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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 15:54

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse)

1981

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_1

Durée : 43,3 minutes - Face B – 148-03

 

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya HaAm le peuple, Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car il était proche, car avait dit Elohim : de peur que HaAm le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

13.18

וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת-הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר, יַם-סוּף; וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Et Dieu fit contourner HaAm le peuple par le chemin du désert de la mer rouge Yam Souf

Et c’est armés en guerre que Bnei Israël les enfants d’Israël sont montés d’Egypte.

 

On trouve 3 occurrences du terme HaAm, et une seule occurrence du terme Bnei Israël. Cela fait quatre et nous allons voir la correspondance de cette structure avec les quatre niveaux de l’identité d’Israël tels qu’ils sont indiqués dans le midrash. Trois sont appelés HaAm et la quatrième est appelée Bnei Israël. Ensuite le cinquième niveau est indiqué un peu plus loin dans le récit.

 

14.8

וַיְחַזֵּק יְהוָה, אֶת-לֵב פַּרְעֹה מֶלֶךְ מִצְרַיִם, וַיִּרְדֹּף, אַחֲרֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל; וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל, יֹצְאִים בְּיָד רָמָה

Et Hashem endurcit le cœur de Pharaon roi d’Egypte, Il alla après les enfants d’Israël (Bnei Israël) et les enfants d’Israël (Bnei Israël) sortaient avec une main élevée... 

 

C’est la cinquième mention Bnei Israël.

La structure révèle une structure en cinq niveaux :

HaAm – HaAm - HaAm - Bnei Israël - Bnei Israël.

D’un point de vue formel, il apparait que le peuple d’Israël à la sortie d’Egypte est bien évidemment une unité, seulement il y a différents niveaux d’identité.

 

Quelle est la différence lorsque le mot employé est le mot Am ou le mot Bnei Israël ?

Pour répondre il faut passer par un schéma de la kaballah expliquant les différents niveaux de la neshamah qui font apparaitre la même structure:

Nefesh – Roua’h – Neshamah – ‘Hayah – Ye’hidah.

Nous retrouvons-là dans cette structure au niveau de l’être collectif du peuple la même structure formelle de niveau d’identité à l’échelle individuelle.

 

Cet enseignement vient du Péri Tsadiq, le Rav Tsadoq HaKohen MiLoublin, qui a écrit un commentaire sur le ‘houmash inspiré de l’enseignement de la kaballah du Ari, et qui met en évidence la structure de ces cinq niveaux de l’âme humaine à l’échelle individuelle dans l’identité collective du peuple. Par conséquent, cela signifie que dans cet ensemble un du peuple Israël sortant d’Egypte apparaissent les différents niveaux d’identité correspondant aux différentes réactions décrites dans la Mekhilta.

 

L’étude d’aujourd’hui va s’attacher à lire ces versets pour comprendre la signification de ces différentes réactions.

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car il était proche car Elohim s’était dit de peur que le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

1er étonnement : dans tous les récits précédents la Torah veut nous faire comprendre que c’est Dieu Lui-même qui intervient pour sauver le peuple Israël de l’esclavage d’Egypte. En particulier avec le récit des dix plaies. L’étonnement est ici massif : comment s’exprime le texte de la Torah dans notre verset : Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple !

 

Tout se passe comme si ce n’est pas Dieu qui est intervenu pour délivrer Israël mais c’est le Pharaon qui va prendre l’initiative de renvoyer le peuple !?

Pourquoi la Torah a-t-elle préféré une formulation négative ?

 

J’ouvre une parenthèse pour éclairer cette manière de répondre en citant un midrash à propos de Pourim: Dans Méguilat Ester le nom de Dieu n’apparait pas. La réponse classique c’est qu’étant donné que la Méguila  était destinée à être traduite dans toutes les langues des provinces de l’empire d’Assuérus on voulait éviter la traduction du nom Havayeh en différentes notions idolâtres. Réponse véridique mais insuffisante car le même risque existe pour tous les livres de la Bible. Il y a d’autres raisons. En particulier, on peut relier cela à l’atmosphère de clandestinité dans laquelle l’identité juive de ce temps-là commence à rentrer. La Méguilat Ester montre cette stratégie de camouflage et de déguisement de l’identité juive par rapport à l’identité hébraïque. D’une certaine manière, un juif c’est un hébreu déguisé. C’est là que l’histoire de la grande diaspora commence avec le temps de Mardochée et Esther, des Juifs déguisés en perses. L’atmosphère est celle d’un empire extrêmement libéral. Les premiers versets montrent l’autonomie de chaque province où chaque peuple garde sa culture, sa langue et sa religion, et chacun des ministres d’Assuérus sont les différents princes qui gouvernent ces provinces… Avec le cas particulier des Juifs qui sont les seuls sans territoire correspondant dans l’empire. Cette situation décrit parfaitement l’identité juive de diaspora dès l’origine. On entre alors dans une atmosphère de clandestinité.  On n’ose pas exprimer son identité en tant qu’hébreu puisqu’on est entré dans une époque de l’histoire où il faut déguiser cette identité hébraïque dans l’identité juive qui, en ce temps-là, cherche à se justifier en temps que perse. Cela ne trompe pas Hamane et le parti au pouvoir des Amalécites qui dénoncent ce déguisement…

 

Un rite de la fête de Pourim dévoile cela : à Pourim on se déguise ! Et le déguisement traditionnel c’est de se déguiser en juif ! C’est pour dévoiler qu’en réalité cette identité juive n’est que l’identité hébraïque déguisée ! C’est une sorte de rite de purification de l’identité de l’origine par le déguisement. Dans les anciennes communautés traditionnelles se déguiser en juif c’était le déguisement classique de Pourim. Cette identité juive apparait dans les récits de la Bible dans le livre d’Esther, avec ce verset central :

3.5

Ish Yehoudi Hayah BeShoushane Habirah OuShmo Mordekhaï Ben Yaïr  Ben Shemini Ben Kish Ish Yemini : il y avait un homme juif dans la ville de Suse et son nom Mardochée fils de Yaïr…

Un homme judéen venant du royaume de Juda au temps de Yekhonia dernier roi de Juda au temps de la destruction du premier royaume de Juda, les Judéens sont déportés en exil dans la Mésopotamie, l’empire de Babel. A l’époque du récit de la Meguilat Ester cet empire de Babel a pour dynastie régnante une dynastie perse qui est celle d’Assuérus. Les derniers des Hébreux, les Judéens, se trouvent en situation d’exil dans l’empire perse. C’est là que le mot de « yéhoudi » qui étymologiquement signifie « judéen » va signifier « juif » dans le sens classique que nous connaissons depuis ce temps-là. C'est-à-dire depuis 2600 ans. C’est le commencement de l’identité d’une communauté de diaspora suite à la destruction de la métropole qui était le 1er royaume de Juda.

Après le temps du temple de Salomon, le bayit rishone, eut lieu un schisme. La nation d’Israël s’est divisée en deux. Le royaume du nord regroupait 9 tribus et demi autour de la tribu d’Ephraïm qui était la tribu dominante et le royaume su sud regroupait 2 tribus et demi : Juda, Benjamin et la moitié de la tribu de Ménaché. Yéhouda a désigné le royaume du sud parce que la tribu dominante était la tribu de Yéhouda.

 

On retrouve donc trois niveaux d’identité.

Judaïtes : les membres de la tribu de Juda.

Judéens : les membres du royaume de Juda dans l’exil dont l’appellation juif, juive est la corruption à travers le latin du mot de Judéen.

Yehoudi : Membre de la tribu de Juda.

Comme Juda a donné son identité dominante au royaume de Juda, tous les membres du royaume de Juda s’appellent Yéhoudi.

Et quand les Judéens ont été déportés l’histoire de la communauté commence. Et elle commence en Perse. Mais c’est peut-être de notre temps que cette histoire s’achève avec les événements de Perse, cette histoire commencée au temps de Mardochée et Esther s’arrête de notre temps…

 

Cette identité juive c’est l’identité hébraïque, mais déguisée dans l’identité de l’homme de diaspora en Perse. C'est-à-dire que c’est un hébreu déguisé en perse, mais sachant qu’il est déguisé, camouflé. D’où cette atmosphère de clandestinité qui apparait dans la lecture de la Méguila. On n’ose pas dire qui on est vraiment, on n’ose pas parler de son propre Dieu. On ne parle de Jérusalem que par allusion pour dire que c’est de là-bas que nous avons été exilés. Mais la capitale reste Suse…

 

C’est très exactement la situation sociopolitique du juif de diaspora contemporain. Une allusion à Jérusalem mais la capitale reste Londres, Paris, New-York… Cette attitude commence en Perse avec Mardochée et Esther. La tradition intervient alors en instituant le rite du déguisement à Pourim. Le juif déguisé en juif dévoile en réalité qu’il est un hébreu déguisé en juif… C’est de cela que Hamane va les accuser : « le déguisement ne sert à rien nous savons très bien qui vous êtes… »

 

Le verset dit :

3.5

Ish Yehoudi Hayah BeShoushane Habirah OuShmo Mordekhaï Ben Yaïr  Ben Shemini Ben Kish Ish Yemini

Un homme juif originaire du royaume de Juda se trouvait à Suse la capitale…

Ishsignifie une grande personnalité.

Ish Yémini : homme de la tribu de Benjamin.

Il est nommé Yéhoudi, non pas parce qu’il est membre de la tribu de Juda, mais parce qu’entretemps cela signifie juif, c'est-à-dire originaire du pays des Judéens, les derniers des Hébreux de l’histoire. Mais en quittant le pays d’Israël, la Judée de l’époque, ils ne sont plus hébreux mais juifs. Leur identité devient une identité mixte. Ils se présentent comme perses au même titre que les autres perses, avec le droit à la différence comme toutes les autres peuplades de cet empire libéral, mais le cas particulier des Juifs apparait.

 

L’exemple le plus frappant de notre temps est l’empire soviétique.

Avec au niveau théorique une constitution très libérale, mais qui rencontre le même problème de ce cas particulier d’Israël sans relation territoriale dans l’empire, et cela pose problème.

 

On peut même pousser la comparaison un peu plus loin. Dans l’empire perse, il y avait deux cas particuliers : le parti au pouvoir des Amalécites et la communauté juive. De la même manière en Russie on a la même structure aujourd’hui (1981), le parti au pouvoir des communistes et le peuple juif. Avec ce même conflit, quelque soit le caractère libéral indéniable théoriquement de la constitution officielle.

C’est exactement cette même histoire qui se produit depuis 2600 ans dans toutes les histoires des communautés de diaspora, quelque soit le style d’apparence extérieure. Et cette apparence extérieure c’est le déguisement de Pourim qui est dévoilé par un déguisement au second degré.

 

Le nom de Dieu n’apparait pas dans la Méguila, mais la tradition enseigne une allusion assez claire. Lorsque Mardochée explique la situation à Esther, de la catastrophe imminente, avec Hamane devenu premier ministre, ayant décidé de détruire la communauté juive, et Esther devenue reine, jusque là n’avait pas révélé son identité qui était restée dans la clandestinité absolue sur consigne de Mardochée. Survient la péripétie où on a besoin d’Esther qui devient le deus ex machina. Mordekhaï lui demande d’intercéder auprès du roi.  Et il ajoute que Dieu sait si ce n’est pas pour cela que tu es devenu la reine... Et Mordekhai ajoute : si ce n’est pas toi qui nous sauve le salut viendra « mimaqom a’her - d’un autre endroit » (Esther 4.14). Mais il ne faut pas oublier la fin du verset : « Et toi et la maison de ton père vous serez détruits ! »

Cela signifie que soit le salut vient par la reine Esther qui prend le courage de s’identifier comme telle pour sauver son peuple, soit le salut vient d’un autre endroit. Mais d’un endroit tel qu’Esther et sa maison seront détruites !

