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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 19:11

Destin et destinée de l’homme d’après l’enseignement du Rav Ashlag 3

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/destin_et_destinee_dans_la_pensee_du_rav_ashlag/cours_1

Face C - Durée 12 :13

…/…

 … de la racine de toute faute quelqu’elle soit en tant qu’elle est interdite par la Torah, on s’aperçoit qu’il y a toujours l’appétit de jouissance, l’appétit de recevoir une jouissance quelconque et que nous sommes condamnés à cet appétit de jouissance. Alors il y a inévitablement, s’inscrivant dans le destin de l’homme, ce stade de l’homme pécable, de l’homme en tant que fauteur. Tout simplement en tant que recevant l’être il y a là le risque de toutes les fautes possibles.

 

Le stade ultime qui nous donne la solution du problème c’est le fait d’avoir atteint notre perfection d’identité de créature comme capacité de réception, mais en vue de retransmettre. C’est là que le Tikoun est atteint. C’est là que nous atteignons cette notion extrêmement importante : le Tikoun a une histoire. Et c’est vrai à l’échelle individuelle, le Tiqoun, la réussite, la mise au point du monde, chacun au stade du monde auquel il a vécu participe à l’histoire collective du Tikoun du monde à qui est donné un programme. Un programme qui se développe d’après les mêmes étapes. C’est précisément la caractérisitique de la tradition de la Qabalah juive : d’être anthropocentriste et historiste, c’est-à-dire le monde a un temps d’histoire, et dans ce temps d’histoire le monde est occupé à un Tikoun auquel participe à l’échelle individuelle chacun dans l’ordre de son Tiqoun.

 

Comment se rejoignent ces deux lignes, e la ligne de la destinée individuelle et la ligne de l’histoire du monde ? Précisément dans la notion de la résurrection des morts, lorsque le Tiqoun du monde est achevé, alors quiconque, de quelque siècle que ce soit, et de quelque manière que ce soit, ayant réalisé son Tikoun individuel et intérieur, a participé au Tikoun du monde revient pour hériter de l’être promis, ‘cest-à-dire de l’être de Olam HaBa.

Revient d’où ? Ce sont d’autres problèmes, mais en tout cas on a déjà atteint la cohérence de cette réponse du Rav Ashlag.      

Cela n’est pas un destin, c’est une destinée. Elle peut être comprise si on se situe à l’intérieur de la cohérence de l’enseignement de la prophétie hébraïque.

 

J’ajouterais simplement une phrase de conclusion.

Il y a dans cette histoire de Tikoun, deux voies possibles.

La voie de la bonne volonté, et si l’homme est soumis à la Torah, alors c’est la voie royale. Le Tikoun peut être rapide et avancé même dans l’ordre de la loi des temps, et à l’échelle individuelle et à l’échelle de l’histoire collective. C’est la voie de la bonne volonté.

Mais si l’humanité choisit l’autre voie, où il n’y a pas de bonne volonté, alors le Tikoun se fait quand même mais par le biais et la voie des Yissourim (épreuves de souffrances).

Le diagnostic du Rav Ashlag était très précisément celui-ci :

Lorsqu’il s’est aperçu que le monde et Israël au centre était entré dans le temps de Yissourim inssuportables de la dimension gigantesque de ce que nous avons vécu dans les temps où nous vivons, alors il a pris la décision d’aider à la Guéoula en se donnat à la formulation de cet enseignement en public de la Kabalah. Il a été le premier à le faire.

 

Q: inaudible

R: Ce n’est pas mon sujet. Le sujet de la conférence était destin et destinée selon l’enseignement de la Kabalah du Rav Ashlag. Il est ‘Hassid mais j’ai parlé de lui non en tant que ‘Hassid mais en tant que Mékoubal. L’enseignement des ‘Hassidim c’est la ‘Hassidout.

 

Q: début inaudible…

La 2ème remarque est une point d’histoire : Effectivement, Descartes dit « Je suis » et on peut se demander comment un homme peut dire « Je suis » car d’après la Torah c’est Dieu qui dit « Ehyeh Je suis ». Il y a une ambiguïté du verbe être. « Je suis » veut dire soit « je suis » soit « j’existe ». Et quand Descartes l’emploie cela veut dire « j’existe ». A la question que suis-je ? Descartes répond Res cogitans une réalité en train de penser. Et seul Dieu peut dire qu’Il est le « Je suis ».

Cette capacité de réception d’être–t’elle quelques points communs avec l’effort de persévérance humain ?

R: Pour la première remarque: il est bien évident que dans ce parallèle fait en introduction cette distinction entre les deux registres, on ne peut la faire que si on connit les deux registres. Il y a un problème d’ordre pédagogique de l’utilisation du sens philosophique des termes que l’on emploie dans l’enseignement en français qui est indénaible et duquel personne, ni Monsieur Gordin, ne s’est jamais caché. Mais ce qu’il faut je crois c’est éviter soigneusement de mélanger les registres.

Pour la 2ème remarque cela nous ménerait à une discussion très longue. Malgré tout il ne faut pas oublier que Descartes a écrit en latin et qu’il faut réfléchir quand même sur le sens de l’auxiliaire du verbe être tel qu’il l’emploie lui-même en latin.

Troisièmement pour la notion de persévérer dans son être dans les registres qui utilise cette indication, cela implique aussi la tendance inverse de détruire son être. Lorsque nous nous mettons dans la cohérence des postulats de la Kabalah, alors il faut admettre que toutes les créatures, les philosophes y compris, même celles qui voient le monde autrement suivant leur philosophie personnelle, sont concernées par la même destinée. Et par conséquent inévitablement ils sont en termes existentiels, en situation de réception d’être. Et lorsqu’ils désignent par exemple par cette formule de « la tendance de l’être à persévérer dans son être » vu dans un sens immanentéiste, ils désignent une réalité qu’ils éprouvent à leur maniére, mais la réponse de la Kabalah est qu’il ne peut en être autrement puisqu’ils existent dans le monde de la réalité dont parle la Bible. Cela veut dire qu’il peut arriver que toute ces catégories qui n’ont de sens traditionnel que du point de vue d’un postulat de transcendance peuvent être retrouvées dans des systèmes immanentéistes. Cela ne prouve pas la vérité de l’immanentéiste du système, cela indique que le philosophe qui a parlé ainsi est une des créatures du monde dont parle la Kabalah.

 

On me pose souvent la question de savoir si je crois au miracle de Lourdes.

Or, il m’arrive d’y croire lorsque j’ai sous les yeux un dossier convaincant que dans ce cas il y a eu miracle à Lourdes. Est-ce que cela démontre la vérité du catholocisme ? Pas du tout ! Cela démontre que Dieu s’occupe de toutes ses créatures, mêmes catholiques !

 

< fin >

*****

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Published by Rav Askénasi - dans KABALAH
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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 19:10

Destin et destinée de l’homme d’après l’enseignement du Rav Ashlag

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/destin_et_destinee_dans_la_pensee_du_rav_ashlag/cours_1

Face B - Durée : 44,5 minutes

 

…/…

… de messianité de l’avenir pour l’avenir mais en mettant complétement entre parenthèse le sort du salut individuel de celui qui s’est posé la question. C’est-à-dire la vie nous traverse, mais c’est la vie qui est importante. Il y a beaucoup de philosophies qui ont constitué leur argument de cette manière. Mais l’individu, chainon de la chaine, qui s’est posé la question de sa destinée, celui-là n’a pas de réponse parce qu’il est entre sa naissance et sa mort.

 

Donc voilà les 2 premières perplexités :

1-Qui sommes-nous ?

2-Qu’avons-nous à faire en tant qu’individu, en tant que Nefesh particulier, en tant que personne particulière dans cette aventure qui est l’aventure de la vie qui nous traverse ?

 

3 autres perplexités qui cette fois-ci surgissent de la conscience juive occupée à ce problème, c’est-à-dire une fois admis, selon les postulats de méthodes dont j’ai parlé tout à l’heure, comme acquis les postulats de l’enseignement de la Bible.

C’est que nous avons un Créateur. Or, selon la cohérence de l’enseignement biblique apparaissent trois perplexités mais intérieures à la conviction que nous avons un Créateur.

 

Vous retrouvez pour ceux qui ont suivi les différentes leçons du séminaire le fait que ces vrais problèmes se posent à l’intérieur d’un monothéisme cohérent. Alors cela fait vraiment problème. S’il y avait un Dieu bon et un Dieu mauvais, les perplexités que nous avons ne seraient pas tellement problématiques parce que notre imperfection viendrait du Dieu mauvais, notre malheur viendrait du Dieu méchant, notre finitude viendrait de l’anti-Dieu, de la manière d’être qui n’est pas éternelle, elle vient du néant... etc. Ce sont des problématiques aisées intellectuellement parce qu’elles se situent en dehors du monothéisme. A l’intérieur du monothéisme tout cela fait problème ! Comme je l’ai dit par exemple à propos de l’antisémitisme. N’importe quelle doctrine non monothéisme pourrait finalement expliquer l’antisémitisme. Une seule doctrine est mal à l’aise pour l’expliquer, c’est la doctrine juive elle-même parce qu’elle est monothéiste.

 

Voilà donc les 3 perplexités qui résultent des 2 1ères mais telles qu’elles se formulent dans la conscience du juif.

 

Nous savons que Dieu est parfait. Or, nous sommes imparfait ! Comment un Dieu parfait a-t’il pu créé une créature imparfaite ?

Nous savons que Dieu est bon. Et de ce qui est bon ne peut venir que le bien ! Ou en tout cas le mal ne serait venir du bien ! Comment expliquer alors tout ce mal qu’il y a dans le monde ?

Jacob Gordin : « De notre temps on parle beaucoup de l’athéisme. Il faut savoir ce que c’est. L’athée aujourd’hui n’est pas quelqu’un qui ne croit pas en Dieu parce qu’il ne sait pas de quoi il parle. Un athée c’est quelqu’un qui ne croit pas au mal !»

Vraiment dans le monde où nous existons il y a du mal. Pas seulement moral. Du mal tout court. C’est un monde plein de mal.

Le Juif qui a reçu de l’hébreu cette révélation qu’il a été créé par un Dieu parfait, bon, éternel – 3ème  perplexité : Lui est éternel et nous sommes éphémères ?  il ne comprend pas.

On peut faire semblant de comprendre mais en vérité on ne comprend pas. Et cette perplexité de la rencontre du destin est d’autant plus réelle, dit le Rav Ashlag, lorsque elle est portée par une conscience juive, précisément à l’intérieur du monothéisme. 

 

Le Rav Ashlag se propose de répondre à ses questions de l’intérieur de la cohérence hébraïque à travers 6 principes préalables d’introduction.

 

Je crois personnellement que la symbolique même des chiffres des 5 questions et des 6 introductions préalables n’est pas au hasard, et qu’il y a là un schéma, une signification propre, mais pour ce qui nous concerne peu importe l’ordre des questions et des paragraphes.

 

6 questions pour pouvoir répondre aux 3 premières, lesquelles procédaient des 2 perplexités préalables.

 

1- Une difficulté dans la notion de Dieu Créateur. Cette notion implique que Dieu créé autre que Lui. Or, comment comprendre que puisse exister quelque chose autre que Dieu ?

On voit l’approche directe du Rav Ashlag : Si on arrive à réfléchir avec sérénité à ces questions dangereuses et délicates alors on pourra s’approcher de la réponse à nos questions.

Que signifie un être autre que Dieu ?

Comment comprendre que de rien puisse apparaitre quelque chose ? Comment comprendre que qelque chose qui n’était pas puisse apparaitre à partir de ce Eïn, Ayin, de ce néant antérieur, de ce il n’y avait pas antérieur. Et nous savons que pour la pensée humaine cette notion est irrationnelle. C’est un article de foi qui n’est pas maitrisable par la raison. La formule latine qu’emploient les philosophes est la création « ex-nihilo », à partir du néant. Et le latin répond : ex nihilo nihil ! Parce que le latin est rationnel. A partir du néant il n’y a rien.

 

2- Et même si on admet selon la foi habituelle que Dieu est tout-puissant et que par conséquent il peut réaliser cette chose incompréhensible pour la raison qu’à partir du néant il apparaisse quelque chose qui consiste à être autre que Dieu - et pourtant il est bien évident que ce Dieu dont nous parle la prophétie biblique est connu comme absolument parfait, absolument bon, éternel, et que nous sommes nous créatures absolument imparfait, pétris de mal et éphémères – alors comment se fait-il que malgré l’idée de la toute-puissance divine qui ferait apparaitre du néant un être autre que Dieu quelle est cette manière d’être qui consiste à être autre que Dieu ?

       

3- Cet enseignement de la Kaballah répandu dans beaucoup d’écoles ‘hassidiques que l’âme humaine qui fait le sujet de nous-même, la Néshamah, le point nucléaire de notre être, le ‘Helek qui est déjà destiné au Olam HaBa (Kol Israël ‘Helek La-Olam Haba) et qui est appelé ‘Helek Eloha Mimaal – une part du Dieu d’en-haut. C’est défini par rapport à Dieu comme Créateur comme si la Neshamah était un ‘Helek et que lui était le tout : la différence entre Kol et ‘Helek. 

Or, on ne peut pas se borner d’une telle explication ainsi traduite pour expliquer les perplexités précédentes. Nous sommes imparfaits, pêtris de mal, éphémères… parce que nous ne sommes que la partie. C’est l’être comme totalité qui serait l’infini de Dieu et l’être comme particulier, comme singularité, comme partie qui serait l’être de créature, et donc le ‘Helek en tant que ‘Helek serait le lieu de l’imperfection alors que le tout en tant que tout serait le lieu de l’imperfection.

Ceci e peut pas être admis, voilà pourquoi dit le Rav Ashlag : exemple de la pioche qui frappe qui un rocher dont une partie se détache : la pioche sépare vraiment le caillou du tout du rocher, et la partie continue à exister en tant que partie de rocher une fois séparée du tout. Mais dans l’enseignement de la Torah nous sommes des créatures, cela signifie que notre manière d’être consiste à exister en recevant l’être, et que si il y a interruption de ce fait de recevoir l’être, notre existence s’évanouit ! Par conséquent, je ne suis pas créé une fois pour toutes comme créature comme le rocher qui éclate en caillou, ou comme loeuvre de l’artisan qui une fois créée existerait par elle-même séparée de l’artisan. L’être de nature est tout à fait autre chose c’est un être non fabriqué c’est un être créé. Il ne s’agit pas ici du Dieu démiurge que l’on pourrait comparer à l’artisan. Il s’agit ici du Créateur qui donne l’être. Donner l’être ne signifie pas avoir fait exister une fois pour toute ! Cela veut dire faire exister en donnant l’être. La créature se définit comme l’être recevant l’être qui la fait être, perpétuellement. La créature vit de ce geste qui consiste à recevoir l’être. Par conséquent, on ne peut pas admettre cette traduction de ‘Helek et de Kol comme une partie et tout dans le sens spatial.

 

4- D’autant plus qu’il y a autre chose en nous que cet aspect partiel par rapport à un infini qui impliquece problème des limitations de l’imperfection ou de l’éphémère par rapport à l’être c’est-à-dire Dieu. Il y a le monde. Et dans le monde ce que les Kabalistes appelent l’autre côté des choses. Le côté noir et ténébreux. Il y a le mal. Comment l’être parfait peut-Il faire exister cet autre côté des choses jusqu’à maintenant ? (Puisque rien dans ce qui existe ne peut exister si Dieu ne le fait pas être).         

 

5- La résurrection des morts. Si nous ne sommes pas en destin mais en destinée, cela veut dire qu’il y a un aboutissement de tout notre cheminement dans l’existence. Cela veut dire donc que la péripétie de la naissance et de la mort n’est qu’une péripétie. Cela veut dire que la mort est transitoire. Cela veut dire que nous résuciteront. Mais que veut dire ressuciter ? Nous nous retrouverons dans notre personnalité ! Or, nous dit le Rav Ahslag dans cet enseignement de la résurrection des morts il y a une difficulté intérieure à l’enseignement du monothéisme juif : on nous enseigne que les morts doivent ressuciter avec leurs défauts (Massekhet Sanhedrin 11) et après seulement ils en seront guéris. Il y a une nécessité d’identification de la personnalité comme elle a vécu dans la vie terrestre, parce que si c’est quelqu’un d’autre – moi parfait – qui ressucite ce n’est pas moi qui est intéressé par cette résurrection. Il y a une identification de la personnalité telle qu’elle s’est connue dans sa mémoire d’existant puisque c’est ainsi dans cette mémoire d’existant que je me pose la question de mon existence.

Etudiant à Paris, j’avais assisté à un cours de Monsieur Vajda aux Hautes Etudes : il parlait de ces textes de la Massekhet Sanhédrin comme du folklore populaire talmudique.

Mais ces préoccupations ont été extrêmement importantes pour les rabbins du Talmud lorsqu’ils réfléchissaient aux problèmes de la destinée.

 

Par exemple, cette question : A quel âge ressuciterons-nous ? 

C’est aussi un problème !  

Ce sont des difficutés inhérentes à la conviction de T’hiyat Hamétim.

S’il y a  T’hiyat Hamétim tous ces problèmes apparaissent légitimement et ils sont rééls.

Ce que le rav Ashlag veut nous faire comprendre c’est qu’en dehors de la Kaballah on n’y voit pas clair dans toutes ces questions.  

Cf. aussi par exemple la question de la reine Cléopatre à Rabbi Ishmaël : les morts résuciteront-ils nus ou habillés ?  1748

 

6- En fin de compte tout l’enseignement de la Torah est anthropocentrique – on retrouve là un enseignement de Monsieur Jacob Gordin – d’emblée, intentionnellement, la prophétie biblique, la conception hébraïque du monde est anthropocentrique : si nous n’étions qu’un rouage dans le mécanisme de l’impersonnel de l’universel nous serions vraiment en situation de destin. Destin tragique parce que doués de pensée. Et si les autres être vivants ou non vivants avaient vraiment la conscience philosophique, ils seraient en situation tragique et dramatique de question tendue sur le problème de la destinée mais sans réponse car ce serait un destin. Prendre conscience de soi comme un rouage d’un impersonnel, d’un universel grandiose que la pensée peut contempler mais où finalement le sort n’est pas conccerné ni résolu. Au contraire cette vision dans sa grandeur même contribue à renforcer même ce tragique.

Or, nous dit le Rav, on ne peut pas comprendre la cohérence de l’enseignement hébraïque si on n’admet pas ces propres postulats, c’est-à-dire l’anthropocentrisme du monde. La Torah nous dit très clairement que si un monde existe c’est parce qu’un homme devait être créé et qu’il fallait loger cet homme quelque part...  Dans la Genèse, le Créateur des univers créé tout cela de jour en jour en vue de l’homme que nous sommes.

Rejeter le principe de l’anthropocentrisme absolu de la tradition juive c’est tomber dans le registre philosophique qui difficilement peut admettre la finalité et l’anthropocentrisme.

Il faut, nous dit le Rav Ashlag, prendre au sérieux cette réflexion. Surgit alors une direction de réflexion importante : cela veut dire que non seulement tous les univers visibles, mais les mondes dont on nous parle, tout cela dépend de l’homme. Nous avons donc une destinée gigantesque. Nous sommes le support du monde. Chacun de nous mériterait de s’appeler Atlas portant tous les Olamot.

De nouveau contraste incompréhensible entre la grandeur de la destinée de l’homme et la petitesse de son destin ! Voilà donc le problème qu’il faut tenter résoudre.

 

C’est sous forme de principes de réflexions, de directions, de méthodes, que le Rav Ashlag va maintenant nous introduire dans l’ordre des réponses à toutes ces perplexités.

 

1er principe :

סוף מעשה, במחשבה תחילה

Sof Maasseh Bé-Ma’hshavah Te’hilah

 

L’erreur que l’on commet nous dit le Rav Shlag est de porter un jugement de valeur sur l’opération en cours, et de juger d’un état transitoire comme si c’était l’état ultime. On ne peut rien comprendre d’une œuvre qui est en cours d’opération. A partir du moment où je sais par exemple qu’au bout de 9 mois d’embryon va naitre un enfant viable, la vision photographique instantanée d’un stade quelconque à l’intérieur des 9 mois de l’état embryonnaire permet de voir le stade final déjà depuis l’état embryonnaire : Sof Maasseh Bé-Ma’hshavah Te’hilah.

 

Si je juge de l’homme à son état embryonnaire c’est un destin défiguré ! Mais c’est parce que je ne sais pas qu’il y a une suite qui mène à la naissance d’un petit d’homme…

Nous sommes en période transitoire, en cours de transition, et toute l’erreur vient de ce que nous jugeons d’après des critères faux. Nous jugeons que la manière dont nous existons déjà, mais actuellement encore, est notre être ultime. Alors le contraste entre cette manière d’être et l’idée du Créateur nous renvoie à une contradiction insoluble. Mais c’est parce que dès le début du jugement il y a une erreur. Nous ne jugeons pas d’après ce qui nous attend dans le projet de la destinée, nous jugeons d’après le stade actuel de cette engendrement messianique, et de là vient l’incompréhension. Nous croyons que c’est un destin précisément parce que nous en croyons pas que c’est une destinée. C’est la conviction qu’il n’est pas possible que l’état des choses est ce que le Dieu dont parle la Bible a voulu créé. Ceux qui connaissent le Dieu de la Bible savent que ce n’est pas possible que le Olam Hazeh soit le but ultime de sa création. Et donc le jugement de Olam Hazeh par les critères de Olam HaBa nous mène à l’idée de destinée, alors que le jugement de Olam HaBa par les critères de Olam Hazeh nous mène à l’idée de destin.

 

Si nous prenons au sérieux qu’effectivement c’est le Dieu dont parle la Bible qui nous a créé, alors c’est que nous sommes destinés à une existence parfaite, destinés une vraie existence, et qui aura à notre échelle les dimensions de perfection qui définissent déjà pour le Créateur les dimensions de sa propre perfection. Il suffit de rapprocher ses deux principes pour comprendre comment le Rav Ashlag d’emblée et de façon massive restitue les fondements de la notion de destinée. 

Avoir une destinée signifie qu’il y a un Olam HaBa.

Et il ne peut en être autrement parce qu’il n’est pas possible, à moins de ruser avec la prophétie hébraïque, de croire que l’état du monde tel qu’il est puisse être le produit fini des mains du Créateur. C’est un stade embryonnaire.

L’idée que l’état du monde soit vraiment ce que Dieu a voulu renvoie à l’idée d’un Dieu monstrueux. Il y aurait monstruosité de la part du Créateur à vouloir cela. Et cette expérience spirituelle n’est pas possible à l’intérieur du monothéisme. C’est d’autres doctrines, philosophies et traditions qui parleraient d’un Dieu monstrueux qui a fait le monde dans lequel nous sommes. Cela ne peut s’insérer dans la cohérence biblique. Celui qui admet la véracité du texte biblique ne peut admettre que le Olam HaZeh soit la fin du projet du Créateur.

 

3-

3ème principe

3ème principe, qui déjà nous mène assez loin dans la réponse : il est bien évident que nous devons retenir la définition que celui qui est bon veut donner le bien. Et nous avons beaucoup de textes auxquels nous re´férer et le Rav Ashlag s’y réfère, dans le Midrash dans la Guémara, le Zohar et l’ensemble des livres de Kabalah : Si Dieu a créé un monde c’est pour faire du bien à ses créatures.

 

Lorsque je fais un cadeau à quelqu’un il y a 2 conditions pour que ce soit vraiment un cadeau D’abord que le cadeau soit un cadeau, et puis que le receveur du cadeau en question puisse en jouir.

 

Il faut donc pour comprendre ce geste du Créateur donnant l’être, comprendre que nous sommes créés de manière tel que nous soyons capables de jouir de ce qu’il y a à recevoir. Et par conséquent, l’essentiel de notre être de créature est d’exister dans l’exacte mesure où nous recevons l’être dont nous sommes. Notre geste d’être est un geste de réception d’être.

 

Le Rav Ashlag nous a donné une définition extraordinaire de ‘Hokhmat Hakabalah : la sagesse de la Kabalah. Habituellement, on traduit « initiation », le fait de recevoir un enseignement. Mais lui disait de ‘Hokhmat Hakabalah que c’est la sagesse qu’il faut avoir pour être créature, pour être homme, c’est-à-dire savoir comment recevoir l’être. Kabalah signifie « recevoir l’être » et non pas recevoir un enseignement. Cela veut dire que toute créature est censée être un Kabaliste en puissance. Quelqu’un qui reçoit. La conscience de l’être comme Kabalah, comme réception d’être. C’est l’idée de créature prise au sérieux : je suis créature, j’existe dans l’exacte mesure où je reçois l’être que je possède.

 

C’est une notion absolument contraire par exemple au cogito de Descartes.

Bien que Descartes admette dans d’autres textes la notion de l’homme comme créature par rapport au Créateur, mais il rend compte de la relation de la créature par rapport au Créateur d’une toute autre manière. Descartes dira « je suis ». Le Rav Ashlag dira « Je ne suis pas, seul Dieu est. Je suis quelqu’un qui reçoit l’être ». Je ne suis pas, je deviens dans l’exacte mesure où je reçois l’être que je suis. J’ai conscience de moi et dans cette conscience de moi j’ai premièrement conscience que j’ai un Créateur. Le schéma de cette analyse est très parallèle à l’une des méditations de Descartes, mais dans un tout autre registre.

 

Pour qu’une créature puisse exister comme créature, il faut qu’il y ait en elle cet appétit de réception de telle sorte que l’être reçue soit vraiment un bien reçu. Dans le sens de l’analyse immédiatement précédente. C’est dire que si je n’ai pas envie d’être, l’être ne me procure aucune satisafaction. Or, si la définition du Créateur est « HaTov Vèhamétiv : Qui est bon et Qui fait le bien » à autre que Lui, il faut alors bien évidemment que j’ai en moi une envie de recevoir, sinon je ne jouirait pas du bien que je reçois. On n’est jamais satisfait que de ce dont on a envie. Et par conséquent, il fallait premièrement que Dieu fasse apparaître une dimension d’être qui n’est pas dans l’être-Créateur et qui donciste très exactement dans cette capacité de réception d’être qui est la somme de nos appétits d’être et que le Rav Ashlah appelle רצון לקבל   Ratson Leqabel – la volonté de recevoir. Ce vouloir recevoir c’est cela qui apparait du néant. Comme une sorte de reflet de la volonté de donner qui définit l’être du Créateur. Et c’est dans ce sens-là nous dit le Rav Ashlag, que toutes nos perplexités sont résolues. En particulier, j’en éclairerais une : c’est ainsi qu’il faut comprendre le ‘Helek et le Kol.

En quoi sommes-nous partie Dieu étant le tout ?

Non pas à la maniére d’une conceptualisation spatiale, la partie et le tout, non pas à la manière duc ailloux détaché du rocher, nous ne sommes pas du tout u peu de Dieu mis au loin, mais d’une toute autre manière, le fait d’être  Ratson Leqabel par rapport au Ratson Lehashpiâ רצון להשפיע   selon son vocabulaire, donc la manière d’être qui reçoit l’être par rapport à la manière d’être qui donne l’être.

 

Et le Rav Ashlag nous donne comme explication du mécanisme du mérite d’être qui donne le sens de notre destinée une dialectique en 4 niveaux.

 

Je partirais d’un enseignement du Talmud très connu sur lequel le Rav Ashlag se base dans cette Hakdamah préface et qui dit ceci :

On est Bar-Mitsvah soumis à l’obligation des Mitsvot, et donc soumis à l’obligation d’avoir à acquérir le mérite d’être qu’à partir de l’âge de 13 ans, l’âge de la puberté, l’âge où l’enfant est capable de donner la vie (1 ans avant pour les filles pubères avant en général). Jusqu’à cette âge là nous dit la Guémara, l’enfant en connait que le Yetser Harâ. Le Yetser Tov n’apparait qu’à partir de la Bar-Mitsvah. Et donc corollairement à ce moment, la Mitsvah comme obligation d’acquérir le mérite d’être n’apparait qu’avec le Yetser HaTov.

