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13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 12:46

'HANOUKAH

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka/cours_1

Durée : 45,9 minutes
Face A

 

 

J’avais intitulé ce sujet le véritable enjeu de ce que commémore ‘Hanouka c’est-à-dire la victoire des Makabim contre les Grecs.

Je ne reviens pas sur la description du moment et des problèmes qui se sont posés au Judéens qui étaient l’Israël de ce temps, Erets Israël c’était la Judée et nous sommes au temps du Bayit Shéni. Puisque vous l’avez déjà en mémoire, j’aurais implement à m’y référer si nécessaire à analyser tel ou tel point plus particulier.

Le sujet auquel j’ai pensé en préparant cet exposé c’est ce qu’était le véritable enjeu de la victoire des Maccabées, de la lutte des Maccabés contre les Grecs qui a été sanctionnée par la victoire des Maccabées. Nous savons déjà que au moment de la victoire, la victoire a été positive : il y a eu un événement - disons ponctuel, bien qu’il ait pris un certain nombre d’années, l’espace d’au moins une génération - qui est commémoré par la fête de ‘Hanouka, et ici le mot de ‘Hanoukah a le sens de inauguration. C’est le fait qu’on ait pu ré-inaugurer le service du temple après qu’il ait été rendu impur par l’objectif des Grecs dans leur lutte contre la Judée.

 

La Judée a été au temps de Grecs - comme cela a été le cas plus tard au temps des Romains – un cas particulier, un problème spécial, posé aux empires de ce temps. Les empires de ce temps avaient l’habitude, une fois leur conquête opérée dans telle ou telle province ou pays, d’intégrer la culture de ce pays dans l’ensemble de l’empire. Que ce soit l’empire grec d’ailleurs à sa manière, l’empire romain à sa manière… C’était d’ailleurs une des habitudes culturelles de ce temps-là puisque le modèle se trouve déjà dans ce qui s’est passé en Perse.

La fête de Pourim et l’événement qu’elle commémore est de nature différente de la fête de ‘Hanouka et de l’événement qu’elle commémore, mais malgré tout, c’était déjà le même principe : une tentative d’intégrer dans l’ensemble d’un empire donné les différents peuples qui étaient conquis. Et déjà au temps des Perses, il y a un problème particulier avec les communautés juives qui étaient en exil en Perse - c’est le problème de Pourim et de la Méguilat Ester que je rappelle pour mémoire - mais en particulier au temps des Grecs et des Romains, c’était inassimilable.

 

Et donc quel est ce véritable enjeu de cette lutte des Makabim contre les Grecs, au-delà de l’événement ponctuel de la victoire qu’on pourrait définir comme étant le fait de retrouver l’indépendance politique ?

L’indépendance politique étant la clef en principe de l’indépendance tout court, et donc aussi le fait de pourvoir garder son identité, sa personnalité propre, le fait de pourvoir être autonome, souverain, maître de sa propre histoire et de sa propre identité.

 

Nous allons voir qu’au-delà de l’événement de la victoire, cet événement ponctuel commémoré par ‘Hanouka, ‘Hanoukah est la fête de la réinauguration du temple. Il y a derrière cela une lutte beaucoup plus insidieuse et plus profonde, dont je voudrais parler ce soir dans cet intitulé : le véritable enjeu de l’événement de ‘Hanouka.

 

L’empire grec et la culture grecque de ce temps a pris acte que l’identité Israël de ce temps – c’est-à-dire les Judéens – était inassimilable au projet impérial de l’empire grec. Et par conséquent, il y a une tentative de dénaturer l’identité judéenne elle-même. J’utilise l’expression de judéen pour être fidèle à la précision historique, mais à partir de maintenant je dirais Israël parce que le sujet est beaucoup plus profond.     

 

Je voudrais surtout parler en me basant sur un des enseignements du Pa’had Its’haq qui, je vous le rappelle, est le Rav Hutner mort il y a quelques années, un des principaux, sinon le plus grand des commentateurs du Maharal de notre temps, que j’ai eu le privilège de connaître personnellement.

 

Il a mis en évidence un deuxième sens du terme de ‘Hanouka dont le Rav Kook dans son enseignement avait déjà abondament parlé. C’est que ‘Hanoukah renvoie à la notion d’inauguration mais aussi à la notion de ‘Hinoukh c’est-à-dire d’éducation. C’est le deuxième niveau dont nous allons parlé avec le texte que je vais vous lire simultanément en hébreu et en français en l’expliquant lorsque nécessaire.

