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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 18:11

Pourim (1979)

Pourim (1979) Cours 1 - 2ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/pourim/cours_1

Durée : 46,2 minutes
Face B

 

…/…

Lorsque ceux qui avaient la Semikhah jugeaient qu’un Talmid ‘Hakham était digne pour une autre communauté, ils se rassemblaient en public et lui donnaient la Semikhah en plaçant les mains sur sa tête. Les Romains en ont interdit la pratique en punissant de mort tout contrevenant. Donc la Semihkha a été arrêtée. Ce n’est que par réputation que, dans les communauté restées traditionnelles, on savait par qui cela passait sans qu’il n’y ait plus rien ni d’officiel ni de légal depuis des siècles. C’est la raison pour laquelle il y a un tel état de chaos dans l’autorité traditionnelle contemporaine. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de solution mais la difficulté vient de là.

 

Il y a beaucoup de références.

 

Dans Baba Qama, en fin du 1er chapitre, l’enseignement sur la bastonnade : la Torah parle de 40 coups de bâton, la tradition dit que c’est 39. Un rabbin fait l’exègèse du verset pour montrer que puisqu’il y a écrit 40 c’est 39 cela va de soi...

Un  autre maître le maudit : tu mérites une malédiction car tu préfères un Sefer Torah mort (le rouleau de Torah) à un Sefer Torah vivant (ton maître), moi mon maître m’a dit que c’est 39 !

 

C’est parce qu’il le sait par une tradition orale qu’il peut le voir dans le texte.

Et s’il ne l’a vu que dans le texte, chacun peut faire dire au texte ce qu’il veut !

 

Dans chaque livre au moins trois livres : Le livre que celui qui a voulu écrire a écrit, le livre que celui qui lit, lit. Et le livre qui est écrit. Lequel lit-on ?

 

Il faut apprendre, mais comprendre c’est autre chose. Et distinguer ce qu’on a cru comprendre par soi-même de ce qui nous a été enseigné. Cela n’a rien à voir ! Tant qu’on n’a pas confirmation de vérité d’une opinion, d’une hypothèse, cela reste une opinion, une hypothèse.

 

Il faut bien entendu apprendre par soi-même mais il ne faut pas mélanger les niveaux d’évidence, les niveaux de certitude. La chose la plus grave pour un Talmid ‘Hakham c’est par inadvertance de prendre une hypothèse d’explication pour une connaissance. L’hypothèse reste une hypothèse, qui peut être brillante, cohérente, mais reste hypothèse tant qu’il n’y a pas confirmation.

 

Q : Tous les commentaires, par exemple ceux de Rashi, étaient donnés à Moïse du Sinaï ?

R : Dans le principe oui. En son temps on n’avait oublié tellement de chose que son commentaire nous le rappelle. Ne faites pas l’erreur de croire que le commentaire ajoute quelque chose. Il vient nous rappeler quelque chose qu’on a oublié. C’est parce qu’on devient de plus en plus ignorant qu’il nous faut de plus en plus de livres. La nécessité d’un commentaire supplémentaire c’est le signe d’un affaiblissement de la connaissance. Les évidences disparaissent. Lorsque cela ne va plus de soi, il faut le mettre par écrit. Rashi n’avait pas besoin du commentaire de Rashi pour lire chaque verset. Et comment faisait Rashi sans Rashi ? Ils connaissaient ses Juifs et leur a donné Rashi...

 

***

 

Retour au sujet :

 

C’est là que se constitue l’identité qui va devenir juive et qui s’appelle « judéenne » étymologiquement.

 

Ce sont les deux thèmes fondamentaux que nous avons étudiés dans un cours sur la diaspora.

ð   1ère grande différence : l’arrêt de la prophétie, l’hébreu devient juif et la prophétie disparait

ð   2ème l’identité de dispersion, l’identité mixte.

ð   3ème dimension importante avec la Meguilat Ester : l’atmosphère de clandestinité et de déguisement qui va apparaître. La Méguilat Ester est un livre de la clandestinité.

 

Qu’est-ce qu’un juif ?

C’est un hébreu qui, par stratégie de survie, va se déguiser en goy !

Le jour de Pourim il se déguise en juif pour se rappeller qu’il est hébreu.

C’est comme cela, c’est la Halakhah. 

Tous les jours de l’année c’est interdit, à Pourim c’est une Mitsvah où l’on joue à cette stratégie de déguisement qui a fait l’identité juive. Pourim est la fête « juive » par excellence, opposée à « hébreu ».

 

Effectivement, dans les communautés traditionnelles, l’habitude de Pourim c’est de se déguiser en juif. Enfant, je me déguisais en juif tunisien pour faire juif, parce que toute l’année j’étais déguisé en juif algérien...

 

En Israël actuellement à Pourim à Méa Shéarim on peut voir des gosses de ‘Hassidim qui arrivent à se déguiser en ‘Hassidim dans une réussite parfaite. Ils ont gardé la tradition.

Le vêtement juif est un déguisement. A Pourim, on se déguise en juif pour se rappeller qu’on est hébreux. C’est l’humour juif ! La plus grande réussite est d’arriver à se déguiser en juif ! Un juif français par exemple c’est un juif avec la légion d’honneur !

En Algérie pour représenter un français on se déguisait en légionnaire…

 

Tout juif est déguisé, moi je suis un juif déguisé en européen.

Il n’y a pas de différence.

Vous croyez que les Juifs d’Europe de l’est, ‘hassidim, sont déguisés par rapport à vous mais quand ils vous regardent ils se demandent en quoi vous vous êtes déguisés !

 

Un juif est un hébreu déguisé en goy dans l’apparence extérieure. Par exemple mon grand-père avait une djelaba, un habit arabe et pas du tout juif.

 

La seule chose qui nous reste des Hébreux c’est le Talit. Pour le reste on ne le sait pas. On le saura quand la prophétie recommencera. Mais l’important dans l’habit c’est les Tsitsit.

Dans les communautés traditionnelles on a gardé la forme du linceul (en lin seul, le mélange de lin et de laine étant interdit)

 

C’est dans son identité culturelle même, l’hébreu – le dernier des Hébreux est le Judéen – descendu en exil commence à s’habiller en Perse. Ce juif-là est un hébreu déguisé.

 

Le déguisemeent de Pourim renvoit à l’identité de déguisement qui est cette identité de clandestinité des Juifs. Dès qu’on va rentrer dans la lecture de la Méguila on rentre dans une atmosphère de clandestinité. Ce sont des Hébreux en résistance. Tout est caché et dans une atmosphère de camouflage d’identité. Le nom d’Israël n’est pas prononcé, le nom de Dieu n’est pas prononcé. Il y a des raisons pour cela. Le nom de Jérusalem n’est prononcé que pour rappeller que Mardochée est un exilé de Jérusalem. Définition déjà confessionnelle, religieuse. On entre tout à fait d’emblée de plein pied dans l’identité juive de la diapsora telle qu’elle va se développer pendant des millénaires.

On est en résistance, en sursis, en clandestinité dans une atmosphère de maquis. Tout est chiffré. On ne peut pas dire la vérité. Le juif se définirait comme perse d’origine judéenne. La capitale c’est Shoushan haBirah, Suse. L’identité juive apparait dans le dernier livre de la Bible. C’est la cloture du temps des Hébreux, on rentre dans le temps juif avec la Meguilat Ester. Tout est caché.  

 

C’est le thème que nous aurons à suivre tout au long de la lecture de la Méguila. Retenez que le thème du déguisement est extrêmement important en relation avec Pourim, parce que c’est l’identité juive qui apparait. Retenez cela que le jour de Pourim on se déguise en juif pour se rappeller qu’on est hébreux !

 

Je voudrais qu’on étudie ensemble ce dernier tableau pour situer l’événement historique dans lequel cela va commencer.

 

Je vais vous demander de lire le dernier chapitre de la Bible et la Meguilat Ester.

 

C’est dans les Chroniques livre 2 chapitre 36.

Comparez la différence d’atmosphère de ces deux contextes : les versets des Chroniques et Meguilat Ester.

 

36:22

וּבִשְׁנַת אַחַת, לְכוֹרֶשׁ מֶלֶךְ פָּרַס, לִכְלוֹת דְּבַר-יְהוָה, בְּפִי יִרְמְיָהוּ--הֵעִיר יְהוָה, אֶת-רוּחַ כּוֹרֶשׁ מֶלֶךְ-פָּרַס, וַיַּעֲבֶר-קוֹל בְּכָל-מַלְכוּתוֹ, וְגַם-בְּמִכְתָּב לֵאמֹר

Dans la première année du rêgne de Cyrus, melekh Paras roi de Perse, à la fin de la révélation de  la parole de l’Eternel (c’est-à-dire la fin de la prophétie), dans la bouche de Jérémie, l’Eternel éveilla l’esprit de Cyrus roi de Perse; et celui-ci fit proclamer, dans tout son royaume, et même par écrit  pour dire :

36:23

כֹּה-אָמַר כּוֹרֶשׁ מֶלֶךְ פָּרַס, כָּל-מַמְלְכוֹת הָאָרֶץ נָתַן לִי יְהוָה אֱלֹהֵי הַשָּׁמַיִם, וְהוּא-פָקַד עָלַי לִבְנוֹת-לוֹ בַיִת, בִּירוּשָׁלִַם אֲשֶׁר בִּיהוּדָה:  מִי-בָכֶם מִכָּל-עַמּוֹ, יְהוָה אֱלֹהָיו עִמּוֹ--וְיָעַל

"Ainsi parle Cyrus, roi de Perse: Hashem, Dieu du ciel, m’a mis entre les mains tous les royaumes de la terre, et m’a donné comme consigne de Lui bâtir une maison à Jérusalem, qui est en Judée. Qui parmi vous de tout son peuple, que Hashem, son Dieu, soit avec lui, et qu’il monte (la Aliah). "

 

On voit que la Aliah c’est le dernier mot du Tanakh.

 

Nous avons ici un texte où les Judéens en exil sont sortis de la clandestinité par une proclamation de Cyrus qu’on va appeller la proclamation Cyrus. Alors les Judéens ont droit de sortir de la clandestinité. Cyrus est inspiré et puis il le dit lui-même : il donne le feu vert pour les Judéens de remonter à Jérusalem pour construire leur temple. Vous avez une atmosphère de sortie de la clandestinité qui contraste absolument avec l’atmopshère de clandestinité dans la Meguilat Ester.

 

Suivons sur le tableau historique:

ð   En 3390 : déclaration de Cyrus : les Juifs ne bougent pas…

ð   En 3392 : Assuérus prend le pouvoir suite à un changement de dynastie…

ð   En 3396 : Haman apparait…

 

Tableau parallèle contemporain :

ð   En 5677 : déclaration Balfour…

ð   En 5693 : Hitler apparait…

 

Que se passe-t’il au temps de la Perse ? La déclaration de Cyrus qui donne le feu vert : les Juifs ne bougent pas, alors Haman apparait. Cette communauté a été sauvée parce qu’il y avait la reine Esther. C’est cette histoire que nous lisons dans Meguilat Ester.

 

De notre temps, nous avons le même rythme : la déclaration Balfour est arrivée en 1917, les Juifs n’ont pas bougé, alors Hitler est arrivé au pouvoir en Allemagne... Et la suite vous la connaissez, seulement il n’y pas eu la reine Esther...

 

On va prendre la lecture de Méguilat Ester à plusieurs niveaux à la fois.

En particulier, le niveau de la constitution de la communauté juive pour la première fois et dans la relation au monde extérieur qui est l’empire perse. Et nous allons voir là le modèle de la situation du juif dans l’histoire. D’autre part, une lecture dure du fait d’une sorte de complaisance dans cette identité provisoire qui va s’installer en définitive pour des millénaires.

 

Pour les minutes restantes, je voudrais expliquer le premier point de ce thème-là.

Vous pouvez l’intituler : l’identification socio-politique de l’empire perse dont nous parle la Meguilat Ester. Vous vous appuierez vous-mêmes sur les premiers chapitres de la Méguilat Ester.

 

Cet empire perse rassemblait 127 provinces dit le texte, en réalité 127 royaumes. C’était un empire  colossale, la civilisation perse de l’antiquité était une civilisation prestigieuse, qui rassemblait pratiquement tout le royaume « civilisé » de la civilisation de ce temps. Dans le texte « MéHodou ve ad Koush : depuis l’Inde jusqu’à l’Ethiopie » en faisant le tour de toute l’Asie. C’était un empire très libéral. Chaque province avait une autonimie réelle, et de gouvernement, et de culture, et de langue. Vous trouverez les détails dans le texte.

 

Et dans cet empire, il y a 2 cas particuliers. 

 

Nous choisirons comme modèle de référence pour l’identifier clairement l’exemple de l’empire soviétique qui a officiellement une constitution extrêmement libérale. Chaque république soviétique est autonome, chacune avec sa langue.

 

Il y a deux cas particulier dans l’empire Perse : les Amalécites et les Juifs.

ð   Amalek donc les descendant d’Esaü.   

ð   Et les Judéens.

 

Que représente le cas particulier dans le statut de l’empire ? Dans le statut de l’empire tout peuple a son territoire. C’est une province qui rassemble dans la même cohérence le territoire, le peuple du territoire avec sa langue, sa culture, sa religion...etc. Et il y a une fédération. Cela ressemble beaucoup à l’empire soviétique.

Il y a un cas particulier des Juifs qui n’ont pas de territoire dans ce pays puisque leur territoire c’est la Judée. Par conséquent, ils sont en dispersion, greffés sur les autres peuplades de l’empire.

 

Et en particulier d’ailleurs, ils se trouvent surtout dans les grandes villes exactement comme les Juifs. Cela commence à cet époque-là. Voyez, cet espéce de dimension qui va de suite être en bute à l’accusation de cosmopolitisme à l’intérieur d’un empire de constitution très libérale.

 

Et d’autre part une autre peuplade rivale des Juifs, les Amalécites, avec Haman à leur tête, qui sont au pouvoir. Ils forment le parti à l’intérieur du régime.

 

Il y a donc trois dimensions :

ð   les nations de cet empire,

ð   le parti

ð   et les Juifs.

 

On voit à quel point c’est très parallèlle à ce qui se passe en Russie.

On a les peuples de la Russie, chacun avec son territoire, la constitution officielle c’est  évidemment l’autonomie des provinces. Et il y a deux cas particuliers, le parti communiste et les Juifs.

Le parti dans l’état et les Juifs.

 

C’était la même chose dans l’Egypte du Pharaon : il y a les différents peuples asservis par cet empire, avec comme province principale les Egyptiens de l’Egypte. De la même manière qu’en russie soviétique il y a les russes blancs et les autres...  Et il y a les serviteurs du Pharaon : le parti au pouvoir. Et il y a les Hébreux.

 

Nous retrouvons cette même structure dans cette civilisation de la Perse d’Assuérus qui n’est pas totalitaire, en tout cas légalement, comme l’Egypte du Pharaon, qui est vraiment un empire très libéral qui a à résoudre un problème des Juifs. Il le résoud dans une rivalité avec les Amalécites.

 

Pour prendre un pays comme la France, on peut la voir comme un empire résultat d’une fédération de provinces. avec une constitution très libérale. Il y a deux cas particuliers : les Juifs qui bien que citoyens d’un pays n’ont pas de territoire à eux, ne sont pas partie du terroir. Et le parti fasciste quelqu’il soit. C’est la même chose à chaque fois. On voit à quel point c’est parallèle avec ce qu’on a vu dans la russie soviétique... C’est la même situation socio-politique des Juifs dans les nations. De notre temps se dévoile un exemple très clair : c’est la Russie soviétique.

 

La 1ère scène qui nous est racontée dans le récit du 1er chapitre est la tentation des Juifs à l’assimilation. Les Juifs sont mis à l’épreuve de l’assimilation. Et comme précisément ils ne vont pas résisté, alors Haman va intervenir…

 

(interruption)

…/…

(reprise)

 

… Nous allons voir un événement très analogue dans l’histoire des Hébreux en Egypte où il y a aussi eu un changement de dynastie qui explique un certain nombre d’épisodes qui se passent pour les Hébreux en Egypte.

Tant que le souvenir de Joseph en Egypte était suffisamment fort, les Hébreux étaient respectés ; et puis à partir du changement de dynastie on n’a plus tenu compte de l’importance et du prestige de Joseph dans l’histoire de l’Egypte et la persécution a commencé.

C’est l’élément d’analogie qui nous explique la suite. Ce changement de dynastie - avec Assuérus comme nouveau roi - va faire venir le parti des Amalécites au pouvoir de la Perse.

 

Je vous donne le verset dans le livre de Shemot pour ce qui concerne l’Egypte.

Shemot 1.8:

וַיָּקָם מֶלֶךְ-חָדָשׁ, עַל-מִצְרָיִם, אֲשֶׁר לֹא-יָדַע, אֶת-יוֹסֵף

Vayakom melekh-‘hadash al-Mitsrayim asher lo-yada et-Yossef.

Un nouveau roi s’est levé sur l’Egypte qui n’avait pas connu Joseph

 

Le Midrash explique qu’il faisait semblant de ne pas le connaître...

Aucun roi de l’époque n’aurait pu ne pas connaître l’importance de Joseph pour l’Egypte.

 

Quelque chose d’analogue est annoncé dès le 1er verset de Meguilat Ester:

 

וַיְהִי, בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ:  הוּא אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, הַמֹּלֵךְ מֵהֹדּוּ וְעַד-כּוּשׁ--שֶׁבַע וְעֶשְׂרִים וּמֵאָה, מְדִינָה

« Tout cela est arrivé et ce fut au temps de Assuérus, ce même Assuérus qui régnait depuis l’Inde jusqu’à l’Ethiopie-Soudan (Koush), 127 provinces ».

 בַּיָּמִים, הָהֵם--כְּשֶׁבֶת הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, עַל כִּסֵּא מַלְכוּתוֹ, אֲשֶׁר, בְּשׁוּשַׁן הַבִּירָה

En ces temps-là, lorsque le roi Assuérus a voulu affermir son trône qui se trouve à Suse la capitale,

בִּשְׁנַת שָׁלוֹשׁ, לְמָלְכוֹ, עָשָׂה מִשְׁתֶּה, לְכָל-שָׂרָיו וַעֲבָדָיו:

à la 3ème année de son rêgne il a fait un festin à tous ses princes et ses serviteurs. 

 

Affermir son trône… Cela est de nouveau lié à un changement de dynastie, et lorsqu’il a finalement installé son régime.

Ses serviteurs… Il y a une indication comme au temps de l’Egypte - Avdei Paro – il y a un parti de la cour qui est au pouvoir.

 

Le jour où il a jugé que son gouvernement était suffisamment stable, il a fait un grand festin pour inaugurer cela.

 

    חֵיל פָּרַס וּמָדַי, הַפַּרְתְּמִים וְשָׂרֵי הַמְּדִינוֹת--לְפָנָיו

« Et il s’agit de l’armée de Paras ouMadaï de la Perse et de la Médée, HaPartemim (un mot dérivé du Persan, c'est-à-dire les satrappes, les gouverneurs des provinces), et les  princes des royaumes devant lui. »

 

Il a convoqué par conséquent tous les représentants des peuples qu’il gouverne.

Tout de suite on est averti d’un problème : comment les Juifs entrent-ils dans ce système ?

 

בְּהַרְאֹתוֹ, אֶת-עֹשֶׁר כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ, וְאֶת-יְקָר, תִּפְאֶרֶת גְּדוּלָּתוֹ; יָמִים רַבִּים, שְׁמוֹנִים וּמְאַת יוֹם

« son propos était de dévoiler la richesse de la gloire de son royaume, et le prix de la magnificience de sa grandeur, de nombreux jours, puisque c’était 180 jours de festins. » 

וּבִמְלוֹאת הַיָּמִים הָאֵלֶּה, עָשָׂה הַמֶּלֶךְ לְכָל-הָעָם הַנִּמְצְאִים בְּשׁוּשַׁן הַבִּירָה לְמִגָּדוֹל וְעַד-קָטָן מִשְׁתֶּה--שִׁבְעַת יָמִים:  בַּחֲצַר, גִּנַּת בִּיתַן הַמֶּלֶךְ

« Et à la fin de cette période, le roi a fait pour tout le peuple qui se trouvait à Suse la capitale, depuis le plus grand jusqu’au plus petit, un festin de 7 jours. Dans la cour du jardin du palais du roi. Tout était décoré en tentures blanches, vertes et bleues, tenues par des cordons de soie et pourpre sur des colonnes d’argent et des colonnette de marbres et des lits d’or et d’argent, sur des planchers de porphyre et de marbre, de granit...etc. »

 

Cela dévoile la richesse de ce royaume par une telle débauche de magnificence.

L’étude détaillée renvoie à des structures de la création du monde lui-même.

C’est une civilisation d’une grande richesse, pleine de valeurs, donc fascinante, attirante, favorisant l’assimilation. Après cette grande épreuve des Hébreux dans la civilisation de l’Egypte, voilà que les Judéens qui sont les rescapés des Hébreux vont être confrontés à cette épreuve à un niveau, je pense différent, ce n’était pas le même type de civilisation, mais à un niveau aussi grave de danger...

 

C’est intentionnellement que le texte montre le type de civilisation auquel les Judéens vont être soumis à l’épreuve de l’assimilation.

 

Verset 7 :

וְהַשְׁקוֹת בִּכְלֵי זָהָב, וְכֵלִים מִכֵּלִים שׁוֹנִים; וְיֵין מַלְכוּת רָב, כְּיַד הַמֶּלֶךְ

« Et on servait à boire dans des ustensiles d’or, et les kelim étaient de différentes sortes. Et le vin du royaume était nombreux selon la main du roi keyad hamelekh »

 

Il y avait abondance et chacun pouvait choisir selon son choix.

keyad hamelekh – royal

 

verset 8

וְהַשְּׁתִיָּה כַדָּת, אֵין אֹנֵס:  כִּי-כֵן יִסַּד הַמֶּלֶךְ, עַל כָּל-רַב בֵּיתוֹ--לַעֲשׂוֹת, כִּרְצוֹן אִישׁ-וָאִישׁ

« et la boisson kadat selon la règle éditée par le roi, sans contrainte car ainsi, avait insitué le roi, sur tout celui qui avait un pouvoir dans sa maison, de faire selon la volonté de chacun ».

 

C’est une civilisation extrêmement attirante, et cependant selon la constitution officielle il y a liberté absolue. Cette communauté judéenne est située tout de suite à l’intérieur en relation à un empire, qui va lui poser le problème de sa fidélité à elle-même ou de l’assimilation. Les Judéens avaient donc en principe le droit d’être judéens.

 

Le Midrash sur ces derniers versets va dire :

Chacun fut invité à trinquer à la santé du roi, mais on était libre de boire ou pas. Les Juifs ont succombé à l’épreuve et ont bu.

 

Cela a l’air anodin, mais c’est cela qui nous est raconté pour justifier les catastrophes qui vont menacer cette communauté. Il y a dans ces versets une atmosphère de liberté absolue et donc de mise à l’épreuve. Pour toutes les traditions en général, mais plus particulièrement dans la tradition de la Kaballah, c’est le vin qui est le signe de la sagesse.

 

Dinim :

Il y a plusieurs rites importants à Pourim.  L’un des plus important est celui du vin. La communauté est mise à l’épreuve du vin, et le sens c’est l’épreuve de l’assimilation. C’est un sujet important : dans les grands étapes de l’histoire que nous raconte la Torah à chaque fois il y a l’épreuve du vin.

 

L’histoire du 1er homme : un des Midrashim nous dit que ce fruit c’était la vigne.

Le résultat du fait d’avoir manger de cet arbre pour le 1er homme fut de…

…/…

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***

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans CALENDRIER & FÊTES
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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 18:10

Pourim (1979)  

 

Pourim (1979) Cours 1 - 1ère partie

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/pourim/cours_1

Durée : 46,2 minutes
Face A

 

… ceux qui ne la connaissent pas bien en détail, reprenez vos livres d’histoire et étudiez-la. J’aimerais d’abord faire un certain nombre de repères du point de vue des dates - il y a ici un tableau que je voudrais que vous repreniez, nous l’avons déjà vu à propos de la diaspora - au temps de cette communauté d’Esther et de Mordekhaï et la correspondance de ce qui s’est passé dans notre temps. Ce n’est pas tellement cela qui va nous occuper mais le déroulement des dates.

 

Dans le grand graphique vous avez ici cette date de la fin du premier temple. C’est en 3338 la destruction du premier royaume de Judah. Alors que la destruction du premier royaume d’Israël vous l’avez bien avant là où c’est marqué l’exil d’Assyrie.

Le schisme entre les deux royaumes s’est fait juste après le temps du roi Salomon. Il y a le royaume de Judah qui continue et le royaume d’Israël qui a été détruit. C’est ce qi est marqué là avec l’exil des dix tribus. L’exil du royaume d’Israël s’appelle l’exil d’Assyrie - Ashour en hébreu. Alors que l’exil du premier royaume de Judah en 3338 c’est la fin du 1er royaume de judée qui avait pour capitale Jérusalem, alors que le royaume du nord avait pour capitale Samarie – Shomron.

 

Ce qu’on appelle l’exil de Babylone - Galout Bavel - c’est l’exil du premier royaume de Judah. Il était constitué par deux tribus et demi : Judah, Benjamin et la moitié de la tribu de Manassé. Yehoudah Benyamin vé’Hatsi Menasheh. Les 9 tribus et demi autres étaient groupées autour de la tribu d’Ephraïm dans le royaume du nord. 

 

Le royaume du nord a été détruit et exilé le premier dans l’exil de Ashour, l’Assyrie – c’est la même contrée d’ailleurs mais à l’époque c’était la civilisation assyrienne qui était dominante et 180 années plus tard grosso modo, le royaume de Judah a été détruit par la même Assyrie, la Babylonie, c’est un autre nom du même empire, et cet empire de Babylonnie a été finalement conquis par le royaume de Perse.

 

En fait, il y  avait deux peuples qui était à la tête de ce royaume, (un peu comme l’Autriche-Honngie) les Perses et les Mèdes, la Perse et la Médie, Paras ouMadaï en hébreu.     

 

Je vais vous parler très brièvement du thème d’identité de cet empire. Tout ce que nous allons apprendre par rapport à Pourim est très parallèle à ce qui se passe pour Pessa’h.

Pessa’h c’est la délivrance de l’exil d’Egypte, Pourim c’est, non pas la fin véritable de l’exil de babylone, quoique c’est l’époque de la fondation du 2ème royaume de Judah, mais c’est en tout cas un salut par rapport à un danger de destruction analogue à celui duquel le peuple hébreu a été sauvé à la sortie d’Egypte. Il y a beaucoup de différences bien entendu, mais vous verrez que c’est extrêmement parallèle.

 

Une première note dans le thème que je voudrais analyser maintenant qui est le thème de l’apparition de l’identité juive à proprement parler à cette époque : de la même manière que la Torah nous raconte l’histoire des hébreux, la Meguilat Esther nous raconte l’histoire des juifs.

 

Le premier thème que je voudrais établir c’est d’abord l’identification socio-historique et politique du royaume de l’empire de Perse, c’est-à-dire dans quel type d’empire la première communauté juive de la dispersion s’est-elle constituée ? Et les événements qui s’y sont rattachés…

Vous verrez que c’est un thème extrèmement important, ainsi que les thèmes qui vont suivre, parce que c’est là que nous avons l’essentiel de l’enseignement de la tradition concernant l’identité juive.

Tout commence là.  Cela se termine de nos jours comme vous le savez d’autre part. Entre autres signes, le fait que l’identité juive de diaspora ait commencé dans la Perse et que cette communauté-là s’achève de notre temps Davka en Perse n’est pas un hasard.

 

Je vous cite un enseignement du Maharal: 

L’histoire d’Israël va avoir à traverser un certain nombre d’empires.

C’est d’abord l’ancien empire de Babel d’où sort Abraham. Et l’exil corollaire est l’exil en Egypte. Ensuite il y a l’empire de Perse et de Médie, Paras ouMadaï d’où sortent Ezra et Néhémie. Mais la communauté juive de diaspora va rester dedans. Ezra et Néhémie sortent, avec 1/5ème du peuple une fois de plus, pour fonder le 2ème royaume de Judah. C’est l’époque immédiate quelques années après les événements que racontent la Meguilat Ester. Ensuite il y a eu Yavan la Grèce et l’identité d’Israël corollaire c’est les Makkabi. C’est ici un exil particulier sur la terre même d’Israël. Et puis finalement, c’est Yéhoudah Makabi, Matatiahou ha’hasmonahi qui est le héros de la victoire contre les Grecs. Et puis en fin de compte, le 4ème empire c’est celui de Rome d’où nous sortons maintenant.

 

Familiarisez-vous bien avec cela. Les personnages dont on nous parle à la fondation du sionisme, sont au niveau des Makabi, Ezra et Néhémie, et Mosheh Rabénou. Ce sont les mêmes identités. Sous des styules et des apprences et des réalités historiques différentes mais c’est le même thème.

 

De la même manière que l’identité hébraïque sort d’Egypte, l’identité judéenne sort de la Perse et de la Gréce, et l’identité israélienne sort de Rome.

 

Ce qu’il faut comprendre : c’est que les 9 et ½ tribus du royaume d’Israël ancien avec comme  capitale Samarie, se sont très rapidement perdues. Ils ont perdu tout contact avec Erets Israël. Beauoup de tribus se sont préservées dans leur fidélité à leur manière, dans toutes les régions du monde, Inde y compris. Je ne reviens pas sur les détails, par exemple les Pashtounes récemment convertis à l’islam…Mais ils ne vont plus faire partie de l’histoire qui commence avec les Juifs.

 

Evidemment, toutes ces tribus se sont perdues et dépersonalisées. Et c’est une des questions que nous aurons à étudier : pourquoi l’exil de l’ancien royaume d’Israël s’est perdu, quelque soit la certitude et les prophéties que nous avons qu’ils reviendront à la fin des temps (et cela commence)  alors que le royaume de Judah s’est maintenu.

Je vous donne de suite la réponse : Parce que la  différence qu’il y a avait entre l’ancien royaume d’Israël et la Judée, c’était la relation à la Torah. Les tribus de l’Israël du nord avait l’identité hébraïque nationale comme les tribus du sud de la judée. Mais finalement, la relation à la fidélité à la Torah a préservé les Juifs alors que ce manque de relation à la Torah a fait perdre l’identité d’israël de ces descendants d’Israël des 10 tribus-là. Nous allons voir comment la Méguilat Ester nous enseigne cela.

 

C’est facile à comprendre : Toutes ces tribus d’Israël quelque soit leur fidélité nationale à l’intérieur d’un empire, comme celui que je vais vous décrire, et bien finalement très rapidement le fait qu’il n’y ait pas la différence spécifique d’Israël en relation à la Torah, fait que les différences avec les autres ethnies au sein desquelles elle se trouvait, devenaient des nuances folkloriques qui se perdent rapidement. C’est ce qui guette chaque fois qu’une communauté se coupe de la Torah et devient cosmopolite avec pour seule différence avec la nation dans laquelle elle vit uniquement des nuances folkloriques.

Exemple en France pour une grande partie de la population juive qui n’a de différence avec les autres français que le couscous ou la carpe farcie. Cela ne tient pas le coup longtemps.

 

Lorsque la relation à la Torah est coupée, alors la différence nationale qui tant qu’elle est vivante est un bouclier, finit par se dénaturer et devenir cosmopolite, populiste, ne se différenciant que par une culture qui devient folklorique...