Cela veut dire : la tendance au mal apparait seule dans le 1er âge de la vie, et il n’y a pas encore d’obligation morale. La tendance au bien apparait au moment de la puberté, et c’est là qu’il y a obligation par rapport au bien.

 

La catégorie essentielle de la réponse du rav Ashlag dans cette Hakdamah est la suivante :

La différence entre l’être de ce monde-ci Olam HaZeh et l’être de Olam HaBa, c’est que l’être de Olam HaBa est l’être projeté pour l’homme par le Créateur mais qu’il est nécessaire qu’il y ait un stade préalable de l’acquisition du mérite d’être. L’autre nouveauté de son enseignement tient sur un point important c’est qu’il nous a donné enfin en langage de formulation explicite, et non en langage initiatique comme ce fut le cas des Shitot préalables de la Kabalah, c’est une dialectique entre le Ratzon Lekabel et le Ratzon Lehashpiâ, une dialectique entre la volonté de donner l’être et la volonté de recevoir l’être, c’est-à-dire une dialectique entre le Yetzer Harâ et le Yetzer HaTov. Ce qui fait toute l’imperfection, le mal, la finitude, l’aspect destin de la condition de notre être de ‘Helek de Olam HaZeh par rapport au Kol, c’est que nous sommes – et nous retrouvons là les enseignements fondamentaux classiques préalables de toute la tradition du Talmud des Pharisiens comme héritière de la prophétie hébraïque - c’est que nous sommes dans un stade nécessaire – il faut y passer – mais provisoire, parce que transitoire, d’acquisition du mérite d’être. 

Et une fois que ce mérite est acquis c’est l’être vrai qui nous est proposé.

 

Comment nous est décrite cette acquisition du mérite d’être ?

Dans une dialectique à 4 étapes entre Ratzon Lekabel et Ratzon Léhashpiâ.

ð   Lekabel al menat lekabel

ð   Lehashpiâ al menat lehashpiâ

ð   Lehashpiâ al menat lekabel

ð   Lekabel al menat lehashpiâ (‘Hokhmah)

 

1-

Au 1er stade nous ne sommes que volonté de recevoir, cela veut dire Yetzer Harâ. Et c’est jusqu’à la Bar-Mitsvah par exemple à l’échelle de la vie individuelle. Recevoir sans encore avoir mérité c’est cela le mal. Tant à l’échelle de la vie individuelle que à l’échelle de l’histoire globale du Olam HaZeh selon cet enseignement, il y a un stade préalable : Cf. le schéma classique du Talmud : 2000 ans avant la Torah : un stade préalable où l’identité humaine est toute entière capacité de recevoir. C’est purement רצון לקבל   Ratson Leqabel volonté de recevoir – Yetser Harâ seul.

  

 

2-

Ensuite, apparait l’émergence à la conscience morale du présentiment que pour être vraiment il faut participer d’une autre tendance d’être à l’imitation du Créateur, c'est-à-dire la volonté de donner. Vous retoruvez-là d’ailleurs fondamentalement la dialectique égoïsme-altruïsme. Egoïsme = Ratzon Leqabel volonté de recevoir et c’est mal. Altruïsme c’est Ratzon Léhashpiâ volonté de donner est c’est cela le bien. Mais cela nous est cadré à l’intérieur de l’enseignement biblique. La créature se définit comme centre d’égoïsme et le Créateur se définit comme centre d’altruïsme. Et donc arrive un stade et dans le développement des civilisations et à l’échelle individuelle où il y a le pressentiment que pour être vraiement il faut être à la manière de celui qui donne, c’est-à-dire le Créateur et non pas à la maniére de la créature, celui qui reçoit.

Où est le drame de ce destin ? 

C’est que nous sommes acculés à une contradiction : nous ne pouvons être que comme créatures, mais pour être il faut être comme le Créateur. D’où si vous voulez cet aspect tragique de la conscience qui se pose la question du sens de sa vie d’homme et qui ne dispose pas de la réponse.

Si nous arrêtons là il n’y a pas de réponse parce que pour être il faut être capacité de réception, mais pour être vraiment il faut être capacité de don, et c’est contradictoire.

Si je me donne je n’existe plus !

Il y a vraiment contradiction absolue.

 

Alors le Rav Ahslag nous dit qu’il faut entrer dans une dialectique à 4 niveaux: il y a 4 possibilités :

Ratzon lekabel al ménat Lekabel – Recevoir pour recevoir.

C’est l’attitude matérialiste. Dans l’histoire des civilisations c’est l’âge de l’appétit pour l’appétit, l’envie pour l’envie, la définition du sens de notre histoire comme projet de jouissance.

Un 2ème stade où nous nous découvrons comme centre d’altruïsme, Yetzer Tov, Ratzon léhashpiâ.

Ratzon léhashpiâ al menat lehashpiâ – Donner pour donner.

A ce stade-là nous nous détruisons. Le Rav Ashlag restitue les 2 stades intermédiaires.

 

Prenons par exemple l’histoire de l’homme à l’échelle individuelle.

1. D’abord l’enfant. Il reçoit et que cela. Il jouit de son appétit et que cela.

Arrive l’âge de la découverte de la conscience morale.

Alors il sait qu’il faut donner pour mériter de recevoir. Il met cela en relation à sa destinée d’homme : il donnera sa vertu en vue de recevoir.

C’est le satde de la conscience religieuse diffuse dans toute l’histoire des sociétés humaines. La religion intéressée d’une certaine manière. Donner sa vertu en vue de recevoir.

On ne peut se satisfaire de recevoir sans avoir donné quelque chose, on sait qu’on ne trouvera le bonheur de la conscience que si l’on est vertueux mais dans l’attitude de celui qui donne pour recevoir.  Et comme le point de chute c’est encore recevoir alors il n’y a pas repos des consciences.

 

On passe alors à un 3ème stade, c’est le stade de la mystique : du point de vue du bonheur de la conscience c’est donner pour donner. Il y a un stade où l’on est vertueux pour avoir son paradis et ensuite on se rend compte que ce n’est pas vertueux. On refuse dont le paradis, on fait le bien pour le bien comme on fait l’art pour l’art. Laheshpiâ Al Ménat Léhashpiâ. Il y alà un piége de la conscience spirituelle. On feint d’oublier que pour donner il faut recevoir. Mais c’est comme inévitable de passer par ce stade pour arriver enfin au stade de la solution du problème :
Ratzon Lekabel Al menat Lehashpiâ : recevoir en vue de donner.

C’est là que la contradiction des deux tendances est résolue.

 

Voilà la première introduction du Rav Ashlag : tant que nous sommes encore occupés à ce stade nécessaire d’être en tant que l’on reçoit, alors là est le centre de toutes les imperfections du monde. Si nous faisions l’analyse de tout mal moral ou physique…etc, à la racine il y a toujours la même donnée: l’être qui se définit comme recevant l’être. Alors il y a la finitude, l’éphémère... Alors il y a au niveau moral…

…/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans KABALAH
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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 19:09

Destin et destinée de l’homme d’après l’enseignement du Rav Ashlag 1 

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/destin_et_destinee_dans_la_pensee_du_rav_ashlag/cours_1

Face A - Durée : 44,4 minutes

 

L’essentiel de l’analyse devant porter sur la différence entre ces deux catégories destin-destinée. 

Je vous donnerais la raison du choix de l’enseignement du rav Ashlag à ce sujet.

 

Court rappel historique : naissance du Rav Ashlag en fin du 19ème siècle à Vasovie en Pologne dans un milieu de rabbins ‘hassidiques jusqu’à l’äge de 320 ans environ.  A la fin de la guerre de 14-18 il a assisté à des scènes de Pogroms en Varsovie et a décidé de quitter l’Europe pour Erets Israël et de commencer un enseignement public de la Kaballe. Il a été un des initiateurs des écoles contemporaines - voire le principal - grâce á ses ouvrages – écoles qui ont  décidé dans notre temps de trouver de formuler le langage apte à pouvoir communiquer au public sans distinction, ce qui jusque-là était réservé malgré tout à une tradition initiatique même dans les milieux de la ‘Hassidout où la Kaballah n’était pas enseignée dans sa source orriginelle – par exemple la Kaballah du Zohar ou de l’école de Sfat – mais où la ‘Hassidout en général donnait tout son enseignement de Torah dans toutes les disciplines selon l’esprit de la Kaballah. Et même dans les mileux des ‘Hassidim, l’enseignement de la Kaballah à proprement parler était réservé malgré tout à des cercles d’initiés.  

 

Il a donc quitter la Pologne immmédiatement aprés la 1ére guetrre mondiale pour s’installer à Jérusalem où il a entrepris la rédaction de deux ouvrages trés important :

ð   Talmud Esser Sefirot : l’enseignement des 10 Sefirot. Il s’agit essentiellement d’un commentaire à 2 niveaux différents Panim Meirot ve Panim Masbirot du grand livre Ets ‘Hayim du Ari. 

ð   Soulam -  Son commentaire du livre du Zohar. J’essaierais d’utiliser pour notre étude l’une des préfaces du livre d’introduction au Soulam.

 

Encore en Europe, il avait entendu parlé d’un grand commentaire du Zohar, le Or Yakar du Ramak, commentaire réédité en Israël, dont le seul manuscrit complet se trouvait à Orford. Il a eu toute une stratégie dans sa vie pour tenter d’arriver à Oxford, ne serait-ce que pour lire ce manuscrit.   

 

Il avait l’habitude de dire que tout l’enseignement de la Kaballah souffrait de cette éclipse de cet enseignement du Ramak, le Or Yakar sur le Sefer haZohar.

Nous trouvons d’ailleurs dans toute l’érudition de cette époque – les 400 dernières années, depuis Ramak jusqu’à nous – des allusions au fait qu’on connaissait l’existence de ce manuscrit et que le jour de son dévoilement serait très important pour la compréhension du Zohar.

Vers la fin de sa vie, il a eu la joie de lire ce commentaire, actuellement en cours de réimpression en 30 volumes.

 

Il a dit : entre temps j’avais moi-même décidé d’entreprende un commentaire pour  commencer à divulguer cet enseignement pour que le peuple juif, et à travers lui l’humanité, comprenne le sens de la destinée de l’histoire humaine d’après l’enseignement de la Kaballah ; et par conséquent, que l’humanité entière se relie au peuple juif dans le sens de cette cohérence globale de la destinée de l’histoire universelle parce que le fait que les grandes persécutions, les grands tourments ont commencé à être vécus par le peuple juif, était éclairé par l’enseignement de la Kaballah et en particulier par l’enseignement du Zohar comme étant un signe très important du temps où il devenait nécessaire de dévoiler ce que la tradition juive connait et comprend du sens de l’histoire.

 

Cette hostilité des nations par rapport à Israël, alors qu’Israël est censé être connu de toutes les nations comme porteur d’un certain message - hostilité qui a conduit à tous ces massacres et ces persécutions surtout depuis la fin du 19ème siècle - l’a fait réfléchir et l’a amené à adoucir le problème, le sort de cette réciprocité incompréhensible de la dialectique historique entre les nations et Israël qui a mené à une telle persécution de l’identité juive, raison pour laquelle il a pris cette décision.

 

Or, il avait l’habitude de dire qu’il était lui-même frappé de la convergence du contenu du Or Yakar du Ramak et du contenu de son propre enseignement.  

 

Mais je crois qu’il faut parler avec le Rav Ashlag d’une orignialité qui n’est pas bien entendue dans le contenu lui-même ni non plus dans l’agencement des différentes sources d’enseignements des textes kabalistes, c’est une originalité dans l’exposition.

 

Bien entendu, ses livres sont des livres à étudier, mais il a fait tout ce qu’il a pu pour faciliter l’étude directe. Essentiellement, en se tenant à deux consignes importantes :

 

ð   1- toujours se relier à ces textes dans la cohérence des postulats de l’enseignement traditionnel jusqu’à lui, jusqu’à nous. Il s’y est tenu de manière extraordinaire. Ne jamais mélanger la problématique philosophique avec la problématique traditionnelle. Bien entendu, lorsqu’on étudie les contenus de l’enseignement du rav Ashlag on s’aperçoit qu’il est au courant de la problématique philosophique, mais c’est peut-être un des rares ouvrages où l’on ne sent pas cette confusion parfois extrêmement nocive. L’attitude intellectuelle de la méthode philosophique et l’attitude intellectuelle de la méthode d’étude traditionnelle est quand même différente, d’essence, et pas seulement de style. Certains ont le privilège en Israël d’étudier ces textes avec le fils du rav Ashlag, et l’étude montre à chaque fois avec quelle minutie le Rav Ashlag père évitait systématiquement de mélanger les deux registres. Ce qui est frappant dans son oeuvre.

 

ð   Commencer cette étude une fois bien assurée les postulats traditionnels de la cohérence biblique. Nous le verrons pour notre étude dans l’articulation de la destinée de l’homme tant à l’échelle individuelle qu’à l’échelle collective de l’histoire de l’humanité avec pour médiation essentielle l’histoire du peuple Israël selon le Rav Ashlag. De s’en tenir comme préalable acquis définitivement aux postulats de tous les enseignements traditionnels jusque-là. Premiérement, il est bien clair lorsque nous parlerons de l’homme que nous parlons d’une créature qui a un Créateur, et que lorsque nous parlons du Créateur, il ne s’agit pas de l’idée de Dieu mais de quelqu’un dont on ne sait rien de l’essence essentielle mais dont on sait tout de ce qu’il a révélé. Et lorsque nous parlons de la Torah et des contenus de message de la Torah, prendre au sérieux comme postulat préalable le fait qu’il s’agit d’une Torah qui est révelée de l’extérieure de la conscience humaine. Prendre au sérieux les termes fondamentaux de l’enseignement des articles de foi traditionnels. Il y a là une précaution importante qui est nécessaire.

 

Je voudrais vous citer deux analyses pour cette première introduction de méthode qu’il avait l’habitude de donner à ses disciples et que nous avons reçu nous-mêmes de son fils.

 

1- ce texte qui traverse beaucoup de textes du Zohar et des textes postérieurs des kabalistes que l’oppression de l’exil – puisque cette situation difficile de l’existence juive dans l’histoire des nations qui mène à des tribulations qui parfois sont supportables mais parfois deviennent insupportables – et le Rav Ashlag fait partie de cette génération qui a diagnostiqué qu’on était entré dans le temps de ces tribulations insupportables- c’est après 1918 qu’il y a eu le nazisme mais déjà avant les grands Pogroms d’Europe – que tout ceci peut être « adouci » selon le langage du Zohar - « léamtik » -  par la prise de conscience de Pnimiout HaTorah, l’essence intérieure de ce que la Torah dévoile dans son message.

C’est un lien entre deux phénomènes qui apparemment pour nous dans notre pensée logique habituelle n’a pas de lien évident : le fait que si les Juifs souffrent de façon invraisemblable c’est parce qu’ils n’étudient pas la Kaballah. Je vous dis cela de façon presque limite. Et nous avons ces textes-là presqu’à chaque page, surtout dans les Tiqounei HaZohar. Si nous avons le temps je vous lirais la fin de cette introduction sur laquelle nous allons nous baser et où il le dit en clair. C’est quelque chose qui, vue de l’extérieur, nous apparait comme mystérieux mais dont il établit le raisonnement et l’articulation de la manière suivante : de la même manière qu’un homme est malheureux d’être homme s’il ne comprend le sens de sa destinée - cela l’angoisse et c’est donc le malheur d’être qui sont les pires des Yissourim – terme habituellement employé pour dire les souffrances insupportables – de la même manière qu’un homme se trouve dans les pires des Yissourim insupportables lorsqu’il ne comprend pas le sens de sa destinée, de la même manière le peuple juif se trouve dans les souffrances inssuportables lorsqu’il ne se préoccupe pas de Pnimiout HaTorah – le sens intérieur de ce que la Torah enseigne – pour faire comprendre précisément le sens de la destinée ; et que d’une certaine manière les Goyim ressentent cela confusément obscurément et font souffrir les Juifs parce que les Juifs ne leur donnent  pas ce dont l’homme avait besoin, cette Torah révélée, c’est-à-dire ce que la Torah avait à dire pour l’homme.

Il le dit en clair et on sent qu’il a vécu ce drame des Pogroms dans lesquels ces hommes porteurs de piété de douceur de sainteté... Beaucoup de Juifs ont compris que leur vie avait un destin, certains ont compris là qu’il y avait une destinée dans laquelle il y avait quelque chose à comprendre pour commencer à éclairer ce mystère sans signification de l’insupportable de la souffance. 

 

C’est à chaque grande période des tribulations et des souffrances qu’apparait un enseignement :

ð   La Torah après Yetsiat Mitsraïm.

ð   La Mishnah au temps de l’occupation romaine.

ð   le cas des Kabalistes le Zohar d’après l’inquisition.

ð   l’enseignement de cette époque qui relie les deux phénomènes.

Si nous subissons notre histoire comme un destin c’est parce que nous nous sommes privés de ce que nous devions savoir pour pouvoir réussir notre destinée, et que finalement nous en payions le prix. D’où ces grands textes, surtout des Tikounei HaZohar qui disent que la Guéoula viendra grâce à l’étude du Zohar – donc finalement grâce à l’étude de la Kaballah. Il ajoute en propres termes que les premiers stades de la délivrance sont l’arrêt des persécutions et que l’arrêt des persécutions surviennent quand les Goyim comprendront qu’Israël est vraiment Israël -  ce qu’ils ne peuvent comprendre que si Israël témoigne de ce dont l’humanité avait besoin pour que la Torah ait à être révélée. Et s’il n’y a qu’une Torah reliée aux conduites extérieures sans s’intéresser aux conduites de la vie intérieure alors l’essentiel manque.

 

C’est de cette expérience personnelle que le Rav Ashlag a surgi pour prendre cette décision qui lui a valu des persécutions personnelles dans les milieux juifs hostiles au dévoilement de l’enseignement de la Kaballah.

 

Je vous invite à avoir dans vos bibliothèques ces livres qui peuvent s’étudier directement sans trop de risque d’interprétation à travers le vocabulaire étranger aux préoccupations de la Kaballah elle-même, c’est-à-dire le vocabulaire de registres intellectuels qui n’admettent pas les postulats de la tradition : il y a un Créateur, il ne s’agit pas d’une idée explicative, il y a eu révélation, l’histoire d’Israël a un sens...  et nous retrouvons les grands articles de foi traditionnels jusque-là.

 

On ne peut pas espérer pénétrer dans ce monde si on ne pénétre pas dans ses propres postulats et sa propre cohérence.  

 

Il avait l’habitude de dire ceci : la grande différence qu’il y a eu dans notre histoire entre les Saduccéens et les Pharisiens résidait précisément sur ce point :

 

Il y a une différence de contenu dans la tradition pharisienne et d’autre part la doctrine saducéenne concernant la relation aux grands articles de foi traditionnels de la foi juive habituelle. Ce n’est pas notre sujet mais sachez que cette différence a existé et a été très importante. Il est vraisemblable de dire et de penser que bien que le mouvement saduccéen historique ait disparu historiquement les tendances qu’il exprimait sont des tendances permanentes de l’histoire juive et donc de la société juive.

 

On n’a pas à diagnostiquer qui seraient les Sadduccéns ou Pharisiens contemporains, ce n’est pas notre propos, mais cette distinction est conaturelle à la problématique juive. 

 

Il disait de la manière suivante en se basant sur une formule talmudique qui insite sur le fait que tous les matins on doit inclure dans la prière une Brakhot sur l’étude de la Torah – Laassoq béDivrei Torah - que nous disons tous les matins. C’est très différents dans la journée on va étudier et c’est une Mitsvah. Or, on ne fait pas une Mitsvah avant de faire une Brakhah qui sanctifie cette Mitsvah. C’est très différent disait-il une Torah sans Brakhah Te’hilah d’avec une Torah où il y a eu Brakhah Te’hilah. Mais du point de vue de la méthode, pourquoi ?

 

C’était l’habitude des Sadduccéens d’étudier la Torah sans dire préalablement de Brakhah.

Il y a deux attitudes possibles par rapport à un texte qui se présente lui-même comme étant la trace irréfutable d’une révélation antérieure.

 

Les textes que le peuple juif a entre les mains se présentent eux-mêmes comme la mise pas écrit d’une révélation qui a été donnée à un stade antérieure de notre histoire et qui est le stade hébraïque. Le peuple juif commence son histoire au moment de la fin historique de cette révélation. Et il dispose de la trace ou du résultat de ce qu’a été l’événement de la révélation antérieure.

 

Et par conséquent, pour les Juifs il y a 2 possibilités de relation dans l’attitude méthodologique à ces textes qui représentent la trace de cette révélation antérieure :

-Soit se relier à eux en admettant le postulat qu’il s’agit bien d’une révélation.

-Soit se relier à eux sans admettre ce postulat.

 

Il en concluait que le résultat de la lecture ne peut pas être le même s’il y a Brakhah Te’hilah ou non. Il avait l’habitude de le rattacher à la question Saduccéens-Pharisiens de la manière suivante :

D’après les quelques traces de controverses que nous avons en particulier du Talmud qui est celui des Pharisiens, soit à propos d’articles de foi dans le fameux 11ème chapitre du traité Sanhédrin Perek ‘Helek, soit à propos de discussions sur les Mitsvot concernant le calendrier, et en particulier la localisation de la date de Pessa’h dans le calendrier juif.

Le fait que des questions de fond ait été en question à propos du calendrier est important. La manière de comprendre le rythme et la signification des périodes de commémoration des événements de révelation implique toute une théologie. A la racine, ceux qui étudient ces problèmes le savent abondamment, les schismes commencent toujours par un problème de calendrier.

 

Il disait donc ceci : l’attitude des Saduccéens était d’étudier le texte, d’essayer de comprendre ce qu’il veut dire, et ils croyaient ce qu’ils en comprenaient. L’adhésion de foi au contenu intellectuelle est postérieure à la recherche intellectuelle. C’est là la méthode des Saduccéens.

Historiquement, une telle optique et une telle dimension était inévitable vu le fait que la société juive se développe après le temps hébraïque, c’est-à-dire après la révélation expérimentale avec la présence du prophète.

La relation au texte est l’étude du texte pour essayer de le comprendre. Et lorsque l’on a jugé l’avoir compris on adhère à ce que l’on a compris, on croit en ce qu’on a compris puisque le postulat de départ était que l’on étudie la Torah.

 

L’attitude des Pharisiens était inverse : l’adhésion de foi était donnée à priori. Le fait d’abord de croire que ce que le texte dit est vrai et ensuite d’essayer de comprendre ce en quoi on croit.

 

Ce sont deux attitudes très différentes et qui bien évidemment mènent à des résultats très différents.

 

Définition de la Brakhah Te’hilah : Par définition, on croit que ce que le texte dit est vrai, et puis il faut étudier pour essayer de comprendre ce en quoi on croit. Il y a une attitude par rapport à la même entreprise extrêmement différente qui ne pouvait pas finir sans véhiculer deux doctrines radicalement différentes.

 

Il avait aussi l’habitude de dire que ce n’était pas par hasard que tous les textes des grands « mystiques » juifs rattachaient précisément le pressentiment de la Guéoula à l’étude du Zohar. En particularisant ce devoir du peuple juif d’étudier la Torah, parce que non seulement il y a un devoir pour lui-même d’étudier la Torah, mais aussi parce qu’il y a l’objectif de faire que ce contenu de Torah soit disponible le jour où Israël a à être interpellé par l’humanité sur son identité d’Israël à travers toute son histoire. Il faut lui donner une carte d’identité pour que l’humanité se relie à notre identité à travers elle. L’antisémitisme pourrait être ramené à un phénomène de xénophobie disons limite, paroxysmique, si nous n’étions pas dans le système d’une cohérence monothéïste absolue.

 

A l’intérieur d’un monde tel que la Torah en parle, créé par un même Dieu, et où toutes les nations font finalement partie de la même humanité à partir du 1er homme créé par le même Dieu, l’antisémtisme fait problème. Si nous étions dans un système dualiste ou athée, le fait d’un peuple plus persécuté que d’autres à travers toute l’histoire pourrait être finalement ramené à des explications de tout ordre, sociologique, historique, psychologique… etc.   Et cela ne ferait pas problème, mystère. Mais à l’intérieur d’un monde perçu comme étant l’histoire d’un monde créé par un Créateur unique, Celui-là même qui se révèle à Israël pour indiquer une centralité d’identité déjà à travers le récit historique et surtout à travers la loi qui fait que la Torah comme loi s’adresse à Israël seulement, l’antisémitisme insupportable des Yissourim sans explications fait problème et fait mystère.

Il avait l’habitude de citer un texte de la Guémara dont je vous donnerais immédiatement la référence, pour dire ceci : bien sûr que le peuple juif étudie la Torah, mais voilá il n’étudie pas la Kaballah ! Or, comment étudier la Kaballah ? Peut-être que la transmission des contenus de la Kaballah s’est arrêtée quelque part ? Et peut-être que cette sagesse s’est oubliée ? Il faut donc répondre à cette objection. Parce que s’il en était ainsi il y aurait une désespérance définitive. Le sort d’Israël est lié au fait qu’Israël ait sa présence d’esprit et donc à sa possession du sens intérieur de la Torah, et non pas seulement le sens extérieur qui finalement est de type saduccéen.

Il avait donc l’habitude de dire que lorsque nous disons qu’Israël doit étudier la Torah cela veut dire qu’il doit étudier la Kabalah, mais comment ?

 

C’est pourquoi il a considéré de son devoir de s’exposer. Et il s’est exposé ! L’histoire des relations entre le monde juif et le Rav Ashlag fera un jour l’objet d’un livre pour écrire cela au moins une fois. On comprendra à quel point cet homme a été courageux et grand de prendre cette initiative.

Seuls de rares Yé’hidim dans notre temps ont eu le courage d’entreprendre cette reformulation.

 

Avant de citer le texte, un enseignement du Rav Kook qui est convergent : dans la Tefilah de tous les jours : « Hashivénou Létoratekha : Ramène-nous à Ta Torah » une des premières Brakhot du Shmoneh Esreh. Qu’est-ce que cela signifie ? N’avons-nous pas la Torah entre les mains ? 

C’est donc une différence, disait le Rav Kook, entre Toraténou et Toratékha.

« Ramène-nous à Ta Torah ! Ta Torah comme Tu l’as donné ».

Nous n’avons entre les mains que notre Torah…

Dans le sens de cet enseignement du Rav Ashlag nous verrons de quelle tension il s’agit. Nous avons la Torah mais il lui manque quelque chose comme Gouf Bli Neshamah. Il manque la Pnimiout.

 

Massekhet Shabat 138b.

C’est une discussion au moment des grandes persécutions du temps romain entre les sages d’Israël et Rabbi Shimon Bar Yo’hai en particulier.

 

On nous a enseigné lorsque nos maitres se sont réunis dans une ville à Yavneh ( la seule école qui avait pu être obtenue au moment de la grande catastrophe nationale du temps de Romains), les ‘Hakhamim se sont réunis sentant quelque chose d’énorme qui allait se passer : la Torah est destinée à s’oublier. Comme il est dit : on cite un verset des prophète qui semble dire cela très exactement…

Mais voilà qu’à la fin de la discussion, se lève Rabbi Shimon Bar Yo’hai qui dit :

Tanya Rabbi Shimon Ben Yo’hai Omer ‘Has veShalom

Dieu préserve que la Torah s’oublie d’Israël !

« Comme il est dit Dévarim 31:21 :

כִּי לֹא תִשָּׁכַח מִפִּי זַרְעוֹ

Ki lo Tishaka’h Mipih Zarô

« car elle ne sera pas oubliée de la bouche de sa descendance ».

 

Je ne me souviens plus si c’est le Rav Ashlag ou un autre de mes maitre qui a cité le Rav Na’hman de Braslav qui a donné l’explication suivante :

Ki lo Tishaka’h Mipih Zarô

« car elle ne sera pas oubliée de la bouche de sa descendance ».

De quelle descendance ? Mipih Zarô Shel Yo’hai ! De la descendance de Yo’haï !