 

Je voudrais introduire cette étude par le thème suivant : c’est un enseignement du Maharal sur le verset de base concernant l’éducation et qui est [Proverbes 22.6]:

חֲנֹךְ לַנַּעַר, עַל-פִּי דַרְכּוֹ--    גַּם כִּי-יַזְקִין, לֹא-יָסוּר מִמֶּנָּה

« Hanokh lanaar al pi darko, gam ki yazkine, lo yassour miménah » 

 

C’est un verset très important pour comprendre la conception juive de l’éducation et du Naar, le jeune l’adolescent : celui qui est en train de s’éveiller à la conscience adulte.

« Eduque l’enfant Al Pih Darkov selon son chemin de tel sorte que lorsqu’il vieillira il ne s’en écartera pas. »

 

Il y a deux significations du verset :

1-       1ère lecture :

Le Pshat direct : si on donne une éducation réussie à un enfant et pour que cette éducation soit réussie, il faut emprunter la méthode éducative qui est propre à son tempérament, à son caractère, à son identité, à son derekh, à sa manière de se conduire en général. Puisque l’objectif de l’éducation ce n’est pas s’assujettir l’enfant à une éducation perpétuelle mais au contraire d’aboutir à cette inauguration du fait qu’il devienne majeur. Et à partir du moment où l’enfant devient majeur et fonctionne comme homme par lui-même, alors c’est le signe que l’éducation a réussi.

 

Il y a donc une opération, un Maasséh qui est le ‘Hinoukh, qui, si il réussit, se transforme en ‘Hanoukah si j’ose dire, le fait qu’on inaugure la majorité de l’enfant que l’on a éduqué.

 

Le secret de ce verset c’est qu’il ne faut pas que l’éducateur impose son derekh à lui à l’enfant, mais l’inverse. Il doit imposer le contenu du ‘Hinoukh mais adopter le Derekh de l’enfant. C’est le secret de la réussite d’une éducation. Ceux qui ont étudié la Torah des Loubavitch savent que c’est le verset de base par lequel commence l’énseignement du Tanya d’ailleurs, en posant une question, que le Pshat du verset lui-même pose : quelle est cette éducation qui semble abdiquer l’autorité de l’éducateur et semble prendre l’enfant comme éducateur alors qu’il doit être l’éduqué ?

 

2-       2ème lecture :

Mais il y a un 2ème pshat qui apparait : l’éducation n’a réussi que si l’enfant devenu adulte est devenu Zaqen. Ce n’est pas une question d’âge mais une question de maturité. « Zaqen : Zeh Qanah ‘Hokhmah - Celui qui a acquis la sagesse». On peut donc être Zaqen très jeune de la même manière que l’on peut être Naar très âgé.

 

La lecture qui apparait-là c’est : Proverbes 22,6

חֲנֹךְ לַנַּעַר, עַל-פִּי דַרְכּוֹ--    גַּם כִּי-יַזְקִין, לֹא-יָסוּר מִמֶּנָּה

« Hanokh lanaar al pi darko, gam ki yazkine, lo yassour miménah ».

Et ce derekh-là, il s’agit du ‘Hinoukh lui-même.

 

Il s’agit d’une éducation perpétuelle. Si l’éducation donnée a réussi, alors cet enfant même devenu Zaqen ne s’écartera pas de cette éducation-là.

 

Le premier Pshat c’est חֲנֹךְ לַנַּעַר, עַל-פִּי דַרְכּוֹ   « Hanokh lanaar al pi darko - Eduque l’enfant selon sa  voie, sa manière de se comporter à lui.

Résultat :    גַּם כִּי-יַזְקִין, לֹא-יָסוּר מִמֶּנָּה     

Même lorsqu’il deviendra âgé, il ne s’écartera pas d’elle (cette éducation qu’on lui a donné une fois pour toutes).

Il y a là une opération qui transmet une certaine identité. Si cette identité est transmise de façon efficace, en tenant compte de la personnalité de celui à qui on la transmet, alors l’éducation réussira Et c’est un événement irréversible. Même lorsque le Naar n’est plus Naar mais Zaqen, il ne s’eccartera pas de cette éducation qui lui a été donnée. A partir du moment où cette éducation est transmise, c’est irréversible et l’éducateur n’a plus rien à voir avec l’éduqué, il a réussi l’éduqué étant devenu adulte.