 

Voilà pourquoi les 10 tribus d’Israël, qui forment la majorité numérique, se perdent. A la longue, chaque ensemble humain dans son style historique issu du paysage où ils se trouvaient.. et ce sont des populations qui se sont répandues dans l’Europe entière mais surtout dans cette grande partie du nord de l’Asie, et sont devenus de braves goyim qu’on retrouvera à la fin des temps lorsque leurs traces d’âme hébraïque (ils n’ont jamais été juifs mais hébreux) se réveillent, mais ce n’est pas simple parce qu’ils arrivent avec les déguisement de Pourim…

 

Phénomène important :

Lorsque des familles de toutes ces tribus-là ont rejoint à Babylone ce qui deviendra l’empire Perse, les tribus du royaume de Judah dans leur exil du 1er royaume de Judah, les communautés de la diaspora des Judéens, ont reçu en leur sein énormément de membres du 1er exil d’Assyrie des 10 tribus perdues qui à l’échelle familiale ou individuelle ont rejoint les Judéens. C’est pourquoi le peuple juif qui va sortir de ces Judéens exilés contient en son sein, ne serait-ce que sous forme de germe, l’identité de toutes les tribus. Mais l’identité dominante est celle de la tribu de Judah et de Benjamin.

 

C’est-à-dire que chez les Juifs par la suite, il y a des descendants de toutes les tribus d’Israël, mais sous forme récessive comme on dit en génétique. La dominante c’est Judah et Benjamin, avec un peu de Manassé, et bien sûr la partie de la tribu de Lévi qui était avec le royaume de Judah.

 

Et nous avons dans les Divrei Hayamim, les livres des Chroniques, la généalogie de toutes les familles de bases, les clans qui ont constitués cette première communauté de la diaspora.

 

Première chose nous : nous avons, dans ce qui est appelé l’exil de Babylone dans votre tableau, la diaspora du 1er royaume de Judah. Cette diaspora ne s’est pas seulement constituée à la destruction du 1er royaume de Judah mais déjà depuis le début de l’histoire du royaume de Judah. C’était une grande diaspora numériquement. Je parle des Judéens et non plus des Israélites de ces 10 tribus dont des familles et des individus sont venus rejoindre les Judéens (et sont ainsi rentrés chez les Juifs).

 

Et très rapidement s’est constituée cette identité de diaspora comme telle alors que la diaspora à proprement parler avait commencé avant. Je veux dire une diaspora avec la métropole étant détruite.

C’est la chose nouvelle qui apparait chez ces Judéens de l’étranger qui s’étaient constitués en diaspora dans le sens habituel, c’est qu’il arrive la catastrophe de la destruction de la métropole et il ne reste que la diaspora... C’est la 1ère fois que cela arrive. Et cette communauté qui s’est constituée comme modèle de la Qéhilah des communautés juives d’une histoire qui a maintenant 2600 ans depuis le temps où je vous parle-là, la destruction du 1er royaume de Judah, c’est la communauté de Mordekhaï et de Esther dont on nous raconte l’histoire dans le livre d’Esther.

 

***

Q : Les historiens n’ont pas de traces historiques... ?

R : Oui, c’est le problème des historiens, moi je vous parle de la tradition talmudique. La difficulté des historiens c’est qu’ils ne peuvent citer que des documents historiques. Il faut étudier ces problèmes de la méthode historique : Senio Bos sur les méthodes historiques. Les historiens sont très embêtés parce qu’ils doivent reconstituer une histoire du passé en s’appuyant sur des traces et des bribes de ce qui reste comme documents. Tout ce qui a été vivant, et en particulier pour l’histoire d’une tradition tout ce qui s’est transmis oralement, cela n’existe pas, puisqu’on ne peut pas citer un document. L’historien est donc obligé de reconstituer une histoire sur des traces. Du point de vue d’une tradition on ne peut pas en tenir compte parce que c’est l’imagination de l’historien qui esssaie de reconstituer à partir de bribes. Alors que l’histoire racontée par la mémoire d’une tradition n’a rien à voir. L’essentiel de ce qui s’est passé ne fait pas partie des livres d’histoire !

Par exemple, si on devait parler de l’histoire du judaïsme algérien, mon grand-père n’a jamais laissé de livre. Et c’était un grand talmid ‘hakham ! Alors pour les historiens mon grand-père n’a jamais existé. Mais il existe puisque j’existe ! Cependant mon témoignage est considéré suspect puisque c’est celui du petit-fils qui parle…  Vous voyez comment les choses sont à l’envers !

Je ne vous dis pas : « méfiez des historiens », c’est pire !

Non madame Néher c’est autre chose j’ai énormément de respect pour elle. C’est un grand savant et

un grand professeur. Elle a une mémoire traditionnelle et donc elle sait des choses qui ne sont pas dans les livres d’histoires.

Mais prenez bien garde à l’handicap des historiens, ils ne peuvent vous dire au non de la science de l’histoire que les graffitis qu’ils ont trouvé dans la poubelle du passé. L’essentiel de ce qui s’est passé ne fait pas partie des livres d’histoires.C’est une histoire racontée au 13ème degré. Alors un historien cite l’autre et commente l’imagination du premier.

 

Faites attention à cela :

C’est parce que nous sommes devenus des infirmes que la tradition fut mise pas écrit, c’est un signe d’infirmité. Et les choses deviennent l’inverse d’elles-mêmes : ce qui n’est pas écrit devient suspect ! C’est l’inverse qui est vrai. C’est ce qui est écrit qui est suspect !

 

On nous a transformé en un peuple de libraires. Rappelez-vous lors de l’étude de ‘Hanoukah on a vu cette interdiction de mettre par écrit.

 

Il faut se méfier, si vous apprenez l’histoire de votre peuple dans les livres, vous risquez d’être encombrés dans la mémoire d’une histoire artificielle. Il faut l’apprendre dans la tradition. Les livres sont des béquilles qui aide avec les dates… etc.

 

Par exemple, Ezra a été capable de faire ce tableau pour les élèves de Mayanot, c’est précisément parce qu’il n’est pas historien ! Et qu’il a mis en tableau les événements de la tradition !

 

Prenez l’exemple des journaux qui raconte différemment le même événement ! Imaginez que ne reste pour le futur que le journal qui ne dit pas la vérité… les historiens futurs vont soutenir dur comme fer que c’est ce qui s’est passé…

Méfiez-vous de cela. On a besoin des livres d’histoire à cause de notre infirmité.

 

L’histoire est une des matières dont la vérité enseignée dépend de qui l’enseigne. L’historien se base sur des traces (ce qui reste par hasard) et des documents (ce qui reste intentionnellement).

 

Je vous donne un exemple : en Algérie après la guerre de 70, énormément de Juifs d’Alsace-Lorraine sont venus s’installer en Algérie, d’authentique ashkénazim rentrant dans la communauté séfarade. Pas en nombre suffisant pour former une communauté ashkénaze. Mais il n’y a ni trace ni document. N’ont-ils pas existé pour autant ? 

 

Dans les sociétés traditionnelles, par exemple celle des druides une société traditionnelle qui a malheureusement disparu et qui était de très grande qualité avec leurs bardes qui se récitaient de maîtres à disciples dans leurs écoles des poèmes avec des dizaines de milliers de vers. Un élève qui récitait son texte avec une faute était mis à mort. C’est sérieux. Les véhicules de transmission d’une tradition sont sûres parce que c’est sérieux. C’est une mémoire qui n’a rien à voir avec ce niveau folklorique auquel on risquerait de faire allusion... Le temps traditionnel était un temps sérieux. Par exemple un général qui perdait une guerre était fusillé sur le champ.  Un juge qui se trompait était mis à mort... Sinon le monde ne peut fonctionner. Vous n’êtes pas habitués à ce qu’est la transmission d’une tradition. Quelqu’un d’initié à une tradition, vous lui apportez n’importe quel livre concernant cette tradition, d’un coup d’œil il peut vous dire où il y a une faute. Mais le livre est écrit et on lui dira qu’il se trompe !

 

Indépendamment de la méthode historique qui repose sur la critique des documents, la critique des textes, il y a les réalités pour lesquelles il n’y a pas de documents. C’est là que l’historien est handicapé. L’historien ne peut répondre que par rapport aux traces ou documents historiques. Il n’a que le droit de dire je ne sais pas. Je ne peux pas répondre.

 

Déjà Platon avait dit que le fait qu’il faille mettre les choses par écrit est un signe d’infantilisme. Nous avons grâce à Dieu l’écriture parce que nous avons perdu la mémoire.

 

Une histoire de la Guémara Sanhédrin 39 au nom de Rabbi Yo’hanane :  

Un juif est venu demander au rabbi d’apprendre la Torah.

Le Maître : pour apprendre la Torah, il faut apprendre l’hébreu.

 

Et c’est une évidence qu’il faut récupérer. On me demande d’être membre du jury pour quantité de thèses sur des sujets de judaïsme de personnes qui ne savent pas l’hébreu ! Vous voyez dans quel monde on vit. Cela fait partie de la science actuelle ! En plus pour faire ue thèse sur le judaïsme il ne faut pas seulement l’hébreu, il faut l’araméen, et il y a plusieurs sortes d’araméen… Vous voyez comment nous sommes arrivés à un niveau de civilisation infantile ! L’art de dire n’importe quoi sur n’importe quoi. 

 

Un juif est venu demander au rabbi d’apprendre la Torah.

Le Maître : pour apprendre la Torah, il faut apprendre l’hébreu.

Le maître : La 1ère leçon, Alef c’est ainsi, Beit c’est ainsi... reviens demain.

Le lendemain, le maître lui apprend que Beit c’est Alef et le Alef c’est Beit

L’élève : non, tu m’as dit hier c’est cela Alef et cela c’est Beit...

Le maître : d’où le sais-tu ? 

L’élève : c’est toi qui me l’a dit !

Le maître : c’est cela la 1ère leçon, c’est moi qui te l’ai dit !

 

Cela veut dire que la tradition orale précède la tradition écrite. Toute tradition écrite est une tradition orale mise par écrit. Qui peut la comprendre ? Celui qui l’a mise par écrit ! La mémoire traditionnelle !

 

Il n’y a pas de doute, et cela dure depuis un certain nombre de siècles, qu’il a un désarroi absolu dans le monde juif pour savoir par où passe la tradition. Et cela a été une des grandes victoire de  Rome contre la Judée.

 

Les Romains ont diagnostiqué que pour atteindre l’identité juive, il fallait un certain nombres de décrets à la manière des Grecs de ‘Hanoukah. En particulier l’interdiction de la Semikhah. L’ordination en français.

 

C’est une espèce de tendance à la superstition de l’écriture. Ce n’est pas parce que c’est écrit que c’est vrai. C’est parce que c’est vrai que c’est écrit.

 

La Semikhah était la cérémonie de l’ordination où un rabbin devenait porte-parole de la tradition. Son maître avant sa mort rassemblait les représentant de la communauté et désignait son successeur. La Semikhah se recevait de haut en bas : celui qui était reconnu comme maître dans la génération précédente désignait le suivant. Il n’avait pas à se justifier ni expliquer les motifs car par définition seul celui qui aurait été dans son cas aurait pu comprendre pourquoi celui-ci et pas celui-là...etc

Tous étaient ses élèves mais il décidait qui serait son successeur. Il détenait son aurorité de son propre maître, qui la détenait lui-même de son propre maître... jusqu’à Moïse.

Moshe qibel Torah miSinaï oumesarah liYehoshouah

Au moment de quitter Israël, Moshé a ordonné Josué. Tous les grands d’Israël étaient ses élèves, mais après lui ce fut Josué...

 

Les Romains ont deviné que c’est ce qu’il fallait casser pour atteindre l’identité juive.

Comment se fait actuellement la désignation d’un rabbin d’une ville ? Il est élu par ceux qui sont moins que lui. Il y a un collège électoral ou même pas le 1/3 sont des rabbins et le reste sont des administrateurs qui vont désigner qui est le grand rabbin !!!

Alors que traditionnellement, c’est le grand rabbin précédent qui désigne son successeur.

C’est inique selon l’adjectif rabbinique

Traditionnellement c’est de haut en bas : Moïse a des raisons de savoir que c’est Josué et Josué a des raisons de savoir que c’est tel ou tel Zaqen etc...

 

Et quand cela a été cassé il y a un désarroi absolu !

Qui a transmis à qui ?

D’où cela vient-il ?

 

Il y a eu des tentatives de raccrocher cette ordination parce que les Talmidei ‘Hakhamim se connaissent et ils savent qui est plus grand que qui, qui vient d’où, et qui est quoi... et ils peuvent se mettre d’accord pour donner l’ordination à l’un d’entre eux qui recommencera la chaine de l’ordination. Mais c’est l’échec à cause des rivalités présentes dans tous les siècles.

 

Actuellement, nous avons besoin d’un sanhédrine. Enormément de problèmes restent en suspend que seul un sanhédrine pourrait résoudre. Imaginez de mettre ensemble 70 rabbins pour les mettre d’accord ! 

 

La traduction de la Septante : les Grecs ont demandé au membres du sanhédrine et pour être sûr ils ont enfermé chaque rabbin séparément. La Providence a voulu qu’ils soient inspirés de la même manière et ont donné le même texte en grec. D’où l’enseignement : pour mettre d’accord des rabbins ensemble il faut les séparer... !

 …/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans CALENDRIER & FÊTES
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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 13:44

L’objet de la Cabale

 

L’objet de la Cabale – 2ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/l_object_de_la_cabale/cours_1

Durée : 33,7 minutes

Face B

 

…/..

Ces deux préoccupations-là – discours sur l’idée de l’homme ou discours sur l’idée de Dieu - ne sont pas inconnues de la tradition kabaliste, mais elles lui sont à proprement parler étrangères. En ce sens que sa perplexité propre commence au-delà. Le kabaliste a déjà reçu l’évidence de vérité du discours biblique : il est vrai que Dieu est et i est vrai que l’homme existe. Il peut parle de cela, converser avec le philosophe ou le théologien, mais ce n’est pas son propos ni sa perplexité propre, qui est beaucoup plus sérieux que cela si j’ose dire.

 

La pensée philosophique et la pensée théologique corollairement apparaissent presque comme des pensées secondes au moment de la cessation de la prophétie.

 

Pour le kabaliste le postulat est très clair : Quelque soit ses difficultés d’exister, l’homme existe.  Il ne considérera pas comme de l’ordre de la pensée adulte d’être préoccupé des attendus de l’existence de l’homme. De la même manière, quelque soit les difficultés de l’atteinte par la médiation de la foi puis de la connaissance de cette foi, pour le kabaliste, il est clair que le discours biblique véhicule une réalité vécue, et que par conséquent Dieu est. C’est au-delà qu’il commence à se poser sa propre question. Sa question c’est la possibilité de l’existence d’un monde. Ce qui fait problème pour la Kabalah ce n’est pas tant Dieu que l’homme, mais la relation entre Dieu et l’homme. Comment est-il possible qu’un monde existe ? Voilà la question de la kabalah.

 

Les kabalistes vont parler des mondes. Ils vont dévoiler et nous expliquer qu’on ne peut pas simplement dire « le monde ». Si nous ne disons que le monde dans les limites étroites de notre perception du monde extérieur tel que nous le connaissons, nous n’avons aucune réponse à cette perplexité : comment est-il possible qu’un monde existe ?

 

Si Dieu existe il est tout.  Il n’y a donc pas de place pour autre que lui. Il y a là une tentative de solution du problème qui est en réalité une esquive : le panthéisme.

Le panthéisme est le postulat que le monde extérieur dans lequel nous sommes situés et ce que les théologiens nomment Dieu c’est la même chose. Cela ne fait que esquiver le problème. Et je pense que cela a été une tentation permanente de l’esprit humain de tomber dans le panthéisme à cause de cette difficulté préalable : si Dieu est, il est tout, Il est absolument, et il n’y a pas de place pour autre chose. Vous connaissez toutes ces philosophies mystiques de la confusion de ces deux substances, le monde et Dieu, qui seraint la même réalité. En tout cas, c’est une vision qui en soi est incompatible avec le discours biblique. Le discours biblique catégorise les substances, les essences, les réalités : Dieu, l’homme, le monde.

 

Selon la Kabalah pour la pensée adulte, Dieu c’est Celui qui fait être tout ce qui existe. L’homme c’est le moi qui pose la question de cette perplexité. Ce qu’il faut comprendre c’est la relation qu’il y a entre l’un et l’autre, et le lieu de cette relation c’est le monde.

 

En partant du point de vue de l’homme philosophe, si c’est l’homme qui est l’être, le monde étant à la limite constitué par les représentations de la conscience humaine, c’est l’homme qui est tout. Et dans le monde de l’homme, il n’y a pas de place pour Dieu. De la même manière que dans le monde de Dieu il n’y a pas de place pour l’homme, apriori par les postulats de la découverte du problème. C’est la raison pour laquelle j’ai dit tout à l’heure que la perplexité propre et l’objet propre de la tradition de la Kabalah, c’est essentiellement la question de l’existence du monde, du monde comme relation entre Dieu et l’homme, d’une part – le courant de la prophétie . et d’autre part comme relation entre l’homme et Dieu – le courant de la prière.

 

C’est ce qui va nous occuper dans les scéances suivantes. Simplement je dirais déjà aujourd’hui pour terminer cette partie assez rapidement que l’on trouve un parti-pris de méthode dans la tradition de la kabalah qui est la distinction radicale entre Dieu et ses attributs, entre Dieu et les médiations par lesquelles Il se relie à l’homme.

Le kabaliste en général ne fait pas de théologie dans le sens classique. On ne parle pas de Dieu en Lui-même, tel qu’il est en Lui-même ; on n’en dit rien sinon qu’Il est. Raison pour laquelle le terme habituel des auteurs de la Kabalah c’est le Ein-Sof.

 

Terme sur lequel nous aurons à revenir dans les prochaines analyses. On peut le traduire à la limite en français par l’infini. Ein-Sof cela veut dire : il n’y a pas de limite, il n’y a pas de fin à son être.

 

Peut-être que le terme de la tradition exotérique le plus simple pour servir d’appui à la compréhension du terme Ein-Sof, c’est-à-dire Dieu en lui-même, c’est le mot de Reshit. Si on arrive à percevoir intellectuellement, l’idée d’une réalité dont tout l’être consiste à être commencement, alors on commence un peu à entrevoir la signification de ce que signifie ce terme des Kabaliste de Ein-Sof. Ce qui dans sa manière d’être est perpétuellement commencement d’être. Il n’y a pas de Sof. C’est ce terme que les Kabalistes emploient pour désigner Dieu en lui-même, indépendamment de sa relation au monde. Il faut distinguer une fois pour toutes celui qui est le Ein-Sof en lui-même et sa relation au monde, notre monde, celui de notre perception. La Kaballah nous dévoile le monde des hiérarchies et différentes médiations qu’il y a entre le Ein-Sof et nous.

 

Ce principe nous permettra de dinstinguer entre le courant philosophique à proprement parler, le courant théologique et l’objet de la tradition de la Kaballah dans son sens strict.

 

La question qui reste à élucider : comment un monde est-il possible ?

 

1ère époque :

 

Le premier niveau de la Kabalah c’est la prophétie elle-même. Nous retrouvons très souvent dans la Guémara le fait que les textes des prophètes sont nommés par le Talmud « Kabalah ». Kabalah dans le sens habituel de tradition.

 

Dans les 1ères pages de la Massekhet Baba Qama, nous trouvons souvent l’expression de la Guémara : divrei torah midivrei kabalah lo yalfinan. On ne tire pas un enseignement concernant les commandements de la Torah des paroles des prophètes.  Ici le mot de Kaballah désigne les prophètes ! Pour les Talmudistes, il n’y a jamais eu d’ambiguïté : ils appellent Kaballah les prophètes eux-mêmes. C’est ensuite que le terme de Kaballah va désigner la perpétuation de la connaissance intime de la pensée prophétique, dans la lignée ésotérique, par rapport à la lignée exotérique.

 

La première période est donc la période des prophètes cela va d’Avraham jusqu’au dernier prophète de la fin du premier temple et début du deuxième temple avecla génération des fondateurs du Bayit Shéni : la génération autour de Ezra et Nehémie, Malakhi, Mordékhaï… les derniers des prophètes insipirés.  

 

2ème période :

 

La deuxième époque : la figure principale qui apparait est Rabbi Shimon Bar Yo’haï. Il y a une controverse sur l’auteur du livre du Zohar chez les historiens. C’est l’enseignement des Tanaïm, disciples des prophètes, et de Rabbi Shimon Bar Yo’haï au temps de la mise par écrit de la Mishna c’est-à-dire la fin du temps des Tanaïm (lui-même a vécu vers la fin du 1er siècle de l’ère actuelle). C’est une sorte de mémoire du temps de la prophétie, une sorte de capacité, à travers la chaine initiatique de maitre à élève, de se situer dans le monde comme les prophètes le voyait.  C’est encore une description, une vision. D’après les historiens de la Kaballah, surtout modernes comme Guershon Sholem, ce seraient des Kabalistes du 13ème siècle qui en serait l’auteur.

 

Cette époque est l’apogée de la philosophie religieuse. Pour lutter contre ses dangers, les kabalistes ont décidé de mettre par écrit et de dévoiler ces enseignements qu’ils recevaient traditionnellement depuis le temps des Tanaïm dans la lignée ésotérique. C’est le 1er élément caractéristique de mise par écrit d’un enseignement destiné à rester oral.

Il y a danger spirituel, si on est inssufisamment préparé, à parler du monde caché tel qu’il est en réalité alors qu’on ne dispose que du diagnostic de perception du monde dévoilé.

 

Mais surtout, c’est que c’était le temps de l’exil qui a commencé avec le temps de la fin de la prophétie.

 

J’avais fait allusion aux raisons de l’arrêt de la prophétie.

Il y a deux raisons principales :

-La destruction de la nation hébraïque

-La dispersion des rescapés de la nation hébraïque.

Tant que le poste récepteur de cette émission en directe était là, l’émission était en temps réel.

Lorsque le poste a été détruit, cela ne signifie pas que l’émission ne continue pas. Lorsque les conditions de la captation sont réunies on capte c’est le phénomène de la Kaballah. Mais il est indéniable que à la fin du 1er temple on est obligé de prendre acte que la nation hébraïque à travers les 12 tribus est détruite. Il y a des rescapés des Hébreux.

Au temps du premier temple il y avait des prophètes.

Au temps du deuxième temple, il n’y a plus que des kabalistes.

La prophétie comme telle a cessé parce que la nation qui était l’interlocuteur de la parole prophétique a été détruite, il n’est resté que des communautés d’individus. Des Judéens, c’est-à-dire des rescapés des Hébreux. Chez les Judéens, il y avait des hommes à l’échelle individuelle capable d’être prophète. On a cité Hillel. On pourrait citer Rabbi Shimon Bar Yo’haï. On pourrait les citer tous. Mais ils ne l’ont pas été au niveau des prophètes de la Bible parce que la nation hébraïque de laquelle ils devaient être les prophètes n’était plus là ! Il n’y avait plus que les communautés juives.

Vous comprenez la différence d’envergure de dimension d’identité de l’interlocuteur de la parole prophétique.

 

La deuxième raison c’est la dispersion de ces rescapés de la nation hébraïque dans la grande histoire judéenne puis juive. Cela se réfère au fait que cette écoute en direct a un lieu privilégié qui est Eretz Israël. Lorsque le prophéte est en dehors d’ Eretz Israël, il ne prophétise que par son lien à Eretz Israël. Mais le phénomène de la prophétie ne concerne que Eretz Israël.

 

Cette capacité prophétique est le propre de l’identité hébraïque et a son terroir propre si j’ose dire, de la même manière que toute identité culturelle a son terroir propre quelque soit sa spécificité.

 

Il suffit de rassembler dans la même perception ces différents événements :

-le temps de l’arrêt de la prophétie,

-le temps de l’arrêt de la nation hébraïque,

-le temps de la dispersion de la nation hébraïque,

pour s’apercevoir qu’il y a des liens très profonds entre ces différents événements.

 

Corollairement, ce caractère secret de la tradition kabaliste vient du fait que les Juifs étaient en exil. Il était par conséquent dangereux de dire le dévoilement de façon trop directe.

 

Cependant, les Kabalistes ont jugé qu’à partir du moment où une certaine forme de la théologie – non pas la tradition exotérique de la parole des prophètes – la théologie philosophique et religieuse qui avait commencé à se répandre et devenir dominante, il fallait lutter contre elle. Les Kabalistes ont donc décidé de mettre par écrit leurs enseignements sous forme plus ou moins voilée, mais dès qu’on édite un livre on sait à l’avance que ce sera aux mains du grand public. On a décidé de publier ce qui était jusque-là réservé à des lignées initiatiques bien particulières.

 

C’est ce fait-là dont les historiens se sont emparés pour dater les premiers livres de la Kaballe.

Mais le contenu du Zohar et du Bahir est de la même époque et vient de l’enseignement des Tanaïm. Il a été enseigné oralement jusque-là mais a été mis par écrit en ce temps-là pour lutter contre l’influence de la philosophie religieuse.

 

Contemporaine à cette deuxième période dans le monde de l’universel humain se trouve l’expérience mystique qui est la rémanence du temps de la mythologie des autres traditions.

 

3ème période :

 

Ensuite, nous avons une troisième période tout à fait différente qui est la période de la Kaballah séfaradite. Un des principaux maitres en est Na’hmanide - Ramban (1194-1270). Rabbi Yossef Gikatilla un peu postérieur (1248-1325). Cette période s’achève dans une œuvre presque achevée, et parfaite dans sa formulation : l’œuvre de Rabbi Mosheh Cordovero - Ramak (1562-1625). Cette Kaballah a pour véhicule d’expression le discours philosophique. Elle correspond à l’exploration philosophique du monde de la vérité dans le monde extérieur.

Si nous suivons ce parallèlle : que se passe-t’il dans le monde extérieur corollairement aux grandes étapes du dévoilement de la Kaballah dans la tradition juive ? ou inversément : comment la tradition des prophètes va-t’elle se formuler corollairement et parallélement au développement de la pensée générale dans le monde extérieur ?

Nous trouvons en première étape du temps de la mythologie la prophétie. Au temps des Tanaïm, de la littérature du Zohar et avec tout ce qui va avec : ce qui est encore de l’ordre de la vision et de la description : on fait voir ce dont on parle, on utilisera plus des « symboles » (simanim) que des concepts.  En ce temps-là c’est le temps de la mystique dans les autres traditions.  

Puis vient le temps de l’exploration philosophique et métaphysique avec le moyen de l’intelligence rationnelle. Le discours kabalistique correspondant en ce temps-là c’est celui de la Kaballah séfaradite. En ce temps-là, la force de l’esprit qui est utilisée pour l’exposé du discours c’est la raison et l’intelligence. Il faut se mesurer ou être au niveau de l’exploration de la pensée du monde extérieur par l’outil métaphysique.

 

Le Ari - Rabbi Yits'haq Louria (1534-1572) est une charnière de l’époque suivante. A chacune de ces charnières nous avons un phénomène de visionnaire dans le sens strict. Avec le Ari de nouveau un retour à la capacité du temps du Zohar, du temps des Tanaïm : de nouveau le langage de la description dans la vision. Il y a un renouvellement-ressourcement de la parole de la Kaballah.

 

Il y a eu des temps d’apogée et d’éclat, de temps  de dévoilements et des temps de retombées dans l’incognito et l’occultaiton dans cette période qui s’étend sur plus de 2000 ans. Cela est jalonné par des soleils qui donnent leur lumière. Très rapidement, lorsque les lignées s’éteignent et qu’on n’a plus les moyens de diagnostiquer oralement de façon vivante par relation avec celui qui a entendu de celui qui a entendu… les textes deviennent hermétiques. Surtout lorsqu’ils sont facile à lire.

 

Le Ari a renouvellé le décryptage de ce dont il était parlé : la description des mondes qui sont la médiation entre le Ein-Sof et l’homme en tant que créature.

 

Il y a un moment très important qui montre que d’autre part cette période de la Kaballah séfaradite ne s’achève pas, de la même manière que l’on continue d’étudier les prophètes et les Tanaïm, on continue détudier les Kabalistes séfarades qui ne viennent pas se substituer à la période précédente mais qui viennent en développement.

Avec bien sûr diminution d’envergure : un Tana est moins grand qu’un prophète, un kabaliste de Safed est moins grand qu’un Tana… Sauf les grands maitres qu’on appelait d’ailleurs Tana ou Navi.

 

Il y a donc une évolution : ce qui change c’est le véhicule d’expression. En langage de kabaliste c’est le levoush le vêtement. Le véhicule d’expression des prophètes est la parole prophétique, celui des Tanaïm c’est le style du Zohar, et celui de la Kabalah séfaradit est c’est le style de l’exposé philosophique, ou du moins le style qui tient compte des questions que pose le philosophe.

 

Le Ari a renouvellé ce que j’ai appelé la Kabalah séfaradite.

 

Au 13ème siècle : dévoilement par écrit des contenus pour pouvoir s’opposer à l’influence de la pensée philosophique. Aucune des communautés juives n’a jamais construit le monde de sa prière autour des données issues des théologiens, mais toute la structure du monde de la prière est autour de l’enseignement des Kabalistes. Dans ce conflit entre les philosophes de la religion et les Kabalistes eux-mêmes ce sont les Kabalistes qui ont triomphé, parce que les Juifs sont kabalistes alors que les universitaires sont philosophes. Les théologiens ont triomphé à l’université. Les Juifs dans leur sentiment profond de relation à la parole biblique se sont mieux retrouvés dans le discours des Kabalistes que dans le discours des théologiens.

 

4ème période :

 

Ensuite, l’humanité en général va découvrir et particulariser un objet de sa perplexité dans la recherche de la vérité dans la vie spirituelle qu’on appelle aujourd’hui de façon très générale le monde de la psychologie, le monde de la vie intérieure.

 

Après la métaphysique c’est le temps de la psychologie qui commence au 17ème siècle déjà. C’est cette particularisation d’un morceau de la philosophie qui devient la psychologie avec toutes ses dimensions annexes, la découverte du phénomène de la vie intérieure en tant que tel, au-delà et plus profond du fait intellectuel. Le mot de psychologie a été employé la 1ère fois en Europe par Maine de Biran. Corollairement va apparaitre le ‘Hassidisme.

 

La 4ème époque dont la grande charnière est le Baal Shem Tov (1698-1760).

Il va initier une école de Kabalistes qui deviendra le ‘Hassidisme qui va reformuler le contenu de la révélation prophétique avec pour objet d’éclairer ce monde de la vie intérieure. Là aussi les ’Hassidim ne vont pas se couper de la tradition du Zohar et de la Kaballah séfaradite précédente. Un lévoush supplémentaire va s’exprimer.

Je crois que du point de vue de l’enseignement de la Kaballah, ce temps du ‘Hassidisme a été parachevé - un peu comme Mosheh Cordovero a parachevé au niveau littéraire la Kaballah Séfaradite – par un grand maitre kabaliste contemporain qui vient des ‘Hassidim et qui est le Rav Ashlag – Baal HaSoulam (1884-1954). Lui a donné une forme systématique à cette formulation de la Kaballah à la manière de la ‘Hassidout : au niveau de l’exploration du monde de la vie intérieure.     

 

5ème periode :

La dernière période avec la dernière charnière : de notre temps, après avoir exploré ce monde de la mythologie, puis la métaphysique, puis la psychologie, tout se passe comme si la pensée humaine s’est mise à l’indice de la découverte du phénomène étudié par les sciences de la sociologie. A ce niveau là de la découverte du fait de l’homme au niveau de la société, de la collectivité et donc de l’universel, le reformulateur du contenu de cette Kaballah qui commence à Avraham Avinou à travers la Torah de Mosheh Rabénou, les prophètes, les Tanaïm, les Kabalistes séfarades, les’Hassidim… c’est le Rav Kook (1865-1935)!

Puisque c’est corrolairement à l’apparition de l’état d’Israël que cette reformulation des contenus de la vérité prophétique va être donnée à l’échelle des problèmes de la société comme telle.

 

Conclusion :

De toute l’exploration des mondes intermédiaires que nous allons découvrir nommer analyser disséquer à partir des scéances prochaines, c’est une direction principale que la Kaballah traditionnelle a retenu : la science de la prière.

L’objet de la Kaballah en tant que pensée théorique c’est l’élucidation de l’existence du monde. Le fait que les contenus de la parole prophétique donnée centralement à Israël va être formulée par les différentes époques successives parallélement aux différents véhicules d’expression de la recherche de la sagesse dans l’humanité en général.