כִּי לֹא תִשָּׁכַח מִפִּי זַרְעוֹ

Safei Tévot = Yo’haï

Ce n’est pas tellement la correspondance des lettres que ce qu’en dit Rav Na’hman de Braslav dans la lignée du Baal Shem Tov source de toute la ‘Hassidout, se reliant lui-même au Ari se  se reliant lui-même à Rabbi Shimon Bar Yo’hai.

C’est le fait que ce soit le Rav Na’hman de Braslav qui le dise ! Ce qu’il diagnostique c’est que finalement la Torah ne s’oubliera pas d’Israël, mais dans la descendance de Bar Yo’haï. C’est-à-dire dans les écoles qui se rattachent à l’enseignement de Bar Yo’haï.

 

S’appuyant sur cette indication, alors le Rav Ashlag a donc entrepris toute son œuvre.

 

Dans cette préface dont le titre est tout simplement « Hakdamah Préface » que vous trouverez à la page 21 du 1er livre du Soulam, voici comment le Rav pose la question de la destinée humaine pour introduire son 1er exposé schématique introductif de l’enseignement de la Kaballah à ce sujet.

Au fond, nous pourrions formuler cela de a manière suivante : nous prenons conscience de notre existence comme d’un destin. Un destin cela veut dire quelque chose qui nous est imposée, et plus encore quelque chose qui nous est imposée et que nous n’arrivons pas à comprendre. Et il nous faut, ce sera le propos de la philosophie, de nous interroger nous-même sur la signification de ce destin et de tenter de donner nous-même une réponse à cette question. C’est là l’univers de la philosophie.

La conscience du philosophe prend conscience de la mise en question de l’existence de l’homme. L’existence de l’homme fait mystère, fait problème. Surtout son histoire. Et le projet de la pensée philosophique est de s’interroger sur ce destin mais le philosophe sait très bien que c’est lui-même qui répond à sa question.

 

Mais d’autre part, nous dit le Rav Ashlag, nous sommes censés avoir une réponse à cette question qui ne vient pas de la problématique philosophique, et précisément cette caractéristique c’est de nous expliquer qu’il ne s’agit pas d’un destin mais d’une destinée.

Une tension de catégories apparait là : que faut-il savoir pour transformer l’impression de destin en une certitude de destinée ? Et quelle est la différence ?

La différence c’est que dans le destin toutes les péripéties de l’existence sont imposées par fatalité. Tandis que dans la catégorie de destinée, c’est l’objectif et l’aboutissement qui est imposée, et donc le fait qu’il y ait un point de départ pour arriver à cet aboutissement. Mais la manière dont se développe le cheminement du point de départ à l’aboutissement, cela reste libre.

Dans destinée il y a finalité, alors que dans destin il y a fatalité.

 

Le mot de destin se traduit en hébreu par le mot de Goral – le sort. Chacun a son sort inscrit, son destin imposé. Tous les grands théologiens se sont penchés sur ce problème. Mais nous verrosn l’enseignement du Rav Ashlag à ce sujet, dans une problématique analogue. Le destin c’est le Goral. Mais la destinée implique qu’il y a ait un certain projet qui nous est imposé. Le projet vient du Créateur et nous est imposé. Il y a donc une part de transcendance qui nous accompagne à chacun de nos pas. Mais le cheminement lui-même est libre. Par conséquent, la possibilité de la connaissance de ce projet, de ce but à atteindre, de cette finalité, et la possibilité de l’adhésion ou non à ce projet, et donc la possibilité de la conscience heureuse.

 

La conscience qui subit un destin ne peut être qu’une conscience malheureuse. Les Yissourim.

Alors que la conscience qui adhère à une destinée (en hébreu le terme de Takhlit : objectif, en hébreu plus précis Ya’ad un projet) et à un projet dans le fait même de cette adhésion ne peut être qu’heureuse. 

 

Le Rav Ashlag commence en 5 points par nous faire comprendre la problématique du destin.

Il nous décrit la conscience de soi comme être en destin. Quelque chose nous est imposé sans aucune liberté. Les 5 perplexités de la conscience de l’homme prenant conscience de lui dans la catégorie du destin :

 

Premièrement c’est la question qui sommes-nous ? Quel est notre essence (mahout) ? Quelle est l’étoffe de notre être ? De quoi sommes-nous faits ? Lorsque l’intelligence qui est la nôtre réfléchit sur tout existant elle n’a que des problèmes pratiques pour faire la sciences des existants. Parce que finalement quelque soit la complexité des existants que  ce soit un phénomène, un fait ou un être vivant, tout se ramène en fin de compte à un principe cohérent. Mais notre étoffe implique des antinomies, des contradictions – c’est moi qui emploie le vocabuaire philosophique – qui font de cette question « Qui sommes nous ? » un mystère.

 

Je veux dire qu’il y a vraiment un problème de l’identité de l’homme alors qu’il n’y a pas de problème de l’identité de quelque existant que ce soit. L’existant est et se borne à être, et il est, comme dirait déjà Aristoste, parfait dans sa manière d’être. Un lion est parfaitement un lion qu’il le veuille ou pas. Un homme n’est jamais parfaitement un homme.

 

2ème perplexité :

Qu’avons-nous à faire, quel est notre Tafkit, fonction dans la chaine des révélations ?

Ici, voici comment le rav Ashlag pose la question :

 

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans KABALAH
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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 19:08

Galout Geoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) – 9ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_5

Durée : 19,1 minutes - Face A

 

.../...

… Vous n’avez aucune idée de la terreur qu’ont les Arabes chrétiens d’Israël à l’idée d’un état palestinien. Et ceci dit - toutes les exceptions sont possibles – il y a un anti-israélisme qui est antisémitisme pur et simple qui est là ce qu’il est. Et plus ils sont à gauche, et plus ils sont anti-juifs.

 

Q: Comment s’inscrivent les bénédictions d’Abraham à Ishmaël et d’Isaac à Jacob et Essav dans ce problème ?

R: Très bien ! On va faire 5 minutes de pause et on revint sur votre question…

.../...

 

Au sujet de la question d’hier quand même parce que c’est important: quel est le raisonnement qui fait conclure à la Guémara que finalement malgré ces deux éventualités qui chacune d’entre elles se basent sur des versets – donc c’étaient deux possibilités historiques – que à la fin des temps première hypothèse c’est la Perse qui va vaincre Edom, 2ème hypothèse c’est Edom qui va vaincre la Perse ?

 

Finalement la Guémara en Yoma 10a nous indique que finalement ce sera Edom qui vaincra la Perse. Je ne fait pas du tout de prospective de politique fiction je vous cite la Guémara.

Le raisonnement est le suivant :

Le premier temple qui a été construit par Israël a été détruit par les Babyloniens.

Or, les Perses ont détruit Babylonne et ont donné le feu vert pour la construction du 2ème temple, par Cyrus. Or, les Romains ont détruits le 2ème temple instauré par les Perses. Donc les Romains sont plus fort que les Perses. Voilà le raisonnement.

 

Nous arrivons maintenant à la dernière question : cela peut être étudié de différentes manières, c’est un problème très vaste avec références à citer. Vous connaissez le contexte où la Torah nous dit avec un peu d’humour qu’Abraham a transmis tout à Isaac et le reste à Ishmaël, et d’autre part je prendrais un peu plus de temps pour parler de la transmission de la bénédiction d’Isaac à Esaü et Jacob et ce qui se passe là. Je serais succint à cause du temps.

 

Il faut savoir que l’identité Ishmaël est une identité d’Abraham alors qu’il était Abram et n’était pas encore devenu Abraham. Par conséquent, c’est une identité hébraïque « brouillée » :  En hébreu les deux termes « hébreux » et « arabe » ont les mêmes lettres mais pas dans le même ordre :

Ârav = Ayin-Resh-Beit.

                      Ivri = Ayin-Beit-Reish.

 

Q : C’est comme Israël et Ishmaël ?   

R : Israël et Ishmaël ne se ressemblent que par la fin du mot « El ».

 

Et alors il y a un grand principe que surtout la Qabalah étudie : lorsque Dieu a donné permission à un existant d’exister alors il a une place légitime dans la création.

Ce n’est pas Israël, mais pour les péripéties que la Torah nous raconte étant donné les relations entre Sarah et Abraham au moment où Sarah ne pouvait pas  enfanter : d’Abraham est née l’identité d’Ishmaël, elle a sa destinée propre. Nous avons vu hier qu’il y a suffisamment d’indications dans le texte biblique qu’une rédemption d’Ishmaël est pensable.

 

Je vais essayer de formuler ce paradoxe : Au fond le frère au niveau de l’existence ce n’est pas tellement Esaü c’est Ishmaël, au niveau de l’essence c’est Esaü. 

Mais nous sommes en guerre. Et tant que nous sommes en guerre le dialogue est un dialogue de guerre. Dès qu’il y aura la paix, on s’embrasse et le monde entier sera étonné de savoir à quel point nous sommes proches, en Abraham.

 

Ceci dit, puisque vous avez évoqué la proximité Israël-Ishmaël, il y a un Midrash éclairant sur cette question dans Parashat Beshala’h. Midrash Raba nous dit qu’il y a beaucoup de catégories d’hommes par rapport à leurs noms et à leurs vertus, je vous énumérerais ces différentes catégories et je ne parlerais que de Edom et Ishmaël.   

Il y a des hommes qui ont des noms beaux et des vertus bonnes.

Il y a des hommes qui ont des noms pas beaux et des vertus pas bonnes.

Ce sont les deux catégories extrêmes.

Il y a des hommes qui ont beau nom et mauvaise vertu.

Il y a des hommes qui mauvais nom et bonne vertu.

 

Dans la catégories des  hommes qui ont bon nom et mauvaise vertu, le Midrash classe Essav et Ishmaël. Il dit ainsi : Ishmaël Shoméâ El « Ishmaël écoute Dieu ».

Ici c’est une lecture du Midrash parce que dans le Pshat c’est Dieu qui écoute Ishmaël : « Ishma El » « Que Dieu écoute ! »

Et effectivement, il y a une relation d’écoute de Dieu chez Ishmaël qui est indéniable. Les Séfardim ont été privilégiés lorsqu’ils ont entendu chez eux la prière d’Ishmaël, un juif est à l’aise dans la prière d’Ishmaël. Alors qu’il ne peut pas l’être dans la prière de l’église. C’est un tout autre problème. Ishmaël Shoméâ El : Il y a dimension très importante que vous allez retenir.

 

Essav : Ossé Retson Ossav : Il accomplit la volonté de son Créateur. Le Pshat c’est qu’il est Assouï : déjà accompli, achevé. C’est pourquoi l’angoisse existentielle est chez Essav : si on est déjà achevé et que le temps continue on est dans l’angoisse ! Il n’y a que la civilisation de Essav qui a mis l’angoisse dans la culture humaine. Le fondateur de l’existentialisme c’est Essav et en cela il hérite de Qayin de manière énorme – c’est encore un autre sujet. 

 

Il y a deux dimensions de l’accomplissement de la volonté du Créateur.

Or, ce qui définit Israël c’est les deux dimensions à la fois. Naassé véNishma. Ishmaël a surtout le Nishmâ tandis que Essav a surtout le Naassé. Israël c’est Naassé véNishmâ.

 

D’une certaine manière Ishmaël et Essav sont, à des exposants très différents, les limites extérieures de l’identité Israël.

 

Alors j’ajouterais que il est frappant de voir que les Juifs de l’exil d’Ishmaël ont une sorte de polarité Ishmaël. Un Juif Séfardi, et c’est en cela qu’il l’est, est plus sollicité par le Nishmâ que par le Naassé. Alors qu’un Juif Ashkénazi est plus sollicité par le Naassé que par le Nishmâ. C’est schématique et toutes les nuances sont nécessaires.

 

Transmission des bénédictions par Isaac:

 

Isaac avait deux bénédictions différentes à transmettre : Cf. Parashat Toldot.

Premièrement la bénédiction des biens matériels, et il la transmet à Esaü puisqu’il a opté pour la vocation matérielle. Et d’autre part, la bénédiction que le texte nomme la bénédiction d’Abraham qui est la bénédiction des biens spirituels et qu’il ne peut transmettre qu’à celui de ses fils qui a pris femme dans la famille d’Abraham. Esaü prenant femme chez les Cananéennes se disqualifie pour la bénédiction d’Abraham. Il y a d’ailleurs un épisode de la fin de Parashat Toldot où Esaü se pressentant disqualifié, amorce un commencement de repentir en prenant femme chez Ishmaël… Mais il ne répudie pas les femmes païennes. Vous me permettrez cette analogie : finalement le chrétien est monothéiste mais n’a pas renié la trinité païenne…

 

Q : Comme pour Laban ?

R : Non c’est la famille d’Abraham ! Reprenez ce principe que toute cette histoire universelle commence dans une petite famille. Tera’h, Na’hor donne la lignée de Béthouel – Laban où il y a Rivqah, Ra’hel et Léah. Et puis Abraham et Sarah donne la lignée Israël par Isaac. A l’origine ce sont des Hébreux dans l’exil d’Our-Kasdim. Nous vivons quelque chose d’analogue aujourd’hui. Les Hébreux dans l’exil de Rome cela s’appelle des Juifs. Ils ne sont pas païens !

L’hébreu à Our-Kadim s’appelle araméen, l’hébreu à Rome s’appelle juif. Et le retour d’Abraham au pays de Canaan correspond aujourd’hui au sionisme et cela véhicule les mêmes problèmes que nous raconte la Bible du retour d’Abraham au pays de Canaan. Il faut à partir de l’origine juive redevenir hébreu, c’est cela le problème de la société israélienne.

 

Q: Dans la bénédiction d’Isaac lorsqu’Esaü vient pleurer il lui dit...

R:  [27:40] וְהָיָה כַּאֲשֶׁר תָּרִיד, וּפָרַקְתָּ עֻלּוֹ מֵעַל צַוָּארֶךָ

vehayah ka'asher tarid ufarakta oulo me'al tsavarekha

tu seras tributaire (de ton frère)mais quand ta plainte monteras tu jeteras son joug de ton cou

Je commence par un verset précédent (27:36) quand Esaü dit à Isaac :

וַיֹּאמַר, הֲלֹא-אָצַלְתָּ לִּי בְּרָכָה

Halo Atsalta li brakha?

"N'as tu pas réservé une bénédiction pour moi?"

Il aurait dire dire: ne lui as-tu pas réservé une Brakha à lui ?

Donc personne n’est dupe dans ce récit !

Si tu l’a pris pour moi, ne lui as tu pas réservé à lui ?

Jacob, il y a des raisons pour cela, doit assumer le rôle d’Esaü parce qu’Esäu est disqualifé : les tâches matérielles tout en étant dans la vérité. Il devient Rashâ. Il peut être Tsadik tout en ayant assumé les tâches de civilisation matérielle. Joseph fera la preuve que c’est possible. Par conséquent, il lui dit : « ta bénédiction est à Jacob aussi, et je t’explique pourquoi : maintenant s’il démérite alors tu reprendras... ».

Parce qu’Isaac avait un plan clair : chacun des deux enfants ayant opté pour une vocation humaine : la matière Esaü, Jacob l’esprit. Il faut bénir Esaü pour la matière et il partage avec Jacob, Il faut bénir Jacob pour l’esprit et il partage avec Esaü. Mais Rivqah a compris que cela ne peut pas marcher parce qu’elle sait que les frères ne s’aiment pas. Alors ils ne partageront pas. C’est pourquoi la stratégie de Rivqah c’est que Jacob reçoive aussi la bénédiction d’Esaü parce que sinon, elle le dit elle-même, elle les perd tous les deux le même jour. C’est-à-dire que Jacob n’ayant pas de place dans ce monde-ci n’arrivera pas au monde à venir. Et Esaü n’ayant que ce Monde-ci n’aura pas de Monde-à-venir.

 

Q: C’est comme si Jacob était Abel complété par les mains d’Esaü ?

R : C’est-à-dire Shet c’est-à-dire un Abel inassassinable. Tout se passe comme si lorsque Rivqah envoie Jacob chez Laban dans sa famille. C’est, je midrachise,  ‘Havah qui revient et qui exorte Abel à ne pas faire comme la dernière fois et à ne pas rester auprès de Qayin…

C’est ce que j’ai tendance à dire aux Juifs : à partir du moment où les Juifs sont dans la situation d’Abel chez Caïn ils sont en danger. De deux choses l’une, soit on parvient à tranfigurer Caïn – mais on a échoué, la preuve avec la Shoah – et c’est le temps messianique, ou bien Caïn va les massacrer s’ils ne se sauvent pas. Or ,la famille d’Abraham c’est en Israël !  

 

Q: Par rapport au texte de Gikatilla l’exil d’Israël en Edom, cela me fait penser à l’exil de l’âme dans le corps  c’est pareil ?

R : Il faudrait plus de temps pour votre question. Absolument. Cela ressemble. Il faudrait éviter le suicide soit par le corps soit par l’âme.

Q: Il y a quand même cette bénédiction de Rivqah sur les deux qui leur permettra d’aller jusqu’au bout ?

R: Non, il faudrait reprendre votre question dans la cohérence de votre question, parce que il y a un coprs qui se laisse assumer par l’âme – c’est du côté de Jacob – mais il y a un corps qui veut  assumer l’âme – c’est du côté d’Esaü. Par exemple, une indication entre autres : dans la religion de Jacob on adore le Dieu vivant. Tandis que dans la religion d’Esaü on adore un Dieu mort en disant qu’il est ressucité...

A bientôt à Jérusalem…

< fin >

 

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 19:06

Galout et Geoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) – 8ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_4

Face B - Durée : 47,3 minutes

 

…/…

Je vais terminer le chapitre 21 du Nets’ah Israël et revenir sur la question posée sur un petit paragraphe non traduit hier.

 

Nous étions arrivés à la citation du Maharal d’une controverse des ‘Hakhamim sur la question de comment situer Ishmaël ; et maintenant il est évident que Ishmaël représente quelque chose qui ressemble beaucoup à ce que les sources appellaient les Arbâ Malkhouyot – les 4 empires. Il y a sans vouloir trop schématiser dans la perspective de l’universalisme de l’islam une impérialisme conquérant qui est en tout cas formellement extrêmement analogue à ce qu’a pu être les empires  politiques.

 

Bien entendu, dans l’islam il y a identification non entre les pouvoirs politiques et religieux mais en tout cas entre le projet politique et religieux. J’ai souvent l’occasion de le dire, je ne pense pas être le seul,  que ce sera décidément assez difficile et il faudra beaucoup de temps pour une mentalité de type occidentale de percevoir la cohérence et le profil des données de la conscience musulmane qui est en particulier sur ce point extrêmement différent de ce que peuvent penser les occidentaux sur ces mêmes problèmes.

 

Je vous rappelle brièvement une des positions de base dans l’islam : dès que l’islam est apparu il est apparu comme une sorte de restauration de la religion originelle qui était celle du premier homme, ou celle d’Abraham ou celle de tous les fondateurs de religions par la suite jusqu’à Mahomet, Mahomet étant considéré comme le dernier fondateur de religion. Et avec une mission, une vocation d’universalisme que je voudrais définir, celle de la conquête du monde à travers l’islam, à la reconnaissance de la souveraineté de Dieu.

Et par conséquent, l’islam ne supporte pas qu’il y ait une organisation politique concurrente de la sienne qui est d’emblée à la fois politique et religieuse. De nos temps il y a des bouleversements considérables dans les sociétés islamiques comme vous le savez, et qui résultent de la décolonisation. Mais malgré tout, et pas seulement ce qu’on appelerait le khoménisme ou le kadafisme, il semble bien que la dominante reste cet islam traditionnel.

 

Je n’emploierais pas les notions de fanatisme ou d’intégrisme qui à mon sens, par rapport à notre sujet, sont des problèmes extrêmement ponctuels. C’est de la psychologie humaine en général appliquée aussi à l’islam. On trouve des fanatismes et des intégrismes dans toutes les sociétés religieuses, ce n’est pas proprement islamiste. Ce qui l’est en revanche c’est un universalisme de conquête en vue de mener le monde entier à devenir la maison de l’islam. Le terme « islam » signifie la soumission à Dieu.

 

Il y a dans l’histoire jusqu’à l’aboutissement de la réussite de cette universalisme islamique des péripéties et il y a des péripéties d’aménagement de coexistence avec les autres sociétés. Mais le grand problème c’est que le monde se divise en deux catégories : « Dar el salam » -  « la maison de la paix », qui est dans la maison de l’islam et « Dar el harb » - « la maison de la guerre », qui est en dehors de la maison de l’islam.

 

Je ne crois pas du tout que l’islam ait changé de nature depuis l’origine et jusqu’à la fin. Les péripéties par lesquelles cette universalisme islamique se propage montre que rien n’a changé à ce sujet.

 

Donc il y a quelque chose dans cet universalisme de l’islam qui ressemble aux empires qu’étaient la grande civilisation de Babel et ensuite celle de Perse, la civilisation grecque et la civilisation romaine, qui devient la civilisation occidentale à travers 2000 ans de développement jusqu’à nous.

 

On se pose alors la question : où est Ishmaël dans cette perspective déjà annoncée par la révélation à Abraham au chapitre 16 de la Genèse, mise en forme par toutes les sources du Midrash que l’histoire d’Israël aura à traverser ces 4 empires, mais voilà que dans le monde il y a Ishmaël !?

Où donc situer Ishmaël ?

 

Et nous étions arrivés à cette citation du Maharal qui dit qu’on trouve une opinion selon laquelle Ishmaël serait le 4ème empire, alors que du point de vue des sources que nous avons, je ne connais pas la source du Maharal sur ce point, le 4ème empire c’est Edom et c’est indéniable et irréversible et je ne crois pas qu’il doit y avoir de discussion à ce sujet, mais le Maharal a tenu à citer cela. Il y a une opinion que Ishmaël serait le 4ème empire.

Il y a eu je pense pendant plusieurs siécles simultanément quand l’impérialisme de l’islam était turc ou arabe – parce qu’il y a deux branches de l’islam, l’empire turc et l’empire arabe pour ce qui concerne les relations avec Israël, puisque comme vous le savez « la Palestine » était une province sud de la Syrie dans l’empire arabe est pendant très longtemps une province turque, et c’est aux Turcs que les Anglais l’ont reprise et c’est de la main des Anglais que les Juifs l’ont reçu !

Donc il n’y a jamais eu depuis 400 ans une souverainenté arabe quelconque qui s’est interposée entre la terre d’Israël et le peupe d’Israël. Cela a été donc dans les derniers siècles, les Turcs et les Anglais. Je pense que c’est bien clair. C’est ensuite la politique anglaise qui a inventé l’état du problème. Et bien il est possible effectivement que cette opinion se rattache au fait que pendant quelques siècles on a pu penser que Ishmaël, soit dans sa modalité turque, soit dans sa modalité arabe, s’approprie l’Occident déjà. Cela s’est arrêté à Poitiers et à Constantinople, mais cela aurait pu être cela que la civilisation que nous appelons aujourd’hui « occidentale », au lieu d’être de dominante Edom aurait été de dominante Ishmaël constituée de ghettos de Edom comme il y a des ghettos d’Israël.

 

Cela c’est pour la première opinion, et finalement le Maharal cite - et je dois vous dire que pour ma part je n’ai pas encore trouvé de sources antérieures – cite sa certitude que Ishmaël c’est la Perse, en tant que cela devient un impérialisme. C’est là que nous étions arrivés. Simplement je vous rappelle que ce texte est du 16ème siècle, et que ce n’est que très récemment que se dévoile qu’Ishmaël en tant qu’impérialisme, en tant qu’empire c’est la Perse, l’Iran aujourd’hui. Nous avons toute une explication du Maharal qui nous montre ce problème.

 

Je vous propose de reprendre le texte p.108 en bas de page.

 

Au sujet du thème des 4 empires, il y a perplexité concernant ce que serait l’empire Ishmaël. Certains disent que c’est le 4ème empire qui serait l’empire d’Ishmaël.

 

Car la difficulté à résoudre c’est que dans la vision de Daniel ces empires sont représentés par des animaux qui sortent de l’eau,

 

et que cette 4ème ‘Hayah, bête sauvage, est très grande et que par consèquent (lorsque dans l’histoire ceci se réalise en empire) il est normal que cet empire ait la force de cet animal sauvage très fort et très grand (de la vision de Daniel qui préfigure ce qui se passera).

Et sinon quel serait cet empire ? Mais de ce que nous savons des paroles des sages, qui connaissent eux les choses cachées de la Torah et le secret – la signification - de tous les empires qui se sont développés dans l’histoire, eux ont expliqué que Ishmaël n’est pas ce 4ème empire, et cette chose là il le savait de façon très claire de part un certain nombres de principes de la sagesse.

 

Il veut dire que ceux qui comprennent les mécanismes de l’histoire du monde créé savent qu’il y a incompatibilité entre ce stade du 4ème empire dans le développement des civilisations et ce que représente Ishmaël en tant que branche dérivée d’Abraham alors qu’il était encore Abram. C’est-à-dire: Ishmaël s’enracine en Abraham alors que les empires ce sont des rivalités des nations extérieures contre la famille d’Abraham. Se référer à l’autre source du Maharal dans le Ner Mitsvah p.18 où il explique que Ishmaël a ses propres bénédictions qui ne sont pas les bénédictions d’Israël que disputent les empires. Les empires disputent la royauté d’Israël, mais Ishmaël a ses propres bénédictions. Donc c’est un cas particulier.

 

Ce qu’ils ont dit là que l’empire d’Ishmaël est un grand empire, ce n’est pas une difficulté, car ce qu’a dit le verset (dans le texte de Daniel) c’est qu’il n’y a que 4 empires qui reçoivent délégations de souveraineté des forces supérieures qui sont déléguées dans l’histoire à travers ces empires. Comme il est écrit : il se passera tout un temps plus un demi-temps et un temps dans l’histoire du monde (je ne rentre pas dans ces chiffres-là, en tout cas pas maintenant) et il y aura 4 royaumes qui auront reçu la délégation de la souveraineté de la providence. Voici donc que le texte lui-même témoigne que ces 4 empires reçoivent leur souveraineté par délégation des forces d’En-haut. L’explication de cela : quand ces forces supérieures avait la souveraineté, cette souveraineté elle-même a été transmise par Dieu à ces 4 empires.

 

C’est-à-dire que lorsque dans le monde d’en-haut c’est le tour de souveraineté de tel ou tel de ces forces supérieures alors c’est délégué dans le monde d’en-bas dans l’empire qui le représente.

 

Car c’est de par la force de ces souverainetés d’en-haut que les empires d’en-bas avaient la souveraineté.

 

Il faut relier cela très simplement au fait qu’on voit que pendant un temps la royauté de l’empire et de la civilisation terrestre c’est Babylone, et puis subitement c’est fini ! C’est remplacé par une autre manière d’être homme : la Perse, et après c’est remplacé par une autre manière d’être homme... etc.

C’est donc que – on revient un peu à ce qu’il disait à propos des sages – ceux qui connaissent les mécanismes du projet du monde créé comprennent aussi comment cela se réalise dans la réalité du monde historique.

 

Car Dieu a pris la souveraineté de ces forces de sainteté supérieure et l’a délégué aux 4 empires car ces 4 empires subsistaient de par la force de ces forces supérieures. Puisque par exemple l’empire de Babel s’est évidemment maintenu et a subsisté de par la force de forces supérieures, or Malkhout Babel a pris la royauté d’Israël.

 

Cela c’est le conflit Nimrod-les Hébreux du temps de la famille d’Abraham.

                     

Et ensuite c’est l’empire de Perse qui apris la souveraineté de l’empire babylonien.

 

Cela c’est historiquement très clair : les Perses et les Mèdes, empire un peu bicéphale comme l’autriche-hongrie, bien que la Perse et la Médie d’après certaines sources ne sont pas de la même éthnie. Quoiqu’il en soit il s’agit d’une descendance de Japhet, et alors on voit bien qu’à un certain stade c’est la Perse qui remplace la Babylonie. Et finalement, lorsqu’on y est assez habitué – seuls les archéologues, les historiens y voient clair - ce sont deux profils de civilisations radicalement différents.