Or, nos savons que Mardochée et Esther faisaient partie d’une maison royale d’Israël. La royauté de Shaoul qui a précédé la royauté de David. Et l’héritage de la royauté de Shaoul c’est la famille de Mardochée. Esther était donc déjà reine d’Israël en tant que capacité de royauté.

 

Il y a un autre rite de Pourim, qui est l’épreuve du vin où l’on doit boire jusqu’au stade de confondre Mardochée et Hamane.

On se trompe souvent sur la Halakha croyant qu’il faut passer cette limite, mais c’est absolument interdit. L’épreuve du vin est jusqu’à la limite du risque du mélange entre le côté du bien Mardochée et le côté du mal Hamane, et non au-delà. L’épreuve est justement de s’arrêter à cette limite, c’est le plus difficile. Il ne s’agit pas de rouler sous la table. 

 

L’expression « maqom a’her - un autre endroit » pour désigner Dieu est difficile. Nous savons que le mot de maqom est employé pour désigner Dieu, mais le mot de a’her fait difficulté !
L’alternative est la suivante : soit le salut vient de la maison de Mardochée et d’Esther qui se mettent en danger (Mardochée lorsqu’il entend l’édit contre les Juifs prend le deuil dans la cour du roi, alors que c’était interdit par la loi royale pour les dignitaires du roi), soit le salut viendra de Hamane qui est ce « maqom a’her » ! Si c’est le cas, alors la maison d’Esther risque d’être détruite.

 

Soit le salut vient à l’initiative des Hébreux, et donc à visage découvert, soit le salut vient à l’initiative du Pharaon. Comme le dit notre texte :

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם

Vayhi… Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple !

 

Et cela arrive avec les catastrophes (Vayehi !)

On ne fait pas le lien avec la Shoah parce que cela nous prendrait trop de temps, mais voyez que c’est tout de même relié. Cela nous explique en tout cas la fin du verset de Meguilat Ester :

« Toi et la maison de ton père seront détruites ! »

 

Guémara Sanhédrine : à la fin des temps, Israël sera sauvé. Discussion entre R. Yehoshoua et R. Eliezer sur le retour avec ou sans repentir. « S’ils ne se repentent pas Je leur enverrai un roi plus méchant que Hamane, et ils se repentiront. »

On voit bien les deux stratégies.

Cela commence déjà lors de la sortie d’Egypte : soit ils répondent d’eux-mêmes à l’appel de Moïse, soit c’est avec la catastrophe lorsque le Pharaon doit renvoyer le peuple.

 

Je reviens à ma question d’exégèse précédente : il y avait le contraste entre les récits précédents où c’est Dieu qui intervenait et notre verset indiquant la sortie d’Egypte à l’initiative du Pharaon qui a renvoyé le peuple.

 

Cela répond à notre problème : il s’agit d’une partie du peuple, la plus inférieure au niveau du mérite de sa foi, qui n’est sorti que parce que Pharaon l’a renvoyé. Et c’est cette partie, le 1er HaAm,  que nous retrouvons dans la première catégorie citée par la Mékhilta : Tombons dans la mer !

 

Le peuple est ici désigné à différents exposants, à différents niveaux d’identité.

Ici le renvoi du peuple par Pharaon correspond à cette partie.

 

Deuxième partie :

13.17

וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא

Et Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car il était proche.

 

Avec la sortie d’Egypte, il y avait un chemin direct pour Eretz Israël par la côte avec 11 jours de marche d’après le récit biblique. Mais Dieu refuse ce chemin. La côte s’appelle Eretz Pelishtim, le pays des Philistins, une peuplade issue de Crête. Leur origine était d’ailleurs d’une région d’Asie mineure beaucoup plus haute et qui avait des comptoirs de colonie sur la côte méditerranéenne.  Aza, Ashkélone,… etc. Toute la bande côtière depuis l’Egypte jusqu’à Tel Aviv : Eretz Pelishtim.

Cela aurait été le chemin le plus proche.

 

13.17

וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car il était proche car Dieu s’était dit de peur que le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

C’est la deuxième catégorie.

La première est celle qui n’est sortie que parce que Pharaon les a renvoyés, expulsés et qui choisissent le suicide dans la mer.

La deuxième partie est celle qui est sortie d’elle-même, mais avec une faiblesse dans le courage et qui devant la difficulté préfère revenir en Egypte.

 

Cela pose un problème d’exégèse.

Aucune raison n’est donnée au passage au désert. Après la sortie d’Egypte, rien n’indique qu’il fallait passer au Sinaï pour recevoir la Torah ! 

Pourquoi ce passage au Sinaï ?

Parce que le peuple n’était pas suffisamment fort pour rentrer directement en Eretz Israël.

Cela correspond à la troisième partie :

 

13.18

וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת-הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר, יַם-סוּף; וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Et Dieu fit contourner le peuple par le chemin du désert Yam Souf  et c’est armés en guerre que les enfants d’Israël sont montés d’Egypte

 

On s’attendrait avec le verset 11 à une toute autre motivation : finalement le peuple sorti d’Egypte n’est pas entré directement en Eretz Israël parce qu’il devait passer par le Sinaï pour recevoir la Torah, mais il n’y a aucune allusion à cela.

 

Il faut donc prendre le récit d’une autre manière : ce n’est qu’a postériori, avec les raisons que nous apprendrons, que le peuple devait passer par le Sinaï. Mais la raison essentielle était sa faiblesse dans la foi. Et la stratégie de la Providence se servira de cet événement pour donner la Torah au Sinaï. Mais à priori il fallait dès la sortie d’Egypte rentrer en Eretz Israël.

A cause de l’empêchement, il faut passer par le désert et donner rendez-vous au Sinaï pour la Torah.

C’est indiqué par l’expression « derekh hamidbar ».

 

Va’hamoushim : armés, prêts à faire la guerre

‘hamoush : décidé à.

La deuxième traduction du midrash : en rang par cinq. En formation de guerre.

Alors que les équipages des chars étaient « shalishim - par trois ».

Le midrash intervient en disant que ‘hamoushim signifie : un sur cinq.

Nous donnant le fameux problème de la proportion des 1/5ème et 4/5ème.

 

Q: Dieu avait dit à Moïse qu’il reviendrait le servir ici… ?

R: Oui, lors de la vision du buisson ardent lorsque Moïse demande un signe pour habiliter sa mission et qu’il redoute que les Hébreux ne le croient pas lorsqu’il annoncera le temps de la sortie d’Egypte. « Et Dieu lui dit : et voici le signe que c’est bien moi qui t’ai envoyé : lorsque tu feras sortir le peuple (haAm et non pas Bnei Israël) vous viendrez rendre un culte à Dieu sur cette montagne. »

Cela veut dire : « Si effectivement, tu te heurtes à un refus de la part du peuple HaAm, amène-les ici et J’habiliterais ta mission… » Mais c’est à postériori ! Il fallait d’abord que Moïse se débrouille à les faire sortir. Le signe dont Moïse avait besoin était d’abord en Egypte ! Tout se passe comme si Dieu avait dit à Moïse : « Si le peuple te suit, vous entrerez directement à Jérusalem ! S’il ne te suit pas amène-les ici sur la montagne ! » Et cela veut dire qu’ils ne sont pas encore capables d’arriver directement. Il leur faut un séminaire préparatoire avec Moïse au Sinaï. C’est la difficulté pour Moïse. Cela veut dire que la Torah n’est révélée au Sinaï qu’a postériori, de façon négative.  Parce que le peuple n’a pas mérité plus. Le verset de la révélation de la Torah est très clair : « KiMiTsion Tetsé Torah OuDvar Hashem MiYiroushalayim ». Et non pas au Sinaï !

Cela nous permet d’identifier des situations historiques permanentes, même contemporaines. 

On trouve les Juifs du Sinaï partout sauf en Eretz Israël, et les Juifs de Tsion en Eretz Israël !

C’est la différence d’identité qui apparait. C’est très important de voir cela.

Sur ce problème il y a deux attitudes :

L’attitude de ceux dont l’objectif de la sortie d’Egypte est d’aller au Sinaï recevoir la Torah et d’attendre le Messie qui les amènera à Jérusalem…

L’attitude de ceux dont l’objectif de la sortie d’Egypte est de monter en Eretz Israël. Devant l’impossibilité pour des raisons qui seront expliquées, il y a un détour par le stage au Sinaï pour y recevoir la Torah.

 

Q : Il semblerait que les archéologues aient découvert la présence de colonies égyptiennes en Eretz Israël et en Eretz Pelishtim ?

R : Il y a eu des guerres et contre-guerres, des occupations de territoires… etc.

 

Cette deuxième partie qui voit le risque de guerre et qui ne sont pas au niveau de la troisième catégorie qui est prêt à la guerre veut retourner en Egypte.

Dans le pays de Kénaan, il y avait des colonies égyptiennes. C’était des envahisseurs, mais les envahisseurs originaires c’était les Philistins. Le mot de Pelishtim vient de la racine Liflosh, occuper.

Madame Amado-Valensi a écrit que c’est significatif que les Palestiniens aient pris le même nom. Le mot de Palestine cela veut dire la Philistée. Voyez l’ironie du langage. L’identité palestinienne cela veut dire en hébreu l’identité des conquérants qui ne sont pas chez eux ! Ils sont tombés dans ce piège du langage.

 

D’une certaine manière, seules ces deux parties qui sont nommées Bnei-Israël pouvaient directement quitter l’Egypte et rentrer dans le pays. Il a fallu faire ce détour à cause des trois autres parties.

 

Nous étudierons par rapport à l’événement de la mer rouge la différence de réaction de ces différentes parties. Dieu refuse les stratégies des quatre premières parties, même celle de la quatrième partie qui est déjà nommée Bnei Israël avec la stratégie de la prière. C’est finalement la cinquième partie du verset 14.8.

 

14.8

וַיְחַזֵּק יְהוָה, אֶת-לֵב פַּרְעֹה מֶלֶךְ מִצְרַיִם, וַיִּרְדֹּף, אַחֲרֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל; וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל, יֹצְאִים בְּיָד רָמָה

 « Et Hashem endurcit le cœur de Pharaon roi d’Egypte, Il alla après les enfants d’Israël Bnei Israël et les enfants d’Israël Bnei Israël sortaient avec une main élevée... »

 

C’est de cette catégorie-là que fait partie Na’hshon Ben Aminadav qui comprend ce que Dieu dit à Moïse : « Parle aux Bnei Israël, et qu’ils avancent… ». Nous verrons ces midrashim qui indiquent qu’ils n’avaient rien d’autre à faire parce que toutes les autres stratégies sont impossibles. Une seule stratégie de survie possible : l’entrée dans la mer. Cet acte déclenche la fin de la civilisation égyptienne. Puisque toute la force de l’Egypte est engloutie dans la mer. Et le verset nous donne rendez-vous à la fin des temps.