C’est pourquoi, pour étudier les contenus de l’œuvre du Rav Kook, il faut bien évidemment avoir déjà une idée des catégories du langage de la Kaballah par elle-même.

 

Je vous énumère les différentes scéances que nous aurons à suivre :

Mardi 13 novembre :

-Le problème de la création avec deux notions principalement étudiées : le Tsimtsoum et la Shévirat Hakelim.

Mardi 27 novembre :

-Le problème du mal.

Mardi 4 décembre :

-La restauration des mondes et le problème du Tiqoun

 Mardi 11 décembre :

-Une scéance de récapitulation.

 

 < fin >

****

 

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans KABALAH
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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 13:39

L’objet de la Cabale

 

L’objet de la Cabale - 1ère partie

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/l_object_de_la_cabale/cours_1

Durée : 46,0 minutes
Face A

 

Il ne faut pas vous attendre à des révélations magiques, même pas sur le taux du dollar demain. Il y a tout un aspect de mystique autour du thème de la Kaballah qu’il est nécessaire dès le début d’atténuer.

 

Plan de l’étude :

Nous allons d’abord nous occuper d’un problème de linguistique. Ce mot de Qabalah que signifie-t’il dans la tradition juive? De telle sorte de bien comprendre ce qu’il véhicule comme enseignement et message, et transmet. Ensuite nous aborderons un premier aperçu très bref de la relation entre le temps de la prophétie et le temps de la Kaballah. Ensuite, j’enterrais dans le gros du sujet, la définition de l’objet de la Kaballah, la relation entre la Kaballah et la prière.

En fin de scéance nous verrons un bref récapitulatif historique de longues époques de la Kaballah jusqu’à nos jours.

 

Nous avons décidé de mettre sur pied ce séminaire surtout comme introduction à l’enseignement du Rav Kook qui, lui, ne peut vraiment être reçu avec bénéfice si j’ose dire, que si on possède déjà un certain nombre de notions suffisamment éclaircies et suffisamment précisées du vocabulaire de la Kaballah.

 

Par conséquent, il n’est pas question ce soir de vous apprendre l’histoire de la pensée kabaliste de la tradition kabaliste dans son ensemble.

…/…

 

Première partie: la terminologie.

 

Le mot de Qabalah a un 1er sens très général, et peut-être trop général, dans le sens de tradition. C’est un des termes traditionnels dont se sert l’hébreu pour dire la « tradition ». Les connaissances qui se sont transmises par traditions. Il y a déjà une première précision : ce sont des connaissances qui si elles n’étaient pas transmises ne pourraient pas être connues. On pourrait tout de suite objecter qu’il y a cependant des livres ! En particulier la mise par écrit de la parole prophétique dans la Bible. Il y a la Bible ! Ne suffit-il pas de lire, d’étudier, d’approfondir le texte biblique ; et aussi les textes de la tradition orale qui ont été mis par écrit d’autre part parallèlemment pour disposer de ce contenu traditionnel de connaissances transmises dans le sens premièrement étymologique du mot de Qabalah. La réponse est apparemment non, puisque nous sommes en présence dans la tradition juive – comme d’ailleurs dans d’autres traditions – de deux dimensions traditionnelles, l’une ésotérique et l’autre exotérique. Point sur lequel je reviendrais aussi.

 

Ce qu’on appelle la tradition ésotérique – celle qui est réservée à certains initiés et qui se transmet de « bouche à oreille », en hébreu de « bouche à bouche » – ce changement d’expression est important à comprendre aussi : de « bouche à oreille » signifie que celui qui entend entend ce que son oreille entend de ce que la bouche dit. De bouche à oreille il y a une diminution sinon parfois dénaturation de ce qui a été transmis. C’est le risque. De bouche à bouche signifie que la bouche de l’oreille qui a entendu répète ce qu’elle a entendu de la bouche qui a parlé. L’expression n’est pas exactement la même, et la mentalité même et la philosophie de la transmission de la tradition n’est pas exactement la même.

 

Il y a donc une lignée ésotérique de la tradition initiatique s’appuyant bien sûr et au-delà de ce qui est dit-écrit dans le livre, et d’autre part, la lignée de l’enseignement exotérique, celle qui est explicite, et celle qui se réfère directement, purement et simplement, au contenu des livres.

 

Nous verrons tout à l’heure dans le descriptif historique à quel moment la tradition prophétique s’est scindée pour devenir l’une ésotérique qui va devenir la Laballah dans la traditon juive, et l’autre ésotérique, qui est l’enseignement du judaïsme en général tel qu’il est connu en dehors de la tradition kabaliste.

 

Voilà donc le premier sens : Qabalah signifie tradition.

 

Avec déjà cet accent sur le fait qu’il s’agit d’une tradition particulière qui est essentiellement orale. Je ne voudrais pas trop pousser les concepts et les catégories à la limite, nous sommes obligés d’être trop schématiques, mais à la limite on pourrait dire que il y a certes des textes écrits par des Kabalistes, mais que la Kaballah elle-même est restée orale. Et si ces textes des kabalistes eux-mêmes ne sont pas décodés, décryptés, expliqués par quelqu’un qui en a reçu l’explication oralement de génération en génération il reste finalement hermétique. Le plus grand piège c’est leur facilité. Ils sont très simples à lire, tellement facile que l’on croit avoir compris. Dans le cours du séminaire vous en aurez quelques exemples. A simple lecture au niveau purement littéraire ce sont des textes faciles et d’ailleurs très séduisant par leur facilité littéraire. Mais tant qu’on n’a pas entendu de quelqu’un qui a lui-même entendu de quelqu’un ce que signifie chacune des catégories employées alors cela se fait prendre pour une sorte de poésie philosophique, il y a là un piège.

 

Mais cependant, le premier sens du mot de Qabalah signifie tradition, je pose de nouveau la même question : en quel sens ?

 

Le sens du mot hébreu Qabalah se rattache à la racine Léqabel qui signifie tradition reçue.

Alors que nous avons d’autres termes pour dire la tradition en général. Par exemple, la Massorah, ce qui est transmis. Et chacun reçoit ce qu’il peut recevoir. La Kaballah, d’après le terme même qui est employé – Léqabel – cela signifie recevoir. Donc cela restreint de façon bien précise la définition déjá sémantique du terme : des connaissances que l’on en peut posséder que si on les a reçu et en tant qu’on les a reçu.

 

Historiquement, cela signifie, et nous allons le voir de différentes manières, que la Kaballah est la tradition hébraïque telle qu’elle représente la perpétuation de la prophétie. Cette définition de la connaissance par révélation qui ne peut être connue que si elle a été reçue, c’est d’abord la définition dela prophétie. Par conséquent, il y a un monde important de notre étude que je mettrais en évidence : c’est le temps  de la cessation de la prophétie. Et c’est déjà à ce moment que divergent ces deux lignées d’enseignements, la lignée ésotérique et la lignée exotérique, à partir du même tronc de la révélation prophétique. Nous verrons pourquoi. Mais il y a quelque chose de plus qui nous amène au deuxième point. La relation entre la Qabalah et la prière, toujours dans l’exploration de l’objet de la Kaballah, et nous n’en sommes vraiment que à la surface.

 

Ce qu’on appelle en français les Kabalistes – je laisse de côté les spécialistes de la Kabalah, universitaires et historiens, ces savant qui s’occupent des textes de la Kabalah, cela ne signifie pas qu’ils soient kabalistes dans le sens traditionnel, qu’ils fassent partie de cette lignée traditionnelle que j’ai appelée ésotérique qui fait suite à l’enseignement des prophètes - mais en hébreu ceux qu’on appelle les Kabalistes dans le sens réel sont les Mékoubalim.

Si on devait retenir uniquement le premier sens de recevoir Leqabel on devrait dire en hébreu pour désigner ceux qui ont reçu un enseignement spécifique le terme de Mékabélim. Mais on les nomme en hébreu les Mékoubalim et non pas les Mékabélim.

 

Quelle est la différence ?

-Mékabélim : ceux qui reçoivent.

-Mékoubalim : ceux qui sont reçus.

 

Première définition possible : ils sont reçus dans un cercle d’initiés. C’est peut-être une définition que vous trouverez chez les historiens. Mais lorsqu’on se réfère aux textes de référence on s’aperçoit que c’est un peu plus profond que cela.

 

Il y a un premier texte qui se trouve dans la Massékhet Brakhot et qui appelle Mékoubal celui dont la prière est acceptée, reçue. (Brakhot 34b)

On s’est aperçu que certains priants – hommes capables de prier – voyaient leurs prières exaucées rapidement, presque parfois spectaculairement et d’autres pas. On appelle celui dont la prière est reçue, acceptée, celui dont la prière est Me´koubélet, on l’appelle un Mékoubal. Il y a certains signes dans l’enseignement du Talmud grâce auxquels on peut connaitre qu’une prière sera acceptée.

 

Toutes les prières sont entendues mais ne sont exaucées immédiatement sans que ce soit différé, qu’une certaine catégorie de prières qu’on appelle les prières des Mékoubalim, ceux qui sont eux-mêmes acceptés dans la prière.

 

La relation entre la prophétie et la prière, nous l’apprenons dans un thème général important et connu sur lequel il faut réfléchir et qui nous remet de nouveau en évidence l’importance de ce moment où la prophétie a cessé comme événement historique à la fin du Bayit Rishone à peu près 450 années avant l’ère actuelle. Donc il y a grosso-modo 2400-2500 années. Pendant le temps où la prophétie était une réalité expérimentale et surtout depuis le temps où la prophétie n’est plus réalité expérimentale, il n’y a qu’une seule relation admise par la tradition prophétique entre Dieu et l’homme, c’est la relation par la parole. Or, la relation de la parole lorsqu’elle va de Dieu à l’homme c’est la prophétie, et lorsque la parole va de l’homme à Dieu c’est la prière. Par conséquent, il y a un contenu commun entre le contenu de la prophétie et le contenu de la prière.

C’est ce contenu commun à la prophétie et à la prière qui est le véhicule des relations possibles quelque soient les hiérarchies que nous aurons à explorer entre Dieu et l’homme et l’homme et Dieu qui est l’objet de l’étude de la Kabalah.

 

Et c’est la relation entre l’homme est Dieu par la parole. Or, il y a donc un appui historique. Cette relation a déjà eu lieu dans le sens de Dieu à l’homme, dans l’univers de la prophétie hébraïque biblique. Et par définition, les priants étaient les prophètes et les prophètes étaient les priants. Et nous l’apprenons d’Avraham lui-même.

La première fois où la Bible emploie dans e même verset simultanément le mot de prophétie et le mot de prière c’est à propos d’Avraham au verset 7 du chapitre 20 :

20.7

וְעַתָּה, הָשֵׁב אֵשֶׁת-הָאִישׁ כִּי-נָבִיא הוּא, וְיִתְפַּלֵּל בַּעַדְךָ, וֶחְיֵה; וְאִם-אֵינְךָ מֵשִׁיב--דַּע כִּי-מוֹת תָּמוּת, אַתָּה וְכָל-אֲשֶׁר-לָךְ

Et maintenant, tu vas rendre la femme de cet homme, car il est prophète; il priera pour toi et tu vivras. Que si tu ne la rends pas, sache que tu mourras, toi et tous les tiens!"

 

Il y a donc indépendamment des autres secteurs de la préoccupation de la tradition kabaliste un centre de définition qui nous est donné par le terme lui-même : il s’agit d’une tradition reçue des prophètes et qui rend possible le fait que la prière soit exaucée.

Cela ne signifie pas que toute prière dite n’ait pas son importance. Elle est entendue. On dit de Dieu qu’Il est Shoméâ Téfilah (Celui qui entend la prière). Et l’exaucement est différé et suspendu jusqu’à ce qu’un certain nombre de conditions soient remplies. 

Tout se passe comme si il y a des êtres privilégiés dont la prière a une conséquence immédiate. L’exemple que nous avons dans l’histoire de la Bible ce sont les prophètes eux-mêmes, et à la suite des prophètes ceux que nous appelons en français les Kabalistes, c’est-à-dire les Mékoubalim dans cette définition bien précise : ceux dont la prière est exaucée.

 

J’en viens, en charnière de l’analyse, à ce moment important que je voudrais remettre en évidence pour son importance historique surtout au niveau de ses implications et de ses conséquences pour l’histoire universelle.

On oublie que la prophétie comme réalité du dévoilement de la révélation du Créateur à sa créature a eu un temps historiquement clos. On oublie que la prophétie a cessé. C’est parce qu’on oublie qu’elle a cessé qu’on oublie qu’elle a eu lieu. L’essentiel du message de la Bible c’est de nous dire que la capacité de prophétie qui devrait être normale à tout homme, puisque tout homme est créature du même Créateur. Mais étant donné ce que l’histoire de l’homme a fait d’elle-même, il en a résulté que la capacité de prophétie demande un certain nombre de critères, une certain nombre de conditions particulières, et par conséquent, elle représente un fait exceptionnel. Or, ce fait exceptionnel était une réalité présente pendant un certain temps de l’histoire que raconte la Bible, et la Bible elle-même nous annonce que c’est ce qui va être clos.

 

Je dirais tout de suite les deux raisons principales qui rendent compte du fait de la fin du temps de la prophétie, mais nous (ceux qu’on pourrait appeller les modernes avec une bonne distance par rapport à ce temps où la prophétie a cessé, c’est-à-dire la fin du 1er temple) nous nous trouvons dans un temps où nous n’avons pas expérience de ce qu’a été la prophétie comme réalité expérimentale. En prenant au sérieux la formule biblique que Dieu parle à l’homme pour lui dire que : « Vaydaber Hashem El Mosheh Lémor… » ou à tel ou autre prophète – nous sommes tellement éloignés de ce temps là que nous cherchons déjà l’analogie dans notre propre expérience intellectuelle ou spirituelle parce que nous n’avons peut-être pas le courage d’oser envisager de prendre au sérieux ce fait que la Bible nous raconte.

 

En tout cas, nous nous trouvons dans un temps du monde où la prophétie a cessé. Nous verrons tout à l’heure que cela n’a pas cessé complétement. Il y a comme on pourrait le dire une sorte de rémanence de la parole prophétique qu’on va retrouver dans la tradition kabalistique de façon privilégiée, mais d’abord il faut prendre acte et remettre en évidence ce fait historique de l’arrêt de la prophétie : ce temps où l’existence du prophète était une donnée immédiate de l’existence tout court. Ce temps a cessé, nous nous trouvons dans un monde où ceci a changé.

 

Précisément à partir de ce temps-là, le contenu de la parole prophétique va être transmis dans des lignées différentes. Celle qui se relie aux textes de la mise par écrit de la parole des prophètes par la médiation de la foi. Et à partir de cette foi que ces textes sont vérité, on essaie par l’étude d’aborder une connaissance à l’échelle humaine, chacun à son niveau, autant que se peut, du contenu de cette mise par écrit de la parole prophétique. C’est là la lignée exotérique. Ce qui se passe dans toutes les écoles où l’on étudie les textes de la tradition.  Et comme vous le savez les textes de la tradition hébraïque c’est une bibliothèque d’une épaisseur considérable. Et il y a une médiation par la foi à ce que les prophètes ont dit et mis par écrit dans des livres. Et on étudie ces livres avec des maîtres, et de façon indispensable avec l’expérience faite par soi-même de ce qui est dit de sorte d’arriver à une élucidation et à une compréhension de plus en plsu claire, mais finalement, on ne peut pas identifier réellement totalement fondamentalement ce que le prophète a dit. On entend à tout le moins ce que le prophète a dit en ce temps-là pour le monde qui est le nôtre maintenant. Comment dans le monde qui est le nôtre nous entendrons ce que le prophète disait dans son monde. L y a une clause qui a disparu entretemps : le fait du dévoilement de la perception expérimentale de ce que les prophètes parlaient. Et donc nos lisons avec une foi entière et une connaissance chacun à son niveau la plus claire possible, nous lison par allusion dans notre monde ce que les prophètes avaient dit dans le leur.

 

Je pourrais prendre beaucoup de temps pour develloper ce point qui me semble important. Il faut diagnostiquer le fait que depuis la cessation de la propphétie nous nous trouvons dans un monde qui n’est pas exactement celui dont la Bible nous a parlé au moins pour cette première raison que dans le monde dont la Bible a parlé il y avait des prophètes et ce fait a cessé.

 

La plupart du temps les hommes de culture parlent de la prophétie uniquement pas analogie avec l’expérience que nous pouvons avoir nous dans notre monde spirituel du temps où la prophétie a cessé : une inspiration. Mais lorsque l’on parle de l’inspiration prophétique, parfois on lui donne la signification d’un expérience poétique, d’un certai indice, on parle des choses de la sainteté, on parle plus sérieusement que par allusions poétiques, mais malgré tout, cela reste du même ordre. Alors que si on prend les textes de la Bible au sérieux et surtout l’histoire qui a véhiculé ces textes et l’histoire que ces textes véhiculent, on s’aperçoit qu’il s’agit d’autre chose.

 

On oublie toujours cette clause sur laquelle j’ai insité ce soir, c’est que ce phénomène du dévoilement de la parole de Dieu à la conscience humaine a cessé au niveau objectif et expérimental à un certain moment de l’histoire.

 

Vous comprenez mieux cette bifurcation :

Ceux qui ont reçu l’initiation des prophètes eux-mêmes et la signification de la structure de leurs langages, de leurs catégories, la manière d’identifier ce qu’ils voulaient dire lorsqu’ils s’exprimaient dans leur hébreu à eux au temps du devoilement l’ont transmis de génération en génération dans les lignées dites ésotériques. Et les mêmes textes dans la lignée exotérique vont avoir une signification des termes mystiques pour le monde où nous vivons. Alors que chez les kabalistes, descendants directs des prophètes, la signification est celle exprimée par le prophète dans la langue même du prophète.

 

J’en donnerais un exemple : dans le contenu même à simple lecture du récit biblique, il y a énormément de textes la bible étant tombée dans le domaine public tous sont familiers avec son contenu obvie mais il reste des textes étranges, incompréhensibles, des notions sur lesquelles parfois les modernes jettent un voile pudique, déclarant ces passages des façons de parler, des tournures de langages anciennes…etc.

Par exemple, la Bible parle des anges ! Mais personne n’a jamais vu un ange dans notre monde !

Qu’est-ce que cela signifie ? Quelle est cette expérience réelle des hommes bibliques qui voient des anges et les entendent parler ? Tout est normal dans le récit biblique et pourtant pour nous c’est singulièrement étrange !

 

Vous devinez tout de suite que la lecture de la lignée exotérique et la lecture de la lignée ésotérique du discours prophétique lui-même sont différentes. L’acte de foi est le même. C’est l’acte de foi qui consiste à se relier dans cette médiation de la conviction que ce qui est dit est vrai. Et puis c’est un problème pour lui-même. Comment la foi se vérifie dans l’expérience de l’existence. Comment la foi en le passé de la révélation prophétique se vérifie dans l’histoire. C’est un sujet pour lui-même.

 

Mais le résultat dans le contenu de la connaissance, dans l’éclairage de l’esprit lui-même, est différent.

 

Dans la lignée exotérique, c’est la règle au niveau des connaissances intellectuelles desquelles on va déduire des implications pour la conduite morale et la vie spirituelle elle-même. C’est une religion de la parole de la prophétie, connue par ses adeptes comme étant vraie à priori. C’est le monde traditionnel habituel.

 

Tandis que dans la lignée ésotérique des kabalistes on va rentrer dans le jardin de la connaissance, derrière le voile. On va comprendre et lire le monde à la manière dont les prophètes l’ont fait. Ces prophètes qui avaient d’ailleurs une initiation de connaissance avant d’être capables du dévoilement comme expérience. Pour les kabalistes ce dévoilement se transmet comme atténué, dilué, chacun dans sa capacité de réception, à travers une initiation et une étude.

 

Cela ne signifie pas qu’il n’est pas arrivé que tel ou tel kabaliste n’ait pas eu une expérience prophétique ponctuelle. Mais la tradition n’en parle jamais.

 

La différence essentielle entre le prophète et le kabaliste du point de vue de la valeur du dévoilement, c’est que le prophète recevait son dévoilement à l’échelle objective et universelle – sa prophétie était valable pour tout Israël et à travers Israël pour toute l’humanité, c’est l’objet de l’a prophétie biblique à proprement parler – la capacité prophétique du kabaliste elle est beaucoup plus subective et concerne sa manière d’être homme en particulier et celles de ses disciples dans leur manière d’être homme à la manière de leur maitre. Elle concerne tel ou tel cercle restreint, défini en une équation personnelle humaine beaucoup plus particulière. Raison pour laquelle on trouve à travers l’histoire des écoles kabalistes différentes suivant tel ou tel sujet.

 

Malgré tout, la kaballah représente la suite, la rémanence de ce qu’il a pu resté de la prophétie dans le monde privé de prophétie. Mais c’est différent du fait que tel ou tel kabaliste dans l’histoire de sa vie ait pu avoir tel ou tel moment prophétique réel. Nous en avons beaucoup d’exemple, surtout dans la Kaballah de Safed du 16ème siècle.

 

Par exemple les récit de Maguidim. Le Maguid est, pour celui qui en a l’expérience, un ange qui se révèle à celui qui étudie la Torah à la maiére de la Kaballah, en général el vendredi soir, et qui lui donne des dévoilements et des révélations de contenus de connaissances. Ce sont des moments de l’ordre de la prophétie.

 

Mais cela reste subjectif, personnel. C’est particularisé. C’est la Torah de Dieu de la parole prophétique, mais dans les limites très précises de telle manière d’être homme.

 

L’objet de la Kaballah en général :

 

La méthode la plus simple est de comparer ce qui ressemble le plus à la pensée de la Kaballah, c’est-à-dire l’élucidation du contenu de vérité á travers l’enseignement des prophétes. Ce que Dieu avaiot à dire à l’homme du monde dans lequel l’homme a été situé.

Nous avons dans la culture humaine deux courants qui ont apparemment le même objet : d’une part, la philosophie, et d’autre part la théologie.

 

Je vous donnerais très rapidement la définition de la pensée de la kaballah et de son objectif entre la philosophie d’un côté et la théologie de l’autre.

 

La perplexité de l’homme philosophe c’est précisément l’homme. Le philosophe apparait comme un homme  préoccuppé par l’homme, inquiet au sujet de l’homme, et qui cherche à trouver les conditions théoriques et pratiques d’existence de l’idée d’homme.

 

Pour récapituler la définition globale de l’ensemble des préoccupations philosophiques et ses perplexités c’est au sujet de l’homme.

Effectivement, les grans philosophes ont essayé d’élucider la notion d’homme. Chaque fois qu’une connaissance est rattachée à la question de la destinée de l’homme, elle prend une allure philosophique  et devient philosophique en elle-même.

 

Très brièvement, je rappelerais que la pensée philosophique n’est pas premiére. L’homme à la recherche de la sagesse n’a pas premiérement pensé comme le philosophe. Il y a d’abord eu un stade qui était le stade des sages, censés posséder la sagesse. Alors que le philosophe – étymologiquement c’est son nom -  se définit comme celui qui recherche la sagesse dans l’attitude de perplexité de quelqu’un qui avoue qu’il ne la posséde pas. Il la recherche. Philosopher signifie étymologiquement aimer la sagesse, la rechercher parce qu’on en la posséde pas. L’indice même de la philosophie c’est la perplexité et la recherche.

Or, la tradition de la pensée philosophique dans l’histoire de la pensée humaine est datée de façon précise. L’homme commence à philosopher historiquement en Grèce pour des raisons sociologiques et historiques dont les historiens peuvent rendre compte, précisément au temps de l’arrêt de la prophétie dans la tradition juive. C’est à peu près à la même époque que les derniers des prophètes parlent et que les premiers des philosophes philosophent. Dans l’humanité universelle, le temps de la mythologie est contemporains de la prophétie en Israël.

 

La fin du temps de la mythologie qui correspond au temps de la fin de la prophétie en Israël c’est le temps de la sagesse. La sagesse retient la mémoire des mythes anciens, mais très rapidement, parce que la prophétie a cessé et puisqu’elle a cessé en Israël elle a cessé partout, alors les mythologues n’ont plus compris leurs mythes. Ils sont devenus incapables d’identifier le contenu de sagesse des mythes qui leur avaient été révélés par leur propre tradition. C’est le temps de la sagesse. Et très rapidement cette sagesse va se remettre en question dans la méthode de la philosophie. Il est important de noter pour notre sujet que c’est la même période de l’histoire de l’humanité.

 

Rapport entre la mythologie et la prophétie :

 

Je voudrais l’éclairer du point de vue des critères de la tradition juive elle-même : selon les postulats du récit biblique c’est un Dieu unique qui se révèle lorsqu’Il se révèle. Et par conséquent s’il en est ainsi, lorsque le Dieu unique se révèle, Il se révèle à l’échelle universelle. Chacun de ceux qui écoutent écoute à sa maniére. Le cas particulier d’Israël dans cette écoute a été la prophétie. Pour toutes les autres sociétés, les nations, les Goyim, ce fut la mythologie, chacun dans le style de son équation personnelle. Il y a le cas particulier de l’être hébreu qui a fait que la parole émise par Celui qui donne la parole prophétique est reçue comme elle a été donnée. C’est le mystère de la famille des patriarches.

Chaque manière d’être homme qui va fonder telle ou telle nation, telle ou telle tradition, a constitué une équation personnelle psychique et culturelle qui fait écran entre la parole du Dieu unique et l’homme qui la reçoit. Elle a joué le rôle d’un prisme transformant la lumière en en gardant ce qu’il voualit en garder. Mais la transformant.

Le cas particulier dans l’histoire des traditions du peuple d’Israël et de l’identité hébraïque au niveau des patriarches, c’est qu’il n’y a pas de prismes ou diaphragme mais transparence absolue. Et c’est pourquoi à travers l’histoire humaine la parole de Celui qui apparait au temps de la prophétie a été véhiculée tel quel à l’échelle de l’universel humain à travers l’identité hébraïque.

C’est un sujet pour lui-même.

C’est important à comprendre pour découvrir ce fait banal qui peut être refusé, et contesté, de la portée universelle de la prophétie hébraïque, même chez les pires ennemis d’Israël.

 

Or, il y a un fait élémentaire qui va être notre premier étonnement :  cette parole est en hébreu. Dieu s’est adressé à l’homme en hébreu. Nous pouvons le dire de maniére inverse : c’est l’hébreu qui a écouté en hébreu cette parole divine. Et c’est ainsi qu’elle a été donnée à l’humanité.

 

Cela veut dire qu’il y a dans l’identité hébraïque elle-même une maniére d’être celui qui écoute la parole qui fait qu’il y a une homogénéité entre la parole et celui qui écoute     

La tradition nous apprend que la Kaballah ne commence pas avec Israël mais avec le premier homme. Le dialogue entre le Créateur et la créature commence avec le premier homme. Mais dans toutes les lignées humaines cela finit par se perdre et ne s’est conservé qu’à travers la lignée hébraïque. Et encore de manière extraordinairement restreinte puisque l’immense majorité des lignées d’enseignements sont des lignées exotériques et que de très rares lignées ont été des lignées ésotériques, parfois avec de longs siècles d’éclipses comme nous le verrons.

 

Au temps du dévoilement prophétique, les étincelles de cette vérité sont tombées partout si j’ose dire et ont atteint toutes les cultures à leurs racines qui ont leur origine dans cette révélation unique. Tant que c’était le temps de la captation de l’événement de la prophétie, les hommes des mythes qui parlent de la révélation entre Dieu et l’homme, entre Celui qui a créé le monde et la créature, ont une expérience assez analogue qui peut être diagnostiquée : celui qui a dit le mythe comprend ce qu’il dit et celui qui a écouté le mythe en comprend le contenu, chacun à son niveau, mais dans le temps où la prophétie était là comme expérimentale. Lorsque la prophétie cesse, elle cesse à l’échelle universelle. Le résultat de la cessation de la prophétie en Israël est l’existence de ces deux lignées émergentes exotérique-ésotérique.

Chez les nations c’est essentiellement le phénomène de la philosophie. La sagesse étant le moment intermédiaire entre le temps du mythe et le temps de la philosophie. Vous retrouverez là  en particulier pour la société grecque qui a été la matrice de l’Occident et de la culture occidentale les différentes étapes de la transformation de la relation à la parole de vérité.

 

Je citerais très briévement à l’appui de cette analyse deux références que nous trouvons dans le Talmud. La première qui nous explique d’abord une définition : l’élément de révélation dont parle la bible en général c’est à deux niveaux : soit par l’événement, soit par la parole.

Nous avons l’habitude de réserver le terme de prophétie au niveau de la révélation dans la parole. Mais il y a aussi la révélation par la vision : on voit l’événement, on y assiste. Ces événements nous sont racontés sous forme de miracles, ce sont des événements de dévoilement. Par exemple, au temps de la sortie d’Egypte.

 

Nous avons un exemple très clair, le Talmud nous dit que lorsque la mer rouge s’est ouverte pour laisser passer le peuple Israël pendant la sortie d’Egypte , toutes les mers de tous les continents se sont ouvertes en même temps. L’explication simple de la tradition exotérique elle-même : si un conditionnement naturel est suspendu, il l’est à l’échelle universelle. Pour que la mer rouge s’ouvre il faut que toutes les mers s’ouvrent. La Bible en parle toujours à l’échelle universelle et chacun l’a vécu à sa manière. Le cas d’Israël est le cas particulier.

 

Si on trouve dans d’autres traditions des récits du déluge très différentes du récit biblique, ce n’est pas étonnant puisque dans cette mémoire de cette manière d’être ce qui s’est passé s’est formulé de cette manière-là et pas d’une autre.

 

La deuxième expérience de révélation c’est par la parole. Cela concerne directement notre sujet. Là encore, lorsque le Dieu unique qui révèle par la parole se révèle à l’échelle universelle quiconque a la capacité d’écoute écoute, mais il le fait à sa manière. Le cas particulier dans l’histoire de l’humanité étant la maniére hébraïque d’écouter la parole hébraïque.

 

Nous trouvons des textes kabalistes qui parlent d’un langage supérieur à toutes les langues, l’hébreu des prophètes y compris, ce langage sans lettre ni voyelle qui est la parole du Dieu Unique mais tout se passe comme si lorsque la révélation se fait elle se fait en direct pour Israël, et en différé pour les autres traditions et les autres nations. Il est évident qu’un homme d’une autre tradition pourrait discuter ce postulat.

 

Le phénomène massif du caractère universel de la parole hébraïque dans le temps où nous vivons est une preuve expérimentale suffisante qui montre d’autant le mérite des premiers, les anciens qui n’avaient pas cette épaisseur d’histoire pour en avoir la vérification. Si on fait aujourd’hui le bilan du minimum commun d’évidences spirituelles de la conscience humaine universelle en général on retrouve en fin de compte les évidences de la prophétie hébraïque.

 

Je dis bien « hébraïque » car il y a d’autres bibles traduites depuis la bible hébraïque qui sont d’autres livres, la manière dont d’autres hommes ont perç de plus ou moisn loin ce qui a été dit à l’hébreu.  Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas traduire, mais lorsque l’hébreu traduit dans d’autres langues il y a des chances que le contenu hébraïque soit passé dans les autres langues, si c’est un homme d’une autre langue qui traduit de l’hébreu, il projete dans l’hébreu sa propre langue.    

 

Ce moment de l’arrêt de la prophétie est d’autant plus important, apparait à ce moment-là la tradition philosophique. Or, si nous demandons quel est l’objet de la pensée philosophique, la réponse c’est la recherche du fondement de l’idée d’homme.

 

La pensée philosophique évacue complétement l’éventualité d’une réalité prophétique. Son postulat même c’est qu’il n’y a pas eu de révélation prophétique comme la Bible en parle, et que les prophètes sont des pilosophes. C’est l’homme qui parle dans la Bible, c’est la parole du prophète. De ce point de vue-là le prophète est athée. 

