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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 17:41

Abraham L'hébreu ou l’espérance de fraternité 1988

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/engendrements/abraham_l_hebreu_serie_1988/cours_3

Durée : 46,1 minutes

Face A

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Ce soir nous commençons à lire les textes qui concernent l’histoire des patriarches qui commence avec l’histoire d’Abraham. Plus exactement, avec l’arrivée d’Abraham dans le pays de Canaan, et vous savez d’après les textes précédents que c’est en ce temps-là des patriarches le nom donné à la terre qui s’appellera la terre d’Erets Israël, parce que les Kenaanim l’occupaient en ce temps-là. Il y a déjà d’ailleurs dans la Parashah de cette semaine un verset qui l’indique :

[Lekh Lekha - Gn. 15:6] :

 וְהַכְּנַעֲנִי, אָז בָּאָרֶץ

Et le Cananéen se trouvait en ce temps-là dans le pays.

Le Midrash établit de façon très claire que cela implique que le Canaanéen était envahisseur dans ce pays qui faisait partie de l’héritage de la descendance de Shem. Vous vous rappelez ceux qui étaient là à la soirée de Hoshaana Raba qu’effectivement Abraham est un des descendants de Shem par son ancêtre Ever. D’où le nom de Avraham Ha-Ivri, Abraham l’hébreu. Je ne veux pas revenir sur l’identité d’Avraham en tant qu’hébreu, peut-être aurons-nous l’occasion d’y revenir par la suite. Je veux simplement rappeler un point qui me semble important : il y a deux périodes dans l’histoire d’Abraham :

Dans la première période de sa vie il se nomme Abram, et c’est encore le nom qu’il a dans les textes que nous allons aborder aujourd’hui. Cela se réfère à un thème très important : c’est l’identité de l’hébreu en exil au temps précédent dans les différentes générations qui vont de Ever l’ancêtre d’Abraham jusqu’au temps d’Abraham dan la civilisation babylonienne de ce temps-là surtout connue sous le nom de la civilisation d’Our-Kasdim capitale des Chaldéens, qui à l’époque était la dynastie dominante de ce que nous appelons en général sous le nom de Babel dans l’histoire des Malkhouyiot, ces grands empires que l’histoire d’Israël a traversé. Babel est le premier des empires de l’antiquité biblique en tout cas dans l’ordre de la cohérence du récit biblique.    

Je vous rappelle qu’Israël a traversé l’histoire de quatre grands empires : nous sommes d’après cette typologie historiosophique à la fin de l’histoire du quatrième empire qui est l’empire de Rome.

Il y a d’abord l’empire de Babel, ensuite l’empire de Perse, ensuite l’empire de Grèce et l’empire de Rome. Et nous avons traversé ces 4 empires avec 4 sorties d’exil qui en fait sont 3 puisque la Grèce et Rome font partie de la même période historique du point de vue de ce problème. Etant donné que l’exil du peuple d’Israël au temps de l’empire grec était un exil sur sa terre.

Je vous le rappelle très brièvement :

1-      Nous sommes sortis de ce Babel d’Our-Kasdim avec Abraham. Et il y avait en ce temps-là une annexe - les historiens vont dresser l’oreille mais il me faudrait plus de temps pour nuancer – une annexe de la civilisation babylonienne qui était la civilisation égyptienne. Et nous finissons de sortir de ce temps de Babel avec la sortie d’Egypte au temps de Moïse en tant que peuple. Mais nous sortons de Our-Kasdim avec Abraham à la racine première de notre identité dont nous allons suivre la carte d’identité avec la Parashah de Lekh Lekhah de cette semaine.

 

2-      Nous sortons de l’empire de Perse avec Ezra et Néhémie. Tsivat Tsion. C’est au temps des événements que raconte le livre d’Esther. 

3-      Nous sortons de la domination grecque avec les Makabi.

4-      Et nous sortons de l’empire romain de notre temps avec l’état d’Israël contemporain.

 

Je reviens au début de l’histoire. L’identité de l’hébreu dans la civilisation de Babel est Aram. D’où le nom araméen en français. Je vous avais cité un certains nombres de références dans la bible et le talmud à ce sujet, il sera sans doute nécessaire d’y revenir.

 

A partir de maintenant je dirais Abraham suivant la loi de la Halakhah : à partir du moment où Abram a changé de nom pour devenir Abraham, il est interdit de le nommer de nouveau Abram sinon pour rappeler qu’il s’appelle en réalité Abraham – c’est d’ailleurs un thème pour lui-même : pourquoi la Guémara interdit-elle d’appeler Abraham Abram, si nous avons le temps rappelez-le moi en fin de cours.

Cette petite d’Abraham famille d’Abraham rescapée des Hébreux de cette civilisation d’Our-Kasdim de ce qu’il faudrait appeler du temps de l’énorme Shoah de Babel. Il y a une énorme Shoah à Babel, une famille d’Hébreux est rescapée. Il y a une Shoah à la sortie d’Egypte : c’est un cinquième du peuple hébreu qui sort d’Egypte sous la direction de Moïse. Je ne continue pas la suite qui est très longue et se poursuit jusqu’à nous comme vous le savez.

Abraham est accompagné par un certain nombre de personnages qui ont la même racine d’identité et avec lesquels il va se trouver aux prises dans cette histoire de ré-émergence de l’identité hébraïque, de sa coquille araméenne, en hébreu nous disons la Qlipah, son écorce araméenne qui est très difficile à finir d’évacuer jusqu’à ce que Jacob le petit fils d’Abraham reçoive le nom d’Israël, ce qui donne l’authenticité de cette identité araméenne en Abraham revenue hébraïque. Pour le nom de Jacob devenant Israël il faudra trois générations de sélection d’identité.

Entretemps vont apparaître des lignées divergentes dans la même racine de cet Abraham qui était alors araméen : l’hébreu de l’exil.

C’est un thème extrêmement important que nous allons essayer de suivre le plus possible en coup de projecteur mais il faudrait effectivement reprendre toute l’histoire du livre de Bereshit en détail, ce qui prendrait des années, avec un cours par semaine. il faudrait voir ce que la Torah Shébéal peh nous a dit de tout cela. Les sources sont très nombreuses. Je vous indique l’auteur principal qui a donné le plus grand contenu à cette étude, c’est le Shlah qui a donné toutes les nuances de ces thèmes d’identité. Cela commence évidemment dans les Midrashim, ceux du Zohar, le Kouzari de Judah Halévi, le Maharal. Cela explose dans le Shlah et corollairement dans le Peri Tsadik aussi. 

Et nous arrivons donc à l’identité hébraïque retrouvée avec Jacob lorsqu’il reçoit le nom Israël. Nous avons là un programme d’étude, dont nous aborderons certaines dimensions, parce que c’est cette histoire que nous vivons de nouveau sus une autre forme de notre temps, où nous revenons d’une identité d’exil et avec le projet de retrouver l’identité hébraïque à l’échelle d’une société toute entière.

Et les problèmes qui explosent dans cette expérience, non de résurrection comme  on peut le trouver dans un vocabulaire sioniste israélien mal traduit, mais disons de restauration de la nation hébraïque. On ne peut pas parler de résurrection car on ne ressuscite que des cadavres, et grâce à Dieu le peuple juif n’a jamais été jusque-là bien qu’il ait eu des tribulations assez analogues, vous avec compris.

 

Loth :

Il y a un personnage que je voudrais mettre en évidence dans la première partie de l’étude de ce soir qui est Loth, le neveu d’Abraham qui sort d’Our-Kasdim avec Abraham. Et dans notre parashah nous voyons comment il font un long chemin ensemble. Et finalement ils se séparent. Loth va fonder une toute autre lignée, une double lignée d’ailleurs, celle de Amon et de Moav qui vont installer des rivalités terribles avec Israël, les premières rivalités à Israël, et qui ont accompagné l’histoire d’Israël pendant tout le temps dont parle la Bible jusqu’au moment où Ruth revient de chez Moav, et devient l’ancêtre du roi David.

Ruth ne vient pas de n’importe où. Elle revient d’une lignée qui s’était écartée de la souche originelle : la famille d’Abraham. Puisque son ancêtre c’est Loth qui aurait pu être un Abraham. Mais c’est un Abraham disons déviant. En terme un peu vulgaire qui me vient à l’esprit : un raté de l’histoire. Mais ces ratés font souches. Ce sont des identités d’impasse mais qui se reproduisent. Il y a une sorte de génie de la machine à polycopier les erreurs qui fait qu’elles sont dans le monde et qu’il faut se mesurer à elles. Voilà donc un moment de l’étude que nous aurons à découvrir : les rapports d’Abraham à Loth.

Et puis dans cette Parashah nous voyons qu’Abraham est relié à un autre personnage de cette famille qui est son propre fils par Agar l’égyptienne alors qu’Abraham se nomme encore Abram avant la mutation d’identité qui fait que Abram redevient Abraham l’ancêtre de Jacob. Abram n’est pas l’ancêtre d’Isaac il est l’ancêtre d’Ishmaël. C’est quand Abraham est déjà Abraham que Isaac va naître, c’est après la circoncision d’Abraham que Isaac va naître. Et donc d’une certaine manière, de cette souche originelle, à part Loth qui était d’origine très proche d’Abraham, Ishmaël fils de Agar va procéder de cette souche originelle. Et vous savez les dimensions de la rivalité qui s’installeront à travers Ishmaël par rapport à Israël. C’est sans doute le problème de gros plan auquel nous allons nous mesurer depuis le retour contemporain en Erets Israël. Pour ceux d’entre vous qui ont encore souvenir de ce qu’avait été Galout Arav - la diaspora des communautés juives en pays d’islam, c’est une longue histoire des rapport entre le peuple d’Israël les Juifs de l’exil avec l’islam en Golah. 

Mais dès qu’Israël revient sur sa terre alors les dimensions de ce problème changent de niveau c’est de nouveau le conflit tel qu’il est raconté par la Bible qui est mis en évidence : le conflit entre Ishmaël et Isaac, c’est à qui échoit la promesse de la terre d’Abraham. Et vous savez à quel point ce sera l’enjeu des élections prochaines.

J’essaierais de prendre un peu de temps à la fin du cours pour étudier ou au moins lire un passage du Zohar qui parle de la relation entre Abraham et Ishmaël. C’est un verset du chapitre 17 que nous verrons tout à l’heure. Et je vous dirais une petite préface à partir d’une interview qui est paru dans Haarets. Le journaliste a très bien fait son travail de journaliste puisqu’il m’a fait dire des choses que.. bref. Alors cela servira de mise au point.  Je dois vous dire qu’il a vraiment bien fait son travail : le contenu de l’article cela passe. Ce n’est pas moi qui l’ai écrit et je ne l’aurais jamais écrit comme ça, mais cela passe à la rigueur. Je pense que la direction du journal lui a imposé un titre accrocheur pour les lecteurs et alors cela a été lu dans tout le pays et on n’a fait de moi quelqu’un que je ne suis pas. C’est pourquoi je dis que le journaliste a très bien fait son travail : en prenant une phrase sortie de son contexte et en lui donnant un portée politique qui n’a rien à voir avec ce qu’elle veut dire… On en parlera un peu tout à l’heure. J’ai décidé quand même de faire une mise au point, vous aurez la surprise de la lire lorsqu’elle paraitra. J’en parlerais tout à l’heure.

Je vous incite quand même à lire l’article.

Déjà le premier verset que nous allons lire où il est question de la famille d’Abraham c’est à la fin de la Parashah de Noa’h. Chapitre 11 verset 27 : c’est la fin de la généalogie de Shem après nous avoir donné l’ascendance de Abraham - dont le nom éclate à partir de ce moment-là en gros plan dans le récit biblique sur l’histoire de l’humanité - à travers Shem et Ever on nous parle de ce qui se passe dans la famille de Tera’h qui est le père d’Abram devenu Abraham. Et le verset dit :

11:27:

וְאֵלֶּה, תּוֹלְדֹת תֶּרַח--תֶּרַח הוֹלִיד אֶת-אַבְרָם, אֶת-נָחוֹר וְאֶת-הָרָן; וְהָרָן, הוֹלִיד אֶת-לוֹט

Voici les générations de Tera’h: Téra’h engendra Avram, Na’hor et Harân; et Harân engendra Loth.

Donc Loth est le fils de Haran frère d’Abram. Encore au temps du niveau de l’identité Aram des Hébreux. L’identité araméenne des Hébreux en exil en Our-Kasdim. On apprend que Haran meurt à Our-Kasdim.

וַיָּמָת הָרָן, עַל-פְּנֵי תֶּרַח אָבִיו, בְּאֶרֶץ מוֹלַדְתּוֹ, בְּאוּר כַּשְׂדִּים

Harân mourut al penei en présence de Tharé son père, en son pays natal, à Our-Kasdim.

Al penei Tera’h en présence de Tharé son père il y a ici une indication qu’il faudrait étudier mais je ferme la parenthèse.

En hébreu le mot de Moledet se traduit en français par « la patrie ». Mais le sens strict étymologique de Moledet c’est le pays natal : le pays où l’on est né.

Vous voyez qu’il y a énormément de vocabulaire qui gène la prise de conscience d’identité dans lesquels les Juifs sont interpellés de notre temps. Je vous donnerais un exemple. Si on me demande quel est ma patrie, que répondre ? Je suis né en Algérie, je ne peux pas dire que c’est l’Algérie ma patrie ! Et pourtant c’était ma terre natale… Vous voyez la différence.

On arrive au verset 11:31 où l’on apprend comment se fait cette sortie d’exil dans la famille de Téra’h père d’Abraham. Le mot de cette Aliah si j’ose dire c’était Abraham. Les Midrashim sont très clairs : c’est Abraham qui convertit Tera’h à l’hébraïsme si j’ose dire. Et Tera’h est le chef de famille. Un des Midrashim indique que pour ne pas porter atteinte à l’honneur de Téra’h – commandement qu’Abraham doit respecter -  Abraham doit respecter l’honneur de son père même si son père resistait à la prise de conscience d’Abraham, la Torah aussi respecte l’honneur du père d’Abraham verset 11.31:

וַיִּקַּח תֶּרַח אֶת-אַבְרָם בְּנוֹ, וְאֶת-לוֹט בֶּן-הָרָן בֶּן-בְּנוֹ, וְאֵת שָׂרַי כַּלָּתוֹ, אֵשֶׁת אַבְרָם בְּנוֹ; וַיֵּצְאוּ אִתָּם מֵאוּר כַּשְׂדִּים, לָלֶכֶת אַרְצָה כְּנַעַן, וַיָּבֹאוּ עַד-חָרָן, וַיֵּשְׁבוּ שָׁם. 

Tera’h prit Abram son fils…

Alors qu’on s’attendrait ce qui dans la réalité existentielle - cela nous arrive comme c’est arrivé à Abraham - ce sont les fils qui trainent les pères dans ce pays, vous avez remarqué?

On s’attendrait à ce que le verset dise l’inverse.

Tera’h prit Abram son fils et Loth fils de Haran son petit-fils et Saraï sa brue femme de Abram son fils. Ils sortirent tous de Our-Kasdim pour aller en direction du pays de Canaan. 

C’est la première fois que la Torah nous raconte cette décision de mettre fin à l’exil des Hébreux en Our-Kasdim. Rappelez-vous le Midrash qui explique ce qui se passe à Our-Kasdim. C’était un gigantesque four crématoire. La fournaise d Our-Kasdim. Le Hitler de l’époque s’appelait Nimrod. Personnage paradigme très important dans l’histoire d’Abraham. Un personnage modèle : le tyran au temps d’Abraham. Et à chaque époque il y a un Nimrod. Il s’est appelé une fois Torquémada, Haman, Hitler… Aujourd’hui il a énormément de sosies. Mais quoiqu’il en soit c’est la première fois qu’on nous dit qu’il y a une décision prise par les rescapés de rescapés de rescapés des Hébreux. C’est très impressionnant, sur tout un peuple, une seule famille rescapés des fours crématoires de Our-Kasdim ! Et ils y vont spontanément : vous remarquez qu’il n’y a aucune révélation à Tera’h ou à Abraham encore dans le texte pour dire que c’est le temps ? C’est une prise de conscience de la famille d’Abraham sur motivation d’Avraham qui a pris d’elle-même l’initiative qui va être confirmée  quelques versets après au début de la Parashah de Lekh Lekha.

Il y a une controverse chez les Méfarshim : cette confirmation de Lekh Lekha donnée à Abraham est-elle donnée déjà à Our-Kasdim ou à ‘Haran ? Ce n’est pas un point de détail, c’est un autre sujet. Quoiqu’il en soit, que la confirmation ait été donné à Our-Kasdim ou à ‘Haran, on ne peut pas ne pas se rendre compte que l’initiative est d’abord venue de la famille d’Abraham. Après, Dieu confirme. Nous retrouvons le même thème à la sortie d’Egypte. L’initiative vient d’abord de Moïse qui se heurte à la résistance des Hébreux et des Égyptiens. C’est 40 ans après que Moïse ait pris l’initiative et qu’il s’est trouvé en but avec le refus des Hébreux en Egypte et des Egyptiens bien sûr, que Dieu lui confirme son initiative dans la révélation du buisson ardent.

Nous voyons ici un thème très parallèle. Dans l’ordre du récit, ils décident d’aller au pays de Canaan. D’après la manière classique de lire ce texte, ils ne savaient pas où ils devaient aller !  La thèse classique c’est qu’il s’agit de Mésopotamiens que Dieu par décret de Sa Volonté a décidé de transformer en hébreux… J’ai critiqué précédemment cette thèse classique. J’ai toujours été étonné de voir comment les commentateurs et les historiens, Na’hmanide excepté, ne mettent pas en évidence cela qu’il ne s’agit pas de mésopotamiens !      

Si c’était des mésopotamiens on aurait des droits sur Bagdad ! On a déjà droit sur Damas grâce à Eliezer serviteur d’Abraham. C’est encore une autre histoire.

S’il s’agissait de Mésopotamiens, par quelle magie se seraient-ils transformés en Hébreux, et par quel magie Dieu les enverrait-il en Kenaan sans leur dire où c’est ?

On voit dans le premier verset du chapitre 12 dans le message de Dieu à Abraham que c’est en Erets Kenaan qu’il faut aller. Dans le verset précédent que nos sommes en train de lire 11:31:

לָלֶכֶת אַרְצָה כְּנַעַן   lalechet artsah Kena'an : ils savent où ils vont parce qu’ils rentrent chez eux tout simplement !

A partir du moment où il y a prise de conscience du danger de disparition totale dans l’exil de Our-Kasdim, il y a un « sionisme » avant la lettre qui prend Abraham et il décide de rentrer chez lui.

Regardez à quel point le texte est clair. Et je me demande encore pourquoi on ne le lit pas comme il est écrit !  Voilà le premier point.

Fin du verset 31 :

וַיָּבֹאוּ עַד-חָרָן, וַיֵּשְׁבוּ שָׁם

Ils arrivèrent jusqu’à ‘Haran et ils s’intallèrent là-bas.

‘Haran est sur la frontière entre le pas d’Our-Kasdim et Erets Israël qui ce temps s’appelle le pays de Kenaan, pour les raisons indiquées précédemment.

On appelle cette contrée, cette marche entre la grande Babel des Casdéens à l’époque, plus tard on l’appelera l’Assyrie qui s’appelle dans la tradition juive : Aram Naarayim, Aram Tsovah. Expressions que l’on peut retrouver en histoire ou géographie, c’est finalement la frontière entre Erets Israël et Babel. Aram Naarayim, Aram Tsovah cela implique une partie de la Syrie et du Liban.

Dans ces derniers versets, nous avons une typologie extrêmement éclairante de ce qui se passe dans le peuple d’Israël. Ici nous avons le modèle dans la famille d’Abraham de ce qui se passe dans le peuple d’Israël lorsque cette décision de retour est prise. Encore une fois, vous remarquez qu’elle a été provoquée par la Shoah du temps. Je pense que si le texte de la Torah ne donne pas directement comme cause de la Aliah d’Abraham la Shoah, c’est dire que même sans Shoah, Abraham aurait pris cette décision. C’est le Midrash qui indique qu’il est rescapé des fours crématoires d’Our-Kasdim – « la fournaise de Kasdim ». Le Midrash explique qu’on y jetait les Hébreux dans le feu.

C’est effarant à quel point on n’a pu passer des milliers d’années sans se rendre compte que cette éventualité-là était réelle. C’est le Midrash qui met tout cela en évidence, comme si l’essentiel c’est le mouvement historique qui fait que les Hébreux étaient dans la civilisation du temps. Si on se pose la question de savoir ce qu’il y faisaient : il y faisaient ce que tous les fils d’Israël font dans la civilisation du temps, à travers le temps, que ce soit Babel, Paras, Yavan ou Romi… etc.

C’est un autre sujet : c’est le mystérieux problème de la relation de ce peuple d’Israël à l’universel humain à travers les grands empires des civilisations humaines.

Et puis, c’est ce mouvement là que la Torah met en évidence. Ils étaient là-bas et à un certain moment Abraham revient. C’est le moment où le tyran de l’empire en question est Nimrod, modèle de tous les tyrans, personnage modèle du tyran au moment de la nécessité du retour de ces exils sempiternels. D’après la typologie traditionnelle, grâce à Dieu nous avons eu que trois patriarches. Donc il n’y a que 3 exils et pas 4. Vous voyez la chance que nous avons par rapport à nos ancêtres.     

Invité dans un aréopage de non-juifs, on me demandait de parler de Pessah. Alors j’ai raconté la situation des Hébreux juste après la sortie d’Egypte quand il y avait la mer rouge devant et l’armée égyptienne derrière. J’ai dit alors : nos ancêtres ont eu de la chance, ils n’ont eu que l’armée égyptienne…

Ceci dit toute cette histoire est en train de finir puisque nous sommes à la fin de la troisième sortie d’exil et qu’il n’y en n’a pas 4. 

***

Q: Les gens accompagnant Abraham étaient-ils monothéistes ou étaient-ils idolâtres ?

R:  Le Miqra n’en parle pas, non pas parce que cela ne l’intéresse pas mais parce que ce n’est pas son propos. Le Midrash en parle beaucoup. Prenons le cas de Tera’h le propre père d’Abraham. Lorsque nous avons une typologie il faut bien comprendre ce qu’est une analogie : les choses ne se répètent jamais de la même manière. Mais il un a un éclairage du thème dans sa globalité. Et par conséquent, je sens bien que nous sommes préoccupés de la comparaison entre ce qui s’est passé pour les Hébreux du temps d’Abraham et ce qui s’est passé pour nous à la fin de la génération précédente avec la Shoah. Mais ce n’est pas du tout la méthode de la tradition juive de faire des correspondances de détail. Car cela fait basculer dans le délire. Et les prophètes n’ont jamais prophétiser des détails. Cela ne veut pas dire qu’ils ne les connaissaient pas, mais cela ne fait pas partie du propos de la Torah. Elle ne s’occupe pas de cela. Elle s’occupe des grandes directions des Toladot, c’est-à-dire des mutations d’identité qui font que nous aboutirons Bimhéra Biyaménou (rapidement de nos jours) à Jérusalem et pas ailleurs, aux temps messianiques. Mais comme le croient d’ailleurs ceux qui sont ailleurs, dans leur prières en tout cas…

Et par conséquent, la question est très importante : certainement y avait-il en fidélité marrane anachronique l’identité hébraïque enfouie dans l’identité araméenne. C’est en Abraham qu’elle a ré-émergé. Et nous verrons le cas de personnages qui accompagnent Abraham, en particulier Loth. Et elle n’arrive pas à émerger jusqu’à Ruth, lorsque revient Ruth. Et ce n’est pas n’importe qui : elle a pour vocation de permettre la naissance du roi David. Tant que ces étincelles de saintetés qui s’étaient perdues ne reviennent pas, il n’y a pas encore d’occurrences messianiques concrètes. Avec Ruth on espère que David va naître…

Le Midrash sur Tera’h nous raconte comment Abraham enfant a eu sa vocation monothéiste. Il faudrait reprendre ce Midrash  en détail mais cela prendrait trop de temps. Mais j’ai la tentation de le reprendre en cours de pédagogie pour Talmoudei Torah ou même pour Gan Yéladim. Parce que dès qu’on commence à paraphraser sur des formules précises du Midrash on dit des bêtises. Je vais vous lire le Midrash en paraphrase mais sans bêtise !

Le Midrash nous dit que Abraham enfant a eu sa vocation monothéiste. Il décide de donner une leçon à son père Téra’h qui était fabricant d’idoles dans ce qui pourrait être le quartier de ces fabricants de statuettes. Il y a une certaine  noblesse dans ce genre de sensibilité religieuse mais elle n’est pas la nôtre. Et comme il était respectueux de ses parents, et qu’il ne voulait pas accuser son père d’idolâtrie, il a pris une hache et détruit toutes les idoles et mis la hache dans les bras de la plus grandes des idoles. Quand Tera’h est venu demandant ce qui s’était passé, Abraham lui a raconté une histoire : un croyant est venu apporter une obole de farine devant son idole et toutes les idoles se sont disputer pour savoir à qui irait l’offrande, et c’est la plus grande qui a gagné en détruisant toutes les autres…

Et Tera’h à son fils : C’est impossible, à moi tu veux faire croire cela ?

Et alors Abraham a dit à Tera’h le premier proverbe juif. C’est une phrase de la Guémara :

Hashma le'oznecha ma she'ata motzi mipicha

fait entendre à tes oreilles ce que tu dis avec ta bouche.

Et c’est là que Téra’h s’est converti – ou plutôt reconverti si vous voulez -  à la vocation d’Abraham. Téra’h père d’Abraham, hébreu araméen, ce n’est pas n’importe qui ! Alors derrière ce Midrash qu’est-ce qu’un fabricant d’idoles ?

C’était le grand-prêtre de la religion du temps à Our-Kasdim. Il jouait le rôle d’Israël dans les civilisation du monde : Mamlekhet Kohanim véGoï Qadosh. C’est le discours des rabbins en Golah : nous sommes le peuple des prêtres. Les prêtres de qui ? Des Goyim chez lesquels ils vivent ! C’est un thème pour lui-même. Ce qui se passe à Paris est grotesque à ce sujet puisque l’archevêque est qui vous savez. Mais les Juifs ont oublié ce que c’est que l’humour français.

Qu’est-ce qu’une idole chez les idolâtres ? C’est un symbole matérialisé de leur idéal. Qu’est-ce qu’un fabricant d’idoles ? C’est un marchand d’idéal, c’est  le grand prêtre de la civilisation idolâtre du temps. Cela ne veut pas dire que l’idolâtre païen ne sait pas devant quel idéal il se trouve lorsqu’il est devant sa statue. Ce sont nous les monothéistes iconoclastes qui avons détruits les statues, qui risquons de croire que c’est la statue qu’ils adorent. Il y a aussi des superstitieux chez eux. Mais en vérité l’idolâtre n’adore pas la statue mais ce qu’elle représente.

Si certains d’entre vous on un peu étudier la civilisation chrétienne il est bien évident que ces hommes et ces femmes qui s’agenouillent devant un morceaux de bois, ce n’est pas devant un morceau de bois qu’ils s’agenouillent, mais devant ce que cela représente. C’est pourquoi cette idole est dangereuse à cause de ce qu’elle représente. Mais il est bien évident que la ferveur du païen ne va pas au véhicule matérielle de son idéal.

De la même manière quand vous voyez à la synagogue Shabat matin les Juifs pieux adorer le Sefer Torah, croyez-vous qu’ils adorent le Sefer Torah ? Evidemment, non. Mais ils adorent ce qui est écrit dedans, ce que cela représente, la ‘Hokhmah qui est dedans. Il y a aussi des superstitieux chez les idolâtres qui pourraient être persuadés que les Juifs adorent un rouleau de parchemin.

Des Juifs déjudaïsés peuvent s’étonner de la pratique d’embrasser la Mézouza : comme le dit la Guémara : kol hapossel bemoumo possel (Kidouchin 70a) « celui qui disqualifie c’est son propre défaut qu’il disqualifie ». 

C’est une projection : Celui qui accuse quelqu’un d’autre de superstition, cela veut dire qu’à sa place il serait superstitieux lui l’accusateur.

Alors ne me fais pas dire que seuls les sionistes sont de vrais Juifs. Il y a ceux aussi qui le deviendront… !

Sur la famille d’Abraham : il y a différents personnages qui vivent différemment la sortie de Our Kasdim d’Abraham. Il a un frère Haran qui est resté à Our Kasdim : « il est mort devant son père ».

Et les mots ont un sens précis dans le Midrash. C’est qu’ils n’arrivent pas à sortir. Ils sont enterrés là-bas. Et puis il y a Tera’h qui sort avec Abraham en compagnie de Loth. Mais Tera’h s’arrête à la frontière et fonde là-bas la fédération sioniste de ce temps-là. Il en est le président. C’est impressionnant de voir à quel point cette typologie est éclairante : c’est le même effort mais qui n’arrive pas au même aboutissement. Haran ne peut pas. Tera’h peut, mais pas suffisamment. Loth accompagne Abraham, mais dans le pays de Canaan il va se perdre et arriver au pays de Sodome et Gomorrhe. Vous voyez les différents niveaux. Il y en a un de la famille Na’hor qui reste là-bas. 

Et c’est chez lui qu’on va aller chercher femme pour les enfants des patriarches. Les marieurs savent maintenant à quoi sert la diaspora !

Je reviens donc à ce schéma qui me semble extrêmement important, simplement en réénumérant les différentes effectuations de cette sortie d’Our-Kasdim :

=> Haran ne peut pas.

=>Tera’h sort d’Our-Kasdim mais reste à la frontière.

=> Loth accompagne Abraham mais n’arrive pas à se débarrasser de son identité araméenne. Elle devient moabite et ammonite.