 

C’est la grandeur du Maharal et de tout la lignée des commentateurs qui ont expliqué ces textes non seulement en éclairant ce qui est survenu dans le passé mais aussi en donnant la signification des thèmes d’identités pour nous prévenir de ce qu’est la structure de leurs histoires et des éventualités. C’est très frappant que nous retrouvions aujourd’hui, dans des styles différents, les mêmes attitudes, devant la difficulté de cette impasse, les quatre réactions. Et la cinquième qui récapitule les quatre autres.

 

Q :

R : Non, ce n’est pas une nécessité.

Si on abdique la liberté et on laisse les mécanismes jouer c’est comme cela que cela joue. C’est une sorte d’avertissement qui donne la structure des phénomènes lorsqu’ils fonctionnent impersonnellement. Lorsque la liberté individuelle abdique. Mais si la liberté individuelle joue cela fait reculer l’aspect de fatalité des événements.

Q : Mais maintenant il nous faudrait un Moïse !

R : C’est exactement ce que disait les Hébreux de la génération de la sortie d’Egypte parce qu’ils ne croyaient pas en Moïse ! Il a été contesté ! C’est nous qui savons qu’il était vrai.

S’il y a abdication de la volonté, alors on rentre dans un monde pessimiste où les mécanismes jouent et broient les personnes humaines. Mais la réponse en elle-même est optimiste. Il n’y a pas de fatalité. On  peut faire jouer la liberté. Mais le pessimisme revient dès qu’on ne s’en sert pas et qu’elle ne joue pas. Il semble bien alors qu’il y ait abdication de la liberté et que ces structures impersonnelles apparaissent inévitablement. 

On verra la réponse que donne Maïmonide, et pourquoi il faut d’une certaine manière y passer.

Mais pour l’instant nous restons au niveau de l’exégèse de l’histoire.  

 

La signification des différents niveaux de la neshamah, et la signification de HaAm le peuple, les trois niveaux d’identité inférieure à l’échelle de l’identité collective d’Israël déterminée par l’appellation Bnei Israël. .../...

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 15:45

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse)

1981

 

COURS 1

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_1

Durée : 42,6 minutes Face A - 148-02

 

Le sujet central pour ce séminaire c’est les causes profondes du déluge, mais comme conséquence de ce qui s’installe dans l’histoire humaine à partir de Caïn et Abel.

Le thème de la vision catastrophique de l’histoire sera le sujet des autres conférences générales.

Le 3èmeséminaire en fin d’année sera consacré à un sujet plus optimiste, sous l’aspect des constructeurs et non pas des destructeurs, c’est ce qui apparait dans l’histoire humaine avec la figure d’Abraham. Ce sera un séminaire beaucoup plus large consacré à Abraham et je pense qu’on fera appel à des enseignants des autres traditions et pas seulement du judaïsme.

 

Pour les cours du matin, j’avais primitivement pensé faire des midrashim sur le déluge et finalement j’ai changé un peu de perspective, et j’ai choisi une série de midrashim et l’enseignement du Maharal sur le passage de la mer rouge. C’est-à-dire que c’est un exemple de situation catastrophique beaucoup plus restreinte apparemment mais qui est un peu du même ordre d’idée. On commencera à partir d’aujourd’hui par étudier le texte de la Bible sur le passage de la mer rouge, les midrashim de la Mekhilta מכילתא   avec le commentaire du Maharal, et en fin de séminaire on reviendra si nécessaire sur le problème du déluge à proprement parler.

 

Le sujet central en sera la relation entre le sens moral de l’histoire humaine et les cataclysmes naturels. On va avoir besoin d’un certain nombre de versets dans le chapitre 14 de l’Exode.

Lisez attentivement jusqu’au verset 8. Les Midrashim seront sur le verset 15.

Ceux qui ont ces livres chez eux, dans le commentaire du Malbim vous avez la Mekhilta ces textes du midrash que nous aurons à étudier. Vous les avez dans les textes du Maharal que l’on étudiera, mais ils ne sont pas cités exactement par le Maharal comme ils sont dans la source de la Mekhilta, et cela vaut la peine de les lire dans leur exacte formulation.

 

La Mékhilta est un recueil de midrashim sur l’Exode, dont le Maharal s’est servi comme base pour son commentaire sur ce problème du passage de la mer rouge.

Comme ce séminaire se situe finalement entre Pourim et Pessa’h j’ai jugé qu’il valait mieux parler de ce sujet que du déluge.

 

En guise d’introduction je vais commencer par vous expliquer le premier thème que nous allons étudier.

 

Nous avons un Midrash de la Mekhilta qui dit qu’au moment où le peuple Israël se trouvait confronté à cette situation de pessimisme absolu, la sortie d’Egypte a eu lieu. Mais le Pharaon s’est ravisé et envoya l’armée égyptienne. On se demande comme elle avait été rescapée des catastrophes des dix plaies d’Egypte, mais enfin, le Pharaon se ravise et envoie l’armée égyptienne à la poursuite du peuple qui venait à peine de sortir d’Egypte. Et nous verrons comment le texte de la Bible en Exode 13 présente le récit lui-même.

 

Le peuple d’Israël vient à peine d’être rescapé de toute cette longue histoire de l’exil d’Egypte, et après toutes les péripéties de la sortie d’Egypte à proprement parler, le peuple n’est plus sous la domination et l’esclavage et l’asservissement de la civilisation égyptienne de ce temps. Cet événement de la sortie d’Egypte est commémoré le 1er jour de Pessa’h. Ensuite, il se passe 7 jours, et le 7ème jour c’est l’événement du passage de la mer rouge.

 

Nous aurons à revenir sur ces définitions chaque fois que cela sera nécessaire, mais il y a là deux commémorations différentes de deux péripéties du même événement global, mais qui n’est pas à proprement parler le même événement : Yetsiat Mitsraïm la sortie d’Egypte et Qriat Yam Souf littéralement la déchirure de la mer rouge : le passage de la mer rouge.

 

C’est groupé dans la même fête de Pessa’h mais ce sont deux yamim tovim différents. Le premier jour c’est Pessa’h à proprement parler, le 7ème jour c’est une autre fête qui achève Pessa’h, deux niveaux différents du même phénomène de la délivrance au moment de la fin de cette grande civilisation qu’a été l’Egypte des Pharaons dans laquelle le peuple Israël était en dispersion et en fin de compte y fut asservi.

 

Après la sortie d’Egypte à proprement parler, la Torah nous raconte un revirement du Pharaon qui avait été impressionné et affolé en particulier par la dernière des dix plaies, la mort des premiers-nés. Il laisse ainsi partir le peuple Israël mais finalement il se ravise et il envoie l’armée égyptienne à la poursuite du peuple. Et le peuple d’Israël va donc se retrouver coincé entre un phénomène naturel qui fait obstacle, la mer, et un phénomène humain qui fait danger, l’armée égyptienne lancée à leur poursuite. Dans cette situation, nous dit le midrash cité par le Maharal, il y a eu quatre types de réactions différentes parmi le peuple.

 

Cette division de l’identité d’Israël en quatre niveaux, en quatre manières d’être, c’est un des thèmes centraux de tout le récit de la sortie d’Egypte, la Hagada de Pessa’h. En particulier, les quatre enfants, et les quatre manières d’interroger les événements. Retenez que ce sont quatre qui sont cinq, toujours. Nous verrons le problème des quatre verres de vin qui sont en réalité cinq en fin de séminaire.

 

Le midrash que je vais vous lire porte sur les versets de Beshala’h 14.13-14 :

Le peuple est pris d’inquiétude, inquiétude qui est formulée de quatre manières différentes :

 

14.13

יג וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-הָעָם, אַל-תִּירָאוּ--הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ אֶת-יְשׁוּעַת יְהוָה, אֲשֶׁר-יַעֲשֶׂה לָכֶם הַיּוֹם: כִּי, אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֶת-מִצְרַיִם הַיּוֹם--לֹא תֹסִפוּ לִרְאֹתָם עוֹד, עַד-עוֹלָם.

Vayomer Mosheh El HaAm…

 13 Moïse dit au peuple: "Ne craignez pas, rassemblez-vous et voyez le salut de Hashem qu’il fera pour vous ce jour ! La manière dont vous avez vu l’Égypte aujourd'hui, vous ne continuerez plus de les voir encore ad olam jusqu’à la fin des temps.

14.14

  יד יְהוָה, יִלָּחֵם לָכֶם; וְאַתֶּם, תַּחֲרִשׁוּן.

Hashem guerroiera pour vous, et vous restez silencieux.

 

Ad Olam : Ad veut dire littéralement jusqu’à et Olam signifie le monde dans le sens temporel. Le monde dans le sens spatial n’existe pas dans l’hébreu biblique. Il aura ce sens beaucoup plus tardivement. La différence de sens c’est que le mot Olam, le monde, dans l’hébreu biblique, cela signifie le temps que dure un monde. Dans le vocabulaire de la théologie c’est un éon. La manière de distinguer ces deux mots Olam dans le sens temporel et Olam dans le sens spatial c’est d’observer le pluriel : le pluriel masculin Olamim est le pluriel de l’hébreu biblique Olam qui signifie le temps d’un monde. Le pluriel féminin Olamot se réfère au terme Olam de l’hébreu rabbinique, qui vient du grec, et qui signifie un monde dans le sens spatial.

 

Ad Olam : jusqu’à la fin du temps que durera ce monde. Olam Hazeh le monde présent, Olam Haba le monde qui vient. Nous avons donc une définition très précise du point de vue de la Halakha : le temps que dure un Olam c’est d’abord un jubilé. Chaque fois que nous avons un verset que la Halakha utilise pour un thème donné en disant « Ad Olam : jusqu’à la fin de ce monde », c’est jusqu’à la fin des 49 années, la 50ème étant pour le jubilé.  

 

C’est là le sens de base. Cela a été élargi à la notion de Olam Hazeh ce monde-ci, jusqu’aux temps messianiques. Le monde qui commence au premier homme jusqu’au fils de l’homme aux temps messianiques s’appelle ce monde-ci, Olam Hazeh. Et ensuite, le Olam Haba. Ce monde-ci cela veut dire le temps que dure le monde depuis le commencement de l’histoire humaine avec le premier homme jusqu’aux temps messianiques, c’est le Olam Hazeh. Olam Haba c’est le monde qui suivra. Cela a toujours été pensé en hébreu biblique dans la perspective temporelle : le temps que dure un monde. Cela n’a jamais eu un sens spatial.

 

Si nous reportons ce sens temporel à notre verset cela veut dire que les Hébreux lors de la sortie d’Egypte ont assisté à une scène où leur existence est en danger en raison de l’Egypte, et le texte dit : regardez bien cette situation, vous ne la reverrez plus Ad Olam, jusqu’à la fin de ce temps du monde. Comme s’il y avait là un rendez-vous pour un certain temps du monde où de nouveau cette situation apparaitrait. Tout se passe comme si ce rendez-vous était pour notre temps. Depuis la sortie d’Egypte jusqu’à notre temps, on ne s’était jamais retrouvé dans une telle situation où il y avait menace de destruction d’Israël par l’armée égyptienne. Tout se passe comme si nous sommes arrivés à ce temps de Ad Olam, à la fin du temps d’un monde.

 

Il faut bien comprendre ce problème d’exégèse du midrash : pourquoi la Torah a-t-elle jugé nécessaire de nous transmettre comme préface à la loi à proprement parler ce récit de l’histoire de la constitution de l’identité d’Israël à qui cette loi a été donnée ? Ce n’est pas seulement pour nous faire connaitre quelle a été la préface du passé, mais pour nous faire comprendre quelle est la structure de notre identité historique. Par conséquent, bien entendu, pendant des siècles il était important de savoir le sens de ce qui s’était passé parce que cela dévoile dans une certaine occurrence la structure d’identité propre à Israël. Nous allons en voir un exemple ici. Ces événements ne se retrouvent pas du tout dans les mêmes termes mais dans la même identité. Il y a là une indication extrêmement importante.

