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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 18:38

Matan Tora – Midrashim Maharal

 

Matan Tora – Midrashim Maharal 2ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/midrash/midrash_matan_tora/cours_1

Face B

 

…/…

c’est ce que veulent dire les anges : laisse Ta Gloire ( Torah ) dans le ciel parce que les créatures de la terre ne seront jamais capables de se conduire de telle sorte que tant esh ou mayim soient conciliés, il n’y a qu’une marmite et le ciel qui en soient capables.

 

Vous voyez pourquoi Dieu n’a pas créé un ciel qui aurait pour nom « esh oumayim », mais il a créé un ciel qui a pour nom shamayim sans le Alef parce que la midat hadin empêche l’homme d’aller jusque-là, tant qu’il ne le mérite pas.

 

L’homme peut avoir une relation directe avec toutes les valeurs des Sefirot sauf avec Hod. Seul le grand prêtre Aharon sera capable une fois, mais enfin, c’est le projet de la rédemption de la kaparah. Moïse seul ne peut pas recevoir la Torah, il faut que Aharon soit avec lui. A Moïse seul, les anges refusent la Torah, parce qu’il est de la Sefirah Netsa’h. Il faut l’homme de la Sefirah de Hod pour que les anges acceptent de donner la Torah à Moïse.

 

Qu’y a-t’il dans ce thème ? L’enjeu de la Torah c’est que ce que le Créateur réclame de nous c’est d’être capable de se conduire de telle sorte que tant ‘Hessed (Miséricorde) que Din (Rigueur) soit satisfaites. C’est la grande différence entre la Torah comme Loi morale et toutes les lois morales que les sociétés humanistes se sont inventées, car dans la dispersion des sociétés humaines chacune d’entre elles a perçu la souveraineté d’une valeur en particulier, mais l’unité des valeurs n’est jamais connue, si ce n’est en Israël.

 

Et donc, le projet de la Torah pour Israël correspond au projet du Dieu unique qui est que tant midat ha’hessed que midat hadin soit satisfaites.

 

Nous voyons que l’homme n’a pas de part au Ciel avant d’arriver à mériter par la Torah et par la preuve de cette conciliation des valeurs : c’est la raison du alef qui se trouve être occulté : et c’est pourquoi c’est du Ciel que vient ce refus que la Torah soit donnée à l’homme : c’est à dire que le lieu naturel de la Torah c’est le Ciel ; et cette entreprise de la donner à la terre se heurte d’après le Midrash, au refus des anges, c’est à dire au refus du  principe de l’unité de Dieu tel qu’il se dévoile dans le Ciel nommé esh oumayim, le alef étant occulté.

 

Voilà où est le ‘hidoush :

Si jamais le ciel est écrit aussi avec un alef, alors nous serions perdu parce que nous aurions le mot hashemim qui en hébreu signifie coupables.

Cela veut dire que par rapport au dévoilement total des deux midot - midat hadin et midat hara’hamim - nous serions perdus à l’avance. D’où l’amoindrissement de la midat hadin, par la disparition du alef,  de telle sorte que le Ciel comporte un peu plus de miséricorde que de rigueur.

 

Le ‘hidoush portait sur le mot hashemim car si c’était écrit avec un alef, l’homme serait à sa place partout mais perdu.

 

Les anges ont formulés toute cette contestattion en disant à Dieu : « l’enjeu est trop grand, garde la Torah dans le Ciel ! »

 

Alors Dieu a dit à Moïse : Donne leur une réponse !

Moïse a dit devant Dieu : Ribono Shel Olam, j’ai peur qu’ils ne me brûlent avec le souffle de leur bouche (esh) ! 

 

C’est-à-dire qu’avant même d’entreprendre de recevoir la Torah et d’avoir à en faire la preuve, simplement l’énoncé des principes du jugement risque de disqualifier l’entreprise de Moïse.

 

Et quelle est cette entreprise de Moïse ?

Non pas simplement d’être prêt à vivre d’après une certaine morale – ce serait l’humanisme – mais d’aller jusque dans le ciel de la transcendance pour réclamer la Loi morale absolue, et, corrolairement, le droit de l’incarner dans l’histoire terrestre. Et par conséquent d’obtenir cette prérogative de décider ce qui est le bien et le mal, non pas quant à telle ou telle critique de morale civique ou sociale, à la limite, de morale de la cité, mais en tant que l’histoire a une signification morale dans le sens de l’aboutissement du projet de la création. Je veux dire dans le projet eschatologique de la morale même et pas telle ou telle politesse provisoire, de tel ou tel niveau d’écriture ou de civilisation. C’est ce qui a été l’engagement d’Israël.

 

Et bien le projet lui-même de Moïse serait disqualifié, et il a peur, dit-il dans ce Midrash, d’avoir à se mesurer avec les principes du jugement avant d’avoir lui-même l’occasion de faire sa preuve.

 

Vous identifiez d’ailleurs que ce midrash explique ce qu’a été l’histoire d’Israël. Le monde nous ne a jamais laissé le loisir de faire la preuve d’une vie selon la Torah, avant même que le loisir en soit donnée. Tout se passe comme si les « malakhei hasharet » empêchent qu’Israël s’identifie d’après la Torah.

 

Et Dieu insiste :

Tiens-toi au trône de Ma Gloire et répond-leur une réponse !

A ce sujet Rabbi Na’houm enseigne : Moïse s’est attaché au trône de Gloire de Dieu et s’est adressé aux anges de la manière suivante au nom de Dieu lui même :

Qu’est-il écrit dans la Torah ?

« Je suis l’Eternel ton Dieu qui t’a fait sortir du pays d’Egypte ! »

Alors Moïse dit aux anges : « êtes vous descendus en Egypte chez Paro pour y être asservis ? »

(et par conséquent en quoi auriez vous besoin d’une Torah ?)

 

De même il est écrit :

« Tu n’auras pas d’autres dieux devant ma face ! »

« Est-ce que vous vivez parmi les goyim idolâtres que vous ayeaz besoin d’une commandement de ce genre ? »

 

La stratégie de Moïse consiste ici à énumérer des commandements du Décalogue les différents commandements de base de la Torah en discuttant avec les anges sur le principe suivant : tout ce qui est réclamé dans la Torah ne concerne que les hommes qui vivent sur terre, et en particulier Israël qui vit la vie humaine au paroxysme d’après les différentes valeurs qui se développent dans les 10 paroles du Décalogue.

 

En fin de compte, les anges reconnaissent que la Torah ne les concerne pas et que c’est la raison pour laquelle ils acceptent que Moïse reçoive la Torah

 

Voilà une 1ère description de ce que dit le Midrash et je voudrais y mettre en évidence un problème :

Moïse énumère 8 des 10 commandements. Tout se passe comme si nous avons là un problème caché, mais il faut comprendre pourquoi Moïse ne discute pas avec les anges par rapport à ces deux commandements qui ne sont pas cités dans le Midrash ?

 

Il s’agit de :

- Tu ne porteras pas de faux témoignage.

- Tu ne convoiteras pas. 

 

Un exégète universitaire dirait que le rabbin du Midrash n’avait pas le même texte des dix paroles que nous, mais vous pensez bien que ce n’est par une explication suffisante.

 

Cela signifie qu’il y a avait au moins 2 commandements au niveau desquels Moïse ne pouvait pas discuter avec les anges. C’est-à-dire au niveau desquels les anges auraient eu le droit de réclamer que à tout le moins les valeurs correspondantes à ces 2 commandements restent dans le ciel et ne soient pas donner sur terre

 

Voici quelle est la réponse du Maharal :

C’est qu’une mitsvah, une obligation, un commandement, ne  peut concerner qu’un être qui ne possède pas encore de façon intégrée à sa nature, la valeur considérée. A la limite, je n’ai à dire « sois bon !» qu’à quelqu’un qui ne l’est pas encore. A partir du moment où quelqu’un a intégré la bonté dans son être, il n’y a plus de place dans la loi morale pour un tel commandement. La loi morale ne se fait plus impérative mais simplement descriptive de la réalité de l’homme à qui elle parle. En d’autres termes, si un être a déjà réalisé certaines vertus, il ne perçoit pas ces vertus commes des obligations mais comme une modalité de son être.

 

Par conséquent, cela signifie que ces 2 commandements (Ne pas porter faux témoignage – Ne pas convoiter) se référent à des valeurs qui définissent les anges comme tels.