 

Dans la 2ème lecture c’est que si l’éducation a réussi, l’enfant qui est devenu Zaqen ne s’écartera pas du ‘Hinoukh lui-même, et non pas du contenu de connaissances qu’on lui a transmis. C’est-à-dire qu’il continuera dans la voie de cette éducation.

 

Q : A la limite il deviendra éducateur lui-même ?

R : Il continuera à s’éduquer lui-même dans cette voie d’éducation même une fois devenu adulte. Il ne s’écartera pas du ‘Hinoukh, non pas en termes de contenus d’instructions, mais en tant que formation d’éducation.

 

Le 2ème pshat est beaucoup plus profond parce qu’il rend compte de la deuxième partie du verset.

גַּם כִּי-יַזְקִין, לֹא-יָסוּר מִמֶּנָּה

gam ki yazkine, lo yassour miménah

Le Gam est expliqué par la 2ème lecture : Même lorsqu’il deviendra Zaqen, il ne s’écartera pas de cette voie éducative.

 

Dans la 1ère lecture ce Gam est inutile puisqu’à partir du moment où il est devenu Zaqen, la question de savoir s’il s’écarte ou non de l’éducation donnée n’aurait pas de sens, puisque s’il s’en écarte c’est que l’éducation n’aurait pas réussi. Or, l’objectif du verset parle du cas où l’éducation a réussi. Donc, la deuxième lecture est beaucoup plus profonde.

 

A partir de cette lecture חֲנֹךְ לַנַּעַר, עַל-פִּי דַרְכּוֹ    en relation avec les deux sens du mot ‘Hanoukah – inauguration et ‘Hinoukh éducation – il y a aussi d’autres nuances indiquées par le Maharal, reprises par le Pa’had Its’haq – en relation avec l’événement lui-même de ‘Hanoukah on s’aperçoit qu’il y a eu deux enjeux  dans le même événement de la victoire des Makabi contre les Grecs:

-           1- D’une part ‘Hanoukah, la réinauguration de l’identité hébraïque au temps des Judéens, alors qu’elle avait été opprimée par les Grecs. Et rappelons-nous que l’objectif des Grecs n’était pas de supprimer la Judée mais d’en dénaturer la spécificité de manière à pouvoir l’intégrer dans un empire « universel », c’était la prétention de l’empire grec.

 

Il y a là un principe important : dans toutes les tentatives impérialistes on se rend compte que l‘empire en question a la capacité d’intégrer toutes les manières d’être homme, leurs cultures y compris, suivant les stratégies des différentes empires, sauf une : Israël. Cela reste toujours réfractaire. Je crois qu’on pourrais faire le bilan de toutes les tentatives d’universalisme pour s’apercevoir que c’est une règle sans exception : il y a place pour toutes les identités humaines, sauf pour l’identité Israël, à moins qu’elle n’accepte de se dénaturer. Je prendrais un seul exemple qui me semble le plus massif : c’est le christianisme. Le christianisme apparait dans son idéal comme un idéal d’universalisme total. Toute manière d’être homme peut être sauvée du salut de l’Eglise sauf les Juifs, à moins de condition de dénaturement d’identité. Et nous verrons dans ce cas-lá ce qu’on appelle un Moumar : un membre du peuple d’Israël qui n’est pas Rashâ (celui qui fait des trangressions de son identité mais reste Israël) mais qui dénature son identité. Et la question est de savoir s’il perd son identité Israël ou pas.

Rappelez-vous le principe : Af âl pi shé-‘hatah Israël Hou même si un Israël a fait une faute il est Israël. Dans toutes les fautes de comportement. Mais si cela atteint l’identité, c’est la question qui va se poser : un Moumar fait-il encore partie d’Israël ?   

Nous verrons que d’après cet enseignement le Moumar en question ne fait pas partie d’Israël mais sa descendance continue à faire partie d’Israël. Léaamir : c’est plus que rénégat en française, c’est changer d’identité.

 

Au fur et à mesure qu’on étudie on s’aperçoit à quel point aucune langue n’arrive à traduire l’hébreu, même les langues les plus nuancées comme par exemple le français. Renégat en français renvoie à toute une perspective intellectuelle qui est décalée et différente de celle auquel renvoie le mot de Moumar en hébreu.