=> Na’hor lui reste à Our-Kasdim, et c’est chez Na’hor qu’on va trouver Rivqah pour Yits’haq, Rachel et Léa, Zilpa et Bilha pour Jacob.

C’est donc une mise en réserve d’une partie de cette identité de la famille d’Abraham, et nous verrons plus tard pourquoi nous avons besoin de cette identité mise en réserve pour que les engendrements, les Toladot, puissent continuer jusqu’à ce qu’on arrive à l’identité d’Israël. Entretemps interdiction absolue pour les enfants des patriarches – on l’apprendra surtout avec Isaac – de revenir d’où Abraham est parti - la Yéridah est dangereuse – et de ne pas prendre femme dans le pays de Canaan. Ce serait le mélange absolu. Mais lorsque Jacob devient Israël, l’identité Israël est engendrée alors le problème des mariages exogamiques devient un tout autre problème.

Pendant le temps d’Abraham c’est l’interdiction absolue. Donc on avait besoin d’une matrice de la famille d’Abraham qui était là-bas. Après tout, si Na’hor avait accompagné Abraham notre histoire aurait été peut-être plus facile, plus heureuse. La matrice d’où est venue Rivqah, Léa et Rachel aurait été déjà là de façon beaucoup plus épurée sans doute. Mais on ne refait pas l’histoire à l’envers, on n’invente pas les Midrashim, ce que je viens de faire et je vous répète chaque fois que c’est interdit, mais vous voyez à peu près dans quelle perspective cela va. Après tout il n’y a pas de fatalité que Na’hor reste là-bas ! Rappelez-vous la Hagadah de Pessa’h lorsque l’on fait allusion à Téra’h d’après un verset, on l’appelle toujours Téra’h Avi Avraham Avi Na’hor. Il n’est pas simplement le père d’Abraham, il est aussi le père de Na’hor. C’est-à-dire le père du père des mères d’Israël. Tera’h est le père des pères d’Israël par Abraham et le père des mères d’Israël par Na’hor.

Mais il n’y a aucune nécessité que Na’hor reste là-bas. Je renferme la parenthèse.

La séparation de Loth et Abraham :

On va s’occuper dans la première partie du cours des raisons de la séparation entre Loth et Abraham. Avant d’y arriver, un principe de méthode de lecture que je répète souvent. Puisqu’on connait la suite, et qu’il y a une telle cohérence lorsque commence à se dévoiler cette cohérence du récit, on a l’impression que la suite c’est fatalement qu’elle arrive comme cela. Et plus le texte est cohérent et plus il semble que ce qu’il raconte est fatal. Il faut donc faire effort pour pouvoir suivre le dévoilement du texte, la révélation du texte. C’est difficile car on en peut pas oublier ce qu’on sait, on a lu la suite.  Il faut faire effort de virginité de lecture pour ne lire que ce qu’on est en train de lire. On ne sait pas ce qu’il y a après. Si on s’en sert ce sera pour des échafaudages de consolidation. Mais on ne sait que ce qui est dit maintenant. Ce qui est dit après arrive après. Entre ce maintenant et après il y a toute la liberté possible. Même si cela se passe autrement, même si au fur et à mesure que les événements se développent, il y a le conditionnement de cause à effet qui fait que cette part de liberté s’amoindrit. Mais elle existe et elle est toujours là. Jusqu’au bout cela pouvait être autrement !

Je prends l’exemple précédent : nous savons qu’il y a cette cohérence là qu’Abraham sort et que Nahor reste en réserve. Ce n’est pas fatal, cela aurait pu être autrement. Et certainement, si cette histoire avait commencé avec Abraham et Na’hor sortis complètement d’Our-Kasdim et entrant dans le pays, elle aurait eu une autre allure d’une autre aisance.

On aura toujours une tendance mystique ou « apikorsique » disant : « si cela s’est passé comme ça c’est que c’est ainsi que cela devait se passer… » Mais personne ne peut le savoir, puisque cela ne s’est passé que comme ça !

Je crois qu’il faut se déprendre de cette tentation qui est dans le fond d’une religiosité authentique d’une sorte de fatalité de la vérité. La vie en tout cas est au pluriel. Quand on dit Divrei Elokim ‘Hayim le mot ‘Hayim est au pluriel parce que la vie est au pluriel et qu’il n’y a pas de fatalité univoque.

Nous avons une très belle Guémara là-dessus sur les troupeaux: Pourquoi le terme les troupeaux est au pluriel ?  Adarim adarim (Sanhédrin 97). Chaque troupeau ayant son berger. Mais il y a un seul berger. Un vrai berger c’est un berger. Tous les bergers c’est un berger, il y a un seul berger, mais c’est des bergers… C’est dans Sanhédrin 97 : « Au temps du Mashia’h la vérité éclatera en morceaux ». Et on nous cite un verset avec des troupeaux.

Haémet neederet la vérité manquera, sera cachée (néadar). Et c’est la même racine que Adarim Adarim les troupeaux. Mais alors faites bien attention : ce n’est pas n’importe quoi qui est un troupeau. Il  n’y a qu’un troupeau qui soit un troupeau. Par exemple nous avons 27 troupeaux à la Knesset. Cela veut dire que 27 c’est

 

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 17:38

Abraham L'hébreu 88 – 2ème Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/abraham_l_hebreu_serie_1992/cours_1

Durée : 24,0 minutes
Face B

W00298-02

 

Deuxième génération : Isaac.

 

Dans la première série ceux qui sont les adversaires, l’ennemi se nomme Abimelekh. Abimelekh est le nom des dynasties de rois de la Philistée du temps. Il s’agit du territoire de Gaza. Les Romains ont pris ce nom de Philistée pour en faire le nom de Palestine des usurpateurs contemporains, et puis il veut couper Isaac de sa terre. C’est un nom de dynastie : Il y a déjà un Abimelekh au temps d’Abraham qui déjà propose une alliance à Abraham dans les termes suivants :

« וַיֹּאמֶר אֲבִימֶלֶךְ, הִנֵּה אַרְצִי לְפָנֶיךָ   Hineh Artsi lefanekha - Voici ma terre devant toi» dit Abimelekh à cet Abraham dont Dieu dit et redit : c’est ta terre ! Abimelekh dit : ma terre. Installe-toi dans le ghetto que tu voudras...

 

Et Abraham dans sa générosité du Tsadik de la Midat Ha’hessed débordant de charité signe une alliance avec Avimelekh, juste avant le sacrifice d’Isaac. Comme pour dire « cet enfant pour qui je t’ai promis cette terre, rend-le Moi puisque tu ne veux pas de cette terre, et puisque tu as entendu dire d’Abimelekh le Philistin « ma terre » et que tu signes... !

Vous voyez que le récit biblique est impitoyable et qu’on ne peut pas ne pas le lire. Je pense souvent à cette question qui nous, les rabbins sionistes, nous préoccupe beaucoup : comment se fait-il qu’il y ait tellement de gens qui étudient la Bible et qui ne voient pas ce qu’il y a d’écrit ?

Cela ressemble au verset : « ils ont des yeux… ».

 

Voilà Avimelekh, dans la lignée de Nimrod. Nimrod veut détruire le peuple dans sa racine, Avimelekh veut le couper de sa terre.

 

Dans l’autre série c’est Ishmaël. L’identité approximative qui s’instaure en rivalité et qui réclame l’héritage d’Abraham l’hébreu. C’est tellement facile à diagnostiquer car nous vivons cette histoire.  

 

Troisième génération : Jacob.

 

Jacob est aux prises avec l’homme de la lignée la plus proche d’Israël. Celle qui vient du frère d’Abraham mais qui lui a refusé de redevenir hébreu. Il veut rester araméen, il veut rester galoutique comme on dit aujourd’hui. L’hébreu en Galout de Babel était Aram. Et voilà qu’une branche de cette famille redevient hébreu, c’est Abraham ; et son frère Na’hor veut rester araméen.

Il fait souche, c’est Bethouel et Lavan. Lavan fils de Bétouel fils de Na’hor. Et le texte le nomme avec une accumulation d’adjectifs : Lavan arami.

 

Et vous savez ce que dit la Hagadah de Pessa’h :

VéLavan Bikesh Laakor Et Hakol…

Et Lavan a cherché à écraser tout…

 

Pire que le Pharaon qui voulait tuer les mâles pour s’approprier les matrices et pour engendrer les valeurs hébraïques pour l’Egypte, mais Lavan lui voulait tuer tout. Qui est donc ce Laban ? Il nous faut le diagnostiquer. C’est du sein même de la famille d’Abraham qu’un rival voulant annuler l’émergence de l’identité d’Israël apparait. Je les caractériserais très formellement : ce sont ces Juifs anti-Juifs et anti-Israël qui au nom de l’ancestralité galoutique s’opposent au projet d’Abraham.

 

De l’autre côté dans l’autre tableau c’est Esaü le frère de Jacob et qui prétend être Israël. Je vous l’ai diagnostiqué comme étant la chrétienté, le précédent c’était l’islam. Il y a cet étonnement énorme que ce récit simple où la sélection de l’identité d’Abraham à Jacob qui mènera à Israël suscite…

 

.../...

 

sur mesure biblique.

 

Encore une fois c’est tellement énorme que cela manque d’humour de leur part. Et voilà qu’un 7ème personnage apparait à des époques caractéristiques et qui est Amaleq.

 

Amaleq est un personnage que se définit de deux manières : d’abord il apparait toujours dans les périodes de fin d’exil lorsque sortant de son exil l’identité d’Abraham redevient hébraïque, alors Amaleq survient. Et deuxièmement il récapitule les deux prétentions : détruire et remplacer.

 

Effectivement, on voit Amaleq apparaître à la sortie d’Egypte : « Vayabo Amaleq… » dans Parashat Beshala’h du livre de Shémot. Dès que Israël sort d’Egypte, le peuple redevient hébreu sort de son exil et va retrouver sa terre Amaleq se jette sur lui.

 

A la fin du 2ème exil, le livre d’Esther tout entier c’est le récit du conflit entre les Amalécites et les Judéens. Et le livre d’Esther ne parle que de cela. Cela veut dire que dès que l’identité judéenne du premier exil du royaume de Juda décide de décrocher du 2èmeempire qui était la civilisation perse après la civilisation babylonienne – l’Egypte étant une annexe de la civilisation de Babel – surgit Amaleq. Et grâce aux miracles de la reine Esther il ne s’est pas produit cette catastrophe qui aurait pu se produire si Amaleq avait fini par persuader Assuérus.

 

Et de notre temps, l’état d’Israël contemporain est bien évidemment apparu à la fin catastrophique d’un temps d’exil, et a surgi en ce temps-là un Amaleq contemporain, et qui a pour définition d’identité un programme bien précis et il ne s’en cache pas de le dire : détruire et remplacer. Hitler l’avait écrit dans Meïn Kampf et lisez aujourd’hui la charte palestinienne. C’est ce qu’il y a d’écrit en clair. Les Juifs sont tellement juifs qu’ils ne veulent pas entendre ce dont on les menace. Je me souviens du temps de Hitler qui a écrit Meïn Kampf avec un cynisme inouï y disant ce qu’il voulait faire et on la laisser faire. Heureusement qu’on ne l’a pas laissé aller jusqu’au bout. Vous êtes contemporains de la charte palestinienne qui écrit en clair cela.

 

C’est bien cette histoire que nous vivons. D’un côté les rivaux qui veulent détruire, de l’autre les approximations d’identité qui veulent remplacer, et ce personnage fatidique, le 7ème qui récapitule tout, et qui apparait en fin d’exil. Dès qu’Israël sort d’exil, Amaleq surgit. C’est à cela que nous sommes occupés dans les péripéties de l’histoire contemporaine : le peuple juif et Israël d’un côté et le reste du monde de l’autre. Exactement comme l’avait raconté la Bible à partir de l’histoire d’Abraham.

 

L’amour fraternelle :

 

Je voudrais terminer cette analyse par le 2èmevolet de l’équation de fraternité. Ainsi l’être hébreu apparait et comme le raconte l’histoire son problème c’est l’amour des frères.    

 

Petite parenthèse sur un principe de l’enseignement talmudique : l’homme désigne comme idéal la vertu qui lui manque. C’est un peu le contraire de ce qu’on pourrait croire en culture occidentale. Dis-moi en quoi tu crois et je te dirais qui tu es. En fait le Talmud nous dirait :  Dis-moi en quoi tu crois et je te dirais celui que tu n’es pas encore, parce que si tu y crois c’est que tu ne l’es pas déjà.

 

On désigne comme idéal la vertu qui nous manque. Ainsi le Romain désigne comme idéal la charité, mais les Romains si vous connaissez l’histoire de Rome c’est Ish Damim. Ce sont eux qui ont porté l’art de la guerre jusqu’où il est arrivé. Ce sont des martiens. Qu’ont-ils comme religion ? La charité ! De la même manière chez Ishmaël : lorsqu’Ishmaël a voulu retrouver le Dieu d’Abraham, il a cherché comme idéal la vertu de rigueur qui lui manquait : il avait reçu la charité par héritage de l’identité d’Abraham. L’hospitalité d’Ishmaël est connue : elle procède du ‘Hessed. Mais il manquait le Din. Lorsque l’islam s’est fondée elle a appelé la religion d’un mot hébreu Din. En arabe El Din.

 

Qu’en est-il pour Israël de ce principe ? L’idéal d’Israël c’est l’unité et nous désignons par là la vertu qui nous manque. Depuis le temps d’Abraham nous sommes à la recherche d’un principe d’unité. Voyez que je désigne quelque chose qui est tabou en société juive. Nous sommes la religion de l’unité et nous savons qu’il n’y a pas une société au monde aussi divisée que la société juive ! Dès qu’il y a trois juifs, il y a 4 parties et 25 présidents. Les Juifs savent cela mais n’osent pas se l’avouer.

Consolation : Si effectivement on  nous a désigné l’unité comme idéal c’est qu’on savait qu’en fin de compte nous serons les seuls à pouvoir le réaliser. Seule une conscience qui perçoit ce qui lui manque y est sensible, mais encore en tension d’idéal.

 

Cette équation de fraternité, le patriarche va la rechercher encore beaucoup plus profondément que la relation entre le frère et le frère qui est le point de départ. Mais c’est quelque chose de beaucoup plus profond qui se cherche dans l’histoire des patriarches, et c’est ceci : Au niveau du premier homme il y a un progrès énorme par rapport à l’animalité. L’animalité est désignée en termes de sexes : mâle et femelle - Zakhar ouNouqvah. Alors que dès que l’homme apparait la Torah parle d’époux et d’épouse. Il y a un niveau de reconnaissance d’autrui à l’intérieur de l’identité humaine, lorsqu’elle fait couple, qui est l’homme un qui se cherche dans notre histoire et notre récit. La première chose qu’Abraham a à faire quand il recommence l’histoire de l’homme, c’est résoudre ce problème que ce n’est pas suffisant.

 

Et voilà que la Torah nous raconte qu’il avait 100 ans et qu’elle avait 90 ans et qu’ils voyagent en Egypte la civilisation du temps. Arrivés à la frontière de l’Egypte au poste de douane la Torah nous dit qu’il s’aperçoit qu’elle est belle ! Comment ? Il aurait mis 100 ans pour s’en apercevoir et elle a 90 ans ? On voit que le récit porte ailleurs ! Cela veut dire qu’il s’est aperçu qu’elle avait cette beauté de celle dont on peut dire alors qu’elle est femme qu’elle est sœur. Et c’est cela qu’il avait à déclarer dans la civilisation du temps. Je vais essayer d’imager cela :

 

Arrivant à la douane en Egypte on Lui demande s’il a quelque chose à déclarer ? Il dit : « oui ma femme c’est ma sœur ! » Et ils n’ont rien compris du tout : « Si elle est ta sœur alors on peut te la prendre pour le Pharaon puisqu’elle est belle... » Voyez ce qui se passe en réalité : cela a été ce voyage vulnérable d’Israël dans l’histoire de l’humanité : il avait des messages à porter. Des messages qui lorsqu’ils en sont pas compris risquent d’être suicidaires.

 

Je me base là sur un enseignement du ‘Hafets ‘Hayim qui pose la question suivante dans ses Drashot: les sacrifices ne sont permis par la Torah que dans le temple. Comment se fait-il que le sacrifice de la fondation de notre histoire soit faite non seulement en dehors du temple mais dans la terre de la plus grande impureté en Egypte ? C’était le Pessa’h de Mitsraïm, le sacrifice pascal de la sortie d’Egypte s’est fait en Egypte. Il donne un enseignement très important. Il dit en fait il y a deux sainteté. Nous sommes habitués à la sainteté dévoilée. Mais il y a une sainteté profonde qui est cachée dans le profane. La sainteté cachée dans l’impur est une sainteté presque plus importante, parce qu’il faut la dévoiler, la sainteté est dévoilée parce qu’il faut la délivrer. Il y a la sainteté dans la maison, dans le temple. Il y a la sainteté de l’en-dehors qu’il faut faire émerger. C’est un thème extrêmement important qui pourrait faire l’objet d’une étude pour elle-même.

Et il nous donne l’enseignement suivant s’appuyant sur des versets : Il y a aussi deux sagesses. La sagesse dévoilée et la sagesse cachée. Alors de la même manière il dit qu’il y a deux amours: l’amour permis dehors et interdit dedans : c’est l’amour du frère et de la sœur. Il y a l’amour permis dedans et interdit dehors, c’est l’amour de l’époux et de l’épouse. Il y a deux comportements de l’amour. Et le premier homme était déjà arrivé au premier : époux-épouse. Le patriarche reprend ce problème là où le premier homme l’avait laissé et construit la 2ème dimension de la relation d’autrui à autrui dans le comportement d’amour. Vous avez du remarqué d’ailleurs qu’un couple réussi c’est lorsque on a réussi à être mari et femme, et frère et sœur. Si on n’est que mari et femme cela risque de basculer dans les scènes de ménages. Mais si on est mari-femme et frère-sœur, tout va bien et on finit d’ailleurs par se ressembler.

 

Vous voyez de quoi s’occupent les récits bibliques alors que trop souvent on en parle comme s’il s’agissait d’anecdotes. Il s’agit de notre histoire et à un niveau considérable.

 

Je terminerais par cette image concernant le peuple juif : c’est la relation entre le Juif et la Torah. La Torah en tant que sagesse a également deux aspect : l’aspect dévoilé c’est l’aspect sœur qui vaut pour l’universel, et l’aspect caché, l’aspect secret, c’est l’aspect épouse.

Et alors voilà que le peuple juif se balade dans l’histoire en disant de la Torah : voyez comme ma femme est belle, c’est ma sœur !

 

Je parle en clair :

La dimension du Niglé, de la Torah dévoilée, est à la disposition de l’universel humain. La dimension du Nistar, la Torah cachée, c’est l’épouse dans la maison, et cela ne concerne personne d’autre. Mais c’est la même Torah.

 

Alors on lui demande : c’est ta femme ou c’est ta sœur ? Il répond la vérité : c’est ma femme et c’est ma sœur. Si c’est ta sœur on va te tuer pour la prendre ! C’est exactement l’histoire d’Abraham.

 

Voyez comment Israël a vécu cette histoire. Nous vivons en tant que société en tant que peuple, l’histoire des Patriarches. Et pour savoir nous situer il faut étudier la Torah. Pas comme des anecdotes mais au niveau où elle enseigne et pour cela notre doigt de lecture c’est bien sûr le Midrash et le Talmud pris au sérieux, et pas seulement comme des lectures pieuses du samedi après-midi pour faire de la morale de vieillard à des intelligences d’enfants.

 

***

 

Q: Question sur l’amour d’Abraham pour Ishmaël et la promesse qu’il sera un grand peuple comme Israël ?

R:  J’ai tenté de vous faire découvrir qu’il y a une cohérence dans l’histoire que nous vivons telle qu’elle est éclairée par la Torah et donc c’est plein de problèmes. Je vous répondrais brièvement par manque de temps mais toutes les questions sont importantes et nécessitent de grands développements, en vous renvoyant aux références que je vous ai donné pour que vous les étudiez. Je vous remercie de votre question mais rassurez- vous il y a une réponse. C’est que nous sommes au point de départ de l’histoire d’Israël et Abraham a fondé la première vertu qui sera la conscience d’Israël. La conscience d’Israël pour se constituer se constitue à travers trois vertus différentes : d’abord la vertu de charité, ensuite la vertu de justice et après la vertu de l’unité des valeurs qui est la vertu de vérité morale. Abraham est tout entier charité et ce n’est pas encore Israël. Notre Torah c’est la Torah donnée à Jacob. Si on se conduit comme Abraham, et que cela, c’est la catastrophe. Par exemple Ishmaël. Relisez ce texte et vous verrez qu’Abraham protège Ishmaël par charité et puis c’est son fils. Et de la même manière la prière d’Abraham pour Sodome et Gomorrhe. Il prie pour les pires Reshayim de l’humanité. Dieu les déclare Reshayim et Abraham prie. Je voudrais avoir le temps de vous dire que c’est son devoir : lorsque la charité prie c’est pour les pires criminels qu’elle doit prier. Sarah avait favorisé la naissance d’Ishmaël par générosité car se croyant stérile et par fléchissement de sa conscience elle voulait que ce qui était Abraham puisse se perpétuer dans l’histoire des hommes fut-ce à travers une matrice égyptienne – cela donne Ishmaël. Alors puisqu’il existe déjà il existe. Et c’est Abraham qui plaide pour Ishmaël et Dieu entend la prière d’Abraham [17 :20] :

 

    וּלְיִשְׁמָעֵאל, שְׁמַעְתִּיךָ   

« En ce qui concerne Ishmaël Je t’ai entendu ».

 

Alors qu’Il ne lui parlait que d’Isaac fils de Sarah, [17:18] Abraham dit au Seigneur: "Puisse Ismaël, à tes yeux, mériter de vivre!" Bon et bien puisque tu dis Ishmaël... et cela nous a coûté cher ! Je vais vous dire une chose que je vous demandrais de comprendre très simplement : si Ishmaël était notre contemporain, il ferait partie de Shalom Akhshav. Cela vous explique l’erreur de Shalom Akhshav : se prendre pour Abraham et que ça ! Alors que nous sommes Israël.

Mais lisez ce que Sarah a dit [21:10]  :

 

וַתֹּאמֶר, לְאַבְרָהָם, גָּרֵשׁ הָאָמָה הַזֹּאת, וְאֶת-בְּנָהּ כִּי לֹא יִירַשׁ בֶּן-הָאָמָה הַזֹּאת, עִם-בְּנִי עִם-יִצְחָק

Vatomer léAbraham

Garesh haamah hazot ve-et Benah

Ki Lo Yirash Ben Haamah Hazot im Béni Im Yits’haq

Elle a dit à Abraham renvoie cette mère avec son enfant,

car il n’héritera pas le fils de cette mère avec mon fils avec Isaac.

 

Si j’avais le temps je vous indiquerais pourquoi ils sont différents Ishmaël et Its’haq.

Elle a vu que Ishmaël riait – metsa’heq au présent - alors il ne peut pas hériter avec celui qui rira au futur – Yits’haq. Ce thème-là me prendrait trop de temps, je vous l’indique, mais ne croyez par qu’il s’agit d’anecdotes. Ce sont deux religiosités radicalement différentes, mais toutes deux issues de la foi d’Abraham qui reconnait qu’il y a un Créateur, alors il y a rire. Mais rire au présent et rire au futur ce n’est pas la même chose.       

 

Abraham serait à Shalom Akhshav. Mais Sarah dans quel parti politique serait-elle ?

On est arrivé au stade où il faut dire les choses en clair, vous comprenez puisque vous avez posé la question. Les conflits actuels en Israël ce n’est pas un peuple qui se révolte pour avoir des droits. Il ne s’agit pas de cela. Ce sont deux peuples qui luttent pour la même terre. Et il se dévoile qu’il en est ainsi. Alors c’est où l’un où l’autre. Il faut en prendre acte, surtout lorsqu’on entend ce que les autres disent. Cela prendra les péripéties que cela prendra, et nous ne sommes pas les Européens en Amérique ou en Afrique, ou les Américains ailleurs. Nous sommes Israël nous avons une Loi et il faut la vivre, c’est pour cela que nous supportons ce que nous supportons. Il faut avoir les yeux ouverts. Et alors Dieu intervient : écoute la voix de Sarah [21:12], cela veut dire que Dieu a pris parti. Si vous posez la question du dedans du texte lisez la réponse qu’il y a dans le texte. 

 

…/…

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 17:35

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/abraham_l_hebreu_serie_1992/cours_1

Durée : 46,1 minutes
Face A

W00298-01

Je vais aborder dans un premier point un rappel très succinct de ce que nous avions vu l’année dernière au sujet de l’identité de Abraham l’hébreu qui est à l’origine de l’histoire d’Israël. Nous avions vu que contrairement à un cliché très répandu chez les historiens, et parfois chez les historiens connu comme compétents, Abraham est un hébreu qui se trouvait dans la civilisation de la région de Mésopotamie de son temps, et dans la ville connue sous le nom de Our-Kasdim.

Si vous consultez des cartes anciennes pour les confronter aux cartes actuelles, vous aurez la surprise de découvrir que Our-Kasdim se trouve dans la région de la frontière entre l’Irak et le Koweït. A côté d’une ville à laquelle les textes prophétiques font allusion, sous le nom de Basra ou Bosra en hébreu et qui s’appelle Bassora dans la géopolitique contemporaine. Comme pour nous dire que nous sommes en un temps où certaines boucles tendent à se reboucler, et là où cela a commencé, il se passera ce qu’il se passera...

Notre histoire a commencé avec un homme que la Bible nomme Abraham l’hébreu et cette identité hébraïque nous avons essayé l’année dernière de la situer à la fois historiquement et géographiquement. Et en relation avec le pays d’Israël qui à l’époque se nommait le pays de Canaan parce qu’il avait été envahi par les Cananéens – différents peuples regroupés sous l’identité Canaan dans le texte de la Bible – mais que la Bible nomme le pays des Hébreux.

Ceci pour indiquer que dans la contestation pratiquement universelle contemporaine sur la question du lien entre le peuple d’Israël et la terre d’Israël, il est nécessaire en tout cas que les Juifs, qui sont des héritiers des Hébreux, retrouvent cette mémoire de leur origine et ait la conscience de leur légitimité absolue en tant que un peuple relié à sa terre.

Je n’entre pas dans les détails mais vous percevez les implications de tout ordre qu’il y a autour  de ce problème. Nous avons expérience de doutes, de perplexités, de Juifs qui parfois devrait être au courant de leur propre source parce que c’est la Bible notre carte d’identité, et qui malgré cela ayant été imprégnés de ces clichés «d’ antisémitismes » subtils, venant parfois d’autorités universitaires, craignent de porter atteinte à la légitimité d’un autre peuple qui est en rivalité et en contestation et en interpellation avec Israël. C’est une histoire qui ne commence pas de notre temps, c’est une histoire qui nous est racontée par la Bible déjà au temps du commencement il y a près de 4000 ans au temps de Abraham l’hébreu. C’était si je me souviens bien l’essentiel de l’analyse de la dernière fois.

 Je voudrais aborder la suite de cette analyse : je vous indique d’ailleurs que ce sujet comporte une étude qui pourrait durer très longtemps, c’est-à-dire que ce n’est pas en une fois que nous pouvons épuiser les dimensions et la problématique de cette manière d’être homme que la Bible nomme Israël et qui prend sa source dans l’identité hébraïque.

Petite parenthèse en passant : Nous, Juifs, nous nous sommes connus comme juifs dans la diaspora – les Juifs cela veut dire les judéens –  et nous étions d’origine hébraïque  mais avec le long temps de la diaspora nous avons fini par perdre de vue l’identité essentielle de l’hébreu qu’il y a en nous, Juifs. Pour formuler cela de façon schématique : les Juifs sont d’origine hébraïque. Ils ont risqué d’oublier leur origine, il y a eu le risque d’une identité seconde, une identité de diaspora se connaissant comme sui generis et découvrant avec étonnement, dans la contemporanéité que nous vivons, qu’une partie du peuple juif redevenue hébreu leur pose un problème d’identité, c’est-à-dire l’Israël des israéliens. Les israéliens sont des Juifs redevenus hébreux, et sont des Hébreux d’origine juive. Ce n’est pas du tout une boutade, il y a là deux problèmes qui ne sont pas forcément exactement les mêmes : les Juifs dans leur quête d’identité doivent retrouver leur origine hébraïque, et les israéliens en tant qu’ils assument leur identité, ne doivent pas oublier leurs origines juives.

Je voudrais dire très brièvement que l’humanité entière a été traversée par cette identité hébraïque. Je le dirais schématiquement de la manière suivante : en Occident il y a un monde culturel, spirituel, religieux, considérable qui est la chrétienté qui à travers 2000 ans a touché un nombre incommensurable de consciences, lesquelles dans leur équation personnelle propre, disons dans leur bonne foi propre, se sont pris pour Israël, se réclament des patriarches et des prophètes hébreux, d’une certaine manière de la terre des Hébreux qu’ils considèrent comme leur terre sainte.

Et finalement vous savez à quel point le monde de la chrétienté quelque soit les remises au point par rapport aux Juifs et au judaïsme que la Shoah leur impose que l’état d’Israël leur impose, est encore en rivalité d’identité avec l’Israël des Juifs. Et avec un problème qui est encore en suspend par ce qu’ils découvrent dans un traumatisme considérable, 2000 après, que peut-être ce sont les Juifs qui sont Israël et alors qui sont-ils ? Cela c’est d’un côté du monde.

De l’autre côté du monde c’est la rivalité de l’islam. Et là encore, tout un pan de l’humanité considérablement ample du point de vue du nombre et de sa quantité, et de son poids politique actuel, et de la menace qu’il représente, non seulement pour Israël, et qui eux aussi à leur manière se réclament des patriarches et des prophètes et des rois d’Israël et de la terre d’Israël qu’il considèrent non seulement comme une terre sainte mais comme un terre arabe. 