Et voici comment le Maharal l’explique : lorsque les anges portent témoignage, ils portent tépmoignage de Dieu. Par conséquent, dans une Torah qui concernerait les anges, il n’y a aucune place pour un commandement qui dirait : « Ne porte pas de faux témoignage » puisque par essence et par définition les anges ne peuvent que porter témoignage de la perfection de Dieu. 

C’est pourquoi Moïse ne peut pas discuter au niveau de ce commandement-là.

On voit que la Guemara sait ce qu’elle fait en omettant ce commandement.

 

En ce qui concerne l’autre commandement - Tu ne convoiteras pas – le Maharal sur le ton de l’humour, dit profondément : Moïse ne peut décemment pas discuter avec les anges au niveau de ce commandement-là puisque lorsque les anges convoitent, c’est la Torah qu’ils convoitent !

 

Cela veut dire que les anges ne sont capables de porter témoignage que dans le bien, et ils ne sont capables de convoiter que la Torah. Et par conséquent, Moïse ne pouvait pas se référer à ces deux commandements.

 

Il résulte de l’analyse du texte que nous avons vu que, en se référant à la différence de nature entre les hommes et les anges, que le Midrash a voulu expliquer la possibilité que la Torah soit révélée. C’est là qu’intervient l’analyse du Maharal.

 

La différence de nature entre les hommes et les anges, c’est que les anges ne sont pas capables de fautes, et par conséquent la Torah ne peut pas se formuler à eux sous forme d’obligations ou d’impératifs. Alors que les hommes sont capables de fautes et c’est la raison pour laquelle la Torah se formule à eux sous forme de Mitsvot,  sous forme d’obligations.

 

Dans l’enseignement du Tanakh en général, on figure les anges comme ayant des pieds droits. Reguel yesharah. C’est-à-dire qu’ils sont incapables de s’écarter du chemin tracé ni à gauche ni à droite. L’image est très claire : ils sont privés de liberté. C’est un être qui est autre que Dieu, Dieu lui-même mais modifié du point de vue d’une certaine spécificité et subjectivité, ce qui est aussi la définition de l’homme, mais la différence c’est que l’ange coïncide avec la volonté de Dieu pour un monde, alors que l’homme qui est exactement cette différenciation de l’être que nous trouvons chez les anges, l’homme est le monde lui-même en cours d’histoire et en cours de liberté.

 

Alors que d’un certain point de vue, il y a une supériorité chez les anges par rapport à la perfection déjà obtenue, d’un autre point de vue, il y a une supériorité chez l’homme par rapport au mérite d’avoir à obtenir la perfection.

 

Cette référence de Moïse au nom de Adam, c’est la différence d’identité entre l’homme et l’ange qui fait qu’il a le mérite d’obtenir la torah.

 

En d’autres termes, cela signifie que c’est le fait que l’homme soit libre qui explique que la révélation puisse être faite. Et effectivement, nous remarquons le lien très profond établi par la Torah entre l’expérience de la liberté au moment de la sortie d’Egypte et l’événement de la révélation après la sortie d’Egypte au mont Sinaï. C’est seulement à des êtres qui sont capables d’expérimenter la liberté que peut être dévoilée la transcendance 

 

C’est dire que cette impasse philosophique dans laquelle nous étions au début du problème et qu’avait posé le Maharal : comment se fait-il que la transcendance puisse se révéler ? Ce qui est incompréhensible à la raison : la Torah nous donne une réponse bien précise : la Torah peut être révélée à l’être libre. Parce qu’effectivment, la liberté qui définit la créature est de la nature même du monde de la transcendance.

 

Il l’explique de la manière suivante: le terme du Midrash cité qui fait dire à Dieu parlant à Moïse : donne leur une réponse, c’est le terme de teshouvah  qui signifie la réponse et le repentir.

 

Il y a là une indication extrémement importante : Moïse avait à faire comprendre aux anges que l’homme qui allait recevoir la Torah était capable de repentir – teshouvah.

 

Par conséquent, bien que l’éventualité de la faute soit par là même le risque de perdre la valeur de la Torah, le repentir est efficace pour réintégrer la pureté ou la virginité de la Loi Morale.

 

Ainsi, malgré le risque d’avoir à incarner la Loi Morale dans le monde d’en-bas, et de priver de sens l’univers tout entier, la capacité de repentir aurait suffit à réintégrer le monde des valeurs.

 

Voilà le 1ermidrash que je voulais aborder, je vous en rappelle l’ensemble de l’analyse.

 

La question posée par la Maharal est : comment la révélation est–elle possible ? 

N’y a t’il pas là un pieux mensonge ? Comment Israël peut-il oser affirmer que c’est Dieu lui-même qui lui a transmis et révélé la Loi Morale ?

 

Et l’analyse du Maharal à propos de ce Midrash nous révèle que à partir du moment où une société humaine en tant que société a ce courage d’avoir à vivre son histoire jugée d’après la morale absolue, alors Dieu, et cela fait partie des attendus de la Création du monde, concède Sa prérogative de définition de la Loi à la société en question – Israël - et que d’autres parts, c’est parce qu’Israël a eu l’expérience de la liberté et est le seul peuple a avoir jamais été libéré de la servitude.

 

Tous les autres peuples ont la même nostalgie mais n’ont jamais pu réussir dans les péripéties de leur histoire - même pas la révolution française – à avoir l’expérience de la sortie de l’aliénation.

 

Seul Israël a vécu vraiment l’asservissement et a vécu vraiment  la libération, d’où l’impact de la référence de la sortie d’Egypte dans notre histoire : seul un être capable de liberté est capable de percevoir la révélation.

.............................................

 

Q : pas compris ce lien des 2 commandements avec les anges ?

R : une valeur ne se formule comme obligation, comme mitsvah, que par rapport à un être qui n’a pas encore réalisé cette valeur. Moïse leur dit : est-ce que vous travailler pour qu’on vous demande de vous reposer le 7ème jour ? Cela veut dire que la valeur qui est visée par le commandement du Shabat ne concerne pas l’identité de l’ange. Les 2 commandements-là en particulier ne peuvent pas se trouver dans une événtuelle Torah des anges puisqu’effectivement les valeurs en question les définissent et les concernent.

 

Je reprends cette analyse car il y a là un raisonnement de type talmudique qui consiste à pouvoir raisonner à la fois dans les deux sens d’une proposition et affirmative et négative: Ils ne peuvent pas porter faux témoignage parce qu’il porte témoignage de vérité. C’est la raison pour laquelle ce commandement pourrait être dans leur Torah mais Moïse n’a pas discuté avec eux là-dessus parce que cela est réglé en bien chez eux.

 

Q : Les anges sont athées ?

R : J’y viendrais tout à l’heure…

 

Q : Quelles différences entre les shemot, les midot, les malakhim, les sefirot ?

R : Tout cela c’est la même chose mais c’est très différents selon les madregot de l’être. C’est toujours le dévoilement de la providence, de la Souveraineté du Créateur, mais dans des niveaux très différents. Alors, suivant le niveau d’être, on appelle cela des Séfirot ou des Midot ou des Olamot ou des Malakhim... cela renvoit à des études de Qabalah  mais c’est une question de vocabulaires. Le Midrash a l’habitude de parler des « Malakhei Hasharet ».

 

Q : Maharal : Dieu aussi prie et sa prière « que ce soit une volonté devant moi ... »

R : C’est dans la Guémara de Brakhot.

Elle dit que Dieu met les tefilin, étudie la Torah, dit le qriat shema... etc.

Mais il faut bien comprendre ceci : c’est le rôle de l’homme d’obtenir que la modalité de la grâce, de la générosité, surmonte la modalité de la rigueur. Et quand l’homme n’y arrive pas ou n’a pas de mérite, ou de courage suffisant pour l’entreprendre, alors la Guémara nous dit que le souhait permanent de Dieu c’est que cela se fasse. Même lorsque l’homme épuise la quantité de courage et d’initiative qu’il faut pour que cette Avodah, cette oeuvre qui consiste à faire que le monde réussise et puisse aboutir, alors le souhait permanent de Dieu accompagne notre histoire.

C’est un peu en ce sens-là qu’il faut l’entendre.