 

Cette expérience de la fin d’un temps d’exil et de la menace d’une catastrophe à ce moment-là, le texte nous prévient que cela se reproduira Ad Olam.

 

Et effectivement, nous les avons revus.

 

Il faut bien comprendre le sens de l’événement.

Je reviendrais d’ailleurs sur les implications théologiques de cette remarque. La base de la foi, la émounah, dans la tradition juive, c’est l’événement historique. Il faut donc être surtout sensible au caractère massif de l’événement. Pendant 3600 ans ce verset reste en l’air, et subitement il se concrétise de notre temps. On le voit ou on ne le voit pas, mais si on a des yeux on le voit !

 

Q : inaudible

R : cela veut dire d’après le sens du pshat que le temps commence à la sortie d’Egypte, et il y a une sorte de rendez-vous qui surviendra lorsque la même péripétie recommencera. Cela a recommencé durant la guerre du Sinaï et peut-être durant la guerre des six jours. On a de nouveau revu l’armée égyptienne comme menace de destruction pour Israël à la fin des temps d’exils.

Cela veut dire que ce temps du monde qu’exprime le terme Olam depuis la sortie d’Egypte jusqu’à la fin du temps d’exil s’achève de notre temps. Puisque le verset indique le signe dans l’événement : revoir l’armée égyptienne dans la même condition de menace contre Israël.

 

Le terme Olam en hébreu biblique n’a jamais signifié le monde dans le sens de cosmos, que recouvre l’expression biblique shamayim vaaretz les cieux et la terre. C’est un sens intégré tardivement dans l’hébreu rabbinique. Avec le pluriel Olamot. Par exemple, Olam HaBriah, Olam HaYetsirah… Mais les termes Olam, Olamim se rapportent toujours au temps que dure un monde, une époque, une ère.

Les traducteurs à travers les siècles ont choisi chacun des nuances de l’expression qui se révèlent finalement fausses : Ad Olam est souvent traduit à jamais. Cela veut dire sans fin, toujours… C’est donc un contresens dans notre verset.

 

Q : Olam Vaed ?

R : Cela veut dire tant que dure ce monde Olam, et Vaed encore après…

 

Dans toutes traductions on est passé inconsciemment et inévitablement du registre hébraïque qui est temporel au registre grec qui est spatial. On a traduit ainsi le mot Olam dans le sens spatial de monde. 

 

Q : Lorsqu’on parle d’univers c’est à la fois spatial et temporel ?

R : L’univers est une expression grecque très proche de l’expression hébraïque « shamayim vaaretz - les cieux et la terre ». L’étymologie du mot univers est très proche de l’hébreu : uni-vers, l’unité du divers. L’ensemble universel. Mais cela a d’abord évidemment un sens spatial. 

 

Le thème général en filigrane de toutes ces études c’est l’intuition fondamentale de la tradition biblique qu’il y a une raison d’ordre morale lorsqu’il y a une menace de cataclysme.

 

C’est un univers mental spirituel très différent de la mentalité de la culture contemporaine, et l’intérêt de ces études à suivre sera de confronter ces deux attitudes mentales.

 

Le midrash de la Mekhilta :

Devant cette terreur du peuple, on est dans une impasse. Tous les éléments précédents ayant permis la sortie d’Egypte risque d’être annulés. L’armée égyptienne est derrière le peuple, et devant se trouve la mer, et tout le peuple se trouve démuni.

Une des questions qui se pose de suite à la lecture de ce récit : apparemment cette panique, cette inquiétude est injustifiée ! Le peuple a l’expérience que Dieu intervient en sa faveur, et qu’il y a une providence particulière qui a permis les événements de la sortie d’Egypte !

Pourquoi malgré les dix plaies et les miracles de ce peuple tellement asservi à la société égyptienne qui parvient à sortir vers sa liberté n’attend-on pas ici une intervention supplémentaire de la providence divine ?  

Que se passe-t-il dans le cœur et la pensée des Hébreux à ce moment précis qui provoque une telle inquiétude et qui ne laisse pas espérer à un miracle de plus ?

 

14.13

יג וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-הָעָם, אַל-תִּירָאוּ--הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ אֶת-יְשׁוּעַת יְהוָה, אֲשֶׁר-יַעֲשֶׂה לָכֶם הַיּוֹם: כִּי, אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֶת-מִצְרַיִם הַיּוֹם--לֹא תֹסִפוּ לִרְאֹתָם עוֹד, עַד-עוֹלָם.

Vayomer Mosheh El HaAm…

 13 Moïse dit au peuple: "Ne craignez pas, rassemblez-vous et voyez le salut de Hashem qu’il fera pour vous ce jour ! La manière dont vous avez vu l’Égypte aujourd'hui, vous ne continuerez plus de les voir encore ad olam jusqu’à la fin des temps de ce monde.

 

Au niveau du déterminisme naturel, il y a une catastrophe éventuelle, mais la Yeshouat Hashem permet d’être sauvé au-delà de cette menace impersonnelle du fonctionnement des lois du déterminisme naturel. La Yeshoua est au-delà, c’est une rupture des lois de la nature. C’est littéralement l’idée de « salut » telle qu’elle est exprimée en français à partir du latin.

 

La Mékhilta dit ceci :

Nos maitres ont enseigné : Israël s’est divisé en quatre groupes, quatre types de réaction.  

La première disait : Nipol el hayam - Tombons dans la mer !

 

Parvenu à l’extrême pointe de l’espoir d’être sauvé et devant l’impasse de cette catastrophe éventuelle c’est un effondrement de la foi avec la conséquence de ce choix du suicide arrêtant l’histoire.

 

Une autre partie du peuple disait : Retournons en Egypte ! 

La troisième partie disait : Faisons-leur la guerre !

La quatrième partie disait : Nous allons crier en priant !

De telle sorte de les affoler par la prière.

 

Quatre stratégies sont proposées :

-Le suicide dans le renoncement.

-Le retour en Egypte.

-La guerre.

-La prière.

 

Et la Mekhilta continue :

A la partie disant « Tombons dans la mer ! » Il leur a dit :

14.13

הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ אֶת-יְשׁוּעַת יְהוָה, אֲשֶׁר-יַעֲשֶׂה לָכֶם הַיּוֹם

Tenez-vous là rassemblez-vous et regardez le salut que Hashem fera pour vous ce jour.

A la partie disant « Retournons en Egypte ! » Il leur a dit :

 14.13

כִּי, אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֶת-מִצְרַיִם הַיּוֹם--לֹא תֹסִפוּ לִרְאֹתָם עוֹד, עַד-עוֹלָם.

Car comme vous avez vu l’Egypte aujourd’hui vous n’ajouterez pas de les voir jusqu’à la fin du temps.

A la troisième partie disant : « Faisons la guerre ! » Il leur a dit :

14.14

  יד יְהוָה, יִלָּחֵם לָכֶם.

Hashem guerroiera pour vous…

Et ceux qui ont dit : « Prions contre eux ! » Il leur a dit :

14.14

וְאַתֶּם, תַּחֲרִשׁוּן

Et vous restez silencieux !

 

Cela veut dire que clairement selon ce midrash les quatre stratégies sont refusées. Elles ne sont pas au même niveau de mérite selon la capacité de foi mais, malgré tout, ces quatre stratégies sont refusées. C’est donc qu’il y en a une cinquième qui peut être authentique. Et cette cinquième attitude, nous l’aurons dans l’étude plus en détail avec les textes du Maharal portant sur le verset suivant 14.15.

 

Beshala’h 14.15

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה, מַה-תִּצְעַק אֵלָי; דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, וְיִסָּעוּ

Et Dieu dit à Moïse : Pourquoi cries-tu vers Moi ? Parle aux enfants d’Israël et qu’ils avancent…

 

Nous étudierons Rashi qui met en évidence une implication : cela implique que Moïse se préparait à prier. Tsaaqah c’est la prière que l’on clame.

 

On a donc les cinq niveaux. Ce qui est frappant c’est que nous vivons de nouveau la même problématique : dès que l’occurrence de la catastrophe arrive ces quatre réactions apparaissent.

Le suicide dans le renoncement.

Le retour en Egypte.

La guerre.

La prière.

Le midrash nous enseigne que Hashem refuse ces quatre attitudes. Elles ne sont pas toutes entièrement négatives dans leur niveau d’acquisition de capacité de foi croissante. Mais, finalement, c’est la cinquième stratégie qui est indiquée : Dieu veut l’entrée dans la mer.

 

Cela fait apparaitre la structure de la division du peuple en quatre parties ou niveaux qui mènent à un cinquième niveau, et qui nous est annoncée par le récit biblique dès le commencement du récit.

 

Nous allons reprendre ici le début de la Parashah de Beshala’h avec l’aide de la Mekhilta, et nous verrons ensuite comment le Maharal explique ce midrash de la Mekhilta, pourquoi Hashem refuse ces quatre premières stratégies et ordonne la cinquième.

Nous apprenons que le peuple est divisé en quatre niveaux qui mènent à un cinquième. On voit dans le début du récit de cet événement que c’est effectivement cette structure-là qu’annonce le texte.

 

Nous avons à comprendre en quoi ces quatre réactions à la menace de la catastrophe qui se dénoue par le passage de la mer rouge impliquent dans le contexte du récit un manque de foi ? Même celle de la guerre ? Et même celle de la prière ?

 

Nous allons lire ensemble les huit premiers versets de Beshala’h :

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car il était proche car Dieu s’était dit de peur que le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.  .../...  

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 09:16

Jérusalem dans la pensée du Rav Kook - 2ème partie

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/jerusalem_dans_la_pensee_du_rav_kook/cours_1

W00581-02 Durée : 17,2 minutes Face B

 

C’est une analyse fondamentale pour la compréhension de la Torah.

Chaque peuple, chaque tradition, chaque doctrine, chaque religion à la limite, a semble t-il dans l’histoire pour tache de mettre en évidence de façon spécialisée telle ou telle
valeur en particulier. Le cas du judaïsme est à part, son idéal est l’unité des valeurs.

 

L’exemple qui me reste en mémoire depuis très longtemps tel que je l’ai reçu de mon maitre Jacob Gordin za’l pour essayer de comprendre cela : il se basait sur un enseignement du Rav E. Benamozeg qu’il indique dans la préface de la première édition de « Israël et l’humanité ». Il dit que « chaque nation et chaque tradition a un perle, et Israël est le fil du collier ».

Chaque culture a ainsi une vocation particulière qui lui permet de mettre en évidence une valeur en particulier et de le réussir.

Mais Israël est ce cas particulier de l’unité.

 

Or, dans ce texte, le Rav nous rappelle que l’exil a commencé il y a 2000 ans.  Et depuis cet exil il y a une séparation entre la sainteté (qdoushah) et la vaillance (gvourah). Ces deux forces qui ont jailli de Jérusalem unis à la fois se sont séparées. Et se séparant elles se sont l’une l’autre dégradées. Ce fut l’état de l’exil où la sainteté s’est occultée et où la vaillance a disparu.

Le Rav indique que la reconstruction de Jérusalem aura pour signe l’alliance retrouvée entre la sainteté et la vaillance.