Et par conséquent, nous, petit peuple juif, sommes peut-être les moins bien placés en tant qu’héritiers des Hébreux – peut-être par réaction de modestie d’ailleurs - pour percevoir l’impact considérable que l’identité hébraïque a eu dans l’histoire de l’humanité, au point où nous nous trouvons 4000 après en but aux interpellations que la Bible raconte lorsqu’elle raconte l’histoire de la famille d’Abraham, à partir du moment où Abraham décide de décrocher de la civilisation mésopotamienne et de rentrer au pays des Hébreux.

Ce sont des choses très analogues que les générations actuelles du peuple juif par rapport à Israël vivent. Cela nous est raconté dans la Bible à l’échelle de l’histoire des patriarches. Nous sommes ce peuple privilégié qui peut lire son histoire dans les journaux et qui lit les journaux en lisant la Bible.     

Pour revenir à notre sujet : il est nécessaire de comprendre quelle est la clef de cet impact de l’identité hébraïque dans l’histoire de l’humanité. Au point que le monde entier, quelque soit ses problèmes, réclame Jérusalem comme étant sa capitale, à la condition qu’elle ne soit pas celle des Juifs. C’est tellement énorme qu’ on a l’impression que l’humanité contemporaine n’a même pas le sens d’humour minimum qu’il faudrait pour remettre les choses à leurs proportions. Un tout petit peuple et des problèmes aussi énormes autour.

Vous percevez les dimensions et l’envergure du problème posé à l’histoire des hommes dès qu’Abraham sortant d’Our-Kasdim se dirige vers les montagnes de Moriah. « Lekh lekha » c’est dit en sortant d’Our-Kasdim, mais c’est dit pour la montagne de Moriah, et l’histoire d’Israël va commencer en ce temps.

Le Midrash s’interroge sur la raison pour laquelle le texte de la Bible tient à dénommer Abraham « Abraham l’hébreu » alors que nous connaissons déjà les généalogies qui ont engendré Abraham, et que nous savons qu’Abraham est descendant de Shem – un des trois fils de Noa’h qui a été le  fondateur de la civilisation des Sémites -  à travers un des patriarches de l’antiquité qui se nomme Ever. Le mot « hébreu » en hébreu – Ivri - signifie descendant de Ever.

Par conséquent, puisque nous savons déjà cela par les textes précédents en fin de Parashat Noa’h, nous savons que Abram fils de Tera’h est descendant de Ever. Pourquoi le texte de la Torah en nous racontant un épisode de la vie d’Abraham lorsqu’il doit intervenir dans une guerre qui oppose 4 rois à 5 rois pour délivrer son neveu Loth fait prisonnier, nous dit (Genèse chapitre 14:13) :

    וַיָּבֹא, הַפָּלִיט, וַיַּגֵּד, לְאַבְרָם הָעִבְרִי   

Les fuyards vinrent en apporter la nouvelle à Abram l'Hébreu.

 

On est venu annoncer à « Abraham l’hébreu » que Loth était fait prisonnier. Le Midrash s’interroge parce qu’au niveau du Pshat, c’est-à-dire du sens direct, nous savons que cela veut dire un hébreu, un descendant de Ever – Eber. Alors le Midrash donne un certain nombres d’harmoniques de sens et nous renvoie en particulier au verset qui va définir celui qui est Ever. Quelle est cette identité qui prend son nom de l’ancêtre Ever et pourquoi cette identité a-t-elle une telle importance dans l’histoire des hommes ?

Voilà la première question que je voudrais aborder.

Everest le descendant de Shem de la génération immédiatement antérieure à la grande diaspora des nations qui est le résultat de ce qui nous est raconté dans l’épisode de la tour de Babel. Nous apprenons du récit de la Bible que avant l’époque  de la tour de Babel que nous appelons dans la tradition Dor Hapélagah « la génération de la dispersion » – j’en profiterais pour vous parler ultérieurement, et je vous l’indique pour ne pas l’oublier, qu’il faut réfléchir sur la notion de diaspora, cliché des sociologues plus que des historiens : et alors que la conscience juive est  habituée à l’idée que le fait de diaspora s’attache à l’identité juive et qu’un juif se définit par le fait de dispersion et d’exil, le récit de la Torah nous dit exactement l’inverse : la diaspora c’est la diaspora des nations. A partir de l’unité de l’identité humaine, l’identité humaine éclate en différentes nations qu’on appelle les Goyim, mot qui étymologiquement signifie « les nations ». Avant le temps des nations, il y a eu le temps de l’humanité une. Et c’est à partir de Babel que l’universel humain a éclaté en nations. 

Or, précisément Ever c’est le descendant de la lignée de Shem avant la Pélagah, avant la grande dispersion. Ce qu’il faut retenir c’est que lorsque la Torah énumère les 70 nations qui sont le résultat de l’éclatement de cette unité de l’universel humain, il n’y a pas Israël. Il y a les descendants de Ever. Il n’y a pas encore Israël. Israël apparaitra plus tard à partir d’Abraham et après une sélection d’identité de cette recherche de l’identité hébraïque épurée après le temps de son propre exil au temps de Jacob, petit fils d’Abraham, qui prend le nom d’Israël. D’une certaine manière c’est en Jacob qu’Abraham devient Israël.  

Et lorsque plus tard, pour des raisons propres à la vocation d’identité de ce peuple d’Israël arrive le conditionnement des péripéties de la diaspora d’Israël à proprement parler, alors cette dispersion d’Israël est seconde et vient se greffer sur la dispersion humaine avec une finalité messianique que les prophètes d’Israël expliquent. Ce qui est encore un autre sujet.

Mais ce qu’il faut retenir c’est que le fait de la diaspora pour l’identité humaine c’est le propre des Goyim, ce n’est pas le propre d’Israël. L’identité de diaspora du peuple d’Israël est dérivée, elle est seconde et provisoire, même si elle dure dans le temps. C’est lorsque l’identité d’Israël vient se greffer sur la diaspora humaine en vue de la réunifier dans le retour au pays des Hébreux.   

Et là, comme vous le savez nous sommes en conflit avec d’autres courants religieux, en particulier la manière dont la chrétienté définit l’exil des Juifs comme une malédiction, une punition sans fin. Et l’islam de manière assez analogue mais différente d’ailleurs, comme une disqualification de la vocation d’Israël. Et puis aussi certains courants juifs, religieux ou non, qui s’instaurent dans cette identité provisoire qu’ils voudraient voir comme sui generis et définitive, tombant dans le piège que les rivalités chrétiennes ou islamiques leur ouvrent.

Voici ce que dit le verset de la Bible concernant Ever. Il s’agit du verset 25 du chapitre 10 de la Genèse :

וּלְעֵבֶר יֻלַּד, שְׁנֵי בָנִים

OulaÊver Youlad Shnei Banim

Et à Ever fut enfanté 2 fils,

שֵׁם הָאֶחָד פֶּלֶג

 Shem Haé’had Peleg

le nom du premier Peleg,

כִּי בְיָמָיו נִפְלְגָה הָאָרֶץ

 

Ki Biyamav Nifléga haarets.

Car en son temps la terre s’est dispersée.

 

Et suit dans le chapitre 11 la description de cette dispersion des 70 nations de base, et c’est là qu’apparait pour la première fois cette catégorie : cette dispersion s’est faite chez les familles humaines selon leur pays, selon leur nations (aux Goyim), selon leur langues.

Donc l’identité hébraïque n’est pas une parmi les identités humaines formellement analogues. C’est l’identité de l’homme avant la dispersion humaine, avant la Pélagah. C’est l’identité de l’homme un. C’est une identité qui garde en elle-même ce qu’est l’homme authentique tel que Dieu l’avait créé. Lorsque par exemple la Guémara (Yevamot 61) dira en s’adressant à Israël : « Atem krouyim Adam vé eïn oumot haolam kerouyim Adam », il y a une allusion à ce que nous dit ce verset. Ever n’est pas n’importe qui, le verset le dit très clairement, il est le père de Péleg, et c’est avec Péleg que la Pélagah, la diaspora, la dispersion de l’identité humaine a commencé.

Et donc, il devient compréhensible que lorsque les nations du monde - qui chacune d’entre elles ont recueilli un aspect partiel du génie humain - génial à leur manière mais de manière partielle – rencontrent l’identité hébraïque alors elles rencontrent l’espérance de l’homme un, l’espérance de l’universel.

A chaque étape de la civilisation humaine cette espérance se formule dans des indices d’espoirs messianiques différents, mais il est bien évident que dans la rencontre de l’hébreu alors il y a la rencontre de l’espérance messianique fondamentale : reconstituer l’universel humain, l’unité humaine tel qu’elle se trouvait avant que ne commence le temps des empires. Les empires, c’est-à-dire chaque nation éclatée à tour de rôle qui tente de prendre en charge ce rêve de la reconstitution de l’universel humain, mais qui échoue comme par fatalité parce que le véhicule existentiel n’est pas adapté à l’idéal. Alors que l’idéal est authentique, l’homme universel, l’homme un, le véhicule sociologique, est trop partiel pour réussir. Ce qui fait que toute l’histoire de ces rêves de l’universel chez les Goyim, chez les nations, ont toujours échoué dans des impérialismes. C’est-à-dire une manière d’être homme en particulier qui tend à s’imposer aux autres. Alors que le rêve, le but, l’objectif, était idéalement authentique : refaire l’universel humain.

Je vous donnerais un exemple parmi d’autres - mais il n’y a pas d’exception - auquel nous sommes familiers : la révolution française.

Le rêve de l’universel des fondateurs idéologiques de la révolution française est authentique. Lorsqu’on lit les textes - surtout les philosophes qui ont précédé cela, surtout chez les Encyclopédistes, - de l’idéal de la révolution française, on rencontre un idéal authentique de l’universel humain. Quelques années après la première république c’est l’empire français. Et ce n’est pas qu’une ironie de l’histoire c’est une fatalité. Après la constituante, c’est l’empereur. Avec le symbolisme exactement calqué sur les empires de l’antiquité. Il n’y a aucune exception.

Nous vivons un temps exceptionnel avec l’effondrement de l’empire soviétique. Lorsque la révolution d’octobre a repris à la russe le rêve de l’universel humain, elle a voulu fonder l’universel humain et a fondé un empire qui s’est finalement écroulé sous nos yeux de notre temps.

Il y a donc dans l’identité Ever quelque chose de particulier. Dès l’origine, dans le principe c’est une identité à part des autres identité humaines. Voilà l’indication très directe de ce verset cité au chapitre 10 verset 25 de la Genèse.

C’est un verset particulier parce qu’il s’agit d’une généalogie à partir  de Shem où la Torah se borne à énumérer les noms des hommes à chaque génération. Elle ne donne une explication du nom qu’à propos de Ever ! Pour dire qu’il est le dernier à être l’homme un. Après lui Péleg ! Nous avons en hébreu moderne le nom de Miflagah qui veut dire un parti : cela éclate en différentes dimensions qui gardent la nostalgie du tout de l’un mais qui ne peuvent réaliser que le caractère partielle de ce qu’elles sont au niveau de l’histoire des sociétés.

Et voilà l’histoire dans laquelle nous sommes plongé depuis l’histoire de la tour de Babel, il y a un rêve messianique qui passe par les Hébreux, et il y a l’histoire des empires qui est l’histoire des nations, l’histoire des Goyim.

Tout se passe comme si nous sommes arrivés au temps historique du bilan de ces histoires avec le retour des Juifs sur la terre des Hébreux de notre temps, après le temps du 4ème empire selon la chronologie biblique qui est l’empire de Rome, et il ne faut pas oublier d’indiquer que la fondation de l’empire soviétique et la déclaration Balfour ont eu lieu la même année. Il ne faut pas trop réfléchir aux « coïncidences » qui donnent le vertige et donne des cauchemars. Il faut donc les laisser de côté, d’autant plus qu’elles sont plus que des coïncidences… Je reviens au sujet.

Nous avons là une identité qui est celle de Ever qui entrée dans un exil. Que faisaient les Hébreux en Mépotamie ? Mais au fond la question n’est pas plus mystérieuse que de se demander aujourd’hui ce que font les Hébreux en Australie ? ou à Trifouillis-les-Oies ?   

C’est un fait que l’identité hébraïque est entrée dans une phase récessive, elle est devenue araméenne au temps des Chaldéens, un peu de la même manière qu’elle est juive au temps des Romains, et puis Abraham prend l’initiative de mettre fin à cet exil échoué d’Our-Kasdim.

Le Midrash nous raconte que cela s’est terminé par une Shoah épouvantable à la manière même des Shoah que les Goyim nous impose par le feu, les bûchers de l’inquisition et de l’Allemagne nazie. Et le Midrash raconte qu’Our-Kasdim signifie la fournaise dans laquelle les Hébreux étaient jetés lorsque le temps de la sortie d’exil est arrivé. Une famille de rescapés : la famille d’Abraham.

L’être-frère :

Une des dimensions de cette identité hébraïque que je voudrais suivre avec vous ce soir c’est l’identité-frère. On remarque que dans le récit biblique après le meurtre de Abel par Caïn dès l’origine, le terme de « frère » disparait du récit.

Tout se passe comme si cette vision apparemment pessimiste mais très réaliste nous explique que le fait de société est fondamentalement une rivalité des personnes entre elles qu’il faut évacuer de telle sorte de fonder la cité. Et la cité est fondée sur le meurtre du frère par le frère.

Je prendrais l’analogie avec le mythe romain de la fondation de Rome. Là-bas aussi il s’agit de deux frères et l’un assassine l’autre et c’est sur le meurtre du frère par le frère que Rome est fondée et Rome s’en félicite. Le droit qui fonde la cité a pour mythe originel dans la tradition romaine le meurtre du frère par le frère.

Le récit biblique décrit ce problème de la rivalité des sujets dès que deux sujets sont en présence. Et c’est le problème insoluble du fait social à qui il faut imposer un ordre pour que la coexistence soit possible, mais là la Torah condamne le meurtrier. C’est la différence de mentalité.

Or, dans le récit de la naissance de ces deux frères qui fondent la société, Caïn c’est le fils attendu, mais Abel est nommé le frère. Et il a la charge du frère, la vocation du frère. Il deviendra berger, celui qui s’occupe d’autrui, et le berger c’est ce que le récit biblique cherche. Qui peut être berger de telle sorte que l’alliance soit contractée avec lui ? On cherche qui seront les bergers, car ils seront les prêtres. Le peuple des bergers c’est le peuple de Mamlekhet Kohanim VéGoy Qadosh – le peuple sacerdotal. En français nous sommes aidé par le terme de « pasteur ». Un berger c’est un pasteur.

Effectivement, nous voyons ces récits parallèles qui montrent que le souci de Dieu dans sa recherche providentielle de l’interlocuteur de l’alliance et de chercher les bergers. Il y a l’épreuve des bergers. Les patriarches sont tous bergers. Moïse est berger. Et Moïse comme Joseph est celui qui recherche ses frères. Chaque mot du texte est important. David plus tard remplace Saül parce que David est le berger. Dans les Evangiles on cherche les pêcheurs qui savent pêcher les âmes. Alors que dans la Torah on cherche les frères. Ce sont deux visions religieuses radicalement différentes.  

Effectivement, nous verrons que le mot de « frère » revient dans le récit avec Abraham, et non seulement le mot de frère mais le mot de « sœur » : c’est lorsque le patriarche, deux fois dans l’histoire d’Abraham et une fois dans l’histoire d’Isaac, dit de sa femme qu’elle est sa sœur.

Alors je voudrais très brièvement aborder ces deux points : quel est l’identité frère dans l’identité hébraïque ? Pourquoi tant de rivalités qui interpelle le frère ? Que signifie le fait que le patriarche dit de sa femme qu’elle est sa sœur ?

C’est comme je vous l’ai indiqué l’une des dimensions de cette identité hébraïque, il y en a d’autres, c’est une des lignes de lecture. Je voudrais commencer par une ligne de lecture de la recherche du frère qui aime le frère, à travers le récit du mariage des parents. Depuis l’origine de l’histoire de l’humanité en flash dans les récits bibliques.

Je me base sur un enseignement du Rav Lévi Na’hmani de Jérusalem et aussi sur une formulation de Madame Amado Lévi Valensi de Jérusalem. Je n’aurais pas le temps de dire ce qui revient à l’un ou à l’autre, ce qui vient directement des sources du Midrash ou du Shlah, c’est une analyse formelle mais je tenais à les citer parce que chacun d’entre eux, le Rav Na’hmani un grand kabbaliste de Jérusalem, et Madame Amado Lévi-Valensi, grand professeur de philosophie à Jérusalem, ont vu chacun à leur manière ce qui nous est indiqué par les textes prophétiques à ce sujet.

Si c’est nécessaire vous me le rappellerez, je vous lirais le début d’une Haftarah qui dit essentiellement cela. Je vous le dis rapidement vous me direz si c’est suffisamment clair. On prend l’histoire du premier homme. Quelques indications de base de ce qui nous frappe dans le récit de l’histoire du premier homme. Le 1er homme et la 1ère femme ne se parle pas. C’est étrange ! Sauf pour des consignes de cacheroute. C’est l’humour biblique. Et en plus, Rashi cite un Midrash qui dit que Adam Harishone était Makhmir, il avait rajouté à l’interdiction et le serpent en a profité... Ils ne se parlent pas. Et puis la Torah ne dit pas qu’ils s’aiment. Ils se sont certainement aimés mais la Torah ne le dit pas. Elle va le dire d’autres. C’est donc qu’ils se sont aimés mais pas à un niveau où la Torah le dit, et en parle. Et puis on ne voit pas que Adam ait travaillé dans le sens hébreu de Avodah – pour obtenir par une oeuvre, par un ouvrage, par un effort, par un mérite, sa femme. Alors que l’on verra plus tard que cela apparaitra. Et alors il en résulte que les enfants qui naissent ne s’aiment pas. Quel est le lien ? Mais c’est cela que la Torah va nous indiquer et on le verra dans les étapes suivantes. On cherche une identité humaine capable d’être frère et on va apprendre que cette identité humaine ne peut être qu’engendrée du dedans de l’amour. Et lequel ?  

Et l’humanité se développe jusqu’à cet échec épouvantable du déluge. Echec de la civilisation humaine et de la première tentative des hommes, dans cette catastrophe du déluge où l’humanité entière est effacée. Il faut garder cela en mémoire, le texte de la Bible est d’une lucidité impitoyable. Lorsque la relation de fraternité n’arrive pas à s’installer alors tout se passe comme si l’existence ayant perdu son sens, Dieu décide d’annuler. Ce n’est pas complètement détruit, puisqu’un rescapé, Noé, va sauver avec lui une sorte de résumé de ce qui existe, mais c’est effacé. La forme qu’avait pris l’identité humaine est inapte et elle est effacée. La matière - ’Homer - de l’identité humaine est préservée mais elle est remise en jeu dans l’histoire qui commence à Noé.

Comme je l’ai indiqué tout à l’heure il est frappant de voir que l’humanité semble être sanctionnée  parce qu’elle est incapable de la fraternité des frères. Et c’est ce qu’indique le texte en faisant disparaitre le mot de « A’h - frère » à partir du moment où Caïn a tué Abel. C’est étrange.

Apparait Abraham. Dans d’autres dimensions de cette identité humaine tout se passe comme si, avec Abraham, il y avait un recommencement de l’histoire. Et les sources sont nombreuses qui nomment Abraham le nouvel Adam. Adam Gadol Ba’Anakim . Il y a un renaissance de l’identité humaine, il est important d’entendre qu’elle est accompagnée de la ré-émergence du mot « frère-sœur ». Cela inonde le récit à partir d’Abraham.

Nous sommes donc dans tous les cas à un 2ème niveau et je voudrais formuler le progrès : Abraham et Sarah entrent mariés dans le texte. Tout se passe comme si la Torah a préféré maintenir dans la préhistoire non dite la manière dont Abraham a obtenu Sarah. Un peu comme Adam. Et puis la Torah ne nous dit pas que Abraham a aimé Sarah. Ils se sont certainement aimés, mais, encore une fois, la Torah n’a pas jugé bon de le dire. Et puis, il y a quand même une différence : l’époux et l’épouse se parlent, et ils se parlent pour se dire des choses importantes. Le mari dit à sa femme qu’elle est sa sœur, et la femme reconnait que son mari est son frère. Là, il y a un dialogue. Il y a un dialogue qui porte sur la fraternité. Ce sera donc le 2ème point de l’analyse de tout à l’heure mais retenez déjà cette indication. 

Le point de départ est très analogue à Adam et ‘Havah. Ce qui a eu pour résultat Caïn et Abel, des frères qui ne s’aiment pas. Mais là il y a un progrès : Abraham et Sarah se parlent. Et ils se parlent pour se dire l’essentiel. L’essentiel de la relation de fraternité entre l’époux et l’épouse. Le résultat est deux fils d’Abraham. Ils ne s’aiment pas, et nous portons ce problème encore jusqu’à présent : Ishmaël d’un côté et Isaac de l’autre. Mais l’un n’arrive pas à tuer l’autre. Ainsi à l’échelle individuelle, il y a des assassinats. Le Midrash est plein de cette plainte que Dieu se fait à lui-même, il y a des passages lucides dans le Talmud et un certain nombre de choses que Dieu a regretté d’avoir créé. Qu’est-ce que cela signifie que Dieu regrette ? L’une de ces choses s’appelle Ishmaël. Je n’y peux rien c’est écrit. Mais puisqu’il existe, il existe. En tout cas Ishmaël n’arrive pas à tuer Isaac jusqu’à présent. Il y a des assassinats à l’échelle individuelle. C’est faux de dire que tous les Arabes sont des assassins de Juifs. Mais c’est vrai de dire que dans le temps que nous vivons les assassins de Juifs sont des Arabes. C’est ce problème. Mais en fin de compte Ishmaël n’arrive pas à assassiner Isaac, mais ils ne se parlent pas. Tout le monde parle dans la Torah, même le Satan parle, Ishmaël ne dit pas un mot. Et vous remarquerez que maintenant encore il ne veut pas nous parler ! Cela arrivera un jour.

C’est un problème en soi. Mais vous voyez qu’il y a quand même un progrès : le point de départ des parents est assez ressemblant mais avec un changement radical : il y a dialogue entre Abraham et Sarah. Et puis il y a donc deux fils : ils ne se tuent pas mais ils ne parlent pas. Il y a progrès malgré tout, mais le problème n’est pas résolu.

On passe plus loin avec Isaac et Rébecca. Il y a quelque chose de nouveau qui apparait. Ils se parlent pour se dire, ma sœur, mon frère. Et c’est là que cela réussi. C’est le 3ème épisode que j’analyserais assez rapidement tout à l’heure. Mais le texte dit qu’Isaac a aimé Rébecca. Seulement le verset ajoute : Et il se consola de sa mère. Cela veut dire que ce n’est pas encore total. S’il y a des psychologues parmi vous ils comprendront de quoi il s’agit.

Mais il en résulte deux fils, Esaü et Jacob, qui se parlent au niveau de la rivalité pour savoir qui est le véritable hébreu, qui est le véritable Israël. Et dans la typologie traditionnelle talmudique et midrashique, la civilisation qui a réalisé le génie de l’identité d’Esaü-Essav, c’est la chrétienté. Il faut mettre en évidence le fait que de la même manière dans le récit biblique celui qui n’est pas Jacob mais qui prétend être Israël c’est Esaü, dans l’histoire celui qui n’est pas le peuple juif mais se prétend être Israël c’est bien l’Eglise et Rome. Et nous vivons cette problématique d’identité à travers l’histoire jusqu’à notre temps où elle est en train de se résoudre. C’est un autre sujet.

Là encore il y a un progrès : les frères se parlent mais ils se séparent – avec rendez-vous à la fin des temps. C’est un passage de Malakhi qui décrit qu’à la fin des temps d’exil Esaü sera jugé par Israël sur la montagne de Sion et on saura qui a été Esaü. Le procès Eishmann est un exemple de ce dont parle Malakhi. A Jérusalem on a jugé ce qui a été issu de la civilisation de Rome dans sa réclamation d’identité d’Israël. Si je me permettais un affreux jeu de mot : Tout le monde a su qui était « Eikh Man » : Comment cet homme peut-il être un homme ? La prononciation allemande : « Eish man » qui veut dire l’homme du feu. Ce sont des coïncidences ne cherchez pas à comprendre.

En tout cas il y a eu un flash de notre temps, de ce que disait Malkahi : rendez-vous à la fin des temps ! 

La 3ème génération c’est Jacob et Rachel. Or, avec eux deux quelque chose réussit : le verset dit [29:18]: וַיֶּאֱהַב יַעֲקֹב, אֶת-רָחֵל   Vayééhav Yaaqov et Ra’hel – « Et Jacob aima Rachel ». Alors est né Joseph !

Joseph est précisément le frère aîné qui aime ses frères. Et cette catastrophe qui avait commencé avec Caïn et Abel trouve ici sa rédemption avec Joseph et ses frères. C’est là que s’achève le récit de l’histoire de la Genèse et que commence l’histoire d’Israël.  Et c’est là que l’humanité embraye sur le message messianique et prophétique de la fraternité et de la recherche de la paix à la manière de la descendance d’Abraham.

Je résume-là assez rapidement une histoire extrêmement dense, telle qu’elle nous est racontée par la Bible et éclairée par le Midrash, simplement pour vous indiquer la cohérence de cette histoire. L’identité hébraïque est porteuse de la capacité d’être frère. Il faut arriver à l’engendrer d’Abraham à Joseph par des efforts successifs mais qui vont laisser comme une sédimentation de rivalités par les approximations de rivalité qui sont les faux-frères dans cette famille d’Abraham.

Les faux-frères :

Ils sont très nombreux. Je vais essayer de vous les décrire autour d’Abraham et nous allons essayer de les identifier autour de nous, avec le postulat suivant : si nous sommes Israël dont parle la Bible alors les personnages qui nous entourent et qui nous interpellent de rivalité dans notre histoire sont bien les personnages dont la Bible parle.

Si vraiment nous sommes Israël dont parle la Bible alors Ishmaël est aussi Ishmaël dont parle la Bible. Et pour comprendre nos problème entre Israël et Ishmaël ce n’est pas chez des idéologues fussent-ils des théologues qu’il faut aller chercher mais dans la Bible qui nous raconte notre histoire. Je suis toujours étonné négativement par tous ces hommes qui prétendent avoir foi dans le récit biblique au point qu’ils en pratiquent la loi mais qui chaque fois qu’ils sont interpellés par des problèmes historiques concernant l’histoire de notre peuple et d’Israël referme la Bible et ont des convictions personnelles. Cela donne la multiplicité des parties politiques. D’ailleurs c’est très étonnant que nous ayons une tradition, une loi, qui donne des réponses précises sur des questions doctrinales et de pratique religieuse très précises jusqu’au détail le plus infime, et qui pour les grands problèmes – l’histoire d’Israël et son sens, et l’histoire de la rivalité avec ces interpellations de rivalités – n’aurait aucun message alors qu’elle la raconte et qu’il faut aller chercher des convictions dans des opinions personnelles.

Je reviens au sujet : Nous allons reprendre l’histoire dans une deuxième relecture à partir d’Abraham. Je vais essayer de schématiser cela et vous me direz si c’est suffisamment clair.

Nous allons voir que le personnage principal de cette histoire d’engendrement depuis Abraham  jusqu’à Joseph, en passant par Isaac et Jacob, est entouré d’autres personnages dans le récit biblique. Je vais essayer de schématiser cela comme ça :

ð  D’un côté les rivaux qui sont ennemis et dont l’objectif est d’annuler cette identité hébraïque qui cherche à réémerger dans l’histoire humaine.

 

ð  De l’autre côté les rivaux qui veulent remplacer Israël. Les « faux-frères ».

 

Première génération : Abraham vs. Nimrod et Loth :

 

On commence à la première génération avec Abraham. L’histoire d’Abraham est accompagnée de deux personnages parmi d’autres d’ailleurs : l’un est Nimrod qui est le chef, le tyran, le Hitler si j’ose dire, de la civilisation d’Our-Kasdim. Celui qui jetait les Hébreux dans (le feux d’après le Midrash.)

(Ceux qui ont pour objectif de détruire l’identité) hébraïque en réémergence. Pas de calcul. Israël renait ? Annulé ! Il faut penser déjà à ce qui se passe de notre temps : Israël de notre temps renait et un Hitler est apparu, avec exactement cet objectif, et il n’est qu’un des Nimrod contemporains de ceux qui ont comme objectif d’annuler Israël parce qu’Israël redevient hébreu.

 

Et puis dans l’autre série, il y a un personnage qui accompagne Abraham et qui lui ressemble beaucoup au point que la Bible dit qu’ils se ressemblent comme des frères. Les deux ont la capacité d’être frère, alors qu’il s’agit de Loth qui n’est pas son frère d’état civil mais son neveu. Mais le texte dit qu’ils se ressemblent comme des frères mais vont se séparer. Et puis Loth va fonder deux lignées issues de la même identité dont sort Abraham, l’identité Aram nous dit le Talmud, l’identité de la famille de Tera’h père d’Abraham, et père de Nahor père de Loth. C’est la même identité que celle d’Abraham sortant d’exil : ils font un bout de chemin ensemble, ensuite ils se séparent parce que la capacité d’être frère est fondée sur la moralité chez Abraham et sur l’immoralité chez Loth le faux-frère qui va fonder deux lignées de rivalité messianique contre Israël : Amon et Moav. La parcelle de sainteté qui était enfouie dans l’identité de Loth revient avec Ruth plus tard et rejoint l’identité messianique qui engendrera le roi David.