 

Q : inaudible

R : J’ai fait un peu allusion à ce problème tout-à-l’heure : normalement l’histoire du monde aurait dû se développer jusqu’au bout sans que Dieu n’ait à intervenir, c’est une base de la théologie écrite. Le cas exceptionel c’est que en cours de cette histoire est apparue une société qui était déjà dans l’anticipation la plus absolue. Dès le temps des patriarches, l’identité hébraïque a vécu la vie du monde abouti - Olam Haba. Cette société qui est devenue le peuple juif qu’est devenu le peuple hébreu, a pris sur elle la charge de se maintenir et de se perpétuer dans le cours de l’histoire en train de se faire, de telle sorte de devenir le peuple des guides des autres sociétés. Il y a eu là vraiment un sacrifice dans le sens total au point de vue théologique d’être Eved Hashem, de se mettre au service du Créateur de ce Monde-Ci alors qu’il s’agissait d’une identité humaine déjà aboutie.

 

Par conséquent, la surprise c’est que, en cours d’histoire, une société humaine réclame cette prérogative d’avoir à donner la Torah sur terre alors que la Torah ce sont les principes du jugement dernier : c’est lorsque l’humanité est jugée qu’elle est confrontée aux valeurs.

 

L’initiative d’Israël, c’est de faire descendre ces valeurs en bas de telle sorte que l’histoire du monde soit guidée par elle. Alors les anges qui sont du monde de la perfection refusent parce que c’est trop dangeureux, parce que si jamais Israël gâche la Torah, tout est gâché.

 

Exemple d’un principe très simple :

Quand un tribunal donne un jugement faux, ce n’est pas seulement la jurisprudence qui est en jeu ou la justice, dans le sens de juridiction, qui est en jeu, mais là c’est la morale tout court qui est en jeu !

Très souvent, les consciences humaines sombrent dans l’immoralité parce qu’elles croient que la justice n’est pas de ce monde. Et pourquoi le croient-elles? Parce que les tribunaux ne jugent pas juste. L’honneur de Dieu est confié aux juges en quelque sorte. C’est de cela qu’ont peur les Malakhei Hasharet : quand Moïse, arrivé jusqu’en haut parce que l’identité d’Israël est arrivée jusqu’au bout, vient demander la Torah pour aider les autres identités (« Mamlekhet Kohanim Vegoy Qadosh ») alors les anges ont peur. Notre étonnement normal en théologie juive, ce n’est pas qu’il n’y ait plus de prophétie, mais qu’il y ait eu la prophétie.

Pour répondre à ta question, il était inévitable qu’un certain temps de maturation se produise dans  l’histoire humaine pour qu’en fin de compte émerge une certaine société qui soit capable, déjà dans ce Monde-Ci, d’être témoin de la vie du Monde-à-Venir.

C’est cela au fond le tsadik. Le tsadik pendant tout le court de l’histoire est un homme qui vit dans un monde qui n’est pas le sien. Le tsadik vit dans un monde de reshayim. Ce monde-ci appartient aux reshayim dit la guémara, c’est-à-dire aux hommes en train d’être, en cours de mérite. Mais tant qu’on est en cours de mérite, c’est qu’on est rasha et qu’on ne mérite pas encore.

Mais voilà qu’il y avait quelques tsadikim et qu’il sont pris l’initiative. La grande chose qu’il faut comprendre, et c’est là la valeur de Moïse, c’est que les hébreux de la sortie d’Egypte était un peuple, une société, et non pas un ensemble d’individus philosphes ou moralistes comme on les trouvent chez les goyim, ces individus isolés qui en tant que tel perçoivent l’évidence de la valeur morale. Le ’hidoush d’Israël c’est que c’est une société, un peuple.

 

Je reviens sur ce point : nous sommes jugés par les nations comme si nous étions une église alors que nous sommes un peuple. S’il fallait juger une église qui commettrait des fautes alors le jugement serait terrible car une église est censée être une communauté de saints. Mais lorsqu’on juge un peuple, il faut le juger en tant que peuple et à ce niveau de jugement, Israël est innocent, de tout. Si c’était une église alors il serait coupable. Mais Israël est un peuple. Le Pape se manifeste chaque fois qu’il s‘agit des adversaires d’Israël. C’est frappant mais cela confirme qu’Israël est Israël, jugé d’après une morale absolue, alors c’est bien Israël.

 

Q: Pourquoi avez vous évité le mot de conscience de Dieu pour définir l’ange ?

R: Si je vous parle des anges c’est parce que nos texte en parlent. Ce que j’entreprend de faire au fond c’est de vous permettre une lecture qui vous serais cohérente dans les coordonnées de votre culture alors que les textes sont fomulées dans les coordonnés de culture différente de celle contemporaine. C’est la raison pour laquelle j’emploie des équivalents. Dans le livre de Job, cela commence par une introduction qui pourrait se formuler de la manière suivante : un jour dans l’année (Roshashanah) le conseil de Dieu, le conseil des anges se rassemble chez Dieu et dans ce conseil-là siège aussi l’ange qui s’appele le Satane. Le Satane, que la théologie chrétienne appelle Satan sans article, c’est une réalité qui signifie l’obstacle et c’est un des anges. Nos commentateurs l’expliquent de la manière suivante : lorsque Dieu juge une certaine étape de l’histoire, il est normal    qu’il y ait un plaidoyer pour et qu’il y ait aussi la formulation de l’accusation. L’accusateur publique dans le tribunal de Dieu c’est cette réalité que l’on nomme en hébreu HaSatane. Ce qui fait obstacle. Le Satane c’est Dieu lui-même mais ce n’est pas la même chose. Dans la mesure où dans un tribunal il faut formuler et mettre en évidence de façon lucide et aigüe le doute porté sur le prévenu, l’accusation à porter sur l’accusé éventuel. Qui parle ? c’est toujours la vérité qui parle ! Mais lorsque la vérité, Dieu lui-même dans sa parole, porte l’accusation  c’est perçue comme étant ce que l’hébreu appelle HaSatane : c’est Dieu Lui-même me faisant obstacle. Ce que les païens ont fait de cela c’est une autre affaire.

Lorsque je parle des anges dans cette définition, cela veut dire, par façon de parler, la réflexion intérieure au divin au projet divin pour la création. Tous les attendus sont là. Voici le plaidoyer pour le plaidoyer contre, la miséricorde qui intervient, la rigueur qui intervient. Mais tout cela n’a de réalité ontologique que dans le sens de Dieu à moi. Dans le sens de moi à Dieu il n’y a pas d’ange, ni HaSatan, il n’y a rien, que Dieu lui-même.

 

Le mot de conscience ne s’emploi pas en hébreu alors je vous suis difficilement, donner moi une équivalence. D’après mes études le mot de conscience a été forgé par les stoïciens, et il a une connotation philosophique bien précise qui ne peut pas s’employer en théologie pour parler de Dieu. Il n’existe pas en hébreu.

 

Q: Le peuple hébreu arrivé à un certain stade qui lui a permis de revendiquer la Torah...

R: Si vous vous souvenez bien des termes du midrash, Dieu dit à Moïse deux fois : « donne leur une réponse ». Si Moïse n’avait pas été capable de leur donner une réponse, la Torah n’aurait pas été révélée : il a fallut que l’on entende exprimé par  Moïse la claire compréhension de la part d’Israël qu’effectivement le temps était venu qu’une société humaine puisse recevoir cette Torah. Il y avait là très clairement je suppose dans l’explication que je vous ai donnée, l’indication que un peuple libre existait déjà, et en conséquence la Torah pouvait lui être confiée : quelqu’un qui a l’expérience de la liberté, on peut lui confier le sort des valeurs morales. La Torah ne peut être donnée à Israël qu’après la sortie d’Egypte ; et il faut pendre toutes ces références au sérieux : l’exil a été sérieux et c’était vraiment un asservissement. La sortie d’Egypte c’était sérieux, il y a vraiment eu la libération. Ce peuple hébreu a eu cette expérience-là,   et par conséquent, on peut lui confier le sort de la loi morale. Il est possible d’espérer qu’il ne gâchera pas le mondes des valeurs. Mais pour cela il fallait que Moïse atteste que l’hébreu était arrivé à ce niveau-là.

 

Il y avait une double réponse :

1-       nous savons ce qu’est la liberté, vous les anges vous ne le savez pas.