 

Je crois qu’il suffit d’énoncer ces têtes de chapitres pour comprendre qu’une réflexion renouvelée nous permettrait de retrouver une ligne de lecture beaucoup plus aisée de ce chaos d’événements que l’actualité nous renvoie. Je parle des événements de l’histoire juive telle qu’elle se passe en Israël, et où il y a encore semble-t-il ce stade de l’affrontement entre ces deux valeurs issues de Jérusalem à l’origine, qui lorsqu’elles ne sont pas unies s’affrontent, la sainteté d’un côté et la vaillance de l’autre.

 

La sainteté :

Le Rav en particulier dans son livre Orot a expliqué l’existence de deux sortes de sainteté.

Ce qu’il appelle la qédoushah keneged hatévah : la sainteté qui ne peut s’affirmer que face/contre/ s’opposant à l’être de nature.

Et d’autre part la qédoushah tiviit : la sainteté qui procède de l’unité de la création.

 

Le cas particulier du judaïsme est d’avoir été un monothéisme radical parmi des conceptions du monde dérivées du dualisme. Le dualisme est une conception du monde qui n’arrive pas à admettre, penser et vivre, l’unité absolue entre la vérité et la réalité. 

Lorsque nous disons que Dieu est un, en hébreu, nous voulons centralement affirmer que Celui qui nous a donné la vérité est Celui la même qui a créé la réalité.

Or, dans l’expérience humaine habituelle vérité et réalité sont radicalement disjointes. Et ce qui a fait l’essentiel de la tradition grecque c’est la certitude qu’elles ne peuvent jamais se rencontrer.

 

Par rapport au problème de la sainteté, il y a un point important de l’enseignement de la Torah. La sainteté authentique est une sainteté qui s’unit à la nature et ne s’y oppose pas.

On a donc deux stades de la vertu de sainteté.

Un premier stade qui a sa propre valeur et qui s’affirme en s’opposant. La sainteté ne peut s’affirmer qu’en se coupant et s’opposant à la nature. Mais le Rav enseigne qu’il y a une sainteté beaucoup plus profonde et beaucoup plus élevée. Une sainteté où il n’y a pas de conflit entre la tendance de nature et la tendance de la vérité de sainteté.

 

Le Rav a expliqué dans Orot que la sainteté naturelle a été perdue lorsqu’a été perdue notre véritable nature hébraïque, et lorsque nous sommes devenus les juifs de l’exil. Nous avons alors eu un long apprentissage de 2000 ans d’une sainteté qui ne pouvait s’affirmer que contre la réalité du monde. On pourrait avoir des heures d’analyses sur le sujet mais je crois que les choses sont simples. L’identité juive, par rapport à l’identité hébraïque, s’est habituée à connaitre comme expérience de sainteté une sainteté en refus de la réalité du monde extérieur. Car par définition tout ce qui relevait de l’ordre du paysage extérieur était goï ! Et par conséquent, cette sainteté nous dit le Rav, était une sainteté en deuil. Ce n’est donc pas par hasard qu’elle a fini par prendre les apparences du deuil !

 

Ce n’est qu’en Eretz Israël que l’on peut retrouver cette unité entre le paysage du monde et les valeurs la sainteté.

Il faudrait le génie poétique pour décrire ce que je me borne à vous suggérer. Le fait de manger des tomates saintes et de respirer des marguerites pieuses...  

 

Effectivement, lorsque le juif redevient hébreu il a cette découverte qui l’oblige à plonger profondément dans la mémoire des 2000 ans passés pour se retrouver uni et réunifié devant le Dieu un à travers la sainteté et la vie de nature. C’est tout l’apprentissage de la aliah d’ailleurs. On quitte un paysage de deuil où la sainteté était en deuil et la nature était en deuil pour retrouver cette unité entre la sainteté et la vaillance.

 

3ème partie : la dimension de la prophétie.

 

Le Rav insiste beaucoup en parlant de la névouah eloqite, la prophétie divine.

Je crois qu’effectivement, au travers des 2000 ans d’exil, on a fini par perdre l’évidence de ce dont il s’agit dans la notion de prophétie biblique : la prophétie donnée par Dieu à l’homme.

 

Si on explore la très abondante et parfois très brillante littérature juive de la pensée juive contemporaine, en particulier en français, on peut déceler une certaine tendance à dissoudre ce caractère spécifique de ce que le Rav appelle la névouah éloqite. Et je crois qu’il a là un pressentiment qui est extrêmement important.

 

L’affirmation très spécifique de la prophétie hébraïque est que son contenu est la parole de Dieu à l’homme. Et non pas la parole de l’homme sur Dieu. 

 

Il y a une certaine tendance à annexer les contenus de la sagesse rabbinique et surtout de la prophétie hébraïque à la problématique philosophique. Or, il y a une différence de nature : Lorsque le prophète parle, il dit ce que Dieu dit de l’homme. Alors que lorsque le philosophe parle, il dit ce que l’homme pense de Dieu.

 

C’est pourquoi il y a là une annexion usurpatrice des contenus de cette révélation divine présentée, connue et diagnostiquée comme telle par l’humanité entière, à la pensée humaine, quelque soit sa sophistification profondément spirituelle. Mais il y a une différence de nature. Dans ces courants de la littérature de pensée juive contemporaine on trouve cette espèce de forfaiture qui ne pourra rester longtemps incognito, et qui inévitablement sera dénoncée.

 

Je reviens à l’analyse du Rav : de Jérusalem on procédait ensemble ces trois forces. D’une part la sainteté témoignant de l’unité du Créateur et de Celui qui a révélé les valeurs morales spirituelles et religieuses.  

 

On n’arrivera pas à comprendre ce qu’était la sainteté de l’hébreu, elle n’a rien à voir avec cette sainteté qui se croit obligée d’être en deuil pour apparaitre comme sainte. Qu’est-ce que ce deuil ? C’est l’exil ! Dans l’exil, l’âme est en deuil, parce que dans le deuil l’âme est exilée. Et c’est de ce deuil que Jérusalem nous fait sortir…

 

Voilà grosso modo les lignes de forces de ce chapitre. Je regrette le manque de temps pour vous le lire mais je vous invite à la lire.

 

Je voudrais terminer en citant deux enseignements.

-L’un du professeur Néher qu’il a l’habitude de dire le jour de Yom Haatsmaout.

-Et sur ce qui a été dit de la citation de Herzl 

 

Dans le rite ashkénaze dans le Shmoneh Essrei, dans la prière que l’on dit trois fois par jour, il y a une phrase un peu différente dans le rite séfarade et j’expliquerais pourquoi très rapidement.

 

Le rite ashkénaze est un rite dérivé de l’exil du 1er temple des communautés qui ne sont pas revenus au temps du 2ème temple. Alors que le rite séfarade est le rite des communautés exilées du 2ème temple. C'est-à-dire des descendants de ceux qui étaient revenus au temps du 2ème temple.

 

Dans le rite séfarade la phrase est la suivante :

Tishkone betokh Yeroushalayim irekha keasher dibarta.

Tu résideras dans Jérusalem ta ville comme tu l’as dit.

Dans le rite ashkénaze c’est :

וְלִירוּשָׁלַיִם עִירְךָ בְּרַחֲמִים תָּשׁוּב. וְתִשְׁכּן בְּתוכָהּ כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ

Velyeroushalayim irekha bera’hamim tashouv vetishkone betokha.

Et à Jérusalem ta ville tu reviendras avec miséricorde et tu résideras en elle.

Vous voyez la différence : dans le rite séfarade il n’est pas question d’avoir à revenir, on était à Jérusalem, mais la Shékhinah était cachée, tandis que dans le rite ashkénaze il y a deux étapes : il faut d’abord revenir, et ensuite que la Shékhinah se dévoile.

 

Cela me permet de dire en passant que lorsqu’il y a apparemment des divergences rituelles de rite ne croyez pas que c’est contingent. Il y a toujours un sens extrêmement important. On ne peut pas changer le rite de sa communauté d’origine, cela a un sens pour le rite lui-même et pour la compréhension de cette communauté et dans son rapport avec la Torah et son histoire quatre fois millénaires. Le professeur Néher nous disait ceci en nous donnant chaque fois l’illustration de la récapitulation de l’histoire de sa propre vie, mais il le disait également à l’échelle de l’histoire d’Israël.

 

Pendant 2000 ans cette phrase du rite ashkénaze :

וְלִירוּשָׁלַיִם עִירְךָ בְּרַחֲמִים תָּשׁוּב. וְתִשְׁכּן בְּתוכָהּ כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ  

Veliroushalayim irekha bera’hamim tashouv vetishkone betokha

Et à Jérusalem ta ville tu reviendras avec miséricorde et tu résideras en elle.

On s’adressait à Dieu. On lui demandait de revenir à Jérusalem sa ville.

Et puis Il ne revenait pas !?

En fin de compte le sionisme est apparu.

Et au début de l’histoire du sionisme très souvent c’était le discours d’un juif envers un autre juif :

Veyeroushalayim irekha bera’hamim tashouv vetishkone betokha

Et à Jérusalem ta ville tu reviendras avec miséricorde et tu résideras en elle.

On disait aux juifs apatrides cette phrase.

Et finalement nous dit monsieur Néher arrive un stade ou il faut prendre conscience que cette phrase il faut se la dire à soi-même :

Veyeroushalayim irekha bera’hamim tashouv vetishkone betokha

Et à Jérusalem ta ville tu reviendras avec miséricorde et tu résideras en elle.

C’est à ce moment-là que la Shékhinah peut revenir à Jérusalem.

 

Monsieur Néher nous a beaucoup impressionné en nous disant qu’il avait vécu ces trois étapes : d’abord il priait que Dieu puisse retourner à Jérusalem et que les Juifs puissent rester dans leur pays d’exil. Ensuite, il demandait aux juifs apatrides de retourner dans leur ville à Jérusalem, jusqu’au moment où il s’est rendu compte qu’il fallait se la dire à soi-même. C’est à ce moment que cette unité se dévoile.

 

Monsieur Harpaz a précédemment cité Herzl qui disait : 

« Si vous le voulez cela ne sera pas une Hagada. »

Je vous donne un ‘hidoush : dans le Talmud il y a deux parties, la Hagadah et la Halakha. Alors si vous le voulez ce ne sera pas une Hagada parce que ce sera une Halakha !

Et pour que la Halakha se réalise il faut une Halikha (une marche).

Alors Lekh Lekha ! A bientôt à Jérusalem !

 

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4 octobre 2013 5 04 /10 /octobre /2013 09:14

Jérusalem dans la pensée du Rav Kook

 

Jérusalem chez le Rav Kouk

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/jerusalem_dans_la_pensee_du_rav_kook/cours_1

W00581-01 Durée : 30,8 minutes Face A

 

Jérusalem dans l’enseignement du Rav Kouk.

J’ai réfléchi à quelques références mais en fait cette relation à Jérusalem dans cet enseignement est diffuse dans toute l’œuvre du rav Kouk.

 

Malgré tout, il y a deux chapitres qui ont été édités dans les dernières éditions des manuscrits du Rav Kook qui rassemblent aussi un certain nombre d’articles reproduits dans des revues israéliennes au début du siècle, et qui sont deux volumes nommés les Maamarei Hareyiah.

 

Le terme de Reyiah est un terme important de l’enseignement talmudique en général. Reiyah signifie se voir, s’entrevoir. Le terme associé réayione est passé dans l’hébreu moderne et signifie l’interview, qui signifie s’entrevoir.