 

…/…

 

***

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 13:48

Hanouka (1968) - Actualisation :

pensée juive et pensée grecque (Pahad Isaac) 3ème partie

 

Hanouka (1968) - Actualisation : pensée juive et pensée grecque (Pahad Isaac) 3ème partie

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka_pensee_juive_et_pensee_grecque/cours_1

Durée : 17,7 minutes
Face C

 

  .../...

Q: Puisque vous opposez moralité et légalité pouvez-vous donner l’exemple d’une moralité réalisée dans une société ? Et à partir du moment où des valeurs sont réalisées, ne peut-on pas dire que finalement ce sont des règles, cela devient des règles, ce sont des valeurs de la nature, d’une société, que d’avoir une moralité sous forme de légalité ? Autrement dit, l’histoire elle-même a montré que lorsqu’Israël a vécu comme nation, il était confronté à des réalités politiques ou autres, c’était comme toute société en vertu de la légalité de lois politiques et juridiques précises que cette société a vécu, que ce soit l’Israël ancien ou d’aujourd’hui, et non pas en vertu d’une moralité ? Je terminerais ma question sous cette forme : est-ce que l’échec d’Israël ne consisterait pas précisément par le fait qu’elle n’a défini le problème de l’adéquation de l’éthique à la réalité que dans le cadre restreint du rituel ?

R : Vous avez posé plusieurs questions à la fois. Je prends la première partie. On trouve effectivement l’analyse que vous avez faite chez Bergson dans « les deux sources de la morale et de la religion ». C’est le fait que la moralité a tendance à se dégrader en légalité. Les héros de la moralité au niveau de la société d’Israël, il s’agissait des prophètes de la loi – je dis bien les prophètes de la loi parce que c’est une légende qui consiste à opposer les prophètes et la loi – les prophètes ont été les prophètes de la loi. De la loi vraie, c’est-à-dire de la loi visée comme étant la moralité et non pas la légalité comme loi.  La notion de légalité comme loi est romaine, elle n’est pas hébraïque. Les héros de la morale créent et expriment les règles de la moralité vraie. C’est l’analyse bergsonnienne : et lorsque la personne même n’est pas à la hauteur de cet héroïsme moral au niveau du prophète, alors il se borne à imiter ce qui a été moralité vivante chez les créateurs de morale, il se borne à  imiter et la moralité se dégrade. Et par conséquent, elle devient la légalité elle-même. Il y a échec bien évidemment.

Dans la deuxième partie de votre question : si je me souviens bien vous avez ramené la préoccupation éthique de la société juive à des problèmes de rituels. Il n’y a pas que cela quand même ! Mais dans une certaine mesure, on peut vous donner raison en ce qui concerne l’identité juive de l’exil : c’est dans les ghettos que la société juive a été obligée à son corps défendant, a été comdamnée à ramener – et c’est encore une apparence - sa préoccupation des grandes valeurs éthiques qu’elle porte en elle selon l’analyse que j’ai faite à des problèmes de vie privée ou de vie individuelle et en fin de compte à des problèmes de rituel.

Cependant je dois dire une chose : c’est que ce n’est qu’une apparence malgré la forme visible et extérieure qu’ont pris les cités juives comme elles ont existé encore jusqu’avant l’émancipation, jusqu’avant la révolution française. Parce que depuis ce temps-là il n’y a plus de cité juive, en tout cas en Europe. Il y en avait encore en Afrique du Nord et dans d’autres parties du monde, et c’est déjà fini il n’y en a plus. Malgré tout, il est resté quelque chose d’autre, c’est du point de vue de l’intériorisation dans la vie intérieure et pas seulement dans la vie rituelle, il est resté la connaissance jusque dans le détail le plus infime de ce qu’est la vraie science de la loi morale.

Ce que je voudrais mettre en évidence c’est ceci : C’est que l’essentiel de la pensée juive en tant que telle c’est cette connaissance du Talmud qui s’est préservée malgré le ghetto – je dis bien malgré le ghetto – et que l’identité d’Israël a ramené et a été capable de ramener de son voyage de 2000 ans d’exil. Je vous renvoie à cette expérience de l’étude du talmud ne serait-ce que pour découvrir que cela existe au moins, et que ce qui est étudié dans le Talmud c’est bien cela : l’étude de l’éthique, la loi de la moralité vraie, qui ne soit pas le fantôme d’elle-même c’est-à-dire la légalité. Pendant des siècles nous nous sommes baladés pendant tous nos voyages à travers toutes les cultures avec le Talmud serré sous le bras, et en disant cela, je me demande comment on a pu faire cela, c’est énorme ! C’est vrai, Israël a réussi ce tour de force de voyager pendant 2000 ans partout en préservant ce contenu extraordinaire qu’est la connaissance du Talmud et qui commence à être ouvert de nouveau pas seulement dans les ghettos. Et il faut en faire l’expérience. On ne peut pas parler du Talmud, il faut étudier dedans.

 

Un élève qui ne voulait pas étudier dit à son maitre :

-Je ne peux pas étudier aujourd’hu j’ai le mal de tête.

Et le maitre lui dépondit :

-Lis une page de Talmud, tu verras que tu n’a même pas de tête pour avoir mal dedans !

 

Ne croyez pas que j’exagère. Bien entendu, il ne s’agit pas d’une lecture superficielle mais d’en faire profondément, dans l’intimité de ce qui est l’âme juive – et elle n’est pas ailleurs – qui est enfermée profondément dans l’étude talmudique. Vient le temps d’ailleurs où non seulement les Juifs commencent à réouvrir ce livre puisque les universités israélienne ont eu le génie de mettre cela au programme, mais les Goyim aussi commencent déjà à découvrir ce qu’il y a dedans.

 

Il y a une grande différence entre la valeur de ce qui est enfermé dans l’étude traditionnelle et la valeur de ce qui peut être recueilli de la nature de l’héritage des Grecs. A la limite, l’héritage des Grecs c’est les sciences et techniques. L’héritage d’Israël c’est exactement ce qu’attend l’humanité et ce qu’elle réclame d’Israël, il s’agit du Talmud, la loi de la moralité vraie qui n’est pas la légalité.

 

***

Je vous lis trois ligne de la Guémara sur ‘Hanoukah en guise d’illustration de l’analyse de tout à l’heure. Ces 3 lignes illustrent l’analyse de l’opposition des deux projets de la morale :

-           l’un à la manière de l’identité grecque : projeter la raison qui fait la science sur le problème de la moralité. Kant  a bien vu le problème puisqu’il a parlé de « raison pure » dont l’objet est de faire les sciences, et d’autre part de la « raison pratique » dont l’objet serait de faire la morale. Dans un autre vocabulaire je dirais, d’une part l’âme grecque qui tend à coïncider avec son intelligence et que cela, et d’autre part,

-           l’âme hébraïque qui est au-delà de l’intelligence.

On verra en trois lignes une discussion des Talmudistes à propos de ‘Hanoukah sur le point suivant. Je rejoins par là sur un autre biais la question posée à propos de Pourim.

Nous avons un certain nombre de commandements de la Torah et un certain nombre de rites qui en découlent, et à un certain niveau d’authenticité le comportement est ritualisé, consacré par le rite où il est dit explicitement dans la loi écrite la Torah shébikhtav où nous sont enseignés les différents commandements à réaliser. Mais nous avons d’autre part toute une série de Mitsvot qui dérivent d’un enseignement des maitres de la Torah et que l’on appelle la Torah shébéalpeh : Mitsvot deOraïta et Mitsvot mi deRabanan.

 

Or, le rituel de la ‘Hanoukah est introduit par un bénédiction qui dit exactement comme pour les Mitsvot de la Torah Shébikhtav, la loi écrite : « nous reconnaissons Dieu comme source des bénédictions qu nous a sanctifié par Ses commandements,  et nous a demandé d’allumer la ‘Hanoukah ».

 

Et la Guémara demande : où l’a-t’il ordonné ? Puisque cet événement se produit bien après la Torah écrite elle-même ! C’est là la source dans le Talmud de l’origine des rites institués postérieurement à la révélation de la Torah au Sinai et qui cependant sont introduits par une bénédiction qui les rattache et qui leur donne la valeur de l’obligation biblique de la Torah Shébikhtav. Or, paradoxalement, c’est à propos de ‘Hanoukah que la question est posée alors qu’elle aurait dû être posée à propos de Pourim, de la lecture de la Méguila !

 

Alors là, la Guémara propose deux réponses différentes, et nous allons voir effectivement voir cette problématique de la morale comme résultat du travail de la raison ou de la morale comme dévoilement d’une certaine identité d’une certaine âme.    

 

Nous allons je crois le lire très rapidement en clair dans la Guémara elle-même. Ceci se trouve dans la Guémara de Shabat page 23.

 

La Guémara pose la question :

Quelle est la bénédiction à dire avant d’allumer la  ‘Hanoukah ?

 

Elle répond : on doit dire: 

« qui nous a sanctifié par Ses commandements, et nous a donné la Mitvsah d’illuminer la lumière de la ‘Hanoukah ».

 

Vous voyez pourquoi Israël est chargé de faire que la lumuière soit allumée

 

Question : Où Hashem nous a-t-il ordonné à propos du Ner ‘Hanoukah ?

Réponse 1 (Rav Avya): Il a ordonné [Deut. 17.11] :  לֹא תָסוּר   "Lo Tassour"

 

17.11

עַל-פִּי הַתּוֹרָה אֲשֶׁר יוֹרוּךָ, וְעַל-הַמִּשְׁפָּט אֲשֶׁר-יֹאמְרוּ לְךָ--תַּעֲשֶׂה:  לֹא תָסוּר, מִן-הַדָּבָר אֲשֶׁר-יַגִּידוּ לְךָ--יָמִין וּשְׂמֹאל

Selon la doctrine qu'ils t'enseigneront, selon la règle qu'ils t'indiqueront, tu procéderas; ne t'écarte de ce qu'ils t'auront dit ni à droite ni à gauche.

 

Il a institué dans le chapitre 17 du Deutéronome le principe suivant :

c’est la loi telle que les juges de la génération doivent nous la donner que nous devons suivre. La loi est absolue en elle-même mais elle doit être formulée par des responsables de la loi du temps pour lequel la loi doit être donnée. C’est-à-dire en d’autres termes : si la génération des événements de ‘Hanoukah a jugé qu’effectivement déjà avait émergé dans l’histoire du 7ème jour un événement de l’ordre du huitième, c’est la Torah elle-même qui avait prévu de leur donner l’habilitation de le décider.

Réponse 2 (Rav Nechemyah): Il est dit [verset 32:7 du Deutéronome] :

שְׁאַל אָבִיךָ וְיַגֵּדְךָ, זְקֵנֶיךָ וְיֹאמְרוּ לָךְ

"She'al Avicha v'Yagedcha Zekenecha va'Yomru Lach". « Interroge ton père et il t’expliquera, intérroge tes ancëtres et il te raconteront ».

 

Un tout autre verset. On se demande comment ce deuxième verset peut fonder le fait que nous disons déjà que c’est la Torah qui a donné légitimité à habiliter les sages du temps des Makabi à instituer la ‘Hanoukah.

Et je crois que le 1er verset renvoie précisément à cette autonomie de la raison humaine. C’est extraordinaire comment les choses coïncident, parce que nous avons une règle concernant la décision à donner pour un problème qui apparait dans l’histoire, et comment la loi orale, la Torah Shébéalpeh, doit décider de répondre à la question suivante : étant donné le problème posé par l’histoire que répond la Torah de Moïse ?  Faire parler la Torah de Moïse pour des cas qui sont impliqués bien entendu dans la Torah de Moïse mais qui ne sont pas désignés explicitement.

 

Et la règle talmudique consiste précisément à donner autonomie à la raison de telle sorte de pouvoir déduire la décision à donner par les procédés de la logique puisque le temps de la prophétie est clos. Et en général, l’identité de chacun des sages va jouer dans la réponse qu’ils donnent. Lorsqu’une personne parle ce n’est pas uniquement son intelligence qui parle c’est aussi son âme. Mais malgré tout, le critère de la décision qui sera à prendre c’est de prendre la majorité des opinions. Et par conséquent, on considère la force rationnelle de l’intelligence comme devant jouer dans l’ordre de la formulation de la loi puisque le temps de la prophétie de la loi de Moïse a cessé. C’est là la première perspective.

 

Finalement, c’est la deuxième qui sera retenu.

La 2ème qui consiste à nous inviter à faire référence à l’identité d’Israël telle qu’elle se prépare à travers le père immédiat que nous avons chacun jusqu’aux ancêtres.

 

Deut. 32 :7 :  שְׁאַל אָבִיךָ וְיַגֵּדְךָ, זְקֵנֶיךָ וְיֹאמְרוּ לָךְ

« Interroge ton père et il t’expliquera, intérroge tes ancëtres et il te raconteront ».

 

C’est à une certaine identité, à une certaine manière d’être au niveau de l’âme, que l’on se réfère pour avoir à décider ce que la Torah a à dire.

 

Je reviens sur l’analyse d’avant-hier : c’est la loi morale lue par l’identité d’Israël qui est finalement le dévoilement de l’intention du Créateur.

 

J’entends moi aussi le caractère exorbitant de ce que je vous dis, mais bien que schématique, vous comprenez les implications que cela représente.

 

Alors je crois que c’est cela le ‘Hidoush au fond, qu’il est important que ce soit à propos de ‘Hanoukah qu’on ait préféré le 2ème verset au 1er.

 

A propos de toutes les autres Mitsvot, il suffit du 1er verset : les juges de chaque génération sont habilités de par la Torah elle-même à donner de par leur raisonnement les implications de la Torah qui deviennent la loi pour nous. Pour toutes les Mitsvot cela peut aller. Sauf pour celle-là qui est precisément l’événement où sont en conflit les deux méthodes :

- celle à la manière des Grecs : faire travailler la raison sur le contenu des valeurs, et

- celle à la manière d’Israël : faire parler l’identité profonde pour dire ce qu’est la valeur.      

 

C’est-à-dire qu’à propos de ‘Hanoukah il fallait donner le 2ème verset en particulier.

 

< fin >

******

 

 

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 13:44

Hanouka (1968) Actualisation : pensée juive et pensée grecque (Pahad Isaac) 2ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka_pensee_juive_et_pensee_grecque/cours_1

Durée : 45,6 minutes
Face B

 

…/…

 

La première fois qu’il y a dans le récit biblique : « Et ce fut au huitième jour… » c’est dans le récit portant sur la génération du désert : lorsqu’Israël a pu construire le temple de la rédemption au temps de la sortie d’Egypte, alors la bible dit que « ce fut au huitième jour » qu’il a été inauguré. Mais voilà qu’on n’a pas su comment faire exactement le sacrifice de la rédemption et le sacrifice a échoué, alors cela a été une catastrophe. Et chaque fois que l’on a dit que c’est déjà le huitième jour, chaque fois qu’est arrivé le temps de faire le sacrifice de la rédemption, on ne sait pas comment le faire, alors c’est l’échec.

J’ai en mémoire beaucoup d’analyses d’Elie Wiesel à ce sujet. Très souvent, il dit que ce qui s’est passé dans notre histoire c’était le sacrifice de la rédemption. Et que par conséquent, c’est moi qui ajoute, donc le 8ème jour peut commencer ! Mais à condition effectivement que cela soit réussi.

 

Je reviens à l’analyse elle-même : Israël a très souvent essayer cette tentative de faire advenir le 8ème jour. Il y a toujours jusqu’à présent eu un échec. Il y a toujours un faisceau de raisons à cela. En particulier, une raison qui vient de l’extérieur, de la réalité des autres ensembles humain ; et d’autre part une raison qui vient de l’intérieur : l’incapacité d’Israël à être authentiquement lui-même une fois pour toute. Et nous avons vu que cela résulte du décalage entre l’envergure individuelle et l’identité collective d’Israël. L’identité collective d’Israël est éternellement sainte – éternellement vierge disent les Chrétiens pour parler de la matrice d’où est issu le « fils de l’homme », c’est-à-dire Israël pour nous. Par conséquent, l’identité d’Israël est éternellement sainte, mais à l’échelle individuelle il y a la cause possible de tous les échecs possibles. Et finalement, la société concrète, terrestre, historique, c’est l’ensemble des individus avant d’être l’incarnation définitive de l’identité collective. Il y a donc une raison extérieure : ce conflit de rivalité dont le conflit avec la Grèce a été un des summum, un des sommets, et d’autre part la raison intérieure de l’incapacité d’être à la hauteur de la tâche. Et je crois que la tâche qui se pose à Israël est beaucoup plus considérable que la tâche qui se posait à la Grèce. Sont nombreux les fils d’Israël qui peuvent faire de la Grèce et y réussir, jusqu’à avoir le prix nobel, mais n’existent pas les fils des Grecs capables de faire le travail d’Israël.     

 

J’ai été extrêmement frappé, je voudrais vous parler de la cérémonie à laquelle j’ai assisté à Jérusalem jeudi dernier : une cérémonie consacrée à honorer le président Cassin, nommé prix nobel de la paix en raison de ses travaux pour les droits de l’homme. Vous voyez ce qu’est le travail d’un juif ! C’est frappant ! Et pas n’importe quel juif puisque il se dénomme lui-même président de l’alliance israélite universelle. Et je crois très profondément que tout cela ne soit pas des coïncidences. L’hommage qu’il a reçu du monde entier était certainement spectaculaire à Oslo, mais il était profond à Jérusalem. Et je souhaite que les discours prononcés soient édités, en particulier le discours de l’ambassadeur de France qui a dit avec beaucoup d’émotions et beaucoup de fierté à quel point il était fier de faire partie du même peuple que le président Cassin ! (Rires)

 

C’est surtout l’intervention du président de la cour suprême ‘Haïm Cohen qui m’a frappé sur ce point de l’analyse. Il a très profondément analysé ceci : finalement le jury du prix Nobel a compris ceci : la seule stratégie qui puisse assurer la paix c’est la conquête des droits de l’homme. Alors que cette liaison, cette relation, entre la paix, objectif de l’histoire humaine, et d’autre part les droits de l’homme, c’est-à-dire la morale, finalement le monde entier a reconnu que c’était le président Cassin en tant que juriste d’une certaine mentalité, bien entendu française aussi, qui a réussi à la faire triompher, tout au moins au niveau des idées. 

 

Cette analyse de ‘Haïm Cohen était extrêmement importante. Nous avons entendu finalement une grande leçon de philosophie du droit donnée en présence de l’ambassadeur de France, et qui indiquait la source de cette liaison entre la paix et les droits de l’homme. Et cette source c’est l’identité du génie hébraïque.

 

Il faut bien prendre conscience de ce qu’il y a une sorte de déséquilibre dans cette collaboration des sages. Les sages de la Grèce ont fait la science mais aussi la philosophie ! C’est-à-dire une certaine doctrine concernant l’esprit mais qui procéde des postulats de la pensée de la science, c’est-à-dire de la raison impersonnelle. Et cette doctrine procédant de la pensée scientifique - la philosophie - s’est projetée comme rivale de la pensée prophétique d’Israël.

 

La pensée scientifique en tant qu’elle est positive est compatible avec la notion monothéiste que le génie hébraïque s’est faite du monde : c’est le même Dieu Créateur des phénomènes de la nature et de la personne humaine. Et par conséquent, lorsque l’esprit humain entreprend l’exploration des phénomènes de la nature, il entreprend l’exploration de la volonté du Créateur. Et par conséquent, l’œuvre de la science comme l’ont fait les Grecs et comme l’ont entendu les Hébreux est une œuvre sacrée pour la créature puisque cela consiste à tenter d’explorer la volonté du Créateur en tant que Créateur.

 

Nous savons que pendant tous les sciècles d’obscurantisme de l’histoire humaine, les Kabalistes faisaient la science parfois même une science expérimentale très poussée. On raconte que certains des Kabalistes des siècles précédents s’éclairaient à l’électricité et d’autres choses encore. Ils le faisaient bien entendu clandestinement puisqu’il risquaient d’être brulés comme alchimistes. Quoique la Kabalah proprement dite n’a rien  voir avec la science expérimentale ou l’alchimie, mais à enfin quand on étudie la Kabalah on peut peut-être inventer la pile volta.

 

Les Kabalistes avant de faire leurs expériences de laboratoire, avant de faire de la science, que ce soit mathématique ou physique ou biologique, prenaient un bain rituel, la Tevilah, allaient au Mikveh, parce qu’ils avaient conscience de faire œuvre sacrée lorsqu’ils allaient entreprendre de déchiffrer la volonté du Créateur, dans une mentalité très différente du dualisme contemporain.

 

Le langage scientifique lorsqu’il est lui-même, lorsqu’il est positif et exprime positivement la réalité des phénomènes, est cachère. C’est lorsqu’il est interprétatif, et devient philosophique, lorsqu’il donne une interprétation du phénomène qu’il devient incompatible avec les intuitions profondes de l’identité hébraique pour qui il y a un Créateur qui dirige le monde et non pas l’impersonnel des lois purement et simplement.          

 

Ce que je voulais mettre surtout en évidence c’est que l’antagonisme hébraique et hellénistique n’était pas du tout au niveau du projet de la science. Très tôt, cela a été reconnu comme étant la part de Yafet, la tâche de Yavan.

 

Et les ‘Hakhmei Israël et les ‘Hakhmei Yavan ont eu nous le savons des colloques très fraternels et très intimes. Les sages d’Israël reconnaissaient aux sages de la Grèce leur propre spécialité. L’esprit humain dans l’identité grecque est devenu tel qu’il a été capable de forger l’instrument de l’exploration du monde impersonnel des phénomènes naturels.  Alors que l’esprit humain dans l’identité d’Israël est destiné lui à une toute autre tâche : explorer le monde des valeurs, explorer le monde de l’esprit, explorer le monde de la personne et de la liberté. Et par conséquent, donner la loi morale. Et le conflit est apparu, non pas lorsque les Juifs se sont occupés de sciences, mais lorsque les Grecs se sont occupés de philosophie. Effectivement, c’est à ce niveau-là qu’il y a eu incompatibilité des mentalités.

 

Et je pense qu’il y a là, du point de vue épistémologique, une indication que je voudrais donner aux étudiants en philosophie : ce conflit entre la mentalité hébraïque et la mentalité grecque ne porte pas au niveau de la méthodologie des sciences et ne porte pas au niveau de l’épistémologie. Et vous savez à quel point l’esprit juif a été porté vers le problème de l’épistémologie. Et les grands noms de la fondation de cette discipline sont de nouveau des Juifs. Et en particulier, on ne peut pas ne pas citer Meyerson qui a éte le fondateur de l’épistémologie. Mais le conflit a porté sur l’interprétation de type philosophique de la vérité et de la réalité du monde. Là, ce n’est pas le génie grec à l’échelle de l’universel qui a parlé mais le génie grec à l’échelle la plus spécifique de l’éthnie grecque et de la langue grecque, de l’originalité grecque.  

 

Et au fond, c’est le triomphe normal et légitime de la pensée scientifique grecque qui a véhiculé avec elle dans l’histoire, mais de façon abbérante, le triomphe de la philosophie grecque. Alors que les problèmes de la philosophie, les problèmes de l’exploration des esprits, étaient le propre des prophètes d’Israël et non le fait des savants de la Grèce.

 

Ceci est une analyse qui a été mise en forme en hébreu par le Rav Hutner, un des Rashei Yéshivah de la Yeshivah de Bar Ilan d’Amérique.

 

Je voudrais pousser de nouveau cette analyse. Il s’agit là de deux tâches différentes qui ont deux objectifs différents. Et au fond, le bilan de l’histoire universelle actuellement est le suivant : réussite au niveau des sciences de la matière, mais au niveau de la tâche qui était proposée à Israël il y a échec. Cela ne signifie pas bien entendu que le génie d’Israël ne soit pas capable de réussir sa propre tâche, d’autant plus qu’il l’a déjà fait. 

 

…/…  [interruption de l’enregistrement]

 

  ...  se sont produits à travers l’histoire un certain nombre de rivalités spécifiques. Et je pense que l’on peut déjà comprendre cela de cette manière : Pourquoi les autorités de la société juive de ce temps ont-elles jugé que le rite de la réinauguration de la lumière devait à partir de cette époque commémorer cette épisode-là ?

Grâce à Judah Makabi et la famille des Hasmonéens l’identité grecque n’a pas annulé l’identité d’Israël et cela a une portée messianique et que cela est à inscrire dans l’ordre de l’histoire humaine universelle en vue de la fin des temps, de telle sorte qu’effectivement soit préservée ce que le génie d’Israël avait à dire dans sa propre tâche dans l’économie de la messianité universelle.

 

Je cite de mémoire le verset de la Bible qui a été utilisé à la base de ces analyses : lorsque Noa’h prophétise pour ses enfants. Noé est l’ancêtre selon la Bible des trois grandes lignées humaines Shem - ‘Ham – Yafet. Lorsqu’il prophétise pour ses enfants, il dit ce qu’est leur identité telle qu’elle se déploiera dans l’avenir. Il dit de Yafet s’adressant à Dieu [Gn. 9.27]: 

יַפְתְּ אֱלֹהִים לְיֶפֶת, וְיִשְׁכֹּן בְּאָהֳלֵי-שֵׁם

Yafet Elohim léYafetvéYishkon BéAholei Shem  

Dieu a donné la beauté à Yafet et il résidera dans les tentes de Shem.

 

Yafet signifie beau en hébreu: on voit de suite l’esthétique grecque qui apparait derrière ce concept.

Le vocabulaire biblique définit la Grèce comme étant le génie humain se préoccupant de la beauté.

Et il résidera dans les tentes de Shem. Les tentes de Shem c’est la maison d’étude.

 

Cela veut dire qu’il y a deux tâches humaines à réussir c’est par Shem que passe la tâche d’exploration des problèmes de l’âme. Donc finalement la morale, les sciences humaines. Mais c’est par Japhet que passera finalement la maitrise de la connaissance de la nature.

 

Il s’agit véritablement de deux identités humaines différentes dans leur essence et dans leur nature, et lorsqu’elles se projetent au niveau de l’esprit, de deux univers mentaux radicalement différents.

 

Noa’h ne dit pas que c’est Shem qui séjournera chez Yafet. Ce serait la consécration de la diaspora et ce n’est pas le cas. Il dit l’inverse. Japhet séjournera dans les tentes de Shem. C’est dire que l’héritage de Japhet sera accueilli et intégré par Shem. Et je pense que c’est ce qui se produit actuellement dans la société juive, et dans la société israélienne en particulier, puisque ce type d’homme héritier des Hébreux de la bible se trouve à un des plus hauts sommets de la pensée scientifique telle que les Grecs l’ont formulé.   

 

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et de plaisir un article écrit par Monsieur Amar paru dans « Information juive », il y a 2 mois. Il y fait une analyse de la gauche européenne et en particulier de la gauche française, Israël et les pays du tiers-monde. Une analyse vraiment très courageuse lucide et très claire. Il dit ceci de la différence qu’il y a entre Israël et un pays sous-développé c’est qu’Israël est un pays sur-développé. Et c’est la raison pour laquelle bien que ne se situant pas dans l’Occident impérialiste et colonisateur, il est du côté de l’identité occidentale dans la problématique de la gauche française. Je schématise beaucoup ce qu’il a dit et très bien expliqué. Il donne en particulier comme conséquence que les Juifs de gauche ont une option très douleureuse et difficile à faire. Il faut savoir que c’est ainsi et choisir.

 

En Israël ce qui a été le génie de la Grèce – la science - a été accueilli avec reconnaissance, comme ce fut le cas de l’humanité toute entière qui sait que c’est aux Grecs et donc aux Blancs, à Japhet, que l’on doit de disposer de la science. Israël est reconnaissant à Yavan d’avoir fait la science – les hommes israéliens se situent à l’extrême pointe de cette tâche de la Grèce, c’est-à-dire faire réussir la mathématique.

 

Il y a eu une rivalité et on a craint à cette époque que ce que portait l’identité d’Israël disparaisse, et que cette prophétie de Noa’h ne puisse pas trouver sa solution et que par conséquent le déluge recommence. Et il y aurait eu déluge de feu après le déluge d’eau comme disent toutes les traditions de toutes les sociétés antiques. Si effectivement la Grèce était la seule à travailler à la manière de la Grèce au niveau de ces tâches de l’esprit humain il y a très longtemps que la planète aurait été embrasée si il n’y avait que cette esprit de la technique et de la mécanique, et s’il n’y avait pas le pendant, l’autre côté de l’identité culturelle qui vient d’Israël: l’ordre des valeurs morales.

 

Nous sommes sur un monde qui a deux pieds, un grec et un juif, si j’ose dire, et l’un des pieds est boiteux c’est le pied de Jacob.

 

Je reprends le verset de Noa’h : il n’est pas dit que Shem séjournera dans le tentes de Yafet, il est dit que Japhet séjournera dans les tentes de Shem. Et la Guémara dit : quel est la beauté de Japhet ? la beauté de Japhet c’est Yavan !

 

C’est-à-dire qu’au temps du talmud on a diagnostiqué que c’était bien dans la société grecque qu’était apparu le summum de l’identité que Noa’h avait vu chez Japhet.

 

Voilà le drame dans lequel nous nous trouvons actuellement. Et c’est le problème des sciences humaines. Dans toute cette analyse je pense très profondément au professeur Baruch qui a été le premier de notre temps qui a eu le courage de poser ce problème de cette manière. Les sciences expérimentales c’est la raison impersonnelle. Mais les sciences de l’homme, et en fin de compte la morale, et nous savons d’autre part pourquoi cela doit passer par la psychiatrie, mais en fin de compte la morale, ce n’est pas du tout à la manière de la science expérimentale qu’il faut les faire. C’est un tout autre génie qui seul peut réussir la morale en tant que tel. et cela, c’est le génie hébraïque. Et d’ailleurs, nous savons que les grands moralistes qui ont pensé à la manière des Grecs ont designé les valeurs qu’ils ont désigné à la manière des Juifs et non à la manière des Grecs. Ils parlaient des valeurs juives à la manière grecque. Lorsque Descartes parle de la morale, lorsque Kant parle de la morale il en parle comme un Grec mais il désigne les valeurs morales qu’il a appris de la Bible…

 

Au fond, nous vivons de nouveau le problème posé au temps des Makabi : quel sera l’avenir des sciences humaines surtout dans un temps où les sciences de la nature ont un progrès aussi considérable ?

 

Ce qu’il y avait en conflit : cette identité qui seule porte en elle le secret des sciences humaines risque d’être annulée. Et de nouveau, c’est le problème qui se pose de notre temps avec de nouveau la question messianique : est-ce que de la société d’Israël sortira la formulation de la méthodologie des sciences humaines à l’échelle de l’humanité toute entière alors que déjà l’humanité toute entière possède la formulation de la méthodologie des sciences de la nature grâce aux Grecs ? Il s’agit au fond de savoir si il n’y a aura que des Olympiades, ou s’il y aura aussi des Makabiades ! [Rires]

 

***

 

Q: L’exposé sur la dualité de la nature des valeurs grecques et juives cela rejoint un peu le principe mâle-femelle ? Vous avez exprimé le doute qu’Israël puisse réaliser sa mission d’accomplir les sciences humaines. Or, par rapport à la personnalité grecque, Israël peut symboliser le principe mâle de même que Dieu symbolise le principe mâle par rapport à Israël. En vertu du fait que le principe femelle d’Israël ne peut pas vaincre le principe de Dieu, il va donc de soi que le principe femelle de la personnalité grecque ne peut pas écraser-dominer le principe mâle d’Israël.