2-       nous sommes capables de repentir le cas échéant. 

 

Ce sont les 2 ‘hisdoushim que la conscience hébraïques (j’emploie le mot car il s’agit d’hommes) amène et introduit dans le monde. Le monde païen ne connaissait ni la liberté, ni la capacité du repentir.

 

A partir du moment où une identité humaine de cette sorte est capable d’exister alors la transcendance se révéle.

 

Nous sommes partis d’un problème philosophique et la raison en était historique. Le problème philosophique n’a pas de solution en soi. Etant donné la différence de nature entre la transcendance et l’immanence, la revélation est impensable. Et aucun philosophe ne dépassera cette impossibilité. L’histoire répond qu’il y a un cas particulier : Israël ! La transcendance peut être communiquée à l’être libre et responsable. C’est la raison pour laquelle l’histoire nous montre ce cas particulier : seule la société d’Israël a vécu son histoire par rapport au jugement de la morale absolue. Là une fois de plus les textes et l’histoire se rencontrent.

 

Je reviens à la question posée et à laquelle je n’ai pas répondu. Comprenez bien qu’il y a des implications de vocabulaires considérables.

Je vous parle de textes qui nous viennent d’une hauteur considérable car depuis 2000 d’histoire d’une sagesse reçue 2000 ans avant, cela fait 4000 ans, et nous lecteurs de ces textes sommes actuellement tous imprégnés d’une culture gréco-romaine et philosophique occidentale contre laquelle précisément le message de la bible est donné.

 

Q: Les malakhim quand nous faisons des mitsvot ?

R: Dans le langage du midrash, lorsqu’on fait une bonne action un malakh apparait et lorsqu’on fait une mauvaise action un démon apparait. Le midrash explique que ce sont des avocats ou des accusateurs. Nous sommes accmpagnés par ce que nous avons fait de notre être. Mais ce qui nous accompagne comme une sorte de aura est à la fois notre identité et notre juge. C’est dans le sens du plaidoyer. Du point de vue théologique, dans toutes nos traditions, le malakh n’est que l’expression de la volonté de Dieu. La ‘figure’ du malakh  se dessine par rapport à l’action à laquelle se référe la volonté de Dieu.

 

La volonté de Dieu concernant la fait que le monde existe c’est Youd-Hé-Vav-Hé. Parce que dans ce terme est impliqué tout l’être possible.

 

La volonté de Dieu qui concerne le fait que si il y a maladie il y a guérison cela s’appelle Raphaël.

Mais Raphaël c’est Dieu lui-même (ce qui ne veut pas dire que Raphaël soit Dieu). L’idolâtrie serait d’adorer Raphël, dans le sens Hashem Hou Elohim et non pas Elohim hou Hashem.

 

Par conséquent, en fait tout se passe comme si, accompagnant l’histoire de monde-ci,  le jugement de Dieu pour nous était : « est-ce que ce monde mérite d’exister ou pas ? » Et à l’intérieur de ce monde telle ou telle créature nous accompagne. C’est cela le monde des anges qui nous accompagne et qui est destiné à se résorber  à la fin des temps « bayom hahou Hashem levado »  Il n’y a plus ni Elohim ni malakhim...etc.

 

Effectivement, cela signifie que c’est la projection de notre identité dans la délibération du tribunal céleste.

 

Il est bien évident que lorsque les midrashim font parler le Satan c’est Dieu qui parle mais en tant qu’il accuse. Alors, cette manifestation de Dieu est terrible, on l’appelle le Satan. Les païens en ont fait un anti-dieu mais nous savons que c’est la voix de Dieu Lui-même lorsqu’elle est impitoyablement accusatrice et qu’elle met en évidence le doute caché.

C’est la conscience humaine qui est libre, la volonté de Dieu c’est que le monde réussise, mais il y a une confrontation entre la liberté et les valeurs. Et par conséquent,  à chaque étape de notre histoire il y a une  délibération qui nous accompagne.

 

A ce moment du Midrash, se produit un événement exceptionnel dans l’histoire du monde : une société entreprend d’être Israël !

 

Alors Dieu se dit : on va voir si c’est vrai, et les Malakhai Hasharet mettent en doute la possiblité de confier le sort de l’absolu au fils d’une femme, à l’être de chair et de sang, à un être plein de tendances, de complexes, d’instincts.... Que vont-ils faire des valeurs ? …etc.

 

Il n’y a qu’à suivre ce que les humanistes ont faits des valeurs. Nous savons à quel point la transcendance a été bafouée pour que finalement cela bascule dans un monde immoral.

 

< fin >

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans MIDRASH
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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 18:32

Matan Tora – Midrashim Maharal - 1ère Partie

 

Rabbi Yehuchoua Ben Levi disait :

 

Lorsque Moïse est monté au firmament, au sommet du mont Sinaï les anges de service se présentèrent devant l’Eternel et protestèrent en disant : Maître de l’univers, que fait cet être de chair et de sang parmi nous ? L’Eternel leur dit : il est venu pour recevoir la Thora. Comment, rétorquèrent-ils, un trésor précieux enfoui voici neuf cent septante-quatre générations avant que le monde ne vint à l’existence, tu voudrais le donner aux mortels ? Comme dit le psalmiste : ‘’Qu’est donc l’homme que Tu penses à lui ? Le fils d’Adam que Tu le protèges.’’ (Ps. VIII, v.2, 5). Conserve-le plutôt pour nous, Eternel notre Seigneur ! Que ton nom est glorieux par toute la terre ! D… dit alors à Moïse notre maître : donne leur une réponse et explique pourquoi la Thora doit être donnée aux hommes. Moïse Lui dit : Maître de l’univers, je crains qu’ils me consument par le souffle de leur bouche. L’Eternel lui dit : accroche-toi à mon trône pour trouver la force et la protection et rétorque-leur ce qui suit : ‘’Il dérobe la vue de son trône en déroulant sur lui sa nuée’’ (Job XXVI – 9). Ce qui signifie selon Rabbi Nahoum que l’Eternel a étendu sur Moïse le reflet de sa présence divine et l’a enveloppé de sa nuée. Alors Moïse notre maître dit : Maître du monde, dans la Thora que Tu m’as donnée, il est écrit : Je suis l’Eternel ton D… qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la maison d’esclavage (Ex. XX – 2). Et se tournant vers les anges de service, dit : Etes-vous descendus en Egypte ? Avez-vous été asservis au pharaon ? Pourquoi la Thora vous serait-elle réservée ? N’est-il pas écrit : ‘’vous n’aurez pas d’autre dieu devant ma face’’ (Ex. XX – 3). Vivez-vous parmi les nations idolâtres pour qu’il vous soit recommandé de ne pas vous laisser choir et adopter leurs égarements et vous vouer à l’idolâtrie ? ‘’Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier’’ dit la Thora (Ex. XX – 8). Vous adonnez-vous à l’ouvrage pour que vous ayez besoin de célébrer le Chabbat ? Il est écrit également : ‘’tu ne prononceras pas le nom de D… en vain’’. Vous arrive-t-il de vous livrer à un échange commercial qui vous amènerait à prêter un faux serment ? ‘’Honore ton père et ta mère’’ Ou encore : ‘’ne pas tuer, ne pas commettre d’acte incestueux, ne pas voler’’ Cela vous concerne-t-il ? Eprouveriez-vous de la jalousie les uns envers les autres ? Le penchant du mal a-t-il une quelconque prise sur vous ?