 

Et ensuite c’est la Grèce qui a pris la souveraineté de l’empire Perse, et l’empire romain a pris a souveraineté de l’empire grec comme cela est connu. Mais l’empire d’Ishmaël bien qu’Ishmaël peut être dit animal agressif - takif, cet empire ne vient pas d’une délégation de la souveraineté d’en-haut. C’est seulement ces 4 empires qui avaient leur souveraineté par délégation de forces transcendantes. Et c’est pourquoi ce sont ces 4 empires qui empêchent la Guéoula - la délivrance (c’est-à-dire la fin de l’exil). Et il leur a été donné un sursis de temps. Et tout le temps qu’ils règnent, Israël ne peut pas revenir, et c’est la qu’on s’est situé au temps où la royauté a quitté Israël pour entrer chez les nations. Cette royauté a été donné à ces 4 empires. Ils ne peuvent pas encore revenir au niveau de leur élévation, de leur grandeur de leur stature et de leur souveraineté.

Et bien que l’empire d’Ishmaël est un empire fort, de toute façon il ne fait pas partie de ces 4 empires qui avaient reçu leurs forces des saintetés d’en-haut. Et on ne peut pas tirer de preuve du pouvoir politique et de la domination.

 

Cela veut dire le fait que la descendance d’Ishmaël a des rois, des princes et des chefs politiques qui  possèdent le pouvoir politique et la domination n’est pas une preuve qui en ferait l’un de ces 4 empires. Si le Maharal insiste vraiement sur ce problème c’est que vraiment cela a préoccupé          la tradition de savoir où classer Ishmaël. Vous voyez que pour notre sujet, Edom et Ishmaël bien qu’apparemment en conflit analogue, ce sont deux relations radicalement différentes.

 

Mais l’essentiel de l’explication de notre sujet c’est que l’empire d’Ishmaël et l’empire de Perse c’est la même chose.

 

Voilà donc cette surprise que nous avons avec le Maharal !

 

Car ces 4 empires sont différents et se distinguent dans leurs conduites (et leurs manières d’être conduites d’ailleurs) et l’une n’est pas comme l’autre. Comme c’est dit dans la Guemara Avodah Zara 2 :

 

au moment du jugement dernier on a demandé aux nations du monde de se justifier pour savoir quels seront leur mérite pour pouvoir mériter d’avoir été créés, alors le Maharal va s’appuyer sur la forme de ce texte qui dit :

    

le 4ème empire entre et on leur demande : de quoi vous êtes-vous occupés dans le monde ? Ils répondent : nous avons fait beaucoup de marchés (les multinationales), nous avons fait des bains (les thermes romains), nous avons faits amasser énormément d’or et d’argent. Vient l’empire de Perse on leur demande : de quoi vous êtes-vous occupés ? Ils répondent : on a fait beaucoup de ponts, beaucoup des villes nous avons conquis, nous avons fait beaucoup de guerres. De là tu vois cette différence de plaidoyer, tu vois que ces 4 empires sont différents dans leurs actes, l’une n’est pas la même que l’autre. Et ces choses sont connues. Pourquoi tel empire a sa spécificité dans telle dominante et tel autre dans telle autre. Comme les 4 directions de l’espace sont différentes, ainsi sont aussi différents ces 4 empires. Car ils sont par rapport à ces 4 dimensions de l’espace. Et ils sont différents. Alors la Perse c’est Ishmaël, c’est le même empire.

 

Alors donc lorsque l’islam dit « nous voulons reconquérir Jérusalem », il y a deux voix qui s’entendent à la fois : il y a la prétention de l’islam en tant que Ishmaël et Jérusalem est l’une de leurs villes saintes, et il y a la prétention de la Perse en tant que Perse. Et c’est pourquoi beaucoup d’épisodes de cette invraisemblable bric-à-brac politique s’expliquent par là : lorsqu’il y a eu la guerre entre l’Iran et l’Irak, les armées iraniennes étaient dirigées sur le front irakien pour arriver à Jérusalem. Chose invraisemblable !

Dans Maariv cette caricature au moment de la guerre Iran-Irak, Dosh avait dessiné un soldat irakien et un soldat iranien se visant mutuellement et un petit israélien en bas qui disait : « Mon Dieu fasse qu’ils visent juste tous les deux ! »

A la Knesset, le Rav Mena’hem HaKohen avait cité le Yalkout Shimoni - 1er verset du chapitre 60 d’Isaïe – qui dit qu’à la fin des temps, il y a aura la guerre entre la Perse et un roi arabe et que le monde entier tremblera. Quand la guerre Iran-Irak s’est déclenchée alors la Knesset s’est vidée : tout le monde au buffet autour du rav  Mena’hem HaKohen en train de lire le Yalkout Shimoni. Il n’y a qu’en Israël que peut se passer des choses pareils.

 

Et de mêmes que les 4 dimensions de l’espace sont distinctes, ainsi sont distincts aussi ces 4 empires. La Perse et l’empire d’Ishmaël c’est le même empire parce que leur conduite, leur manière d’être, sont égales.

 

On ne peut pas ne pas percevoir ce qui se passe dans le temps contemporain que finalement on s’impose une sorte d’égalité et d’équation : Ishmaël = l’Iran, la Perse – l’islam c’est-à-dire le khoménisme. Il n’y a qu’à lire tout ce qui s’est passé depuis l’affaire des versets sataniques en passant par toutes les autres.

 

Et c’est une chose connue que le royaume de Perse et le royaume d’Ishmaël se ressemblent et sont égaux dans leur propos et conduite, et là il n’y a aucune difficulté.

 

Comment le Maharal savait-il cela ???

   

Je vous propose de terminer et après nous verrons la deuxième question. Ceci dit, puisqu’il en est ainsi, qu’a dit la tradition entre ce conflit entre Edom et Ishmaël ? Nous verrons cela dans le paragraphe précédent. Or, là aussi il est indéniable que se met en place un conflit entre la civilisation occidentale et l’islam à travers l’Iran. Et quelque soit les péripéties, c’est tellement massif comme schéma préfiguratif ou historiosophique, et c’est pour cela que je l’ai choisi en étude.

Je suis persuadé que vous avez énormément de questions de fond, qui n’ont rien à voir avec le sujet mais qui portent sur la nature de cette tradition qui a transmis à travers les siécles une connaissance de l’histoire aussi totale, et qui cependant est la tradition d’un peuple qui s’est laissé prendre au piège de tout ce qu’il devait être averti, y compris ce qui se passe aujourd’hui. Je crois qu’il y a là un mystère : comment se fait-il que cela fonctionne comme ça, depuis le début ?

 

Q: Il me semble que les exils se déplace de droite à gauche dans l’espace ?

R: Effectivement !

Q: Alors quel pourrait être...

R : Le dernier ?

Q : En la façon de revenir plus ou moins...

R:  de faire sa Aliah à partir de l’Amérique !

C’est un problème qui se relie au sens de rotation de la terre.

J’avais étudié cela lorsque j’avais étudié en éthnologie le problème de ce sens des invasions. Les invasions sont toujours de gauche à droite. Lorsque les invasions vont de droite à gauche elle ne réussissent jamais. Par exemple la campagne de Russie. On a étudié que les Alliés ont utilisé ce principe et ils ont attaqués l’Europe allemande par le sud et par le nord et pas d’ouest en est. Et d’ailleurs je me souviens pour y avoir participer - la bataille des Ardennes où effectivement le mouvement était d’ouest en est - on a failli se faire enfoncer jusqu’à Marseille ! Il y a donc un problème de cet ordre.

 

Q: Ishmaël ne reçoit pas puissance par délégation d’en-haut et je vous demande si on peut le rapprocher de la tradition discrète qui veut que l’islam ait été fondé en réalité par un rabbin hérétique et Mahomet n’aurait joué que le rôle de pourfendeur de sable là-dedans, et je me demande si cet espèce de retour à « une prétention universaliste » par la souveraineté et la conquête ne viendrait pas justement de cette fondation par un rabbin juif hérétique qui aurait surtout fait attention que l’islam ne soit pas tourné vers les Chrétiens, il est beaucoup plus indulgent à l’égard des Juifs, mais est-ce que cette non-délégation ne tiendrait pas sa légitimité par cette origine tellement difficile à affirmer dans la mesure où les Chrétiens relativisent les procédures historiques de leur fondation et de leur fondateur... ?

R : il y a une différence dès l’origine : le christianisme a été fondé par des Juifs et c’est devenu la chrétienté quand c’est devenu romain. C’est le fameux conflit entre l’église de Pierre et l’église de Paul, et finalement l’église de Paul a réussi à faire basculer le christianisme originel après l’époque de Constantin à Rome, il en a fait Edom. Tandis que l’islam c’est tout à fait autre chose. Les fondateurs de l’islam sont des Arabes. Mahomet est un arabe. Il a reçu l’enseignement des rabbins et des prêtres chrétiens mais son propos était de lutter contre le paganisme et le polythéisme qui avait envahi les descendants d’Ishmaël et de retrouver la religion d’Abraham, en arabe pour les Arabes. Lorsqu’il a été le dsiciple des rabbins, il a espéré être reconnu par les rabbins comme le messie. Et comme les rabbins ont refusé, alors il a entamé une persécution des Juifs qui a été terrible. Vous savez tous cela : Médine... etc. 

Cela ressemble beaucoup dans un temps plus postérieur à ce qui s’est passé avec Luther. Luther aussi espérait que les Juifs le reconnaissent comme étant le véritable saint, et les Juifs lui ont tourné le dos en rigolant. Alors il a déclenché un antisémitisme luthérien qui en fin de compte aboutira au nazisme, derrière lequel il y a beaucoup plus les prostestants que les catholiques. En France, on ne perçoit pas toujours cela parce qu’on connait surtout le prostestantisme calvisniste qui a une tout autre profil que le protestantisme luthérien qui, lui, est farouchement antisémite.

C’est différent parce que l’islam aurait pu être la régénération de la descendance d’Ishmaël la Téshouvah d’Ishmaël à la religion d’Abraham à la manière d’Ishmaël. Et cela n’a rien à voir avec le problème que nous avons avec la chrétienté qui, elle, est devenue Rome se prétendant être Israël.

Nous, en tant qu’israéliens, avons un conflit avec l’islam à deux niveaux : d’une par le refus de l’islam en tant qu’islam qu’il y ait une enclave juive – horreur des horreurs - à Jérusalem. Ils n’admettent pas du tout l’enclave chrétienne au Liban. Et d’autre part, chose qui a éclatée avec le khoménisme, cette espèce de déferlement de la prétention de la Perse devenue islamique de remplacer Israël. Vous voyez le double niveau.     

Je crois que nous aurons tout un ensemble de compte à régler quand les choses se décanteront et en ce qui concerne la complaisance et les alliances des pays chrétiens vis-à-vis de ces problèmes. En particulier la participation de la France pour doter l’Irak d’armes atomiques.

Qu’il y ait une alliance entre Edom et Ishmaël c’est évident. Mais l’obbjet de l’étude était de montrer que leur profil d’identité sont radicalement différents. Il y avait cette espèce d’ambiguité paradoxale que d’un côté formellement il semble qu’un juif – je parle d’une juif pieux et d’un musulman pieux – sont beaucoup plus proches l’une de l’autre qu’un juif et un chrétien. Je suis privilégié parce que né en pays islamique ; et par conséquent, je peux vous témoigné qu’on est à l’aise dans la piété muslmane, alors qu’entre Juifs et Chrétiens, alors que la matrice est la même non pas Sarah et Hagar mais Rivqah, il y a un abîme du point de vue de l’expérience religieuse alors qu’il y a convergence du point de vue de la conscience morale. C’est un autre problème. Là je crois que les Chrétiens sont en plein drame d’identité parce qu’ils sont à la fois chrétiens et romains.

 

J’ai l’impression que nous n’auront pas le temps et donc pas la nécessité de faire toutes ces élucidations. Les événements sont tellement accélérés que tout va se remettre en place sans nous donner le loisir d’ouvrir ces dossiers de mises au point. Au fond cela s’est déclenché en 1917, et les responsables du peuple juif ont été aveuglés, paresseux à réagir, et alors se sont passées les catastrophes qui se sont passées, Dieu veuille que ce soit fini, et on retrouve de façon assez caricaturale l’état de la société judéenne au temps du 2ème temple dans la société juive contemporaine, Israël y compris d’ailleurs. Alors deux choses sont vraies à la fois d’une part nous disposons d’une tradition qui nous permet de voir et comprendre et de nous siter, et donc d’être à l’aise dans ce méli-mélo historique épouvantable, et d’autre part j’ai l’impression que c’est la Providence qui peut dénouer cela. Les hommes, juifs y compris, sont d’une irresponsabilité colossale.

 

Il m’arrive de discuter avec des rabbins qui peuvent m’émerveiller de leur présence féconde sur certains problèmes particuliers et m’épouvanter de leur aveuglement total sur le problème d’à côté.

 

Anecdocte entendue hier d’un rabbin de Paris : un Rosh Yéshivah d’Israël est allé dans sa synagogue un Shabat récemment pour parler pour sa Yéshivah en Israël, le rabbin en question, juif sioniste, lui a dit : tu peux parler avec plaisir mais nous avons l’habitude ici que les rabbins d’Israël fasse la prière pour Israël. Il a refusé : on s’occupe de Torah et pas d’Israël. L’autre lui a dit ici tu es à Paris, tu n’es pas à Bnei Brak, pas de prière pour Médinat Israël, pas de discours ! Il s’est fâché et il est parti. Le public a été étonné par ce manque de politesse...etc. Alors le rabbin de la synagogue a expliqué à son Qahal l’attitude de ce rabbin d’Israël qui aurait été découpé en morceau s’il était présent...

 

Q: Si on avait des Juifs responsables…

R: Le Messie serait déjà là ? Oui, je le pense ! Je crois que ce qui travaille c’est l’orgueil. Dès que le rabbinat est devenu une fonction alors cela devient de type saduccéen, et tous ces conflits que le Talmud nous raconte entre les prêtres du Temple qui étaient saduccéens et les maîtres du peuple qui étaient pharisiens. Ce que je dis est dangereux car vous allez en tirer des implications que je n’émets pas du tout. Mais il est bien évident qu’en Israël on est épouvanté de cet aveuglement des rabbins de disapora et d’Israël en grande majorité. Et on est très rassurés de ce que j’ai dit tout à l’heure : la réaction du peuple est très saine, peuple qui pressent l’importance de cette unité qui a été la base de l’enseignement du rav Kook : l’unité entre la Torah, le peuple et la terre, alors que certains rabbins sont dans la perpléxité. Je crois que la meilleure des choses c’est de faire confiance à la Torah lorsque les rabbins la contredisent si j’ose dire...

 

Q: Votre histoire est paradoxale : les Juifs de Bnei Braq refusent de prendre partie pour Israël et ce sont les Juifs de Paris qui...

R: le terme de rabbin doit être réaménagé : lorsque nous parlons des maitres de la tradition :  Raboténou zikhronav lebrakah on les appelle des rabbins ces maitres-là, des ‘Hakhamim. Alors vous voyez qu’il ne faut pas faire l’amalgame. Dans les asiles, des gens se prennent pour des prophètes.

 

Q: Où situer les Arabes chrétiens ?

R: Ils sont très insituables. D’un point de vue national sont comme les autres arabes d’un anti-israélisme pur et simple, impur et pas simple. En tant que chrétiens, ils sont coincés et ne participent pas du tout à cet impérialisme de type perse. En tant que chrétiens, ils ne sont pas musulmans et ont une sainte terreur des musulmans .../...

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 08:00

Galout & Guéoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) – 7ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_4

Face A - Durée : 36,0 minutes

 

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Yéshouroun, cela veut dire il y a 600 000 âmes. Yesh Sishim Ribo Neshamot – Cela fait Yeshouroun. Israël au niveau de son âme s’appelle Yeshouroun et Israël au niveau de son corps s’appelle Yaaqov.

 

Et lui (Netsa’h Yisraël Yeshouroun) n’a pas d’extrémité de fin d’interruption, et c’est à ce propos qu’ils ont dit dans Taanit 5b : Yaaqov avinou lo met, comme nous l’avons expliqué là-bas. Or Israël possède cette dimension de Jacob. Comme a dit le verset Deut. 33:5:

  וַיְהִי בִישֻׁרוּן, מֶלֶךְ   - Et il fut roi en Yéshouroun. (d’après le Pshat il s’agit de Moïse, d’après le Midrash il s’agit de Dieu lui-même)

 וַיְהִי בִישֻׁרוּן, מֶלֶךְ, בְּהִתְאַסֵּף רָאשֵׁי עָם, יַחַד שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל   

Et il fut roi en Yeshouroun, les chefs du peuple réunis, ensemble les tribus d'Israël ».

On comprend qu’Israël est appelé Yeshouroun. Et nous avons expliqué cela en son endroit abondamment. Et c’est pourquoi le verset dit: « il arrivera que sur toute la terre, la bouche des deux sera retranchée ». Ce sont les empires qui s’opposeront en ce temps-là, et des 4 empires les deux qui s’opposeront en ce temps-là sont la Perse et Rome.

 

C’est assez extraordinaire de voir encore une fois à quel point cela se passe dans la réalité historique. J’aurais tendance à dire qu’il faut oublier cela une fois qu’on l’a compris. Mais au moins on comprend que l’histoire a un sens même si ce sens mystérieux nous échappe, et les sages d’Israël savaient comment fonctionnent les mécanismes de l’histoire.

 

Cf. la question d’hier : Qu’est-ce que le ‘hakham ? 

La Torah c’est une tradition qui s’enseigne et nous avons des appuis qui sont les livres. Il y a deux sortes de ‘Hakhamim complétement différents : ceux qui étudient la Torah de maitre à élève et qui ont des livres, et ceux qui ne connaissent que les livres et les dictionnaires, et ils n’ont pas de maître. La question ne se pose que dans la deuxième catégorie : comment celui qui n’a pas appris peut-il savoir ? C’est une fausse question, c’est qu’il n’a pas appris ! Celui qui a appris la question ne se la pose plus : il a appris ! Je dis souvent que la définition d’un maitre dans la tradition juive ce n’est pas quelqu’un qui a des élèves, c’est quelqu’un qui a eu un maitre.

Nous sommes dans une génération où la formulation de la Torah est à portée de tous. Mais il y a deux catégories quand même. Ceux qui commencent avec eux-mêmes à partir de leurs têtes, des livres et dictionnaires, et l’autre catégorie de ceux qui s’inscrivent dans la tradition depuis Moïse au Sinaï. La tradition ne peut être comprise que parce qu’il y a des maitres qui font lire ce qu’il y a dans les livres. Mais ils ont appris ce qu’ils savent de leurs maitres et non pas dans les livres. C’est tout à fait différent.

 

Je vais vous donner un critère très simple de déontologie : celui qui cite ses maitres fait partie d’une catégorie, et celui qui ne cite jamais ses maitres fait partie de l’autre. Ils ne citent pas de maitre parce qu’ils n’ont pas de maitre. Ils ne savent pas où se mettre !

Cela ne veut pas dire que ce qu’ils disent n’est pas intéressant. C’est de la culture juive ! Mais la Torah c’est la Torah ! 

 

D’autant plus que la plupart du temps, ils ont lu beaucoup de livres. Mais dans ces livres ce qui y est dit n’a de sens que parce qu’on l’a reçu d’un maitre qu’on cite par ailleurs dans le livre.

D’un côté les maîtres et de l’autre les centimètres : ceux qui se sont sentis maitres, si j’ose dire.

 

Et c’est pourquoi Daniel a vu une qui était faite d’argent (dans la vision des statues) et une qui était faite de fer. Et au sujet de ces 4 empires, il y a un doute, une perplexité au sujet de l’empire d’Ishmaël.

 

Il y a un autre texte du Maharal sur le même sujet : au début du livre Ner Mitsvah qu’il a consacré à ‘Hanoukah où il pose la question de la manière suivante : c’est très clair, on nous parle de Malkhout Babel, Malkhout Paras, Malkhout Yavan et Malkhout Edom. Mais où est Malkhout Ishmael ? Maharal explique là-bas que Ishmael est un fils d’Abraham qui ne fait pas partie des 4 empires et qui a reçu sa propre bénédiction. Les 4 empires sont ceux qui disputent l’identité d’Israël à Israël. Et cela se dévoile dans le 4ème . Et par conséquent il n’y a pas à situer Ishmaël dans ces 4 empires. Mais il ajoute dans Ner Mitsvah que cependant il y a à dire qu’il s’agit de Paras. Il enseigne cela des siècles avant qu’il ne se dévoile avec le khoménisme qu’effectivement Ishmaël c’est Paras. Et qu’il y a conflit entre Ishmaël et la civilisation occidentale. Et à la tête de ce conflit se trouvent d’un côté Edom et de l’autre Ishmaël qui est Paras.

Quelque soit les satellites dans l’un et l’autre camp, il est bien évident que l’affrontement est entre Edom et Paras à titre d’Ishmaël. C’est extraordinairement impressionant. Cette « historiosophie » comme disait mon maitre – néologisme et barbarisme forgé par les penseurs du siècle dernier en Allemagne – la sagesse de l’histoire du Maharal.

 

Car certains disent que c’est le 4ème empire qui est l’empire d’Ishmaël. Car leur difficulté (dans la lecture du texte de Daniel) c’est que le 4ème animal (qui représente le 4ème empire) est très grand. Et donc il est convenable de l’attribuer à Ishmaël (qui est un empire colossal du point de vue de l’étendue). Sinon que serait cet empire ? Mais des paroles des sages qui eux connaissent les choses cachées de la Torah et le secret de tous ces empires, ils ont expliqué que Ishmaël n’est pas le 4ème empire, et cela ils le savaient le plus clairement possible, par le fait de plusieurs principes de la Sagesse. Le fait qu’on ait dit qu’Ishmaël est un grand empire n’est pas un difficulté, car le verset dans Daniel a dit seulement qu’il n’y a que 4 empires qui reçoivent la souveraineté des principes de sainteté d’en-haut, comme il est écrit : cela durera le temps d’un monde et la moitié d’un monde.

 

C’est tout le sujet des chiffres dans Daniel. Je n’ai pas voulu vous apporter toutes ces références-là. Il y a dans les versets de Daniel assez clairement le temps de développement de la fin des empires, et donc le temps de la fin des exils et les Kabalistes contemporains ont montré de façon très claire la date d’apparition de l’état d’Israël dans ce texte de Daniel.  

 

Voici donc que le texte témoigne que ces 4 empires recevront des forces des puissances d’En-haut. L’explication de cela lorsque les puissances supérieures avaient la souveraineté cette souverainenté elle-même c’est Dieu qui l’a transmise à ces 4 empires.

 

Car c’est par le fait que Dieu leur a donné la possibilité de cette souveraineté qu’ils l’ont eu  

 

Car Il a pris cette souveraineté des puissances d’En-haut et l’a transmise aux 4 empires qui ont pu subsister de par la force de cette souveraineté reçue.

 

 

Tant que le génie de telle civilisation considérée a donné au peuple qui l’incarne la force, alors cette civilisation a existé. Mais cette civilisation n’existe que tant que le principe qui l’anime lui délègue sa souveraineté. Lorsque c’était le temps du génie humain selon la Perse, alors la Perse a été l’empire qu’elle a été...etc.

                     

Car l’empire de Babel bien évidemment ne s’est maintenu que par le principe des puissances d’En-haut qui lui ont été déléguées. Or l’empire de Babel a pris la royauté-souveraineté d’Israël.

 

C’est ce que nous avons appris dans les séminaires précédents à propos du temps des Hébreux avant Abraham. La rivalité entre Babel et Israël est au temps d’avant Abraham. 

 

Et ensuite c’est la Perse qui a pris cette souveraineté à l’empire de Babel et a hérité de cette souveraineté supérieure. Et après c’est l’empire de Grèce qui a pris cette souveraineté de la Perse. Et l’empire d’Edom – Rome – a pris la souveraineté de la Grèce comme il est connu. Mais la souveraineté d’Ishmaël est pour elle-même et ne s’est pas maintenu par délégation de ses forces supérieures.

 

Ces forces supérieures destinées à Israël pour l’avenir du temps messianique sont pendant l’époque des 4 grandes civilisations prises par ces 4 grandes civilisations. Mais ce ne sont pas ces forces supérieures-là qui donnes souveraineté à l’empire d’Ishmaël.

 

                      Uniquement ces 4 empires là reçoivent par délégation de ses forces supérieures.

Ce sont ces 4 empires par le fait qu’il y a prétention des forces reçues par délégation de la sainteté supérieure qui empêche la délivrance qui leur a été données tout le temps que cela a pris. 

Mais tant que eux sont souverains, Israël ne reviendra pas à Malkhout même, dont Dieu a pris la royauté.

 

Il y a une indication très importante dans les textes du Zohar et du Midrash concernant la reine Esther qui éclaire cela : la royauté quitte Israël et rentre chez les Goyim par la reine Esther. La reine Esther est de la dynastie royale du Mashia’h ben Yossef puiqu’elle est de la tribu de Benjamin, c’est à dire les enfants de Rachel. La royauté de Rachel quitte Israël par la reine Esther et rentre chez les Goyim. Et donc à la fin des temps elle reviendra. Nous avons parler une fois de cela. Je vais en dire quelques mots. D’une part il est très frappant que nous vivions dans le temps contemporain la fin des dynasties royales dans le monde entier, et ces dynasties royales d’après notre texte ont reçu leur souveraineté par usurpation de la souveraineté royale d’Israël. Dans quelque royaume que ce soit, il y a quelque chose de l’ordre de la sainteté de la royauté d’Israël. C’est pourquoi la Halakha établi que lorsqu’on est en présence d’un roi il y a une bénédiction particulière à dire. Invité à la table du  roi on a le droit de manger tout ce qu’il offre. En général, ces rois sont polis et donnent à manger cachère.

 

Dans le nord de l’Angletterre il y a une Yeshivah en Ecosse. Lorsque la reine Elisabeth a visité sa bonne terre d’Ecosse les gens de la Yeshivah se sont tous placés sur le cortège pour avoir le le Zkhrout de la Brakah.

 

Effectivement, la fin de la révélation biblique au sujet des engendrements de la royauté d’Israël c’est ce récit où la reine Esther devient l’épouse du roi Assuérus et la royauté passe en Perse. Vous voyez comment se fait la charnière. La dynastie de Perse s’est arrêtée. Les dynasties d’Abyssinie, d’Italie, de Grèce se sont arrêtées. Reste la dynastie d’Angleterre, d’Espagne...  etc.

 

Dans le gros plan du problème il est bien évident que l’on s’aperçoit que la royauté cesse chez les nations du monde quand c’est le temps pour Israël de se reconstituer.

 

Q : C’est seulement la royauté de Joseph ?

R : C’est aussi celle de David, mais je n’ai pas voulu entrer dans les détails.

Nous sommes donc dans un temps de relai où la royauté est rendue à Israël, béZeïr Anpin, comme on dit : en petit modèle. Nous avons un président de la république. Mais du point de vue de la Halakhah c’est au niveau du temps du Mashia’h Ben Yossef c’est par rapport à Israël. Le Mahsia’h Ben David c’est la relation au roi selon les rois de Judah. Cela s’étudie dans la Halakha.

 

Pendant tous ce temps où la souveraineté est chez les nations, alors Israël ne revient pas. Israël dont Dieu a pris le Malkhout et l’a donné à ces 4 empires.

 

Ils ne peuvent pas pendant tout ce temps-là revenir au niveau qui leur est propre et au niveau de leur souveraineté. Encore une fois il suffit de relier ces deux remarques : la souveraineté royale disparait des nations pendant le temps qu’Israël se prépare à la royauté messianique.