Voilà pour la première génération : d’un côté Nimrod, de l’autre côté Loth. 

 

…/…

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Published by Phil O'Semith - dans ENGENDREMENTS
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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 19:20

Mikets (1986) – 2èmepartie.

535 02

Parasha - Mikets 1986

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/mikets_serie_1986/cours_1

Durée : 35,7 minutes
Face B

 

…/…

Et dans le rêve de l’hébreu c’est Dieu qui domine. C’est la différence même de nature dans la relation à l’expérience même du rêve en tant que tel.

Nous l’avons à la fin du 1er verset du chapitre :

« Et lorsque Pharaon rêve, il se tient au dessus du fleuve » qui est sa divinité.

Alors que dans le rêve de Yaaqov c’est l’inverse.

 

Nous étudierons un thème de la fin de la parashah.

 

Q : Que penser du problème économique en Israël ?

R : Peut-être c’est parce qu’on ne sait pas encore bien rêver ! Le problème économique d’Israël, qui est aussi celui de ces dernières semaines, n’est qu’un exemple des problèmes de la société israélienne. C’est une société qui se cherche entre une polarité de culture purement occidentale, et une polarité de mentalité de Torah. Je schématise, le véritable problème de la société israélienne c’est cette espèce de bipolarité de deux manières d’être sioniste, de deux manières de devenir israélien pour les juifs. La première manière c’est celle des juifs qui ont voulu devenir israélien pour ne plus être juifs, et la deuxième manière est celle des juifs qui ont voulu devenir israéliens pour pouvoir être juif. Il y a là le conflit de deux courants. Il est évident que si la société israélienne adoptait le code de la Torah de la vie économique il n’y aurait plus tous ces problèmes-là. Seulement personne n’a le courage d’essayer. Le véritable problème est celui de l’éducation des principes de Torah et en particulier ceux concernant les problèmes économiques.

Nous sommes encore au stade où la conception de la Torah pour le fonctionnement de l’état n’est encore étudiée que de manière acadamique. Le Talmud étudie comment une société doit fonctionner d’après les lois de la Torah.  Mais pour le moment cela reste au stade académique, on l’étudie dans les écoles talmudiques. L’idée d’adopter ces principes n’est pas encore une évidence pour la société israélienne. Ce n’est pas du tout un jeu de forces politiques qui la lui fera adopter à mon sens. C’est d’abord une révolution éducative qu’on attend encore…

 

Q : Est-il possible de vivre dans une société israélienne en conformité avec les lois de la Torah avant que le temple ne soit reconstruit ?

R : Cela n’a aucun rapport. Chaque mitzvah est une mitzvah pour elle.même, portant sur un domaine particulier. Je pense même que c’est l’inverse : s’il y a des tendances dans la société israélienne de concevoir son économie selon les lois de la Torah, et cela veut dire d’abord au niveau des principes qu’il ne faut pas d’opposition entre les principes de la vie économiques et les principes de la vie morale, l’économie ne doit pas être basée sur la recherche du profit en tant que volonté de puissance, alors à ce moment-là la possibilité de reconstruire le temple viendra d’autant plus vite. Il y a une mise entre parenthèse des principes de la moralité dans les tractations de la vie économique de la société israélienne qui vient de l’imprégnation de la civilisation occidentale. On ne cherche pas ce qui est juste mais ce qui légalement peut mener à un profit plus grand. C’est une toute autre conception du problème de la gestion économique.

Alors il en résulte « Vayhi Raav Baaretz » chaque fois qu’il y a immoralité, le résultat c’est la crise économique.

 

Ce sont par exemple, les lois comme celles de la shemtiah, celle du yovel, et surtout l’adoption de cette exigence de la moralité dans ce domaine là. La science économique est quant à elle empruntée à des principes complétement étrangers.

Le taux de l’inflation est suffisament éloquent. Beaucoup de gens étaent inquiets. J’ai eu une réaction différente. Le Talmud donne une description de la situation économique du pays au temps précédant immédiatement l’ère messianique. On est encore très loin du niveau évoqué dans ces pages du Talmud. Il faut donc être non seulement patients mais rassurés. Parce que si cela arrive, c’est que cela arrive…

Il y a une description de toute une série de tendances au désordre qui viennent précisément de cet affrontement de deux mentalités. Il y a un choc culturel soujacent, empêché par la guerre aux frontières, la guerre à l’extérieur, et on n’a jamais encore eu le temps de l’élucider. Chaque fois qu’elle rencontre un problème, la société israélienne se ocupe en deux, comme par hasard. Ces deux tendances s’affrontent. C’est un problème d’éducation.

 

Au niveau de la vie communautaire en exil, dans les ghettos les juifs étaient de statut mosaïque. J’ai connu enfant cette époque-là. Avant la guerre mondiale, le tribunal rabbinique jugeait des affaires commerciales entre juifs, avec l’appui séculier de la police du pasha. Et lorsque le rabbin avait donné sa décision elle était exécutoire par la police du pacha. Un juif ne voulait pas donner le divorce avec kétouvah à sa femme malgré la décision du tribunal. L’ordre fut donné à la police de suivre cet homme et de lui infliger 39 coups de bâton à la moindre pécadille, jusqu’à ce qu’il donne le divorce à sa femme. C’était exécutable immédiatement. Dans la société israélienne, les droits syndicaux et les principes humanistes et socialistes sont tels qu’il est impossible d’appliquer une coercition pareille, parce que le principe n’est pas d’appliquer la vérité morale.

 

Exemple : j’ai fait partie pendant plusieurs années de la commission nationale des programmes de radio pour l’étranger. Nous avions sans arrêt les grêves des techniciens de la radio qui discutaient avec le ministère des heures supplémentaires à partir de minuit. Et on avait besoin de ces techniciens pour les émissions pour la Russie. Pendant 3 ans, la propagande israélienne en Russie était paralysée par le droit syndical des syndiqués techniciens. Naïvement, j’avais proposé qu’on les mobilise et qu’en tant que soldat ils soient affectés à ce travail relevant de la sécurité nationale puisque la aliah des juifs de Russie dépend des émissions de radio. Le président de la commission m’a regardé avec des yeux effarés : comment porter atteinte aux droits syndicaux ?

J’ai alors répondu : pourquoi perdre notre temps pendant 3 ans s’il n’y a pas de solution ?

Et j’ai quitté la commission…

Il y a des évidences qui viennent d’autres principes et qui ne sont pas adaptables à l’exigence du fonctionnement d’une société juive.

Ne pas trouver une solution à un tel conflit pendant 3 ans est le signe d’un manque de moralité quelque part, d’un côté ou de l’autre

Par exemple, le conflit à propos des médecins qui a mené à cet effondrement de l’économie israélienne est également le signe d’une immoralité d’un côté ou de l’autre. Je pense un peu des deux d’ailleurs. C’est parce que les évidences sont ailleurs.

 

C’est tout d’abord un problème de ‘hinoukh. Avec des hommes politiques qui auront compris la signification des lois de la Torah cela pourra fonctionner. Mais si c’est un jeu de force, c’est l’échec assuré. Par exemple, Agoudat Israel qui veut imposer le shabat, alors jamais le shabat ne sera intégré dans la société israélienne.

En principe, il n’y a pas de solution. Cela nous rassure : cela veut dire que le messie doit intervenir!

A vue immédiate, il est évident qu’il n’y a pas de solution. On aura probablement des palliatifs quie ne font que repousser le problème. Il faut attendre l’apparition d’une autre génération qui aura des évidences d’un autre ordre. 

 

Autre exemple : j’ai fait partie d’une commission de l’éducation nationale qui étudiait le problème de la délinquence juvénile. Plus de 100 fois j’ai fait des exposés pour leur démontrer schématiquement que la délinquence juvénile était dans les milieux non éduqués par la Torah. C’est un fait : là où il y a plus de torah il y a moins de délinquence et inversément. Ils n’ont jamais compris cela, croyant que je voulais imposer la Torah. Ils fonctionnent de manière orthodoxe, c’est-à-dire la mentalité égyptienne.

 

Q : Il y a statisquement autant de divorce du côté religieux que du côté non-religieux !

R : C’est un autre problème, le divorce n’est pas forcément lié à un problème moral.

Pour ce dont j’ai parlé la différence au niveau statistique est impressionnante.  

La délinquence juvénile était très répandue pour les enfants issus des milieux juifs séfarades placés en écoles ashkénazes. Et les responsables de la commission, tous ashkénazim, ne comprenaient pas la dimension du problème. 

 

Il est évident que si on essayait une fois les lois économiques de la Torah cela s’arrangerait. Seulement, il faut une bonne volonté au départ qui ne peut pas être imposée de force.

 

Le problème éducatif est réservé à Elie le prophète qui doit intervenir avant l’intervention du messie, or de quoi tout explose. Le Talmud enseigne que Elie ne vient pas pour dire ce qui est interdit ou ce qui est permis, mais pour réconcilier les uns et les autres.

Le verset dit : « Je vous enverrai Elie le prophète de peur que Je ne frappe la terre d’interdit. »

Or, nous sommes déjà dans une situation d’impasse où cela devrait exploser. Normallement cela ne devrait pas fonctionner, or cela marche. C’est très rassurant.

 

On étudiera à partir du verset 44.16.

En fin de compte, Joseph a suivi son propre rêve : être au service de la civilisation extérieure et de la transfigurer au nom des principes de l’enseignement des patriarches. Nous trouvons énormément d’indications dans les commentaires d’après la forme des versets que Joseph avait vraiment tenté d’hébraïser la société égyptienne. Non pas de la convertir à être hébreue mais de l’imprégner des valeurs hébraïques. En particulier, le midrash explique, d’après la formes de versets très précis, qu’il y avait institué la circoncision et qu’il les menait à devenir ce pays goy qui fonctionnerait de façon compatible á l’idéal des valeurs juives. C’est finalement le rêve du juif de diaspora. Et Joseph est bien le modèle de ce type juif de diaspora, dans cette première partie de son histoire.  Et cela n’aurait pas été possible sans une sorte de prédisposition chez cet être égyptien symbolisé ici par le Pharaon, mais un empire n’a pas n’importe quel Pharaon. Il y a presque une sorte de mutation d’identité culturelle dans cette civilisation de l’Égypte de ce temps-là de Joseph, rendant possible le désir de Joseph. Il voulait d’une certaine manière hébraïser l’Egypte. Cela va mener à un échec. Il va y avoir une révolution au début du livre de l’Exode, une nouvelle dynastie oublie complétement ce que Jospeh avait fait. Mais là c’est un temps de parenthèse où cela est pensable et possible.

 

Voyant que son rêve a réussi, il comprend que la stratégie messianique telle qu’il l’a pensé était à l’œuvre, et il tient à ce que toute sa famille, tous les hébreux, viennent collaborer avec lui à ce projet.

Les événements lui donnent raison par le fait de la famine en dehors du pays. Personne ne savait ce qu’il était devenu. Ces frères descendent alors en Egypte contraints par la famine comme tous les autres pays du monde, l’Egypte étant devenu le grenier économique du monde de ce temps-là, un peu comme l’est l’Amérique d’aujourd’hui pour le monde contemporain.

 

Ils se rencontrent sans que les frèrent le reconnaissent, et par une stratégie décrite dans le récit biblique, il arrive à attirer son frère Benjamin en Egypte avec ses frères.

Jacob n’avait autorisé la descente en Egypte que si Benjamin restait avec lui. Or. Joseph s’arrange pour faire descendre Benjamin. Il faut étudier l’identité particulière de Benjamin, pourquoi il va faire l’objet de cette rivalité entre Joseph et Juda. Là où Benjamin se trouve l’avenir d’Israël passe. 

Ce n’est pas par hasard qu’il est le « benjamin » dans le sens français du terme. Il est la dernière chance d’Israël. Si Benjamin n’est pas avec Joseph, la tentative de Joseph n’a pas toutes ses chances. Joseph tient à ce qu’il soit avec lui. Alors que Juda discute avec Jospeh pour que Benjamin reste dans le pays de Kenaan. 

Par la suite, lors du schisme entre les deux parties d’Israël qui se sont séparées : les dix tribus du nord sous la direction des descendants de Joseph avec Ephraïm et la tribu du sud sous la direction de Juda, Benjamin se trouvait avec Juda, et l’avenir d’Israël est passé par le royaume de Judée et non par le royaume du nord de la maison de Joseph.  

 

Nous verrons que dans le temps contemporain, dans ce grand conflit de tensions entre la messianité selon Joseph, c'est-à-dire la diaspora, et la messianité selon Juda c'est-à-dire le sionisme, Benjamin se trouve du côté d’Israël. Petite indication puisque que nous en sommes à ‘Hanoukah: tous les mouvements de jeunesse de quelque commmunauté qu’ils soient sont tous « bleu et blanc », c'est-à-dire Makkabi. Il n’y a pas d’autre folklore de mouvement de jeunesse que spontanément du folklore israélien. Même ceux qui n’ont strictement rien à voir avec l’engagement sionisme : pour faire juif il faut le chandelier et le « bleu et blanc ». Cela veut dire que Benjamin est du côté de Juda et non pas du côté de Joseph.   

 

Nous allons voir la panique de Juda après qu’il se trouva contraint d’amener Benjamin qui sera ensuite prisonnier de l’Egypte par décision de Joseph, comment retouner chez Yaaqov ?

C’est à ce moment-là que Joseph va se faire reconnaitre de ses frères.

 

Pourquoi Joseph n’a-t-il jamais donné signe de vie à son père depuis son exil en Egypte ?

C’est compréhensible pendant son emprisonnement, mais dès qu’il devient tout puissant en Egypte pourquoi ne se fait-il pas connaitre de Jacob ?

 

Dans ses rêves, il se voit le sauveur de la civilisation extérieure et que ses frères admettront sa préséance. Les gerbes qui se courbent vers la sienne et le soleil, la lune et les étoiles. Il voit que sa tendance à lui triomphera. Ce qui sera le cas dans la première partie de cette histoire.

 

37.11

יא וַיְקַנְאוּ-בוֹ, אֶחָיו; וְאָבִיו, שָׁמַר אֶת-הַדָּבָר.

11 Et ses frères le jalousèrent; et son père garda la chose.

 

Rashi :

Attendit (chamar) l’événement Il a l’attendu en espérant qu’il se réaliserait, comme dans « qui garde (chomér) la fidélité » [c’est-à-dire : qui garde espoir en l’accomplissement de la promesse »] (Yecha’ya 26, 2 et Rachi ibid.), « n’attends pas (lo thichmor) mon péché » (Iyov 14, 16), c’est-à-dire : « N’y compte pas ! ».

 

Shamar et hadavar :

Littéralement a gardé la chose, cela ne vient rien dire, il a observé comment cette chose allait se passer. Jacob est très conscient de ce qui se passe.

 

37.12

יב וַיֵּלְכוּ, אֶחָיו, לִרְעוֹת אֶת-צֹאן אֲבִיהֶם, בִּשְׁכֶם.

12 Et ses frères étaient allés faire paitre les troupeaux de leur père à Sichem.

יג וַיֹּאמֶר יִשְׂרָאֵל אֶל-יוֹסֵף, הֲלוֹא אַחֶיךָ רֹעִים בִּשְׁכֶם--לְכָה, וְאֶשְׁלָחֲךָ אֲלֵיהֶם; וַיֹּאמֶר לוֹ, הִנֵּנִי

13 Et Israël dit à Joseph: "Tes frères font paître les troupeaux à Sichem. Va et je t'enverrai vers eux." II lui répondit: "me voici."

 

On dit ici Israël et non Jacob, le récit prend une dimension á l’échelle collective de l’être Israël, le récit concerne l’histoire d’Israël à travers les individus particuliers présents là dans ce récit.

 

Que fait Jacob ici ?

Du verset précédent on sait cette jalousie des frères de Jospeh. Et voila qu’il envoie Joseph dans la gueule du loup et Joseph anonce qu’il est prêt dans une sorte de mise à l’épreuve.

 

 יד וַיֹּאמֶר לוֹ, לֶךְ-נָא רְאֵה אֶת-שְׁלוֹם אַחֶיךָ וְאֶת-שְׁלוֹם הַצֹּאן, וַהֲשִׁבֵנִי, דָּבָר; וַיִּשְׁלָחֵהוּ מֵעֵמֶק חֶבְרוֹן, וַיָּבֹא שְׁכֶמָה.

14 Il lui dit: "Va voir, je te prie, comment se portent tes frères, comment se porte le bétail et rapporte moi un mot. II l'envoya ainsi de la vallée d'Hébron et Joseph se rendit à Sichem.

 

Tant que Joseph ne peut pas ramener une réponse positive à son père il ne peut lui envoyer aucun message. Jospeh est envoyé en mission pour voir quel est l’état de la paix entre les frères et doit lui ramener un mot. On verra qu’il s’agit du mot Shalom.   

 

Nous avons déjà le commencement de l’explication du problème. Joseph a pour mission particulière, entre autre mission de son exil, de ne revenir chez Jacob que lorsqu’il pourra lui dire Sahlom qu’il y a la paix entre les frères.

 

Entretemps Joseph a triomphé et a attiré ses frères chez lui pour y attirer Benjamin, tout en sachant que cela fera descendre Jacob en Egypte pour rejoindre Joseph. Il cherche à ce que toute sa famille Israël vienne participer à sa tentative à lui. C’est pourquoi lorsqu’il interroge ses frères  qui ne l’ont pas encore reconnu il leur demande s’il ne manque pas quelqu'un de leur famille, les obligeant à avouer qu’ils ont encore un vieux père et un enfant, le passé, l’avenir. Et il leur dit que tant qu’ils ne lui amène pas, il ne leur donnera rien à manger. C’est la condition.

 

Il utilise un stratagème qui a un sens symoblique extrêmement important. Je le cite très briévement. Il fait mettre sa coupe, j’allais dire son verre de kidoush, dans le sac de Benjamin pour l’accuser du vol et le garder avec lui.   

 

44.16-17

טז וַיֹּאמֶר יְהוּדָה, מַה-נֹּאמַר לַאדֹנִי, מַה-נְּדַבֵּר, וּמַה-נִּצְטַדָּק; הָאֱלֹהִים, מָצָא אֶת-עֲו‍ֹן עֲבָדֶיךָ--הִנֶּנּוּ עֲבָדִים לַאדֹנִי, גַּם-אֲנַחְנוּ גַּם אֲשֶׁר-נִמְצָא הַגָּבִיעַ בְּיָדוֹ.

16 Juda répondit: "Que dirons-nous à mon seigneur? Comment parler et comment nous justifier? HaElohim a trouvé la faute de tes serviteurs. Nous sommes tous serviteurs de mon seigneur et nous et celui aux mains duquel s'est trouvée la coupe."

יז וַיֹּאמֶר--חָלִילָה לִּי, מֵעֲשׂוֹת זֹאת; הָאִישׁ אֲשֶׁר נִמְצָא הַגָּבִיעַ בְּיָדוֹ, הוּא יִהְיֶה-לִּי עָבֶד, וְאַתֶּם, עֲלוּ לְשָׁלוֹם אֶל-אֲבִיכֶם.

17 II dit: "Blasphème pour moi de faire ainsi! L'homme aux mains duquel la coupe s'est trouvée, lui sera mon serviteur, et vous, retournez en paix auprès de votre père."

 

Imaginez la panique absolue des frères entendant cela. Benjamin pris au piège et cet égyptien bizarre leur dit de rentrer en paix chez leur père !?

Cela veut dire que Juda entend le mot de paix dans la bouche de Jospeh.

 

44.18

יח וַיִּגַּשׁ אֵלָיו יְהוּדָה, וַיֹּאמֶר בִּי אֲדֹנִי, יְדַבֶּר-נָא עַבְדְּךָ דָבָר בְּאָזְנֵי אֲדֹנִי, וְאַל-יִחַר אַפְּךָ בְּעַבְדֶּךָ: כִּי כָמוֹךָ, כְּפַרְעֹה

18 Alors Juda s'avança vers lui, en disant: "De grâce, seigneur! que ton serviteur dise une parole DAVAR aux oreilles de mon seigneur et que ta colère n'éclate pas contre ton serviteur! Car tu es l'égal de Pharaon.


C’est à travers ce mot que va se dévoiler la reconnaissance des deux frères, par ce mot de Davar qui est le mot de Shalom. Lorsque Juda va entendre le mot de Shalom dans la bouche de Jospeh, Juda comprend qu’il s’agit de Joseph.  Alors il va lui donner ce mot de davar, et Joseoh est contraint de se dévoiler et va pouvoir enfin envoyer un message à Jacob pour signaler la fin de sa mission concernant la paix des frères.

 

Je complète par un enseignement de Rabbi Na’hman de Braslav qui explique à partir d’un verset des Psaumes qu’il n’y a de mot authentique que le mot de paix Shalom.

Lorsque Jacob avait gardé la chose Shamar et HaDavar, il a pris acte de l’absence de paix entre ses enfants. Et lorsqu’il demande à Joseph de lui ramener Davar le mot, il s’agit du mot Davar que Juda va dire à Joseph. Il n’y a qu’un seul mot important c’est Shalom  

A partir du verset des Psaumes 120.7 :

ז אֲנִי-שָׁלוֹם, וְכִי אֲדַבֵּר; הֵמָּה, לַמִּלְחָמָה

Je suis la paix mais dès que je parle ils sont pour la guerre.

 

C'est-à-dire que la véritable parole est la parole de paix, parce que c’est la parole qui est le lien dans la société et qui est le fait social fondamental, et la parole authentique est la parole de paix.

Cela nous explique pourquoi ce mot de Shalom va prendre une telle importance dans la tradition hébraïque. La parole est pour pouvoir faire la paix, donc il n’y a de parole que celle de la paix.

 

  ז אֲנִי-שָׁלוֹם, וְכִי אֲדַבֵּר; הֵמָּה, לַמִּלְחָמָה

Je suis la paix mais dès que je parle de paix ils sont pour la guerre.

 

C’est au fond ce qui se passe entre nous est nos ennemis contemporains. Israël a systématiquement tendance à naïvement offrir la paix à n’importe quelle condition. Et remarquez qu’il n’y a encore eu aucune autre réponse que la guerre! On en est encore à ce stade là.

 

Pour l’intérieur de la famille de Jacob, ce n’est que lorsqu’il lui envoie le mot de paix qu’il peut se dévoiler et se faire connaitre.

 

< fin >

*****

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Published by Phil O'Semith - dans PARASHAT HASHAVOUA
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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 19:13

Mikets (1986)

Mikets (1986) – 1ère partie

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/mikets_serie_1986/cours_1

535 01

Durée : 43,1 minutes
Face A

   

Nous sommes au chapitre 41.

Je vous rappelle très rapidement le moment du récit où nous nous trouvons. Dans la parashah précédente, dès le retour de Jacob dans le pays de Canaan, vont se mettre en place deux stratégies différentes pour la suite de l’histoire d’Israël, en particulier la suite des Toladot – c’est-à-dire les engendrements qui doivent mener aux temps messianiques. Ces deux stratégies messianiques passent l’une à travers Joseph et l’autre à travers Juda.

En particulier, la Torah va développer plus abondamment le récit de l’histoire de Joseph en Egypte. En fin de Parashat Vayeshev nous arrivons à la fin de la première étape de la vie de Joseph, celle qui donne une sorte de préfiguration de l’exil dans sa dimension la plus pénible de persécutions, de déportations. On voit que toute cette histoire de Joseph qui commence par devenir très important dans la maison de Poutifar, un des princes principaux de l’empire d’Egypte, et après l’épisode de la déception de la femme de Poutifar, alors Joseph est jeté en prison, avec deux des personnages importants du royaume qui avaient été déchus. Il y rencontre justement deux des princes déchus de leurs prérogatives.  Nous allons commencer l’étude par le récit des rêves de Pharaon.

Je vais lire quelques versets, et nous allons étudier un premier thème : comment comprendre ce revirement brusque dans la destinée de Joseph ? Comment va-t-il être appelé à devenir lui-même par la suite, non seulement un personnage important en Egypte dans la maison de Poutifar comme dans le récit précédent, mais le vice-roi d’Egypte à la tête du pays ?

41.1

וַיְהִי, מִקֵּץ שְׁנָתַיִם יָמִים; וּפַרְעֹה חֹלֵם, וְהִנֵּה עֹמֵד עַל-הַיְאֹר

Et il arriva à la fin de deux années pleines, et Pharaon se mit à rêver, où il se voyait debout au bord du fleuve.

Expression typiquement biblique : שְׁנָתַיִם יָמִים    Shénatayim Yamim signifie que l’année est pleine de tous ses jours.

1erthème d’étude : nous avons un Pharaon qui rêve !

Nous avons vu dans les cours précédents l’importance de la capacité de rêver, en particulier en relation avec le rêve de Jacob.

Dans toute cette partie du récit du livre de Bereshit, il y a le rêve de Jacob, les rêves de Joseph, les rêves des ministres égyptiens et les rêves du Pharaon lui-même.

Nous verrons qu’il y a ici une indication très importante.

וְהִנֵּה עֹמֵד עַל-הַיְאֹר

Et voici, il se trouvait debout près du fleuve.

Ce fleuve, yéor, c’est le Nil.

Je rappelle déjà en passant, que le Nil représente une des divinités de l’Egypte. C’est un élément important que nous verrons tout à l’heure.

Nous verrons la différence de nature entre le contenu de l’expérience de rêve du Pharaon et d’autre part le contenu de l’expérience de rêve de Jacob, et des partiarches hébreux qui mènent à la prophétie des prophètes.

41.2

וְהִנֵּה מִן-הַיְאֹר, עֹלֹת שֶׁבַע פָּרוֹת, יְפוֹת מַרְאֶה, וּבְרִיאֹת בָּשָׂר; וַתִּרְעֶינָה, בָּאָחוּ

Et voici que du fleuve sortaient sept vaches belles d’apparence et saine de chair, et elles paissaient dans le paturage.

41.3

וְהִנֵּה שֶׁבַע פָּרוֹת אֲחֵרוֹת, עֹלוֹת אַחֲרֵיהֶן מִן-הַיְאֹר, רָעוֹת מַרְאֶה, וְדַקּוֹת בָּשָׂר; וַתַּעֲמֹדְנָה אֵצֶל הַפָּרוֹת, עַל-שְׂפַת הַיְאֹר

Sept autres vaches sont montées après elles du fleuve, mauvaises d’apparence et maigres et elles se tinrent sur la rive à côtés des autres vaches;

41.4

וַתֹּאכַלְנָה הַפָּרוֹת, רָעוֹת הַמַּרְאֶה וְדַקֹּת הַבָּשָׂר, אֵת שֶׁבַע הַפָּרוֹת, יְפֹת הַמַּרְאֶה וְהַבְּרִיאֹת; וַיִּיקַץ, פַּרְעֹה

Et les vaches mauvaises d’apparence et maigres ont dévoré les 7 vaches belles et saines et le Pharaon s’est réveillé.

41.5

וַיִּישָׁן, וַיַּחֲלֹם שֵׁנִית; וְהִנֵּה שֶׁבַע שִׁבֳּלִים, עֹלוֹת בְּקָנֶה אֶחָד--בְּרִיאוֹת וְטֹבוֹת

Il s’est endormi et a rêvé une 2èmefois. Et voici 7 épis s'élevaient sur une tige unique sains et bons.

41.6

וַתִּבְלַעְנָה, הַשִּׁבֳּלִים הַדַּקּוֹת, אֵת שֶׁבַע הַשִּׁבֳּלִים, הַבְּרִיאוֹת וְהַמְּלֵאוֹת; וַיִּיקַץ פַּרְעֹה, וְהִנֵּה חֲלוֹם

Puis sept épis maigres et flétris par le vent d'est, s'élevèrent après eux

41.7

וַתִּבְלַעְנָה, הַשִּׁבֳּלִים הַדַּקּוֹת, אֵת שֶׁבַע הַשִּׁבֳּלִים, הַבְּרִיאוֹת וְהַמְּלֵאוֹת; וַיִּיקַץ פַּרְעֹה, וְהִנֵּה חֲלוֹם.

Et ces épis maigres ont avalé les sept épis sains et pleins. Et Pharaon s'éveilla et voici c’était un rêve.

41.8

וַיְהִי בַבֹּקֶר, וַתִּפָּעֶם רוּחוֹ, וַיִּשְׁלַח וַיִּקְרָא אֶת-כָּל-חַרְטֻמֵּי מִצְרַיִם, וְאֶת-כָּל-חֲכָמֶיהָ; וַיְסַפֵּר פַּרְעֹה לָהֶם אֶת-חֲלֹמוֹ, וְאֵין-פּוֹתֵר אוֹתָם לְפַרְעֹה

Et il arriva au matin son esprit sonnait comme un cloche (il est obsédé par une idée fixe de ce rêve)  

Le contenu du rêve est très analogue et se répète deux fois en deux formes différentes. Pendant la nuit et même au matin son esprit n’était pas tranquille de ce qu’il avait perçu de façon plus ou moins confuse ou inconsciente dans ce rêve, et nous allons voir pourquoi.

41.8

וַיְהִי בַבֹּקֶר, וַתִּפָּעֶם רוּחוֹ, וַיִּשְׁלַח וַיִּקְרָא אֶת-כָּל-חַרְטֻמֵּי מִצְרַיִם, וְאֶת-כָּל-חֲכָמֶיהָ; וַיְסַפֵּר פַּרְעֹה לָהֶם אֶת-חֲלֹמוֹ, וְאֵין-פּוֹתֵר אוֹתָם לְפַרְעֹה

Et il arriva au matin son esprit sonnait comme un cloche, il envoya chercher tous les ‘Hartoumei de

Mitsraïm…

Il y a une ville qui s’appelle ‘Hartoum sinistrement connue pour nous puisque c’est là que ce qu’on appelle le Tiers-monde a décidé ce qu’il a décidé contre Israël. Effectivement, c’est une ville qui était connue depuis la plus haute antiquité pour être une ville d’écoles de sages et de devins de prêtres de la religion égyptienne antique. Et la tradition en est restée, cette ville a gardé ce nom-là.