 


Les anges de service reconnurent alors que l’Eternel dans sa bonté infinie a bien fait de confier la Thora aux êtres humains, selon la parole du psalmiste : ‘’Eternel notre Seigneur, que Ton nom est glorieux par toute la terre !’’ (Ps ; VIII – 10), et ne firent plus référence au verset :’’car Tu as répandu ta majesté sur les cieux’’. Ainsi donc, les anges acquiescèrent et éprouvèrent de l’affection pour Moïse notre maître, et le comblèrent de présents. Comme dit le psalmiste :’’tu es remonté dans les hauteurs après avoir fait des prodiges ; tu as reçu des dons parmi les hommes. Même des rebelles (sont contraints) de demeurer près de l’Eternel, près de D…’’ (Ps. LXVIII – 19). Même l’ange de la mort lui fit don du secret de l’encens. Ainsi, lorsque la calamité avait commencé à exercer ses ravages, suite aux murmures des enfants d’Israël contre Moïse et Aaron, disant : ‘’C’est vous qui avez tué le peuple de l’Eternel’’ Moïse dit alors à Aaron : saisis l’encensoir, mets-y du feu de l’autel, pose le parfum au milieu de l’assemblée pour effacer leur faute. Aaron posa le parfum et il fit expiation sur le peuple. Il s’interposa entre les morts et les vivants et la mortalité s’arrêta’’(Nbres XVII – 12, 13). Si l’ange de la mort n’avait pas révélé à Moïse ce pouvoir élevé de l’encens pour arrêter le fléau de la mort, Moché Rabbenou n’aurait pas su cela.
(Traité Chabbat 88b-89a)

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/midrash/midrash_matan_tora/cours_1

Face A

 

L’étude porte sur des midrashim sur la révélation d’après l’interprétation du Maharal, en particulier dans le Beer HaGolah. C’est un petit livre très important du Maharal parce qu’il se préoccupe de formuler en langage compréhensible pour la civilisation occidentale de la renaissance qui était celle de son temps - et nous profitons de son enseignement dans un moment historique analogue puisque c’est le moment d’une mutation culturelle - de formuler donc le pshat, la forme exacte des midrashim de la Torah, qui se trouvent, soit dans les livres du midrash, soit dans le Talmud, de telle sorte de la rendre accessible à des catégories de pensée assez différentes malgré tout des postulats spirituels de l’expérience de la tradition hébraïque de façon spécifique.

 

On peut mettre en évidence que la préoccupation principale du Maharal, d’un point de vue méthodologique, concernant le problème de la révélation, a été de poser la question suivante : Comment comprendre que ce qui est par nature et par définition inaccessible à l’homme ait été rendu accessible à l’homme ?

 

Par définition, si c’est Dieu qui révèle sa parole, Dieu étant défini comme le Créateur comme l’Autre absolu du monde, alors une difficulté historique apparait : comment se fait-il que Dieu puisse parler à l’homme et que l’homme puisse écouter et comprendre ? Tout simplement au fond, cette question pourrait se formuler ainsi : comment la révélation peut-elle être possible ?

 

La question est importante car si on ne l’élucide pas, alors il y a ce doute que peut-être la révélation n’a pas eu lieu, et qu’il s’agirait de la part d’un peuple sage, le peuple d’Israël, d’une sorte de pieux mensonge se référant à la parole de Dieu pour diffuser ou formuler une sagesse qui ne serait qu’humaine.

 

Je vais commencer par un Drash à ce sujet tiré de la Massekhet Shabat 89 qui raconte un dialogue entre les anges et Mosheh lorsque Mosheh est monté au ciel pour y recevoir la Torah.

Il y a dans ce midrash beaucoup de thèmes mais nous essaierons comme d’habitude d’isoler, de mettre en évidence un thème principale qui se réfère à la question du Maharal telle que je vous l’ai citée.

 

Déjà, dans l’énoncé du midrash, lorsque Moïse est monté au ciel pour recevoir la Torah, il y a eu un dialogue de contestation de la part des anges. Déjà dans l’énoncé, vous voyez que tous les termes posent problèmes.

Que Moïse monte au ciel, c’est déjà un problème, qu’est-ce que cela peut bien signifier pour une mentalité humaniste qu’il reçoive la Torah de Dieu ? de quoi s’agit-il ? comment rendre cela vraisemblable ? et que sont les anges ? pourquoi contestent-ils ? …etc.

 

Nous allons tenter de mettre en lumière ce que les maitres ont voulu nous transmettre à ce sujet.

La question principale étant : comment la révélation est-elle possible. C’est le problème théologique de fond.

 

Et puis, dans le déroulement de l’analyse se poseront un certain nombre de questions, et j’espère pouvoir provoquer les vôtres. L’expérience me montre qu’il est préférable de répondre à vos questions plutôt que vous faire écouter les réponses que je donne à mes questions.

 

C’est un enseignement de Rabbi Yehoshoua Ben Lévi qui pose la question suivante :

 

« Rabbi Yehoshoua Ben Lévi a enseigné : lorsque Mosheh est monté lamarom en haut

les anges du service ont dit devant le SBSI, Ribono Shel Olam que vient faire un fils de femme parmi nous ? Il leur a répondu : lekabel torah ba : pour recevoir la Torah ! »

 

Il est bien évident que lorsque l’histoire humaine arrive à une étape où l’on peut pressentir, tant du point de vue du jugement des hommes que d’après le jugement du Créateur, que la réussite est possible, alors il faut authentifier cette réussite.

Il y a eut une histoire d’Israël jusqu’au moment de la sortie d’Egypte, et au moment de la sortie d’Egypte se constitue une société qui, soit contrainte par l’histoire, soit par vocation profonde depuis les ancêtres, les patriarches, décide d’accepter cet enjeu d’authentifier l’histoire humaine en acceptant ce que par la suite la tradition juive de la Torah nomme la Torah, c’est-à-dire la charte qui permet de légaliser et normaliser le projet de la Création.

 

Dès que cet événement apparait, alors apparait aussi ce que le midrash appelle « malakhei hasharet », littéralement les anges du service. Je voudrais d’abord expliquer cette expression.

 

Malakhei hasharet - les anges du service

 

La relation entre le Créateur et la créature ne peut pas être une relation simple, parce que la créature, déjà au niveau philosophique, se définit comme étant dans le monde de la multiplicité. Il y a différents niveaux dans les étapes d’évolutions et de réussites de la créature, du point de vue même du projet du Créateur ; et par conséquent, il est inévitable qu’apparaissent, du point de vue du Créateur différents niveaux de Sa volonté, concernant le projet de monde réussi.

 

Ce qu’en général le vocabulaire biblique appelle les anges - les malakhim - désigne cette réalité très précise de la volonté générale du Créateur telle qu’elle se différencie, telle qu’elle se particularise, par rapport à telle ou telle créature. D’une façon plus générale ou plus banale, on dira que chaque créature a son ange, son malakh. Ce n’est pas autre chose que la volonté de Dieu pour elle, mais telle qu’elle se développe à l’étape où se trouve la créature. Le projet ultime c’est ce que nous appelons en langage théologique, l’être des béatitudes, l’être de l’identité humaine réussie, l’être de bonheur, l’être de Olam Haba, l’être de monde réussi.

 

Mais nous nous trouvons chacun d’entre nous à une certaine étape de la réussite de ce projet unique qui est toujours le même pour tous de la part du Créateur unique.

Ce projet finalement n’a été finalement dévoilé qu’aux prophètes. Seuls les prophètes ont eu la capacité de voir, et par la suite d’écrire chacun dans son style, et de décrire ce que le Créateur voulait faire du monde qu’il a créé. Dans l’histoire dans son existence, chaque créature se trouve à une certaine étape de ce projet.

 

Mais, de façon permanente il y a une Providence du Créateur et la manière dont la volonté ultime  du Créateur atteint l’être en cours d’histoire, c’est cela l’ange qui lui correspond.

 

A la limite, il ne sera pas faux de dire que les anges n’existent pas. Ils n’existent pas dans la mesure où l’on comprend que c’est toujours le Créateur Lui-Même mais dans une relation très précise, particulière et singulière avec chaque créature à l’étape de son histoire actuelle et au stade de son ascension vers l’être des béatitudes ou vers le Monde à Venir.

 

Je crois qu’il serait plus précis de dire que dans le sens de la relation entre Dieu et l’homme, il y a toute une hiérarchie d’anges qui correspondent à toutes la hiérarchie de niveaux des créatures, mais dans le sens de la créature à Dieu, de l’homme à Dieu, il n’y a pas d’ange.

 

Nous retrouvons là une consigne de la liturgie : nous avons bien entendu le devoir de respecter tant dans l’étude que dans la liturgie elle-même, de respecter ces hiérarchies qui vont de Dieu à l’homme, mais nous avons interdiction absolue de faire passer aucun culte vers cettte hiérarchie de l’homme vers Dieu. En d’autres termes, entre Dieu et l’homme, il y a une infinité Ein-Sof de hiérarchies d’anges, mais de l’homme à Dieu il n’y a rien.

 

L’idolâtrie consiste à mal comprendre le sens de l’homme à Dieu et de s’arrêter à une de ces hiérarchies angéliques qui sont réelles et utiles dans l’autre sens.