 

Pendant tout le temps où c’est le principe des nationalités qui a gouverné la civilisation, je parle de la civilisation occidentale, Israël a été la seule nation sans souveraineté nationale, et c’est au temps où il y a une supra-nationalité qui apparait chez les nations qu’Israël retrouve sa propre souveraineté nationale. Jusqu’en 1917, le principe des nationalité est partout. Et puis une seule nation qui n’a pas sa nationalité : Israël dispersé ! En 1917, la déclaration Balfour pour rendre sa nation à Israël. C’est en ce temps-là que va commencer la réflexion en Occident sur la recherche d’une supra-nationalité pour résoudre les problèmes du monde. Et c’est bien en 1917 que cela a commencé, la Société des Nations était l’avant-première de l’O.N.U. Et la S.D.N. se constitue à la suite de la guerre mondiale et c’est en 1923 à San Rémo que la déclaraiton Balfour est enterrinée par la S.D.N. Elle se dissout ensuite, n’ayant plus rien à faire…

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Published by Rav Léon Ashkénazi - dans PENSÉE JUIVE
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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 07:33

Galout et Geoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) 6ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_3

Face C - Durée : 47,2 minutes

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Il se relie à ce qui est séparé du matériel parce qu’il n’y a pas cas de dimension pour ce qui est séparé.

 

Faites attention: dans toutes ces mises au point nécessaires, ce qui semble être des répétitions, il n’y a pas mise au point pure et simple. Le Maharal veut bien nous faire comprendre que rien de ce qui rend compte de l’histoire des société humaines ne peut rendre compte de l’histoire d’Israël ; de la même manière que rien de ce qui concerne les lois de la matière ne peut rendre compte de ce qui est immatériel. C’est à ce niveau-là qu’il prend le parallèle.

 

Et c’est pourquoi cette société divine de la sainteté est unique – Malkhout Qdoushah Elohit A’hat – et elle se situe par rapport à cette dimension séparée et qui n’est pas matérielle dans ce monde-ci.

 

Cela veut dire qu’il y a dans ce monde-ci quelque chose qui n’est pas de ce monde-ci et qui fait cependant partie de ce monde-ci. C’est Israël.

Je pourrais vous donner beaucoup d’analogies dans d’autres sources en particulier ce qu’Abraham commence par dire de lui-même dans la rencontre avec les nations, lorsqu’il dit [Hayé Sarah 23:4] :

גֵּר-וְתוֹשָׁב אָנֹכִי, עִמָּכֶם

Guer véToshav Anokhi Imakhem

Je suis étranger séjournant avec vous

A la fois étranger et séjournant.

Nous avons souvent parlé de cela : l’identité juive est ainsi très bien cadrée : c’est une identité dans le monde qui est chez elle et pourtant se sait partout étrangère. Sous une forme un peu schématique : à force de se croire chez nous chez les autres on a fini par s’entendre dire qu’on est chez les autres quand on est chez nous. Comme une espèce d’humour de cette étrangeté de l’identité d’Israël dans le monde. En tout cas fondamentalement, de même que la sainteté, de même que tout ce qui est spirituel est de ce monde sans être de ce monde, et bien de même, c’est l’identité de la société Israël. Voilà ce que dit le Maharal. Voir comment cela se passe à l’ONU, il y a ce cas particulier des nations, c’est Israël à part. J’en parle souvent avec des diplomates non-juifs, non israéliens, qui n’arrivent pas à percevoir cela dans un manque d’humour colossal. A l’O.N.U. on y témoigne qu’il y a les nations d’un côté et Israël de l’autre. 

 

 Mais les empires sont du côté matériel de ce monde-ci et sont 4 comme indiqué et ces choses sont très claires. C’est pourquoi tu trouveras dans un verset de Daniel qu’un des animaux qui représente les 4 empires dans la vision de Daniel. Et cette bête a 4 cornes comme les 4 dimensions du ciel. Et de la mer sortaient 4 animaux qui sont les 4 empires que Daniel a vu. Et cela vient de ce que nous avons dit que ces 4 empires viennent du fait de ce monde-ci qui est matériel comme expliqué. C’est pourquoi les 4 dimensions de l’espace faisaient venir ces 4 animaux qui représentent les 4 empires.

 

Là nous avons une explication d’une de ces sources talmudiques parlant de la vision de Daniel.

Nous passons au paragraphe suivant que je vais vous résumer. Il y a d’abord le développement de ces 4 empires. Je retrouve la citation du Midrash de laquelle nous allons partir.

 

Rabbi Yéhoudah a enseigné au nom de Rav : le fils de David ne viendra qu’après que se sera répandu, déployé sur tout le monde l’empire de la méchanceté (le 4ème empire) dans tout le monde 9 mois, c’est pourquoi il sera donné jusqu’au temps de l’enfantement, jusqu’à ce que la femme qui enfante enfante. Et le reste de ses frères reviendront aux enfants d’Israël. 

 

Ici est cité un passage de la Guémara qui dit que le 5ème empire qui est la royauté messianique ne viendra qu’après que le 4ème empire aura dominé le monde pendant 9 mois.

Qu’est-ce que cela veut dire ?

 

La discussion des sages à ce propos sont des paroles très merveilleuses. Tu as à les comprendre selon toutes paroles que nous t’avons expliqué que ces deux empires (les deux derniers Paras et Edom, d’après la citation précédente que vous verrez d’autre part)vont se perpétuer jusqu’au temps du messie, et leur querelle portent sur le fait de savoir qui sera à la fin ? Car bien que dit précédemment que ces 2 empires se ressemblent par le fait qu’ils se perpétuent, le fait que les 2 se perpétuent totalement jusqu’au temps du Mashia’h cette chose-là est impossible. Car il y a à ces deux empires deux manières d’être différentes qui ne sont pas l’une comme l’autre, et c’est pourquoi il n’est pas possible que n’arrive pas le fait que l’un triomphe de l’autre. Et celui qui triomphera c’est celui le plus approprié à cela.

 

Je crois qu’il faut que je reprenne ce qui s’est passé avant. Ces 2 royaumes qui vont se perpétuer jusqu’au temps du messie sont Paras et Edom.

 

Pourquoi (dans une citation de la Guémara Avoda Zara qu’il a étudié dans un chapitre précédent) on demande : pourquoi a–t’on donné une importance particulière à ces deux empires, l’empire de Perse qui était le 2ème et le 4ème qui était l’empire de Rome ? Parce que, dit la Guémara, ils font perpétuer leur souveraineté jusqu’à la venue du messie.

 

Ne cherchons pas trop d’analogie avec la Perse contemporaine mais il y a quand même quelque chose d’assez impressionnant dans ces explications du Maharal.

   

Nous reprenons le praragraphe suivant : que signifie cette coexistence cette confrontation et cette rivalité entre la Perse et Edom au temps du messie ?

 

Et il dit après que le fils de David (l’initiateur du temps messianique) ne vient que lorsque que ce sera déployé l’empire de la méchanceté (Edom) dans le monde entier pendant 9 mois. Et la raison est : car à ce moment-là Israël sera considéré comme déjà né. Comme il est écrit (Psaumes 22:32):

 יָבֹאוּ, וְיַגִּידוּ צִדְקָתוֹ:    לְעַם נוֹלָד, כִּי עָשָׂה

 Ils viendront et ils diront sa justice au peuple enfanté.

 

Nous serons, dit le Maharal, en se basant sur ce verset à un moment où l’on parlera d’Israël comme s’il venait d’être enfanté. Le verset dit « עַם נוֹלָד   Âm nolad » – « le peuple qui est enfanté » :

Le Maharal dit qu’il y aura donc présence et permanence de Paras et Edom jusqu’au temps du Mashia’h et il explique à partir du verset des Psaumes : on parlera à un peuple qui vient d’être enfanté. C’est-à-dire au temps où Israël sera comme s’il venait de naître.

 

C’est extraordinairement frappant que c’est le temps où la société d’Israël vient à peine de naître !

Vous percevez à quel point c’est assez extraodinaire. On ne sait pas de quoi il faut le plus s’étonner ? De ce que nous disposions de textes de ce genre qui éclairent la réalité que nous vivons ou que la réalité que nous vivons s’entête à donner raison à des textes de ce genre ? Probablement des deux choses il nous faut s’étonner !

 

Et aussi, il est écrit dans Isaie 66:8 :

  הֲיוּחַל אֶרֶץ בְּיוֹם אֶחָד  

hayou’hal Erets Beyom E’had?

Est-ce qu’un pays peut être enfanté en un seul jour ?

 אִם-יִוָּלֵד גּוֹי פַּעַם אֶחָת   Âm youlad paam é’had?

Est-ce qu’une nation est enfantée en une seule fois ?

 

Il fait allusion à Yom Haatsmaout vous avez remarque ? Est-ce qu’il arrive que subitement un pays apparaisse et une nation apparaisse en une fois ?

                     

                 Le peuple créé louangera Yah Dieu

 

Le problème de savoir si oui ou non on dit le Hallel à Yom Haatsmaout.

                     

Et il s’agit de la génération du Mashia’h où ils seront considérés comme enfantés de nouveau.

 

De deux choses l’une : ou bien on ne sait pas de quoi il parle, ou bien nous sommes en train de vivre ce dont il est en train de parler.

  

Et par le fait que passe à l’acte le potentiel caché, supérieur, intérieur qui était le royaume messianique, mais avant cela se déploira l’empire de la méchanceté pendant 9 mois sur le monde entier.

 

Ces 9 mois sont le temps de la gestation de Israël du temps du Mashia’h

 

Et c’est en ces temps-là que naîtra Israël. Car c’est Israël qui est appelé l’homme. Pendant ces 9 mois où Israël se réalisera le 4ème empire dominera le monde entier. Et c’est de cet empire-là que le roi messie recevra la royauté.

 

Cela commence à la déclaration Balfour et c’est finalement l’ONU qui...

On reprend depuis le début de ce paragraphe :

 

                Et après avoir dit que 2 de ces 4 empires se perpétueront jusqu’au temps du Messie

 

On a élucidé qu’il s’agit de l’empire de Perse et l’empire de Rome

 

Alors le fils de David ne viendra que lorsque le 4ème empire se développe dans le monde entier pendant 9 mois. La raison est que c’est en 9 mois qu’une naissance se prépare, Israël sera considéré comme s’il vient de naitre comme il est écrit: Ps.22:

 וְיַגִּידוּ צִדְקָתוֹ:    לְעַם נוֹלָד

« ils diront sa justice au peuple enfanté »

A qui diront-ils cela ? léam nolad au peuple enfanté !

 

C’est une expression qui a toujours intrigué les exégètes dans ce verset des Psaumes où Israël est appelé Âm nolad un peuple enfanté ! Ici, le Maharal l’explique: il arrivera un temps où on parlera d’Israël comme d’un peuple enfanté en un jour, né à peine ! C’est assez important de considérer cela : l’histoire du développement des sociétés montre que les peuples, les pays, les nations, se constituent à travers un temps très long. Alors que la société israélienne, s’il s’agit d’elle, s’est constituée d’un coup ! Il n’y a pas ce processus très long qui est la préhistoire des peuples. A partir d’une atomisation des Juifs de l’exil se sont des individus qui se rassemblent et subitement apparait une nation. Il n’y avait aucun des attributs de l’identitié nationale telle qu’elle se prépare dans les sociétés, sans aucune exception, dans un processus très long de gestation. Ici, le texte cité par le Maharal parle de 9 mois, le temps de faire un enfant.

 

                  Et aussi (il est écrit dans Isaïe) :

Isaie 66 :8 : הֲיוּחַל אֶרֶץ בְּיוֹם אֶחָד   hayou’hal Erets Beyom E’had? Est-ce qu’une terre (pays) peut être enfanté en un seul jour ? אִם-יִוָּלֵד גּוֹי פַּעַם אֶחָת   Âm youlad Goï paam é’had? Est-ce qu’une nation est enfantée en une seule fois ?

Et aussi (il est écrit dans les Psaumes : « il faudra écrire cela pour la dernière génération, et le peuple créé dira la louange de Dieu ».

C’est la génération du Mashia’h. Ils seront considérés comme nés de nouveau. Et par le fait que sort en acte le potentiel caché supérieur intérieur qui est le monde messianique, avant cela l’empire de la méchanceté se répandra pendant 9 mois dans le monde entier. Et c’est en ce temps-là que naîtra Israël (puisque dans ces textes on parle de l’engendrement du fils de l’homme, et le Maharal rappelle d’autre part que) c’est Israël qui est appelé Adam.

 

Le conflit entre Israël et Edom c’est pour savoir lequel des eux est Adam, et se nomme Israël.

 

Dans ces 9 mois le 4ème empire dominera le monde (on retiendra que les 9 mois signifie le temps de la gestation) et le roi messie ne recevra pas la royauté de deux mais d’un seul convenable pour cela celui qui peut lui transmettre vraimentla royauté, c’est le 4ème empire.   

Et c’est pourquoi d’abord tombera Malkhout Paras – la royauté de la Perse, dans les mains du 4ème empire et du 4ème empire le roi messie recevra la souveraineté.

 

Ne faites pas dire au Maharal qu’il a prévu qu’il y aurait une guerre entre l’Amérique et l’Iran et que l’Amérique sortira victorieuse, je n’ai pas dit cela…

 

-           Pause -

 

.../... ensuite seulement apparaitra le royaume messianique mais nous venons de lire un texte important pendant un temps de gestation où Malkhout Arisha un déchainement de méchanceté dans le monde à travers ce 4ème empire, se préparera la naissance de « Am nolad » et où le Maharal dit très clairement la société d’Israël au temps du Messie.

 

Q: inaudible

R : on y revient si vous voulez, ici le Maharal se base sur des textes du Zohar. Je finis le texte avant.

 

Maintenant le Maharal cite un Midrash qui se relie sur le sujet même du passage de la Guémara que nous venons de lire.

 

Le Midrash explique à propos d’un verset : la bouche des deux sera rentranchée et la 3ème prendra plus d’importance. Cette 3ème c’est eux c’est Israël qui sont les descendants des 3 patriarches. Et c’est Jacob qui est le 3ème 

 ( Fin de la citation du Midrash)

 

Nous l’avons étudié d’autre part, l’identité d’Israël a pour origine 3 Tsadikim alors que toute tradition est fondée par un seul juste, l’identité Israël est fondée elle par 3 vertus essentielles. On cite habituellement le verset de Qohelet 1:8 :

« וְהַחוּט, הַמְשֻׁלָּשׁ, לֹא בִמְהֵרָה, יִנָּתֵק  

Véha’hout Haméshoulash Lo Bimharah Yinateq

« le fil tressé de trois fils ne sera pas rapidement défait. »

C’est relié à ce fait : l’identité d’israsël procède simultanément d’Abraham, d’Isaac et Jacob. C’est à partir de Jacob que cette identité Israël devient irréversible et entre dans une dimension d’éternité qui traverse l’histoire des civilisations. Alors là aussi dans ce verset la troisième fait allusion à Israël qui se définit par trois, les 3 Avot.

 

Nos maitres ont ici expliqué tous nos enseignements sur le verset qui dit : « car la bouche des 2 sera retranchée ». Ils ont voulu dire que cette empire séparé, divisé, il est impossible qu’il subsiste définitivement, à cause de la division qu’il y a en eux. Et il ne peut y avoir en cela le fait de subsister. Mais la 3ème la nation une unique qui est 3ème par rapport à eux, Dieu les épurera-rafinera et elle subsiste éternellement.

 

C’est l’expression Netsa’h Israël : il y a une dimension d’éternité en Israël dès qu’elle arrive à émerger à partir de Abraham, Isaac, Jacob, au 3ème moment Jacob reçoit le nom d’Israël et une dimension d’éternité apparait pour cette société.

 

Parce qu’elle est unique dans le monde. Et comprend bien ce que le Midrash a dit en disant qu’ils sont (Israël) les descendants des 3 patriarches, car cela aussi est extraordinaire. Et aussi, il faut comprendre que le fait qu’Israël soit la descendance des patriarches, il arrivera que la bouche des 2 sera retranchée, les patriarches qui sont les pères du monde il n’est pas convenable-possible qu’il y ait interruption de cette nation construite sur les fondements du monde.  

 

Par le fait que  Abraham, Isaac, Jacob sont les les fondements du monde, la nation qui procède d’eux n’a pas d’interruption. Tant que le monde est fondé par ces piliers que représentent les vertus de ces trois patriarches la nation qui procède d’eux a permanence.

 

                   Et leur fondement s’enchaine à partir des patriarches.

 

C’est dire que d’après le récit de la Bible qui rend compte d’une certaine vision de l’histoire du monde, il y a une période où le monde entier n’est pas confirmée dans sa création tant qu’il n’y  a pas de justification suffisante. Cette justification apparait lorsque les trois patriarches donnent de façon irréversible à la conscience humaine les fondements de l’identité de l’authenticité humaine. Et alors, à partir du moment où les 3 patriarche sont émergés dans le monde, on sait que la création ne sera pas détruite. Elle est confirmée à postériori de toute cette histoire qui va jusqu’à Abraham, Isaac et Jacob. Vous avez appris d’autre part énormément de sources qui vont dans ce sens-là. Le monde est en question jusqu’à ce qu’il puisse y avoir un signe suffisant qu’il a mérité déjà d’avoir été créé. Cela c’est le temps des patriarches.

 

« Et je mènerais la 3ème dans le feu et je les épurerais comme on épure l’argent » - et tu comprendras de ce que nous avons expliqué à propos de l’enseignenemtn sur Jacob notre père Yaaqov avinou lo met

 

Puisque le verset qui parle de la mort de Jacob n’emploie pas le mot de mort, alors le Midrash dit « notre père Jacob n’est pas mort ». Le Talmud objecte : il écrit qu’il a été embaumé ? Réponse : le verset ne dit pas qu’il est mort. Et le Talmud explique : de même que sa descendance est dans la vie alors lui aussi est dans la vie.

 

Cela est expliqué dans (le commentaire du Maharal sur Rashi qui s’appelle) le Gour Arieh dans Parashat Vayé’hi et abondamment dans note livre Beer HaGolah le puit de l’exil.

 

Un des livres essentiel du Maharal où il explique toutes les Hagadot qui peuvent paraître invraisemblables. Tous les textes du Talmud et du Midrash qui paraitraient invraisemblables, Monsieur Néher a construit son livre le puit de l’exil sur l’enseignement du Beer HaGolah. Le Maharal y explique en particulier cette Hagada que Jacob n’est pas mort, bien qu’on l’ait embaumé. Cela veut dire que le cycle Abraham est achevé, le cycle Isaac est achevé, mais le cycle Jacob a une dimension d’éternité et n’a pas de fin. C’est pourquoi Jacob en tant que Jacob ne peut pas prophétiser la fin de l’exil à ses fils, parce que dans Jacob il n’y a pas de fin. Et nous, le fait de la fin de l’exil, nous le tenons de Isaac. En tant que fils de Jacob cette dimension-là n’a pas de fin, mais en tant que fils d’Isaac elle peut avoir une fin cette dimension de l’histoire des 4 empires parallèle à l’exil d’Israël.

                     

Aux 2 extrémités il y a une fin Sof, c’est en cela qu’ils sont des extrêmités, mot qui signifie interruption et fin - Lashon qets véSof – et c’est pourquoi à l’empire de Perse et à l’empire le 4ème qui sont droite et gauche il y a qets vésof fin et achèvement.

 

Je suis vraiment impressionné par cette vision du Maharal de l’histoire. Les sources sont dans le Zohar mais il arrive en son temps à les exprimer bien avant que rien ne laisse présentir que ces événements vont se déclencher, et avant qu’on puisse les diagnostiquer. Nous sommes nous très à l’aise pour diagnostiquer, chacun à son niveau, ce qui se passe parce que cela se dévoile. Mais au temps du Maharal en particulier il va identifier Ishmaël et l’endroit dans l’histoire de la Galout où se trouve Ishmaël comme dimension de Edom. Pour Ishmaël, il y a différentes opinions possibles mais finalement la plus vraisementblable c’est que le royaume d’Ishmaël c’est la Perse. Alors que ce n’est que de notre temps que s’est dévoilé que l’islam en tant qu’empire c’est la Perse beaucoup plus que tout le reste. C’est extraordinaire ! D’autant plus que le Maharal n’était pas séfarade et n’a jamais vécu chez nos « cousins » !    

 

Vous voyez quelle est l’image qu’il formule pour rendre compte de la manière dont le Midrash formule le verset : les deux s’achèveront mais le 3ème deviendra éternel. Les deux sont la Perse et Rome, le 3ème c’est Israël qui vient des 3 patriarches.

 

Et celui du milieu qui est Yashar la droiture n’a pas d’extrêmité pas d’achèvement. Et c’est cela Midat Yaaqov la modalité d’être de Jacob qui est appelée Yeshouroun.

 

Il a employé Yashar et maintenant Yesouhouron, je vous dis rapidement ces trois termes qui définissent le peuple Israël : Jacob- Israël- Yeshouroun

Jacob c’est au début de son histoire, ce peuple s’appelle Jacob, il y a un effort de redressement : Yaaqov cela vient de la racine Laaqov tortueux Âqev.

 Cf. le verset d’Isaïe (40 :4) :

וְהָיָה הֶעָקֹב לְמִישׁוֹר

 véHayah êaaqov lemishor

« ce qui est tortueux deviendra rectitude.»  

 

De Yaaqov à Yeshouroun : cet effort de redressement s’appelle Israël : Yashar El : ce sont les lettres du mot Israël. 

 

Comme nous l’avons appris souvent :

Le nom d’Israël dans l’exil c’est Jacob.

Le nom du redressement c’est Israël.

Et le nom de la tansfiguration c’est Yeshouroun.

…/…

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***

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 07:23

Galout-Gueoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) – 5ème partie.

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_3

Face B - Durée : 47:14 minutes

 

…/…

Nous allons étudier le texte du Maharal.

Le sujet général maintenant vous est connu. 

J’ai choisi l’étude d’un texte du Maharal dans le Sefer Netsa’h Israël, livre que le Maharal a consacré à un couple de notions qui est Galout-Guéoula.

L’essentiel de l’enseignement du Maharal à ce sujet est que on ne peut pas comprendre de façon isolée des concepts qui nous ont été révélés ensemble.

Galout que l’on traduit par exil et Guéoula par délivrance de l’exil.

 

J’aurais l’occasion jeudi soir en reprenant l’ensemble du sujet général de vous rappeler, ou de l’indiquer pour ceux qui ne l’ont pas encore étudié, un thème important : étant donné le caractère particulier de l’histoire du peuple d’Israël, depuis l’origine et dans toutes ses dimensions : on est devant un piège du point de vue de la compréhension de cette histoire étant donné sa bipolarité. Il est inévitable que nous trouvions des écoles qui ont privilégié l’identité de la Galout par rapport à l’identité proprement nationale ou inversément. Mais la véritable question – nous reprendrons par la suite cela en détail – n’est pas tellement de se demander si la Galout a une signification, une portée, une finalité. Hier et avant-hier nous avons étudié un texte un peu particulier mais qui montre à quel point les maitres de la tradition ont assigné à ce phénomène de la Galout une portée métaphysique, et non seulement historique, extrêmement importante. Ou d’autre part si l’existence en tant que société nationale a une signification, mais la véritable question étant de savoir dans quelle époque de l’histoire nous nous trouvons.

 

Il y a une collaboration de dimension de deux identités depuis le début de l’histoire d’Israël - vous y êtes habitués – qui travaillent à travers le plan de la Providence pour l’aboutissement de l’histoire messianique universelle. Et lorsqu’on se trouve dans des époques historiques où il peut y avoir une perplexité, un doute, de savoir si l’on doit s’engager dans la dimension Galout ou s’engager dans la dimension Guéoula, alors apparait cette perplexité qui est le propre de la société juive contemporaine aujourd’hui par exemple.

 

Donc le Maharal a expliqué, essentiellement dans son livre Netsa’h Israël qu’on ne peut pas comprendre une signification positive du terme de Galout si on ne le pense pas comme devant aboutir à une Guéoula.

 

De la même manière j’aurais l’occasion de mettre en évidence le fait que ceux qui vivent la Guéoula, s’ils se coupent de ce qu’a été la dimension de l’histoire de la Galout, se dévitalisent du point de vue de la signification profonde de l’existence juive.

 

J’ai parlé de façon formelle et abstraite en simple introduction mais nous retrouverons cela assez en détail immédiatement.

 

Netsa’h Israël au chapitre 21:

 

Le texte de base est un texte du Midrash qui indique que l’histoire universelle se développera à travers le temps de 4 royaumes - Arbâ Malkhouyiot - et que l’histoire d’Israël va traverser l’histoire de ces empires. Le terme dans le langage contemporain correspondant le mieux, tant dans la signification proprement sociologique que historique, à la notion de Malkhouyiot en hébreu dont la traduction littérale donne « royauté » ce sont « les empires ». La tradition talmudique et midrachique a perçu une ligne de lecture du développement de l’histoire universelle à travers 4 civilisations principales que l’on appelle les Arbâ Malkhouyiot, les 4 empires.

Je vous les rappelle briévement :

La civilisation babylonnienne, ensuite la civilisation perse, ensuite la civilisation grecque et ensuite la civilisation romaine. Et l’histoire d’Israël a traversé tout ce temps des Arbâ Malkhouyiot.

 

La période de l’exil en Egypte c’est la fin de la période babylonnienne. Pour le dire de façon un peu plus précise : il y a d’abord la période Malkhout Babel et l’identité d’Israël est sortie de Malkhout Babel avec Abraham.         

Voyez : Retenons toujours ce couple Galout – Guéoula.

 

Première période :

La Galout s’est passée à Babel au temps de Hébreux avant Abraham. Et Israël sort de Babel -  Guéoula – avec Abraham. Et puis ceci s’achève vraiment dans la constitution d’Israël comme société - la descendance d’Abraham - dans l’exil d’Egypte. L’Egypte ne se trouve pas située en Mésopotamie, mais c’est une civilisation de ce temps-là et du même profil et du même style. J’ai une fois donné comme exemple qui peut être éclairant que la civilisation américaine est différente de la civilisation européenne mais c’est pourtant la civilisation européenne qui explique la civilisation américaine. Mitsraïm existe pour lui-même mais c’est Babel qui explique l’existence de Mitsraïm.

 

Deuxième période :

C’est le grand empire Perse qui a été le véhicule d’une grande civilisation de ce temps-là. Israël a été en exil dans cette civilisation, et la sortie de cette exil c’est ce que nous appelons en hébreu Shivat Tsion, le retour à Sion, au temps de Ezra et Néhémie durant la période du livre d’Esther. La fin du canon biblique. Ce Galout de Paras s’achève avec Ester et Mardochée, Ezra et Néhémie.

 

Troisième période :

La confrontation avec la Malkhout de Yavan, la civilisation grecque. C’est un cas particulier puisque Israël est déjà en dispersion, mais cependant c’est sur la terre d’Israël même que le conflit entre Israël et Yavan a lieu. C’est le problème de ‘Hanoukah. Et finalement, la Guéoula de cette Galout Yavan c’est avec les Makkabi. Les ‘Hashmonayim.

 

Quatrième période :

Et puis commence ce grand exil contemporain de la civilisation romaine que nous appelons Malkhout Edom. Et nous sommes censés sortir de ce Galout Edom avec l’état d’Israël contemporain.

 

Voilà donc les Arbâ Malkhouyot.

Le titre que le Maharal a donné à ce chapitre est : « Explication sur le thème des 4 exils ».

Je vais uniquement rappeler des études d’hier et d’avant hier un thème qui me semble important en relation avec le texte que nous allons étudier à partir d’aujourd’hui.

 

C’est le fait, toujours dans l’explication que donne le Maharal, que l’identité humaine a développé des potentialités différentes à travers ces 4 Malkhouyot. Le Maharal explique en quoi il y avait une sorte de nécessité que l’homme traverse des civilisations différentes qui lui ont donné l’occasion de déployer, d’épanouir, d’exprimer et d’affirmer, de rendre irréversible dans l’héritage humain universel des valeurs de l’homme.

Au niveau de la civilisation de Babel c’est le Nefesh qui s’est développé.

Au niveau de la civilisation de Paras, c’est le Roua’h.

Au niveau de la civilisation de la Grèce c’est le Sékhel.