L’identité Israël n’est pas une quesiotn d’adhésion à des idées. C’est une question d’identité dans le sens strict, une manière d’être homme. C’est au niveau de l’être que cela se définit beaucoup plus qu’au niveau du contenu de la personnalité de cet être.

Du point de vue de la Halakha si quelqu’un est Moumar, sa descendance par la femme est juive. Il y a des régularisations d’identité. Si par exemple le fils d’une femme juive qui est devenue chrétienne revient au judaïsme, on ne le convetit pas. Il y a un acte légal de Kaballat Mitsvot mais ce n’est pas une conversion. Tant que cela n’est pas fait il est dans le cas de Israël Moumar. Mais s’il demande sa place en Israël, il a sa place en Israël dans le principe. Ce nest pas un cadeau qu’on lui fait, seulement il faut régulariser. Je pense que dans les temps qui viennent ce sera le cas pour les enfants de mariages mixtes se considérant comme juifs. La cérémonie de conversion des enfants de mariages mixtes deviendra de plus en plus de l’ordre de la régularisation. C’est un problème pour lui-même, une des préoccupations profondes des tribunaux rabbiniques actuellement : c’est un problème  qui devient énorme du point de vue de la quantité, en Israël même. Faut-il les convertir ou pas ? Ayant étudié cette question dans la Halakhah, il s’agit d’une des niveaux du Guiyour - et qui n’est pas le Guiyour que nous connaissons maintenant – qui s’appelle Kabbalat Mistvot. Il y avait 7 procédures de conversion radicalement différentes l’une de l’autre. La conversion absolue s’appelle Guer Tsedek. Celle qu’on pratique de nos jours depuis des siècles. Mais au temps de la société hébraïque il y avait 7 genres de Guérim. Et un seul pouvait demander Shémirat Mitsvot complet c’est le Guer Tsedek.

 

Nous avons un événement ponctuel : ‘Hanoukah inauguration c’est la victoire des Makabi avec réinauguration du temple, on retrouve notre souveraineté politique avec tout ce que cela implique du point de vue de l’être hébreu.

 

-           2. Un 2ème niveau qui est ce qu’on appelle en hébreu la lutte contre les Mityiavnim – les Hellénisants – les membres du peuple d’Israël qui ont accepté cette dénaturation que les Grecs voulaient imposer à la nation toute entière. Au niveau de la nation toute entière, ils n’ont pas réussi : c’est l’événement de ‘Hanoukah au niveau ponctuel, la victoire des Makabi, d’où ‘Hanoukah, inauguration. A l’échelle individuelle, ils ont réussi puisqu’ils ont fabriqué des Mityiavnim à l’intérieur de la nation d’Israël.

 

Le 1er événement est irréversible. C’est une victoire pure et simple, alors que le 2ème enjeu n’est pas achevé. Voilà le thème que nous allons étudier. L’enseignement en préface du Pa’had Its’haq à ce sujet est de relier cela avec le problème du changement de nom Jacob-Israël.

 

Je vous rappelle très briévement le sujet tel que la Torah l’enseigne : Jacob a lutté avec l’ange d’Esaü. Chaque manière d’être homme a un génie propre qui fait partie du projet du Créateur pour l’homme. Le projet du Créateur pour l’homme a autant de visage qu’il y a de réalités de manières d’être homme au niveau concret. Ces génies humains sont appelés les Sarim de chaque nation. Ici, le français nous aide : le mot de « génie » a les deux sens : le génie dans le sens de spécificité culturelle, et d’autre part, un niveau des anges qui en hébreu s’appelent les Sarim - les princes célestes. Et on pourrait admettre utiliser la signification « démonique » - je ne dirais pas démoniaque - du mot génie dans un sens positif : un génie au temps où les hommes savaient encore ce qu’était les génies, les fées, les farfadets… etc. Tous ces êtres dont les modernes ont perdu toute notion. On peut admettre que c’est le produit de l’imagination païenne, mais les païens admettent faire allusion à des réalités dont ils avaient expérience. 

Jacob doit se mesurer avec le génie d’Esaü. Dans le texte de la Torah, il y a deux indications qui semblent apparemment contradictoires. Ce génie d’Esaü a été vaincu par Jacob, et c’est là que Jacob reçoit le nom d’Israël. Mais, la Torah le formule : Vayar Ki lo yakhol lo : Il (l’ange) a vu qu’il ne pouvait pas le vaincre. D’autre part, Jacob est blessé à la hanche il semble y avoir une contradiction !