 

Je vous donne pour éclairer cela une image empruntée à la biologie : c’est le problème de l’osmose: il y a des substances qui permettent l’osmose dans un sens et pas dans l’autre...

 

Les « malakhei hasharet » finalement c’est Dieu lui-même.

Ce monde angélique est donc un monde qui nous est caché, par définition. Il y a des catégories d’anges très différentes qui en français deviennent les anges, les archanges, les séraphins, les ophanim...

 

Lorsqu’il y a un jugement à porter sur une certaine étape de l’histoire alors nous lisons dans le langage du midrash que Dieu rassemble la famille d’En-haut « familia shel maalah » c’est-à-dire Son Beth Din, Son tribunal, et Il prend conseil de Son tribunal. Mais il s’agit, en terme humains, d’une sorte de réflexion intérieure à Dieu en tant que Créateur, et où Il se parle à Lui-Même mais en parlant à ceux que nous avons nommé Ses anges, c’est-à-dire Sa propre Souveraineté par rapport à l’état actuel et contingent de telle ou telle de Ses créatures.

 

Lorsque Moïse monte en haut pour recevoir la Torah, il y a un débat intérieur à la Divinité Unique, et ce débat est nommé en termes de midrash un dialogue entre Dieu et les anges. Les anges vont entreprendre d’empêcher Dieu de donner la Torah à Moïse. C’est l’objet du Midrash.

 

 

Par rapport à cette 1ère analyse je crois que l’on pourrait donner un commentaire qui se trouve dans le Zohar concernant la définition du ciel qui est donné dans le Maassé Bereshit l’oeuvre du commencement.

Dans le Maassé Bereshit, il est dit que Dieu a séparé les eaux d’en-haut des eaux d’en-bas et qu’il a installé un firmament, un horizon, entre les les eaux d’en-bas et les eaux d’en-haut.

Le Zohar pose la question : pourquoi est-il écrit entre les eaux qui sont en-bas du firmament et entre les eaux qui sont en-haut du firmament, et non pas l’inverse ?

Le texte dit que le Raqia sépare entre les eaux inférieures et les eaux supérieures. Précision inutile. Il suffisait de dire que le Raqia sépare entre les eaux.

 

Le Zohar explique que la séparation ne va que dans un sens, de bas en haut. La séparation n’existe pas de haut en bas. Le monde d’en-haut voit le monde d’en-bas, mais le monde d’en-bas ne voit pas le monde d’en-haut.

 

Même idée que celle des anges définis comme une hiérarchie qui va de Dieu à l’homme mais pas de l’homme à Dieu.

 

Inversément, il faut savoir que le monde d’en-haut surveille le monde d’en-bas et le juge de façon permanente.

 

Les Malakhei Hasharet sont la volonté de Dieu telle qu’elle se différencie, se spécifie par rapport à ce qui se passe dans l’histoire d’en-bas.

 

En quelque sorte, la liberté est en bas et façonne l’histoire du monde que Dieu l’a créé, mais il y a une sorte de contrecoup qui juge cette histoire qui se fait. C’est toujours Dieu lui-même mais étant donné que nous somme toujours dans le temps du monde d’en-bas à une certaine étape de réussite du projet du Créateur, alors les anges sont très différents, et dans le temps et dans l’espace si j’ose dire. Il y a une multitude d’anges qui correspondent à chacun de nos actes et à chacunes de nos pensées, à chacunes de nos initiatives et à chacunes de nos réussites et de nos échecs ou de nos tentations, c’est tout ce monde angélique qui est Dieu lui-même, mais figuré, différencié, multiplié dans le monde d’en-bas.

 

C’est pourquoi on peut affirmer dans le langage du midrash simultanément que les anges n’existent pas et pourtant il n’existe que les anges.

 

Les Malakhei Hasharet sont la Providence de Dieu telle qu’elle est différenciée par rapport aux événements qui se passe dans le monde de la création.

 

Et voilà que nous sommes arrivés à une étape importante dans l’histoire du monde. Il y a une société humaine qui, à la suite de son expérience en Egypte, et à la suite aussi de son éducation qu’elle reçoit et transmet déjà depuis le temps des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, arrive à se constituer en société et qui s’apprête, sous la direction de Moïse, à relever le défi de la création.

 

Le défi de la création c’est que Dieu a créé un monde à partir du néant, et que pour que ce monde existe vraiment, alors il faut qu’il le mérite. Encore une fois, la charte de ce mérite, c’est ce que nous nommons la Torah, c’est-à-dire la Loi Morale.

 

Au fond, toutes les sociétés pourraient définir ce qu’est la Loi Morale ; nous savons par tradition que seule la loi morale telle que définie corollairement à la société d’Israël est la Loi Morale absolue. Et c’est d’elle que nos textes parlent lorsqu’ils parlent de la révélation de la Loi.

 

Nous avons déjà expliqué ces 3 expressions que Moïse est monté en-haut, c’est-à-dire à un niveau du monde qui nous accompagne et qui est déjà, de notre temps, ce que l’histoire de notre monde réussi et abouti arrivera à obtenir dans la catégorie du Monde-à-Venir.

 

Ce que nous nommons le monde d’en-haut, marom ou meromim, c’est très exactement à l’indice de ce Monde-ci ce que le Monde à Venir sera. Horizontalement, ce monde-ce arrivera à être le Monde à Venir, mais verticalement, le Monde-à-Venir est déjà présent en tant que Monde d’En-Haut de notre monde à nous.

 

Et Moïse allant chercher la Torah, c’est Moïse allant dans l’avenir le plus ultime, un avenir où la société humaine coïncidera avec la Loi Morale avec le projet du Créateur, et par conséquent, Moïse projeté dans cet avenir c’est Moïse monté en haut.

 

Et là, il se heurte aux « malakhei hasharet » parce que les « malakhei hasharet » qui sont En-haut ne sont pas encore satisfaits de l’état du monde. Les « malakhei hasharet » jugent le monde au temps historique où il se trouve lorsque Moïse monte en haut. Mais Moïse monte en haut dans un temps projeté qui serait celui de la fin des temps et qui serait un monde où l’homme aurait déjà mérité l’être de la perfection et des béatitudes. D’où le conflit. Et d’ailleurs ce conflit est permanent: à chaque instant de l’histoire du monde, il y a une Moïse qui se heurte aux « malakhei hasharet ».

 

Nous allons suivre en détail le déroulement de ce dialogue.

 

Les « malakhei hasharet » sont étonnés :

mah iloud ben ishah beinenou ? que vient faire un fils de femme parmi nous ?

 

Vous pensez bien qu’un tel texte vieux de 2000 ans a sucité énormément de commentaires, et je choisi bien entendu une des lignes de pensée que l’on pourra enrichir par la suite plus exactement.

 

Lorsque Dieu dit aux anges : il est venu recevoir la Torah alors les anges ont dit devant Dieu :

« Une chose précieuse qui était cachée chez Toi pendant exactement 974 générations avant que le monde ne soit créé, Tu voudrais la donner à un être de chair et de sang basar vadam ? »

 

Nous savons que Moïse a reçu la Torah à la 26ème génération après la création du monde. Effectivement, de Adam à Noa’h 10, de Noa’h à Abraham 10 et d’Abraham à Mosheh 6, il y a donc 26 génération depuis Adam à Moïse. Et nous savons d’autre part qu’il y a eu 1000 générations qui définissent les différents niveaux de valeurs et de significations de la Torah.

 

Par conséquent, le midrash dit très exactement que c’est 974 générations avant le temps où nous nous trouvons que la Torah a été préparée pour être donnée au monde.

 

De façon plus générale, cela signifie que les anges mettent en évidence l’importance de cette Torah, indépendament du chiffre qui implique que le temps était venu de la donner quand même. Cela signifie que si l’histoire du monde a un sens, c’est pas rapport à une référence de valeur qui en même temps juge l’histoire du monde.  Et voilà qu’apparait un projet inattendu.

Dans le raisonnement des anges, voilà que Dieu décide de se défaire de la prérogative du jugement de l’histoire au nom de la Torah (au nom des valeurs qui font que le monde a un sens) pour confier cette prérogative à ce que les anges nomme « un fils de femme » ou un être de chair et de sang, c’est-à-dire la créature elle-même.