Et apparait la 4ème civilisation, celle de Rome, qui récapitule l’ensemble des forces de l’identité humaine. Alors il y a à la fois Nefesh-Roua’h-Sekhel. C’est l’identité Rome qui va disputer à l’identité Israël la globalité de la personne humaine du sujet humain, c’est-à-dire le nom de Adam tel qu’il devient Israël dans le récit biblique de l’engendrement de l’identité messianique. 

Nous étions en conflit avec le génie de Babel au niveau du Nefesh, et ainsi de suite... Mais avec Rome nous sommes en conflit sur la globalité de l’identité humaine.

 

Voilà pourquoi l’exil en général dans la tradition rabbinique va être toujours à l’indice de Edom-Rome. Quelque soit l’exil c’est l’exil dans Edom. Historiquement, l’exil de Edom commence il y a 2000 ans parce que la civilisation de Edom s’est constituée il y a 2000 ans, mais depuis l’origine tout exil de quelque manière que ce soit c’est l’exil chez Edom.

 

Après avoir expliqué dans les chapitres précédents qu’il était impossible qu’existe un monde sans la souveraineté des empires des nations.

 

C’est-à-dire que l’humanité ce sont les nations qui constituent leurs histoires à des périodes données dans les empires : c’est-à-dire que une parmi les nations prend la tête d’un rassemblement des nations et a tendance à imposer sa manière d’être homme. C’est la notion d’impérialisme que nous rencontrons souvent. Dans les chapitres précédents, le Maharal explique donc qu’il était nécessaire – il emploie une formule un peu indirecte : il était impossible que l’histoire humaine ne se développe sinon de cette manière – il y a une sorte de cohérence dans le fait que des civilisations différentes se soient succédées, parce que c’était des génies humains différents qui devaient exprimer les tendances toutes nécessaires et authentiques de l’identité humaine jusqu’à l’aboutissement de cette histoire de l’homme.

 

Et il s’agit des 4 empires. Or, Israël est la nation unique, c’est un royaume de la sainteté divine haqédousha haélohit

 

Ici le mot « divin » n’est pas un qualification substantielle mais c’est un adjectif qui signifie que c’est l’oeuvre de Dieu telle que Dieu l’a voulu. Lorsque nous disons avec la tradition talmudique, midrashique, kabaliste, que l’homme est le fils de Dieu on ne veut pas dire qu’il est « Dieu le fils ». C’est l’opposé, c’est différent et cela n’a rien à voir. Dans ce sens on dira du monde qu’il est divin c’est-à-dire qu’il est oeuvre de Dieu. C’est un adjectif qui renvoie l’identité de substance au Créateur. Et je crois que la catégorie qui nous permettrait de mieux penser ce que la tradition juive veut dire en employant ce terme-là, c’est « l’authenticité ». A partir du moment où la créature devient authentiquement comme le Créateur a voulu qu’elle soit, alors elle sera appelée divine dans l’exposant de l’adjectif parce que son Créateur c’est Dieu : l’oeuvre de Dieu. Cela ne veut pas dire que cette oeuvre soit elle-même Dieu. Voilà le grand conflit que nous avons avec l’atmosphère de la théologie chrétienne sur ces problèmes, c’est le conflit que nous avons depuis toujours avec le paganisme.

 

C’est assez extraordinaire comme les questions de langue jouent une grande importance mais il faut se souvenir que la langue exprime l’identité. Vous connaissez la définition biblique de l’identité humaine : l’homme est le ’Hay hamédaber le vivant-parlant. Si l’on prend le langage au sérieux, la langue exprime l’identité de celui qui parle. Et par conséquent, ce n’est pas par hasard qu’un grec parle grec, qu’un hébreu parle hébreu. J’ai l’air de dire une lapalissade mais vous comprenez ce que je veux dire. Il n’y a que l’hébreu qui parle hébreu et que le grec qui parle grec... E parlant hébreu, l’hébreu exprime l’identité hébraïque. Et on notera à ce propos que cela ne peut pas être par hasard que la Bible ait été donnée en hébreu. Qu’elle ait été traduite par la suite c’est un autre problème, elle est traduite, mais elle est justement traduite. Mais l’identité de son message, de sa parole, est hébraïque. Elle a son ordre propre, ses catégories propres. De la même manière, quand le grec parle grec, il exprime une manière d’être homme qui a les structures du grec. Ce que je dis là ne met pas du tout en question l’universel humain. Mais l’universel humain s’exprime à travers les identités singulières qui s’expriment dans des langues. C’est pourquoi dans le vocabulaire biblique, vous verrez surtout au chapitre 10 et 11 de la Genèse, chaque fois la Torah parlera de la multiplicité humaine selon les nations et leurs langages. Elle ajoute : « et leurs pays ». Il y a trois dimensions d’identité qui sont indiquées là toujours ensemble. Est-ce que la civilisation future mettra cela en question c’est un autre problème, mais il y a l’homme, son paysage et son langage.

 

Et par conséquent lorsque l’hébreu dit que dans lemonde il y a quelque chose de divin, la sainteté divine quand on parle d’Israël, cela ne veut pas dire qu’Israël est Dieu. Cela veut dire qu’il est authentiquement créature de Dieu. Alors son identité est divine en tant qu’elle est l’oeuvre de Dieu. Toutes les créatures sont l’oeuvre de Dieu. Mais elles sont plus ou moins réalisant le projet du Créateur. Il faut immédiatement introduire la perspective de la proximité et de l’éloignement. Tout est dans l’existence mais des parties de l’existence sont plus proches de l’existant et d’autres qui sont plus loins... mais tout a une finalité.

 

Nous sommes là sur un problème un peu délicat, je pense tout de même que c’est suffisamment clair. Je partirais comme d’habitude pour rendre compte de la cohérence des postulats de ce texte du consensus de la culture universelle. La culture universelle, par une sorte de consensus dont on ne peut pas ne pas percevoir la massivité, a reconnu que l’identité d’Israël – parlons-en de manière  théorique, abstraite, formelle mais quoiqu’il en soit – est plus proche du projet divin que toute autre réalisation de la créature.

Qui sont ces témoins ? Ce sont les non-Juifs ! Les Juifs ne se rendent pas compte de cela. Heureusement sinon cela leur tournerait la tête et leur donnerait le vertige. C’est l’islam, la chrétienté et beaucoup d’humanismes qui lorsqu’ils sont conséquents avec eux-mêmes et avec leur propres sources et propres postulats reconnaissent que c’est de l’identité hébraïque qu’ils tiennent les catégories de l’authenticité.

 

Il m’arrive souvent de dire en milieu chrétien que lorsque le chrétien dit qu’il croit que Dieu s’est fait homme pour sauver le monde ce n’est pas exactement à cela qu’il croit. Il croit que Dieu s’est fait juif pour sauver le monde. Ce qui n’est pas exactement la même chose. C’est notre sujet.

 

J’ajoute tout de suite que ce n’est pas du tout la croyance juive. Mais les choses étant schématisées, il est bien clair que ce que dit le Maharal doit être compris en hébreu.

 

                      vèIsraël HaOumah Ye’hidah Hi Malkhout shéYesh ba Haqdoushah Haeloqit

                      Or Israël est la nation unique, c’est un royaume de la sainteté divine

 

C’est une société où est présente la sainteté divine. Encore une fois il ne s’agit pas seulement de la Shekhinah, la Présence de Dieu Lui-même, qui dans certains temps se dévoile, qui la plupart du temps est caché, mais toujours présente en Israël – c’est un autre sujet – mais il s’agit de l’identité Israël qui a dans sa nature une identité de Qdoushah qui est divine parce qu’elle est l’oeuvre de Dieu.

                     

                      Et elle est séparée, différente dans sa séparation, des royaumes des idolâtres.

 

Ici l’expression « ovdei guiloulim » est extrêmement péjorative. Ceux qui adorent les abominations qu’on appelle les idoles. C’est plus fort que « ovdei kokhavim » simplement.

 

                      Cela vient de ce que ces empires se définissent par rapport à ce monde-ci.

 

Le Maharal il me semble veut dire par là que cette différence va nous apparaitre dans le fait que pour les nations du monde et le génie humain que leur civilisation représente l’être et l’essentiel de l’être, le foyer de l’être c’est ce monde-ci. Qu’en plus et d’autre part il y ait l’harmonique des valeurs de l’esprit et de la sainteté, du monde-à-venir, et bien ce sont des harmoniques de l’être qui est ce monde-ci. Alors que nous verrons – et vous voyez le lien avec le texte du Shaarei Orah – que l’identité d’Israël et de l’ordre du monde-à-venir. Pour Israël l’essentiel c’est l’être du monde-à-venir. Ce monde-ci n’est que le monde-ci du monde à venir.

 

Lors du séminaire sur Caïn et Abel, thème très parallèle : pour Caïn c’est lui l’être ! Et autrui l’autre son frère est en plus. Alors que pour Abel l’être c’est Caïn. C’est lui le fils qui est né le premier. Et lui se connait comme étant le frère de Caïn. Et dès l’origine de leur prise de conscience de soi toute une identité humaine différente va apparaître. Alors ils sont dans le même monde, dans la même famille, dans les mêmes péripéties anecdoctiques et historiques, vous avez toujours un Caïn et un Abel. Mais ce sont deux mondes qui sont là simultanés. Caïn est l’être de ce Monde-Ci et Abel est de l’être du Monde-à-Venir. Ils sont dans les mêmes histoires mais ce n’est pas du tout la même identité. Et alors Caïn peut construire des temps et offrir des offrandes. Mais c’est dans l’ordre de l’en plus. Alors que Abel, lorsqu’il est confronté à la situation de culte pour savoir quelle offrande offrir à Dieu, c’est l’essentiel qu’il donne. Alors que Caïn donne ce qui est en plus, qui peut être magnifique, impressionant, « cathédralique »..., mais c’est en plus ! Tandis que chez Abel, le petit    oratoire de la rue des Rosiers, c’est là que cela se passe... C’est l’essentiel.

 

Et dans la définition de ce Monde-ci il y a deux choses : c’est un monde matériel – gashmi - comme on sait. Et par ce fait là il n’y a pas de sainteté en lui. Et cependant il est impossible qu’il n’y ait pas en quoique ce soit un nivau de sainteté dans ce Monde-ci. Car la chose n’est pas ainsi comme nous l’avons indiqué précédemment.

 

Je vais vous donner une des références par lesquelles le Maharal explique cela : Ce Monde-ci en lui-même n’est pas de l’ordre de la sainteté. Seulement, il n’est pas possible qu’il n’y ait quoique ce soit de l’ordre de la sainteté en ce Monde-ci. Le Maharal l’enseigne à propos de la première Mishnah du dernier chapitre des Pirqey Avot.

« Le monde a été créé par 10 paroles ».

Que signifie que le monde ait été créé par 10 paroles ? Pourquoi pas par une parole ? Et la Mishnah explique : c’est pour pouvoir punir les méchant et récompenser les justes, c’est-à-dire poser le problème moral. C’est une Mishnah très difficile.

« Pour pouvoir punir les méchant qui détruisent le monde créé par 10 paroles et récompenser les justes qui maintiennent le monde créé par 10 paroles ».

C’est une Mishnah difficile :

Quel est le lien formel de cause à effet entre le fait de pouvoir punir et récompenser, et la création du monde par 10 paroles ?

Au jugement, on pourrait plaider avec un raisonnement suivant: « je n’ai pas fait de mal. Le mal que j’ai fait n’est mal que parce que le monde a été créé par 10 paroles. S’il avait été créé par une parole ce ne serait pas un mal ! ».

Maharal : la Torah nous dit que le monde a été créé par 10 paroles alors qu’il est évident qu’il aurait pu être créé par 1 parole !

 

Bereshit : Dix niveaux d’être qui font le monde mais le texte aurait pu indiquer que Dieu dit « Qu’il y ait un monde ! ». le Maharal explique que chaque occurence de l’exposant 10 c’est pour indiquer qu’il y a sainteté. Si le monde était une existence simple en elle-même qui se ramènerait à une seule parole, on pourrait plaider de la manière suivante : lorsque celui qui a fait du mal a fait du mal, il n’a fait du mal qu’à lui-même ; lorsque celui qui a fait du bien a fait du bien, il n’a fait du bien qu’à lui-même. Mais dans le monde tel que Dieu l’a créé à travers 10 paroles, c’est-à-dire au niveau de la multiplicité, alors le problème moral peut être posée. La relation à la valeur morale concerne une valeur extérieure à moi. Si le monde avait été créé par une seule parole son essence aurait été identifiée avec son existence et il n’y aurait pas de place pour le problème des valeurs.

C’est un tout autre sujet que j’ai à peine résumé pour nous référer à cela.

 

Il y a dans le monde quelque chose de l’ordre de la sainteté bien que le monde en lui-même en tant qu’il est créature est l’opposé de la sainteté par définition : le monde est autre que Dieu.

Si la sainteté définit Dieu, alors le monde qui est l’autre que Dieu est défini par l’envers de la sainteté, ce qu’il appelle la matière.

 

Dans le vocabulaire de la Kaballah c’est ce qu’on appelle Keter la couronne, qui est posée sur la tête et qui est signe de royauté mais ne fait pas partie de la personne qu’elle couronne. Et cette sainteté environne le monde, l’irrradie, l’illumine. Ce à quoi fait allusion cette catégorie du Keter.  Tout se passe comme si, pour que le monde existe, il faut lui retirer ce qui en ferait l’être de Dieu ; et ce qui lui est retiré, lui est donné en irradiation de couronne, alors le monde peut exister. Le monde existe sans cette sainteté mais il n’existe que grâce à cette sainteté qui le protège. Cette sainteté c’est ce qui lui a été pris pour qu’il puisse exister en tant qu’être autre que Dieu.

 

Il y a quand même de la sainteté dans le monde, là on va parler d’Israël, mais le monde en lui-même n’a pas de sainteté. Donc les civilisations sont profanes. Mais il y a quelque chose dans le monde qui est de l’ordre de cette couronne du monde, c’est Malkhout Israël.

 

Car ce monde-ci vient de Dieu qui est Qadosh et par le fait qu’il vient de Lui il est impossible qu’il n’y ait pas dans ce monde un lien avec Lui d’où le monde procède.

 

Il a employé ici tiarasout lien relation un terme général et formel pour ne pas poser le problème du mécanisme de la manière dont le monde procède de Dieu. C’est-à-dire la notion de création. C’est un autre sujet. Mais quoiqu’il en soit si nous admettons que le monde procède de Dieu, alors bien que la définition du monde pour lui-même c’est d’être autre que Dieu donc privé de sainteté, il est impossible qu’il n’est pas un lien avec la sainteté. Le monde en lui-même c’est les Goyim, le lien avec Dieu c’est Israël. On pourrait qualifier cela de délire d’orgueil juif !

Imaginez la civilisation universelle prétant attention à un texte pareil !

Elle déclarerait : Ces Juifs sont orgueilleux !

Mais cela resterait énorme si ce n’était pas les Goyim eux-mêmes qui disaient cela ! Nous avons le consensus de la civilisation universelle. C’est en caricature, défiguré par l’ingratitude mais c’est comme cela chaque fois que on se renseigne sur le témoignage porté par les grandes civilisation sur Israël qu’ils ont rencontré à chaque civilisation.

 

Voyez l’importance d’un grand livre comme le Kouzari.  C’est Judah Halévi dans le Kouzari qui a bien posé ce problème. Avant de parler du judaïsme, il rassemble les autres et leur demande « qu’en pensez-vous ? » Les Parsi, la religion zoroasthre, le christianisme, l’islam et les philosophes. Et en fin de compte on arrive au point de départ de l’enseignement du Kouzari, lorsque le roi des Kazars demandent à tous ces autres « d’où savez-vous tout ce dont vous parlez ? » Tous se tournent vers le rabbins : « demandez au juif c’est lui qui le sait ! » Vous voyez à quel point c’est énorme, et c’est cela que nous vivons.

 

Rien ne vient de rien (aucune chose ne vient d’une autre chose) s’il n’y a un lien une relation en quoique ce soit, comme nous l’avons expliqué plus haut aussi.

Ceci est clair et ne le contestera pas celui qui a en lui la sagesse. A cause de cela le monde qui est fait de matière a cependant une dimension différente, non matérielle.

 

Ce qu’il faut découvrir :  Le monde en lui même c’est de la matière, donc pas de sainteté. Mais cependant parce qu’il s’agit d’un monde créé par Dieu la sainteté, il y a quand même dans ce monde de la matière une dimension aute qu’elle même de mondaine et qui est une dimension de sainteté.

                     

Cette dimension de sainteté vient de l’auteur du monde qui est lui radicalement séparé du matériel. Il y a dans ce monde-ci la dimension proprement matériel et cela du côté du créé lui-même de la créature. Et c’est par rapport à cela qeu sot appelés dans le monde deux maniéres d’être de l’homme opposées l’une à l’autre. Ovdei giloulim Les idolâtres qui sont portés vers le matériel c’est la premiére dimension, mais al natio d’Israël la nation sainte est par rapport à la 2ème dimension qu’il y a dans le monde. Cette dimension qui convient au monde en quoique ce soit une dimension de sainteté non matériel. C’est pourquoi c’est à israël qu’appartient Torah et Mitsvot et toutes les choses divines non matérielles. Et par le fait que ce monde-ci est matériel et que la matière a des dimensions qui sont au nombre de 4 qui sont divergentes, ce sont les 4 dimensions d el’espace. Et ces 4 dimensions sont séparées chacunes pour elle-même et l’une n’est pas comme l’autre.

 

Si je parle du nord je ne parle pas du sud, de la même manière si je parle des Babyloniens, je ne parle pas des Perses ni des Romains... De la même manière dont la réalité du monde est orientée, la réalité humaine a sa propre orientation et chaque manière d’être homme a une spécificité et une singularité et de la même manière que l’espace a des dimensions différentes.

 

Par rapport à ces 4 dimensions de l’espace il y a 4 empires dont l’un n’est pas comme l’autre. et de la même manière que dans tout espace il y a un centre, et il est distinct des 4 dimensions, c’est pourquoi par rapport à cela le royaume de la sainteté c’est-à-dire Israël.

 

Voyez tout de suite qu’il s’agit des civilisations et du royaume messianique. Dans l’esprit du Maharal, il ne s’agit pas du tout de l’au-delà comme dans la perspective chrétienne lorsqu’il parle du royaume messianique. Il s’agit de la société d’Israël qui est censée être la société vouée à la sainteté, alors que les civilisations ont pour objet le développement des valeurs matérielles. Il y a dans cette vision un développement de l’histoire des 4 civilisations se succédant l’un à l’autre et pendant ce temps de l’histoire c’est l’histoire d’Israël avec l’eventualité de l’exil, et ensuite apparait la réussite du projet de la société messianique qu’il appelle Malkhout Israël.

 

Je repense à l’expression chrétienne : « Mon royaume n’est pas de ce monde »

Si on prend le mot de monde dans le sens temporel, sens qu’il avait dans l’hébreu que parlait finalement les fondateurs originels du christianisme – des chercheurs contemporains commencent à établir de façon assez irréfutable que ces textes ont d’abord été écrits en hébreu pour des raisons de linguistique et de sémantique élémentaires d’ailleurs, et par conséquent le mot de monde a d’abord un sens temporel. Le mot de Olam qu’on traduit par le monde mais on le pense en grec : le cosmos, l’univers. Ce mot de Olam n’a jamais eu un sens spatial. Le mot de « monde » en français a 3 sens : les hommes, l’espace, le temps.

En hébreu biblique, le mot de Olam signifie le temps d’un monde, une ère, un éon dans le langage théologique. Et dans ce sens-là, le pluriel est au masculin : Olam-Olamim dans l’hébreu biblique. Mais dans l’hébreu rabbinique le mot de Olam est utilisé dans le sens spatial comme en grec mais à ce moment-là le pluriel est au féminin : Olam-Olamot.    

« Mon royaume n’est pas de ce monde » si cela signife ce qui vient après, cela garde une cohérence, mais si c’est dans le sens que ce royaume ne fait pas partie de l’histoire des hommes, alors on est complétement séparé. Ce texte fait partie de la tradition juive et on ne peut pas l’entendre avec une connotation qui serait récupérable par la théologie chrétienne.

Il s’agit du déroulement de l’histoire humaine. Il y a eu 4 civilisations qui ont déployé le génie humain – Arbâ Malkhouyot – et quand on arrive à la fin du temps de Rome commence le temps de Malkhout Israël. Ce n’est pas de la propagande sioniste, mais vous voyez de quoi s’occupaient les rabbins en leur temps.

 

Q : par rapport au terme de matière chez le Maharal je crois avoir entendu par ailleurs qu’il était  en rapport avec le féminin, quel lien avec les Olamot ?

R :  vous avez fait une association, vous avez raison mais c’est un autre terme lorsque le Maharal parle de ‘Homer. Ici il a parlé du Gashmi, Gueshem dans le sens de la matière avec ces exigences de l’impersonnel et du déterminé Gashmi. ‘Homer s’oppose à Tsourah. Ici Gueshem s’oppose à Qdoushah. C’est un sujet assez difficile dans le vocabulaire du Maharal. Vous avez bien fait de poser la question car je sais qu’elle se pose. Faites attention à cela : ce n’est pas du tout un jugement que porte le vocabulaire du Maharal en disant dans cette analogie - le ‘Homer est féminin et la Tsourah est masculine – en disant que la femme serait matérielle alors que l’homme serait spirituel. Ce n’est pas du tout cela. C’est des pièges de traductions dans la translation des mots. Il faut l’étudier dans les significations que ces termes ont dans la Kaballah. L’identité féminine est l’identité qui reçoit l’être et la transmet. C’est l’épouse qui devient la mère. Et l’identité masculine c’est l’enfant qui est engendré à travers cette réception-transmission de l’identité féminine. Et donc la Tsourah est engendrée par le ‘Homer.

Mais là nous sommes dans une toute autre catégorie. Ce n’est pas la matière dans le sens péjoratif du passionel. Cela c’est le Gashmi et non le ‘Homer dans le vocabulaire du Maharal.

 

On avance dans le texte :

J’ai choisi ce texte parce que c’est dans le Galout Edom que finalement va se cristalliser des différences de polarité et de perspectives entre les nations qui ont opté pour ce monde-ci, et en plus il y a la sainteté, qui se trouveront inévitablement en but de rivalité avec Israël, et d’autre part Israël pour qui l’essentiel c’est l’option de sainteté, ce monde-ci en étant le véhicule. Ce conflit s’est surtout cristallisé avec Edom. Jamais Babel, Paras, Yavan n’ont prétendu être Israël. Edom prétend être Israël. C’est pourquoi le Maharal dans les chapitres précédents l’explique abondamment.

 

Et c’est cela le sujet des 4 empires qui se sont dressés dans ce monde-ci

.../...

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***

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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20 août 2010 5 20 /08 /août /2010 14:16

Galout Geoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) - 4ème partie.

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_3

Face A

 

…/…

Cela passe d’abord par Esaü. Cela passe par là. On a un problème avec l’Egypte ? Cela se discute à Washington ! Je schématise beaucoup mais ce n’est pas nécessaire d’entrer dans les détails, c’est quelque chose de massif qui frappe : si on a des démêlés avec Ishmaël cela passe par Esaü.

 

Nous allons voir ce que le Rav va nous dire assez rapidement qu’Isaac préfère qu’Israël soit en exil chez Esaü, chez Edom plutôt que dans les Shiviim Oumot les 70 nations. Dans la typologie, cette identité particulière dans sa singularité d’Esaü dans les 70 nations, c’est le monde romain. De ce que nous pouvons décrypter des commentateurs, surtout Abrabanel qui donne beaucoup de clefs là-dessus, il s’agit du monde romain et de toutes ces dimensions. Dans notre langage contemporain c’est la civilisation occidentale.

 

On ne peut nier que, indépendament des problèmes des cultures et des autres cultures, la civilisation occidentale partie de Rome qui avait pour préhistoire la Grèce est devenue universelle. Au point de vue culturel à proprement parler, pas seulement folklorique dans le sens un peu vide du terme, mais au point de vue culturel vraiment, chaque éthnie a sa culture, chaque manière d’être homme a sa culture, mais la civilisation à l’échelle planétaire est devenue universelle. Et c’est la civilisation occidentale. Et elle a pour point de départ le droit romain et tout ce qui est allé avec.

 

Par conséquent, d’une certaine manière et quelque soit les péripéties historiques qui font que telle ou telle tribu humaine est entrée en fin de compte chez Esaü, c’est quand même Esaü. Je dirais même la limite que ce qui se passe en Chine par exemple cela se passe dans Edom dès que la Chine a adopté les techniques de Edom. Il semble bien que Edom ait étendu le génie d’Esaü sur la planète.

 

Je suis toujours impressionné par cette massivité des couples de notions qui apparaissent à travers ces études traditionnelles, que ce conflit Jacob-Esaü est très souvent désigné par nos textes comme étant un conflit Jacob - le monde entier à travers Esaü. Cette dimension « Ishmaël » – j’en parlerai dans la conférence à venir – c’est que Esaü-Edom et Ishmaël sont deux dimensions de l’identité originelle Aram qui était l’écorce qui cachait l’identité profonde d’Abraham l’hébreu.

Cette identité Aram qui se particularise dans une dimension Edom et dans une dimension Ishmaël et s’érige en rivalité d’Israël.

 

Dans l’histoire d’Abraham nous avons appris qu’Abraham apparait dans l’histoire comme l’hébreu en exil à Our-Qadim. La Guémara nous explique son nom en ce temps-là : Avram = Av léAram.

Abraham a eu deux époques du point de son nom : Avram ensuite Avraham. Et lorsqu’il s’appelle encore Avram le texte le nomme « Avram l’hébreu ». Et pourtant la Guémara nous dit que Avram signifie principe de l’identité Aram !

 

Cela veut dire que son identité hébraïque est cachée, enfouie, derrière ce que les Kabalistes appellent une Qlipah, une écorce d’être : la Qlipah Aram. Cette Qlipat Aram va quitter le fond essentiel d’Abraham à travers différentes lignées, dont deux principales sont Ishmaël et Essav.

 

Tableau général :

A partir de cette identité Aram commence un effort de sélection d’identité qui aboutira à Jacob-Israël. Et qui va laisser des dimensions en suspend qui vont s’ériger en rivalités d’Israël. Deux d’entre elles sont Ishmaël et Essav.

Mais il y en a en tout 7. Je vais vous les énumèrer très rapidement.

De cette identité de la famille d’Abraham qui est araméenne – et qu’est ce que l’araméen ? c’est l’hébreu de l’exil de la Chaldée, l’hébreu de l’exil, du temps de l’exil de la Babel ancienne de la Mésopotamie ancienne.

 

Il y a une branche qui est la branche de Loth. Et Loth sort de la même souche que Abraham fils de Tera’h. Loth c’est le fils de Haran fils de Tera’h. Lot c’est Ammon et Moav, deux autres peuplades, mais qui sont d’origines araméenne d’après le récit biblique. Et elles se sont érigées en rivalité messianique contre Israël. Il y a une histoire de la rivalité de Ammon et de Moav qui traverse tout le récit biblique. Et ce n’est pas fini. La capitale de la Jordanie s’appelle Rabat-Ammon ! Je referme la paranthèse. C’est une première lignée. Il faudra attendre l’apparition de Rout pour que l’étincelle de sainteté qu’il y avait dans cette branche perdue revienne avec Ruth. Vous voyez pourquoi Ruth n’est pas n’importe quelle convertie et elle sera en cela l’ancêtre du roi David.

 

Et puis cette sélection d’identité continue : Abraham a une première lignée avec Agar l’égyptienne, c’est Ishmaël. Et donc d’Abraham part une partie de cette Qlipah Aram avec Ishmaël. Et vous vous souvenez qu’Ishmaël est né quand Abraham s’appelait encore Abram. Quand Abram devient Abraham, il s’est hébraïsé encore plus si j’ose dire, alors il peut engendrer Isaac. Et alors d’Isaac se détache une autre dimension de cette Qlipat Aram beaucoup plus intérieure, beaucoup plus profonde que celle d’Ishmaël, c’est Esaü.