R : Ce n’est pas du tout un doute que j’ai porté, j’ai posé une question. Il suffit de prendre conscience de la durée et de l’intensité, de l’espérance de la ferveur messiannique d’Israël à travers les siècles pour savoir qu’en fin de compte il arrivera au bout. Et j’ai donné tout à l’heure l’image de Jacob boitant, atteint à la hanche par l’ange cousin de l’ange de la Grèce, mais finalement nous savons qu’à la fin de l’histoire Jacob arrive parfait, guéri et victorieux. Et c’est lui qui est nommé Israël ! Seulement le problème c’est que alors que beaucoup d’hommes ont compétence et valeur à faire accélérer la réussite de la tâche hellénistique, trop peu encore ont la vocation d’accélerer et de faire réussir la tâche d’Israël ! Il faut qu’à la hauteur des problèmes posés à l’humanité toute entière que nous ayons suffisamment d’hommes de valeur capable de formuler la Torah pour l’humanité toute entière. C’est à ce niveau-là que cela se passe, et c’est finalement le défi qui est lancé à la société d’Israël contemporaine. Arrivera-t’elle à dépasser très vite l’étape préhistorique d’installation matérielle pour aborder les tâches spécifiques de la société d’Israël, la messianité de Judah après la messianité de Joseph ? Nous sommes en plein temps de réussite spectaculaire de la messianité de Joseph. Il est urgent que la messianité de Judah commence à réussir ! Et effectivement, il y a dans Judah un principe plus mâle qu’il n’y a dans Joseph. C’est exact.

 

Q : Vous avez dit que la fëte de ’Hanoukah se faisait dans un esprit messianique : pourquoi le livre des Machabbées ne figure-t’il pas dans la Bible si justement ce livre traite d’un événement si important ? Et comment se fait-il que Pourim par rapport à ‘Hanoukah annonçait moins de messianité pour ainsi dire alors que la tradition nous dit de Pourim qu’elle sera seule maintenue dans les temps messianiques ? 

R : Le livre des Machabbées a été rédigé après la cloture du temps prophétique. En aucun cas il ne peut être considéré comme un livre biblique puisque toute cette histoire se passe bien après la cloture du canon biblique. Historiquement, le dernier livre intégré à la Bible c’est la Meguilat Esther. Par conséquent, il n’était pas question qu’un livre de foi juive comme celui des Machabbées soit intégré dans le canon biblique. Et à la limite, pour ne pas qu’on le croit tel, il a presque été mis à la Guéniza. Il y a une autre raison : le fait que le Talmud parle très peu de l’épisode des Machabbées. Schématiquement: l’événement qui a permis à l’identité d’Israël de survivre malgré l’empire grec a été considéré comme un événement d’ordre messianique, mais ce qui en a résulté a été considéré comme un échec en ce temps-là. C’est que la dynastie installée par les Machabbées a finalement échoué puisque l’état juif de ce temps-là a été détruit par Rome. Ce n’est pas tellement cette destruction par Rome qui a disqualifié aux yeux du Talmud l’épisode des Machabbées, c’est les raisons pour lesquelles cette destruction est apparue. La société d’Israël n’a pas réussi à exploiter sa victoire en ce temps-là, elle n’a pas réussi à authentifier son identité et à faire que la victoire de Judah Makabi et de sa famille devienne un triomphe. Effectivement, il y a des raisons internes à la société judéenne, et à la dynastie hasmodéenne qui a suivi le temps des Makabim qui fait que finalement l’état juif de ce temps-là a échoué et a été écrasé par Rome. Mais comme en ce temps-là, il est resté une petite fiole d’huile cachée à travers 2000 ans, qui a pu brûler le temps que nous arrivions au temps où l’on peut préparer de nouveau la nouvelle moisson d’huile.

 

J’arrive à la 2ème quesiton :

La tradition a assigné à ‘Hanoukah une portée messianique plus considérable qu’à Pourim. Mais nous avons d’autre part un Midrash qui dit qu’au temps du messie, il ne restera que deux moments significatifs du calendrier : le jour de Kipour, Yom hakipourim, et le jour de Pourim. Kipourim et Pourim. C’est tout un problème. Il faudrait deux heures pour l’élucider, on le fera peut-être à Pourim. Mais en fait, cette analogie entre Pourim et Kipourim est très profonde parce qu’elle dépasse le vocabulaire. Tout simplement parce que Pourim est un mot persan alors que Kipourim est un mot hébreu. On ne peut donc pas se borner à ce jeu de mot de dire que Pourim c’est comme Kipourim parce que Kipourim c’est comme Pourim. Il y a une raison beaucoup plus profonde à ce Midrash :

Le jour de Kipour est le jour de l’expiation et de la rédemption, et je vous donne le thème du Zohar à ce sujet tel qu’il a été enseigné par le Shlah : en réalité le mot Pour, pluriel Pourim, en persan a son correspondant en hébreu sous le terme de Goral, le sort. Et l’analogie entre le mot de Pourim et Kipourim passe par le mot de Goral. Effectivement, le jour de Kipour il y avait deux boucs expiatoires identiques pour le sacrifice de l’expiation. Et on tirait au sort lequel des deux serait sacrifié dans le temple et lequel des deux serait envoyé au désert. C’est la notion du bouc émissaire qui est renvoyé au désert portant la rédemption des fautes. Un des deux boucs est sacrifié dans le temple, c’est-à-dire ès-qualité : Goral lashem, et l’autre c’est Goral léAzazel. S’il revient dit le Talmud il revient, mais s’il ne revient pas il est perdu. Et dans l’histoire d’Israël s’est produit ce tirage au sort si j’ose dire. J’essaierais de l’exprimer de la manière suivante en me référant à l’enseignement du Shlah. Après le temps du roi Salomon, Israël s’est divisé en deux. Il y a eu le royaume d’Israël qui est le royaume du Nord, et d’autre part le royaume du Sud qui est le royaume de Juda. Et comme nous le savons le royaume du Nord s’est perdu très rapidement, et il a constitué la couche la plus ropfonde de la diaspora d’Israël Celle des exilés d’Israël qui ne savent même pas qu’ils sont d’Israël. C’est-à-dire qu’ils sont plus marranes que les marranes. Il y a une quantité d’âmes d’Israël qui travaillent dans le monde. Nous ne savons pas qui ils sont et eux-mêmes ne savent pas qui ils sont. Ce sont les descendants des dix tribus dont nous savons par tradition qu’ils sont les Nida’him ceux qui sont plus que exilés, ceux qui sont à l’extérieur de leur propre identité. Les Juifs de l’exil eux se connaissent comme des Juifs. D’ailleurs il suffit de savoir que l’on est juif dans l’exil pour savoir que l’on n’est pas dans l’exil mais que l’on est en train de revenir…

Tandis que les autres, les Nida’him, ne savent même pas qui ils sont et ne savent même pas qu’ils sont des Juifs en exil. C’est plus marranes que des marranes si vous voulez. C’est très consolant parce que cela permet de savoir comment les prophéties se réaliseront parce que finalement il faudra énormément de cadres pour encadrer du point de vue moral l’humanité toute entière, et on aura besoin de tous ces grands moralistes qui nous reviendront des dix tribus perdues le jour où cela se dévoilera.         

Et puis d’autre part le royaume de Juda.

Les deux sont allés en exil dans le même paysage, dans la même civilisation.

C’est la civilisation assyrienne, c’est la civilisation babylonienne, qui a occupé simultanément le royaume d’Israël et le royaume de Juda au temps du 1er temple.

Or, le royaume d’Israël s’est perdu sauf un certain nombre de traces des dix tribus, un certain nombre de familles qui se sont adjointes aux Judéens, qui se sont adjoints aux Juifs en Babylonie et qui sont revenus avec Ezra et Néhémie pour fonder le deuxième royaume de Juda. Leurs noms sont donnés dans les livres des Chroniques. Il y a des traces dans le peuple juif de ces descendants des Judéens, et il y a des traces aussi de descendants de ces tribus des 10 tribus de l’ancien royaume d’Israël. Et finalement, nous savons que lorsque le temple existait, le rite de la rédemption de Kipour avait pour objet l’expiation des fautes involontaires. Etant donné que la Torah est une religion de la loi, il est donc nécessaire que chaque fois que la loi a été violée sans qu’il y ait intention de la violer, et cela c’est le jeu de la vie qui l’entraine – je schématise beaucoup car cela renvoie à des analyses extrêmement importantes – il est normal qu’une religion de la loi ait comme liturgie principale la liturgie de la rédemption. Etant donné que la valeur de la conscience dépend de son homogénéité avec la loi, étant donné que la vie est une perpétuelle violation de la loi, la vie de la conscience serait inssuportable s’il n’y avait pas une liturgie de l’expiation - elle est journalière et finalement annuelle le jour de Kipour – de telle sorte d’être débarrassé des remords inutiles des fautes qui n’ont pas été faites avec intention.

Bien entendu, c’est une liturgie qui n’a de valeur que dans la mesure où elle s’adresse à une conscience de bonne foi. Par conséquent, lorsque la société d’Israël est groupée en société autonome, étant donné qu’elle est la société de la Torah, sa liturgie principale est celle du temple de l’expiation des fautes involontaires. Et lorsque le temple est détruit, alors l’identité d’Israël est atteinte très profondément parce qu’Israël ne dispose plus de cette fonction de l’expiation. Alors, selon la tradition talmudique et zoharique c’est l’exil qui remplace le temple en tant que fonction d’expiation. Effectivement, déjà dès les derniers prophètes, surtout chez Malakhi, on trouve cette expression que dans l’exil il y a Miqdash Méat partout où il y a l’institution de la communauté juive, il y a un petit quelque chose qui est, en petit, ce que le temple était. Le fait de la vie de l’exil se substitue à la fonction expiatrice du temple. Or, nous voyons que les deux parties d’Israël à la destruction du premier temple ont été exilées. Et se reproduit à l’échelle de l’histoire de la société, la même cérémonie, mais au niveau de l’histoire, que la cérémonie de Kipour de l’expiation de Kipour où il y a deux boucs expiatoires dont l’un est envoyé on ne sait où, alors que l’autre réalise le sacrifice de l’expiation ès-qualité.

 

Ces deux Séïrim, ces deux boucs représentent bien évidemment dans le thème du Midrash que je vous cite les deux royaumes :

- le royaume d’Israël qui est perdu dans le désert et on ne sait pas où il est. Saïr laAzazel.

- alors que le royaume de Juda lui est Saïr Lashem puisqu’il se reconnait dans son identité de façon dévoilée, de façon dénommée et identifiée.   

  

Voilà la correspondance profonde qu’il y a entre Pourim et Kipourim. Le jour de Pourim commémore le salut de la communauté des Judéens, alors que la communauté des anciens Israélites avait complétement disparu. Il y a là en préfiguration une projection messianique sur Pourim. C’est à la fin des temps que Pourim aura une valeur messianique plus grande que ‘Hanoukah. Mais pendant tout le temps de l’histoire c’est ‘Hanoukah qui a une valeur plus grande que celle de Pourim. A la fin des temps, le Pourim ultime sera celui de l’ultime délivrance d’Israël de l’exil et aura même valeur que Kipourim. Voilà grosso-modo le problème de cette analogie.

 

***

Q : Une question sous l’angle de la confrontation de l’éthique juive à l’histoire telle qu’elle se fait et le problème de son adéquation. Formulée sous forme métaphorique, je la ferais partir de la partie de votre exposé qui mettait en parallèle les droits de l’homme et la justice telle que l’entend Israël. Alors pour quelle voie faut-il opter ? Est-ce pour la justice d’Israël qui préfère Jacob à Esaü en vertu d’un droit d’aînesse ou bien la justice humaine qui confronterait Jacob et Esaü dans leur action sans référence à un système de valeur qui pose l’un comme juge de l’autre ? Ne voyez-vous pas dans les révoltes contemporaines contre la justice bourgeoise une telle prise de conscience ? C’est-à-dire la prise de conscience d’une justice fermée dans un système est un alibi au service d’un groupe qui veut ainsi dominer un autre ?

R : Si j’ai bien compris votre question qui effectivement est à sa place dans cette analyse, je crois que l’on pourrait répondre de la façon suivante : c’est que précisément le défaut et la faiblesse de la mentalité philosophique quant à la morale consiste la plupart du temps à confondre la morale et la légalité. Et je crois qu’il ne faut pas confondre la loi morale et la légalité. C’est au niveau de la légalité que finalement très souvent – vous avez cité le cas de la morale bourgeoise – tel ou tel groupe humain s’accapare de l’alibi de la conscience morale pour servir des intérêts particuliers. Mais il s’agit de la légalité d’un groupe, et non pas de la morale à l’echelle de l’identité humaine et de sa dignité à l’échelle universelle. Je crois que c’est cette distinction qu’il faut établir. Effectivement, la mentalité juive s’est toujours opposée à cette sorte d’éthique où la morale devient en réalité la légalité. Et où la vertu est définie comme étant l’adéquation à la légalité et non pas à la moralité. Et effectivement, la moralité peut être fabriquée par chaque groupe humain au mieux de ses intérêts. Et je pense qu’effectivement, toutes les légalités sont fautives par rapport à la moralité. C’est à étudier bien entendu à travers l’histoire mais c’est très frappant dans les analyses que nous trouvons dans les textes talmudiques, notamment dans la Massékhet Baba Batra où il y a une page extraordinaire à ce sujet. Je vous en citerais l’essentiel : c’est que la seule société qui a décidé une fois pour toute qu’elle n’aurait pas d’autres légalités que la moralité a été la société d’Israël. C’est je crois dans la page 10b de Baba Batra.

[http://www.dafyomi.co.il/bbasra/reviewq/bb-rq-010.htm#q10].

C’est à propos du verset (Mishlei 14:34) :

צְדָקָה תְרוֹמֵם-גּוֹי;    וְחֶסֶד לְאֻמִּים חַטָּאת

Tsedakah Teromem Goy, ve'Chesed Le'oumim Chatat . 

La justice grandit une nation; le crime est l'opprobre des peuples.

 

 

Dans une société où ce n’est pas la moralité qui est la justice, la loi juridique, la légalité (et il n’y a aucune société humaine comme cela jusqu’à présent) même la charité est un crime, parce que la charité est un alibi pour ne pas faire la justice. D’ailleurs en hébreu ‘Hessed peut signifie soit charité soit crime, cela dépend du contexte.          

…/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans CALENDRIER & FÊTES
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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 13:41

Hanouka (1968) Actualisation : pensée juive et pensée grecque (Pahad Isaac)

 

 

Hanouka (1968) Actualisation : pensée juive et pensée grecque (Pahad Isaac)

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka_pensee_juive_et_pensee_grecque/cours_1

Durée : 45,9 minutes
Face A

 

L’exposé de ce soir a été intitulé « actualisation de ‘Hanoukah » et cela signifie en 1ère définition : dans quelle mesure pouvons nous retrouver dans notre actualité, dans le temps historique dans lequel nous vivons, la problématique de la lutte entre les Judéens et les Grecs de l’époque du 2ème temple ?

 

C’était un cycle historique très différent du nôtre, mais peut-être y a-t’il une correspondance culturelle du point de vue des problèmes qui se sont posés dans les heurts entre la culture grecque et la culture juive dans les temps que nous commémorons à propos de ‘Hanoukah ? 

 

1- Cela me mènera à vous donner en préface une certain nombres d’analyses qui ont pour objectif de mettre en évidence l’importance de la commémoration de ‘Hanoukah telle qu’elle a été comprise par la tradition juive déjà depuis l’époque du 2ème temple au temps où l’événement s’est produit, et à travers les siècles, puisque comme vous le savez, jusqu’à nous, la fête de ‘Hanoukah a eu un impact assez particulier dans la vie traditionnelle juive et dans les temps plus récents dans la vie nationale juive.

  

2- En second lieu nous essayerons de mettre en évidence les thèmes théoriques principaux qui expliquent la gravité qui a été accordé à cette épisode de notre histoire. C’est un épisode d’un passé très lointain. La gravité, l’importance, et le sérieux qui y a été rattaché, au-delà de la notion de rivalité de deux nations, de deux éthnies, de deux cultures, définies de façons spécifiques. Nous tenterons de comprendre au niveau le plus universel possible à quel niveau les responsables de la tradition juive du temps des Makabi ont jugé que ce conflit entre culture grecque et culture hébraïque mettait en jeu le destin de l’humanité de telle sorte d’accorder une signification messianique à la commémoration de ‘Hanoukah juive déjà en ce temps-là.

 

3- En troisième lieu nous essaierons de comprendre la manière dont le Talmud en parle. Et en particulier pourquoi il en parle si peu ? On en parle souvent à travers les siècles dans l’étude juive : comment se fait-il qu’un événement aussi considérable dans son aspect spectaculaire comporte si peu de place dans le contenu même du Talmud où nous sont laissées les traces des préoccupations culturelles de l’identité juive à travers les siècles ? Effectivement, on s’aperçoit que la quantité de pages talmudiques consacrées à l’évenement de ‘Hanoukah est réduite à quelques lignes alors que l’événement même est malgré tout d’une signification considérable.

 

***

 

1-       Importance de la commémoration de ‘Hanoukah

 

Dans le calendrier juif, la fête de ‘Hanoukah se situe avec une signification messianique d’emblée. Dès la lecture du rituel, dès la réflexion sur la liturgie propre du rite de la fête de ‘Hanoukah, nous découvrons que la tradition a voulu lui assigner une signification messianique. Et c’est donc corrolairement qu’on a porté un diagnostic d’une extrême importance concernant l’événement qui allait être commémoré. Ceci est visible déjà par le seul fait que l’on découvre que, dans cette fête de ’Hanoukah, le rite de commémoration occupe 8 jours. C’est un des principes du calendrier juif que le chiffre 8 est attaché à des rites qui ont une signification messianique.

 

Je voudrais très brièvement essayer de rendre compte de cela d’après la cohérence même de la symbolique des chiffres rapporté au temps dans la tradition biblique déjà.

Selon la cohérence de la manière dont le vocabulaire biblique rend compte des structures du temps, nous savons déjà, depuis les deux premiers chapitres de la Genèse, que c’est le chiffre 7 qui désigne la quantité de temps qui occupe l’histoire humaine. La bible nous dit que le monde a été façonné pendant 6 jours. A la fin du 6ème jour l’homme apparait dans l’histoire du monde. Et par conséquent, tout se passe comme si dans la cohérence de ce vocabulaire biblique on a considéré que toute l’histoire humaine occupe ce 7ème jour du commencement.

 

Tout se passe comme si on veut nous faire comprendre que le monde a une préhistoire avant l’apparition de l’homme. Cette préhistoire est désignée par les 6 jours du commencement. Le monde une fois créé a été façonné pendant 6 jours nous dit le récit biblique de tel sorte d’être suffisamment structuré pour qu’il puisse être habitable par l’homme. Et je vous demande de faire enfin l’effort de mémoire pour pouvoir retenir toutes ces remarques que nous aurons à utiliser par la suite dans l’analyse des termes généraux concernant la signification de ‘Hanoukah de nos jours.

Je cite souvent cette remarque : le récit biblique comporte une certaine cohérence même littéraire si j’ose dire. Le récit de l’œuvre de chaque jour se termine par un verset analogue:

Ce fut soir, ce fut matin, jour un… jour second, … jour troisième… et ce verset qui rythme le récit du commencement indique que le jugement porté par le Créateur sur son œuvre est tel que le projet concernant chacun des jours du commencement est suffisamment atteint pour que l’on puisse passer à l’étape suivante. L’œuvre du premier jour est accomplie alors apparait le deuxième jour… , l’œuvre du deuxième jour est accomplie…etc. La ligne de force, le projet général de cette « façonnation » - néologisme traduisant le terme Yetsirah – étant que le monde une fois créé (Briah) a été façonné (Yetsirah) avec pour objectif qu’il devienne un jardin habitable par l’homme. Et on s’aperçoit que c’est au soir du  6ème jour que l’homme apparait comme la dernière apparition, la dernière nouveauté qui apparait dans le monde. Et dès que l’homme apparait le monde entre dans l’état de Shabat. Le Créateur n’intervient plus au niveau des lois de la nature. Parce que va commencer une tout autre dimension de l’être : l’histoire. L’histoire de l’homme semble être logée dans ce 7ème jour qui commence au terme du 6ème jour du commencement.

Et ce que je voulais mettre en évidence de nouveau c’est le fait qu’il n’existe pas encore dans la Bible le verset qui dirait : « Et ce fut soir et ce fut matin, jour septième ».

Effectivement, dans le premier chapitre de la Genèse tout se passe comme si les 6 premiers jours du commencement sont accomplis. Cela n’est pas évident que ce qui a été réalisé coïncide vraiment avec le projet correspondant à chaque jour, il y a toujours un décalage. L’homme entre dans un monde où il y a l’héritage de la préhistoire d’avant la naissance de l’homme. Et il y a un certain décalage entre la réalité et le projet, donc entre la réalité et l’idéal. Et en fait, tout se passe comme si le jugement du Créateur juge que c’est suffisamment bon pour que l’homme puisse apparaitre dans le monde.

 

Et l’histoire de l’homme se développe. Son objectif nous le connaissons d’autre part par une autre cohérence du vocabulaire biblique : l’histoire de l’homme consiste à être occupé à engendrer le « fils de l’homme ». C’est toute l’histoire d’une gestation qui doit aboutir à un engendremment du « fils de l’homme », dans le sens messianique que lui assigne le vocabulaire des prophètes. 

Et il n’est pas encore écrit : « Et ce fut soir et ce fut matin, jour septième ».

Tout se passe comme si nous sommes encore à l’intérieur de ce grand 7ème jour du commencement et que lorsqu’il prend fin, lorsque ce projet de l’engendrement du fils de l’homme est accompli, alors on passerait au jour huitième.

 

Vous devinez déjà pourquoi chaque fois que la tradition met une commémoration ou un rite à l’indice du 8ème jour, c’est qu’elle a l’intention de lui assigner une signification messianique. C’est dire, en d’autres termes: tout se passe comme si, d’une certaine manière en préfiguration, ce qui est advenu dans l’histoire du 7ème jour était déjà de l’ordre du 8ème jour. Alors cela doit être commémoré à l’indice du 8ème jour.

 

Il y a une confrontation possible à faire entre la cohérence des différents calendrier qui s’inspire de la Bible. D’un côté l’islam, de l’autre côté la chrétienté. Et il est très frappant de voir que dans la logique de la cohérence propre interne à la liturgie chrétienne, la théologie chrétienne a fini par fixer le jour de commémoration le lendemain du 7ème jour. C’est-à-dire selon la semaine du calendrier habituel le dimanche. Mais c’est en réalité le 8ème jour par rapport au Shabat. C’est dire que puisque c’est le jour que la théologie chrétienne consacre à ce qu’elle appelle « le jour du Seigneur », pour elle, l’engendrement du « fils de l’homme » aurait déjà été réussi. Et par conséquent, il était normal en fin de compte que dans sa propre cohérence la théologie chrétienne change le 7ème jour en 8ème. (Cf. Concile de Nicée).

Il était normal d’autre part que dans la cohérence propre à l’islam ce ne soit pas encore déjà le  7ème jour qui soit désigné comme jour consacré mais le 6ème. Tout se passe comme si la conscience de l’islam se situe encore au 6ème jour, et que la conscience de la chrétienté se situe déjà fictivement au 8ème jour, alors que la conscience juive, elle, se situe dans l’ordre de la réalité du monde où nous sommes, dans l’ordre du 7ème jour. Bien entendu, un 7ème jour qui porte en gestation l’œuvre du 8ème. Mais nous n’y avons pas encore accédé. C’est là la grande contestation qu’il y a entre nos deux théologies juive et chrétienne. Nous sommes encore dans le temps du 7ème jour, mais dans un temps du 7ème jour qui porte en germe le 8ème.

 

Dans tous les cas, il n’est pas écrit dans la Bible, fut-ce-t’elle la Bible traduite par les Chrétiens : « Et ce fut soir et ce fut matin, jour septième », de telle sorte que l’on puisse croire que nous sommes déjà au 8ème jour.

 

C’est sous forme préfigurative que chaque fois qu’un événement semble émerger avec une signification « prospective », si j’ose dire, de l’ordre messianique que lui est assigné l’indice huit. C’est effectivement le cas de ‘Hanoukah en particulier. J’ai voulu citer cette remarque pour mettre en évidence l’importance considérable que la génération qui a vécu ces événements a assigné à cette commémoration.

 

Il faut savoir d’autre part, d’une façon générale, que la ‘Hanoukah en tant que rite était connu et fixé le 25 Kislev bien avant le temps de l’événement qui est commémoré à partir de la victoire des Makabi contre les Grecs. Cela ressort de façon évidente des textes du Midrash que nous possédons,  et d’autre part de la manière dont le Talmud lui-même pose la question de savoir ce qui doit être commemoré pendant la semaine de la ‘Hanoukah à partir de cette résistance et cette victoire de l’identité juive par rapport à la culture ambiante qui n’était pas seulement la culture de l’époque mais qui était aussi l’empire de l’époque qui s’était imposé par la force à l’identité judéenne.

 

On a jugé que parmi tous les conflits que Israël avait pu commettre à travers les siècles et ceux qu’il connaitrait encore, le temps était arrivé d’assigner à cette réinauguration du temple de Jérusalem reconquis sur les Grecs la signification de cet événement de ‘Hanoukah.

 

Première remarque :

Le fait que l’identité juive n’ait pas disparu au temps de la conquête de la Judée par l’identité grecque, le fait qu’elle ait pu ressuciter en ce temps-là a été considéré comme un événement de l’ordre messianique. Et ceci me mène directement au deuxième point.

 

Bien entendu il y a d’abord une raison purement historique du point de vue de l’histoire de notre société, bien que comme on l’a souvent noté c’est seulement une partie du peuple juif qui se trouvait en Judée à cette époque, un peu comme si, de notre temps, il y avait déjà une diaspora considérable en dehors du pays de la Judée, bien que cela n’était qu’une partie de l’identité d’Israël qui se trouvait en jeu dans ce conflit entre la Grèce et la Judée, et bien on a pris conscience du fait que si l’identité d’Israël de l’époque était annulée, détruite, c’était l’histoire juive toute entière qui risquait de prendre fin.

 

Je voudrais ajouter immédiatemment une autre remarque rattachée à la première : le fait même qu’on ait assigné une signification messianique à cette victoire et à ses conséquences, le fait qu’il y ait pu de nouveau avoir réinauguration de l’identité d’Israël à Jérusalem, a été considéré comme ayant une portée universelle, comme ayant une portée qui concernait l’histoire du genre humain tout entier. Et nombreux sont les textes directs des sources de l’époque, ou les textes postérieurs qui parlent de ‘Hanoukah et de cet événement, qui mettent en évidence le fait que l’on a ressenti une victoire non pas seulement au titre de l’identité juive mais au titre de l’avenir messianique de l’humanité toute entière. Alors, ce que nous allons essayer de comprendre c’est d’après les rabbins de l’époque, le Sanhédrin de l’époque quel était l’enjeu.

 

Je crois que nous ne pouvons pas nous borner à situer cela uniquement au niveau d’une rivalité nationale, c’est-à-dire la joie de commémoration par une fête de non seulement la résurrection de l’identité d’Israël mais de sa survie face à la culture ambiante de l’époque, cela n’est pas simplement la commémoration d’un événement de salut de la communauté juive – on se bornerait à ce propos à un commémoration de celle du genre de Pourim par exemple – puisque plutôt déjà il y a eu cet épisode d’un danger très grave menaçant la communauté juive en Perse. Et la fête de Pourim commémore ce salut de la communauté juive, où l’on n’a pas assigné du tout à la fête une portée et une signification messianique aussi grande que celle que l’on retrouve dans le rite même de ‘Hanoukah. Et dans la sémantique hébraïque cela va très loin. Je vous disais tout à l’heure, le jour huitième est défini comme le jour messianique. Parce que c’est le jour du temps de l’histoire du monde qui succède à l’histoire en train d’être fait, de l’être en devenir, de l’être historique que nous sommes, et l’histoire humaine porte comme une matrice porte en gestation une manière d’être qui est définie dans les prévisions des prophètes comme étant l’identité messianique.

Et nous savons qu’il s’agit de l’identité humaine au temps où la morale aura triomphé. C’est cela l’essentiel de la définition du temps messianique d’après la prophétie hébraïque : le temps où les valeurs morales seront compatibles avec l’identité humaine, et donc corrolairement, le temps où l’histoire humaine pourra être jugée véritablement selon l’ordre des valeurs morales. C’est ainsi que les prophètes hébreux en ont parlé.

 

Dans la sémantique hébraïque ceci va très loin : effectivement nous savons que la cérémonie de la messianité, la cérémonie de l’intronisation messianique, c’est la cérémonie de l’onction. En hébreu le mot de Mashia’h que nous traduisons par Messie – qui est la francisation du mot grec qui est le décalque du Mashia’h. Mais en hébreu le Mashia’h signifie l’Oint.

 

Il y a donc une correspondance à simple lecture au niveau de la sémantique hébraïque. Mais le jour huitième en hébreu se dit Yom Shemini et c’est la même racine que Shemen qui signifie l’huile. C’est le jour de l’onction. Je crois que c’est cela l’intention sémantique profonde : c’est le jour de l’onction. C’est le jour sémantique parce que c’est le jour du Oint si j’ose dire. C’est intentionnellement que l’hébreu donne comme racine à la notion de « huitième » la racine qui signifie d’autre part « l’huile » parce que l’huile est le véhicule de l’onction, en tant que telle est la substance de la messianité. Du point de vue du rituel bien entendu.

 

Ce qui nous donne d’ailleurs une définition de la notion de Messie extrêmement importante du point de vue de l’étymologie hébraïque, cela signifie : l’homme qui parmi toutes les approximations possibles est consacré comme étant soit Melekh HaMashia’h, le roi qui parmi tous les candidats à la royauté est consacré à la royauté comme étant le plus autenthique, soit Kohen HaMashia’h le prêtre qui parmi tous les prêtres possibles est considéré comme étant oint c’est-à-dire comme étant le plus proche de l’identité messianique telle que le projet du Créateur l’a assigné comme finalité de l’histoire humaine.

 

Il n’y a pas du tout en hébreu dans ce terme de messie l’ensemble des problèmes théologiques que nous avons en contestation avec d’autres traditions messianique. Il y a d’abord en hébreu cette notion de l’onction, c’est-à-dire le fait que parmi plusieurs approximations possibles, c’est celui-là qui est préféré parce que plus proche de l’authenticité absolue. Selon la tradition juive chaque génération a son messie possible. Et cela nous est dit d’ailleurs au pluriel : un verset qui se trouve par deux fois [Ps. 105:15 & 1Chr. 16.22] dit ceci : Dieu s’adresse aux nations et dit dans ces versets : אַל-תִּגְּעוּ בִמְשִׁיחָי   Ne portez pas atteintes à mes messies. Il y a toujours plusieurs messies possibles, et à travers toutes les générations. Et donc, en d’autres termes, pour retrouver le vocabulaire précédent, l’identité de l’homme ayant réussi de la façon la plus proche à chaque étape de l’engendrement historique à devenir ce que le vocabulaire de l’historiosophie biblique nomme le « fils de l’homme ». A chaque génération, le messie est engendré un peu plus, le fils de l’homme est engendré un peu plus, un peu mieux, jusqu’à l’engendrement ultime qui fera passer du 7ème jour au 8ème jour. On comprend mieux par là pourquoi en hébreu le jour huitième se dit « le jour de l’onction ». Et on a remarqué que ceci se retrouve aussi en filigrane dans le nom hébraïque des Hasmonéens – en hébreu ‘Hasmonayim – dont la première lettre est le ‘Heit la 8ème lettre avec ensuite la racine Shemen qui signifie l’huile. 

 

Revenons aux analyses : une des thèmes que nous pouvons mettre en évidence :

Cette commémoration à première vue apparait comme celle d’une victoire nationale et pas plus, un épisode parmi les guerres, quelle est la raison pour laquelle on a assigné à cette commémoration une portée aussi considérable ?

D’une part, la prise de conscience que la survie de l’identité d’Israël était vraiment en jeu, et d’autre part lui assigner une portée messianique projetée par conséquent dans la perspective de la réussite de l’histoire l’humanité toute entière ?

 

Je crois que la 1ère formule qui doit nous venir à l’esprit est la suivante : Effectivement, l’identité de la civilisation toute entière se cherche dans une sorte d’équilibre qui n’a encore jamais été trouvé ni atteint, dans une sorte de compatibilité entre ce que l’humanité toute entière a reçu de l’héritage grec et entre ce qu’elle a reçu de l’héritage hébreu. 