C’est le même mot.

Et tous les sages, et Pharaon leur raconta son rêve, il n’y avait personne capable de les expliquer au Pharaon.

Je vais partir de cette expression précise. Le Midrash explique que bien entendu, les sages et les mages de l’Egypte ont apporté leurs explications. Et il faut se souvenir qu’il s’est agi d’une très grande culture – la définition de l’idolâtrie nous est toujours donnée dans une perspective négative parce qu’effectivemment par rapport à la Torah l’idolâtrie est une déviation et dégénerescence de la piété – mais il ne faut pa soublier que l’idolâtre est premièrement pieux et c’est pourquoi il est idolâtre ; seulement, l’objet de sa piété est dévié. Il y a eu des cultures idolâtres de très hauts niveaux culturels. Et les modernes ont fini par les découvrir de plus en plus.

On rencontre souvent du mépris pour ce qui semble être un contenu infantile dans ces cultures de l’antiquité perçues comme primitives dans le sens négatif, mais de plus en plus en découvre qu’il y a pu avoir des niveaux culturels extrêmement riches, présisément dans cette expérience de la ferveur idolâtre. A rattacher à la définition de l’hérétique : ne pas oublier qu’il s’agit de l’autre croyant. De la même manière l’idolâtre c’est le pieux dont la piété est déviée mais qui peut avoir un contenu culturel de très grande richesse. Les modernes sont très inaptes à comprendre ce qu’a pu être la richesse culturelle des mythes de l’antiquité. Et au fond, c’est une mentalité assez analogue comme nous le verrons tout à l’heure, que nous retrouvons dans le matérialisme contemporain, mais privé de toute cette richesse et de cette coloration que pouvait avoir la vie culturelle de ces grands paganismes. J’ai un peu plaidé pour le diable, mais c’est pour vous restituer le niveau du récit et à quel niveau cela se place.

Ces sages étaient donc des sages, leur sagesse était impure mais c’était une sagesse. Ces mages étaient des mages authentiques, bien que du côté du mal. C’était quand même d’un très haut niveau culturel. Ils disposaient d’explications possibles des rêves du Pharaon.

Nous allons voir pourquoi il est important que la Torah nous raconte que le Pharaon rêve. Comme si il s’approchait d’une certaine frontière de dévoilement de vérité, frontière qui serait commune à l’expérience de dévoilement de vérité de ce qu’ont été l’expérience des partiarches hébreux et par la suite des prophètes d’Israël. Vous connaissez peut-être cet enseignement du Talmud que le rêve est le soixantième de la prophétie. Bien entendu, pas n’importe quel rêve. Il y a un dévoilement de connaissance très occultée et cachée, un pressentiment de vérité qui n’arrive pas à se faire jour de façon claire, qui se traduit à travers les images qu’il faut décoder et décrypter et qu’il faut comprendre ; mais le fait d’être capable de rêver dans ce sens-là c’est déjà l’indication d’une capacité d’être lié au dévoilement de la vérité cachée. C’est pourquoi le Talmud dira du vrai rêve qu’il est un 60ème de la prophétie.

Et voilà qu’on nous parle d’un roi idolâtre qui rêve !

Il faut savoir qu’à ce moment-là de la culture égyptienne, se produit une possibilité de transfiguration de cette culture. Cela est indiqué en particulier par là qu’immédiatemment après avoir caractérisé l’identité des patriarches Yaaqov et Yossef au niveau du rêve, voilà que les Goyim, Pharaon et ses deux ministres, rêvent aussi ! Par familiarité au récit, on ne prend pas garde à cette étonnante indication qui nous est donnée ici : une sorte d’analogie entre la capacité spirituelle des patriarches capables de rêver, dans le sens profond du terme, et celle du Pharaon et de ses ministres en Egypte.

 

Il y a cependant une différence qui apparait : le rêveur d’Israël est capable d’expliquer le rêve des autres rêveurs qui sont dans l’incapacité d’expliquer leurs propres rêves.

Les sages en question de l’Egypte étaient capables de donner des systèmes d’explications, mais ces derniers n’arrivaient pas à satisfaire Pharaon lui-même. Ce qui est une indication du niveau de proximité à la capacité de prophétie hébraïque auquel était arrivé par ses propres forces Pharaon. On n’est donc pas étonné que lorsque ce Pharaon va comprendre que Joseph sait expliquer les rêves il le choisisse pour être son premier ministre. Sinon le récit pourrait paraitre étonnant, comme un récit miraculeux de légende. Le prisonnier qui est miraculeusement choisi par le roi pour être le bon minsitre à la place des mauvais ministres…

Alors qu’en réalité les personnages sont définis de manière telle que la cohérence prend une vraisemblance d’ordre biblique : ce Pharaon n’est plus comme les autres Pharaons idolâtres. Il est encore idolâtre, mais il rêve… ! Puisqu’il rêve, la Torah nous fait comprendre pourquoi il va tout de suite être sensible à ce que représente comme sagesse authentique cet hébreu capable d’expliquer les rêves.

Je donne cet enseignement des ‘Hassidim donné par le Rav Tsvi Y. Kook za’l que je cite toujours par rapport à ce sujet : un jour un maître des ‘Hassidim a demandé à l’un de ses fidèles :

-de quoi vis-tu ?

- je suis patissier et vends des gâteaux !

- oui, mais de quoi vis-tu ?

- je te l’ai dit, je suis patissier, j’achête de la farine, je fais des gâteaux que je vends, j’achête de la farine pour faire des gâteaux…

- je ne te demande pas à quoi tu perds ton temps, je te demande ce qui te fait vivre !?

L’élève ne comprend toujours pas. Alors le maître lui demande :

- A quoi rêves-tu ?

Et il a compris…

Il s’agit du rêve qui donne un sens à la vie qui se perd dans le temps qu’il faut pour la gagner !

Donc il y a un Pharaon qui rêve. Et les explications des sges, que l’on pourrait nommer de notre temps, l’intelligentsia de cette culture là ne le satisfont pas. Il est capable de rêver et il ressent le manque de dévoilement dans l’explication intellectuelle qu’on va lui donner.

Je vous cite un des midrashim qui explique comment ces sages ont tenté d’expliquer les rêves :

- Tu vas gagner 7 guerres et ensuite tu vas les perdre !

Dans la structure du rêve, il y a d’abord abondance, expansion, et ensuite famine, recession. Dans les branches de l’activité agricole d’abord les paturages et ensuite l’agriculture à proprement parler.

Le caractère formel du développement du rêve est expliqué par eux dans d’autres situations de la politique de la société.

- Tu vas conquérir 7 provinces et tu vas les perdre !

Ils n’arriveront pas à sortir du fonctionnement conditionné de l’existence dans laquelle ils son insérés. Nous allons le voir dans le texte lui-même.

41.8

וְאֵין-פּוֹתֵר אוֹתָם לְפַרְעֹה

Mais nul ne put en expliquer le sens à Paroh.

Ils étaient capables de donner des explications mais celles-ci n’arrivaient pas à satisfaire le Pharaon. Nous allons essayer de comprendre ce que pressent le Pharaon et pourquoi lorsqu’on lui signale la présence de cet hébreu en prison capable de déchiffrer les rêves en tant qu’hébreu, il le fait venir ?

Il faut d’abord comprendre quelle était la nature de la conception du monde propre à ces grandes idolâtries et cultures païennes donc l’Égype dont parle la Bible peut être le modèle, l’exemple, ou l’illustration puisqu’elle en est la plus connue finalement. On connait bien sûr aussi ce qu’a été la mentalité païenne de culture grecque, mais finalement du point de vue du midrash ce qui nous est le plus sensible c’est quand même la mentalité de la culture égyptienne par rapport à ce problème.  

Même si, apparemment, les expressions que j’ai employées peuvent paraitre anachroniques c’est très exactement une culture dominée par le principe du déterminisme absolu. La notion de déterminisme est une notion de la philosophie matérialiste contemporaine, mais tout se passe comme si cette notion du déterminisme de la culture contemporaine n’est que la laïcisation du principe de base de la conception et de la compréhension du monde d’après ces idolâtries païennes.

Je vous caractérise d’abord en un premier point quel était le principe de base des religions de ce type. Les historiens des religions nomment cette mentalité religieuse l’astrobiologie. Dans cette  conception du monde on pensait que la vie des être humains est conditionnée par des lois naturelles de la même manière que tous les phénomènes sont conditionnés par des lois naturelles. Par conséquent, on avait pensé une relation, un parallèle, entre les lois qui gouvernent les mouvements des astres, et les événements qui affectent les être vivants. Par définition, l’homme n’y fait pas exception. Par conséquent, les divinités de ce type de religion étaient des divinités astro-biologiques. Par exemple, lorsque les Égyptiens adoraient le taureau, il est bien évident que ce n’est pas l’espèce animale qu’ils adoraient. Ce taureau était pour eux le symbole ou l’exemple au niveau biologique de ce qu’était le signe céleste zodiacal du taureau. De la même manière, un chrétien n’adore pas un morceau de bois en forme de croix mais ce qu’il représente. Le morceau de bois n’est que le véhicule symbolique de la réalité qu’il est censé adorer. Bien entendu, il y a toujours un niveau de superstition où vous trouverez que l’on dit par exemple que les Indiens adorent les vaches. En réalité, les Indiens adorent les principes divins qui sont selon eux incarnés et représentés dans la vache elle-même. Mais ils n’adorent pas la vache elle-même. Mais il peut y avoir un niveau de religion superstitieuse. De même pour le juif embrassant le Sefer Torah. Il respecte ce que représente le Sefer Torah c’est-à-dire ce qu’il y a écrit dans le Sefer Torah… etc.

Il peut y avoir tous les niveaux extérieurs de cette ferveur et de cette piété. Mais pour retrouver l’importance de cette culture représentée par cette mentalité à laquelle la Torah va nous confronter, je dirais que la grandeur de cette civilisation égyptienne vient du fait que c’est elle qui a été choisie pour que nous nous mesurions avec elle. Il y avait quelque chose à combattre dans cette culture avec un certain niveau de sagesse.

La vie humaine y est non seulement conditionnée mais déterminée par des règles fixes, immuables et absolues. Le midrash donne en exemple les crus du Nil qui étaient la matrice nourricière de l’Egypte. Puisque c’était grâce à la crue du Nil que le limon pouvait donner finalement les labours et les paturâges. Et l’idée qu’il puisse y avoir un bouleversement de l’ordre dans l’histoire des dieux (ici les crus du Nil) est une idée à priori extérieure à la mentalité orthodoxe de cette religion. On ne saurait voir dans les rêves de Pharaon l’hypothèse d’un déréglement de l’économie égyptienne. C’est une idée hérétique. En système soviétique, le « sorcier » juif osant expliquer le déréglement du plan économique se serait retrouvé en asile psychiatrique. L’idée que les crus du Nils puissent se dérégler est l’héresie absolue. C’est le type d’explication qui ne peut que contredire la mentalité orthodoxe de la religion astrobiologique : tout est fixé au niveau des astres. Et ces païens-là avaient une capacité esthétique de diagnostic dans la phénoménologie que les modernes ont perdu.

Les modernes s’y relient par un biais poétique, esthétique et dévitalisé, et secondarisé.

Pour préparer une émission télévisée sur Pessa’h, j’ai accepté l’hérésie du Rabbi Josy Eisenberg qui avait choisi comme lieu de tournage la salle égyptienne au musée du Louvre. Il fallait traverser les salles grecques. En bon rabbin orthodoxe, je n’étais jamais rentré dans une église ou un musée qui comportent des statues, mais à la limite c’est la même chose. 

Mais pour la mitzvah, je me suis finalement décidé. Quand je suis entré dans les salles grecques j’ai été impressionné par la beauté de la statuaire grecque, très jolie. Mais entrant ensuite dans les salles égyptiennes, les salles grecques c’étaient finalement rien du tout ! L’esthétique grecque est très harmonieuse mais tout y est mort ! Surtout comparée en contraste avec cette énorme vie qui est figée dans la pierre des statues égyptiennes. Il y a ici une expérience spirituelle colossale qui a été fixée par les artistes égyptiens. Et comparativement, la beauté de la statue grecque est une beauté sophistiquée, artificielle, et morte. Les Grecs ont laissé intentionnellement les yeux vides, morts, Alors que les formes de la vie hybrides dans la statuaire égyptienne font pressentir une expérience spirituelle colossale de ce type de paganisme. Ce qui d’ailleurs grandit d’autant le mérite des Hébreux de l’époque d’avoir pu traverser de telles civilisations sans s’y assimiler ! Les tentations étaient très grandes. Probablement, la tentation de l’Egypte a du être beaucoup plus grande que la tentation de la civilisation grecque elle-même. D’une certaine manière ‘Hanoukah et Pessa’h se ressemble un peu de ce point de vue-là. Arriver à rester soi-même malgré la traversée de ce type de sollicitation culturelle aussi colossal et important ; et au fond, peut-être l’expérience que nous avons eu des dangers de l’assimilation est peu de chose à côté de ce qu’a pu être cette histoire dans les grandes civilisations de l’antiquité. Parce que, comparativement, les civilisations contemporaines apparaissent dévitalisées par rapport à ce qu’a pu être la vie spirituelle au temps des grands paganismes. Peut-être que les seuls siècles de grande vie spirituelle en Occident ont été le Moyen-Âge et non comme on pourrait le croire ce qui est venu après.

Dans ce type de rêve, le Pharaon rêve comme un hébreu. C’est un rêve que l’égyptien orthodoxe ne peut pas avoir : ce pressentiment que peut-être les lois qui régissent l’économie humaine peuvent se dérégler. Vous voyez à quel point cela ressemble à la matérialité orthodoxe du matérialisme contemporain. Cela peut nous faire comprendre beaucoup ce qui se passe dans les pays soviétiques et qui reste incompréhensible pour les européens d’Occident : étant données les lois scientifiques sociologiques pour l’économie et le plan quiquennal et septennal de l’économie, l’idée qu’un facteur de liberté puisse venir détraquer, tout cela remet en question la conception du monde de la vérité de la dialectique matérialiste marxiste, et apparait comme l’hérésie et le blasphème absolu et impensable. Celui qui pense ainsi est sans doute possible fou, donc il faut le soigner…

Il y a beaucoup d’études qui sont faites à propos de ce qu’on appelle l’esprit d’orthodoxie. Les religions idolâtres astrobiologiques sont des religions basées sur l’esprit d’orthodoxie. Une quelconque hypothèse qui soit autrement remet en question tout le système ! Or, la perception du facteur de liberté dans l’histoire c’est quasiment l’hébreu qui la possède.

41.8

וְאֵין-פּוֹתֵר אוֹתָם לְפַרְעֹה

Mais nul ne put en expliquer le sens à Parôh.

Et le Pharaon n’a pas trouvé dans sa propre société de sages qui soient capables de lui expliquer de façon à satisfaire son esprit.     

Les explications données peuvent être satisfaisantes d’un point de vue purement intellectuel, compatibles et homogènes à la doctrine officielle, mais elles ne pouvaient pas satisfaire son propre pressentiment, sa propre intuition.

C’est précisément le Sar Hamashkim, qui avait été dans la fosse avec Yossef et auquel Yossef avait expliqué le rêve, qui raconte au Pharaon une expérience de cet ordre. Comme une intimité de pressentiment entre le ministre de Pharaon passé par l’expérience du rêve et le Pharaon. Il lui parle de Joseph un homme capable de dévoiler le sens du rêve à la manière hébraïque. Le Pharaon en profitera par la suite pour lui confier la gestion des affaires.

Certains historiens de cette époque ont noté qu’effectivement, il y a une parenthèse dans l’histoire de la culture égyptienne : il y a une dynastie monothéiste. Tout se passe comme si on pourrait faire le parallèle entre le récit biblique et cette indication des historiens. Ce n’est pas pour dire que nous ayons besoin des hypothèses des historiens pour comprendre ce qui se passe dans le récit biblique, c’est à un autre niveau que cela se passe. Mais il y a eu semble-t-il cette parenthèse où l’Egypte a connu un temps de théologie monothéiste à travers son expérience spirituelle païenne telle qu’elle la connaissait.

Voilà le 1er thème que je voulais voir aujourd’hui. Si vous avez des questions on approfondira tel ou tel point ou on en choisira un autre ?

***

Je vais un peu enrichir cette analyse par un midrash. Je vais d’abord commencer par expliquer la différence entre les deux mentalités. La mentalité hébraïque que nous décrit la Torah et selon laquelle le monde est dirigé par une volonté libre, et la mentalité du paganisme selon laquelle l’histoire du monde est le résultat d’un jeu de forces impersonnelles qui ont été divinisées et qui sont le conditionnement des phénomènes (comme on le connait dans la mentalité scientifique moderne) mais aussi des faits eux-mêmes, des événements eux-mêmes. 

Ce que nous découvrons de façon vraiment positive à travers la mentalité scientifique, c’est que les phénomènes sont régis par des lois stables. Cette définition-là du principe du déterminisme est compatible avec le monothéisme hébreu. Une volonté libre a créé le monde et a fixé les lois par lesquelles les phénomènes du monde fonctionnent.

Et cette stabilisation des lois de la nature c’est le fondement et la condition même de la liberté humaine. Pour que la liberté humaine soit possible il faut que le fonctionnement du monde dans lequel l’homme est inséré soit garanti des lois stables.

Je peux citer des quantités de versets à ce sujet. Finalement l’ordre de la nature, le véritable ordre des lois qui régissent les phénomènes c’est la volonté du Créateur qui les a installé avec comme principe qu’une loi ne peut pas avoir d’exception. L’exception qu’on appelera le miracle, c’est un cas particulier exceptionnel. Mais il y a une confiance en Dieu Créateur qui passe par cette certitude que les phénomènes obéissent toujours aux mêmes lois. C’est la mentalité scientifique que nous connaissons dans la mentalité moderne et qui est compatible avec le monothéisme hébreu.

Il y a une différence d’approche de ce problème à travers le judaïsme et d’autres mentalités religieuses, en ce sens que chez les Goyim en général, l’évidence serait que l’ordre des lois de la nature échappent à la volonté de Dieu et que la volonté de Dieu ne passe qu’à travers les miracles, alors que le monothéisme hébreu commence d’abord par affirmer que ce Dieu auquel nous croyons est le Créateur de la nature, et par conséquent, il ne peut pas y avoir d’opposition irrémédiable entre la loi morale révélée par Dieu dans l’expérience spirituelle, et d’autre part la loi physique, la loi de la nature qu’il a installé Lui en tant que Créateur.

A la limite, cette notion dualiste selon laquelle les lois de la nature seraient l’œuvre du diable et les lois morales seraient l’œuvre de Dieu est étrangère au monothéisme hébreu. C’est celui qui a créé la nature et ses lois qui nous a donné les lois de la morale.

Par conséquent, à la racine et dans le principe, les deux ordres, celui de la nature et celui de la morale, ont une racine commune. C’est au-delà de la raison, mais c’est le fondement même de la foi hébraïque. C’est bien clair : Hashem Hou HaElohim. Celui qui nous a révélé la Torah c’est Celui-là même qui a créé le monde. C’est pourquoi d’ailleurs nous avons confiance que cette Torah correspond à ce monde.

Mais l’expérience nous montre que c’est très difficile de tenir compte d’une telle évidence dans la culture contemporaine qui est dualiste : l’ordre de la nature et l’ordre de la vie spirituelle sont incompatibles et irrémédiables. C’est pourquoi d’ailleurs la conscience contemporaine tente de plus en plus à devenir une conscience tragique, parce que c’est une conscience dualiste dans le fond.

Dans la mentalité païenne de la religion astrobiologique, ce n’est pas ce principe de déterminisme là qui est en question. Nous trouvons là un principe selon lequel les faits et non seulement les phénomènes sont prédéterminés par le fonctionnement des lois  cosmiques. C’est une toute autre mentalité.

Je prends par exemple le phénomène de la pluie. Il y a différence radicale entre les mentalités. Lorsqu’il pleut c’est comme ça que cela fonctionne l’évaporation des eaux de la mer et la condensation dans les nuages, et les précipitations… et il y a des lois qui régissent tout cela, et la mentalité scientifique positive nous dira que lorsqu’il y a pluie c’est ainsi que cela fonctionne. Tandis que la mentalité astrobiologique dira « tel jour à telle heure il y aura pluie ! » Il y a une prédétermination des phénomènes. Ceci a été critiqué bien entendu par les sages d’Israël : bien évidemment le phénomène humain est  conditionné, il y a des tendances mais il n’y a pas de fatalité des événements. Il y a un conditionnement des phénomènes,  donc des tendances au niveau de l’identité humaine, mais non pas fatalité du destin, du Goral.

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Published by Phil O'Semith - dans PARASHAT HASHAVOUA
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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 15:35

Pourim cours 10 (1979)

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/pourim/cours_10

339 02

Durée : 30,4 minutes
Face B

 

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En particulier le nom de Dieu n’apparait pas dans le livre d’Esther. Il apparait par allusion, en sofei tevot ou rashei tevot.

La raison : comme ce livre devait être traduit dans toutes les langues de l’empire, on a eu peur qu’il fut traduit en utilisant des noms des divinités païennes.

C’est parce que c’est là que s’arrêtent les toladot, les engendrements.

Le prix à payer pour que le peuple juif soit sauvé c’est de donner la reine Esther aux goyim. Elle est devenue la reine des Perses !

Et les toladot ont commencé avec Sarah et se termine avec Esther. D’après la tradition elles doivent recommencer avec une femme. Peut-être était-ce Golda Méïr, je ne sais pas, ou bien quelque chose comme ça…

 

Mardochée était chef de la communauté juive. Le roi Assu´reus avait donné à Hamane la prérogative royale. Tout le monde devait se prosterner devant Hamane, mais Marochée ne voulait pas se prosterner. Mardochée descend de Benjamin. Lorsque Jacob a rencontré Esaü le seul à ne pas s’être prosterné fut Benjamin qui n’était pas encore né. De là on sait que les descendants de Benjamin ne se prosterne jamais.   

L’identité de Benjamin est très importante. Benjamin représente la dernière ligne de résistance. Là où est Benjamin, l’avenir de l’histoire d’Israël passe. C’est intentionnellement que al meguila nous explique que Mardochée est un descendant de Benjamin. C’est donc normal qu’il ne veut pas se prosterner devant Hamane. Parce que Hamane descend d’Amaleq descendant d’Esaü.

 

L’événement de Pourim est très important parce que le temps de la révélation de la Torah s’arrête. Officiellement il est occulté, il est caché. La dimension de survie d’Israël est de refaire la communauté. C’est pourquoi ces versets indiquent l’importance que cette communauté ait accepté l’instauration de la fête de Pourim. La fête de Pourim se fait par deux comportements qui font la communauté : les amis et l’absence de faute ce jour-là. 

 

Ki-Tissa :

33.11

 יא וְדִבֶּר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה פָּנִים אֶל-פָּנִים, כַּאֲשֶׁר יְדַבֵּר אִישׁ אֶל-רֵעֵהוּ; וְשָׁב, אֶל-הַמַּחֲנֶה, וּמְשָׁרְתוֹ יְהוֹשֻׁעַ בִּן-נוּן נַעַר, לֹא יָמִישׁ מִתּוֹךְ הָאֹהֶל.

11 Et Hashem parlait à Moïse panim el panim face à face, comme parle un homme à son ami ish leréheou ; puis Moïse retournait au camp. Mais Josué, fils de Noun, son jeune serviteur, ne quittait pas l'intérieur de la Tente

 

Autre lecture possible « Kaasher : quand ».

Dieu parle à Moïse lorsqu’un homme parle à son ami. 

C'est-à-dire lorsqu’on réalise le verset de ish leréêhou , alors Dieu parle à Mosheh.

Bien que la révélation se soit arrêtée, elle continue s’il y a fraternité dans la communauté.

C’est pourquoi cette mitvah de « yishloa’h matanot » à Pourim c’est la suite de la révélation. Cela a l’air paradoxal. Il y a une allusion dans le verset lui-même : bien que la révélation se soit occultée, elle continue lorsque Pourim est réalisé (mishloa’h manot - matanot laevionim).

En d’autres termes : Si on réalise la mitzvah de vehavtah lerehakha kamokha alors la révélation commence.

 

Je vous en donne l’illustration dans la Halakha.

Une halakha établit que le fait d’envoyer à quelqu'un un ‘hidoush de torah constitue un « mishloa’h manot ». Donc on peut envoyer un dvar torah.

 

Je reviens sur le point important de l’absence du nom divin dans la méguila : c’est parce que c’est l’arrêt des toladot.

 

Alpha

 

Midrach Rabah 58,3 - Rabbi Akiva était assis et enseignait et ses élèves somnolaient. Il a voulu les réveiller. Il a dit: «Pourquoi Esther a-t-elle régné sur 127 provinces? Parce qu’Esther descendait de Sarah qui a vécu 127 années, elle (Esther) a régné sur 127 pays.

 

La méguila commence par nous apprendre que l’empire d’Assuérus avait 127 provinces.

Et le midrash met cela en rapport avec Sarah qui a vécu 127 années.

Lorsque le roi assuérus avait répudié la reine Vashti, il avait convoqué toutes les prétendantes du royaume et c’est Esther « qui a trouvé grâce aux yeux du roi ». Le midrash nous apprend que c’est parce qu’elle descend de Sarah. Sarah a vécu 127 ans et Esther a régné sur 127 provinces. Les toladot commencent à Sarah et s’arrêtent avec Esther. Il y a une sorte de sacrifice qui sera fait pour pouvoir obtenir ce salut de la communauté juive : ce que représente Esther va être donné aux Goyim ! Alors la royauté passe chez les Goyim, la souveraineté passe chez les Goyim, et on ne se rend pas compte de cela. Esther était la fiancée de Mardochée ! Hayitah BeOmna Ito   

 

La règle de la Halakha : personne n’a le droit de faire vivre une femme chez lui s’il ne veut pas se marier avec elle. Cela va très loin d’ailleurs. Je ne vous le dis pas parce que si vous connaissez la loi vous risquez d’être en faute ! (Rires)

La royauté passe chez les Goyim. Avec un clin d’œil dans la méguila d’Esther : tout le monde sait que le vrai roi c’est Mordékhaï ! Lorsque le roi demande ce qu’il faut faire pour un homme qui lui a  sauvé la vie, Hamane répond : le déguiser en roi !

C’est là un thème important : on est descendu dans la galout en tant qu’hébreux et un juif c’est un hébreu déguisé en persan !

Un des rites importants de Pourim est de se déguiser pour savoir qu’on est déguisé !

Le déguisement de Pourim dévoile que les Juifs sont déguisés. ,

Traditionnellement on se déguise en juif. Un juif c’est un hébreu déguisé. Et le jour de Pourim pour s’en rappeler il doit se déguiser…

 

La tradition veut qu’au moment du retour d’Israël en Eretz Israël, la royauté quitte les Goyim pour revenir en Israël. Nous sommes dans une période de transition, on remarque que dans notre époque toutes les dynasties s’arrêtent. Surtout les grandes dynasties. Le plus spectaculaire, c’est la dynastie de Perse elle-même. Quelque temps avant la dynastie d’Ethiopie, avec le roi des rois des rois... soi-disant descendant du roi Salomon. Il y a quelques années la royauté s’est arrêtée en Grèce, par un jour de ‘Hanoukah… Après la première guerre mondiale cela s’est arrrêté en Italie. Et la dernière attendue c’est l’Angleterre. Dans peu de temps. Ils ont eux-mêmes une tradition dans ce sens-là, il est fort probable que le prince Charles soit le dernier. Ils ont une tradition avec la cathédrale de Westhminster avec des colonnes sur lesquelles ils scultent chaque tête royale. Il reste une colonne et demie… Les Chrétiens ont également une tradition sur la fin de la série des Papes qui doit s’arrêté bientôt…

De façon générale, les royautés s’arrêtent partout… et cela revient lentement en Israël. On a déjà un président de l’état ! Ce sont des étapes.

 

La Halakha établi qu’en présence d’un roi des goyim il faut dire une brakha.

Baroukh Atah

Parce qu’il n’y a de royauté que celle d’Israël mais telle qu’elle s’est dispersée chez les Goyim. Derrière ce roi des Goyim, il y a la malkhout d’Israël.

 

Q : Panim el Panim ?

R : Panim el Panim : face à face. 

C’est l’expression Panim BaTorah : la Torah a des dévoilements suivant les midot. La Torah se dévoile dans la midat ha‘hesed : Panim shel ‘hessed, elle se dévoile dans l amidat hadin c’est Panim shel Din. Et Panim el Panim c’est l’unité des midot.

 

…/…

 

***

 

Guemara shabat 88a

Shemot 19.17

« Et ils se rassemblèrent au pied de la montagne ».

"Israël s´installa sous la montagne"[1]. "Sous la montagne?" S´interroge Rav Yossef Bar Avdimi. Oui, explique‑t‑il, ce verset nous enseigne que D‑ieu plaça le Mont Sinaï au dessus des hébreux comme un tonneau et leur dit: "Si vous acceptez la Thora, c´est bien, sinon là‑bas sera votre tombeau". Rav A´ha fils de Yaakov interpella: Si c´est ainsi, la violence a été utilisée pour la Thora! Rav a dit : malgré cela ils l’on de nouveau accepté au temps d’Assuérus.

 

 

Comment ? Parce que la contrainte de la révélation s’est arrêtée et qu’ils ont accepté Pourim : ils ont accepté la suite de l’histoire juive.  C'est-à-dire que la permanence de l’histoire juive s’accroche à Pourim.