 

Il se produit là un événement important qui motive la manière dont le Maharal avait posé la question. Le fait même que la Torah soit révélé par Dieu à l’homme est absolument inattendu : cela signifie que Dieu va se dépouiller de la prérogative d’avoir à juger le sens de l’histoire du monde.

 

Nous retrouvons ce thème dans toute l’atmosphére de la traditon juive parlant de ce fait. A partir du moment où Israël a accepté d’être jugé d’après la Torah, où Israël a accepté que son histoire propre et spécifique soit mise en jugement d’aprés la Loi morale absolue, à partir de ce moment même Dieu renonce, semble-t’il ou apparemment, à la prérogative d’être seul à décider de ce jugement et confie les attendus de ce jugement à l’identité d’Israël elle-même. 

 

Nous avons d’autres textes dans le Midrash qui l’explique de la manière suivante : en cours de discussion quant à la jurisprudence, ou à la législation appliquée à la Torah, il arrive, nous dit le Midrash, que Dieu demande conseils aux rabbins. Trés souvent, le Talmud raconte que la discussion s’arrêtent dans le Sanhédrin ou la Yeshivah de Jérusalem parce qu’une voix du Ciel demande un renseignement. On a besoin de savoir En-haut comment décider, alors on demande à Israël comment il faut juger quant aux attendus de la Loi morale et du jugement de l’histoire.

 

Puisqu’il est arrivé un événement historique aussi important qu’Israël sous la direction de Moïse qui accepte d’entreprende cette ascension qui consiste à demander à Dieu de donner la Torah sur Terre, alors corollairement cela signifie que Dieu a à se dépouiller d’une partie de Ses prérogatives et de confier aux sages d’Israël d’avoir à décider ce qui est le bien ou le mal pour la poursuite de l’histoire du monde. Et c’est bien ainsi que la tradition talmudique en parle, à tout ces niveaux.

 

Je rappelle en parenthèse l’un de ces enseignements : est arrivé à une époque le temps où un rabbin tres célébre du talmud devait mourir. Mais il était tellement saint et pur que l’ange de la mort n’avait pas le courage d’approcher de lui pour lui prendre son âme. Dieu a envoyé plusieurs fois l’ange de la mort qui est toujours revenu bredouille et tremblant disant qu’il ne pouvait s’approcher de ce rabbin, et pourtant le temps était arrivé et cette âme devait remonter. Alors Dieu s’est servi d’une stratégie : il a posé dans l’histoire humaine un problème difficile à trancher qui finalement s’est répercuté à la Yeshivah de ce Rav pour décider d’un certain problème pour savoir si c’était tamé ou tahor, impur ou pur. On a discuté longtemps et finalement un voix est sorti du Ciel demandant au Rav de donner la réponse. Pour donner la réponse, il a fallu que le rav lève les yeux de sa Torah, et il s’est donc mis en danger en cessant la relation entre lui et la Torah, l’ange de la mort a donc pris son âme au moment précis où il a levé les yeux et déclaré que c’était tahor-pur. A ce moment-là l’ange de la mort lui prit son âme. On apprend par là que ce rav est mort dans le mot de tahor-pur.

 

Ce midrash éclaire bien notre problème : à partir du moment où la créature accepte cet enjeu d’avoir à être jugée d’aprés la loi morale absolue, alors elle se trouve être investie de la prérogative d’avoir à dire ce qu’est la loi absolue. Parce que finalement l’histoire se fait dans le monde de la réalité et non pas dans le monde des anges comme nous le verrons dans la suite du midrash.

 

C’est cette prérogative qui éclaire déjà la réponse que le Maharal donne à notre question : comment se fait-il que la révélation puisse se faire ? Comment se fait-il que l’homme, alors en cours d’histoire et donc en cours d’imperfection, puisse capter, percevoir et recevoir la révélation de la vérité morale absolue ?

Puisqu’on comprend bien que du point de vue du projet de la Torah il ne s’agit pas du tout de définir Israël dans le sens d’une subjectivité morale, ou plus exactement dans le sens d’une relativité morale, mais dans le sens de la société qui est le dépositaire de l’exigence absolue de la moralité telle que le Créateur l’a conçu comme enjeu de l’être.

 

Nous avons donc une 1ère réponse :

C’est d’abord dans le courage pour une société qui a accepté d’être jugé par rapport de cette Loi. A partir de ce moment, il est bien évident qu’une partie des prérogatives du Créateur par rapport à la définition de la morale est confiée à Israël.

 

C’est cela que les anges contestent. Et ce débat est à l’intérieur de Dieu lui-même : que vont-ils faire de cela ? Il y a une valeur qui fait que le monde a une valeur et cette valeur précéde le monde depuis déjà 1000 générations. 26 générations se sont passées et le temps est arrivé où une société humaine a le courage de déléguer son chef pour monter en haut comme si il y avait déjà une projection d’Israël dans l’avenir (Moïse monté en haut c’est Israël déjà arrivé au bout de l’histoire). Mais à ce moment-là nous sommes quand même en cours d’histoire, alors les anges craignent que la Torah soit gâchée. Puisque Dieu va confier le sort et le sens de l’histoire du monde à une société humaine : ce qui veut dire « fils de femme »  ou « de chair et de sang ». Cela veut dire que la Torah risque d’être gâchée.

En d’autres termes, les anges, c’est-à-dire Dieu, savent ce que l’homme a fait du monde ; et la dernière chance pour que le monde soit transfiguré et sauvé, c’est quand même ce monde des valeurs qui reste en haut, c’est-à-dire qui ne sera atteint qu’en fin d’histoire. Au fond les anges ont toute la patience des éternités pour attendre que le monde mérite cette perfection, et voilà qu’au moment de risquer cet enjeu, il y a cette crainte que le monde soit gâché. Et que le monde soit gâché par ceux-là mêmes qui auraient été les meilleurs parmi le monde, ceux d’Israël sortis d’Egypte qui ont le courage d’accepter la Loi morale. Mais il y a toujours ce risque que le monde soit gâché si la torah est gâchée.

 

Que l’humanité toute entière, les goyim, aient fait du monde un champs de bataille ou une tombe au lien d’un berceau, du point de vue des anges ce n’est pas grave car l’histoire de l’humanité peut se perpétuer d’âge en âge et de génération en génération, et l’on pourra toujours  reconduire l’échéance le plus loin possible. Mais que Israël risque de gâcher la torah, de faillir, de perdre cette chance unique de la révélation, c’est beaucoup plus grave dans le raisonnement des anges.

 

C’est l’idée générale d’autre part que c’est le tribunal terrestre humain qui est responsable de la dignité de valeurs : la justice ne vaut que ce que les tribunaux en font. Nous retrouvons ici le même thème.

 

L’histoire du monde pourrait continuer encore longtemps à être une préhistoire, une jungle de l’histoire d’une espèce animale parmi les autres. Au fond tout cela pourrait durer très longtemps  jusqu’à ce que germe l’humanité vraie... mais que Dieu se décide à révéler aux hommes la seule loi possible pour la réussite du monde et avec celle du monde, celle de tous les univers, à un peuple non encore préparé à la perfection telle que les anges la connaissent déjà, alors ce serait un enjeu trop grave.

 

Voilà pourquoi  Dieu (les anges) hésite à donner la Torah à Moïse. Dans cette discussion entre Dieu et les anges c’est une discussion entre Dieu et Lui-même comme nous l’avons dit.

 

A ce propos, les anges citent un verset des Psaumes (8.5) :

מָה-אֱנוֹשׁ כִּי-תִזְכְּרֶנּוּ; וּבֶן-אָדָם, כִּי תִפְקְדֶנּוּ  

« Qu’est l’homme pour que Tu tiennes compte de lui ?

Et le fils de l’homme que tu t’en occupes ?

Hashem Adonenou combien est redoutable Ton Nom sur toute la terre.