 

Déjà depuis les textes les plus anciens de la Bible, bien avant cette époque, bien avant plusieurs sites historiques avant cette époque où il y a eu rencontre et conflit entre l’identité grecque et l’identité hébraïque, lorsque la Bible raconte le commencement des grandes lignées humaines qui ménera à travers Yafet-Japhet jusqu’à Yavan mot qui signifie la Grèce, et de l’autre côté la lignée de Shem jusqu’à Israël, il est prévu dans chacune de ces deux lignées qu’une identité centrale apparaîtrait.

 

Dans la lignée de Shem l’identité d’Israël, qui se prépare dès les commencements et en fin de compte elle apparait dans l’histoire. Et dans la lignée de Japhet, l’identité de Yavan qui en est le point culminant. Alors qu’Israël est décrit et identifié comme le point culminant de la lignée shémitique.  

 

Et tout se passe comme si cette prophétie de Noa’h a fini par se réaliser à travers les siècles et les millénaires : la culture de notre contemporanéité, la culture en général, la civilisation à ce point important de l’histoire humaine où l’ensemble des problèmes et premièrement ceux de la définition de l’identité humaine, sont peut-être pour la première fois dans l’histoire à l’échelle universelle, puisque ils se posent à l’échelle planétaire. Si l’on fait un bilan de l’histoire de la civilisation, on s’aperçoit qu’en vérité il y a deux matrices, deux racines, dont on n’a pas encore trouvé le point d’équilibre. La culture contemporaine est redevable d’abord à la Grèce d’un côté et d’autre part d’Israël de l’autre.

 

Ces deux manière d’être culturels sont en conflit. Et c’est certainement le point le plus culminant de ce conflit qui a été historiquement enregistré au moment des événements que célèbre ‘Hanoukah, c’est le temps où l’empire grec a failli annulé l’autre inspiratrice de la culture humaine, Israël.

 

C’est dans l’écran de cette remarque que je voudrais situer un certain nombre de thèmes qui nous sont transmis par les commentateurs. Et en particulier, je mettrais en évidence les thèmes enseignés par le Marahal et que l’un des plus grands commentateurs contemporains du Maharal, un des maîtres talmudiques des Etats-Unis, le rav Hutner, a mis en forme de notre temps.

 

Analyse du Rav Hutner

 

Le Rav Hutner dit ceci, d’une façon général en reprenant les données du problème, il tente de nous faire comprendre ceci :  une culture humaine absolument réussie serait une culture humaine qui arriverait à concilier les valeur authentiques de ce que la Grèce a pu transmettre à l’humanité, et les valeurs authentiques de ce que Israël a pu transmettre à l’humanité. Ces deux mondes de valeurs sont en conflit. Et ils sont dans un conflit qui semble ne pas avoir de solution.

 

Au fond, si l’on réfléchit bien ce que la culture humaine doit à la Grèce c’est en fin de compte les sciences. Et en particulier le langage des sciences. C’est-à-dire l’outil grâce auquel les sciences ont pu réussir, c’est-à-dire les mathématiques. Nous savons que bien avant les Grecs le langage de la mathématique a été forgé mais c’est le génie grec qui a donné à la mathématique, en tant que langage des sciences, l’efficacité qu’il a eu. Et d’un certain point de vue, la maitrise de la nature par l’homme, ce qui est projet du Créateur selon le récit de la Bible, a été permise en quelque sorte par cette héritage que l’humanité contemporaine reçoit des Grecs. C’est la pensée et la culture grecque qui a permis à l’humanité de faire le progrès qu’elle a fait et qui la mène au bord d’une maitrise totale, définitive et absolue des forces de la nature. Nous ne sommes pas encore dans l’achèvement totalement messianique de ce premier aspect du projet de l’histoire humaine, mais il est bien évident que cela a commencé, il n’y a aucune raison pour que cela n’aboutisse pas, sinon des raisons d’ordre morale qui ferait que l’histoire humaine risque de s’interrompre ou de s’arrêter.

Il ne s’agit pas ici de reprendre le rêve scientiste, à la manière de Renan par exemple, et de voir dans la science la panacée universelle à tous les problèmes de l’homme. Je veux parler en particulier des  sciences expérimentales et des sciences qui font que l’homme est véritablement en train de devenir maitre de la nature matérielle. Le monde du phénomène matériel, le monde du phénomène impersonnel, est en passe d’être maitrisé complétement par l’identité humaine.

L’homme est en train de devenir un surhomme du point de vue de sa maitrise sur le phénomène naturel. Et nous sommes d’ailleurs au temps où il est possible que l’homme commence raisonnablement à s’approcher de la lune : le grand rêve de l’homme de maitriser le monde de la nature semble être réalisable. Tout se passe comme si la tâche de l’identité grecque à ce niveau-là - puisque cela a été sa vocation, cela a été son histoire - a réussi. Le langage grec a permis de doter l’humanité d’une langage universel au niveau des nécessités de la science.

 

Et l’on s’aperçoit d’autre part que le génie hébraïque, le génie d’Israël, n’avait pas du tout ceci comme objectif. Nous ne trouvons pas dans l’histoire des Hébreux en tant que tel, et surtout tel que la cohérence biblique en rend compte, que le projet de l’identité hébraïque ait été la maitrise matérielle des phénomènes de la nature. Cela n’est pas du génie d’Israël que les sciences dans le sens classique du terme ont procédé. Je parle ici du génie d’identité collective d’Israël. A l’échelle individuelle des membres d’Israël ont collaboré à ce projet de la Grèce, et nous savons effectivement la participation colossale que les Juifs ont donné à la fondation des sciences et au progrès des sciences. Mais ce n’était pas ès-qualité d’hébreu mais ès-qualité d’homme capable de faire la science. Mais ce n’est pas là le génie d’identité d’Israël qui s’est manifesté dans le monde.

 

Si on admet ce postulat du Rav Hutner qu’il y avait deux sociétés humaines qui devaient se partager la tâche de faire la messianité universelle. C’est-à-dire tant les problèmes de la nature de la matière que les problèmes d’autre part de l’ordre des valeurs, de l’ordre de la morale, de l’ordre de l’esprit, s’il devait y avoir collaboration de la Grèce et d’Israël pour faire réussir l’homme total, et bien c’est la tâche de la Grèce qui semble avoir été réussie la première. Effectivement, et Israël y a collaboré par ces Juifs qui sont ces grands savants que nous connaissons, apportant une contribution plus que considérable à l’histoire des sciences de l’humanité. Mais ce n’était pas au titre du génie d’Israël si j’ose dire. Qu’en est-il du 2ème point, de la deuxième tâche ?

 

Ce 2ème point était précisément de retrouver l’universel humain, le langage universel au niveau des valeurs spirituelles, au niveau des valeurs morales premièrement, mais d’une manière générale dans tout ce qui est de l’ordre non du phénomène naturel mais du phénomène humain.

 

Tout se passe comme si le génie de la Grèce aura été de maitriser la nature, la matière, tandis que le génie d’Israël dans son projet était de maitriser le problème de l’homme. Tout se passe comme si la réussite de la Grèce était finalement au niveau des sciences expérimentales, par l’aide du génie mathématique des Grecs, alors que la réussite du génie d’Israël devait être au niveau des sciences humaines. En scématisant beaucoup ce qui s’est passé à travers les siècles, c’est bien ce qui apparait clairement. C’est-à-dire une vision du développement de l’histoire universelle où il y aurait réussite, où il y aurait paix, fraternité et collaboration entre ces deux génies, nous permettrait de voir une identité humaine réussie, une messianité totale réussie, premiérement la réussite de la Grèce, et deuxiémement et corrolairement, la réussite d’Israël.

 

Il semble bien que nous retrouvons de nouveau ce décalage entre le temps de la lune et le temps du soleil dont parle énormément de Midrashim et dont parle aussi déjà le texte biblique : c’est que l’homme de la Grèce a plus rapidement réalisé sa tâche et a transmis le langage mathématique à l’humanité et est entré dans le passé. La Grèce antique n’existe plus. Il n’existe que les héritiers de la Grèce antique. Très tôt également, à peu près au même moment, Israël s’est préparé lui aussi à réussir sa propre tâche : pouvoir donner à l’humanité le langage unique dans l’ordre de la qualité alors que la Grèce avait donné le langage unique dans l’ordre de la quantité, mais là Israël a échoué, ou du moins n’a pas encore réussi.

 

Il est apparu très rapidement une rivalité entre ces deux mondes humains. Dans la vision la plus optimiste de la messianité de l’humanité tel que la Bible la raconte c’est que de la lignée de Japhet devait surgir en fin de compte une société summum de cette lignée qui devait faire réussir la maitrise de l’impersonnel, du phénomène de la nature, et en fin de compte ceci a réussi. C’est effectivement de Japhet de la Grèce, de Yavan – mot hébreu pour dire je suppose l’Ionie -  que a procédé la réussite des sciences. Et corrolairement, pendant ce temps le génie hébraïque a tenté de transmettre à l’humanité la révélation du langage unique dans l’ordre de la qualité, dans l’ordre de la vie spirituelle, dans l’ordre de la loi morale. Et il y a eu conflit.

 

Ce conflit s’exprime un peu de la mnière suivante : il n’y a pas de difficulté semble-t’il pour l’identité d’Israël de collaborer à la tâche de la Grèce. Lorsque les membres de la société juive s’occupent de faire la science, ils font la science dans la méthose de la science et à la manière de la science. Tandis que lorsque de l’identité grecque procède une certaine conception de la vie spirituelle, et que par conséquent l’homme de l’identité grecque tente de collaborer à la tâche d’Israël, alors c’est là qu’apparait le conflit. Cela veut dire qu’à ces deux niveaux la problématique n’est pas exactement la même. Le phénomène de la matière, est d’une nature telle que l’universalité de l’homme est beaucoup plus facile à atteindre. Etant donné que l’instrument de la découverte des sciences c’est la raison et l’intelligence qui toutes deux ne tiennent pas compte de l’identité spirituelle. Procédant de n’importe quelle éthnie ou nation on accède à la maitrise de l’intelligence c’est de manière absolument universelle parce que c’est la nature du phénomène matériel d’être, de façon totale et absolue, universel. Quelque soit sa nation d’origine un mathématicien est un mahématicien de la mathématique, un savant physicien est un savant de la physique…etc. L’appel à l’universel qui procède du langage mathématique peut être facilement atteint. Nous en avons la preuve du dedans de notre propre société : le projet de réaliser la science de la nature est d’emblée universel à partir du moment où l’outil a été trouvé. Et l’humanité sera redevable de cet outil à la société grecque.

 

Au niveau des problèmes de l’esprit, au niveau des problèmes de la vie intérieure, ce qui devrait déjà être les sciences humaines – et la pensée occidentale est déjà depuis longtemps à la recherche de sciences humaines cohérentes, mais elle n’arrive pas à les fonder, elle n’arrive pas à en trouver la méthode et une méthode telle que les sciences humaines réussissent. C’est me semble-t’il là l’essentiel de ce conflit qui est apparu dans la rencontre entre Athènes et Jérusalem. L’homme de la culture grecque a tenté d’imposer la méthode d’investigation des phénomènes matériels à l’objet des sciences humaines. C’est-à-dire la méthode d’analyse de l’impersonnel a été imposé à un domaine qui ne lui est pas du tout approprié, le domaine de l’ordre du fait humain.

 

Ce qui a procédé de la Grèce cela n’a pas été seulement la science mais aussi la philosophie. Une philosphie qui procédait de la mentalité scientifique, une philosophie qui procédait de la raison impersonnelle si j’ose dire, et qui a été projetée sur le phénomène humain. Et c’est à ce niveau qu’il y a eu conflit entre l’intuition hébraïque du phénomène humain et l’intuition grecque du phénomène humain.

 

C’est pourquoi j’ai pu dire tout à l’heure qu’Israël a pu collaborer à l’oeuvre propre spécifique de la Grèce, et elle le fait encore. Alors que le conflit se situe au niveau de l’œuvre spécifique d’Israël, là où la caractéristique de la raison grecque, qui par nature est extérieur au fait de l’identité hébraïque, a été projetée sur le problème d’Israël.

 

Le problème d’Israël consiste à faire la morale, alors que le problème de la Grèce consistait à faire la science. L’homme qui est occupé à faire la morale peut aussi lorsqu’il accède au niveau suffisant d’intelligence aider l’autre à faire la science. Mais l’homme qui est occupé à faire la science des phénomènes impersonnels, lorsqu’il s’occupe de faire la morale va entrainer ce qui est le conflit qu’il y a eu entre la conception grecque et la conception hébraïque du monde de l’esprit.

 

Il y a dans ce projet de réussite de cette identité humaine une contradiction intérieure : le phénomène humain est inséré dans le monde déterminé – celui des phénomènes extérieurs – à travers notre corps nous habitons un monde de la détermination absolue – c’est ce monde de la détermination absolue que le génie grec a exploré, et il a réussi puisque nous sommes arrivé sur la lune. L’identité humaine est premièrement inséré dans le monde extérieur à travers le corps, et ce modne extérieur est le monde de la détermination et le monde du déterminisme. Et dans ce monde-là l’identité grecque est chez elle, et elle a réussi à réaliser sa tâche. Mais d’autre part, l’identité humaine du côté de son âme, du côté de la vie intérieure, est d’un tout autre ordre. Il ne s’agit plus du monde de la quantité, il s’agit du monde de la qualité, du monde de la personne, du monde de la liberté, du mondes des valeurs. Et là, les outils de l’intelligence qui sont souverains par rapport à la matière impersonnelle n’ont aucune efficacité pour faire réussir le problème de la morale. C’est le bilan de la civilisation actuelle, et semble-t’il c’était déjà le bilan que les Judéens ont fait il y a déjà 2200 ans. C’est que l’humanité est en train de triompher souverainement au niveau du problème qui se posait à la Grèce : faire la mathématique donc la science. Elle est en train d’échouer lamentablement au niveau du problème qui se posait à Israël : faire la morale, donc le bonheur et la liberté et la réussite de l’histoire de la personne humaine : La maison est construite mais la personne qui doit y habiter est malade. D’où cela vient-il ?

 

Nous avons vu dans différentes analyses qu’il y a toujours tout un faisceau de raisons qui rend compte du fait qu’Israël n’est pas encore arrivé au terme de sa messianité, que toutes les tentatives de la messianité chaque fois qu’il est écrit dans la Bible « Et il arriva au huitième jour… », c’est une catastrophe qui arrive : וַיְהִי, בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי    Vayhi Bayom Hashmini une catastrophe…   

A chaque possibilité d’émergence du huitième jour il y a échec…

 

…/…

 

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***

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans CALENDRIER & FÊTES
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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 13:03

Hanouka – La notion de miracle – 3ème partie

 

Hanouka – La notion de miracle – 3ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka_et_la_notion_de_miracle/cours_1

Durée : 26,7 minutes
Face C

 

…/…

וַיֹּאמֶר, לְכִי שַׁאֲלִי-לָךְ כֵּלִים מִן-הַחוּץ, מֵאֵת, כָּל-שכנכי (שְׁכֵנָיִךְ)--כֵּלִים רֵקִים, אַל-תַּמְעִיטִי

Il dit : Va et demande pour toi des Kélim des vases vides au dehors, chez tous tes voisins, des vases vides, mais pas en petit nombre.

 

Il  y aura autant de miracle qu’il y aura de Kélim. Vous voyez donc que la racine du miracle c’est le Kélim.

 

                      וּבָאת, וְסָגַרְתְּ הַדֶּלֶת בַּעֲדֵךְ וּבְעַד-בָּנַיִךְ, וְיָצַקְתְּ, עַל כָּל-הַכֵּלִים הָאֵלֶּה; וְהַמָּלֵא, תַּסִּיעִי

Tu viendras tu fermeras la porte sur toi et sur tes enfants, et tu verseras de cette huile sur tout les Kélim et tu mettras ceux qui sont déjà pleins de côté.

 

On voit déjà dans le détail même du récit que cela nous renvoie à un vocabulaire que reprendront les Kabalistes part la suite pour dire que lorsque Dieu a créé le monde, Il a d’abord créé des Kélim et il y a déversé la lumière. Si on ne dispose pas du Kéli approprié pour que vienne l’influx que représente le miracle, cet influx ne vient pas. Encore une fois, un récit de ce type pour illustrer ce qu’on a appris avec le Maharal évacue toute notion de caprice d’arbitraire dans cette notion de miracle. Ce n’est pas n’importe quoi qui se passe, et cela ne se passe que là où le Kéli est approprié.

 

וַתֵּלֶךְ, מֵאִתּוֹ, וַתִּסְגֹּר הַדֶּלֶת, בַּעֲדָהּ וּבְעַד בָּנֶיהָ; הֵם מַגִּישִׁים אֵלֶיהָ, וְהִיא מיצקת (מוֹצָקֶת

Elle le quitta et elle ferma la porte sur elle et sur ses enfants. Et eux approchèrent des Kélim et elle versait.

וַיְהִי כִּמְלֹאת הַכֵּלִים, וַתֹּאמֶר אֶל-בְּנָהּ הַגִּישָׁה אֵלַי עוֹד כֶּלִי, וַיֹּאמֶר אֵלֶיהָ, אֵין עוֹד כֶּלִי; וַיַּעֲמֹד, הַשָּׁמֶן

Et il arriva, lorsque les Kélim furent pleins, elle dit à son fils apporte moi un Kéli encore, et il lui dit : il n’y a pas d’autre Kéli. Et l’huile s’arrêta.

 

C’est là où je voulais arriver. Quand il n’y a plus de Kélim cette huile s’arrête ! Et cette huile a cette capacité, si les événements le nécessitent, de faire ce qu’elle aurait dû être dans l’intention du Créateur. Nous sommes dans un monde où la volonté de Dieu finalement est Tsimtsoum, est dans sa plus grande économie. Nous avons peu de lumière dans beaucoup d’obscurité. Mais la Volonté du Créateur est que la lumière soit tout.

 

Qu’est-ce que cela qu’une goutte d’huile ne brûle que le temps d’une goutte d’huile ? L’huile qui brûle devrait brûler ! Pourquoi un seul instant ? Je veux dire que la véritable nature de l’huile se dévoile dans le miracle.

 

Je vous prends une formule habituelle de la prière : toute prière est d’une certaine manière une demande du miracle. L’état du monde d’après le fonctionnement du monde n’est pas supportable et la prière demande à Dieu un changement pour que le monde soit plus vivable. C’est ce qu’il y a derrière toute demande de prière. Avec la difficulté considérable de se mettre devant Dieu pour Lui dire que le fonctionnement de Son monde ne nous satisfait pas, et Lui demander de faire quelque chose. C’est énorme cette entreprise de la prière ! Il faut donc des conditions pour que l’entreprise même de la prière soit permise.

 

Telle est la formule de toute prière : « Que Ta Volonté se fasse ! »

Cela veut dire que lorsque j’ai obtenu ce miracle demandé c’est Sa Volonté qui s’est faite. Alors la vraie question c’est de savoir pourquoi elle ne se fait pas !

 

Nous sommes dans un monde que nous appelons le monde de la nature qui est un monde diminué dans l’ordre de la Volonté de Dieu. La Volonté de Dieu c’est que la lumière brille. Et non pas avec cette économie.

 

Cela veut dire que lorsque le miracle apparait c’est un peu du Monde à Venir qui vient dans ce Monde-ci. Et dans le Monde à Venir, il n’y a pas ce Tsimtsoum, cette diminution des choses.

 

Un des miracles invraisemblables : l’ânesse de Bilaam. La première fois que j’ai demandé au Rav Kook de nous expliquer un peu quelque chose là-dessus il nous a regardé en souriant en disant: « le problème n’est pas tant l’ânesse de Bilaam qui parle mais toutes les autres qui ne parlent pas ! »

 

A partir du momnent où l’on a compris que le monde que Dieu veut est le monde de l’abondance absolue, alors rien n’est invraisemblable dans cet ordre du miracle. Le vrai problème est ailleurs. C’est d’accepter de vivre ces choses que nous vivons, avec leur sens. Ce n’est plus le problème de l’invraisemblance des choses que le texte raconte, parce que trop anecdotique, ou trop arbitraire, ressemblant aux contes de fée ou de grand-mères…

 

Dans sa signification, ce miracle de la fiole d’huile, nos générations l’ont vécu. Il a fallu qu’une poignée tiennent le coup le temps qu’on prépare la récolte nouvelle. Alors c’est vrai à tous les niveaux. Il n’y a qu’à voir ce que la société israélienne représente après les dernières générations de l’histoire juive en Europe.

Qund vous entendez les discours officiels qui comparent les fondateurs du pays aux Makabim sachez qu’ils ne savent pas à quel point ce qu’ils disent est vrai. De leur temps ce miracle de la fiole d’huile s’est reproduit. On a pu faire ce qu’on a fait : ce qui est dit dans la prière de ‘Hanoukah : les nombreux aux mains des plus faibles…etc. 

 

Q: Quelle est la différence entre le Ness et la Hashga’ha ?

R: La Hashga’ha c’est la protection providentielle. Ce n’est pas nécessaire que cela se traduise par des miracles. Il peut y avoir des miracles dans l’ordre de la Hashga’ha mais cela n’est pas nécessaire. Le Ness c’est quand une loi de la nature est suspendue pour que la Hashga’hah intervienne. Il n’y a aucune chanche pour qu’une petite juive plaise à l’empereur de Perse. Or, c’est elle qui a trouvé grâce dit le texte, et c’est par là finalement que tous les autres fils de l’événements se sont tresssés pour arriver au résultat que les Juifs de Perse ont été sauvés des Amalécites.Aucune cohérence sociologique ne peut rendre compte d’un phénomène pareil.

Lorsqu’une règle de conditionnement joue au niveau du  phénomène socio-historique, le fait que l’empereur Assuérus mette sur le trône de Perse la reine Esther dans les conditions sociologiques de ce temps-là est une impossibilité. En ce temps-là, c’est impossible ! Or, c’est arrivé quand même ! C’est un miracle au niveau des lois sociologiques. Concernant le miracle au niveau physique, la suspension des lois déterministes est plus évidente. Mais il faut l’entendre aussi au niveau du conditionnement historique. C’est pourquoi tranquillement on va introduire le rappel de Pourim par Al Hanissim vé al hapourqane comme pour ‘Hanoukah.

 

Q : Pour le passage de la mer rouge ?

R : Les lois de la nature ont été suspendues.

J’ai entendu une fois d’un de mes maitres qui l’a dit très sérieusement : vous voulez savoir c’est quoi un rabbin miraculeux ? C’est un rabbin que c’est un miracle qu’il soit rabbin !

 

Q: inaudible

R: Dans un cours sur le fondement de l’induction : qu’est-ce qui peut m’assurer que les lois fonctionneront demain comme elles ont fonctionné hier ? L’habitude fait que les lois ont fonctionné jusqu’à aujourd’hui, que le soleil s’est levé du côté où il s’est levé me rend sûr que demain il se lévera de ce même côté… Mais je n’en sais rien à l’avance. Il y a un acte de foi qu’on appelle l’induction qui fonde le fonctionnement de la conscience scientifique. Il faut donc s’émerveiller de cela. Si on garde cette capacité d’émerveillement on reste plus familier à la notion de miracle. Ceci dit, si le soleil se lève de l’autre côté cela veut dire qu’une autre loi a joué, un autre Seder. C’est arrivé deux fois : au temps de Métoushéla’h et au temps de Josué.

Pour quelqu’un qui n’est pas au courant de ces Sédarim, ces ordres des choses, il dirait que c’est un miracle dans un sens magique mais c’est ce sens de miracle magique que je voulais précisément évacuer.

Un verset étudié à propos de l’annonce de la naissance d’Isaac à Sarah. Sarah rit et dans ce rire il y a 7 dimensions de rires : joie, émerveillement, doute…

Mais elle rit. Alors Dieu lui dit [Gn.18:14]:  

הֲיִפָּלֵא מֵיְהוָה, דָּבָר

Ha-itpalel Me-Hashem Davar?

Est-ce qu’une chose est trop merveilleuse pour Dieu?

Une autre lecture plus proche du texte hébreu a le sens suivant : est-ce que Dieu a besoin de faire un miracle pour intervenir ? C’est encore plus fort que le miracle. Si Dieu est Dieu, a-t’Il besoin de faire des miracles à la manière des magiciens ? Ce qui est interdit dans la tradition biblique c’est de croire aux miracles des magiciens. Or, la piété folklorique habituelle ne croit aux miracles qu’à la manières des magiciens ! C’est cela qu’il y a de grave. Si j’ose dire, la Bible ne nous fait croire que en des miracles normaux. Les miracles de la bible sont sains, alors ils sont saints.

 

Q : Les miracles de Moïse avec le bâton devenant serpent ?

R : C’est justement de cela que le texte du Maharal parle dans la suite. Il s’agit d’un bâton qui se transforme en serpent, et un serpent qui se retransforme en bâton. Apprenez autant qu’il faut les lois de l’évolution et vous verrez que à l’origine il y a des végétaux et ensuite des animaux. Le temps qu’il faut pour que dans le miracle il y a un catalyseur du temps. Il faut bien comprendre les choses au niveau où ces théologiens en parle. Ce n’est pas n’importe quoi qui est devenu un serpent, c’est un bâton ! Je vous donne des analogies sous forme de peinture surréaliste: si vous voyez les images suivantes :  une algue, une feuille de palmier,  une arrête de sardine, et le squelette de l’homme de l’homme préhistorique. C’est la même réalité mais il a fallu le temps. C’est la même chose. Il faut voir les choses à ce niveau-là. Un bâton est devenu serpent, ce n’est pas n’importe quoi qui est devenu un serpent.

 

Q : Dans ce passage se trouve une compétition avec les magiciens ?

R : Il y a un point du texte où l’on s’aperçoit que les magiciens sont capables de faire la même chose que Moïse. La réponse qui a été donnée est à deux niveaux. Premièrement, si la loi de la nature qui joue est levée elle l’est pour tous. Donc si Moïse par sa prière obtient qu’une loi de la nature soit levée pour que le signe se fasse, les magiciens le peuvent aussi. Mais il y a une différence. Ils peuvent déclencher la plaie mais ne peuvent pas l’arrêter. Effectivement, même à la naissance du christianisme il y a eu un conflit entre les premiers Chrétiens et les magiciens qui prétendaient faire des guérison miraculeuses analogues. Les miracles dont parle la Bible ne sont pas des miracles de types magiques. Retenez cette notion-là ce n’est pas n’importe quoi. Enfin de compte, il arrive dans l’histoire de la civilisation que beaucoup de choses qu’on croyait des miracles magiques (en dehors des miracles du récit biblique) finalement ont fini par avoir une explication naturelle. Les magiciens étaient aussi souvent des illusionistes. Il y a deux termes dans le récit biblique pour les illusionistes et les magiciens.

 

Q : A priori le miracle de ‘Hanoukah s’est produit à un moment où il n’était plus nécessaire ?      

Dès que les Makabi ont pris le relai pour réinaugurer le temple, l’occupation grecque était déjà terminée pourquoi alors à ce moment là bénéficient-ils d’un miracle ? 

R : C’est très bien ce que vous dites là, cela veut dire qu’effectivement il y a un aspect gratuit dans le miracle, il est dans tous les cas en plus. Si j’ai bien compris, on avait déjà la victoire, et on a eu 8 jours pour allumer le candelabre le temps qu’on prépare l’huile pure, on aurait pu attendre 8 jours. Seulement c’était le jour de ‘Hanoukah !

 

Q : Le miracle a été défini comme une rupture par rapport à l’ordre naturel, comment est-on sûr que l’ordre naturel on le connait ?

R : Il suffit que ce soit l’ordre naturel comme on le connait. Sinon ce n’est pas un miracle.

Il y a vraiment miracle dans le sens d’un Ness que si l’ordre naturel tel qu’on le connait est rompu.

 

Q : Est-ce que cela veut dire que ce qui aurait pu être considéré comme un miracle il y a 1000 ans parce qu’on parvenait à une telle conclusion…

R : Je vais vous donner un exemple dans la technique : je me rappelle les premiers téléphones !

Quand les Midrashim nous racontait que le premier homme entendait d’un bout à l’autre du monde on concluait à l’imagination orientale du Midrash. Je n’ai pas dit qu’il avait un téléphone, c’est peut-être pire, on découvrira d’autres choses. Mais cela reste miraculeux dans le sens merveilleux en tout cas.

 

Il faut essayer de retrouver une sérénité de l’esprit talmudique. Il faut savoir premièrement que Dieu est Créateur et que c’est Lui qui garantit les lois de la nature. Et Il nous demande de fonctionner d’après le monde qu’Il a créé. Maintenant, s’il arrive des occasions, des occurrences, où l’on a besoin d’un miracle, on peut demander. Mais c’est l’exception. Les théophanies sont l’exception. C’est la pensée magique qui vit à l’envers.

 

Blague :

Rabbi Méir rencontre l’enchanteur Merlin.

Rabbi Méir lui dit : Enchanté !

Merlin lui a répondu : Ravi !

 

Tous ces récits des enchanteurs, si vous voulez, ont plongé leur époque dans un atmosphère de merveilleux mais dans une atmosphère de conscience magique. Les récit des miracles de la bible ne sont pas du tout de cet ordre. Raison pour laquelle la Torah n’en parle pas.

 

Q : Vous avez parlé de la notion d’abondance des miracles de cet état originaire tel qu’il était prévu au départ. Il y a des miracles où on ne voit pas vraiment la dimension d’abondance.

R : Je vous dis à quoi je pense maintenant : il y a deux facteurs : un facteur d’abondance qui est indéniable, et le facteur de suppression des médiations du temps. Par exemple, les guérisons miraculeuses. Si on avait la technique suffisante qui ferait qu’on ait tant de temps pour l’obtenir, il y a miracle lorsqu’elle est instantanée. Il y a une sorte de catalyseur du temps. Un exemple de prière chez les mystiques : « Que le peu que je mange se fructifie dans mon sein ». Je mange un peu mais que cela devienne abondant en moi. Et il y a effectivement des récits qui montrent que les ascètes se nourrissaient de peu de choses qui en eux se fructifiait. La volonté du Créateur c’est Zeh Olam Malé un monde plein de lui-même. Mais nous avons un monde vide de lui-même. Habituez-vous un peu au monde qui vous attend ! C’est le monde tel que Dieu a voulu le créer qu’Il donnera à ceux qui le mérite.

 

Une anecdocte à propos de ces histoires de miracles : à la tribune avec des catholiques et des protestants à une réunion de théologiens dans le nord de la France, un pasteur protestant avec un humour intentionnel m’a posé une colle :  monsieur le rabbin croyez vous aux miracles de lourdes ? J’ai répondu : Oui !  Silence dans la salle… J’ai ajouté : A une condition c’est que ces miracles soient garantis par une commission épiscopale. Le silence s’est fait pesant…

J’ai ajouté : Cela ne veut pas dire que le catholicisme soit plus vrai que le judaïsme cela veut dire que le bon Dieu s’occupe de toutes ses créatures même catholiques, et chacune à sa manière.

A condition en tout cas d’évacuer tout ce qu’il peut y avoir de mentalité magique.

 

Effectivement, si une commission épiscopale avec des médecins (ce sont les précautions qu’ils prennent) garantissent vraiment une guérison miraculeuse, que en l’état de l’art de la médecine on ne peut pas obtenir par les médiation du temps qu’il faut alors, c’est un miracle que Dieu a fait. Mais Dieu ne s’occupe pas que des Juifs Il s’occupe de toutes ses créatures. Et cela a rassuré les Chrétiens je dois vous dire…

 

Q : Y a-t’il encore des dates qui n’ont pas encore été réalisées ?

R : Toutes celles qui ne sont pas encore réalisées !