 

Ainsi qu’il est écrit : « qimou veqiblou hayehoudim ils ont accompli et accepté les Juifs les jours de Pourim » Esther 9.27

 

Et la guémara explique : ils ont accompli ce jour-là ce qu’ils avaient accepté avant.

Parce que le verset aurait du dire : ils ont accepté et ils ont accompli !  

Mais il dit qiblou ce qu’ils avaient accepté au mont Sinaï.

 

9.27

כז קִיְּמוּ וקבל (וְקִבְּלוּ) הַיְּהוּדִים עֲלֵיהֶם וְעַל-זַרְעָם וְעַל כָּל-הַנִּלְוִים עֲלֵיהֶם, וְלֹא יַעֲבוֹר--לִהְיוֹת עֹשִׂים אֵת שְׁנֵי הַיָּמִים הָאֵלֶּה, כִּכְתָבָם וְכִזְמַנָּם: בְּכָל-שָׁנָה, וְשָׁנָה.

Ils ont accompli et accepté les Juifs sur eux et sur leur postérité et jusqu’à tous ceux qui s’adjoignent à eux (les guérim) de faire sans exception ces deux jours de fêtes comme ils ont été écrits et en leurs temps (ceux qui le font le 14 et ce qui doivent faire le 15).

 

Le verset est écrit « Qimou veqibel » sans le vav mais on lit « qimou veqiblou » au pluriel.

Que signifie le pluriel ?

C’est ce qu’on appelle un qri-ktiv. C’est écrit d’une façon et lu d’une autre.

 

Le midrash explique l’alternative divine : soit ils acceptent soit ils sont enterrés sous la montagne.

Ils ont accepté la Torah du Sinaï mais pourtant ils sont morts dans le désert donc enterrés là-bas ?

Ils ont été enterrés dans le désert pour avoir refuser d’entrer en Erretz Israël.

De là on apprend qu’entrer en Eretz Israël et accepter la Torah c’est la même chose.

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la guémara !

Cela nous explique le singulier, parce que dans toute cette génération un seul est rentré, c’est Kalev ! Le seul qui a vraiment accepté. Yehoshoua était l’élève de Mosheh, et il a un verset pour lui. Mais il y a un verset spécial pour Kalev Ben Yefouneh. Kalev seul rentrera en Israël et il a hérité d’une ville. Le verset dit clairement que tous seront enterrés là-bas sauf Kalev Bin Yefouneh qui a vraiment accepté…

 

Des douzes explorateurs seuls deux ont accepté. Yehoushoua cela va de soi parce qu’il sera le Moïse de sa génération. Et Kalev Ben Yefouneh est en allusion dansle singulier de Qibel : le seul qui a vraiment accepté.

 

Parce que c’est au moment de Pourim qu’il se dévoile qu’ils avaient vraiment accepté au Sinaï… 

 

Le midrash aurait du dire :

« Si vous accepté c’est bien sinon ICI sera votre tombeau ». Mais il y a écrit SHAM – là-bas !

Or, le verset parlant de la génération enterrée dans le desert emploie l’expression Sham !

Qui est dit au moment où ils otn refusé d’entrer en Eretz Israël.

 

(Voir http://www.toraisrael.com/Franch/show.asp?id=38564)

 

Comprenez que dansla guémara accepter la torah signifie entrer en Eretz Israël, et ne pas vouloir entrer en Israël signifie être candidat à être enterré dans le désert (la diaspora).

Ils acceptent la Torah en diaspora en se préparant. Une marche sur place qui n’avance pas…

 

Q : une autre fois vous disiez que les toledot passaient par les hommes mais que le diagnostic est fait par les femmes ?

R : les tolédot c’est la modification de l’identité du père, mais la matrice de cette modification c’est la femme. Les toldot passent par la femme, en ce sens qu’on est le fils de sa mère. Le diagnostic de la lignée par laquelle passe les toladot est fait par la mère.

 

Dans tout ce qui concerne ce monde-ci c’est la mère. Si on prie pour ce monde-ci on donne le nom de la mère. Parce que le monde à venir est acquis. Si on prie pour le monde à venir on donne le nom du père.

 

Par exemple une brakha à la torah si quelqu’un est malade : on donne le nom de la mère. Si on fait un kaddish on donne le nom du père.

C'est-à-dire que le Olam Haba est acquis par la mère. Et pour les choses qui concernent ce monde-ci on donne le nom de la mère.

Tandis que le Olam Hazeh est acquis par le père, et tout ce qui concerne le Olam Haba on donne le nom du père.

 

 <fin>

*****

*****

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 19:51

Pourim cours 10 (1979)

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/pourim/cours_10

339 01

Durée : 41,6 minutes
Face A

 

…/…

 

Parmi les différentes mitzvot de Pourim (le jeûne, le mishtei) il y a deux mitzvot particulières qui sont importantes : la mitzvah de tsédaqah qui s’appelle matanah la-évionim : les cadeaux aux pauvres. Et la mitzvah de mishloa’h manot (l’envoi à au moins deux de ses amis une part - manah - de son repas de Pourim). Il faut au moins deux plats cuisinés et une bouteille de vin. On a pris l’habitude de s’envoyer des douceurs, c’est en plus. La mitzvah réelle et de partager son repas.

 

Ces deux mitzvot ensembles sont des mitzvot de constitution de la communauté. C’est relié au rite des shékalim. Vous apprendrez que le shabat qui précède le Rosh ‘Hodesh Adar, le shabat qui précède Pourim, le shabat qui précède rosh ‘Hodesh Nissan, le shabat qui précède Pessa’h sont des  shabatot spéciaux. Vous comprendrez ce qu’est Shabat Zakhor, Shabat Rosh ‘Hodesh, Shabat Hagadol et Shabat Shekalim.

 

On avait l’habitude de rassembler la participation de l’ensemble de la communauté au moment de Rosh ‘Hodesh Adar pour préparer la caisse nécessaire pour acheter les sacrifices pour le temple. La règle était que ce n’était pas un seul donateur qui donnait cet argent mais qu’il y ait une participation de tous. On rassemblait un demi-shékel par famille.

 

Chapitre 9 à partir du verset 20 de la Méguila:

20 Mardochée mit par écrit ces événements et expédia des lettres à tous les juifs, proches ou éloignés, dans toutes les provinces du roi Assuérus,

Pendant tout le temps de la Méguila on l’appelle Mordekhaï HaYéhoudi.

Du point de vue strictement historique, c’est déjà le temps où le mot de Yehoudi va prendre le sens qu’il aura par la suite lorsque nous traduisons en français par juifs et non par judéens.

Je vous rappelle de quoi il s’agit :

Après le temps du roi Salomon, survient le schisme : 9 tribus et demie ont formé le royaume du nord qui est appelé le royaume d’Israël 

Et qui avait pour capitale Shomrom Samarie et qui était dirigé par une dynastie de la tribu d’Ephraïm, donc des descendants de Joseph.

Ce royaume du nord a été détruit le premier par la civilisation babylonienne. Est resté le royaume du sud qui était le royaume de Juda et qui avait pour capitale Jérusalem, et qui comportait la tribu de Juda, la tribu de Benjamin et la moiitié de la tribu de Manassé et les Lévites étaient divisés dans les deux royaumes.  Très rapidement ce royaume s’est appelé royaume de Juda du nom de Juda mais finalement tous les membres du royaume de Juda (comme par exemple Mardochée descendant de la tribu de Benjamin – ish yemini) ont pris le nom de Yehoudayim, les Judéens. Yomdim dans le sens de Judéens.

C’est ce nom-là qui va devenir le nom des Juifs de diaspora. EL Yehoudim. C'est-à-dire que les Israélim se son perdus. Ce sont ceux qu’on appelle les dix tribus perdues. En réalité 9 et demi.

Les recherches actuelles tentent d’identifier les traces de ses tribus qui se sont fondues dans le paysage humain. Convertis à l’islam pour une grande partie. Probablement, la majorité des Afghans dans la résistance contre la Russie descendent de ses tribus. Ils sont des descendants de Joseph comme le confirme une de leurs traditions.   

Nous savons par ailleurs que ce sont les descendants de Joseph qui finalement assureront le retour messianique de la fin des temps. Et si un jour ils reviennent, ils seront plus nombreux que les Juifs eux-mêmes...

Sont restés les Judéens du royaume du sud qui ont été détruits 150 ans après le royaume du nord, et toute cette cimmunauté de Perse, était les descendants des Judéens du premier temple. Auxquels ce sont joints certains rescapés des familles du royaume d’Israël.

Ensuite, il y a eu le retour quelques années après ces événements qui a fondé le deuxième royaume de Juda. Ce retour n’a été que partiel, il y a eu cette diaspora des Judéens qui sont restés dans le royaume de Babel et qui sont les descendants de cette communauté où lesevénements se sont passés.

 

Le modèle de la diaspora a commencé par cette diaspora des Judéens du premier temple qui ne sont pas revenus au temps du deuxième temple.

 

L’origine du judaïsme yéménite et ashkénaze vient de cette diaspora du Bayit Rishone qui n’est pas revenue au temps du Bayit Shéni. Alors que l’origine du judaïsme séfarade c’est la diaspora du Bayit Shéni détruit 400 ans après.  

 

20 Mardochée a écrit ces événements et il envoya des livres à tous les Juifs, proches ou éloignés, dans toutes les provinces du roi Assuérus

 

C’est un empire qui fait beaucoup penser à l’empire soviétique, avec une constitution officiellement très libérale, avec l’autonomie de chaque république, avec le cas particulier des Juifs qui n’avaient pas de territoire et le parti des Amaléçites au pouvoir.

Nous avons les républiques soviétiques qui ont toutes officiellement une autonomie culturelle, linguisitique et nationale même. Comme nous le verrons dans les premiers versets de la Méguilat Ester, c’était comme la constitution de l’empire d’Assuérus, avec les deux identités inclassables : Les Juifs et les Amaléçites, en rapport schématiquement avec les Juifs et le parti communiste au pouvoir.

 

20 Mardochée a écrit ces événements et il envoya des livres à tous les Juifs, proches ou éloignés, dans toutes les provinces du roi Assuérus

 

On peut lire au sens propre der l’éloignement géographique ou au sens figuré de l’éloignement de l’identité juive. C'est-à-dire que cela concernait tous les Juifs.

 

כא לְקַיֵּם, עֲלֵיהֶם--לִהְיוֹת עֹשִׂים אֵת יוֹם אַרְבָּעָה עָשָׂר לְחֹדֶשׁ אֲדָר, וְאֵת יוֹם-חֲמִשָּׁה עָשָׂר בּוֹ: בְּכָל-שָׁנָה, וְשָׁנָה.

De prendre sur eux et de faire le 14ème jour du mois de Adar et le 15ème jour chaque année.

 

Dans toutes les villes c’est le 14 Adar qu’est Pourim, et dans les villes entourées de murailles au temps de Josué dit la guémara, c’est le 15 Adar. En particulier Jérusalem qui était une ville entourée de murailles en ce temps-là. Et toutes les villes du monde entier dont on sait qu’elles étaient entourées de murailles au temps de Josué lors de la conquête d’Israël, alors c’est Pourim le 15 adar.

Noramllement la guémara aurait du dire les villes entourées de murailles au temps d’Assuérus ! Pourquoi la mention du temps de Josué ? Réponse de la guémara : c’est à cause d’Eretz Israël.

Nous verrons de quoi il s’agit.

 

כב כַּיָּמִים, אֲשֶׁר-נָחוּ בָהֶם הַיְּהוּדִים מֵאֹיְבֵיהֶם, וְהַחֹדֶשׁ אֲשֶׁר נֶהְפַּךְ לָהֶם מִיָּגוֹן לְשִׂמְחָה, וּמֵאֵבֶל לְיוֹם טוֹב; לַעֲשׂוֹת אוֹתָם, יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה, וּמִשְׁלֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ, וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיֹנִים.

 22 comme les jours où les Juifs étaient en repos de leurs ennemis, lorsque cela a basculé pour eux de l’angoisse en joie et du deuil en fête pour en faire des jours de festin mishtei et de réjouissances et (une occasion) d'envoyer des parts de repas l'un à l'autre et des cadeaux aux pauvres.

 

Retenez cette expression de Pourim par excellence : Nahafor : tout est à l’envers.

A relier au thème de ce que les goyim appellent le carnaval. Ce n’est pas par hasard que c’est à la même époque ! Le principe du carnaval c’est Nahafor, les lois s’inversent. Par exemple, dans les yeshivot le dernier de la classe prenait la place du rosh yéshivah et fait un shiour de Pourim…

C’est le thème par exemple du marquis de Carabas. (Une transformation de Barabas) c’est le jour où les fous sont des gens normaux et les gens normaux sont les fous…

Dans tous les pays, et surtout dans le Brésil, sorte d’anti-Israël au niveau de la qédoushah d’Israël.

La seule société où on ne peut pas être raciste. Toutes les races sont représentées, mélangées.

Les Juifs au Brésil ne s’y sentent pas bien, tout est à l’envers pour eux.  

Effectivement, chez les Goyim lors du carnaval la loi morale est inversée, alors qu’à Pourim pour les Juifs c’est l’épreuve morale la plus fine. Cf. le rite du vin et le problème du « Ad lo yada ».

 

כב כַּיָּמִים, אֲשֶׁר-נָחוּ בָהֶם הַיְּהוּדִים מֵאֹיְבֵיהֶם, וְהַחֹדֶשׁ אֲשֶׁר נֶהְפַּךְ לָהֶם מִיָּגוֹן לְשִׂמְחָה, וּמֵאֵבֶל לְיוֹם טוֹב; לַעֲשׂוֹת אוֹתָם, יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה, וּמִשְׁלֹחַ מָנוֹת אִישׁ לְרֵעֵהוּ, וּמַתָּנוֹת לָאֶבְיֹנִים.

 22 comme les jours où les Juifs étaient en repos de leurs ennemis, lorsque cela a basculé pour eux de l’angoisse en joie et du deuil en fête pour en faire des jours de festin mishtei et de réjouissances et (une occasion) d'envoyer des parts de repas - יְדַבֵּר אִישׁ אֶל-רֵעֵהו   ish el réêhou un homme à son ami et des cadeaux aux pauvres.

 

Ce sont deux mitzvot différentes.

La mitzvah de Matanot LaEvionim pour la Tzedaqah.

Et la mitzvah de mishloa’h manot

 

כג וְקִבֵּל, הַיְּהוּדִים, אֵת אֲשֶׁר-הֵחֵלּוּ, לַעֲשׂוֹת; וְאֵת אֲשֶׁר-כָּתַב מָרְדֳּכַי, אֲלֵיהֶם.

23 Les juifs accepta sur eux tout ce qu’ils avaient commencé de faire et ce que Mardochée leur avait recommandé par écrit;

 

Remarquez le singulier du verbe.

 

Trois dimensions de l’identité d’Israël : Am Israël, Torat Israël, Eretz Israël.

On peut y faire apparaitre les trois grandes dimensions de la lutte contre Israël dans l’antisémitisme.

Les trois tentatives différentes de détruire Israël. 

Au niveau du peuple. Et Pourim est la commémoration de cet échec : quelque soit les tentatives de détruire le peuple en tant que peuple, cela échoue.

Au niveau de sa Torah. Et Sim’hat Torah commémore cela.

Au niveau de sa terre. C’eest la tentative ultime. Dans le monde entier, l’antisémitisme a changé de style. Il ne s’agit plus de détruire les Juifs ou de les assimiler mais de les couper de Eretz Israel. Cette troisième tentative ne réussira pas non plus. A quel prix c’est un autre problème.

C’est la plus dangereuse actuellement parce que c’est celle qui est en cours.

 

KiTissa 33.7-11

Après la faute du veau d’or, la révélation divine à Moïse ne s’effectue que dans le Moéd, le Mishkane. Et la Torah nous indique que ce Ohel Moéd séparait les camps, donc la révélation à Moïse est particularisée à Moïse après la faute du veau d’or.

Il y a là le verset qui définit ce niveau de la révélation à Moïse dans le Ohel moed :

 33.11

 יא וְדִבֶּר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה פָּנִים אֶל-פָּנִים, כַּאֲשֶׁר יְדַבֵּר אִישׁ אֶל-רֵעֵהוּ; וְשָׁב, אֶל-הַמַּחֲנֶה, וּמְשָׁרְתוֹ יְהוֹשֻׁעַ בִּן-נוּן נַעַר, לֹא יָמִישׁ מִתּוֹךְ הָאֹהֶל.

11 Or, Hashem parlait avec Moïse panim el panim face à face, comme parle un homme à son ami ish leréheou ; puis Moïse retournait au camp. Mais Josué, fils de Noun, son jeune serviteur, ne quittait pas l'intérieur de la Tente

 

On retrouve cette même expression - יְדַבֵּר אִישׁ אֶל-רֵעֵהו   ish el réêhou -  dans les deux versets.

« Ish le réêhou » pour  mishloa’h manot et « ish el réêhou » pour la révélation à Moïse.

 

Le thème est celui de l’importance de ce qui se passe à Pourim, indépendamment du contenu de l’histoire, indépendamment du contenu de l’événement du salut d’Israël, cette dimension Am Israël en danger. Et il n’y a pas de doute ici qu’il s’agit du premier récit de la problématique de l’antisémitisme tel qu’on le connait depuis dans la disapora, avec l’intention de détruire le peuple comme peuple. C’est que c’est le temps de la fin de la révélation. La Mégilat Ester est le dernier livre révélé. Au niveau de la Mégilat Ester la révélation se cache. C’est le sens du mot « Ester », on rentre dans un monde caché, nistar.

 

Le mot de Ester est un mot persan. Elle s’appelait Hadassah en hébreu.

C’est le temps de la fin de la révélation, et la tradition a donné la même dignité à la Mégila Ester qu’au Sefer Torah.

 

Quelles sont les causes objectives immédiates dévoilées de la fin de la révélation ?

C’est la destruction de la nation d’Israël qui est le réceptacle de cette révélation. Dix tribus sont détruites. C’est donc le temps où la réception est impossible. Même si à l’échelle individuelle à chaque génération des membres du peuple d’Israël sont capables d’être prophètes ils ne peuvent pas l’être parce que les conditions objectives de la révélation ont été détruites.  

Il en résulte que cette capacité prophétique va s’attrophier et se restreindre à l’envergure de la communauté, ou du Beit Hamidrash… ce sont les grands d’israël à travers les générations. Rashi Ramban, Rambam, Yehouda Halévi, Rabi Yosef Karo…  qui ont la valeur des prophètes. Mais n’étant pas dans le temps objectif de la prophétie alors cela se résorbe dans la dimension appelée Roua’h Haqodesh. La tradition enseigne que le commentaire de Rashi fut formulé par Roua’h Haqodesh. Cela signifie que si Rashi avait vécu au temps de la prophétie il aurait été un prophète.

Idem avec Maïmonide et son Mishnei Torah, le Kouzari, Ramban, les grands livres… Et la guémara bien entendu.

 

C’est la même chose mais dans une toute autre envergure. 

Parce que les conditions objectives de cette capacité de réception à l’échelle de la nation ont été détruites. La première raison est la perte des dix tribus. C'est-à-dire que la fonction prophétique n’a pas quitté Israël mais elle s’est caché à ce niveau qu’on appelle l’inspiration de Roua’h haQodesh.

 

C’est complétement différent de ce que les Chrétiens en ont fait. Ils ont inversé les concepts et ont appelé cela l’Esprit-Saint, qui chez eux fait des enfants, alors que chez nous il fait des livres ! 

 

Et la deuxième raison est que le lien avec Eretz Israël a été coupé.

 

A cette époque le lien avec Eretz Israël était encore très proche dans le temps. C’était une communauté qui arrivait à peine d’Eretz Israël. Au niveau de Mordekhaï et des autres prophètes comme Malakhi, il y avait cette capacité de prophétie mais elle se cache et rentre dans la clandestinité, elle est occultée, nistar. Comme Ester. C’est la raison de cette coïncidence dans les termes. Hadassah s’appelle Ester en persan. C’était le nom d’une divinité païenne Astarté.   

 

La révélation est arrêtée et le mérite d’Israël d’être resté fidèle à la révélation antérieure s’accroche à la fëte de Pourim.

C’est un thème important étudié dans la guémara : c’est au moment de Pourim que se dévoile qu’Israël a vraiment accepté la Torah au Sinaï.

L’explication est très simple : Israël au pied su Sinaï accepta la Torah révélée par Dieu, donc contraint et forcé, parce que quand Dieu se révèle l’homme perd toute liberté. Cela n’enlève pas le mérite d’être arrivé au Sinaï pour revevoir la Torah. Mais du moment que Dieu se révèle, il n’y a pas de liberté.

Le midrash l’explique d’une façon simple : lorsque le roi est présent le serviteur n’est pas libre. Où est donc le mérite du serviteur ? C’est d’être parvenu librement à l’endroit où il rpedrait sa liberté. 

 

Ce sont les 49 jours de Pessa’h à Shavouot. Mais le 50ème jour le serviteur est pris au piège. L’étude du Omer entre Pessa’h et Shavouot : la Torah demande de compter 7 semaines 50 jours. Mais 7 semaines font 49 jours ! En fait on en compte que les 49 jours, si on les acompté le 50ème nous est donné, sinon le 50ème n’est pas là. Cela est lié aux 50 niveaux de la sagesse dont on ne peut acquérir que 49. Et si on acquiert 49 le 50ème est donné. 

 

Donc au pied du Sinaï il n’y a pas de mérite sans la liberté.

 

La guémara cite le verset disant que les Hébreux sont arrivés au pied de la montagne.

 

Shémot - Yitro 19.17 :

יז וַיּוֹצֵא מֹשֶׁה אֶת-הָעָם לִקְרַאת הָאֱלֹהִים, מִן-הַמַּחֲנֶה; וַיִּתְיַצְּבוּ, בְּתַחְתִּית הָהָר.

17 Moïse fit sortir le peuple du camp au-devant de la Divinité et ils s'arrêtèrent au pied de la montagne.

 

Rashi : Dans le bas de la montagne… Au sens littéral : « au pied de la montagne ». Mais le midrach explique que la montagne a été arrachée à son endroit et a été renversée sur eux comme une coupole (Shabath 88a).

On peut lire en hébreu « sous la montagne ».

 

Gémara Shabat : Hashem a soulevé la montagne disant à Israël : « si vous acceptez ma torah c’est bien, sinon ici sera votre tombeau ».

Question de la guémara : cela donne une possibilité de contestation ca rla Torah a été imposée de force ! 

Réponse : la Torah c’est l’autentification de l’identité même d’Israël. A un certain niveau d’identité on ne peut plus dire oui ou non, puisque c’est le niveau d’être. Etre ou ne pas être là est la question. Dire non à la Torah serait dire non à son être. C’est ce que dit le midrash dans sa formulation imagée: une fois arrivés à la Torah si vous acceptez c’est bien sinon vous disparaissez ! Il n’y a pas de demi-mesure possible. Israël est l’Israël de la Torah ou il n’est pas Israël.

A l’échelle individuelle ce lien à la Torah peut se réaliser à des niveaux très différents même négatifs. Mais Israël au niveau collectif ne peut pas renier la Torah.

Comme je dis souvent c’est la différence profonde entre un juif athée et un non-juif athée.

Le non-juif athée ne croit pas que Dieu existe, le juif athée croit que Dieu n’existe pas. C’est très différent. La relation est très différente.

 

A un dernier colloque j’étais avec Robert Mizrahi. Il est en train de faire teshouvah. Il a fini son discours en disant : Il est possible que la fin de ma vie je dise que je me suis trompé de point de vue.

Je lui ai raconté une fois dans un colloque avec un autre de ses collègues marxistes au temps de la guerre, il avait dit qu’il ne coyait pas en Dieu. Je lui répondu ce n’est pas grave l’essentiel c’est que Dieu croit en toi. C’est cela le vrai problème pour un juif. La relation du juif avec la Torah peut avoir des distances à l’échelle individuelle, mais c’est l’existence d’Israël comme tel. C’est ce que dit ce midrash.

 

La guémara continue :

Ils ont de nouveau accpté librement au temps d’Assuérus.

C'est-à-dire qu’au temps d’Assuérus la contrainte de la révélation a cessé et donc le lien à la Torah s’est dévoilé comme étant libre en absence de la contrainte de la prophétie. En présence du prophète on ne peut pas discuter.

 

(Même ceux qui ne sont pas d’accord avec ce que dit le prophète ne discuttent jamais du fait qu’il s’agisse d’un prophète. Ils savent qu’ils vont contre la vérité. Un peu ála façon de ce que dit LaRoshefoucaud : le vice est un hommage rendu à la vertu. Voyez dans tout le Tanakh. Jamais les prophètes n’ont à démonter qu’ils sont prophètes. Leurs contemporains le savent bien. Ils sont pour ou contre mais ils le savent. Nous n’avons plus expérience de cette procimité avec un prophète. C’est un événement qui a cessé.).

 

Donc le fait que les Juifs aient continué d’être juifs après Pourim c’est la preuve qu’au Sinaï ils avaient finalement accepté librement. Cela révèle la véritable motivation. Sinon se serait dévoilée une autre motivation en absence de contrainte. 

 

Le peuple juif resté fidèle à la Torah une fois la contrainte disparue, c’est la preuve que c’était librement qu’ils l’avaient accepté. Ils le prouvent en acceptant d’ajouter aux mitzvot de la Torah la fête de Pourim. Puisque c’est la première fois qu’ils acceptent une mitzvah en absence de contrainte de révélation.  

 

Deux éléments importants : l’arrêt de la révélation et la continuation du lien à la révélation.

Pourim est le dévoilement par excellence de l’attachement d’Israël à la Torah. Parce que la révélation a cessé et on continue.

 

On a le dernier Beit hamidrash avec Mordekhaï, Malakhi, Ezra et Néhemiah qui sont des prophètes mais c’est la fin de la prophétie. Ezra c’est la charnière entre le temps des prophètes et le temps de ‘hakhamim.

 

…/…

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 20:45

 

Pourim cours 9c (1979)

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/pourim/cours_9

338 03 ?

Durée : 35,1 minutes
Face C

 

…/…

… De la même manière pour l’hébreu, il y a le lashone haqodesh et l’hébreu de la communication des consciences, l’hébreu de la rue, l’ivrit comme on dit en hebreu moderne. La parole exprime l’âme, et l’intelligence est une des fonctions de l’être vivant mais celui qui parle n’est pas l’intelligence.

 

Q : Comment se fait-il que le lashone haqodesh soit si imagé ?

R : C’est un langage concret, mais la signification du langage elle est abstraite.

Barekh signifie bénir. Mais le même mot peut servir pour dire maudire. C’est au niveau du langage concret. Pour comprende ce que signifie bénir et ce que signifie maudire avec le même terme concret il faut s’élever au niveau de la signification de cette racine qui elle est absolument abstraite et qui peut avoir deux exposants. On était arrivé à l’idée de densité de l’être et fécondité. Et lorsque la densité est adaptée au véhicule qui la reçoit alors il y a bénédiction, mais lorsqu’elle est mal adaptée il y a malédiction. Un courant trop fort passant dans une ampoule la fait éclater. On a donné trop. Le trop est une malédiction.  

Il faut arriver à la notion absolument abstraite. Tant qu’on reste au niveau des images cela crée des passions. L’image est la source des mythes. L’image est la source de violence.

 

Q : Vous aviez dit au début de l’année sur Bereshit que la différence entre l’homme et l’animal ne se faisait pas sur la parole mais sur le problème moral. La prise de conscience chez l’homme d’une certaine pudeur, le dialogue avec le Na’hash ?

R : Non, je vais essayer de te mettre cela en ordre, il y a les cassettes tu les réécouteras, je  n’ai pas pu dire que la différence entre l’homme et l’animal ne se fait pas par la parole ! 

Enfant au Talmud Torah un de mes maitres m’a donné une consigne que j’ai essayé de pratiquer toute ma vie. Ne jamais s’endormir sans avoir appris une connaissance nouvelle. Au moins une idée nouvelle. Il y a des nuits bénies où l’on apprend des milliers de choses nouvelles. Essayer de le faire : ne jamais vous endormir sans avoir acquis quelque chose de nouveau. Mais vraiment acquise qui reste dans la mémoire et non pas qui s’envole… Sinon on se réveille le lendemain un peu plus vieux que la veille. Tandis qu’avoir acquis une idée nouvelle avant de s’endormir permet de se lever le lendemain matin plus jeune que la veille.

Et deuxième consigne : savoir ce que je dis parce qu’en général je ne dis que ce que je sais.

Et comme je sais que la différence entre l’animal et l’homme c’est la parole je n’ai jamais pu dire que ce n’est pas la parole. Donc c’est mal cité. Je vous avais dit que le commencement de la conscience morale c’est la pudeur. La différence entre l’homme et l’animal c’est la conscience morale, et le commencement de la conscience morale c’est la pudeur.

Le premier être que la Bible nomme Adam est le premier être capable de conscience morale. Le signe en est l’expérience de la pudeur. Tous les éthnologues sont d’accord. Quelque soit la civilisation la plus rudimentaire chez l’homme, dès que le signe de la pudeur apparait on sait que ce n’est pas un animal. On ne trouve chez aucun animal un signe ressemblant à l’expression de la pudeur. Et le signe de la pudeur c’est le vêtement. C'est un fait que l’éthnographie a établi depuis longtemps.

Par exemple, des sociétés dont les membres vivent tout nu, à l'exception d'un fil autour de la ceinture. Lorsqu’on veut déchoir quelqu'un on lui ôte ce fil et il se sent tellement nu qu’il se suicide à cause du déshonneur. Comme quoi la vie ne tient qu’à un fil…

Cf. l’étymologie du mot vêtement en hébreu.