En fait, Jacob a tromphé de l’ange d’Esaü et a reçu le nom d’Israël. Mais cependant il est blessé. Il est atteint à la paume de la hanche. Ce n’est qu’après que la Torah raconte qu’à la fin de la nuit, quand le soleil brillera pour lui, il arrive Shalem dans sa perfection. Cela veut dire qu’il y a un événement qui est irréversible, une fois pour toute nous savons que Jacob a triomphé de l’ange d’Esaü et qu’il a le nom d’Israël. Mais il en est blessé. Jusqu’à ce que cette blessure soit guérie, il se nomme de nouveau Jacob dans certaine circonstances de son histoire.

 

Le parallèle que le Pa’had Its’haq fait avec ‘Hanoukah :

Au niveau de la victoire des Makabi contre les Grecs c’est irréversible. C’est Jacob ayant vaincu l’ange d’Esaü et recevant le nom d’Israël. Cependant, au niveau des Mityiavnim, c’est la blessure à la hanche de Jacob. Tant qu’elle n’est pas guérie, il y a cette dualité des noms : Jacob qui est quand même Israël et Israël qui est quand même Jacob…

La différence peut être comprise d’après le principe qui nous vient de la Torah du Rav Kook : la différence au niveau collectif et individuel. Au niveau collectif, Israël est déjà irréversiblement Israël parfait. Au niveau individuel, il est encore atteint à cette blessure de la hanche. Or, le Talmud a interprété cette blessure de la hanche à propos des malédictions éventuelles que le peuple d’Israël risque de rencontrer dans son histoire (Parashat Be’houqotaï) : les pires ennemis d’Israël sortent d’Israël lui-même ! Et cela se dévoile BéDor Hashmad : dans les époques où se produit quelques chose d’identique à ce que voulaient faire les Grecs : imposer une dénaturation d’identité à Israël.   

Lorsque dans la descendance de Jacob quelqu’un se dénature dans son identité, se convertit à une identité étrangère. C’est là que ce modèle de la blessure de Jacob à la hance se réalise dans l’histoire.

 

Petite parenthèse sur le Guid hanashé :

Le nerf qui innerve cette partie de la hanche où Jacob a été blessé est traduit habituellement par le « nerf sciatique ». Il ne s’agit pas du tout de cela. En réalité, le Guid hanashé est le nerf qui innerve les organes sexuels. C’est le nerf qui commande l’engendrement, la descendance. Cela veut dire que Jacob a été atteint dans sa descendance, à l’échelle individuelle de son Koa’h Haholadah. Alors que du point de vue de son identité de sa personne le triomphe est déjà assuré.

 

Je referme cette parenthèse et cette préface pour dire que l’événement ponctuel est irréversible : Il y a une Mitsvah de ‘Hanoukah de commémorer la victoire des Makabi contre les Grecs. Mais il y a quelques chose d’inachevé : Israël se nomme encore Jacob dans certaines circonstances : la victoire contre les Mityavnim n’a pas réussi complétement, n’est pas achevée. La dénaturation entreprise par les Grecs a l’échelle collective a échoué, mais ce qu’ils ont entrepris à l’échelle individuelle n’a pas complétement échoué.

 

C’est donc le 2ème sens du verset  חֲנֹךְ לַנַּעַר, עַל-פִּי דַרְכּוֹ    qui sera  utilisé pour le problème de la lutte contre les Mityavnim. Alors que dans le premier c’est déjà acquis et irréversible.  

 

Je vais lire un texte assez rapidement du Pa’had Its’haq qui va élargir ce sujet: en expliquant quel a été l’enjeu de cette lutte des Makabi et des Grecs en ce temps.

 

 

Voici ce qu’ont enseigné nos sages: (Et on cite dans cet enseignement un verset du cantique des cantiques qui s’étudie pour lui-même et qui va être utilisé par une Drashah dans la Guémara) :

פִּתְחִי-לִי אֲחֹתִי רַעְיָתִי יוֹנָתִי תַמָּתִי   - Pit’hi li A’hoti Raayati Yonati Tamati

Dans le Cantique des cantiques le bien-aimé dit à la bien-aimée:

«Ouvre-moi (ta porte) ma sœur, mon aimé, ma colombe, ma parfaite».  