 

< fin >

                                                                               

*****

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Published by Rav Léon Ashkénazi - dans CALENDRIER & FÊTES
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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 13:00

Hanouka – La notion de miracle - 2ème partie

 

Hanouka – La notion de miracle – 2ème partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka_et_la_notion_de_miracle/cours_1

Durée : 47,0 minutes
Face B

 

…/…

 

Des miracles et des merveilles

Vénodé léshimkha ha gadol sélah

Et nous sommes reconnaissant à ton grand nom

 

Voilà ce texte, qui est le texte de base de la liturgie de ‘Hanoukah dans la Tefilah (la prière), caractérise cette notion de miracle, en dehors de l’allusion à tel ou tel prodige par rapport à des choses qui nous semblent inhabituelles comme voir une quantité d’huile brûler beaucoup plus de temps  qu’elle ne le devrait d’après les lois de la nature.

 

***

 

Je reprends donc le problème général.

Nous allons lire maintenant un texte du Maharal qui est un texte de théologie que je lirais assez rapidement pour mettre en évidence l’essentiel sur le point suivant.

Dans l’introduction, nous avons vu que ce qui gênait les théologiens rationalistes par rapport à la notion de miracle, c’est l’idée qu’il puisse y avoir un changement dans la volonté du Créateur. C’est la volonté du Créateur qui a institué l’ordre des lois de la nature, en hébreu le Tévah, la nature, et l’idée que Dieu intervienne pour changer les lois de la nature c’est un cas particulier de son action de providence. Le cas général étant le fait qu’Il intervienne dans la gestion du monde à travers les lois de la nature, en tout cas dans la cohérence du monothéisme intégral.

Mais ce cas particulier, en contradiction avec les lois de la nature, est une idée qui gène les théologiens que j’appelle par méthode « rationalistes ». En fait, un théologien n’est par définition pas rationaliste puisqu’il croit en Dieu, et que la raison livrée à ses propres forces n’y croit pas, mais nous n’avons pas d’autres vocabulaire en français pour les définir, ce sont disons les théologiens non-mystiques. Il vaudrait mieux employer des attributs négatifs.

 

Pourquoi cette difficulté ? A cause de l’existence du texte biblique qui raconte des événements de ce type que nous commémorons à ‘Hanouka. Depuis le 1er Shabat du monde, depuis que la nature fonctionne, le texte biblique raconte l’intervention de Dieu pour réaliser dans l’histoire des hommes des événements qui ne devraient pas se passer si le monde ne fonctionnait que d’après les lois que  Diue lui-même a institué. C’est cela qui gêne les théologiens. Ces théologiens sont par ailleurs des croyants, des grands maîtres de la tradition. Ils seraient beaucoup plus à l’aise si le texte biblique n’existait pas. Mais alors ils n’auraient pas de chaire de théologie…

 

Pourquoi cette difficulté ?

C’est parce qu’à partir d’un certain temps dans l’histoire du monde, le monde a changé par rapport à ce problème. Ce n’est plus le monde où, de façon visible et diagnosticable, Dieu intervient, et que j’appelle d’habitude le monde où Dieu se révèle. Le temps de la Bible a été clos. C’est le temps où est clos la période de la révélation dévoilée de l’intervention de Dieu dans le monde. C’est la période de l’achèvement de la prophétie. Achèvement qui ne veut pas dire fin dans le sens total. Cela veut dire occultation. Il y a une rémanence de ce qui s’est passé en ce temps-là. Mais je vous rappelle la formule essentielle pour situer ce problème. On a oublié que la révélation a eu lieu et que c’était sérieux parce qu’on a oublié qu’elle a cessé. Le fait même qu’on ait oublié ce phénomène de cessation de la prophétie a  dénaturé la relation à la notion même de prophétie. Les hommes se relient au monde comme il se trouve depuis l’arrêt de la prophétie – c’est-à-dire il y a 2600 ans à peu près la fin du 1er temple -  comme si c’était le monde dont la bible parle. Or, la bible parle d’un monde où Dieu intervient de façon dévoilée. Mais ce n’est pas le nôtre ! Donc il s’est passé quelque chose ! On a oublié ce qui s’est passé ! Ce qui s’est passé c’est la clôture du temps de la révélation.

 

Et alors nos théologiens, finalement, évoluent dans un monde où il est difficile de formuler et de diagnostiquer les choses dont parle la Bible dans le monde tel que l’homme cultivé en a expérience dans sa représentation disons rationnelle.

 

J’essaie de vous faire comprendre la difficulté de ces théologiens du moyen-âge, comme Maïmonide, qui bien sûr dans son enseignement de rabbin parle des miracle de la Bible avec la foi du charbonnier. Après tout c‘est un rabbin ! Mais quand il fonctionne comme théologien et comme philosophe il s’évertue à essayer de faire comprendre à un rationaliste, pour qui le monde n’est que le monde de notre contemporanéité dans lequel il n’y a aucune évidence des choses dont parle la Bible, que l’on peut quand même lire la bible. Avec des stratégies intellectuelles. Je vous en rappelerais une qui évacuent les difficultés de ces récits de miracle.

 

Que Dieu aurait prévu dès la Création du monde que les miracles racontés par la Bible se passeraient comme il se sont passés.

 

C’est une des explications que l’on accroche à Maïmonide. Le texte de Maïmonide est plus subtil que cela, mais en général les universitaires accroche à Maïmonide la thèse suivante : dès la création, Dieu a prévu que la mer rouge s’ouvrirait le jour où elle devait s’ouvrir. Dès la création du monde Dieu a prévu qu’une petite fiole d’huile donnerait de l’huile pour 8 jours…etc.

 

Encore une fois, cette explication complique le problème. N’est-il pas plus simple d’admettre que Dieu est Dieu.  

 

Pour un théologien « normal », il n’y a aucun mystère quand Dieu intervient : c’est Dieu qui intervient ! Bien entendu, il faut craindre les faux diagnostics, les miracles de sorciers, et toute cette superstition.  Depuis la fin de la prophétie, les théologiens se trouvent dans le même monde que celui des philosophes. Or, le monde des philosophes c’est un monde où il n’y a pas de révélation. Or, c’est le monde de l’histoire depuis la destruction du 1er temple, où la révélation a cessé. Que signifie qu’elle a cessé ? Elle s’est cachée ! Mais nous ne rencontrons plus d’événements de ce type, des récits de miracles de la Bible.

 

L’argument principal de ces théologiens dits « rationalistes » - et encore une fois, je réserve leur quant-à-soi intérieur – il suffit de lire leurs autres livres comme par exemple de Maïmonide. Si nous lisons ce qu’il dit des miracles dans Mishnei Torah cela n’a rien à voir avec ce qu’on lui fait dire dans le Guide des Égarés. Et pas seulement Maïmonide, le Ravdak, Saadiah Gaon, et tous les autres…

 

Maharal :

 

Indépendamment des arguments que je vous ai cité en introduction, il y a un argument auquel le Maharal va se confronter dans le texte que nous allons lire.

C’est l’idée que le miracle brise l’ordre du monde. C’est la notion de Seder.

Je vous dis tout de suite la thèse du Maharal : Il va expliquer que les miracles eux-aussi obéissent à un ordre. Il y a un ordre des miracles qui n’est pas le même que l’ordre des lois de la nature, mais il n’y a pas d’arbitraire. Ce n’est pas n’importe quoi dans l’ordre de l’arbitraire qui est défini par le miracle par les catégorie du récit biblique. S’il nait un veau à 5 pattes ce n’est pas un miracle c’est un déchet statistique. Et il y a des veaux à 5 pattes qui naissent. Par exemple, nous savons que pour 10 000 naissances il y a un garçon qui nait circoncis. C’est statistique ce n’est pas forcément un miracle. Je dis « pas forcément » c’est pour les familles où cela arrive, je veux les laisser croire qu’il y a un miracle…

 

Le Maharal explique : il ne faut pas croire que il y ait un arbitraire dans ces événements que nous définissons comme miracle dans la définition simple : un événement qui contredit les lois habituelles du fonctionnement des phénomènes selon l’ordre de la nature. Ce n’est pas arbitraire, il y a un ordre des choses. Et là, il y a une logique très profonde. C’est le Créateur qui fait des miracles. Ce même Créateur qui a institué les lois de la nature, c’est lui qui fait des miracles. Donc dans l’ordre de Sa volonté un autre niveau de Son projet pour l’histoire de Son monde.

 

Vous comprenez pourquoi le Talmud nous habitue à être rebelle à cette attitude de débusquer le miracle partout. La religiosité talmudique a horreur de cela. Cela va jusqu’à cette consigne : il ne faut pas s’attendre à un miracle. Si le miracle vient, on fait une fête. Et bien sûr, on espère toujours que s’il faut, pourvu qu’il y ait…, mais d’abord vivre dans l’ordre du monde tel que Dieu l’a voulu en le créant.

 

Eïn soum’him al ha-ness (Pessachim 64b) on ne compte pas sur le miracle.

 

Le Maharal va nous dire qu’il y a un Seder propre aux Nissim.

Je vais introduire cela par une analyse très brève de deux mots du vocabulaire biblique qui disent les miracles. Il y a au moins 7 mots différents, je vais en prendre deux. Ot et Mofet.

Le miracle est toujours appelé smultanément Ot et Mofet.

La signification de Ot, c’est un signe. C’est-à-dire un événement qui a une signification.

Mofet dans l’hébreu moderne signifie une preuve. Mofet c’est un prodige. C’est un événement qui en lui-même sert de preuve. Cette notion de miracle a ces deux dimensions entre autres.

 

Je vous cite un texte du Sifrei, un des Midrashim sur la Torah, à propos de la sortie d’Egypte. Le même événement était Ot pour les Hébreux et Mofet pour les Egyptiens. Les Hébreux en percevaient la signification et les Egyptiens étaient frappés par l’aspect de prodige qui les terrorisait. Dans le même miracle ces deux dimensions, Ot ou Mofet. Mais le fait qu’il y ait signification n’évacue pas l’aspect Mofet, l’aspect prodige.

Par expérience pédagogique, je sais que très souvent l’esprit humain a tendance dès qu’il atteint la signification d’un événement de le banaliser. Pourquoi ? Parce qu’il en connait la signification, alors cela perd tout sens. Comprenez le sens des mots : signification et sens. Parfois on hésite à donner des significations pour éviter que cela perde du sens. C’est pourquoi on ne donne de significations qu’à ceux qui sont capables d’apprécier le sens si j’ose dire.

 

La 2ème explication du Sifrei était de dire que c’était Ot baShamayim Mofet al haarets  un signe dans le ciel et un prodige sur terre.  On peut relier d’ailleurs les deux niveaux de signification.       

 

Texte du Maharal :

C’est une des objections des théologiens rationalistes que le Maharal discute.

Nous en avons vu déjà deux :

 

-           L’identification de l’essence divine avec la fonction de connaissance. Le Maharal refuse cela. L’essence divine est autre que le fait que Dieu soit capable de connaissance absolue. C’est un de Ses attributs.

 

-           L’identification entre l’essence divine et Sa volonté. Là encore le Maharal en prenant à l’appui des versets très clairs évacue tout cela.  

 

Son argumentation principale est de dire que tout ce que nous savons de Dieu c’est qu’il est Qadosh, séparé, à part, des conditionnements du monde. Et que nous ne connaissons aucune autre définition de Son essence sinon qu’elle est en-dehors, séparée de tout ce qui conditionne le monde de la Création. Et par conséquent, les théologiens qui affirment que Dieu est tout entier connaissance, tout entier volonté, sortent cela de leur tête dit le Maharal. Ce que la Torah dit c’est que Dieu est Qadosh. On traduit par « Saint » en français mais dans le sens étymologique « à part » et donc non soumis aux conditionnements du monde.

 

Par conséquent, il en résulte que le fait qu’Il soit connaissant du monde Lui permet de suivre les fluctuations des changements de ce qui se passe dans le monde sans que Son essence soit atteinte puisque c’est une fonction. De la même manière, pour la volonté lorsqu’il décide d’intervenir au moment où il intervient, ponctuellement, et non pas, comme selon la stratégie intellectuelle des théologiens rationalistes l’imaginent, de prévoir tout avant de créer le monde comme si c’était une mécanique fataliste. Le Maharal est parfois très sévère pour ces théologiens. J’espère avoir montrer que ce n’est pas la foi théologique qui est en question mais leur système pédagogique ; parce qu’ils se trouvent dans un monde où il faut s’expliquer avec des arguments d’athées. Alors leur théologie devient une athéologie. On commence le texte :

 

Une autre difficulté consiterait à dire à ordonnancer l’existence des existants, il n’est pas possible que lui-même change leur ordre - seder. Parce que lorsqu’il fait exister cette chose nouvelle du miracle - Ot – comme par exemple le fait que le soleil se soit arrêté au temps de Josué, et ce cas-là serait une annulation et un changement dans l’ordre des phénomènes. Et il n’est pas pensable que le désordre vienne de Celui qui avait mis l’ordre. N’est-ce pas que contre cette objection ont déjà répondu nos maîtres : lorsqu’ils ont enseigné par exemple : Dieu a fait une condition avec l’œuvre du commencement (le monde) que lorsqu’il serait nécessaire que la mer s’ouvre elle s’ouvrirait. Leur intention était de dire qu’il leur a semblé difficile de penser après que tous les existant existent selon un certain ordre qui vient de Dieu lui-même, il est impossible qu’il y ait un changement dans cet ordre car l’œuvre de Dieu et l’ordre qu’il a mis dans le monde est digne d’être éternel et de ne pas changer. Et aussi que toutes les créatures sont créées par le Nom de Dieu.

 

[Il y a ici un autre problème mais je n’ouvre pas de parenthèse, la médiation du Créateur c’est le Nom de Celui qui est Dieu.]

 

Et du fait que tous ont été créés par Son Nom qui est éternel, subsistant à jamais, de même que Son Nom est un existant éternel, ainsi sont dignes d’être les créatures du commencement qui dépendent de Son Nom.

 

[Si Son nom est éternel, ce qu’Il a créé doit être éternel. Vous voyez la difficulté parce que la notion d’éternel et la notion de créé semblent être en contradiction. C’est pourquoi il dit « les créatures qui dépendent de Lui ». En quoi sont-elles créatures si elles sont éternelles ? Puisque créature cela veut dire qu’il y a eu un commencement. « Au commencement Dieu créa… » Je laisse cette difficulté de côté. J’avance :.]

 

« כִּי בְּיָהּ יְהוָה, צוּר עוֹלָמִים   Ki BeYah Hashem Tsour Oulamim « Car avec/par Yah Adonaï roc éternel ». (Isaïe 26:4) (cette citation ouvrirait une autre parenthèse dans laquelle je n’entre pas…) Et en cela ils ont dit, que lorsque les créatures ont été créées était déjà prévu dans cet ordre le miracle qu’il y aurait dans l’histoire des créatures. De même qu’a été ordonnancé de par Sa Volonté l’ordre de la nature. Et cet ordre-là (le terme a changé non plus Seder mais Sidour. Seder c’est la structure de l’ordre, Sidour c’est l’ordre lui-même. Si je mets en ordre des éléments, les éléments sont dans un certain Sidour, mais quelque soit les éléments la structure s’appelle le Seder). Cet ordre des choses dans l’œuvre du commencement Dieu n’a pas décidé que le monde serait que nature.

 

[Il y a là une idée importante : nous sommes habitués à dire que le monde est la nature. C’est la création devenue la nature lorsque Dieu a décidé de lui donner son autonomie. L’idée qu’il y a là, c’est que le monde c’est la nature. Mais ce n’est pas la nature strictement nature: il y a des interstices dans lesquels un autre ordre peut apparaitre.]

 

Mais il y a aussi un ordre pour les miracles qui ne sont pas d’après la nature. De telle sorte que en fin de compte le miracle se fasse.

 

Le Maharal critique en cela les positions décrites précédemment. Ce n’est pas que Dieu avait prévu que l’événement du miracle se fasse, mais qu’il y ait possibilité d’un événement s’il doit se faire.

 

Il y a un ordre de la nature, mais il y a aussi un ordre des miracles. Ce qui ne veut pas dire que ces miracle soient prédestinés de manière fatale. C’est une notion très différente de celle de la fatalité. Les astrologues modernes commencent un peu à corriger cette notion de fatalité astrologiques en y introduisant un peu cette notion-là que l’événement n’est pas fatal mais possible. Depuis quelques dizaines d’années, un nouvelle astrologie a corrigé tout ce qu’il y avait de fatal et de prédéterminé, le fatum des Latins, la prédiction astrologique. Je vous le signale parce que cela existe et que vous risquer de le rencontrer : une irruption de la mentalité biblique dans l’astrologie moderne.  

 

Q : Comme s’il y avait deux structures parallèles, la structure d’un certain ordre voulu et la structure d’une possibilité ?

R : l’idée est là mais il y en a une infinité, et non pas seulement deux. Il y a l’ordre de la nature. C’est la structure de base qui fait que le Olam, le monde créé, est devenu la nature. Et il y a une infinité de niveaux qui, suivant la Volonté de Dieu, joue à tel ou tel moment. Infinité et non pas deux seulement. Il y a un ordre de miracle qui est à un certain niveau et il y a un autre ordre qui est à un autre niveau. Par exemple, une naissance impossible qui arrive quand même c’est à un certain niveau de ces structures auxquelles tu penses. De l’huile qui brûle 8 jours au lieu d’un jour, c’est un autre niveau. Du vinaigre qui brûle comme si c’était de l’huile. On en a des traces dans le Talmud.

 

Q : Le miracle avec Elisha le prophète… ?

R : C’est toi le prophète parce que c’est ce texte que l’on va étudier !

 

Garder l’idée essentielle de ce texte du Maharal : de même qu’il y a un Seder de la nature, il y a un Seder des Nissim. Il donne d’autres exemples.

 

Le Maharal donne une citation de la Guémara de Shabat:

 

                       « Celui qui dit le Hallel tous les jours est un blasphémateur ».

 

Le Hallel est la prière de louange après un miracle. Pourquoi celui-ci est-il considéré comme un blasphémateur ? Parce qu’il considère que tout est miracle ! Donc il ne considère par que le miracle existe comme tel. C’est comme s’il n’admettait pas qu’il y a un Minhag HaOlam une manière de se conduire du monde qui est garantie par la Volonté du Créateur.

 

Une expression que nous rencontrons dans la liturgie : Dieu qui est El Néeman.

’El melekh Ne’eman (אל מלך נאמן  ), Dieu, Roi, en Qui l'on place sa confiance.

 

Dans la prière, en dehors de la collectivité, on ajoute ces 3 mots dans la lecture du Shéma pour faire le nombre des mots. On traduit habituellement « Dieu fidèle ». Que signifie que Dieu est fidèle ? Il est fidèle à Ses promesses fidèle à Sa parole donnée, Dieu à qui on peut faire confiance, Dieu digne de foi. Cela semble être l’inverse mais c’est le sens du terme El Nééman. « Dieu à qui on peut faire confiance ». C’est enseigné à propos des lois de la nature : les lois de la nature sont garanties par le Créateur. On peut lui faire confiance qu’il n’y aura pas de miracle tous les jours…

 

Parce que si nous étions dans un monde enchanté alors la liberté de l’homme n’aurait pas d’appui. On peut faire confiance à Dieu que le monde fonctionne comme Il l’a voulu. C’est avec Abraham que cette conscience apparait dans l’histoire. La conscience moderne qui est sortie de la conscience magique, la conscience affolée dans la crainte que les phénomènes changent par caprice des dieux. Abraham sort de cette conscience magique et fonde la modernité.

 

Bien entendu, la Bible nous raconte des miracles et chacun dans l’expérience de sa vie en a expérience. En général on n’en parle pas parce que seul celui qui l’a expérimenté comprend de quoi il parle. Je vous donnerais presque le conseil de ne jamais en parler si vous avez dans votre vie l’expérience de choses dites miraculeuse dans l’ordre du miracle caché. Des événements inattendus qui ne devraient pas se passer normalement qui se passent quand même…

 

El Néeman : cela veut dire que l’on peut faire confiance à Dieu que le monde fonctionne comme les savants nous disent qu’il fonctionne (lorsque ces vrais savants établissent les vrais lois des phénomènes). Alors cela garantit cette sécurité de la conscience, c’est en cela que Dieu est fidèle.

C’est l’allusion au verset [Tehilim 148:6] :

  חָק-נָתַן, וְלֹא יַעֲבוֹר  

‘Hok Natan VéLo Yaavor: 

Il a institué un statut et Il ne le transgresse pas.

   

Haftara : 2 Rois chapitre 4

 

C’est un récit dans la Bible qui parle de quelque chose d’analogue à ce miracle de la fiole de ‘Hanoukah. Une fiole d’huile qui ne devait brûler qu’un jour et a brûlé 8 jours. Pourquoi 8 jours et non pas 9 ou 7, 6… ? Quel en est la signification ?

C’est un enseignement du Maharal que le chiffre 8 est à l’indice du 8ème jour qui est le temps messianique. Il y a les 6 jours du commencement, le 7ème jour où est logé toute l’histoire du monde, le 7ème jour aboutit au 8ème qui est le jour messianique. Shmoneh, huit en hébreu, c’est la même racine que Shémén qui veut dire l’huile. C’est le jour de l’onction par laquelle le dignitaire était oint. Ha Melekh Ha-Mashia’h : le roi qui était choisi par le prophète parmi tous les prétendants légitime pour être oint. On l’appelait le Melekh HaMashia’h le roi oint. Ce mot est devenu en français le mot Messie à travers le grec qui a pris un décalque de Mashia’h. Messia dans les bibles traduites est devenu messie en français. Le mot messie en français connote ce que les Français disent du Christ. Cela n’a rien à voir avec la notion étymologique de Mashia’h qui était un roi. Il y avait 2 Messi’him : le roi messie et le prêtre messie. Le Kohen HaMashia’h et le Kohen HaMashia’h. Cela veut dire que le 8ème jour est défini comme étant le jour de l’onction le jour de l’huile. Il est fort possible que l’expression française « une huile » pour dire une personne importante vienne de là.

 

Où est la signification messianique de l’événement ? C’est très simple comme d’habitude : pendant combien de temps cette fiole qui ne devait brûler a-t’elle duré ? Pendant le temps qu’il fallait pour préparer l’huile nouvelle. Il a fallu 8 jours pour préparer l’huile nouvelle, alors elle a brûlé 8 jours ! La signification messianique de cela est maintenant très claire: où était l’aspect miraculeux du miracle ? C’est que quelque chose de pur était resté. Un reste de reste de reste, qui a, si j’ose dire, tenu le coup le temps qu’on prépare la nouvelle huile. Il faut le comprendre au niveau des hommes :  Il était restée une poignée de Judéens fidèles qui ont réussi à faire la transition de l’histoire jusqu’à ce que la restauration de la nation judéenne apparaisse. C’est ce que nous avons vécu dans notre génération. Or, cet événement comme tel est à l’indice huit.

 

La signification doit d‘abord être mise dans l’événement, alors après on comprend la signification du chiffre. Ne faites pas les choses à l’envers. Ce n’est pas parce que 8 est le chiffre messianique que cela a duré 8 jours, c’est parce que l’événement était messianique que cela a duré 8 jours. Par exemple : ce n’est pas parce que l’horloge marque l’heure qu’elle fasse qu’il est cette heure-là. C’est l’inverse, c’est parce qu’il est cette heure-là que l’horloge le marque…

  

2 Rois Chapitre 4 :

וְאִשָּׁה אַחַת מִנְּשֵׁי בְנֵי-הַנְּבִיאִים צָעֲקָה אֶל-אֱלִישָׁע לֵאמֹר, עַבְדְּךָ אִישִׁי מֵת, וְאַתָּה יָדַעְתָּ, כִּי עַבְדְּךָ הָיָה יָרֵא אֶת-יְהוָה; וְהַנֹּשֶׁה--בָּא לָקַחַת אֶת-שְׁנֵי יְלָדַי לוֹ, לַעֲבָדִים

Une femmes parmi les femmes des fils de prophètes

(Les Bnei Ha-Neviim בְנֵי-הַנְּבִיאִים    étaient les élèves de prophètes. Retenez que cela ne se passe pas n’importe où mais dans une famille de prophètes. Il y avait des écoles de prophètes où les Bnei Ha-Neviim בְנֵי-הַנְּבִיאִים   que l’on traduit par fils de prophètes s’initiaient à la prophétie. Une des disciplines qu’ils apprenaient était la musique. Pour pouvoir être prophète il fallait, entre autres grandes qualités, être capable d’être grand musicien. Les Bnei Ha-Néviim on les prenait chez les musiciens. C’est clair quand on parle des Léviim, les Lévites, qui étaient les chanteurs. Je crois que dans la société juive contemporaine si on cherchait qui sont les Lévites j’aurais tendance à répondre que ce sont les poètes. Ceux qui sont capables de les écrire et d’en faire le chant. Poiën créateur qui a donné le mot Païtan qui est le mot rabbinique du temps des Grecs. Je crois effectivement que cette fonction des Lévites est en quoique ce soit jouée de notre temps par les poètes. Derrière les grands mouvements de l’histoire juive, il y a d’abord des poètes. Le discours d’un poète est commun à toute la communauté, alors que le discours d’un idéologue n’est commun qu’à ses fidèles. Ce n’est pas pour rien que les prophètes étaient de si grands poètes. Ce qu’il faut comprendre c’est qu’ils étaient musiciens. La preuve c’est qu’on ne lit pas on chante, et pour chanter il faut être musicien.

 

וְאִשָּׁה אַחַת מִנְּשֵׁי בְנֵי-הַנְּבִיאִים צָעֲקָה אֶל-אֱלִישָׁע לֵאמֹר, עַבְדְּךָ אִישִׁי מֵת, וְאַתָּה יָדַעְתָּ, כִּי עַבְדְּךָ הָיָה יָרֵא אֶת-יְהוָה; וְהַנֹּשֶׁה--בָּא לָקַחַת אֶת-שְׁנֵי יְלָדַי לוֹ, לַעֲבָדִים

Une femmes parmi les femmes des fils de prophètes…

 

Traduction du rabbinat :

    La femme de l'un des jeunes prophètes vint se plaindre à Elisée, disant:

Tsaaqah צָעֲקָה   est beaucoup plus fort que cela: a crié, a réprimandé.  

Je vous dis ce que j’ai entendu hier sur ce verset du Rav Eliyahou. Je me trouvais à une soirée où il se trouvait aussi, et il a cité ce verset pour tout à fait autre chose, il a donné un Diyouk une précision de sens que je voudrais mettre en evidence cela nous servira pour ce texte. Il a cité cela en disant : c’est une femme qui était pleine de dettes, et le créancier est venu réclamer ses dettes qu’elle ne pouvait pas payer, et lui réclamer ses deux enfants comme esclaves au service du roi d’Israël. En ce temps-là c’était A’hav-Achab un païen marié à Izevel-Jézabel.  

 

La revendication de cette femme au prophète Elisée est très forte, elle le met en accusation : comment peux-tu laisser faire une chose pareille que des enfants d’un fils de prophète reçoivent une telle éducation chez des païens ! Cela veut dire que ce qui va déclencher le miracle à venir est un événement suffisamment important pour qu’on apprenne pourquoi le prophète va déranger le bon Dieu pour faire un miracle. Vous voyez déjà le parallèle avec l’identité des Makabi. Toute l’identité des Judéens est en risque d’être hellénisée, alors il faut faire quelque chose pour être sauvé de cela. Cela veut dire qu’il faut arriver à comprendre l’événement au niveau du miracle. Est-ce que l’événement justifiait le miracle ? Alors le miracle devient vraisemblable, et après on comprend comment il fonctionne. Si on a déjà compris cela c’est l’essentiel. Pourquoi de tels récits nous gênent-ils ? Parce qu’ils sont apparemment anecdotiques. Des histoires de bonne-femmes, de foi de charbonnière, si j’ose dire ! Parce qu’elle n’arrive pas à payer ses dettes, le bon Dieu va faire que de l’huile va couler, comme on va le voir ! Ou bien parce que les Judéens voulaient allumer leur candelabre, une petite fiole d’huile va brûler 8 jours au lieu d’un !

 

Ce qui est en jeu est beaucoup plus important que cela. Voilà l’exemple que le rav Eliyahou a donné :  

 

 וְאִשָּׁה אַחַת מִנְּשֵׁי בְנֵי-הַנְּבִיאִים צָעֲקָה אֶל-אֱלִישָׁע לֵאמֹר, עַבְדְּךָ אִישִׁי מֵת, וְאַתָּה יָדַעְתָּ, כִּי עַבְדְּךָ הָיָה יָרֵא אֶת-יְהוָה; וְהַנֹּשֶׁה--בָּא לָקַחַת אֶת-שְׁנֵי יְלָדַי לוֹ, לַעֲבָדִים

Une femmes parmi les femmes des fils de prophètes est venu se plaindre en disant : Ton serviteur, mon mari est mort: et toi tu sais que ton serviteur était craignant Dieu. Or, le créancier est venu prendre mes deux fils pour lui comme esclaves."

 

On ne parle pas de n’importe qui, le miracle a lieu pour un craignant Dieu.

 

וַיֹּאמֶר אֵלֶיהָ אֱלִישָׁע, מָה אֶעֱשֶׂה-לָּךְ, הַגִּידִי לִי, מַה-יֶּשׁ-לכי (לָךְ) בַּבָּיִת; וַתֹּאמֶר, אֵין לְשִׁפְחָתְךָ כֹל בַּבַּיִת, כִּי, אִם-אָסוּךְ שָׁמֶן

Elisha lui dit: que puis-je faire pour toi. Raconte-moi ce que tu as dans la maison.

 

Il lui dit qu’il ne peut pas faire un miracle sur rien. Si elle a quelque chose il peut le miraculer. Sans base, rien !

וַתֹּאמֶר, אֵין לְשִׁפְחָתְךָ כֹל בַּבַּיִת, כִּי, אִם-אָסוּךְ שָׁמֶן

                      Elle dit : Il n’y a rien de ta servante dans la maison sinon une fiole d’huile.  

וַיֹּאמֶר, לְכִי שַׁאֲלִי-לָךְ כֵּלִים מִן-הַחוּץ, מֵאֵת, כָּל-שכנכי (שְׁכֵנָיִךְ)--כֵּלִים רֵקִים, אַל-תַּמְעִיטִי

Il dit : Va et demande pour toi des Kélim des vases.

 

Retenez ce terme Kéli, il faut qu’il y ait un Kéli pour que le miracle vienne. Il faut qu’il y ait un véhicule du miracle. Alors, on traduira Kéli pour l’histoire de l’événement par des vases, des récipients… Mais en hébreu, Kéli, cela veut dire des véhicules de présences. Présences qui ne peuvent venir que s’il y a des véhicules. De la même manière que le Or-lumière dépend de son Kéli-réceptacle. Sans Kéli, le Or ne vient pas.

La lumière ne vient que s’il y a un véhicule approprié.

…/…

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*****

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Published by Rav Léon Askénazy - dans CALENDRIER & FÊTES
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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 12:52

Hanouka – la notion de miracle

 

Hanouka - la notion de miracle - 1ère partie

                              

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/hanouka_et_la_notion_de_miracle/cours_1

Durée : 46,8 minutes
Face A

 

L’intitulé choisi c’est la notion de miracle en relation avec ‘Hanoukah. Je vais vous rappeller très briévement un certain nombre de données pour arriver au sujet lui-même que je vais définir.

 

La notion de miracle est un problème qui est en question chez les théologiens. Je vais un peu schématiser la manière dont ce problème se pose entre deux groupes de théologiens que je vais définir un peu de façon abstraite : Ceux qu’on peut appeller les rationalistes et les non-rationalistes.

Il n’y a pas vraiment de vocabulaire précis pour ce que je voudrais expliquer, peu importe l’approximation des termes ce sont les idées qui sont importantes.

Ceux que j’appelle les rationalistes sont ceux qui ont des difficultés à donner un base à la notion de miracle dans sa définition élémentaire : l’intervention de Dieu.