L’hébreu connait deux mots pour désigner le vêtement : le mot de Bégued qui se rattache à la racine Bagod qui signifie trahir. Bogued : un traitre. Bégued est donc le vêtement de travestissement. On s’habille pour se cacher, se déguiser.

Le mot de Lévoush qui se rattache à la racine Boushâ la honte. Le lévoush est le vêtement que l’on met à cause de la honte. C’est le Lévoush qui exprime l’expérience de pudeur, alors que le Bégued c’est l’habillement dont on s’habille pour se cacher.

En hébreu pratique courant on emploie l’un comme l’autre.

 

Retenez cela que la différence spécifique de l’homme par rapport à l’animal c’est la parole.

Je vous le montrerais dans le texte de Beréshit.

Vous voyez le lien entre la parole et le problème moral.

Et d’autre part, l’identité humaine se caractérise par la conscience morale. Et l’apparition de la conscience morale c’est l’expérience de la pudeur.

 

Q : Pourquoi l’animal Na’hash est-il doué de parole ?

R : C’est parce que c’est l’animal le plus évolué qui aurait pu être un homme. La différence entre ce Na’hash quasi-homme. Je vous en ai parlé par allusion. L’humanité est pleine de descendants de ce Na’hash qui sont parmi les hommes et se font prendre pour des hommes. La configuration physique n’a aucune importance dans le problème. C’est l’identité profonde de la personne qui est derrière qui appartient soit à Adam, soit au Na’hash.

La difference c’est que l’homme est doué de sagesse ‘Hokhmah, alors que la pensée chez le Na’hash est Ôrmah c'est-à-dire la ruse. Quelle est la différence entre la ruse et la sagesse ? Encore une fois c’est le critère moral ! La pensée la plus élaborée en absence de conscience morale devient dévastatrice ! Et on voit que ce n’est pas l’intelligence qui définit l’identité humaine fondamentale profonde, c’est la moralité. L’être que la Bible nomme Adam c’est l’être humain doué de conscience morale. Il a des problèmes avec le Na’hash. Le Na’hash est un animal évolué qui aurait pu être homme et qui est très intelligent mais qui n’est que rusé et qui n’a pas accédé à cela.

 

Et le fait que lorsque j’ai posé la question à mon rabbin il m’a répondu : l’étonnant n’est pas que l’ânesse de Bilaam ait parlé, c’est le fait que les autres ne parlent pas !

Cela veut dire que tout vivant était donné à la possibilité d’être vivant doué de parole. Mais un seul a realisé cela en acte, c’est l’homme. Et dans des conditions exceptionnelles, la bouche des autres êtres vivants peut s’ouvrir. D’après la tradition, le roi Salomon comprennait le langage de tous les animaux, les plantes, les arbres et même les pierres. Cela veut dire que finalement sous forme cachée et endormie, cet être de la parole est dans toute la réalité, seulement il ne s’exprime que chez l’homme.

 

Q :

R : C’est le problème du langage qui est beaucoup plus large que la parole. Le problème du langage est que beaucoup de comportements sont des langages par signes. 

On ne peut pas tromper quelqu'un qui possède la sagesse, quelque soit la manière dont quelqu'un essaie de se déguiser dans sa parole. Aujourd’hui la psychologie moderne à travers Freud a découvert ce qu’on appelle le non-dit. Avec par exemple le problème du lapsus…

Toute la guémara de Pessa’him commence par là avec dix pages sur ce problème : comment connaitre quelqu'un d’après la manière dont il parle. Par excellence c’est la parole qui exprime l’être profond. Et c’est la raison pour laquelle la communication est si difficile parce qu’on a peur de parler. On ne peut vraiment parler qu’à quelqu'un qui est en paix.  Il n’y a que lorsque la relation de paix s’est installée que la parole est possible. A la limite, il n’y a qu’une seule parole, c’est la parole de paix.

La première chose que le Rav Tsvi Yehoudah Kook enseigne lors de la première rencontre c’est comment en hébreu on se dit bonjour : shalom !

Partout ailleurs, il y a des souhaits honorables : en français bonjour, en latin salve…

Mais le mot de la rencontre complet c’est Shalom. Les Arabes l’ont aussi et le tiennent d’Abraham avec Salam. Ils ont trois mots différents pour la paix. En tout cas du point de vue de l’enseignement de la Torah, il est clair que la différence specifique de l’homme par rapport à tout être vivant c’est donc la parole.

 

Bereshit 2.7

2.7

וַיִּיצֶר יְהוָה אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם, עָפָר מִן-הָאֲדָמָה, וַיִּפַּח בְּאַפָּיו, נִשְׁמַת חַיִּים; וַיְהִי הָאָדָם, לְנֶפֶשׁ חַיָּה.

Et Hashem Elohim forma l’homme à partir du humus de la terre et Il aniam son visage de l’âme de vie et l’homme devint personne vivante Nefesh ‘Hayah.

Ce mot Nefesh c’est d’abord le souffle, le souffle qui fait parler. Roua’h le souffle que l’on inspire et Nefesh le souffle que l’on expire. Je vous ai donné une fois tous les sens du mot Nefesh.

Nefesh veut dire le souffle, ensuite la parole, ensuite la personne, le cadavre, la tombe…

 

Rashi sur Nefesh ‘Hayah:

Af Behémah ve’Hayah Tiqreou Nefesh ‘Hayah… même la bête domestique et sauvage ont été nommées par le verset Nefesh ‘Hayah personne vivante. Mais celle de l’homme est la plus vivante de toutes, parce que lui fut ajoutée Daat veDibour connaissance et parole.

 

Targoum :

Et l’âme de vie est devenue en lh’omme Roua’h Memalelah souffle de parole/souffle parlant.

 

Il y a une différence entre le Targoum et l’hébreu. L’hébreu dit que c’est l’homme qui devint Nefesh ‘Hayah personne vivante et le Targoum dit que c’est son âme en lui qui est devenue Roua’h Memalélah.

Mais enfin, on voit ici que la différence entree l’homme est l’animal est la capacité de parole.  C’est parce que cela implique que la parole renvoie au quelqu'un que chacun est. C’est dans la parole de chacun qu’on sait qui il est…

 

A l’écoute attentive du discours que quelqu'un on sait rapidement quelles sont ses tendances morales, ses croyances, parce qu’il dit ce qu’il est. Il y a pour cela cette pudeur de l aparole qu’on appelle psytacisme. On parle beaucoup précisément pour ne rien dire et surtout pour ne pas parler réellement car c’est se livrer. 

 

Q : Dans le verset 30 du perek alef, il est écrit Hashem Bo Nefesh ‘Hayah…

R : Nakhon, cela veur dire que dans la création toute entière il y a Nefesh ‘Hayah mais finalement elle ne s’exprime qu’à travers la personne de l’homme. C’est ce que dit Rashi : tout être vivant est appelé Nefesh ‘Hayah. Mais le Nefesh ‘Hayah est le plus vivant parce que porteur de parole ou inversèment.

 

Il nous reste 5 minutes et je voudrais finir sur le Maamar que l’on a vu.

Je vous cite un enseignement de la Kaballah sur le Maamar en question.

La paroile une fois émise est findalement détachée de celui qui l’a émise. Or, la source de cette parole c’est la personne de celui qui l’a dite. Et par conséquent, toute parole dite, une fois dite, est en situation d’exil. Et par conséquent, le monde de la parole est un monde d’exil. Citer quelque chose au nom de celui qui l’a dit c’est ramener cette parole exilée à sa source et c’est donc amener la délivrance… Cela va nous servir de transition avec l’étude de Pessa’h : Israël est descendu en exil pour y délivrer les paroles prisonnières. L’exil est d’abord l’exil de la parole. Monsieur Néher a pris cela comme titre d’un de ses livres. Peut-être a-t-il pris ce midrash comme base. Le midrash nous enseigne que Dieu a créé le monde par Sa parole. Depuis la création du monde la parole de Dieu est en exil dans le monde. En påarticulier dans la Hagadah de Pessa’h, on trouve l’explication que dans tous les cas il était nécessaire qu’Israël descende en exil là où la parole est. En français on a l’expression de « délivrer un message ». Il y a un message qui ne peut pas être délivré, alors il faut aller délivrer le message…

Il y a une parole qui se tait dans l’élaboration de chaque civilisation et qui n’arrive pas à s’exprimer, alors il faut aller la libérer.

 

Dans la Hagada de Pessa’h, Jacob était destiné dans tous les cas à descendre en Egypte. Il y a deux manières de descendre en Egypte, dans la gloire et dans la persécution, selon le mérite.  Et pour que l’exil de Jacob soit honnorable alors Joseph est descendu avant pour le préparer et le recevoir comme le roi reçoit le roi. Et la Hagada dit : Melamed Al Nouss Al Pih Hadibour – forcé par la parole.  L’explication habituelle c’est qu’il s’agit de la parole de Hashem à Avraham que sa derscendance serait exilée 400 ans. L’explication de la Kaballah est que Jacob a été appelé et forcé par cette parole prisonnière de venir la délivrer. Effectivement, la révélation de la parole s’est faite à la sortie d’Egypte. Jusqu’à la sortie d’Egypte, la révélation ne peut pas se faire. Moïse n’arrive pas à parler, il bégaye. Et dès la sortie d’Egypte, c’est Moïse qui est le porte-parole.

 

On interprète le mot de Pessa’h de la manière suivante : Pessa’h suivant l’étyologie cela veut dire l’examen de passage passer d’un monde à l’autre, passer au-delà. La Kaballah indique que c’est Peh Sa’h c'est-à-dire la bouche pure. Alors que Paro, on entend les lettres de Peh râ.

Cette parole qu’il s’agit de délivrer est en exil, et il faut descendre là où elle est pour ouvrir la bouche. 

 

Retenez pour Pourim:

 

Massekhet Meguila 15a :

Kol HaOmer Davar BeShem Omro Mévi Geoula LaOlam.

Tout celui qui dit quelque chose au nom de celui qui l’a dit amène la délivrance au monde.

Shénéemar « Vatomer Ester BeShem Mordekhaï ».

Comme il est dit : « Et Esther le dit au nom de Mardochée ».

 

Et cela a été enseigné pour les paroles de Torah en général. Il n’y a pas de Din qui oblige à dire quelque chose au nom de celui qui l’a dite parce que la Torah appartient à tous. C’est seulement une vertu de citer une parole au nom de celui qui l’a dite. Parce que tant qu’on ne sait pas qui a dit quoi on ne sait pas vraiment ce qui est dit. Cela dépend de qui a dit ce qui a été dit. On a vraiment dit une parole de vérité que si on sait qui l’a dite. Une même phrase dite par des hommes différents prend un sens différent.

 

Kol HaOmer Davar BeShem Omro Mévi Geoula LaOlam.

Celui qui non seulement dit une parole de vérité, mais qui la dit au nom de celui qui l’a dite, celui là amène la délivrance dans le monde, parce que c’est à cette seule condition que cette parole qui a été dite est vraie et a son sens.

C’est enseigné à propos de toute parole de Torah ou de sagesse.

Je vous ajoute encore un enseignement à ce sujet. A la limite, la délivrance ne pourra venir dans le monde que si on reconnait que celui qui a dit la parole à l’origine dans le monde c’est celui qui l’a dite, c'est-à-dire Dieu Lui-même ! Si on ramène la sagesse à celui qui l’a dite alors la guéoula peut venir. C’est la limite.

 

Cela se rattache à un principe important, dans l’enseignement de la Kaballah : le mal est quelque chose qui aurait pu être bien mais qui a été coupé de sa source, qui s’est autonomisé et qui fonctionne par lui-même et devient le mal. La seule redemption possible est de le rattacher à l’unité des valeurs. Alors il perd son visage de mal et il redevient le bien absolu.

C'est-à-dire que toute parole coupée de sa source peut devenir dévastatrice. Et elle n’est bénéfique que reliée à celui qui l’a dite. Il y a là une consigne de surveillance absolue de la parole. Au fond au jugement dernier on sera jugé sur ce qu’on a dit. 

Un Maamar dans la Guémara dit qu’au moment de la mort on revoit tout ce qu’on a vécu et qu’on entend tout ce qu’on a dit. Même les paroles secrètes entre un homme et sa femme. Tout est répété car tout est gardé dans la mémoire. Vous voyez à quel point il faut surveiller ce qu’on dit.

Un mishnah très jolie de Avot: 

Toute ma vie j’ai grandi entre les sages et je n’ai pas trouvé pour le corps meilleur chose que le silence.

Que veut-on nous dire ici ? Qu’il vaut mieux se taire ?

Mais pour le dire il faut bien parler !

Rabi Na’hman de Braslav sur cette mishna explique :

Bein Ha’Hakhamim entre les sages il y a la controverse ! ,

Et il a compris que la meilleure des choses est de se taire.    

On apprend de la Guémara que celui qui calomnie quelqu'un qui ne le mérite pas est frappé dans son corps. Il faut donc se garder des paroles de controverse. C’est l’enseignement de cette mishna.

C’est à ce moment-là un tout autre langage : à travers le silence passe une connaissance.

Martin Buber nous avait dit un jour qu’il y a des silences vides et des silences pleins.

Ceux vides de rien du tout, et ceux plein d’enseignements. Plus haut que la parole qui parle, il y a la parole qui se tait. Et du silence on apprend plus parfois que de la parole.

 

Q : Dieu continue à parler aux prophètes, est-ce que cette parole est quand même en exil même si elle est reçue par des êtres de vérité ?

R : Nakhon, elle est quand même en exil ! Jusqu’au moment de la guéoula !

…/…

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Published by Phil O'Semith - dans CALENDRIER & FÊTES
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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 20:44

Pourim cours 9b (1979)

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/pourim/cours_9

338 02

Durée : 46,2 minutes
Face B

 

 

Par exemple, dans la théorie des ensembles, on a d’abord un premier ensemble qu’on appelle le genre prochain qui est l’ensemble des êtres vivants, qui comporte l’homme et d’autres êtres. Par conséquent le mot « animal » ou « vivant » ne suffit pas à définir l’homme. C’est trop large, c’est le genre prochain. On procède donc par approximations. On va dire plus et ensuite on va dire moins. Donc dans cet ensemble des êtres vivants il faudra caractériser le sous-ensemble propre uniquement à l’homme : quelle est la différence spécifique à l’homme que l’on ne trouve pas chez les autres êtres vivants.  C’est là que vient l’adjectif. Et en général, la philosophie a préféré le caractère spécifique de « pensant » ou « raisonnable », c'est-à-dire doué de raison.

Cette définition n’est pas fausse. Il est bien évident que ce qui différencie l’homme des autres vivants c’est la catégorie de la pensée qui est chez l’homme d’une envergure considérable par rapport aux autres êtres vivants. Mais elle n’est pas suffisamment exacte. Parce que finalement, on sait bien que les animaux pensent ! Il ne suffit pas de dire le « vivant pensant » pour établir la caractéristique spécifique de l’homme par rapport aux animaux.

Les philosophes ont pris pour postulat que la pensée chez l’animal n’est pas de la pensée. Mais aujourd’hui, on tend à modifier un peu cette affirmation.

Qu’est-ce que la pensée à l’échelle la plus rudimentaire ?

Ce n’est pas la prise de conscience, avoir conscience de quelque chose : se représenter un objet de représentation…  avecune distance entre le sujet qui pense et l’objet de sa pensée. C’est la définition du phénomène de la conscience : quand j’ai conscience de quelque chose, en même temps je prends conscience de moi. La pensée n’est pas la conscience. Prendre conscience d’une douleur d’une piqûre d’aiguille par exemple, ce n’est pas de la pensée. On la caractérise comme une pensée rudimentaire par façon de parler, mais ce n’est pas vraiment de la pensée dans le sens logique. C’est de la conscience. Avoir en tant que sujet conscience d’une représentation qui m’affecte. Et dans le fait de se représenter cette représentation il y a présence à soi-même. C’est le phénomène de la conscience. Etre conscient de quelque chose et par ce biais-là être conscient de soi-même. Cela n’a rien à voir avec la pensée parce que c’est beaucoup plus large. Une émotion est un phénomène de conscience.

 

On sait aujourd’hui que l’animal pense, pas dans la même envergure que l’homme.

Qu’est-ce que la pensée ?

Penser c’est établir des relations entre des représentations.

C’est pourquoi on a l’habitude de dire en logique que la forme élémentaire de la pensée c’est le jugement. Un jugement c’est la pensée d’une relation entre deux termes. Lorsque je dis : « le ciel est bleu » : Je juge que le ciel est bleu, j’ai établi une relation entre l’idée/l’image de ciel et l’idée/l’image de bleu… Il y a ainsi toute une série de jugements de natures différentes.

 

Je vous donne un conseil : si vous voulez approfondir quoique ce soit dans la sagesse commencez par apprendre la logique. Vos études seront ensuite beaucoup plus précises et riches et ordonnées. Il suffit de se procurer un manuel de logique. Comment établir un jugement, un raisonnement, de quelle nature sont les jugements, et les raisonnements, quelles sont les hypothèses que l’on peut avoir par rapport à certains postulats… les hypothèses à priori fausses ou vraies… comment vérifier une hypothèse vraie dans un raisonnement… l’étude des syllogismes et des raisonnements…

C’est ce qu’il faut apprendre au niveau de la structure de la pensée.

 

Or, il est évident que les animaux sont capables d’établir des relations entre des termes de connaissances. La pensée existe chez l’animal bien que de façon extrêmement rudimentaire. D’une certaine manière, il suffit d’avoir un cerveau. On apprend en biologie que la structure d’un cerveau même à l’échelle la plus rudimentaire de ganglions comme chez les insectes, il y a deux lobes reliés par un faisceau de fibres dénommées le corps caleux. Le cerveau est une sorte de machine qui permet de sérier la représentation dans le sens de relation entre les termes. Et par conséquent d’une certiane manière la pensée est une fonction biologique qui se rattache au cerveau, et donc le corps à un certain niveau d’évolution est une machine qui permet de penser. Ce n’est donc pas ce qu’on cherche dans la définition spécifique de l’homme. Le fait que la pensée chez l’homme est d’une tout autre envergure que chez l’animal vient d’ailleurs.

 

Question subsidiaire : ne peut-on pas dire que l’animal parle ?

En fait, l’animal est capable d’exprimer des signes. C’est beaucoup plus large que la parole puisque n’importe quoi peut-être signe. La danse des abeilles par exemple est un langage par signes, mais ce n’est pas le langage par la parole. Qu’y a-t-il de spécifique dans la parole ? Pourquoi en fin de compte la  tradition juive a-t-elle choisi la définition de vivant parlant plutôt que celle de vivant pensant ? Une fois compris ce qu’est le vivant parlant on comprendra pourquoi la pensée chez l’homme est d’une telle envergure par rapport à la pensée rudimentaire chez l’animal. 

 

Je vous avais cité d’ailleurs ce que dit le midrash à propos de Amaleq. Du point de vue de la Kaballah dans l’étude du lashone haqodesh chaque leyttre a une signification, mais dans le langage parlé, il n’y a que trois lettres dans l’alphabet hébraïque qui ont un sens pour elles-mêmes dans le dictionnaire :

Beit qui signifie avec, dans, par le moyen de. Kaf qui signifie comme. Et Lamed qui signifie pour, vers. Ce sont les trois opérations de jugement dont le chien Kélev est capable. La pensée est donc présente dans le chien qui est réputé être un animal intelligent. C’est cela Amaleq, dès que l’on commence à faire ces opérations-là le doute apparait…

 

Q : Le Shin ?

R : Dans l’hébreu biblique c’est Asher. C’est le Shin de l’hébreu rabbinique qui remplace le Asher.

Q : Le Mem ?

R : C’est l’abréviation de Min. Comme Shin pour Asher.

 

Q : Toute parole implique pensée !?

R : C’est sûr, il y a une sorte apparemment d’histoire de la poule et l’œuf : qui a commencé de la parole ou de la pensée... On réglera ce problème tout à l’heure. Mais la pensée de l’être de doué de parole est d’une autre nature que la pensée de l’être non douée de parole. Par conséquent, il y a là un facteur à part. Je reprendrais ce point tout à l’heure, je vaids dire que la parole exprime la pensée. Mais y aurait-il pensée sans capacité de parole ?

Il nous est difficile d’arriver à la véritable définition de la pensée qui est au-delà de toute image. Même des images verbales. Lorsqu’on pense et qu’on entend en nous la voix qui dit et formule les paroles que nous pensons, c’est de la parole et non pas de la pensée, c’est l’image verbale de la pensée. La pensée pure est au-delà de toute image, même verbale. Si par exemple lorsque je pense « table », j’entends en moi le mot table, c’est l’image verbale de l’idée de table. Mais je suis beaucoup plus occupé à imaginer un appui dans le monde des images à l’idée de table qu’à penser l’idée de table.

Vous voyez que la fabrication d’un dictionnaire est très difficile.

Comment peut-on définir une table ?

L’objet de la science est d’arriver à trouver des définitions exactes des choses, des objets, des substances, des corps... Si on en a la définition exacte on en connait les propriétés puisque la définition exacte enferme les propriétés.

En général, dans la civilisation contemporaine on s’est habitué en fin de compte sous l’influence anglo-saxonne à définir par l’usage de l’objet. Nous sommes dans une civilisation pratique, et finaliste dans le sens de l’usage de l’objet. Mais l’essence de chaque objet, sa définition vraie, son nom vrai, qu’implique-t-il et que renferme-t-il ? C’est l’objet de la science d’arriver à définir les essences. Mais la science occidentale a renoncé à ce projet de définir les essences, et l’a rejeté comme métaphysique et comme inaccessible. Elle est devenue une science positive, à la limite positiviste, c'est-à-dire qui essaie de définir par l’aspect pratique.

 

Par exemple, la meilleure définition d’une table c’est une définition qui me permettra de construire la table. Mais on est au niveau des images. Et en fin de compte des images pratiques.

 

Un jour j’ai cherché la définition de « juif » dans le dictionnaire Larousse.

Au-delà des définitions péjoratives, « usurier »… etc., on y trouve à « juif » : membre d’une religion qui est le judaïsme. J’ai cherché à « judaïsme » : religion des « juifs » !

C’est cela le dictionnaire ! Et on ne sait toujours pas ce que c’est !

L’entreprise de la définition est vraiment quelque chose de très difficile.

 

Je reviens à ce principe : la pensée pure est au-delà de toute image. Cela fait partie de l’interdiction des images dans le Décalogue. Tant que je pense à l’aide d’une image ce n’est pas encore de la pensée mais de l’image.

 

Par exemple, si je dis l’idée de cercle et quej’ai dans ma représentation la définition du rond, c’est une image et ce n’est pas l’idée de cercle. Cela vient déjà de Platon : l’idée de cercle n’est pas ronde ! C’est une définition.

 

C’est lorsqu’on n’est pas capable de penser qu’on est obligé de s’appuyer sur des images.

C’est un être de raison alors que l’image est dans la réalité. L’image est déjà du côté du ‘homer.

Il n’y a que dans la conscience hébraïque que se trouve cette option de foi de l’unité absolue entre le monde de la réalité et le monde de la vérité. Partout ailleurs on pense un dualisme entre vérité et réalité. Et on y consent, et s’y abandonne dans le renoncement. Avec toute la gravité que cela implique pour le domaine de la morale : la vérité morale est simplement contemplée mais ne peut être appliquée dans la réalité à cause du décalage supposé entre le monde de la réalité et de la vérité. C’est le drame de la conscience grecque.

L’option de l’existence d’une loi unique entre la vérité et la réalité est le monothéisme. En fait, pour direl es choses plus exactement, on appelle cela une pensée moniste. Et tout monisme est dérivé du monothéisme.

Par exemple, la science n’a été possible que sur ce postulat que la vérité mathématique qui est une vérité de pensée soit applicable dans la réalité. A partir de la découverte de ce postulat alors la science a été possible : qu’une formule mathématique rende compte d’une loi physique. La science moderne n’a pu être fondée qu’à partir de cette intuition moniste. Que l’ordre des choses de la réalité corresponde à une vérité mathématique. Un savant fait des équations sur papier et finalement on fabrique une locomotive et cela marche ! C’est un mystère.

 

Je reviens au principe :

La pensée authentique est au-delà des images, c’est une intellection, c’est une opération de l’intelligence qui consiste à établir des rapports vrais entre des termes de représentation.

Je vous reprends cet exemple de Platon : dans la réalité, il y a des choses rondes et j’ai l’image de la chose ronde, et puis au niveau de la vérité, il y a l’idée de cercle. Mais l’idée de cercle n’est pas ronde, elle est la loi de l’objet qui est rond, et c’est une idée. Une idée n’est pas ronde.

Bergson est allé plus loin dans l’analyse pour mieux éclairer ce problème : j’ai l’idée de chaleur, mais l’idée de chaleur n’est pas chaude. On peut dire que l’idée de chaleur est chaude dans la poésie.

 

Q : Comment peut-on attribuer à Dieu 13 attributs ?

R : Justement, ils ne peuvent être pensés qu’au niveau de la pensée sans image. C'est-à-dire que l’idée de l’unité a 13 dimensions. Et l’idée de l’unité c’est l’affirmation de l’unité de ces 13 dimensions. Et au niveau de l’unité, il n’y a plus de différence entre ces différentes dimensions. Plus bas, lorsque chacun de ces dimensions est isolée, abstraite l’une de l’autre, alors elles se concrétisent en fin de compte dans un facteur de la réalité à laquelle elles correspondent.

Le règne de la réalité c’est la diversité, la pluralité. Alors que le règne de la vérité c’est l’unité.

Il y a une très jolie phrase d’une des poèmes de Victor Hugo : « Dieu ne compte que jusqu’à un ».

Justement, le drame de la conscience est lorsqu’elle est écartelée entre deux mondes : le monde de la vérité, qui est la pensée sans image et le règne de l’unité, et le monde de la réalité qui est précisément le monde de la représentation des images et la multiplicité. Ribouï, A’hdout.

 

Je reviens à notre problème de la définition de la pensée : c’est d’établir des liens entre des termes et l’animal en est capable. Il y a le conditionnement de Pavlov par exemple qui met en évidence des réflexes de pensée chez l’animal. Même au niveau plus ou moins inconscient et automatique, il s’agit finalement de comportements de l’ordre de la pensée ou qui mime la pensée. Par exemple, la conduite de l’instinct mime la conduite de l’intelligence.

 

Quelle est la grande différence entre la pensée la plus élaborée et la parole ?

Derrière la parole, il y a toujours quelqu'un alors que derrière la pensée reste l’impersonnel !
Nous savons aujourd’hui que la pensée la plus élaborée peut être impersonnelle. Par exemple, l’ordinateur qui a des comportements de pensée extrêmement élaborée. Mais il n’y a pas quelqu’un dans l’ordinateur tandis que dans la parole il y a quelqu'un. Et la raison pour laquelle la tradition juive a préféré la définition de « vivant parlant » à la définition de « vivant pensant » c’est une raison d’ordre morale : parce que cela fonde la dignité de la personne. C’est un sujet qui parle alors que l’impersonnel pense. Le sujet qui est doué de pensée va donner à la pensée une dimension d’envergure radicalement différente que celle de la pensée naturelle la plus élaborée, fut-elle de l’ordinateur, qui reste impersonnelle.  

Chez l’animal évolué on peut trouver une personalisation par l’affection provenant du lien entre l’homme et l’animal. Comme une individualité chez l’animal qui resemblerait déjà à une personne, mais c’est une humanisation, une projection de l’homme chez l’animal. En réalité, l’espèce animale toute entière est quelqu'un. Il y a un sujet de chaque espèce animale. Un nefesh.

Et chaque animal n’est qu’un individu impersonnel représentant l’espèce en question. Tandis que le cas de l’homme, en théorie, est que chaque individu est une personne ou quasi-personne. Il y a des niveaux, mais en principe chaque individu humain est une personne, d’envergure radicalement différente. A la limite on trouve des individus tellement bruts dans lesquels peut-être la personne s’est évanouie et ne reste que l’individu qui ne serait qu’un exemplaire de l’espèce, et donc interchangeable et impersonnel (le golem). Ce serait un individu humain sans sujet, sans personnalité. Ce qui s’exprime dans la parole c’est le quelqu'un de la personne. Voilà pourquoi les animaux ne parlent pas. S’il y avait chez l’animal comme chez l’homme le fait que chaque individu est un sujet alors l’animal parlerait. Mais c’est l’espèce animale s’exprime à travers des signes et non pas tel ou tel animal qui parle. Voilà si vous voulez grosso modo la différence.

 

La raison pour laquelle on a préféré le vivant-parlant au vivant-pensant c’est pour désigner la dignité du sujet du quelqu'un de chacun qui est génial en lui-même et qui renvoie à une neshamah individuelle, alors qu’il n’y a pour les animaux qu’une neshamah de l’espèce. Et cette neshamah de l’espèce à sa racine, en haut, est de très grande envergure, dépassant par certains côtés l’être homme. A l’échelle collective c’est une neshamah considérable. Dans l’antiquité, il y avait des cultes qui adoraient ces êtres-là. Les modernes ont perdu cette science que la tradition connait. Je ne vous en parle pas puisque c’est traditionnel donc caché !   

Chez l’homme chaque individu est en principe doué d’un sujet spécifique, d’une personne. C’est cela qui s’exprime à travers la parole.

Buffon disait : le style c’est l’homme. Je coris qu’on pourrait inverser l’expression. L’homme c’est son style. Le quelqu'un de chacun s’exprime dans sa façon de parler.

 

La 5ème catégorie des êtres selon Judah Halévi est l’être dont la parole est une parole de vérité, et cela définit le prophète.

 

Q : Comment accéder à cette pensée sans image ?

R : Par l’exercice de l’abstraction. C'est-à-dire par le fait de s’attacher à la compréhension des significations et non pas des images.