 

Et d’une certaine manière voilà le paradoxe : d’une certaine manière Ishmaël est cousin seulement de Isaac, ils sont plus loins « génétiquement » si j’ose dire que Esaü qui est le frère jumeau, et pourtant ils nous apparraissent comme plus près et plus ressemblant !

Alors que Esaü qui « génétiquement », du point de vue des engendrements sort de la même matrice

Rebeccah, c’est la Qlipah Aram intérieure profonde et donc Esaü d’une certaine manière est finalement beaucoup plus différent de nous que Ishmaël, bien qu’à l’origine Esaü soit le frère jumeau de Jacob.

 

Cela m’a toujours frappé : Il y a dans le comportement d’Ishmaël du point de vue Torah quelque chose d’approximatif au comportement d’Israël, avec leur cacheroute rudimentaire par exemple. Si on devait comparer avec la cacheroute d’Israël c’est rudimentaire. Mais c’est de la cacheroute quand même, mais ce n’est pas cachère. Eux considère que notre cacheroute est cachère pour eux. Ce n’est pas pour rien. Les bouchers juifs ont énormément de clients arabes pieux.

 

Au temps d’Abraham, il y a un antagoniste d’Abraham qui est en rivalité totale c’est Nimrod.

Et puis il y a une approximation d’identité qui est Loth.

 

Au temps d’Isaac l’antagoniste c’est Abimelekh, le possesseur politique de la Philistée de ce temps, aujourd’hui on dit Palestine. Et l’approximation d’identité étigée en rival c’est Ishmaël.

 

Au temps de Jacob l’antagoniste c’est d’un côté Laban, que la Bible va nommer « Laban l’araméen » par excellence – Lavan aarami. Cette identité araméenne qui veut rester araméenne et s’érige comme ennemi absolu de l’identité hébraïque, alors que c’est la même origine.

 

En faisant le diagnostic d’analogie contemporaine on est effaré quand on trouve de quoi il s’agit, dans le temps contemporain. Cette souche araméenne qui veut rester araméenne et qui devient l’ennemi farouche de Jacob descendant de Isaac descendant de Abraham et de Tera’h la souche.

 

Et la Hagadah de Pessa’h dit : véLavan bikesh laakor et hakol.

Et l’approximation d’identité au temps de Jacob c’est Esaü.

Cela fait 6 personnages.

 

A certaines époques qui sont des époques de fin d’exil un 7ème personnage qui est Amalek apparait qui récapitule les 6 dossiers pour à la fois détruire et remplacer. Et ce Amalek est apparu à la sortie d’Egypte. Voir dans Parshat Beshalakh l’irruption d’Amalek quand Israël sort de l’exil d’Egypte. A la fin du deuxième exil, c’est tout le livre d’Esther qui raconte la rivalité entre les Amalécites et les Juifs de Perse. Et de notre temps il est indéniable que Amaleq est apparu au moment où se termine le troisième exil qui est l’exil de Rome. Avec la prétention de détruire et remplacer. Relisez le programme de Hitler dans Meïn Kampf. Il l’a dit en clair. Je suis Amaleq : je veux détruire et remplacer le peuple juif pour mille ans. Partout où se trouve cette attitude de détruire et remplacer Israël, il y a Amaleq. C’est un profil d’identité claire, il n’y a pas à se tromper. Je n’ai prononcé aucun mot d’identification, vous avez compris avant moi…

C’est un descendant d’Esaü.

 

Alors la dimension Ishmaël est autonome. Un musulman n’est pas un chrétien. Mais elle est une dimension de Esaü parce que cette dimension Aram chez Esaü est plus profonde, plus intérieure. J’ai toujours été frappé de cela : le monde de l’islam et le monde de la chrétienté sont en rivalité inexpiable. Il y a un seul point sur lequel ils sont en alliance, c’est contre Israël. Et cela à travers toute l’histoire.

 

Retour au texte :

 

Et je vais donc expliquer encore ce verset : « Et Isaac aima Essav car il avait le goût du gibier dans la bouche ».

 

Mais l’explication qu’il nous a donné : parce que Esaü avait dans sa bouche comme proie les descendants de Jacob qu’il avait pêché, chassé dans l’enfer.

 

C’est comme pour dire Its’haq Hou Midat HaDin va Pa’had : Isaac c’est la modalité de la rigueur absolue et la terreur de l’entièreté de l’absoluité du jugement absolu de la stricte rigueur.

 

Dès qu’on se relie à cette vérité de l’absolu de la justice de toute rigueur on ne peut qu’être épouvanté.

 

                      et Yits’haq il aime tous les attributs de la rigueur.

 

Ici le Rav va très loin : cela veut dire que l’échec du Din, l’échec de la justice stricte c’est la légalité. C’est un Kinouï du Din, un revêtement, un sobriquet si vous voulez en hébreu moderne. La légalité c’est la caricature de la justice. Et pourtant c’est de l’ordre de la justice. Et par conséquent, même l’apparence de justice qu’est la légalité serait aimée par Isaac. Je mets tout cela au conditionnel mais cela va très loin comme thèse. 

 

Parce que ces Kinouïm, ces attributs de la rigueur, savent chasser les méchants pour l’enfer. Et n’était-ce cet attribut de l’épouvante, Pa’had, de la peur des jugements du Guéhinam, combien d’hommes justes auraient fauté ? Il y a une grande utilité dans Pa’had Its’haq (cet attribut de) la terreur d’Isaac (grâce à cela on se prévient de la faute) qui fait craindre à l’homme les rigueurs du Guéhinam.

 

Comme tout-à l’heure pour le monde à venir : on ne sait pas ce que c’est, idem pour l’enfer, le Guéhinam, même si on sait très bien ce que c’est.

 

Et alors il se méfie des transgressions, et c’est cela le secret de l’expression Pa’had Its’haq - la terreur d’Isaac.

 

Le juste de la vertu de justice absolue est dans la terreur. Et nous allons voir un verset qui le confirme :

 

Et c’est cela qui est dit ( dans les Proverbes 28:14):

אַשְׁרֵי אָדָם, מְפַחֵד תָּמִיד     Ashrei Adam mifa’hed tamid 

heureux l’homme qui a toujours peur.

 

Peur de quoi ? peur de la faute et de toutes ses conséquences. Comme vous le savez, il y a des niveaux de ce qu’on appelle la crainte dans le sens de vertu.

 

Il y a Yirat HaOnesh la crainte du châtiment.

C’est de cela dont il est d’abord parlé. Si on se rend compte de ce que peut être le châtiment quand il y a châtiment alors c’est la terreur, l’épouvante : Pa’had.

 

Il y a Yirat ‘Het - la crainte de la faute, c’est-à-dire la peur de faire une faute. La faute fait peur. Et non les conséquences de la faute, le châtiment...etc, mais de la faute elle-mëme.

 

Il y a la Yirat Shamayim la crainte des cieux. Mais ce n’est pas gaulois avec la peur que le ciel ne tombe sur la tête, quoique j’ai l’impression qu’ils exprimaient par là leur Yirat Shamayim. Ce sont les modernes qui ne comprennent plus les Gaulois.

 

Et puis il y a Yirat Elohim et Yirat Hashem.

 

Je me souviens d’un enseignement de Monsieur Gordin qui disait : « si tu rencontres un homme qui te dit qu’il n’a pas peur de Dieu toi aie peur de lui. »

Et là il faut prendre les mots au sérieux, le mal cela fait peur.

 

Voilà ce que le Rav dit : ce Pa’had Its’haq empêche les justes de tomber dans la faute. Voyez comme c’est extraordinairement parallèle. Ce Pa’had de Its’haq, Esaü en hérite. C’est le fait que  Esaü est celui chez qui on risque de tomber en exil. Alors cela nous empêche de tomber dans le Guéhinam.

 

Et s’il en est ainsi, désille tes yeux et vois combien est utile cette Pa’had qui empêche l’homme de commettre la transgression : et c’est cela le secret de ce verset ( dans les Proverbes 28:14) אַשְׁרֵי אָדָם, מְפַחֵד תָּמִיד     Ashrei Adam mifa’hed tamid - heureux l’homme qui est toujours dans la crainte.

 

J’espère que c’est suffisamment clair. Cette crainte n’est pas une terreur psychotique, névrotique, c’est vraiment un respect profond de la conscience devant la valeur qu’elle a peur d’atteindre. La valeur est exposée, la valeur est vulnérable. Et la vertu qui consiste à protéger la valeur, à la respecter, c’est une crainte épouvantable de risquer de lui faire mal. Je vais parler par image jusqu’à ce que cela soit clair : lorsque la Guémara dit Hakol bidei shamayim ‘houts mi yirat shamayim – tout est entre les mains des cieux sauf la crainte des cieux, si je le transpose dans le vocabulaire des valeurs, la valeur peut tout contre moi, tout est dans les mains de la valeur, sauf le fait que je la reconnaisse ou pas. Cela est entre mes mains à moi. La valeur c’est ce qu’il y a de plus précieux, et pourtant c’est dénudé, vulnérable, exposé…

 

Il y a une très jolie image dans la Guémara à propos du verset du Cantique des Cantiques : il est dit que la vertu d’Israël c’est d’être סוגה בשושנים   Shougah baShoshanim protégé par une haie de roses. Que peut bien protéger une haie de roses ? Cela veut dire que le juste a peur de traverser cette haie de roses. Cela veut dire que les valeurs ne sont pas protégées par des rideaux de fer. Les valeurs sont protégées par des rideaux de roses, et le juste n’ose pas porter atteinte à ce rideau de roses. C’est cela Pa’had. Je ne crois pas que c’est le sens de ce que les ‘Harédim appelle « être ‘Hared ». C’est un peu différent. Raison pour laquelle le texte n’emploie pas le mot de ‘Haradah ici mais le mot de Pa’had.

 

C’est cela que le verset veut dire en disant : מְפַחֵד תָּמִיד   qui a peur constamment – comme pour dire : « Heureux l’homme qui voit combien sont grands les châtiments des rigueurs de jugement du Guéhinam qui sont appelés Pa’had l’épouvante comme nos maitres ont enseigné à propos d’un verset du Cantique des Cantiques 3:8 :

 אִישׁ חַרְבּוֹ עַל-יְרֵכוֹ, מִפַּחַד בַּלֵּילוֹת   chacun son épée sur la hanche à cause de la crainte dans les nuits.

 

 

3:7-8

הִנֵּה, מִטָּתוֹ שֶׁלִּשְׁלֹמֹה--שִׁשִּׁים גִּבֹּרִים, סָבִיב לָהּ:  מִגִּבֹּרֵי, יִשְׂרָאֵל

כֻּלָּם אֲחֻזֵי חֶרֶב, מְלֻמְּדֵי מִלְחָמָה

   אִישׁ חַרְבּוֹ עַל-יְרֵכוֹ, מִפַּחַד בַּלֵּילוֹת

Voici, la litière de Salomon! Elle est entourée de soixante braves, d'entre les héros d'Israël

ils sont tous armés du glaive, experts dans les combats;

chacun son épée sur la hanche à cause de la crainte dans les nuits

 

Cela veut dire que c’est la nuit que se dévoile ce Pa’had.

 

Quelle crainte ? la crainte du Guéhinam qui ressemble aux nuits. Et lorsque l’homme a peur des rigueurs du jugement de l’enfer, il se garde de tant et tant de transgressions et c’est cela le sens de ce verset אַשְׁרֵי אָדָם, מְפַחֵד תָּמִיד    « qui a peur constamment », et le Sod aussi du verset (Isaie 33:14) פָּחֲדוּ בְצִיּוֹן חַטָּאִים   « A Sion les fauteurs avaient peur ».

 

Il faudrait parler longuement de ce verset mais le sens direct suffit. Il y a des endroits où les fauteurs ont peur de faire des fautes. Le verset dit פָּחֲדוּ בְצִיּוֹן חַטָּאִים   Pa’hadou BeTsion ’Hatayim - Pa’hadou le Pa’had du Vav: une allusion ici c’est le Vav du Youd-Hé-Vav-Hé : le Vav de Tiféret. C’est la même idée : que ce qui empêche la faute c’est une certaine réalité de valeur qu’on appelle Pa’had.

 

Et s’il en est ainsi, comprends par toi-même que le Pa’had a une grande nécessité pour Israël, pour lui permettre d’être sauvé des rigueurs du Guéhinam.

 

Ici il faut se réfèrer à ce qui a été dit précédemment que si on a compris que le juste est étranger dans ce monde-ci alors il est exposé à échouer et risque non pas d’obtenir le Olam HaBa, mais de tomber dans le Guéhinam. Ce qui sert de garde-fou c’est ce Pa’had.

 

Si Israël n’est pas vigilant et n’a pas cette peur devant Hashem, il est mieux pour lui qu’il tombe dans l’exil chez Essav plutôt qu’il tombe dans le Guéhinam car l’exil expie la faute. 

 

Par rapport à notre sujet cela veut dire semble-t’il qu’il y a une grâce qui est donnée à Israël : Dieu a suscité l’existence de cette identité Essav pour faire que elle vienne s’interposer entre Israël et la perdition, que c’est d’une certaine manière « à l’ombre de la croix » pour reprendre le titre du livre de Jean & Jérome Tharaud. La synagogue n’a jamais existé qu’à l’ombre de la croix. Essayez d’identifier cela historiquement. On peut l’expliquer comme cela. Les Juifs dans leur exil sont allés partout, et partout ils se sont perdus, sauf dans les pays chrétiens où ils subsistaient jusqu’à ce que on les y massacre. Mais par exemple en Chine cela se dissoud, en Amérique du Sud on a trouvé des traces de présences juives... Partout ailleurs, il n’y a pas de possibilités de susbsister. C’est cette dialectique Esaü-Jacob qui fait qu’on peut exister grâce à l’antagonsisme d’Esaü. J’ai bien conscience du caractère schématique de tout ce que je dis mais c’est intentionnel. Je voudrais bien que Michel dise à voix haute les questions qui se sont posées à lui à ce sujet. Parce qu’il y a là quelque chose qu’il faut formuler. Ce texte est en train de nous dire qu’on a besoin d’Esaü pour pouvoir ne pas tomber dans l’enfer.

Moi je poserais la question : est-ce qu’il y a une différence entre ce qu’a été la vie dans la civilisation d’Esaü et l’enfer ?

                     

Q: Dans quelle mesure Esaü bénéficie-til d’un mérite de sauver Israël de l’enfer ? Si Esaü accompli cette action rédemption c’est en fait par égoïsme parce qu’il a besoin aussi de la présence de celui qui garantie le sens du monde vers le monde à venir, et j’irais plus loin : en ayant sous sa coupe Israël, il est sûr qu’Israël n’ira pas ailleurs !

R: Oui, je pense que c’est ainsi que cela se formule. J’ai choisi ce texte en tant qu’il est extrêmement étonnant. Je voudrais le formuler ainsi : on se serait attendu de cet auteur Séfarade de la Castille, Shaarei Orah, qu’il nous donne les raisons de préférer l’exil chez Ishmaël plutôt que chez Essav ! Et donc il y avait là apparemment dans ce texte quelque chose d’étonnant. J’ai un peu pensé qu’il ne pouvait pas faire autrement, écrivant et enseignant dans un pays catholique, que de rendre hommage à Esaü plutôt qu’à Ishmaël, mias je ne crois pas que ce soit une réponse possible. Donc il faudra bien évidemment aller plus loin. Alors je continue.

 

Et c’est pourquoi Isaac s’est réjoui - Isaac qui est cet attribut de Pa’had -  qu’Israël tombe dans l’exil de Essav et que leurs fautes soient expiées, plutôt qu’il ne tombe dans le Guéhinam.

 

Dit existentiellement : il vaudrait mieux être un juif persécuté qu’un juif complétement perdu assimilé chez les Chinois ou ailleurs... Vous connaissez pour ma part mon positionnement sur ce problème : je pense que c’est caduque et que ce dont il parle est une période révolue. Le fond du problème n’est pas de se demander si la Galout n’a pas de fonction - ici nous avons un texte qui assigne une fonction étonnante à la Galout chez Essav - mais en quel temps vivons-nous ?

Il faudrait finalement expliquer pourquoi on s’entêterait à recevoir ces traitements-là si j’ose dire ? Est-ce que cela n’a pas suffit comme expiation à travers les siècles s’il s’agissait d’une expiation ? Là c’est un autre problème… mais continuons le texte :

 

Et c’est pourquoi Isaac s’est réjoui - Isaac qui est cet attribut de Pa’had -  qu’Israël tombe dans l’exil de Essav et que leurs fautes soient expiées, plutôt qu’il ne tombe dans le Guéhinam qui est jugement terriblement difficile.

 

C’est pourquoi j’ai posé l’objection telle que je l’ai posée. Que peut-il y avoir de existentiellement plus dure et difficile comme sort que le sort que Israël a eu dans l’exil de Essav ? Y compris ce qui s’est passé à travers les siècles jusqu’à nous, Shoah y compris.

 

Et c’est pourquoi le verset a dit : Isaac a aimé Esaü car il avait le gibier dans la bouche, et après que nous t’avons fait connaitre ceci, nous devons te faire connaitre la signification de ces plats que Isaac a demandé à Esaü alors que c’est jacob qui est venu, et il a achevé la préparation de ces plats pour Isaac son père, il a hérité de la bénédiction d’Esaü. Je t’ai déjà fait savoir que Isaac notre père la paix sur lui est le sacrifice parfait Hou HaOlah Tmima – et la Shékhinah la présence de Dieu ne le quitte pas un seul instant.

 

C’est dire que parmi les trois justes qu’ont été les patriarches Abraham, Isaac et Jacob, Isaac est appelé Olah Temimah. Il est tout entier parfait. Et le Rav ajoute : la Shékhinah ne le quitte jamais.

 

Et comment pourrait venir une Takalah un échec comment peut-il aimer Esaü comment un tsadik comme Isaac peut-il aimer un rashâ ? Comment peut-il vouloir bénir le méchant et laisser le juste sans bénédiction ? Ou bien comment une bénédiction peut-elle se réaliser après qu’il ait mangé et bu ? N’est-ce pas que nous savons que la prière doit être dite avant de manger ? Et ainsi il est dit (Lévitique 10:9) :  יַיִן וְשֵׁכָר אַל-תֵּשְׁתְּ    tu ne boiras ni vin ni alcool (il s’agit des Kohanim) אַתָּה וּבָנֶיךָ אִתָּךְ   toi et tes fils avec toi.

 

Et voilà que Isaac demande à Esaü à manger et à boire pour qu’il le bénisse ? Or, au niveau de sainteté où il se trouve comment peut-il violer ce précepte de ne pas manger et boire avant de prier ?

 

Comment Isaac peut-il manger et boire et après bénir le Rashâ ?

Béni mon fils ne te laisse pas séduire par ta pensée et ne te laisse pas exploiter jusqu’à croire qu’un Tsadik Gamour comme Isaac notre père ait pu tomber dans le piège le plus petit soit-il.

Et toute sa conduite c’est une balance exacte de jugement devant Dieu. Sache que Isaac notre père sur lui la paix lorsqu’il a vu qu’il y a deux mondes Olam hazéh et Olam haBa et il a vu qu’Israël teroufin vésaarin sont soucieux angoissés

 

Non pas la persécution qui viendrait d’autres hommes mais le fait qu’ils soient empêchés d’être Israël, ils sont obligés de travailler pour gagner leur vie, et cela les détourne de leur tache d’être Mamlekhet véGoï Qadosh : ils sont pris par les soucis de la vie. Le problème est clair : il s’agit de l’homme qui est voué à la vie de l’esprit qui est obligé de s’occuper du monde matériel alors que ce n’est pas sa tâche, mais il y est obligé pour pourvoir exister.

 

Et il a vu que son attribut de vertu qui est l’attribut du jugement est dirigé contre Israël.

 

pour le juger de toutes les fautes infimes qu’il peut faire en gagnant sa vie. Parce qu’il s’agit d’un juste qui est jugé en tant que juste mais lorsqu’il est occupé à des tâches qui ne sont pas des tâches pour un juste. Alors il voit que l’attribut du jugement vient juger terriblement ces justes parce que le juste est jugé terriblement. La Guémara dit que Dieu juge les justes kérout hatsaasrah en mesurant l’épaisseur d’un cheveu : les gens grossiers sont jugés grossièrement mais les gens fins sont jugés finement. Alors il a vu qu’Israël est perdu parce qu’il ne peut pas ne pas y avoir de petites fautes, petites fautes qui vont les envoyer en enfer parce que ce sont de grands justes.  

                     

Isaac était dans l’angoisse et il s’est dit : qu’est-ce que mes fils pourront faire au milieu des Goyim (les barbares) des 70 nations ? Et comment ont-ils se conduire parmi eux dans leur exil, alors il a dit : il est préférable que je donne à Esaü mon fils la bénédiction de ce monde-ci à travers la nourritue et la boisson afin qu’il domine sur Israël et que lorsqu’Israël faute il tombe dans l’exil.

 

C’est-à-dire que Isaac va bénir Esaü pour que ce soit une civilisation suffisamment bénie pour qu’Israël soit persécutée à l’aise, mieux que dans les civilisations barbares. J’ai traduit intentionnellemnt le mot Goyim par barbares.

 

Il est préférable qu’il tombe dans l’exil chez Esaü leur frère plutôt qu’il tombe dans l’exil des autres étrangers qui sont les 70 nations.

 

Alors là la catégorisaiton est très claire : il y a les 70 nations et l’exil d’Israël chez les 70 nations serait épouvantable alors Dieu sucite l’identité d’Esaü dans laquelle il y aura suffisamment d’abri pour l’identité d’Israël.

 

Je me souviens d’une conversation avec Monsieur Lévinas qui se félicitait de ce que les Chrétiens lisent la Bible : au moins on est chez des hommes qui savent de qui on parle lorsqu’on parle de Adam, d’Abraham... imaginez qu’on soit au milieu de cultures auxquelles cela ne dirait rien !

J’avais été tenté de lui répondre cela nous aurait fait une belle jambe, mais enfin si cela fait une différence, soit !

                     

Il faut donc mettre en évidence que la tradition pendant des siècles s’est félicité de ce que des Goyim soient des Chrétiens parce que l’exil des Juifs chez les Chrétiens c’est plus facile que l’exil des Juifs chez les barbares qui n’ont même pas entendu parler de Adam, de Abraham, de Moïse...

 

Et Isaac a dit : par le fait qu’il est impossible que l’attribut de rigueur ne réclame pas son dû d’Israël, alors il est mieux qu’il soit réclamé par leur frère, plutôt qu’il ne soit réclamé par des étrangers. Et c’est cela le sens du verset : « tu n’exploiteras pas l’iduméen car c’est ton frère ».

 

Ménage-le comme frère comme cela lorsque tu seras en exil chez lui il se conduira en frère avec toi.

 

Nous avons-là tout un programme d’une vision des relations entre Juifs et Chrétiens dans l’exil à travers ce théme où il faudrait en fait découvrir qu’il serait préférable d’être en exil dans une civilisation Goy mais chrétienne plutôt que dans une civilisation Goy mais non chrétienne.

 

Je veux simplement rappeler ceci : la Guémara de Sotah : à la fin des temps Dieu va juger l’humanité et à ce moment-là les Goyim s’apercevront de l’importance de la fidélité à la Torah et réclameront un sursis en demandant à Dieu une chance d’accomplir la Torah. Parce qu’il se dévoilera au jour du jugement que seuls les hommes qui auront vécu d’après la Torah seront d’un côté et les autres de l’autre. Et l’argument des Goyim est très joli : nous as-tu obligé nous de recevoir la Torah comme Tu a obligé Israël ? Oblige-nous tu verras qu’on accepteras ! Dieu leur donne une seule Mitsvah, celle de la Soukah. Mitsvah universelle de la fin des temps. Mais Dieu donnera un soleil tellement chaud que personne ne supportera de rester dans la Soukah. Ils quitteront la Soukah : d’après la halakha s’il fait trop chaud on peut quitter la Soukah. Mais ils sont sortis en claquant la porte dit la Guémara. L’attitude : on ne peut pas vivre avec la Torah. Alors que l’attitude authentique consiste à regretter de ne pas pouvoir accomplir la Mitsvah- volonté divine. C’est cela qui va les condamner.  Cet passage talmudique a des résonnances théologiques de l’histoire de la théologie très profonde : l’attitude qui consiste à dire : la Torah est impraticable ! C’est au fond le paulinisme : claquer la porte et ôter la Kipah : saint Paul !

C’est cette disqualification-là.

 

Suite avec le texte du Maharal : texte d’approche beaucoup plus général du même problème

…/…

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***

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 13:45

Galout Géoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) 3ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_2

Face B

 

…/…

Q: Pourriez-vous donner une définition du monde-à-venir ? Parce que plusieurs personnes à qui j’en ai parlé n’ont pas d’idées précises sur la question...

R: Personne d’ailleurs n’a d’idée claire sur ce sujet. C’est un autre séminaire. Très succintement, il y a un enseignement de la Guémara qui se trouve 2 fois dans le Talmud, c’est une controverse au sujet de la portée de la prophétie des prophètes. Alors il y a deux opinions, la première qui dit que les prophètes n’ont prophétisé que pour les temps messianiques. On cite un verset à ce propos : « le monde-à-venir aucun oeil ne l’a vu sauf Toi Dieu Seul ». J’ai souvent eu l’occasion de lire ou d’entendre plus ou moins indirectement que c’est une question qui d’un point de vue intellectuelle mène parfois à des pièges. Il ne faut pas faire dire à cette Guémara qu’il n’y a pas de monde-à-venir mais que le monde-à-venir est d’une nature telle que l’oeil ne peut pas le voir. Je m’appuierais surtout sur la base d’explication du Maharal : le propre de la prophétie c’est de voir le monde, donc ce monde-ci, comme il est dans sa vérité totale et essentielle, c’est la prérogative du prophète, et c’est pourquoi il est parfois appelé le voyant – le ‘Hozé -  de voir et de pourvoir percevoir et se représenter ce monde-ci dans sa vérité totale. Et pas seulement dans une perception des apparences de ce monde. Et c’est la raison pour laquelle le prophète peut expliquer l’histoire du monde. Le prophète n’est pas essentiellement un devin qui donne des prédictions mais c’est un prophète : celui qui peut dévoiler et expliquer aux  créatures qui n’en ont pas la capacité la signification de l’histoire de notre destinée dans ce monde-ci. Et le prophète a un privilège de capacité sensorielle à la limite, il est capable d’écouter en vérité,  de voir en vérité,  de parler en vérité. Il y a ces trois catégories qui désignent le prophète dans les récits bibliques. Alors que le Monde-à-Venir est une certitude, une connaissance que je vais essayer de définir rapidement, qui nous est transmis par la prophétie mais dont nous ne pouvons pas avoir de représentation. C’est une sagesse à laquelle nous sommes reliés par la ‘Hokhmah. Le ‘Hakham est capable de se situer en relation au Olam HaBa. Alors que le discours du prophète c’est le discours de la vision du prophète de ce monde-ci. Par conséquent, la prophétie n’a pas pour objet de nous parler du Olam HaBa. Cela peut se relier en particulier au fait que il y a une controverse que le Talmud cite entre les Pharisiens et Saduccéens sur la question de savoir pourquoi le texte biblique ne parle pas explicitement du Monde-à-Venir en particulier.   

 

Il y a une connaissance de ce Monde-ci qui implique la certitude de l’existence du Monde-à-venir. J’ai l’habitude de l’expliquer de la manière suivante: nous ne pouvons pas nous satisfaire de l’état de ce monde. Et si tel est le cas pour nous les créatures, à plus forte raison pour le Créateur Lui-même. Il y aurait une contradiction, une collision de concepts, à la limite du blasphématoire entre l’idée de Dieu dans sa verité totale et la représentation que nous avons de ce monde. Monsieur Jacon Gordin za’l avait l’habitude de dire que les anciens n’admettaient pas l’idée que Dieu était Créateur du monde parce qu’il considéraient eux qu’imputer à Dieu la création de ce monde serait blasphématoire. Comment imputer une monde aussi imparfait à Dieu avec l’idée que l’on s’en fait ? Et s’il y a dans la conscience humaine capacité d’une  exigence d’un au-delà de ce monde, à plus forte raison est-on obligé d’admettre que ce monde-ci n’est pas le dernier monde de la volonté du Créateur ! Il y a une manière de percevoir ce monde-ci qui enveloppe, implique, véhicule la certitude que ce monde-ci n’est que ce monde-ci d’un monde-à-venir. Nous avons étudié cela une fois dans un séminaire sur l’identité du patriarche Its’haq.  La décision de Sarah de faire séparer Ishmaël de Its’haq vient de ce que Its’haq est précisément le juste qui ne peut pas se satisfaire de ce monde-ci. Le rire dans ce monde-ci lui est interdit. Son nom Its’haq signifie « il rira », le rire au futur. Et lorsque Sarah s’aperçoit que Ishmaël rit au présent elle demande à Abraham de les séparer.