 

Il s’agit d’une référence à l’une des mitzvot principales de la fête de pèlerinage où les chefs de famille de l’ensemble des tribus d’Israël devaient se rassembler dans le temple de Jérusalem à Pessa’h, Shavouot, Soukot, fêtes commémorant l’événement fondateur de l’histoire d’Israël comme peuple à partir de la sortie d’Egypte comme unité collective (klal). La mitzvah du pèlerinage s’accompagne de l’obligation pour les individus dispersés dans l’ensemble du pays et de la nation de se connaitre de visage à visage à propos de ce rassemblement pendant les fêtes de pèlerinage.

Par coïncidence, le mot de Reyiah est constitué des Rashei Tévot du nom du Rav Kook qui est Rabbi Avraham Yits’haq HaKohen.

 

Cet article a paru en 1915. Il comporte plus qu’un pressentiment de ce que Jérusalem doit représenter pour nous aujourd’hui, en référence à l’unité du peuple. En ce temps-là, on ne voyait pas apparaitre les problèmes concrets au niveau sociologique du rassemblement des tribus d’Israël.

Nous sommes à une époque de l’histoire d’Israël où apparemment il n’y a  plus de filiation par tribu. Elle s’est arrêtée au temps du deuxième exil. Le premier exil étant celui d’Egypte. Le deuxième exil qui a suivi la destruction du 1er temple, le bayit rishone.

Mais il y a quand même quelque chose d’analogue dans le temps contemporain, c’est le rassemblement des communautés qui, après 2000 ans d’exil actuel, se rassemblant depuis plusieurs paysages culturels humains radicalement différents, tentent dans ce creuset d’unité que représente Israël par rapport au peuple juif de refaire l’unité de la nation hébraïque.

 C’est cet enjeu que le Rav Kook a voulu désigné dans son enseignement en général, et en particulier vis-à-vis de Jérusalem.

 

Dans le rassemblement des communautés – ha-édot – il y a quelque chose d’analogue du problème du rassemblement des tribus du temps biblique.

 

Il y a un grand principe de la tradition juive : l’idéal que l’on se désigne indique par là-même la valeur la plus essentielle pour la conscience qui y est sensible mais indique également que cette valeur n’est pas encore intégrée, raison pour laquelle est désignée comme idéale. Si cette valeur était déjà réalisée elle ne serait plus un idéal mais une réalité intégrée.

 

En ce qui concerne Israël, ce terme ayant le sens le plus général à travers l’espace et le temps, il est bien évident que l’idéal est l’unité. Cela implique que cette unité est à réaliser.

 

Dieu a confié à chaque manière d’être homme qu’il a créé en tant que nation une valeur en particulier dans chaque nation qui semble être la plus compétente. Et Dieu a choisi pour la valeur d’unité le seul peuple qui pouvait la réaliser. C’est un paradoxe car apparemment nous sommes la société la plus divisée. J’indiquerais les grandes cassures et brisures que le Rav Kouk donne dans son enseignement en désignant Jérusalem comme la ville significative de l’unité.

 

Lorsqu’une conscience est sensible à une valeur dans un premier temps elle y est sensible dans la prise de conscience du manque. Alors on peut lui faire confiance précisément lorsque cette expérience du manque est authentique qu’elle finira par l’atteindre et la réaliser.

 

Ce n’est pas à n’importe quelle conscience que l’on confie telle ou telle valeur, c’est à la  conscience qui est particulièrement sensible au manque de telle ou telle valeur. 

 

Ce n’est donc pas par hasard que le peuple dont l’idéal est l’unité donne jusqu’au moment de sa réalisation l’apparence de la société la plus divisée. Il y a à la fois un constat de lucidité à faire et un constat d’espérance.

 

Dans ce chapitre intitulé « Yeroushalayim », le Rav a utilisé, je pense de façon centrale, un des grands principes de l’enseignement du Talmud, repris dans beaucoup de slogans, et qui désigne les trois dimensions de l’identité d’Israël :

-Am Israel : le peuple

-Torat Israel : la Torah

-Eretz Israel : la terre d'Israël

 

Seule l’unité absolue de ces trois dimensions peut faire l’identité d’Israël authentique. C’est là je crois la ligne centrale de cet enseignement dans ce chapitre.

 

Or, pour le Rav Kouk c’est essentiellement Jérusalem qui rend possible l’unité de ces trois dimensions.

 

Etre Israël selon la relation à la terre d’Israël, être Israël selon la relation au peuple d’Israël, être Israël selon la relation à la Torah d’Israël.

Nous sommes encore à un stade de notre histoire où cela peut être trois manières d’être juives différentes. Et lorsqu’elles sont différentes et séparées l’une de l’autre, elles risquent de s’opposer et de se combattre. Car en s’autonomisant elles se caricaturent alors qu’à la racine elles sont une même chose. Et dans l’existence apparait autant d’engagements juifs, authentiques lorsqu’ils sont unis, mais lorsqu’ils sont désunis se combattent et dévoilent par là même qu’ils sont devenus inauthentiques.

 

Le temps est venu de familiariser à cette évidence. Il est important de signaler que le Rav Kouk dont nous signalons l’enseignement ce soir l’avait déjà mis en évidence il y a très longtemps. Avant même que la réalité au niveau de la société du rassemblement des Juifs en Israël pose les problèmes concrets qui se révèlent à nous et auxquels nous sommes confrontés.

 

Cette unité absolue de ces trois manières d’être Israël dont parlent les sources et que nous vivons dans la réalité, lorsque cette unité se fait réelle et authentique elle ne peut se faire qu’au travers de Jérusalem. Voilà l’objet de ce chapitre.

Il y a une référence en filigrane tirée de l’enseignement du Zohar : « Qoudsha Brikh Hou, Torah veIsrael ‘Hadhou ». La traduction à laquelle vous êtes sans doute familiers n’est pas très exacte :

Le Saint Béni Soit-Il, la Torah et Israël sont une même chose.

En réalité, si le Zohar voulait dire Ha Qadosh Baroukh Hou en araméen il aurait dit « Qadisha Brikh Hou » et non pas « Qoudshah Brih Hou » !

HaQadosh Baroukh Hou = Qadisha Brikh Hou = Celui qui est la Sainteté en personne.

Mais Qoudshah Brih Hou serait en hébreu HaQodesh Baroukh Hou : l’être de sainteté.

Et l’être de sainteté au niveau de la réalité c’est la terre d’Israël d’après le Zohar.

 

« Qoudsha Brikh Hou, Torah veIsrael ‘Hadhou ».

 C’est la référence du Zohar de cet enseignement que nous avons d’autre part chez les talmudistes que les trois dimensions de l’identité d’Israël ne sont authentiques que si elles sont unies : la terre d’Israël, la Torah d’Israël et le peuple d’Israël.

 

Il y a chez les grands maitres, en particulier chez le Maharal, toute une étude pour savoir quel est l’ordre d’importance de ces trois facteurs. Qui passe d’abord ? Est-ce le peuple, est-ce la Torah ou est-ce la terre ? C’est un sujet important et très vaste.

 

En réalité, la dignité de ces trois facteurs est au même niveau mais c’est dans l’histoire qu’il y a souvent un ordre d’urgence. 

 

D’un point de vue théorique, c’est le peuple d’abord, la terre ensuite et finalement la torah. Parce que nous vivons une histoire particulière qui consiste à faire descendre au niveau de la réalité ce qui est sous l’aspect de l’éternité dans le monde de la vérité.

Dans le monde de la vérité il n’y a pas de question de primauté entre la Torah, le peuple ou Eretz Israël. Vous connaissez l’expression talmudique : Ein Mouqdam ouMeou’har BaTorah – il n’y a  pas d’avant ni d’après dans la Torah. Pourtant lorsque nous ouvrons un livre de Torah nous voyons bien qu’il y a un ordre !

Le Gaon de Vilna enseigne la différence entre la Torah et le Sefer Torah qui lui possède un ordre. Cela veut dire que dans la Torah mise par écrit, dévoilée dans la réalité, il y a un ordre. Dans la Torah au niveau de la réalité il n’y a pas d’ordre, ni avant ni après.

On ne peut dire d’une vérité qu’elle précède une autre vérité. En tant que vérité elles sont toutes au même niveau d’éternité. Il y a un ordre d’exposition de dévoilement, d’insertion dans l’histoire.

 

Il en est ainsi également pour ces trois facteurs aussi. Il y a un ordre historique d’importance. Il a a fallu d’abord que le peuple d’Israël se constitue, et qu’il soit sur sa terre pour que la Torah prenne force de loi.

 

Bien entendu, je touche là à un problème en controverse chez les autorités juives contemporaines. Mais je vous donne un point de vue traditionnel et israélien à la fois. Cela ne signifie pas qu’on ne puisse pas plaider aussi les autres dossiers, mais ils sont peut-être anachroniques. Je veux dire que suivant les époques, l’ordre d’urgence semble être différent.

Mais comme nous vivons à une époque charnière, il faut restituer l’ordre, je ne dirais pas théorique, mais en tout cas l’ordre vrai du point de vue de la Torah indépendamment de l’ordre historique vécu à chaque époque de l’histoire suivant l’ordonnance du Sefer Torah.

 

Or, le Rav Kouk dans ce chapitre indique que c’est bien Jérusalem qui a réalisé cette unité des trois facteurs, pour les raisons que je vais essayer de développer.

 

La première référence qu’il nous donne est tirée des Psaumes.

En particulier celui que nous avons l’habitude de lire pendant les fêtes de pèlerinage et qui fait allusion à l’unité de Jérusalem.

122.3

ג יְרוּשָׁלִַם הַבְּנוּיָה-- כְּעִיר, שֶׁחֻבְּרָה-לָּהּ יַחְדָּו. ד שֶׁשָּׁם עָלוּ שְׁבָטִים, שִׁבְטֵי-יָהּ

"Yerushalayim habenuyah ke'ir she'huba lah ya’hdav"

Lorsque Jérusalem est construite comme une ville qui les unit tous ensemble.

C’est là-bas que montaient les tribus de Dieu.

 

Et il s’agit de l’unité des tribus d’Israël. Effectivement, l’unité des tribus se faisaient concrètement à l’occasion de cette mitzvah de reiyiah pendant les fêtes de pèlerinage.

 

Au moment de la fête de pèlerinage, Jérusalem se dévoile comme étant vraiment le point d’unité des trois manières d’être Israël, par la terre, par le peuple, par la torah, mais au niveau du rassemblement des tribus.

 

Si l’on faisait une analyse sociologique même sommaire de l’état du problème de l’unité dans les sociétés contemporaines, je prendrais le cas de la France qui nous est le plus familier, on s’aperçoit que l’unité est au niveau du fait de société, et dans ce cas il s’agit du fait national, alors que les facteurs qui mènent à la division sont au niveau de la communauté, c’est-à-dire dans l’ordre spirituel.

 

Dans le vocabulaire de la sociologie française les hommes se réunissent en société autour d’intérêt et se réunissent en communauté autour d’idéaux. Dans  l’exemple français, il y a une unité de la nation  avec des intérêts « nobles », et on parlera de familles spirituelles de la France constituées des communautés de la France, qui sont non seulement différentes et divergentes, mais divisées en tensions et en conflit.

 

Il est possible que toutes les sociétés humaines à l’origine aient un statut exactement inverse. 