J’ai passé des études d’éthnologie et en particulier en éthnographie, on avait un examen qui consistait à faire la fiche signalitique d’un objet de société primitive. De façon à pouvoir reconnaitre l’objet donné uniquement à travers la définition donnée dans la fiche.

On m’a donné un shofar. J’étais un peu compétent ! J’ai même réussi à dire qu’il s’agissait d’un shofar du Yémen et non pas du Maroc. J’ai eu une conversation avec ce grand savant Leroi-Gouran sur la pensée sans image. Il m’a avoué être incapable de savoir ce que c’est. Sans fiche signalétique, ne serait-ce qu’en images verbales, il ne pouvait pas manier des concepts. On peut dire à la limite que c’est une affaire de tempéraments. Il y a une option de l’être hébreu, qui quelque soit les apparences, il porte en lui le postulat que le monde de la vérité abstraite, au-delà des images, est la loi du monde de la réalité. Alors que dans le monde de la pensée naturelle, ce sont deux registres radicalement différents, il a fallu faire une option méthodologique colossale, avec sans doute les Hébreux derrière, pour arriver à travers les siècles à l’idée que c’est la mathématique qui est la loi de la réalité. Chez les Grecs par exemple, la science a été bloquée parce qu’on n’arrivait pas à faire le lien entre l’ordre mathématique et l’ordre de la réalité.

 

Et cette poussée s’est faite en Occident à travers Descartes, elle a été préparée par les philosophes du Moyen-Âge mais c’est à partir de Descartes que la science a pu démarrer et faire les progrès colossaux que vous connaissez, à partir de ce postulat que il y a un seul ordre : que l’ordre de la vérité c’est l’ordre de la réalité. Et cela c’est une option.

Et je pense que c’est une affaire de tempérament.

 

Q : Et le goy qui accède à cette pensée sans image, Platon et les autres philosophes ?

R : Je n’ai pas dit que Platon y ait accédé, il en a parlé, Par exemple, les idées de Platon ne sont pas celles de Hegel ou celles de Kant… chaque catégorie de philosophes… Les idées de Platon sont des entéléchies comme dirait Leibniz, c'est-à-dire ce sont des réalités que l’on connait sous forme d’image. C’est encore ce que j’appelerais dans le registre théologique une pensée idolâtre.

A la rigueur chez Plotin qui est un platonicien postérieur et qui est juif alexandrin d’origine, un peu comme Philon. Mais chez Platon il n’est pas évident qu’il s’agisse d’une pensée sans image.

Le goy peut en avoir l’option. A l’échelle individuelle n’importe quel goy peut être Béseder, ‘Hassidei Oumot HaOlam. Il y a à l’échelle individuelle, énormément de goyim qui fonctionnent comme des Juifs. Ce que moi j’appelle la pensée naturelle livrée à ses propres forces n’arrive pas à fonctionner au-delà. Elle est alors bloquée par sa propre expérience de la dualité radicale entre le monde de la vérité et le monde de la réalité.

A l’échelle individuelle, énormément de goyim ont eu l’intuition de l’unité dernière. C’est un tempérament qui joue.

 

Q : A quoi sert la parole, puisque vous avez expliqué qu’on peut vivre sans parler et penser aussi sans parler ?

R : Chez les animaux et non chez l’homme ! La parole a deux fonctions. La parole c’est l’expression de l’identité, ce que j’appelerais la parole de vérité. Mais très peu d’hommes s’expriment à ce niveau.  D’autre part, la parole a la fonction de communication. C’est la parole qui fonde le fait social. Ce phénomène de la communication a énormément d’handicaps. Il y a phénomène moral qui soutend ce problème. Si on est en paix on se parle. Et si on ne se parle pas, c’est parce qu’on n’est pas en paix. A la limite, la seule parole authentique c’est la parole de paix !

Un verset des Psaumes où le roi David dit « Ani Shalom… je suis la paix, mais dès que je parle, ils sont pour la guerre.» La parole authentique c’est pour dire le seul mot de Shalom. Quand on se parle c’est pour dire une parole de paix. On ne se parle pas par peur l’un de l’autre et par absence de paix. On fait alors énormément de bruit avec la bouche pour ne pas se parler… C’est la difficulté de la communication, cette espèce de bavardage qu’on appelle le psitacisme qui consiste à faire énormément de bruit avec la bouche, dire énormément de mots, mais pour cacher ce qu’on veut dire vriament et rester sur la défensive. Il n’y a de parole possible que si on est en état de paix. Il en résulte que la seule parole authentique est la parole de paix. C’est du problème de la paix dont ont parlé tous les prophètes. 

Entre Qayin et Hevel il n’y a pas de parole !

A propos du problème du repentir, finalement, n’importe qui ayant fait n’importe quelle faute, est capable de se reprentir si on le met dans une situation où il peut parler. Et finalement il parle… et le repentir est possible.

 

Q : C’est un risque énorme de donner la parole à l’homme...

La différence entre la pensée et la parole ?

R : Lorsque Dieu a créé l’homme avec le problème qu’Il lui pose, c’est un risque colossal que le mal se déchaine sur terre, car l’homme est par définition la créature la plus dangereuse. Guémara Baba Qama : un homme même endormi est dangereux.

C’est à la racine : avoir créé un tel être qui doit faire la preuve, acquérir un mérite d’être, et pour cela il doikt être libre, c’est prendre tous les risques. Par conséquent, le tiqoun doit être l’état de paix. Le problème du langage qui est parole (parce qu’il y a d’autres langages comme le chant) à proprement parler a deux fonction : l’expression de la vérité et la communication. Mais la communication est empêchée ou handicapée à cause d’un problème moral. Parce que finalement c’est la parole qui créé le fait social. Et le problème du fait social c’est la paix ou la guerre. Parce que dès qu’il y a deux sujets il y a la tentation de l’agressivité. Cf. ce qu’on a étudié avec Qayine et Hevel. La seule parole authentique est une parole d’amour. Lorsque quelqu'un demande d’une autre une parole elle demande qu’elle lui dise qu’elle l’aime. Aujourd’hui, à notre stade de la civilisation le problème est un problème de communication ! Chacun a son propre discours et la signification du discours de chacun n’arrive pas à recouvrir la signification du discours de l’autre bien qu’on emploie les mêmes mots. Raison pour laquelle la communication au plus haut niveau s’appelle la communion, qui ne peut se faire que dans un langage au-delà de l’image. Parce que ce sont les images qui nous divisent, et seule la signification peut nous unir. Lorsque nous avons les mêmes implications dans les mêmes mots on se comprend. Mais c’est au-delà des images qui nous bloquent.

Il n’y a donc pas de doute que la cachérisation du langage c’est l’effort d’abstraction. La vraie pensée est la pensée abstraite. Abstraite de toute image. Et vous voyez en général à quel point nous sommes incapables de penser. On fait sembler de penser, mais en général on imagine. « Tu ne te feras pas d’image !»

 

Présent à un congrès inter-religieux de toutes les religions du monde à Paris, j’y ai été envoyé par le ministère des Affaires étrangères qui voulait quelqu'un parlant français. J’ai rencontré les sages du monde, et j’ai été particuliérement impressioné par les bouddhistes tibétains : impossible de se parler tant qu’on s’en tient aux implications avec les images. Tous les idolätressont encombrés d’images. Les Chrétiens en particulier. La communication est possible au niveau de la pensée sans image. Lorsque le bouddhiste voulait expliquer une catégorie en tibétain il me faisait demander d’abord par son interprète quel était le mot hébreu correspondant. Il est clairement ressorti que les différents intervenants qui parvenaient à se parler au niveau de la pensée sans image disaient la même chose en fin de compte à la limite.

Il y avait un shintoïste qui est venu me parler et ce qui’il m’a dit me semblait un peu hérétique. Il m’a dit que les shintoïstes sont d’anciens hébreux d’avant Abraham ! Un délire. Et que leur message devait être révélé à la fin des temps, d’après eux la mission du peuple juif s’était achevée et avait réussi ! J’ai compris de ce qu’il m’a dit que la mission du peuple juif était l’exil et que c’était donc fini ! Il connait un peu d’hébreu. Il m’a expliqué que leur message devait venir à la fin des temps parce qu’ils sont la fin de l’alphabet : Shin Tao ! Le Tao est la dernière lettre.

A côté de lui se trouvait un abbée, lui c’était le début de l’alphabet… (Rires)

   

…/…

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 20:43

Pourim cours 9a (1979)

338 01

Durée : 46,5 minutes
Face A

 

Ici le Erev Shabat Bein hashémashot c’est autre chose.

 

Pirqey Avot :

Dix choses ont été créées la veille de Shabat, bein hashémashot entre les soleils...

 

C'est-à-dire entre la fin du 6ème jour au coucher du soleil, et l’apparition des étoiles du 7ème jour, à la création. C'est-à-dire que tout a été créé pendant les 6 jours. Mais voilà que 10 choses ont été créées dans ce temps de Bein Hashémashot des Sheshet Yémei HaMaassei Bereshit.

 

1 - Pi HaAretz, la bouche de la terre

Vous apprennez que la terre a une bouche. (Ce n’est pas celle du sang de Hével).  Par exemple pour dire en hébreu au bord du fleuve ou de la mer : Sfat HaYam la lèvre de la mer… vous apprendrez tout cela en hébreu (Ndlr : le français parle d’embouchure d’un fleuve)

Pi HaAretz c’est lorsque la terre s’est ouverte pour engoufrer Qora’h et ses adeptes.

2 – Pi HaBéer la bouche du puit

Le puits d’eau de Myriam qui a accompagné les Bnei Israël dans le désert pendant les 40 ans.

3 - Pi HaAtone la bouche de l’ânesse - l’ânesse de Bilaam

4- HaQeshet l’arc au temps de Noa’h après le déluge.

5 - HaMane – la manne qui est tombée dans le désert pendant les 40 ans.

6 - HaMateh le bâton de Moïse avec lequel il a fait les miracles.

7 – HaShamir : Une substance semblable à ce qu’on appelle aujourd’hui le radium. Cela a disparu. (Aujourd’hui c’est le nom d’une plante du marché qui ressemble au fenouil avec lequel on fait l’anisette. Cela vient d’un nom arabe). Il a réapparu au temps du roi Salomon pour la construction du temple. C’était une substance qui se trouvait chez certains insectes, qui était radioactive et qu’on mettait sur les rochers pour les tailler sans utiliser le fer. D’après la description de la Guémara le Shamir était conservé dans une gangue de plomb. Et il disparaissait de lui-même, comme avec les matières radioactives. Mais à l’époque c’était un insecte. Comme on trouve des lucioles, des vers luisants… à un niveau beaucoup plus intense.

8 – HaKtav les lettres de l’écriture de l’alphabet

9 - HaMikhtav l’écriture

10 - Halou’hot les tables sur lesquelles ont été gravées les dix commandements et qui étaient d’une substance particulière.

VeYesh Omrim… Et certains ajoutent d’autres choses comme Gvourato Shel Mazikin. Mazikin cela veut dire des réalités qui causent des dommages. Lehazik : causer un dommage. On le trouve traduit parfois par « démons », mais on peut aussi traduire par des microbes, des virus, ce qui cause des maladies… tout ce qui cause un dommage.

De façon générale on parle de vérités expérimentables uniquement au temps de la prophétie quand il y avait révélation. Quand il y a révélation tout se dévoile et en absence de révélation on ne peut plus diagnostiquer de quoi il s’agit. Par exemple, lorsqu’on parle des anges. On ne sait plus de quoi il s’agit parce qu’on ne peut pas expérimenter. Toutes ces choses que l’on connait par la tradition font partie de ce qu’on appelle ‘hokhmat hanitsar, la science des choses cachées. Parce que cela fait partie de ce qu’on ne peut pas diagnostiquer dans notre temps contemporain.

Mais j’ai l’intention d’éclaircir cela pour une seule notion : il y eut un temps où il y a eu révélation vraiment. Et nos sommes dans un temps où nous ne pouvons pas diagnostiquer cela. Nous en avons la trace dans les livres des prophètes. Mais les livres des prophètes seraient illisibles s’il n’y avait pas la mémoire qui les éclaire et qui s’appelle la Torah ShébeAl Peh.

De même, dans le temps où il y avait l’événement expérimental de révélation, il n’y avait pas seulement des anges qui se révélaient mais également des démons. Qu’est-ce que des démons et des anges, on ne sait pas ! Disons l’un du côté du bien et l’autre du côté du mal.

La Guémara dit : si l’œil humain pouvait voir il serait affolé de ce qu’il voit.

Heureusement l’homme ne voit pas.  

Mazikin : ce qui cause un dommage. Une personne attrape une maladie et la personne à côté reste saine. Qu’est-ce qui a joué ? Un mazik ! On ne sait pas…

Kvourato shel Mosheh - La tombe de Moïse. (qui n’existe pas !

Et le bélier d’Abraham avinou (Vous voyez, ce sont des choses qu’on ne comprend pas)

Et certains disent : la première tenaille faite par une tenaille.

Cela veut dire l’origine de la technique.

Parce que pour faire un outil il faut un outil. Mais le premier outil qui a été fait par un outil est special. Et on ne parle pas du premier outil qui a fait le premier outil ! 

 

Je vous donne simplement la définition de l’ensemble de ces choses-là de la façon la plus simple possible : ce sont des réalités qui font partie de notre nature mais qui ne sont pas dans leur essence de l’ordre de la nature. Par un certain côté, ils font encore partie du temps des 6 jours, et par un autre côté ils font déjà partie du temps du 7ème. Bein Hashemashot Erev Shabat de Maassei Bereshit.

 

Par exemple, l’écriture, c’est un mystère. Comment commence-t-elle ? Ou bien la technique, comment commence t-elle ? Ce sont des réalités à la fois naturelle et surnaturelles. Et elles sont dans notre monde. Alors la mishna les situe Erev Shabat Bein Hashémashot. Cela n’a pas été créé pendant les 6 jours du commencement, cela n’a pas été créé pendant le 7èmele Shabat, mais cela a été créé entre les 6 jours et le Shabat, et cela joue un rôle dans l’histoire humaine.

 

Je vais maintenant changer de niveau et éclairer cela par rapport à notre problème :

Une des explications données par la kaballah de cette expression « Bein hashémashot » : pourquoi ce crépuscule du soir est-il appelé « entre les soleils » ? Puisque littéralement, ce serait toute la nuit qui devrait s’appeler ainsi, entre le soleil qui se couche et le soleil qui se lève ! Mais la Halakha adopte cette expression et explique ainsi que le soleil qui se couche est bien le soleil qui s’est couché et le soleil qui se lève ce sont les étoiles ! (Et nous savons aujourd’hui que les étoiles sont des soleils !) Et le soleil que nous avons est un tout petit soleil provisoire de remplacement. Un verset dit que lorsque le véritable soleil se lèvera…

La lumière créée au commencement a été cachée, et nous avons une apparence de lumière. Elle est lumière vraiment, mais rien du tout à côté de ce qui viendra…

Je vous habitue un peu à ces choses-là, non pour vous affoler, au contraire, pour vous rassurer, parce que quand cela arrivera – je souhaite que cela arrive de votre temps, vous êtes plus privilégiés que nous, à moins que la Te’hiyat Hamétim arrive avant – que vous soyez un peu habitué et que cela vous semble normal…

Un verset dit que la lumière de la lune sera comme celle du soleil et que la lumière du soleil sera 70 fois ce qu’elle est et que cette lumière du soleil palira de honte à côté de la vraie lumière qui illuminera Israël. De quoi s’agit-il ? Pour le moment on a les versets ! Quand cela arrivera vous saurez qu’il y a un verset !

 

Dans le rite ashkénaze on dit le matin : « Or ‘Hadash Al Tsion Tahir… »

C’est ce « Or ‘Hadash » là. 

 

***

 

C’était donc la lecture habituelle de la Halakha, bien que l’expression reste mystérieuse apparemment. La Halakha va établir que Bein Hashémashot c’est l’expression dont on se sert pour dire le crépuscule du soir, entre le coucher du soleil et l’apparition des étoiles.

Ceci dit dans l’histoire du monde telle que la raconte la Torah, il y a deux événements importants avec les soleils.

 

Le 1er soleil est celui de Métoushéla’h avant le déluge, le soleil s’est levé de l’autre côté…

Le 2ème soleil est celui de Josué.

C'est-à-dire que tous les événements de révélation que la Torah nous raconte se passent entre le temps de Métoushéla’h et le temps de Yehoshouah. Il a arrêté le soleil pour pouvoir finir la guerre pendant toute la journée.

 

Ce sont deux événements qu’on ne peut pas comprendre car on ne peut pas les expérimenter. Mais on a là deux limites.

Etudiant en éthnologie les coutûmes des peuplades d’Amérique centrale, j’ai trouvé que tous les éthnologues savent cela que de l’autre côté de la planète il y a des traditions dans les sociétés primitives, non pas du jour long, mais d’une nuit longue.

 

On a donné des explications de ce soleil qui s’est arrêté pendant toute la nuit.

On ne l’étudiera pas, parce que ce sont des choses qu’on ne peut pas expérimenter. Il faut garder cela au niveau d’hypothèse d’explication. La Torah nous a parlé de ces événements. Et par définition, ces événements qui ne se produisent qu’une fois, on ne peut pas en faire la science parce qu’on ne peut faire la science que de phénomènes répétitifs ou reproduisibles. Or là ce ne sont pas des phénomènes mais des faits qui se sont passés et dont la signification n’est restée que dans la mémoire.

 

Je vous simplement vous expliquer entre parenthèse que l’idée que le soleil soit immobile n’est pas une idée invraisemblable, parce qu’il suffit de se situer aux pôles pour voir le soleil immobile ! « Et pourtant elle tourne ! » comme disait l’autre...  Donc on peut prendre pour hypothèse que ce jour-là la terre a basculé et que la ligne des pôles est passée là où était Josuée et donc que le soleil était immobile.

Maintenant, que la terre ait basculé, les savants le savent. Elle a basculé plusieurs fois dans l’histoire. Il y a un indice qui en est resté au nveau de la rotation de la terre.

Il suffit de savoir qu’on a découvert des gisements de charbon énormes au pôle nord. Or, il ne peut avoir de gisements de charbon qu’à l’équateur ! Puisque c’est la fossilisation de forêts tropicales ! C’est donc qu’un jour c’était là-bas l’équateur !

Lorsque vous serez familiers avec le livre des Rois dans le Tanakh, vous verrez qu’il y a des événements où l’on voit que les points cardinaux changent… Les points cardinaux ont changé et alors on ne les appelle plus de la même manière… 

Il y avait 4 portes dans le temple, on ouvrait celle du nord, et voilà qu’un jour il fallait la fermer parce que le nord est passé par l’autre porte... Les gens du sud qui deviennent les gens du nord et les gens du nord qui deviennent les gens du sud. Vous verrez que dans beaucoup de populations juives vous avez des habitudes culinaires invraisemblables d’après le climat. Des Juifs des pays chauds mangeant comme si c’était le pôle nord, et des Juifs des pays froids mangeant comme si c’était l’équateur…

 

Je schématise tout cela pour arriver à notre problème : le temps de révélation va du déluge à Josué, entre les deux soleils. Voilà pourquoi, pour la deuxième raison, on ramène le temps de Megilat Ester au temps où il aurait dû être, c'est-à-dire au temps de Josué. C’est pourquoi on dénomme les villes entourées de murailles non pas au temps de Assuérus, mais au temps de Josué.

 

Derrière les connaissances que vous avez déjà eues au sujet de l’importance de la Méguilat Ester dans l’économie de l’histoire d’Israël, vous voyez qu’il y a des choses beaucoup plus profondes.

Quand on étudie un texte, il faut savoir que l’essentiel est dit par allusion. BéRémez. Parce que c’est la mise par écrit d’une tradition orale. Et lorsqu’on a dû mettre par écrit la tradition orale, on a violé un grand principe : ce qui est par écrit doit rester dans la forme dans laquelle il est par écrit, ce qui est oral ne doit pas être mis par écrit, parce que ce qui est oral doit rester vivant et être formulé de génération en génération. Si on fixe la forme d’une génération cela devient hermétique pour la génération suivante qui devient incapable d’identifier ce dont on vient de parler, et en est réduit à des hypothèses sur ce qui était évident pour les contemporains de la mise par écrit. Mais tout de suite, cela devient hermétique pour la génération suivante.

 

C’est pourquoi on a interdit la mise par écrit de la tradition orale. Il y a des raisons historiques pour laquelle on a violé cette règle à propos de la Torah shébéal peh. Il y a deux raisons principales, tout d’abord la dispersion. Etant donné que le peuple juif s’est dispersé il y a eu le risque de divergence. Il fallait donc un texte témoin pour toutes les communautés. Deuxièmement, la décision des Romains d’empêcher la transmission de la tradition orale : la mise à mort de tout rabbin qui sera vu accompagné de deux juifs.

Alors on a décidé de mettre par écrit la tradition orale, mais sous forme hermétique. C'est-à-dire que ne peut comprendre que celui qui peut comprendre. Pourquoi ? Parce qu’on s’est aperçu de ce que les Grecs avaient fait de la tradition écrite : ils avaient traduit la Torah shébikhtav. Et on a voulu éviter la même catastrophe pour la Torah orale.

 

Et aujourd’hui nous sommes dans une période dangeureuse pour deux raisons. A force d’être caché cela a été caché également pour les Juifs ! Lorsque les Juifs étudient eux-mêmes n’y comprennent plus rien ! A moins qu’ils aient un maitre, c'est-à-dire une mémoire. Et deuxièmement les Goyim commencent à étudier. Dans les universités et les centres d’études. Ils demandent aux rabbins à apprendre la Torah ShébéAl Peh et en font ce qu’ils en font…

 

 Mais je crois personnellement, quelque soit le pessimisme à l’échelle microscopique, que finalement il faut être optimiste parce que la révélation qui éclate dans le peuple juif aujourd’hui sera d’une naturelle telle qu’elle va ébouir les autres qui n’y comprendront plus rien.

 

La première mention c’est le fait que Josué est relié à Amaleq.

La deuxième c’est le fait que Josué est lié à l’arrêt de la révélation.

C'est-à-dire que l’époque est remise à sa place.

 

Meguilat Ester :

Un enseignement important à propos de Pourim. Au chapitre 2, verset 22 :

2.22 :

Mardochée en tant que chef de la communauté juive faisait partie de la cour des courtisans du roi. Un jour, il s’aperçoit de la préparation d’un complot contre le roi. Il le fait dire à Esther. Or, précédemment, on avait appris que Mardochée avait donné pour consigne à Esther de taire son origine juive. Comment expliquer cela ? L’explication que je vous donne va un peu dans le sens de l’analyse depuis le début : c’est l’atmosphère de clandestinité dans laquelle les Juifs sont plongés dès qu’ils doivent faire preuve de loyautéis des lois de l’empire. Cette loyauté est authentique ! Il n’y a pas de doute que les Juifs sont toujours loyaux envers leurs pays d’accueil de galout et leurs lois. Et cette loyauté implique un certain camoufflage. En particulier, je crois, le cammoufflage le plus grave qui nous soit arrivé, c’est ce qui est arrivé à la révolution française, où nous avons camoufflé notre identité nationale en identité religieuse à la manière des goyim (la confession religieuse israélite).

On apprend du chapitre précédent lorsqu’Esther fut choisie comme reine de l’empire qu’elle n’a pas dit ses origines juives. Elle a pris un nom perse : Esther. Elle s’appelait Hadassah en hébreu.

Et voilà que lorsque Mardochée découvre le complot contre le roi, il fait dire à Esther de prévenir le roi.

 

2.22

Et la chose fut connue à Mardochée, et il le raconta à la reine Esther, et Esther le dit au roi au nom de Mordékhaï.

 

Cela veut dire qu’il y a là une vertu de fidélité qui apparait. Elle a eu le courage de dire ce qui se passe au nom de Mardochée. Elle aurait pu le dire sans mentionner son nom puisque tous savent qu’il est le chef de la communauté juive. Mais un jour le roi se rappellera de cet événement lorsqu’on lui lira les Annales suite à son insomnie providentielle.

La guémara nous donne un enseignement à ce sujet qui constitue une unité d’enseignement pour elle-même et que nous allons étudier à propos de Pourim.

 

Massekhet Meguila 15a :

Kol HaOmer Davar BeShem Omro Mévi Geoula LaOlam.

Tout celui qui dit quelque chose au nom de celui qui l’a dit amène la délivrance au monde.

Shénéemar « Vatomer Ester BeShem Mordekhaï ».

Comme il est dit : « Et Esther le dit au nom de Mardochée ».

 

C’est sont les formules d’enseignement de la guémara les plus simples qui sont les plus difficiles en même temps. Le fait d’avoir dit quelque chose au roi Assuérus au nom de Mardochée en fin de compte fait venir la délivrance de la communauté juive. A partir de cet événement simple à comprendre, la guémara nous donne une formule générale :

Tout celui qui dit quelque chose au nom de celui qui l’a dite amène la délivrance au monde.

Peu importe ce qui est dit !

La formule est devenue générale !

On va réfléchir à la signification de cela.

 

Premièrement, comment se fait-il que ce ne soit pas une mitzvah de citer une parole au nom de son auteur? Cela devrait être naturel. La Torah ne légifère pas pour un comportement normal. Or, on sait bien que ce n’est pas naturel ! Cela devrait être une mitzvah derabanan !

Du point de vue de la Halakha jamais les rabbins ne prennent une décision devant laquelle la nature humaine ne peut pas tenir. Etant donné la force du yetser harâ de ne pas citer une parole au nom de son auteur, on risquerait d’accumuler les fautes sur les hommes. Alors on préfère ne pas donner un commandement pour éviter de mettre les hommes en défaut de façon trop grave. On ne trouvera donc pas une mitzvah deOraïta mais pourquoi pas une mitzvah derabanan ? Il y a une autre raison : c’est un vol de dire une parole sans citer le nom de son auteur. C’est du guézel. Mais on n’a pas légiféré dessus car étant donné le Yetser Harâ de l’homme on risquerait d’accumuler les fautes. C’est donc formulé de façon autre et beaucoup plus haut. Celui qui a cette vertu-là de citer quelque chose au nom de celui qui l’a dit est beaucoup plus haut que le simple mérite : il participe à la géoula !

Ce n’est pas une mitzvah derabanan parce qu’en fin de compte l’intention de la guémara est de parler de la Torah. Davar c’est Dvar Torah. Or, la Torah appartient à tout Israël ! Et par conséquent il n’y a pas de vol de Torah. Ce n’est pas beau de citer un enseignement de Torah sans citer son auteur mais ce n’est pas considéré comme un vol parce que la Torah est Hefker, elle appartient à tout Israël. Au point que la guémara considère comme un voleur celui qui connait un Dvar Torah et le cache de son ‘Haver, parce qu’il lui appartient aussi ! Non seulement Dvar deHalakha mais aussi Darka DeKalakha (Derekh Eretz) ! Dès qu’il s’agit d’un enseignement de sagesse c’est considéré comme du vol. Parce que la Torah et la sagesse appartiennent à tous.

 

Voilà pourquoi il ne peut pas y avoir de commandement à citer une parolee au nom de son auteur. Celui qui le fait a bien sûr un mérite, mais un mérite exceptionnel. Il participe à celui qui fait venir la géoula comme Esther a participé à la géoula simplement en citant la parole au nom de Mordekhaï.

2.22

Et la chose fut connue à Mardochée, et il le raconta à la reine Esther, et Esther le dit au roi au nom de Mordékhaï.

 

A ce propos la guémara dit :

Massekhet Meguila 15a :

Kol HaOmer Davar BeShem Omro Mévi Geoula LaOlam.

Tout celui qui dit quelque chose au nom de celui qui l’a dit amène la délivrance au monde.

Shénéemar « Vatomer Ester BeShem Mordekhaï ».

Comme il est dit : « Et Esther le dit au nom de Mardochée ».

 

C’est un principe général découlant de ce verset.

Cette règle port ene particulier sur ce qui est vraiment une parole, une parole de la Torah. C’est élargi à toute parole de sagesse.

 

La parole définit la prérogative de l’homme. La définition spécifique de l’identité humaine c’est d’être douée de parole. La mutation dans l’échelle des êtres vivants au niveau de l’homme c’est l’apparition de la parole. Adam est défini comme le ‘Haï Hamédaber. C’est en débat : on peut définir l’homme par sa pensée ou par sa parole. On peut rattacher cela à l’enseignement donné dans le Kouzari avec les différents niveaux d’être : Domen, Tsoméa’h, ‘Haï, ‘Haï Hamédaber, Navi…

Les deux définitions possibles pour l’homme :

‘Haï Hamaskil l’être vivant pensant – ‘Haï Hamédaber l’être vivant parlant.

La tradition juive a choisi la deuxième définition ‘Haï Hamédaber.

Si nous cherchons le critère spécifique de définition de l’homme, il faut donc que nous atteignions le facteur qui le différencie des autres êtres vivants.

 

La règle logique d’une définition :

En général, la définition comporte deux termes, un substantif et un adjectif.

Le vivant parlant.

La définition de l’homme que l’on connait par la philosophie générale : L’être pensant.

Descartes : « l’animal raisonnable ». On trouve un substantif, que l’homme est un animal (cela ne veut pas dire que l’homme est une bête, même pas chez Descartes, mais animal dans le sens étymologique d’animé) et un adjectif : raisonnable, c'est-à-dire doué de raison.

C’est très parallèle à l’autre formule du vivant pensant, ‘Haï Hamaskil.

Le premier terme qui est un substantif, désigne ce qu’on appelle le genre prochain. C’est un terme technique de la logique, le genre prochain c’est la classe la plus générale de laquelle fait partie l’être que l’on veut définir. Dans le cas de l’homme, la classe la plus générale, c’est qu’il fait partie des  êtres vivants.

 

…/…

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