A’hoti bé Bavel, Raayati Bé Madaï, Yonati Bé Yavan, Tamati Bé Edom.

 

 

Dans la comparaison que fait le Midrash, Shir hashirim est le dialogue entre Dieu et Israël. Alors Dieu dit à Israël « ma sœur », c’était au temps des événements de l’exil de Babel. Rayati mon aimée Madaï c’est au temps de la Perse. Yonati ma colombe au temps de la Grèce. Tamati ma parfaite au temps de Rome.

Et nous avons de nouveau un parallèle souvent cité dans les sources entre les 4 grands empires qu’Israël traverse et l’identité d’Israël confrontée et interpelée par le problème que pose la revendication d’identité de ces 4 empires successivement. Il y a 4 niveaux de la définition d’Israël comme  A’hot, comme Raayah comme Yonah comme Tamah. Et Yonati c’est Yavan.

 

Et pourquoi Dieu nomme Israël, Yonati, ma colombe au temps de la Grèce ? Parce qu’en ce temps-là on avait l’habitude d’amener en sacrifice des colombes et des pigeons sur l’autel.

Nous apprenons de là que le caractère spécifique de l’oppression de la Grèce est en cela que l’empire de la Grèce est l’unique empire parmi tous les empires qui ont opprimé Israël chez lui en Israël. Puisque tout le temps de cette oppression a eu lieu en ce temps-là où le temple existait.

Quelle est la signification intérieure de cette spécificité ?

Nous avons reçu par tradition de nos maîtres (et il s’agit du livre du Maharal intitulé Ner Mitsvah) que le miracle de la Ménorah est spécifique de la délivrance du temps de la Grèce parce que la Ménorah se réfère à la force de la sagesse.

 

Il y a d’autre part dans la Guémara, l’enseignement suivant qui doit vous être familier:

« Celui qui veut devenir sage doit habiter au sud. Celui qui veut devenir riche doit habiter au nord ».

Il y a des significations proprement spirituelles à cela.

C’est quand même frappant de voir que dans la géopolitique mondiale, les pays riches sont au nord et les pays sages sont au sud. La philosophie n’est pas un phénomène nordique, et la banque n’est pas un phénomène sudiste…

 

                  Mais le signe donné dans le temple c’est :

Menorah baDarom : la ménorah était au sud. Or, l’essentiel du propos de Yavan c’est dans la capacité de sagesse qui lui est propre.

 

Nous en avons souvent parlé. Ce qui caractérise le génie de la Grèce a été une certaine conception du monde qui a permis l’éclosion des sciences et des techniques que nous connaissons. Ce qui a commencé en Grèce est devenu universel. Le monde entier a pour modèle l’intuition grecque concernant les sciences et les technique. Cela a pris des siècles pour devenir ce que nous appelons la science, la technique, en général dans l’ère actuelle, mais c’est surtout l’indice de l’universel qui doit être mis en évidence.

 

Il se produit deux phénomènes parallèles : un avec Israël et un avec la Grèce. Je voudrais rattacher à ce dont parle la Torah lorsqu’elle parle de la perte de la langue unique. L’humanité avait connu le temps de l’universel avant la tour de Babel. Le signe était que l’humanité parlait une langue commune, unique. Cette langue unique a disparu et est resté les langages particuliers, d’où la confusion des langues. D’où la diaspora des nations, la diaspora des cultures avant même qu’Israël n’apparaisse dans le projet messianique de restauration de l’universel. Or, l’humanité depuis ce temps-là est à la recherche de la langue unique. Un phénomène comme l’espéranto est initié par un juif. C’est une espérance de l’universel qui s’exprime au niveau le plus profond de l’identité humaine, c’est-à-dire le langage. Il y a d’ailleurs dans la linguisitique contemporaine la recherche d’une langue unique. En littérature je me souviens de Mallarmé qui cherchait la langue poétique unique. Il devait être mal armé pour cela ! Au fond ce qu’il cherchait c’est l’hébreu…

 

Il n’y a pas de doute que les Grecs ont réussi à rétablir un langage universel unique pour tout ce concerne le monde matériel. Le langage des sciences c’est la mathématique. Et, cela commence plus tard, mais cela a été le génie des Grecs d’avoir permis d’instaurer un langage unique des sciences. Le système des sciences modernes serait impossible sans l’installation de la mathématique comme langage unique des sciences. Toute exploration de la connaissance devient scientifique quand son langage devient mathématique. Et c’est irréversible à l’échelle universelle. Ce qui fait que des savants de toutes les cultures et de toutes les nations, quelque soit la différentiation diasporique de la réalité humaine, se comprennent parce qu’ils ont une langue unique universelle pour tout ce qui concerne l’exploration de la matière, c’est le génie de la Grèce.