Et tout se passe comme si la société d’Israël dans l’aire culturelle occidentale (mais probablement pas la seule dans le vaste monde) gardait le schéma traditionnel de l’antiquité de toutes les sociétés :

L’unité est au niveau de la communauté, autour des idéaux, et donc d’ordre spirituel.

La divergence apparait au niveau national.

 

C’est le problème des tribus.   

Chaque tribu d’Israël peut constituer à elle seule un peuple d’Israël séparé !

Or, ce facteur de différenciation, qui est d’autre part un facteur d’enrichissement, nous le recevons de la diaspora de l’humanité. Il était déjà vrai au temps biblique que la différence des manières d’être des tribus procédait de la diaspora d’où Israël était sorti pour se constituer en nation. Vous le lirez attentivement dans l’histoire de l’exil de Yaaqov chez Lavan qui est le premier modèle des exils. On y voit que tous les fondateurs des tribus, les enfants de Yaaqov sont nés en exil chez Lavan à l’exception de Benyamin, conçu dans l’exil mais qui nait dans le retour au pays. Vous voyez l’analogie importante pour ceux qui vivent cette histoire de notre temps : la naissance de Benjamin !

 

De la même manière, de notre temps, la différence des communautés – eidot – parallèles à celle des tribus – shevatim - aux temps bibliques, qui fait qu’il y a divergence dans la même société, procède (peut être par délégation) de la différence des nations où Israël se trouvait en dispersion et en exil.

Je dirais plus précisément en catégorie biblique stricte que cela procède de la diaspora des nations. 

Il y a un cliché à dissoudre : l’idée que la manière naturelle d’Israël d’Israël serait d’être en diaspora et que le cas particulier serait le rassemblement d’unité sur sa terre. D’après le récit biblique, la vérité est exactement l’inverse. Lorsque la Torah raconte l’humanité recommençant après le déluge à partir de la famille de Noé, elle décrit d’abord la diaspora des nations et il n’existe pas encore de nation Israël. Et c’est le résultat de l’éclatement de l’unité humaine universelle qui a eu pour résultat les nations. C’est la raison pour laquelle la notion de diaspora désigne la manière d’être naturelle des goyim et non pas d’Israël! La diaspora du peuple d’Israël, devenu le peuple juif dans l’histoire contemporaine depuis la destruction de Jérusalem par Rome, est une diaspora seconde greffée sur la diaspora des nations. Ce n’est qu’à partir de la constitution des 70 nations de base, résultat de l’éclatement de l’unité humaine, qu’apparait seulement la nation d’Israël à partir d’Avraham, Yits’haq et Yaaqov, qui viendra se greffer sur la diaspora des nations dans l’espérance messianiques des prophètes bibliques de trouver le moyen de réunifier cette unité éclatée dans les différentes manières d’être homme que l’on appelle les goyim, les nations.

C’est une histoire intéressante à étudier pour elle-même selon les catégories bibliques et non pas dans la projection des notions sociologiques dérivées des intuitions des catégories gréco-romaines.

 

C’est pourquoi lorsque les tribus se rassemblent elles ramènent avec elles un principe de divergence au niveau sociétal qu’elles ont recueilli au niveau de l’universel humain éclaté.

Sans un principe spirituel de réunification perpétuel à travers le rite de la reyiah décrit au début, ces divergences iraient en s’approfondissant avec le risque que les douze tribus se constituent en douze peuples d’Israël séparés plutôt qu’en une nation unie idéale.

 

Le Rav note dans la suite de son exposé que lorsqu’on parle de Jérusalem on parle de l’identité d’Israël au-delà de ce qui fait les principes de divergences et de différences qui nous viennent des cultures étrangères. Il y a semble-t-il dit le Rav un consensus de tous les membres de la nation d’Israël. Je ne dis plus le terme de « peuple juif » parce que je parle de Jérusalem et ce n’est plus le peuple juif dispersé mais, à travers la société israélienne, c’est de nouveau la nation hébraïque.

Lorsqu’on parle de Jérusalem, il y a semble-t-il un consensus pour dépasser tous les principes de divergence pour parler de quelque chose d’autre, de ce qui est le caractère spécifique d’Israël dans son unité. C’est le mérite du Rav Kouk de l’avoir mis en évidence : c’est au-delà de toutes ces divergences d’options, qu’elles soient idéologiques, intellectuelles, spirituelles, culturelles, politiques ou folkloriques, qui font la division des tribus d’Israël.

Parce que ces principes de différences qui sont en eux-mêmes des principes d’enrichissement, en l’absence du facteur d’unité ne viennent pas de l’identité d’Israël mais du reflet de l’identité des nations dont le travail messianique de gestation d’unité a été délégué à Israël.

Lorsqu’on parle de Jérusalem, c’est là seulement qu’on se réfère à la sainteté spécifique de l’identité d’Israël.   

 

C’est pourquoi, apparemment mystérieusement, il y a un consensus de tous les Juifs et à travers eux du  monde entier sur Jérusalem dans sa sainteté spécifique parce qu’elle est au-delà de la différence des tribus.

 

Jérusalem est un phénomène qui dépasse la divergence des tribus, Et cette divergence des tribus est  le reflet des divergences des nations entre elles, divergences qui ont été projetées sur l’identité juive dans ses voyages de l’exil.

 

Il faut retenir dans cette analyse les deux dimensions à la fois : il y a une portée positive dans cette projection de la dispersion humaine en Israël qui est dans l’espoir d’une unification messianique. Tant qu’elle n’est pas réalisée l’aspect négatif, le facteur de divergence, renforce d’autant plus par contraste la réalité d’unité que représente Jérusalem.

 

Si on comprend cela on a compris la clef de ce ‘hidoush, ce renouvellement d’enseignement que le Rav nous donne à ce sujet.

 

Le Rav indique, avec une précision extraordinaire dans le jeu de citations d’énormément de versets bibliques et de sources du Midrash et du Talmud et du Zohar, qu’il existe trois forces principales dans la Jérusalem biblique qui font cette unité. C’est  la sainteté, la vaillance (Gvourah) et lorsqu’elles sont alliées, la force de la prophétie. J’en dirais quelques mots rapidement.

 

La sainteté pour la Torah c’est l’unité de toutes les valeurs.

Vous voyez comment à travers l’unité des tribus, et dépassant la manière spécifique de chaque tribu représentant le génie humain où ce qu’il en reste depuis que l’unité a éclaté au temps de la tour de Babel, la sainteté est dans tous les cas l’unité des valeurs.

 

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Published by Phil O'Semith - dans KABALAH
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 19:33

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Je crois que cela suffit comme indication. Je voudrais un peu analyser certains points de l’enseignement du Zohar.

 

Il y a 2 périodes dans l’histoire des 40 ans de l’état d’Israël contemporain. Il y a jusqu’en 1967 et á partir de 1967. Vous l’avez senti ? Jusqu’à la guerre des 6 jours, l’opinion publique était pour Israël, l’opinion juive y compris d’ailleurs. Et à partir de 1967 tout s’inverse. Et nous sommes encore dans cette période à partir de 67. Or, de 48 à 67 quel a été l’objectif de la guerre de libération des Juifs ? C’est de lutter contre les Anglais. En 1948 on a réussit comme voulait Jeanne d’Arc à bouter les Anglais hors du territoire de la patrie.

 

[A ce moment-là nous avions reçu à Orsay les scouts catholiques bretons qui étaient venus contracter alliance avec les éclaireurs israélites à Paris. Ils nous ont dit : nous avons le même ennemi et ils nous ont chanté la Hatikvah au son de la cornemuse ! C’était au temps de Gérard Alexandre.]

 

Et à partir de 1967 tout change ! Or, jusqu’en 1967 nous étions aux prises avec les fils d’Esaü. Et ils n’ont pas de droit sur la terre d’après ce texte puisqu’ils ne sont pas circoncis. Cela c’est la prétention d’Esaü contre Jacob. Et là l’histoire, le monde entier, a pris acte que les Juifs revenaient et que ce n’est évidemment pas les Chrétiens qui les empêcheraient. Entretemps il y a eu la Shoah et donc Rome s’est tue.

 

A partir de 1967 on avait affaire avec les Arabes et non plus les Anglais. Tout a changé d’un coup. Et corollairement le sionisme jusqu’en 1967 n’avait pas tellement besoin de se baser sur la Torah. C’est-à-dire le mérite des Mitsvot. Effectivement, c’est le mérite du parti travailliste qui était au pouvoir jusqu’en 1967. Et puis Goush Emounim est apparu en 67, c’est-à-dire un sionisme au nom de la Torah parce que là on avait affaire avec Ishmaël, alors il fallait le Zekhout de la Torah. Et nous sommes en plein dans cette phase décrite par le Zohar.

 

Un enseignement du rav Kook donné il y a très longtemps. Il parlait de 1948 la déclaration d’indépendance. En 1917 il y a eu la déclaration Balfour. Après la victoire des alliés en 1918, il y a eu un moment d’inquiétude chez les Kabalistes pour savoir qui aurait le mandat sur la Palestine ?  C’était la commission Picot qui devait décider si c’était les Français où les Anglais parce qu’il s’agissait de la province sud de la Syrie et de l’empire turc. Finalement c’est passé aux Anglais et on a dit « Ouf ! » Pourquoi ? Parce que jusqu’en 1917, c’était les Turcs qui étaient dans le pays. Pas des Arabes, mais des musulmans quand même. Or, arracher Erets Israël aux musulmans c’est dur ! A cause de  la circoncision ! Alors les Chrétiens se sont mis à leur place. Et on a dit « Ouf ! ». Miracle dans le miracle : les Anglais et pas les Français !  Pourquoi ? Parce que les Français sont catholiques et pour eux les lieux saints sont sacrés ! Les protestants se fichent éperdument des lieux saints. Et en plus ils lisent la Bible alors que les catholiques ne lisent pas la Bible. La déclaration Balfour n’a été possible que parce que Balfour était anglais. Si Balfour avait été français jamais il n’y aurait eu de déclaration ! Parce que Balfour savait que d’après la Bible Israël c’est la terre des Juifs.

 

Jusqu’en 1967 on a eu affaire dans l’opinion publique entre Jérusalem et Rome. Mais à partir de 1967 dans l’opinion juive c’est Jérusalem juive et Jérusalem arabe. Et alors c’est la raison pour laquelle depuis 67 le mérite à mobiliser pour Israël doit être un mérite des Mitsvot beaucoup plus qu’avant 1967, parce qu’avant 67 il suffisait du sionisme de Ben Gourion. Tandis qu’à partir de 67 il fallait le sionisme du Rav Kook. Vous voyez comment c’est arrivé ! Allez expliquer cela aux Juifs !

 

On sait où on va mais on ne sait pas à quel prix !

 

***

 

Q : Problème du nombre de Juifs en Erets Israël ? Aliah de masse ?

R : Pour moi c’est une évidence, une certitude. La Aliah de masse je n’y crois pas. Parce que cela n’a jamais été déclenché que par des catastrophes. Alors il vaut mieux s’en passer ! Il n’y a de Aliah que un par un. On me demande très souvent s’il y aura de la place en Israël pour tout les Juifs ? C’est un alibi colossal. C’est un faux problème. La Aliah se fait un par un. Il y a des versets pour cela. La Aliah c’est un par un. L’expérience que nous avons c’est que la Aliah de masse c’est toujours après des catastrophes. On ne veut pas de catastrophe pour les Juifs.

