishmah. Il y a une espèce de problématique d’identité dans ce Midrash qui est très claire. Il y a en Israël des tendances d’échecs. Ceux qui sont que Naassé et pas Nishmah et ceux qui sont que Nishmah et pas Naassé. L’un a tendance à être Essav et l’autre a tendance à être Ishmaël. Y a des tendances à être les limites extérieures de l’identité d’Israël en Israël même.

 

Très schématiquement parce que toutes les exceptions sont possibles:

Les Séfardim en général ont plus tendance au Nishmah qu’au Naasséh

Les Ashkenazim en général ont plus tendance au Naasséh qu’au Nishmah.

 

[Le grand Rabbin Jaïs a été grand rabbin dans une communauté Séfarade à Constantine en Algérie et dans une communauté Ashkénaze en Alsace : en Algérie un notable du consistoire mais qui ne faisait aucune Mitsvah. Un jour il lui apporte une bouteille d’huile au grand rabbin pour mettre de l’huile dans la veilleuse de Eliyahou Hanavi parce qu’il avait rêvé du prophète Eliyahou Hanavi. Le grand rabbin exprima son étonnement : Comment ? vous m’apportez de l’huile pour la veilleuse d’Eliyahou Hanavi parce que vous avez rêvé de lui ? Réponse du juif : Quoi, Monsieur le rabbin, vous n’y croyez pas ? C’est un premier type de juif.

En Alsace le président de la communauté était un juif très pieux. Un soir de Pessa’h le grand rabbin Jaïs a fait un discours sur les miracles de la sortie d’Egypte. Alors à la fin de l’office le président l’a félicité : « Vous avez très bien parlé mais vous savez ces histoires de miracles il faut raconter cela au talmud Torah à ma petite fille.

Alors le grand rabbin Jaïs me demanda : Lequel des deux est juif ?

Vous voyez, l’un c’est Nishmah et rien du Naasseh. L’autre c’est Naasseh et Nishmah c’est un problème. Les deux limites de l’identité sont présentes ici. Je lui ai dit : il faut prendre le fils de l’un et la fille de l’autre, les marier, et on obtiendra un juif avec cela.]

 

***

 

Abraham revient avec l’identité hébraïque devenue araméenne en exil. Or, ce n’est pas toutes les dimensions de cette identité hébreux revenue d’exil de la famille d’Abraham qui peuvent être Israël. C’est le résultat de déjà trois générations d’évacuation de l’identité araméenne. L’identité Aram va se déposer comme telle dans la descendance de Loth (Ammon et Moav), dans la descendance d’Ishmaël et dans la descendance d’Essav. Et c’est l’identité hébraïque revenue d’exil, débarrassée de l‘identité d’Aram qui deviendra Jacob qui reçoit le nom Israël parce qu’il est enfin hébreu absolu.

 

C’est finalement la réponse à notre question : pourquoi faut-il donner et spécifier à la descendance d’Abraham par Isaac et Jacob, cette terre qui est la terre des Hébreux ?

Parce qu’elle sera inévitablement réclamée par les autres lignées ! Mais il n’y a que Jacob devenu Israël qui est vraiment l’hébreu et qui a donc droit à la terre des Hébreux.

 

Au point de départ, notre question est la suivante : Nous savons que c’est la terre des hébreux. (Cf. Verset du chapitre 46 de Bereshit ). Pourquoi faut-il donc confirmer à Abraham que dans sa descendance Isaac et Jacob cette terre lui appartiendra puisque c’est la sienne  ? Parce que l’hébreu revenu de la civilisation d’Our-Qasdim est araméen et a donné naissance à des lignées dérivées de la famille d’Abraham qui ne sont pas hébreux vraiment. Il n’y a qu’avec Jacob devenu Israël que l’on a vraiment retrouvé l’identité hébraïque.

 

Je vous ajouterais l’explication du Maharal à propos d’un verset que nous étudierons à Pessa’h.

C’est à Abraham déjà qu’est annoncée l’éventualité de l’exil. Et il s’avérera par la suite où cet exil se fera : là où la civilisation du temps était la plus forte. Il s’avèrera par la suite que c’était en Egypte. Maharal : Puisque c’est avec Abraham déjà que l’exil est annoncé pourquoi ne commence-t’il pas avec Abraham ? Pourquoi faut-il attendre Jacob pour que l’exil commence ?

Maharal répond : parce que la confirmation de la possession de la terre des hébreux est toujours liée à l’éventualité de l’exil. Et si l’exil avait commencé avec Abraham, Ishmaël aurait été concerné.  Ishmaël avait connu l’exil il aurait des droits sur la terre.

.../...
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******

 

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Published by Rav Léon Askénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
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