C’est probablement l’intention profonde des textes qui parlent de la langue grecque comme véhicule de la beauté et de l’harmonie et donc de l’ordre du monde extérieur. 

 

Dans l’autre cas de la recherche de la langue universelle, c’est au niveau non plus de la réalité matérielle mais de la réalité spirituelle. Et en fin de compte, alors que la Grèce a achevé, si j’ose dire son rôle dans l’histoire universelle, elle a donné à l’humanité - et c’est irréversible et elle a disparu et quitté la scène de l’histoire – la langue unique pour la matière.

 

L’autre niveau de la langue unique c’est pour l’esprit. Et c’est l’hébreu de la prophétie hébraïque qui lui aussi a un impact universel. Lorsque dans l’universel humain on recherche la langue unique des choses de l’esprit on ne peut pas ne pas arriver à ce dont ont parlé les prophètes hébreux. Mais cela est encore en cours d’histoire, en contestation, en rivalité, inachevé.

 

Pour le dire d’une autre manière : pour atteindre la langue unique il faut l’atteindre des deux côtés à la fois: la langue unique pour dire la matière, la langue unique pour dire l’esprit. Et la langue unique pour dire la matière est déjà émergée dans l’histoire des cultures, et c’est la Grèce qui l’a donné.

La langue unique pour les choses de l’esprit est en cours, elle a émergé une fois pour toute au niveau de l’événement ponctuel, avec les prophètes hébreux, mais ce combat n’est pas encore achevé.

 

C’est très frappant de voir que pour la sagesse de la Kaballah la langue unique a précisément ces deux versants. Chaque mot a une signification dans l’ordre de la qualité, et une signification dans l’ordre de la quantité. Chaque mot a sa valeur numérique. C’est un langage qui signifie, et la vision qualitative du monde, et la vision quantitative du monde. Les Kabalistes ont toujours été habitué à cela : un langage a simultanément deux registres de significations. Lorsqu’un kabaliste a sous les yeux un chapitre de la Torah, il a en même temps sous les yeux un message qui s’adresse au sujet humain intellectuel, spirituel, dans l’ordre de la compréhension des significations, l’ordre de la qualité, et en même temps une page d’équations. Et il lit cela simultanément comme cela.

 

Tout se passe comme si cette langue unique est cassée en deux : il y a la lecture spirituelle d’un côté et la lecture matérielle du monde de l’autre, et une lutte entre les deux.

 

On comprend pourquoi nos maîtres ont parlé de cette inévitable tension, conflit et rencontre, entre ces deux génies. La Grèce d’un côté, et Israël de l’autre.

 

Je voudrais anticiper sur la suite, par une parenthèse sur un autre sujet qui est relié à ce moment de l’analyse: lorsque l’hébreu s’occupe du problème du Grec il peut y collaborer et aider le Grec dans son travail. A ce moment-là, il « hellénise » dans un sens légitime parce que c’est l’objectif légitime de la Grèce. Et donc un hébreu peut devenir prix nobel de « mathématique », cela veut dire de physique, de chimie de n’importer quoi des sciences. En réalité il y ajoute quelque chose, une nuance, qui n’est pas vraiment grecque. Et cela, on le sait en histoire des sciences. Si je prends par exemple le vocabulaire qu’il y avait au temps de Descartes et de Pascal : vous vous rappelez de la lutte entre l’esprit de géométrie (Descartes) et l’esprit de finesse (Pascal). Disons un peu dans cet ordre d’idée : lorsqu’un Juif fait des mathématiques, il ajoute un peu d’esprit de finesse dans l’esprit de géométrie. Je pense par exemple aux mathématiques parallèles qui ont eu derrière elles des mathématiciens juifs. Je pense en particulier à Cantor mais il y en a  sûrement d’autres.

    

Voilà donc un point où s’accroche ce conflit. Lorsque l’Hébreu s’occupe du problème du Grec, il l’aide…

 

…/…

lire la suite

 

***

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