On se rappelle que la première définition de Dieu pour les théologiens c’est le Créateur du monde qui a instauré dès l’origine de l’histoire du monde des lois de la nature à travers lesquelles ce monde fonctionne. Dans la cohérence de la théologie monothéiste c’est le Créateur qui est le garant des lois de la nature. Il n’y a pas d’opposition, de tension, de conflit, entre la notion de la nature et la notion de la création dans le monothéisme intégral. C’est un sujet pour lui-même que je vous rappelle pour mémoire.

 

Ce premier groupe de théologiens a des difficultés à donner un fondement à cette idée que à partir du moment où le Créateur a instauré un ordre des lois (Seder) à travers lesquelles l’histoire du monde fonctionne, quelque soit l’histoire des phénomènes, de penser une intervention ponctuelle qui serait le miracle - suspension des lois de la nature – de la part du Créateur lui-même, qui interviendrait en tant que Providence.

Pourquoi ?

Parce que cela impliquerait un Shinouï, c’est-à-dire un changement, une modification, une altération de la substance divine qui est définie comme simple et immuable. 

 

Il y a différentes écoles dans cette thèse. J’en citerai deux. Certains qui identifient l’essence divine avec la connaissance. Et donc un changement dans la connaissance impliquerait un changement dans l’essence. Et la difficulté essentielle pour ce groupe de théologiens est l’idée qu’il puisse y avoir Shinouï changement dans l’absolu absolument simple de la substance divine. 

D’où vient la difficulté ? C’est qu’on identifie l’essence divine avec la connaissance.

Vous comprenez quel est l’abord de ce problème : étant donné que les événements du monde sont changeants et mouvants, Shinouï perpétuel, le fait qu’il y ait changement dans la connaissance de Dieu au moment où les changements se passent impliquerait qu’il y ait changement dans Son essence même. D’où la difficulté.

 

Nous trouvons une difficulté analogue sur une autre catégorie, chez un groupe de théologiens qui identifient la substance divine avec Sa volonté. De la même manière s’il y a changement dans la volonté, ce qui impliquerait l’intervention ponctuelle dans l’histoire du monde, il y aurait changement dans la substance.

 

Il y a d’autres nuances mais je me borne à vous indiquer ces grandes tendances. Sans même vous donner de noms car cela nous ferait une érudition un peu trop vaste. Je me baserais tout à l’heure sur une mise au point de ce problème du Maharal dans un chapitre de sa 2ème préface au livre de Gvourot Hashem sur les événements et les miracles de la sortie d’Egypte. Ensuite nous terminerons  sur un texte qui se relie à l’épisode de ‘Hanoukah

 

Je reviens donc à la définition du problème : ce premier groupe de théologiens que j’ai appelé « rationalistes » parce que les lois de la raison s’opposent à cette éventualité d’un changement, d’un Shinouï, dans l’essence divine. Les lois de la raison sont basées sur le principe d’identité ; et par conséquent, toute idée d’un Sinouï de ce type est difficile à intégrer dans un système qui a pour postulat que Dieu créateur du monde a institué les lois suivant lesquelles le monde fonctionne. Et par conséquent, supposer qu’il y ait intervention de Dieu après la Création impliquerait donc cette difficulté qu’entraine l’idée du Shinouï, l’idée du changement en Dieu.

 

Il y a alors deux catégories :

1- Ceux qui par postulat identifient l’essence divine avec la connaissance, alors que dans l’autre groupe la difficulté serait évacuée de façon très simple : la connaissance est une fonction, un attribut, et non pas l’essence elle-même. 

 

2- Ceux qui identifient l’essence divine avec la volonté. Et là encore la volonté est une fonction, un attribut et non pas l’essence elle-même.

 

Le deuxième groupe des théologiens est complétement à l’aise dans ce problème de l’éventualité de la notion de miracle : un événement d’intervention du Créateur après la création suspendant provisoirement, ponctuellement, l’ordre des lois de la nature. C’est la définition simple du terme de miracle en français tel que la question se posera à nous dans ce sujet. L’autre groupe de théologiens est donc à l’aise dans la lecture du texte biblique tel qu’il est écrit en hébreu et tel qu’il décrit des événements d’interventions à tous les niveaux de la providence. De nouveau nous sommes dans la cohérence du monothéisme intégral : c’est le Créateur lui-même qui intervient alors même qu’il intervient à travers d’autres catégories de puissances supérieures comme les anges par exemple. C’est une parenthèse furtive, je n’ai pas l’intention de rentrer dans ce sujet-là. Mais en tous les cas  dans le monothéisme intégral : même à travers un ange selon le récit biblique – officiellement on ne sait pas ce qu’est un ange, par conséquent, j’y fais simplement allusion puisque le récit biblique en parle - c’est Dieu lui-même qui intervient à travers l’ange.  

 

Je voudrais donc étudier à ce sujet un des paragraphes de la 2ème préface que le Maharal a consacré à son livre Gvourot Hashem sur un des points particuliers de l’argumentation qui l’oppose à ces théologiens que j’ai appelé « rationalistes ». Cela ne signifie par qu’ils soient opposés à l’idée de miracle, mais l’idée de miracle leur parait difficile à intégrer dans une vision des relations entre  Dieu Créateur du monde et l’histoire du monde basée sur les lois de la raison humaine. Et je dirais pourquoi. En général, ces auteurs qui sont parmi les grands maîtres de la tradition juive expliquent la chose de la manière suivante : on ne peut nier les récits bibliques, ils sont là – ce qui fait problème d’ailleurs – mais il faut donc expliquer cela en disant que dès la création Dieu aurait prévu qu’il y aurait ponctuellement ces événements qui apparemment sont des exceptions dans l’ordre naturel du monde tel que le raconte le récit biblique. A mon avis, avec une telle thèse, cela complique la difficulté au lieu de l’évacuer. Cela voudrait dire que finalement il y aurait des caprices à l’origine de ce déterminisme du monde qui ferait qu’il y ait prévu à l’avance des événements d’un ordre fatal, tel que par exemple la sortie d’Egypte ou l’événement que nous commémorons à ‘Hanoukah et qui va nous servir d’exemple : dès l’origine de l’histoire du monde, il était prévu que lorsqu’il y aurait conflit entre les Judéens et les Grecs, une fiole d’huile brûlerait 8 jours au lieu d’un seul...   Vous comprenez comment ces « rationalistes » avec ce souci d’évacuer une difficulté accumulent finalement des difficultés beaucoup plus grandes.      

 

Ce sera l’essentiel du sujet que nous étudierons avec le texte du Maharal.   

 

Avant cela je voudrais lire le passage que nous lisons dans la Téfilah le Al HaNissim qui témoigne qu’à ‘Hanoukah on commémore des miracles. Le 1er mot de cette Tefilah que je vais lire dans le Moussar Séfardi, le texte est le même dans le Moussar Ashkénazi, mais un mot change qui me semble important à signaler parce qu’il n’y a aucune allusion dans ce texte au miracle de la fiole d’huile.      

 

Cela a du vous frapper chaque année d’ailleurs lorsque vous lisez le Al HaNissim de ‘Hanoukah on n’y fait pas allusion. Je vais lire le texte et le traduire.

Je voudrais rappeler que, dans la Guémara, il y a trace de la discussion qui implique une hésitation qui a sans doute duré un certain temps avant que la Halakhah et les Dinim de ‘Hanoukah aient été fixés par le Beit Hamidrash des ‘Hashmonayim pour savoir quoi commémorer dans l’événement de commémoration de ‘Hanoukah. 

 

Voici le contenu de cette Ma’hloqet : certains pensent qu’il faut commémorer le fait que le jour de ’Hanoukah les soldats de Judah Makabi sont entrés dans le temple avec des torches sur leurs lances parce que c’était ‘Hanoukah. Voilà une première thèse qui est moins connue que celle que nous réalisons chaque année dans la commémoration.

 

Pour la 2ème thèse, l’événement de miracle qui est commémoré, c’est le fait que lorsque les Grecs s’étaient emparés du temple de Jérusalem pour l’annexer à un rite judéen du paganisme de l’empire grec, (il y a tout un sujet dans cette phrase mais je vous l’indique en passant), ils ne voulaient pas détruire la judéité comme telle, mais ils voulaient la banaliser comme une des religions de l’universel humain du style empire grec. Parce que tous les empires de ce modèle se pensaient comme étant l’oecumen comme on dit en grec, c’est-à-dire « l’universel humain civilisé », les autres n’étant que des barbares, même pas des païens ! Et avec la volonté de ramener la spécificité de l’identité Israël à l’indice historique des Judéens de cette époque à une parmi les cultures religieuse de l’univers. Ils avaient donc rendu impurs les instruments, les Kélim, les ustensiles du temple, et en particulier les huiles dont le grand-prêtre se servait pour allumer le candélabre du temple. Et comme vous le savez, il fallait de l’huile pure, c’est-à-dire qui n’avait été au contact d’aucune impureté transmise par l’homme lui-même impur, pour pouvoir assurer la validité du rite de l’illumination du candelabre.

 

Et voilà que toutes les huiles avaient été rendues impures ! Or, on a trouvé – je ne dirais pas « par miracle » parce que ce mot serait banalisé – une petite fiole contenant la quantité d’huile pour illuminer durant une journée le candelabre du temple et elle a duré 8 jours. Et le Beit Din, le Sanhédrin, des Makabim a institué en commémoration de ce fait les 8 jours de ‘Hanoukah tels que nous les connaissons.

 

Vous voyez deux thèses. Très schématiquement parce que ce n’est pas le sujet:

- la 1ère thèse semble être dans le sens de la commémoration de l’événement historique national militaire qui a permis la restauration de l’indépendance de la Judée et la restauration du culte de la Torah dans sa pureté.

- la 2ème thèse semble comme venir atténuer cet aspect historique et national pour se ramener à un aspect à la limite purement religeux. Et à travers les siècles on s’est habitué à retenir cet aspect purement religieux d’un miracle « religieux », et il a fallu le temps présent où le folklore israélien a réinstitué l’autre aspect : l’aspect de l’indépendance proprement nationale. Cette question s’étudie pour elle-même, elle se rattache à un autre problème d’ordre général que nous avons étudié dans d’autres sujets, raison pour laquelle il y a une telle réserve dans le Talmud concernant toute l’histoire des Hasmodéens et de leur dynastie et tout ce qui a été l’histoire du 2ème temple après la restauration de l’indépendance judéenne sur les Grecs, plus exactement les Gréco-syriens. Cela vient de ce que cette dynastie hasmodéenne à la longue est devenue saduccéenne, est sortie de la tradition de la loi de Moïse en particulier sur 2 points que je vous rappelle rapidement :

 

1- Le premier point c’est qu’ils ont cumulé les pouvoirs sacerdotale et politique, ce qui est inerdit par la Torah. Au moment de la lutte de l’indépendance contre l’empire grec parce qu’il y avait cas d’urgence, alors il était possible à une famille des Lévites, des Kohanim, de prendre provisoirement le pouvoir politique et d’instaurer la royauté hasmodéenne. Mais dès que l’événement avait porté ses fruits, elle aurait dû rendre le pouvoir politique à la dynastie royale et rentrer dans le temple en tant que Kohanim. Or, il a été instauré une théocratie. Et en cela la Torah a été violée. La dynaatie des Hasmodéens sort de la tradition qui, elle, continue à passer par les Pharisiens et entre dans la clandestinité. Le Talmud c’est le Talmud des Pharisiens. Lorsque le 2ème royaume de Judah, devenu d’obédience saduccénne, aura été détruit par les Romains il disparait. Nous savons très peu de choses des Saduccéens, seul nous est restée la tradition des Pharisiens. Donc, il était normal que dans ce Talmud des Pharisiens il y ait cette réserve concernant toute cette histoire de ce qu’il est advenu des Makabi. L’événement en lui-même en tant que réussite miraculeuse va être gardé comme l’événement central de la commémoration de ‘Hanoukah, mais l’accent va être mis beaucoup plus sur l’aspect religieux que sur l’aspect national qui en fin de compte va aboutir à une catastrophe au temps des Romains.

 

2- La 2ème grande règle de la Torah qui a été violée par les Hasmodéens c’est la conversion de force de peuplades iduméennes au judaïsme. Cela a été à l’origine d’une énorme catastrophe. C’est peu connu sous cette forme. Premièrement, le principe de l’interdiction de la conversion par groupe : les conversions sont individuelles. Et les Hasmodéens pour des raisons d’ordre politique ont voulu judaïser, rendre judéens, les Iduméens. Or, finalement c’est une dynastie iduméenne qui a pris le pouvoir. Il suffit de citer Hérode et cela me mène à ce que je voulais dire : de cette erreur des Hasmodéens d’avoir converti en masse des Iduméens est sortie le christianisme. C’est un autre sujet. Il m’a suffit de vous citer Hérode pour vous situer la période. Or, l’identité chrétienne est sortie d’une alliance entre Rome et Edom contre les Judéens. Cela a été facilité par l’existence de toute une population prétendument juive mais d’origine iduméenne.   

 

Petite parenthèse qui me semble importante à signaler : ceux qui connaissent les Evangiles savent à quel point certains évangélistes se font une coquetterie de rappeler leurs origines iduméennes. C’est l’indice de l’importance du problème que je viens de signaler : la suspicion sur certains prétendus judéens qui étaient en réalité des Iduméens convertis à l’eau bénite si j’ose dire, au temps de cette dynastie des Iduméens. Je referme la parenthèse.

 

La première étude, je l’ai choisi à cause du premier mot : Al Hanissim.

et je vous signale que le mot de Ness signifie miracle dans le sens élémentaire rappelé précédemment, c’est-à-dire un événement ponctuel qui d’après l’ordre habituel des lois de la nature n’aurait pas du se produire, et qui s’est produit de façon miraculeuse pour assurer un certain salut. Tout à l’heure nous aurons à retrouver plus précisément le vocabulaire hébreu de cette notion de miracle. Il y a différents termes, et je vous en citerais deux en particulier. Mais pour le moment c’est ce terme de Ness. Un événement arrive, et on réagit en disant que c’est un Ness, c’est-à-dire que selon l’ordre habituel de la nature cela n’aurait pas dû se produire, mais c’est arrivé ! Et c’est arrivé au moment où cela assure un salut – Pourkane - c’est le mot araméen pour dire délivrance.

 

 Al Hanissim :

הנרות הללו אנו מדליקים

Hanérote halalou anou madliqim… Ces chandeliers de lumières, nous allumons…
על הניסים

Âl hanissim pour les miracles
ועל הפורקן

vé âl hapourqane et pour la délivrance

ועל הגבורות

véâl haguévourote et pour les vaillances
ועל התשועות

véâl hatéshouôte et pour les saluts
ועל הנפלאות

vé âl haniflaote et pour les merveilles
ועל הנחמות

véâl ha né'hamote, et pour les consolations
שעשית לאבותינו בימים ההם בזמן הזה

shé âssita laavotéinou que Tu as fait pour nos pères
bayamim hahém en ces jours-là (c’est-à-dire l’époque des Hasmodéens)

bazémane hazéh en ce temps-là (c’est le moment de ‘Hanoukah dans l’année).

על ידי כוהניך הקדושים

âl yédé Kohanéikha haqédochim par Tes Cohanim saints.

 

C’est le Pshat, mais on peut élargir le sens en lisant Bayamim Hahém c’est arrivé dans cette époque-là Bazémane hazéh cela arrive aussi de notre temps.

Mais le Pshat de Bezmane Hazeh cela veut dire dans ces jours-là de l’année.

 

Je signale que c’est la même introduction pour Pourim et pour ‘Hanoukah.

Et quelle est la nature de la différence du miracle à Pourim et à ‘Hanoukah ?

 

Pour dire qu’à Pourim aussi on commémore un miracle comme à ‘Hanoukah ! Mais c’est que à Pourim les événements de miracle sont appelés Ness Nistar, des miracles cachés, imperceptibles, sinon par un diagnostic qui réclame une certaine sagesse. C’est-à-dire des événements qui sont complétement occultés, derrière les conditionnements des lois de la nature. Et nous retrouverons cette notion tout à l’heure discutée par le Maharal à propos du problème général que porterait une attitude qui consisterait à dire qu’il n’y a pas de mystère avec le miracle, tout est miracle… Faites bien attention ! Ce n’est pas ce que veut dire la notion de Ness Nistar le miracle caché. Il y a un ordre de la nature, mais il y a des interstices qui laissent diagnostiquer que de façon occultée (Nistar) des événements miraculeux se passent, mais c’est de manière cachée. Cela ne veut pas dire que tout dans le déroulement de la nature est miracle. Il y a des thèses de ce type, mais cela va être rejeté par le Maharal de façon claire en se basant sur une Guémara très claire d’ailleurs.

 

Vous voyez qu’il y a une stratégie d’une conscience religieuse du type « foi du charbonnier » qui consisterait, pour évacuer le problème de la difficulté de la notion du miracle, de dire qu’il n’y a pas de difficulté puisque tout est miracle ! C’est d’une toute autre manière que tout ce qui se passe est voulu par Dieu. Pas à travers la catégorie du miracle, mais à travers la catégorie d’une Hashga’ha dans l’ordre des lois de la nature. Si je crois que tout est miracle, cela veut dire que rien n’est miracle ! Et cela veut dire surtout qu’il n’y a pas d’ordre de la nature, et donc qu’il n’y a pas de garant du Créateur ayant créé son monde et gérant son monde selon sa volonté. Très souvent la piété naïve, plus ou moins inconsciemment, en tout cas au niveau de l’intelligence, abouti à se contredire elle-même.  

 

A Pourim, il s’agit bien de Nissim puisque la Téfilah que je viens de lire commence par la même introduction. Mais le Ness est caché à travers un événeemnt historique dont on ne peut percevoir l’importance vraiment qu’à postériori. Evénement qui n’a pas simplement son importance historique, comme tous les événements historiques qui sont définis comme tels à cause de leur conséquence, mais il s’agit d’un événement qui n’aurait pas dû se passer d’après l’ordre habituel de ce que nous savons des lois qui régissent les événements dits historiques. Le fait que le roi Assuérus ait pour femme la reine Esther, et que cela a sauvé le peuple juif de ce temps d’une Shoah qui aurait pris des dimensions insoupçonnables dans l’empire perse de ce temps-là. Les voies de la providence ont travaillé à travers un récit qui apparemment est très anecdoctique : le miracle est caché !

 

A ‘Hanoukah le miracle est dévoilé. C’est pourquoi il y a dans la Halakha la nécéssité de témoigner publiquement de ce miracle. C’est le Pirsoumei Nissa (propager–diffuser-publier le miracle), qui a lieu aussi à Pourim mais à ‘Hanoukah il est beaucoup plus spectaculaire. 

 

 

Bimê Matityáhu ben Yocha-nan cohen gadol, Chashmonaí uvanav,

Au temps de Matiatiahou fils de Yo’hanane le grand prêtre des Hasmodéens et de ses fils…

 

Il ne faut pas oublier les fils là parce que c’est à travers les fils que les événements proprement nationaux militaires ont eu les conséquences de la révolte de conscience d’un Kohen parmi les Kohanim.

 

 

… "ke'sheomda Malkhout Yavan ha'reshaah al amekha Yisrael

lorsque s’est dressé l’empire de Grèce le méchant contre ton peuple Israël…

 

le'hashkicham Toratecha

pour leur faire oublier ta Torah.

 

C’est le mot que je voulais signaler : dans le Moussar Ashkénaze c’est Leshake’ham torateikha.  

Je traduis d’abord le Moussar Ashkénaze : pour leur faire oublier ta Torah. Alors que dans le Moussar Séfarade il y a Leshake’ham Mi-Torateikha : pour les faire oublier de Ta Torah.

 

Il y a là quelque chose d’assez important que je voudrais mettre en évidence avant de dire la suite : les Grecs ont failli réussir, n’était-ce la fidélité juive à eux-même pendant 2000 ans, à faire que la Bible la Torah elle-même apparaisse comme étant de l’héritage culturel universel d’indice chrétien sans plus aucun rapport avec le judaïsme : faire oublier Ton peuple Israël de Ta Torah !

Il y a là une intention dans la Guirsa Séfaradite qui est importante et qui a été mise en forme par le Rav Hutner dans une de ses Drashot sur ‘Hanoukah. J’ai utilisé le contenu de son analyse.

 

Je dois dire pour êre objectif que le Rav Hutner a donné cette analyse pour justifier le Moussar Ashkénaze. Mais il semble bien que l’analyse du rav Hutner finalement justifie plutôt le Moussar Séfarade, grammaticalement en tout cas.  

C’est-à-dire que non seulement il y avait un des édits des Grecs d’interdire l’étude de la Torah, cela fait partie de la suite :

 

ou'lehaaviram mi'houkei retzonekha

et de les faire transgresser les statuts de Ta Volonté…

 

Donc y compris la Mitsvah de Talmid Torah. Mais il y avait une intention beaucoup plus profonde et insidieuse : dénaturer le lien entre Israël et la Torah. J’ai vécu dans une ambiance culturelle européenne où en tout cas officiellement c’était le cas. Avant la guerre mondiale, je me souviens de l’université: citer la Bible cela voulait dire la Bible des Chrétiens. Cela n’existait pas « la Bible des Juifs » ! C’était aussi indécent de relier la Bible aux Juifs que de s’évanouir dans un salon de Pompadour un tasse de thé à la main, comme on disait à l’époque à l’université.

Voilà comment les concepts ont évolué : on parlait d’abord des Hébreux, ensuite des Juifs, puis des judéo-chrétiens, et ensuite des Chrétiens. Tout le reste était oublié et la Bible c’était la Bible des Chrétiens. J’ai connu des grands penseurs juifs qui connaissait la Bible en grec qui faisaient semblant de ne pas savoir que l’original était en hébreu ! Il citait la Bible en grec à bout portant !

  

Et l’idée que les Juifs c’est cela Israël dont parle la Bible c’était évacuée de la culture générale. Sauf quelques individus plus ou moins érudits, on ne faisait aucun rapport entre les Juifs et Israël dont parlait la Bible ! Parce que l’Israël dont parlait la Bible c’est l’Eglise ! Vous avez compris comment cela a failli réussir depuis que les Grecs ont obligé à traduire la Bible en Grec. Cela a commencé avec la Septante. Cela s’est vulgarisé avec la Vulgate… et puis cela a continué comme cela.

 

ve’Atá, be-ra-chamêcha harabim,

Et toi, par ta grande miséricorde 

amádta lahêm beet tsa-ratam:

Tu t’es dressé en leur faveur au temps de leurs problèmes angoissants (tsarot),

ráv-ta et rivam,

Tu as querellé leurs querelles (l’événement national)

dánta et dinam,

Tu as jugé leurs jugements ( tu es intervenu pour juger que c’est eux qu’il fallait sauver)

nacámta et nicma-tam;

Tu as vengé leur vengeance

masarta gibborim beyad ‘halashim

Tu as livré des vaillants entre les mains des faibles

 

C’est là que la notion de miracle commence : l’ordre des choses veurt que les forts soient les forts et les faibles soient les faibles. Où se traduit ce miracle : suspension de l’ordre habituelle du fonctionnement des phénomènes du monde par le fait que les forts sont livrés entre les mains des faibles !

 

Si j’ose dire, de notre temps nous avons vécu cela au début de l’état d’Israël. Maintenant il faudrait peut être un peu modifier le vocabulaire. 

 

ve'rabim beyad me'atim,

et les nombreux dans la main des moins nombreux

u'temaim beyad tehorim"

les impurs aux mains des purs

u-reshayim beyad tsdikim

et les méchants entre les mains des justes…                  

 

En quoi est-ce un miracle ? Parce que l’ordre impersonnel de la nature ne fait pas de différence entre les méchant et les justes.

 

vezedim beyad ossekê Toratêcha

et les orgeuilleux entre les mains de ceux dont la préoccupation est Ta Torah.

 

Et là, je crois qu’il ne s’agit ni des Grecs ni des Hasmodéens, mais des Mityavnim, ces Juifs hellénisés qu’on appelait les Zédim. Il y a toute sorte d’événements dans notre histoire que l’on peut rattacher à cette notion.

 

Oulekhá assíta shem gadol veqadosh baolamêkha,

Et à Toi tu as fait un grand nom et saint dans ton monde,

 

Retenez cette expression, shem gadol veqadosh baolamêkha, nous allons la retrouver dans l’étude du Maharal.

 

 ul’amechá Yisrael

et pour Ton peuple Israël

assíta teshuá guedolá

tu as fait un grand salut

ufurcan, kehayom hazê.

Et une délivrance jusqu’à aujourd’hui

Veachar cach báu vanêcha lidvir Beitêkha,

Et après cela tes enfants sont venus sur le parvis de Ta maison

ufinu et Hecha-lêkha,

et ils ont débarassé ton sanctuaire

 

Vous rattacherez l’expression dans un verset de l’histoire d’Eliézer lorsqu’il va dans la famille de d’Abraham pour Rivcah et qu’on lui dit Vanifti et habayit : J’ai débarrassé la maison. Rashi : J’ai débarrassé la maison de la Avodah Zara. C’est le même sens ici.  

 

vetiharu et Micdashêkha;

et ils ont purifié ton sanctuaire

 

Cela implique donc la purificaiton de l’huile pour l’illumination du candelabre.

 

vehid-lícu nerot bechatsrot cod-shêcha,

et ils ont allumé des lumières dans les parvis de ton sanctuaire

 

J’ouvre une petite parenthèse: nous sommes tellement familiers à toutes ces traditions que nous rattachons la fête de ‘Hanoukah à cet événement historique de la victoire des Judéens contre les Grecs et que c’est à partir de ce temps-là qu’il y a la fête de ‘Hanoukah.

 

Ce qu’il faut comprendre c’est que tous les jours commémorés du calendrier ont depuis toujours leur signification dans l’ordonnance du calendrier, et lorsque l’autorité traditionnelle d’un certain temps diagnostique que l’événement historique de signification du jour dans l’année est arrivé, alors elle attribue la commémoration de ce jour-là en relation avec l’événement historique ainsi diagnostiqué.

 

Pour le dire en d’autres termes, ‘Hanoukah le 25 Kislev, depuis toujours c’est ‘Hanoukah. Jusqu’à cet événement historique de la victoire des Hasmodéens contre les Grecs c’était une fête disons folklorique populaire qui s’appelait ‘Hag HaOurim et c’est un terme qui est revenu de notre temps, la fête des lumières. Et à partir de l’événement historique de cette victoire des Judéens contre les Grecs, le Beit Din des Hasmodéens a décidé qu’à partir de maintenant cette fête a trouvé son événement historique, et voilà sa commémoration.

 

Ce qu’il faut comprendre c’est que cela a pris du temps avant que cette Halakha soit intégrée dans la tradition comme nous la connaissons. Et il y a eu controverse. Nous n’avons plus tellement de documents historiques, mais, pour juger à quel point la controverse a pu être intense, il suffit de comparer la controverse contemporaine concernant Yom Haatsmaout. Voilà une date, le 5 Iyyar, le jour de l’indépendance de l’état d’Israël, connue des Kabalistes depuis toujours.

 

Dans le calendrier de commémoration des communautés kabalistes tous les jours de l’années sont commémorés. Tous les jours ont une signification. Et dans la communauté « officielle », seule les jours où des événements fondateurs de l’histoire collective d’Israël sont déjà apparus dans l’histoire sont commémorés. Mais dans le calendrier des communautés Kabalistes, tous les jours de l’année ont une liturgie particulière de chaque jour. Dans d’autres traditions religieuses c’est le cas aussi. Il y a des communautés d’initiés qui ont une liturgie beaucoup plus complexe que celle connue dans les communautés « officielles ».            

 

Par exemple, le 28 Iyyar, le jour de Jérusalem. Je me souviens qu’avant le 28 Iyyar historique de la  libération de Jérusalem, le 28 Iyyar était commémoré. Et je vous donnerais un certain nombre de repères : c’est la Hilloulah de Shmouel Hanavi, et c’était commémoré au Merkaz Harav le jour de la Aliah du Rav A.I. Kook. Il y avait une petite brochure sur le 28 Iyyar avant l’événement qui portait comme titre: « HaYom HaGadol VéHaNora Hazeh Kaf ‘Het béIyyar : ce jour grand et redoutable le 28 Iyyar ». Lorsque l’événement est arrivé, les plus étonnés étaient ceux qui savaient !

 

Je vais vous donner un exemple beaucoup plus massif. D’abord je rappelle pour ‘Hanoukah, c’est le fait que le 25 Kislev qui est le jour du solstice d’hiver dans le calendrier hébraïque, il y avait depuis toujours, depuis les premiers hommes dit la Guémara (Avoda Zara 8a), depuis Adam harishone, la commémoration de la fête des lumière. Quand l’événement du risque de la disparition de la lumière – je passe sur un registre symbolique – la Torah - et puis de sa résurgence par miracle est arrivé dans l’histoire, c’est cet événement là qui a été dit ‘Hanoukah historique. Il y a une ‘Hanoukah cosmique.

La Guémara explique comment le 1er homme fêtait ‘Hanoukah. C’est un Midrash que j’aime beaucoup : le 1er homme a été créé selon le  récit biblique le jour de Rosh Hashanah, le 1er Tishri. Et ce jour-là il a mangé une pomme avec du miel comme on le fait ce jour-là (rires…) ! Un pépin de la pomme a eu pour conséquence que la lumière commence à décroître dans le monde. Effectivement, à partir de Rosh hashanah la quantité de lumière dans la journée décroit jusqu’au solstice d’hiver. Alors il a eu peur que par sa faute la lumière risque de quitter le monde. Quand à partir du 25 Kislev il a vu la lumière recroître, alors il a allumé des feux pour aider la lumière à croître. Dans toutes les traditions humaines, à cette époque, il y a quelque chose qui ressemble à la fête de la lumière. Par la suite, le christianisme va transposer le 25 Kislev au 25 décembre (comme par hasard) et va aussi instaurer une fête de la lumière, donnant une liturgie à sa manière de ce qu’était la fête de la lumière de toutes les traditions depuis le premier homme selon le Talmud.

Alors ce qui est vrai pour ‘Hanoukah est vrai pour toutes les fêtes ! Jusqu’à la sortie d’Egypte, Pessa’h était connu. Mais ce que commémorait Pessa’h jusqu’à la sortie d’Egypte n’était pas encore  la sortie d’Egypte. Quand l’événement de la sortie d’Egypte a eu lieu, la Torah diagnostique : à partir de maintenant, Pessa’h c’est la sortie d’Egypte !

 

vehid-líku nerot bechatsrot kod-shêcha,

et ils ont allumé des lumières dans les parvis de ton sanctuaire

 

Et vous voyez que ce texte ne fait pas allusion à ce qu’on appelle classiquemnt le miracle de la fiole d’huile, mais désigne comme miracle l’événement lui-même qui a été énuméré.

J’en reprends l’essentiel :

 

Tu as livré des forts entre les mains des faibles

et les nombreux dans la main des moins nombreux

les impurs aux mains des purs

 et les méchants entre les mains des justes…                  

et les orgeuilleux entre les mains de ceux dont la préoccupation est Ta Torah.

 

 C’est l’événement qui n’est pas « normal » d’après une vue naturelle des phénomènes des lois de la nature, c’est l’événement qui est le miracle. Et la raison pour laquelle la tradition va finalement se fixer sur le miracle ponctuel de la fiole d’huile qui dure 8 jours alors que normalement elle devait durer un jour, a été mise en évidence lorsque la dynastie des Hasmodéens devenue saduccéenne quitte la tradition et on va alors occulter tout cet aspect de l’événement pour ne garder que cela…

Encore au temps de ma jeunesse c’était la tradition habituelle, et de notre temps on retrouve avec l’état d’Israël, l’autre dimension de la commémoration.

 

Je finis le texte :

ils ont purifé ton sanctuaire, ils ont allumé des lumières dans les parvis de ton        sanctuaire…

veca-veú shemonat yemê Chanucá êlu, leho-dot ul’halel leshimechá hagadol.

et il sont fixés ces huit jours de louanges et d’action de grâce.

 

 Retenez le mot de Hallel que nous allons retrouver.

 

.../... 

 

lire la suite 

***

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