Il y a d’abord une question de connaissance par la foi que ce monde-ci ne peut être que le monde-ci d’un monde-à-venir. Notre perception de ce monde-ci est en même temps la preuve la certitude d’un Olam HaBa, un monde à venir.

 

Je ne peux que vous proposer une formule un peu littéraire, poétique si vous voulez : le monde à venir de chacun c’est le monde de chacun tel qu’il aurait voulu qu’il soit pour qu’il soit vraiment un monde. Je crois que la manière la plus directe de le dire, en me référant de nouveau à l’explication de base du Maharal : le ‘Hakham c’est la sagesse qui connait le Monde-à-venir mais le prophète ne le voit pas. Par conséquent, il est tout à fait normal de découvrir que personne n’a d’idée claire de ce que peut représenter le Monde-à-venir. J’ai employé de nouveau le mot que vous avez employé – idée – parce que ce qu’il fait problème, précisèment nous ne pouvons avoir de connaissance que conceptuelle du Monde-à-venir et donc par les idées.

C’est un peu en ce sens que la Guémara dira (T.B. Baba Batra 12a) : ‘Hakham Adif M’Navi.  

Je ne traduis pas pour ne pas entrer dans une autre parenthèse mais je voulais le relier à notre question : la ‘Hokhmah la sagesse nous permet de connaitre la loi du comportement – la Torah en tant que loi – la Halakha c’est la ‘Hokhmah par excellence. La Halakha c’est pour ce Monde-ci mais c’est la Halakha qui nous permet d’accéder au Monde-à-venir. Et c’est pourquoi le ‘Hakham maitre de la Halakha nous dirige vers le Monde-à-venir. Le Navi, le prophète nous fait comprendre dans quel monde nous sommes, dans ce Monde-ci. C’est pourquoi on ne demande pas une Halakha à un prophète. Lorsque un prophète dit une Halakha c’est que d’autre part il est aussi ‘Hakham et c’est en tant que ‘Hakham.

 

Une histoire ‘Hassidique qui m’a beaucoup plus : dans le temps traditionnel, les rabbins n’étaient pas désignés par élections mais par leurs maitres, et dans les temps récents finalement ce sont les consistoires qui désignent leurs rabbins en mettant un poste en concours. Dans une petite ville juive il y avait un concours pour un poste de rabbin et deux rabbins se sont présentés et le consistoire a fait passer un examen. On a présenté un morceau de viande au 1er le rabbin ‘hassid en lui expliquant comment on l’avait obtenu : est-ce cachère ou pas ? Il regarde la viande, la sent, et déclare : « oui c’est cachère ! ». Le deuxième rabbin mitnagued a passé 4 heures à argumenter en tirant tous les livres de la bibliothèque et a démontré que c’était cachère. C’est le 2ème qui a été retenu. Le 1er avait raison aussi mais ce n’est pas comme ça qu’on décide la Halakha, par des conduites prophétiques.

On décide la Halakha par la sagesse.

 

Le « ‘Hakham Adif M’Navi » dans ce sens-là que le ‘Hakham me mène grâce à la Halakha au Olam HaBa. Le Navi me fait vivre dans la vérité dans ce Monde-ci.

D’où la Guémara citée (T.B. Sanhedrin 99a - Brakhot 34b)  : « Olam HaBa Ayin Lo Raata Elohim Zoulatekha Sélah ». Nous ne pouvons percevoir le Monde-à-venir que par les yeux de l’esprit. Pas par les yeux de la représentation.

 

Il y a une espèce de certitude absolue, c’est une manière d’être que porte la conscience hébraïque, dès qu’elle ouvre les yeux, dès qu’elle s’éveille à ce monde-ci, qu’il y a un monde à venir. Parce qu’il n’est pas possible que le projet du Créateur soit ce monde dans l’état où il est encore.

 

Je voudrais dire cela très fortement. C’est une question de connaissance par la foi. C’est une manière d’être qui est au-delà du raisonnement. Dès que la conscience s’éveille à son existence, dès qu’elle se perçoit dans un monde, dont la Torah nous dit que Dieu l’a créé, alors il est certain que c’est le début d’un processus qui mène à un Monde-à-venir.

 

C’est d’aileurs ce que dit la Bible : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre... Ce n’est pas un ‘Hidoush c’est le Pshat : c’est au commencement qu’Il créa : il commence un processus qui fait venir le monde qui vient et qui fait advenir ce Monde-ci au Monde-à-venir. Donc il n’y a pas à s’étonner, au contraire, que nous n’ayons pas de façon directe dans les versets de la Torah écrite une indication sur le monde à venir.

 

La Bible ne parle qu’à ceux qui vont au Monde-à-venir. Elle n’a pas besoin de leur dire qu’il y a un Monde-à-venir, sinon c’est que ce n’est pas à Israël qu’elle parle.

 

Lorsque Israël aura à témoigner de sa connaissance de la foi aux autres peuples, Israël parlera et argumentera qu’il y a réssurection des morts et Monde-à-venir. Mais la Torah d’Israël n’a pas à dire cela à Israël, car cela signifierait que ce n’est pas à Israël qu’elle parle.

 

Autre exemple :  A propos de l’enseignement de Descartes sur l’existence de Dieu.

De l’enseignement de la Torah il apparait que nous évoluons tout à fait en dehors de ce processus théologique et philosophique et métaphysique de tentative de prouver par la raison et le raisonnement l’existence de Dieu. Cela apparait à la pensée rabbinique comme une préoccupation infantile et pleine d’orgueil. A partir de mon raisonnement, Dieu commence à exister ! Et comme si cela dépendait de mon raisonnement... D’autant plus qu’un raisonnement ne peut convaincre que celui qui déjà admet les postulats du raisonnement. C’est pourquoi chacune des catégories de ce qu’on appelle les différentes preuves de l’existence de Dieu dépendent de la famille intellectuelle qui admettrait le postulat du raisonnement ou pas. Par exemple, raisonnement par causalité, raisonnement par finalité... D’où dans l’atmosphère des études rabbiniques toutes ces préoccupations théologiques apparaissent comme infantiles. Elles ont leur objet dans la culture humaine mais on ne trouve pas trace de cela dans la culture de la Torah. Ce n’est que très tardivement lorsqu’il faudra argumenter et discuter avec les athées que l’on aura besoin d’une théologie.

 

Tout à fait autrement par exemple dans l’enseignement que donne Abraham : c’est en me connaissant comme créature et par le fait même que je me connaisse comme créature, dans ce fait même, est enveloppé la connaissance absolue que j’ai un Créateur.  Me connaissant comme créature je connais le Créateur ! Et c’est une connaissance de l’ordre de la sagesse de la foi qui est de l’ordre de la valeur morale beaucoup plus que de l’ordre de la valeur intellectuelle. Parce que se connaitre comme créature c’est une vertu du type de l’humilité. Ceux qui ont suivi l’enseignement du Rabbin Guedj au colloque des intellectuels juifs : il a mis l’accent sur le fait que beaucoup de sources enseignent qu’on ne peut vraiment accéder à la Torah que si on passe d’abord par l’épreuve de l’humilité de la pensée. Ânavah.

La conscience hébraïque adulte se connait d’emblée dans un certain cadrage de sagesse de la foi où pour elle ce Monde-ci est évidemment le Monde-ci d’un Monde-à-venir. Pour elle, la créature est évidemment la créature d’un Créateur.

 

Peut-être me bornerais-je à cette formule : me connaissant comme créature – c’est de l’ordre de la vertu – je connais mon Créateur, je connais premièrement dirait Descartes que Dieu existe, mais pas du tout par un raisonnement à la Descartes.

 

En d’autres termes : les enfants savent cela quel est le Monde à venir, c’est le monde de leur rêves intérieurs, leurs mondes. Le monde de chacun. Il y a des formules dans beaucoup de Mishnayot qui parlent de ce problème du mérite d’accéder au Monde-à-venir. Par exemple l’une des formules les plus connus : Qana Olamo BéShahaarat : Cette vertu lui a fait acquérir son monde en un instant.

 

C’est du domaine de l’indicible parce que cela fait partie de ce qu’il est interdit d’étudier avec plus d’un élève à la fois. Pourquoi ? Parce que c’est absolument singulier. La connaissance du monde de chacun tel que chacun souhaiterait qu’il soit pour être un monde vivable. C’est cela le Monde-à-venir de chacun.  

 

***

 

Q: Comment accéder à une génération d’hommes ou même un groupe d’hommes de même époque qui aurait le qualificatif de sage, et accés à une sagesse non dogmatique, exemple du Sanhédrin qui édictent des lois qui me semble loin de cette sagesse...

R: Il faut d’abord élucider les termes. Qu’entend-on par la sagesse ? Et chaque école philosophique aura sa définition de la sagesse ! Nous sommes donc obligés de partir d’une définition formelle pour notre sujet.  Qu’entend-on par sagesse de la Torah ?  Je vous citerais une Guémara qui dit :

‘Hokhmah BaGoyim Taamin, Torah BaGoyim Al Taamin – Si on te dit qu’il y a sagesse chez les nations crois-le – il y a les sages des nations – si on te dit il y a de la Torah chez les nations ne le croit pas.

Il n’y a pas de Torah chez les nations, et on cite un verset du prophète Jérémie dans les Lamentations Eikhah : Al ‘hou bagoyim eïn batorah  lorsqu’Israël va en exil chez les nations - Eïn Torah - il n’y a plus de Torah. Et alors le Midrash isole les mots « BaGoyim Eïn Torah» dans les nations il n’y a pas de Torah.

 

Donc il y a une différence de nature suivant cet enseignement de la Guémara entre la Torah et la sagesse. Nous avons l’habitude d’appeler ‘Hakhamim mais plus exactement Talmidei ‘Hakhamim – disciples des sages – les sages de la Torah.

 

Donc il ne s’agit pas lorsque nous disons les ‘Hakhamim des sages d’une école de sagesse philosophique quelconque. Je me demande si dans votre question il n’y avait pas allusion à cela : la sagesse dans le sens d’une philosophie de vie, mais ici il ne s’agit pas cela. C’est vraiment très inférieur par rapport à ce dont il va s’agir en fait. Il s’agit de la connaissance de la Torah en tant que la Torah est la révélation de la volonté du Créateur pour la conduite des hommes ! Ce sont ces sages-là ! Et c’est très rares dans le monde. ‘Hakhmei Israël comme nous les appelons. Et il est indéniable que si on prend les choses au sérieux, le premier point c’est qu’il y a eu événement ou Dieu le Créateur a révélé Sa volonté pour la conduite humaine et l’a révélé à travers les prophètes qui ont confié cette loi à ceux qu’on appelle les « sages », capables de la connaitre.

 

Donc le problème, le « mystère » si vous voulez, c’est de savoir comment est-il possible que des hommes quelque soit leur capacité intellectuelle et spirituelle soient capables de connaitre et de comprendre, de deviner, de savoir quelle est la volonté de Dieu pour la conduite des hommes ? C’est à ce niveau d’énormité que votre question se pose.

 

Je passerais par une définition que nous avons étudiés ensemble il y a très longtemps : un des grands principes de la tradition juive c’est Emounat ‘Hakhamim. La confiance que l’on fait à ce que disent les sages. Le problème que vous avez posé, le pshat, sa traduction directe c’est d’ailleurs une Guémara du chapitre 11 de Sanhedrin : Qui appelle-ton Apikoros ? Que l’on traduit par athée. (Je ne veux pas entrer dans la sémantique du terme Apikoros, et pourquoi le mot d’épicurien est devenu synonyme d’athée dans le langage rabbinique, c’est un autre problème). C’est celui qui ne croit pas en Dieu ? La Guémara dit tranquillement : « non, c’est celui qui n’a pas confiance dans les sages ». Voyez à quel point nous sommes tombés de niveau. Bien entendu il y a un piège, piège que vous avez signalé par la forme un peu pointue de votre question : le culte de la personalité. Quoique en général les sages n’ont pas ce travers dans la réalité. C’est là les scories, la fausse monnaie, l’exploitation de la naïveté...

 

Il s’agit ici vraiment d’une catégorie de profil d’envergure de personalités qui nous dépassent infiniment ! Ce sont ceux grâce à qui nous avons chacun à son échelle, chacun s’accrochant à quelqu’un d’un peu plus haut - l’échelle est infinie, nous avons la possibilté de nous accrocher à ce que nous appellons la volonté du Créateur. Pris au sérieux cela donne le vertige. Donc je comprends votre question. A l’origine, il y avait amalgame entre la philosophie et la révélation. Si un philosophe vient me dire ce que disait Musset en tant que poète – « Et je ne vous dirais que ce que Dieu m’a dit » – tout le monde sait Musset y compris que Dieu ne lui a jamais parlé ! Mais quand le prophète vient dire : « Voici quelle est la volonté du Créateur que je transmets aux sages qui sauront l’interprêter à chaque époque du temps lorsque les questions du temps se poseront », cela nous dépasse infiniment.

 

Notre maitre nous avait appris une fois que cette expression Emounat ‘Hakhamim : la foi que l’on fait aux ‘Hakhamim c’est encore plus profond que cela : c’est avoir confiance que les ‘Hakhamim soient vraiment des ‘Hakhamim. Et dès qu’on comprend à quel niveau cela se passe, cela nous dépasse ! Et la question ne se pose plus. Ceci dit il faut comme dit la Hagadah de Pessa’h tséoulmat : il faut étudier. Il faut goûter le fruit. On ne peut pas aller plus loin dans la désignation par allusion. A un certain moment il faut l’expérience.

 

J’avais une fois étudié un des premiers Rashi de la Torah qui étudie le 1er mot Béréshit en disant qu’on ne peut pas le comprendre comme à l’état construit :

Au commencement de quoi ? Au commencement de...

Alors Rashi dit :

 אֵין הַמִּקְרָא הַזֶּה אוֹמֵר אֶלָּא דָּרְשׁוּנִי

Ein Hamiqra Hazeh Omer Ela Darshéni

Ce verset ne dit pas autre chose que cherche mon sens !

 

Tout se passe comme si Rashi dit : ce verset « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre » n’a pas de sens direct, cherchez-le ! Lidrosh ! Et puis il donne 2 exemples de la signification de ce mot de Bereshit en disant qu’il n’y a de commencement Réshit que la Torah d’après un verset [Proverbes 8 :22] qui dit que : « La sagesse est le commencement du chemin de Dieu », « Il n’y a de commencement qu’Israël, Israël qui est appelé comencement de la récolte du Créateur » [Jérémie 2 :3].

 

Voilà comment se lit ce Rashi habituellement : Ein Hamiqra Hazeh Omer Ela Darshéni

Ce verset ne nous dit pas autre chose que : « interroge-moi ! »

Comme ont étudié nos maitres : Eïn réshit éla Torah eïn Réshit éla Israël

 

J’ai entendu une fois une autre lecture sans rien changer dans l’ordre des mots ni dans les mots:

אֵין הַמִּקְרָא הַזֶּה אוֹמֵר אֶלָּא דָּרְשׁוּנִי כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִכְוֹנָם לִבְרָכָה

Ein Hamiqra Hazeh Omer Ela Darshéni kémo shéamrou Raza’’l

Ce verset ne nous dit pas autre chose que « étudie-moi comme nos maitres m’ont étudié ! »

Pourquoi ?

Parce qu’il n’y a de Réshit que la Torah, il n’y a de Réshit que Israël. La Torah c’est la Torah d’Israël et Israël c’est Israël de la Torah. Il n’y a que quand Israël lit la Torah que c’est la Torah !

 

Mais qui est cet Israël qui lit la Torah et alors c’est la Torah ? Ce sont les sages d’Israël !

Et effectivement, ce texte, la Bible, est illisible si personne ne nous aide à lire depuis le début jusqu’à la fin. 

 

Je suis fasciné par l’impact de ce livre dans le monde au travers des traductions ineptes que l’on a répandu sur la planète. Ceci dit, il est fascinant de voir comment à travers ces voiles de traductions ce livre a empoigné l’humanité. Il signifie évidemment quelque chose mais qui sait le lire ? Ce sont les sages d’Israël ! C’est ce qu’il faut découvrir pour le comprendre, qu’il y a une envergure d’identité qui nous dépasse infiniment.

 

Il y a eu un amalgame de termes, on appelle « rabbin » n’importe qui. Les rabbins du Sanhédrin comme les autres. Ce n’est pas la même catégorie.  

 

Une expression midrachique souvent employée par les rabbins dans leurs sermons : les âmes de tous étaient présentes au moment de la révélation du Sinaï. Chacun a au moins une fois dans sa vie l’expérience du Sinaï. C’est quand le texte complétement fermé s’ouvre d’un coup et s’illumine – cela se referme, il y a un petit clin d’oeil et puis on a eu son Sinaï portatif si j’ose dire. C’est irréversible. Bienheureux ceux qui ont cela tous les jours, ce sont les Talmidei ‘Hakhamim. Mais mon expérience en tant qu’enseignant me montre que c’est indéniable. Personne ne peut le nier. Au moins une fois dans sa vie s’il a vraiment étudié  avec quelqu’un qui a vraiment enseigné, chacun a eu cette expérience, que le texte s’est ouvert. Ensuite cela se referme. Et la foi commence. Mais on sait, on a eu certitude d’expérience.

 

Je cite souvent ce raisonnement mathématique que nous devons à Poincarré qui s’appelle raisonnement par récurrence. Si cela s’est démontré vrai une fois, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas vrai pour tous les versets. Et la Guémara au chapitre 11 du traité Sanhédrin va dire : non seulement tous les versets mais toutes les décisions des sages du Sanhédrin au sujet des versets. Tout simplement il faut savoir de quoi on parle.

 

On m’a souvent posé la question suivante :

La première fois que cela m’a eté expliqué comme cela c’était chez le Rav Ashlag fils du Baal haSoulam lors d’une nuit d’étude de Pessa’h avec son gendre. On parlait. Le gendre intervient et dit : je vois bien que vous, vous comprenez mais moi je ne comprends pas. Qu’est-ce qui se passe ? Le Rav lui dit : il y a entre nous un Tsinor, un tuyau une communication tu n’es pas encore dans le coup...  Et il a cité un verset concernant l’histoire de Joseph rencontrant ses frères : Bereshit 45:12 :

וְהִנֵּה עֵינֵיכֶם רֹאוֹת, וְעֵינֵי אָחִי בִנְיָמִין:  כִּי-פִי, הַמְדַבֵּר אֲלֵיכֶם

« Vos yeux voient... que c’est ma bouche qui vous parle ».

Il l’a expliqué ainsi : le verset aurait du dire :

« Vos oreilles écoutent que c’est ma bouche qui vous parle » 

Il ajoute : Non il faut bien lire comme c’est écrit : « Vos yeux voient parce que c’est ma bouche qui vous parle ». il expliqua, phénomène que vous avez sans doute vécu, il arrive que dans une étude on comprenne quand on est en train d’étudier parce que le Talmid ‘Hakham est là. Et puis en fin d’étude on ne comprend plus rien. On revoit les notes mais cela ne veut plus rien dire… 

 

***

 

Q: La ‘Hokhmah en fait c’est le Koa’h dans le Mah ?

R: C’est exact c’est un enseignement de la Kabalah. Par rapport à notre sujet cela se relie à la notion d’humilité dont on parle des ‘Hakhamim authentiques. Koa’h Mah. Lorsqu’ils arrivent à ce niveau de vertu de dire comme Mosheh véAharon : « vénakhnou mah ? »

Nous ne sommes rien ! Koa’h Mah !

C’est un problème beaucoup plus large en Kabbalah.

 

Quelle différence entre le mot de sagesse lorsqu’il traduit le mot de ‘Hokhmah et le terme de connaissance ? Sagesse c’est connaissance et vertu à la fois. Alors que la connaissance n’est pas forcément liée à la vertu de la valeur dont on parle au niveau de connaissance intellectuelle pure.

 

Je me souviens de mes cours de philosophie en Sorbonne : nous avions de très grand professeur, Louis Lavelle le philosophe des valeurs, nous expliquait avec une honnêteté absolue que le philosophe n’a pas à vivre d’après sa philosophie. Il explore des idées, les expose mais il vit comme il vit.  C’est comme un poteau indicateur. Le poteau ne va pas à droite il indique la droite.

 

Dans la sagesse il y a connaissance et vertu. Quelle est la vertu ? Chaque manière d’être homme a sa conception de la vertu. Chez les nations il y a tel ou tel type de sagesse. La sagesse de type stoïcien...

 

Et puis la Torah c’est la sagesse telle que Dieu la veut. A ce niveau il s’avère que il y a eu des hommes capables de...

 

Je vais vous citer Shmouel Trigano dans sa thèse d’histoire de la philosophie, livre que je vous conseille de lire d’ailleurs, véritable somme de connaissances sur les avatars de la pensée juive dans l’exil qu’il intitule « la demeure oubliée ».  Il a une page où il critique précisément tous ces auteurs qui écrivent des essais sur la pensée juive. Il dit : quand on lit ces essais on a l’impression que tout commence avec l’auteur. Et qu’avant il y avait une sorte de préhistoire de bibliothèques. Mais que la pensée juive commence avec l’auteur de l’essai. Alors que la tradition rabbinique de l’étude c’est le commentaire des textes fondateurs. Ce qui est vérifié dans son authenticité par un certain nombres de règles dont la principale est : ha omer davar béshem omro – on cite de quoi on parle au nom d’où cela vient comme ça vient.

On risque de s’habituer à croire que la sagesse des sages est de même nature que la sagesse des universitaires qui parlent des sages. Je me souviens de mes premiers cours de philosophie déjà au lycée : un professeur de philosophie qui faisait partie de ce qu’on appelle l’ecclectisme. Nous avions un cours : Socrate a pensé que ... Descarte a pensé que... Kant a pensé que... et moi je pense que... Cela ne passe pas. C’est ce piège-là : cette atittude qui consiste à dire : Rabbi Akiva a dit que.. Rabbi Yehoshouah a dit que... le Gaon de Vilna a dit que...  le Maharal a dit que.. et moi je pense que... Ce n’est pas sérieux. Il faut restituer ce qui est Emounat ‘Hakhamim. C’est rare mais cela existe et quand on a eu la chance d’en rencontrer alors le monde a changé de sens, et je vous le souhaite. J’ai fait partie d’une génération privilégiée, nous avons eu beaucoup de maitres, des vrais maitres. Et on sait que c’est d’une nature différente que ces  espèces de plumitifs - Vajda les appelait des cacographes - qui disent n’importe quoi sur n’importe quoi...

 

***  

Shaarei Orah

 

Retour au sujet du Shaarei Orah :

Je vous résume très briévement ce que nous avons vu hier :

 

Le Shaarei Orah a étudié une question en s’interrogeant sur ce que dit un verset de la Parashah de Toldot 25:28. Lorsque Jacob et Esaü sont nés jumeaux dans la famille de Isaac et Rebeccah, et lorsqu’ils ont grandi, la différence est apparue que l’un est devenu chasseur alors que Jacob est paisible habitant les tentes. Le Midrash explique qu’il est l’homme de l’étude, voué à la vérité. Esaü se voue à ce Monde-ci refermé sur lui-même, exclusif du Monde-à-venir. Alors que Jacob se voue au Monde-à-venir au travers de la recherche de la vérité. Mais il vit dans ce Monde-ci. D’où le drame…

 

Ces deux manières d’être homme sont jumelles à l’origine. L’une, Esaü, a la vocation de ce Monde-ci qui en fin de compte est représentée par la chasse. Chercher la nourriture pour assurer la subsistance de la vie. Tous les autres métiers du métier d’homme finalement tournent autour de cette activité d’assurer la nourriture : apporter la nourriture dans la bouche du père Isaac. Et le père a le goût de la nourriture d’Esaü dans sa bouche. Alors que Jacob est l’homme de l’étude de la Torah, l’homme du Monde-à-venir. Dans ce Monde-ci il se prépare au Monde-à-venir. Il est donc étranger dans ce Monde-ci. Sa maison est une tente dans ce Monde-ci qui appartient à Esaü. D’où la question du Shaarei Orah verset 28 : « Et Isaac aima Esaü ».

 

On est familier du fait parce qu’on lit et relit ce verset mais le Shaarei Orah nous oblige à nous étonner : comment est-ce possible qu’Isaac puisse aimer Esaü ? Alors il faut donc expliquer l’explication que donne la Torah « Ki Tsaïd BéFiv car il avait le goût du gibier dans sa bouche ».

 

Alors le Pshat c’est que Isaac avait le goût du gibier dans la bouche et le Shaarei Orah nous explique que le Pshat c’est que Esaü avait un gibier dans la bouche. Quel est ce gibier ? Lorsque Isaac a vu que la descendance de Jacob risquait de tomber en enfer à cause des fautes, il  a vu que Esaü aurait la capacité de prendre à l’enfer cette proie et de la garder dans sa bouche : c’est l’exil chez Esaü. Au niveau exégétique le Pshat du verset nous dit qu’Isaac avait le goût du gibier dans la bouche. Il aimait Esaü parce que Esaü lui donnait à manger. Il est l’homme de la vocation matérielle qui en fin de compte aboutit à donner la nourriture et à faire exister dans ce Monde-ci. C’est une tache importante, et c’est la tache du premier-né ici apparemment. Alors que la Kabalah va nous enseigner tout à fait autre chose : c’est que en fait il faut lire que le sujet de « Tsaïd BéFiv » c’est Esaü lui-même.

 

Et quelle est cette proie qu’Esaü avait dans la bouche ? Je vous avais citer un Midrash du Zohar que c’était la Neshamah de Rabbi Méir, la force de la Torah ShébéAlpeh. Et alors ici nous avons un autre enseignement concernant l’exil à partir de cette éventualité : si on n’arrive pas à être le Tsadik dans ce Monde-ci on tombe dans le Guéhinam. Et alors il y a une sorte de parenthèse de rattrapage : l’exil chez Esaü...

 

Voilà pourquoi nous dit-il va arriver que l’histoire d’Israël aura cette caractéristique d’une longue histoire d’exil entrecoupée de temps de salut. Israël dans ce Monde-ci est en exil et en particulier en exil chex Esaü. Finalement, le Maharal l’enseigne dans plusieurs de ses livres : tous les exils ce sont au fond des modalités de l’exil d’Esaü.

 

Historiquement nous nous trouvons depuis la destruction du premier temple, il y a 2000 ans par Rome dans l’exil d’Esaü, l’empire romain et le monde de la chrétienté. Nous avons le profil typologique d’Esaü dans l’interpellation d’identité entre la chrétienté et Israël. C’est un autre aspect de cette étude, je m’y relierais un peu plus dans la conférence de jeudi soir pour essayer de caractériser la différence entre l’exil chez Esaü et l’exil chez Ishmaël, mais pour le moment dans la cohérence de ce texte, l’exil c’est essentiellement Esaü. Il y a eu historiquement 14 siècles d’exil d’une partie du peuple juif dans l’islam chez Ishmaël mais c’est un appendice de l’exil d’Esaü. Edom véIshmael : la dominante c’est Edom.

Je rappelle le principe : Il ne faut pas tomber dans le risque de faire des analogies trop schématiques mais moi personnellement je suis frappé par le fait que nos démêlés avec Ishmaël passent par le canal d’Esaü. Cela passe d’abord par Esaü.

 …/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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