Ainsi donc met ta gloire au-dessus du ciel. »

 

Je dois vous expliquer que par définition les anges sont athées, et par conséquent il était normal que la Torah soit donnée aux hommes qui sont seuls capables d’être croyants. Malgré tout, on voit dans ce verset qui est un verset pour l’homme, que les anges deviennent pieux, puisque c’est là qu’ils nomment Dieu « Hashem notre maitre. »

 

Au fond ce que les anges veulent dire dans ce verset c’est que sur terre la Torah risque d’être gâchée puisque la terre est le lieu d’habitation des hommes ben Adam fils de la première créature qui a connu les valeurs (et c’est sa grande dignité) et qui a fauté, faisant la preuve de son échec, et d’autre part Enosh est le 1erdescendant d’Adam qui a osé être idolâtre (qui a oublié de se souvenir qu’il avait un Créateur). Et voilà que les anges sont inquiets de ce que les hommes jusqu’au temps de Moïse n’ont pas donné la preuve qu’ils étaient capables de lucidité de perfection par rapport aux valeurs morales tel que Dieu lui-même les a projettées.

 

Effectivement, jusqu’au temps de Moïse c’est l’histoire de l’idolâtrie, de la faute, du monde transformé en impossibilité d’accéder à l’être des béatitudes qui était le projet du Créateur. Et voilà, qu’il apparait une sorte de société trés frustre, trés grossiére du point de vue de la civilisation du temps : les hébreux sortis d’Egypte. Cette société entreprend de prendre sous sa responsabilité la prérogative d’avoir à dire le bien et le mal pour tout le déroulement de l’histoire. Alors on comprend l’inquiétude des anges…

 

« Ton Nom est redoutable sur toute la terre alors laisse Ta gloire dans le ciel »

 

 ‘Hidoush sur Bereshit

 

J’ai entendu il y a peu à Jérusalem un ‘hidoush à Jérusalem qui éclaire au niveau formel de façon très précise quelle était l’intention des anges dans ce verset cité.

 

On remarque une chose : tous les mots qui définissent l’homme commence par la lettre alef

Par exemple : Adam, Enosh, Ish… etc.

On remarque une 2nde chose : les 7 premiers mots de la Bible qui décrivent le projet de la création - Bershit Bara Et Hashamayim Ve Et Haarets – comportent tous la lettre alef sauf le mot shamayim.

C’est dire que l’identité humaine, en tant que créature, a sa place partout dans l’être sauf dans cet endroit de l’être où réside le principe du jugement de l’histoire qui se fait à travers l’homme. La lettre alef (qui définit l’homme Adam, Enosh, Ish...) se trouve dans les 7 mots du premier verset de la bible qui décrit le projet du Créateur sauf dans le mot shamayim.

Or, on apprend d’autre part que ces 7 mots correspondent à 7 middot, valeurs ou vertus, 7 médiations que les kabalistes appellent les Sefirot. Je vous les énumèrent d’après leurs appellations classiques qui se trouvent dans un certain nombre de versets que nous disons dans la priére quotidienne également. Lekha Hashem Hagedoulah VèhaGvourah vehatiferet, vehanetza’h, vehahod, Ki kol bashamayim ouvaaretz.   

 

=> Bereshit correspond à la midah de ‘Hessed – la générosité.

Dans la relation entre le Créateur et la créature il y a un monde angélique, si vous voulez, qui s’appelle la Générosité. C’est facile à définir : le fait que Dieu ait créé un monde et qu’il ait donné l’être à autrui, c’est un acte de générosité=’hessed. “Olam ‘hessed libané”

C’est ici le mot Bereshit, et il y a un alef

 

=> Bara correspond à la modalité de la rigueur Gevourah ou Din

 

=> Elohim c’est Tiferet : la magnifiscence de la révélation du Créateur par rapport au monde créé : lorsque se révèle qui est le Créateur dans le monde, alors il y a dans le monde un reflet de magnifiscence, et cela s’appelle Tiferet.

 

=> « Et » qui introduit le mot de HaShamayim

« Au commencement Dieu créa… »

quoi ?

le ciel

Ce quoi intraduisible en français ‘et’ c’est la Sefirah de Netsa’h Eternité

Par conséquent, il y a un reflet de ce qui va avec Dieu dans le monde et cela s’appelle en hébreu Netsa’h qui signifie l’éternité.

 

=> HaShamayim = Sefirah Hod la Splendeur, pas dans le sens de la magnifiscence, mais corrspondant à Netsa’h.

 

=> Vé Et = Sefirah de Yessod

 

=> Haarets = Sefirah de Malkhout

 

Nous trouvons la lettre Alef dans tous les mots sauf dans le mot Shamayim : cela veut dire que l’homme a une relation directe à toutes les médiations entre le Créateur et la créature, sauf avec cette médiation qui s’appelle Shamayim les Cieux et où se situe cette contestation des anges, c’est-à-dire ce principe du jugement qui accompagnent toute l’histoire jusqu’à ce qu’elle ait aboutie.

 

En d’autres termes ce que les anges veulent faire comprendre, ce scrupule de Dieu décidant de donner la Torah à Israël à travers Moïse, c’est que finalement tant que l’histoire est en cours de tentative on n’est pas sûr qu’elle réussisse et donner les clef de la réussite à un être en cours de tentative c’est périlleux, risqué, dangeureux.

 

C’est tout le problème que le peuple de la révélation a vécu : d’avoir le pressentiment qu’effectivement il possède la clef des valeurs mais qu’en fin de compte il risque de gâcher toutes ces valeurs et donc l’histoire du monde parce qu’étant encore en cours de réussite.

Exprimée par une idée simple : à 15 cm du rivage on peut encore se noyer ! .

 

Voilà donc ce que Dieu craint à travers la crainte des anges : d’avoir à livrer à Israël la loi morale, mais si jamais Israël ne réussit pas, alors il n’y a plus aucune chance que le monde réussisse puisque la Loi serait gâchée.

 

Après Matan Torah, c’est la La Torah telle qu’Israël la donne qui est la Torah de Dieu. C’est dans la yeshivah d’en-bas que l’on décide ce qui se passe dans la yeshivah d’en-haut : d’où l’inquiétude des anges telle que la formule ce midrash.

 

Il est très important de remarquer que le verset cité par les anges dit :

Tena hodkha al hashamayim.

C’est effectivement la Sefirah de Hod qui est très exactement à la place du mot de Shamayim dans le verset de Bereshit.

C’est pourquoi les anges disent « tena hodkha al hashamayim »

 

Rashi :

En fait d’après le commentaire de Rashi sur ce verset, il y a aussi un alef dans le mot shamayim.

Rashi citant le midrash : Shamayim doit se lire en réalité « esh ou mayim » = « feu et eau ».

Rashi définit le ciel comme étant le lieu de conciliation entre le feu et l’eau.

Par conséquent, en réalité le mot de Shamayim a également un Alef mais il est caché.

 

Cela me rappelle un tout autre midrash. Lorsque les Goyim félicitent Israël d’avoir accepté qu’un des critères de leur jugement soit la paix, alors Israël répond n’avoir aucun mérite pour l’avoir appris du « maassé kedera » « ce qui est capable de faire une marmite ». Un sage goy étonné demande des explications – le ‘hakham lui explique de la manière suivante : l’eau et le feu ensemble c’est la vaporisation de l’eau ou l’extinction du feu, mais si on met entre le feu et l’eau une marmite alors on peut manger. Donc shalom c’est maasse kelera, ce qui est capable de faire une marmite ! La paix entre le feu et l’eau c’est ce que la marmite est capable de faire.

 

D’une certaine manière, shamayim représente ce même thème.

D’après l’explication de Rashi, shamayim c’est esh oumayim. Dans lequel le alef est occulté. Je vous dirai pourquoi tout à l’heure. Dans le langage du midrash : le feu esh représente la midat hadin,  la rigueur. Et l’eau mayim représente la midat ha’hessed, la miséricorde.

 

Effectivement le ciel - shamayim là où se trouvent l’ensemble des anges - c’est la conciliation entre la rigueur et la miséricorde ; c’est cela l’unité de Dieu, c’est lorsque tous les anges sont identifiés, résorbés et unifiés, que l’unité de Dieu apparait, au-delà d’ailleurs de la somme des anges possibles. Puisque nous l’avons vu, les anges ne sont que le reflet par en-bas de ce qui se passe en bas, mais il y a plus que cela en-haut.

 

Par rapport à ce principe de l’unité des valeurs qui est l’objectif de la Torah: comment se conduire de telle sorte que tant la midat hadin que la midat hara’hamim soient satisfaites et donc conciliées ? Et bien cela se trouve dans le ciel mais pas sur la terre. Et devant cet enjeu de la Torah les hommes sont incapables…

…/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans MIDRASH
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