Q : les arrivées successives en Erets Israël fera que l’Aliah se fera d’elle-même, dans le même ordre d’idée quand on est arrivé à la mer rouge, c’est quand au fur et à mesure qu’on a avancé jusqu’au out que les eaux se sont déplacées… et donc au fur et à mesure qu’on arrive la place se fera d’elle-même de manière inattendue… c’est pourquoi on peut peut-être envisager une Aliah de masse calculée sur les fondements de la logique qui pourra se faire sans drame ?

R : oui je veux bien mais comme disait je ne sais plus qui : « il est minuit docteur Schweitzer ! ». Il ne faut pas rater le dernier autobus ! On est en plein monde ubuesque ! C’est ce que dit le Zohar très clairement : qui peuplera cette terre ? Soit un juif soit un arabe ! Pour chaque juif qui n’est pas là il y a deux arabes en plus.

Nous ne savons pas du tout comment cela fonctionne. Les prophètes et les Kabalistes n’ont pas dit  comment cela fonctionne, ils ont juste dit le déroulement des événements.   

Je vous donne un exemple qui m’a beaucoup frappé. Jusqu’avant 1967, le jour de Pessa’h on a une prière que l’on doit dire au Kotel qui est entre les mains des Jordaniens. Alors on montait sur le toit de la plus grande maison  pour voir au loin le Kotel avec des jumelles et dire la prière en question.

On voyait les autobus jordaniens de cette autre planète, et on était encore dans le rêve de Jérusalem pendant 2000 ans. Subitement à la guerre des 6 jours, le roi Hussein est devenu fou et nous a fait cadeau de Jérusalem. D’ailleurs il y a quelque temps il nous a fait cadeau de la Cisjordanie ! 

Subitement on ne sait pas du tout comment ce rêve utopique sur la légende de Jérusalem s’est réalisé ! On en sait pas, mais quand cela arrive cela arrive ! Maintenant plus de 20 ans après les Juifs et le monde entier sont habitués à une situation de fait. Mais imaginez ces 2000 ans ! Ce qui est arrivé entretemps, et je crois que Hussein est un homme providentiel : chaque fois qu’il y a une gaffe à ne pas faire il la fait ! 

 

Le problème n’est pas tellement de savoir pourquoi il y a autant d’Arabes en Israël mais de savoir pourquoi il n’y a pas assez de Juifs !

 

Je vous raconte une histoire : au moment de la guerre des 6 jours, le grand Mufti de Jérusalem a fait dire à Mosheh Dayan le lendemain de la libération de Jérusalem : nous savons que vous êtes venus pour reconstruire le temple, permettez nous de démonter la mosquée et de la remonter ailleurs. Mosheh Dayan de quoi parles-tu ? Jamais de la vie ! Vous êtes chez vous ! Nous sommes de frères !

 

Cela fait 2000 ans que l’histoire des Juifs dure comme cela. Ils étaient pris de panique.

Le Mufti de ‘Hévron était persuadé qu’on allait passer tous les habitant de ‘Hévron au fil de l’épée après ce qu’ils ont fait dans les années 20. Mosheh leur a dit : on a fait la paix ! Restez chez vous, vous aurez un maire arabe… Surtout considérez vous comme chez vous !

Je ne critique pas du tout Mosheh Dayan. C’est la réaction des Juifs : une utopie optimiste colossale !

 

La stupéfaction que 2000 ans après Rome on est revenu sur la montagne du temple n’aurait pas peser lourd pendant 24h. le temps qu’il fallait pour démonter la mosquée. Après ils auraient crié, mais trop tard !

 

Q: comment expliquer cette apathie du peuple juif après 2000 ans de leçons d’histoire ?

R: Il n’y a que Dieu qui peut juger. Nous avons un grand principe : tout juif est juif même un juif pieux ! Alors c’est comme ça !

Remarquez que vous posez la question de paris et je vous réponds depuis Jérusalem. C’est cela l’humour juif !  Normalement ce serait à moi de vous poser la question et à vous de répondre !

 

La Bible a raconté l’histoire du peuple d’Israël. Et nous sommes le peuple d’Israël. Or, ce texte-là nous montre cette attitude d’Abraham vis-à-vis d’Ishmaël alors que le sort d’Isaac est en jeu. On a appris dans ce séminaire que nous en sommes pas Abraham, ni Isaac, mais Israël fils d’Isaac fils d’Abraham et notre engagement dans la vie doit être celui d’Israël, et non pas la vertu d’Abraham qui est la charité absolue Et donc il est normal qu’Abraham soit charitable avec Ishmaël. Et pendant qu’il est occupé à être charitable pour Ishmaël il ne pense pas à Isaac. Il y a des tendances dans la société juive qui sont d’Abraham ou d’Isaac et qui rende la tâche d’Israël difficile.

 

Je me trouvais il y a quelques années à Paris dans un club juif. On parlait d’un enseignement de Torah et alors inévitablement un juif pieux s’est levé pour m’interpeller sur Israël : je voudrais avoir des garanties que je peux être religieux en Israël ! Je le regarde stupéfait et je lui ait répondu spontanément ceci : Si tu as besoin de garanties pour retourner chez ta mère, c’est que peut-être ce n’est pas ta mère ! Silence dans la salle… Ce n’était pas un juif ! 

 

Q : Cette générosité aveugle n’est-elle pas une sorte de masochisme hérité à la suite de 2000 ans, une habitude de pensée et d’acte imprimée dans les cellules du Juif qui est comme drogué au point qu’inconsciemment il la reproduit ? Et dans ce besoin inconscient de souffrance il y a ce débordement de générosité ?

R :  Votre explication existe, nous l’entendons souvent, elle est cohérente d’ailleurs, mais elle ne peut pas répondre à la question. Parce que de la même cellule, de la même hérédité, de la même expérience, une partie a construit Israël et une partie est celle que vous décrivez. Donc cela ne suffit pas à rendre compte, il y a un mystère : pourquoi d’une même famille avec la même hérédité, l’un est ainsi et l’autre comme cela ? C’est qu’il y a autre chose ! Cela ne suffit pas à expliquer le problème.

 

Q :

R : C’est le problème du nombre de Juifs en Erets Israël : La Shékhinah revient mais elle revient au prorata du nombre de Juifs ! On a une petite Shékhinah !

 

Il y a eu en Israël il y a quelques années l’affaire Shalit.

C’était une femme scandinave qui avait épousé un israélien, et qui ne s’était pas convertie au judaïsme et tenait absolument à ce que sa carte d’identité comporte non pas la mention « juive » mais « israélienne». Elle ne voulait qu’on lui impose d’être juive pour être israélienne. La mairie avait demandé de mettre chrétienne tout simplement. Non elle voulait israélienne mais pas juive. Et à ce moment a commencé le débat de savoir qui est juif. Il y a des remouds surtout en université. J’ai assisté à l’une de ces assemblées où la majorité était des juifs non religieux de la gauche israélienne universitaire. C’est le Rav Neiria, chef des réseaux des Bnei Akiva, qui devait faire sa conférence sur ce problème. Il commence par dire : « tous les jours on verse dans ce pays du sang juif innocent et vous ne réagissez pas ? » Silence dans la salle… « On circoncis vos enfants et vous ne réagissez pas ? » Il s’agissait en majorité de non-croyants ! Silence opaque… L’un d’entre eux se lève : « Tu nous a pris pour des bâtards ou quoi ? »

C’est le mystère ! 

Imaginez des gauchistes anti-religieux qui se sont sentis insultés. Ils ont d’ailleurs très bien compris la leçon. La conférence s’est arrêtée là. La circoncision est un mystère, c’est la garantie qu’Israël est bien Israël ! C’est une Mitsvah que tous les Juifs en Israël pratiquent à part quelques marginaux dont Shalit. En fin de compte cette famille a quitté le pays et vit en Scandinavie.  

Il y a quelques chose d’inexplicable : Israël sait inconsciemment que la circoncision le protège. Toute la gauche israélienne qui n’a rien à voir avec la Torah mais qui a à l’origine construit le pays en grande partie, et qui garantit son identité – ce qu’a enseigné le Zohar - avec la circoncision des petits de HaShomer Hatsaïr ! C’est un mystère ! 

 

< fin >

 

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 19:32

Abraham L'hébreu ou l’espérance de fraternité (1988) 4c

 

Abraham L'hébreu 88

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/engendrements/abraham_l_hebreu_serie_1988/cours_4

Durée : 41,1 minutes
Face B

W00300-02_wma

 

…/…

Seulement c’est quand il y a hémophilie alors on ne fait pas la circoncision. S’il y a maladie on la fait un autre jour. S’il y a eu empêchement par la nature alors le mérite de la relation à la communauté fait que la valeur de cette circoncision a la valeur de la circoncision à 8 jours. Et ce n’est pas symbolique. Le fait que la circoncision ait lieu a 8 jours fabrique l’identité hébraïque ou plutôt lui donne le sceau hébreu. Ce n’est pas la circoncision qui fait qu’un juif est juif. Un juif est juif par la naissance, circoncis ou pas. Mais un juif incirconcis c’est grave. Et la circoncision qui ne se fait pas à 8 jours n’est pas cachère. Je vous dis cela parce que je sais que dans les temps contemporains les rabbins ont des problèmes avec leurs juifs à cause du dimanche, parce que les Juifs attendent le dimanche pour inviter leurs amis à la circoncision… C’est très grave de repousser le jour de la circoncision. Même quand c’est Shabat on fait la circoncision le Shabat et à la synagogue, le 8èmejour. Problème si l’enfant est né le vendredi soir entre le coucher du soleil et la sortie des étoiles le vendredi soir, le rabbin doit décider si la circoncision a lieu le dimanche ou le vendredi d’après mais par le Shabat. Mais tout cela il y a des raisons pour. Je ne veux pas entrer dans le sujet mais ce 8ème  jour c’est très important.  

 

Il est possible de formuler le thème ainsi : la spécificité de l’identité juive reste un mystère. On est obligé de prendre acte qu’il y a une spécificité de l’identité juive. Admettons que c’est lié d’abord à la circoncision à 8 jours. Beaucoup d’études ont été faites là-dessus.    

 

Voilà ce que répond Dieu à l’ange d’Ishmaël :

Tu as raison il est circoncis ! Mais pas à 8 jour !

 

Et pas seulement cela, que les uns sont attachés à moi comme il faut à 8 jours, alors que les autres sont loin de moi jusqu’à tant de jours.

 

Ici il ne s’agit plus de la durée dans le calendrier mais c’est un problème de Séfirot.

 

Amar lé… Il (le Sar) lui a répondu : bien qu’il en soit ainsi puisqu’il est circoncis n’aurait-il pas un bon salaire pour cela ?

 

Et effectivement, parmi tous les Goyim il y a quand même le cas de Ishmaël qui est circoncis. Indépendamment du fait qu’étant circoncis son monothéisme est compatible au monothéisme d’Israël. C’est donc qu’il y a un rapport entre la circoncision et la manière de penser le Dieu Un ? Vous voyez là que l’on rentre dans un domaine de recomposition de l’ordre du monde comme disait  Armand Abécassis hier soir qui désoriente la pensée occidentale, mais on ne peut pas ne  pas prendre acte de la réalité. Nous occidentaux sommes incapables de voir le lien entre ces deux réalités parallèles, mais parallèles elles sont. L’homme de tradition comprend tout de suite cela. L’homme de pensée occidentale ne peut pas ne pas se rebeller, il craint le vertige du délire. Commencer à entrer dans un monde de signification pareille c’est la déréliction absolue. Donc ne rentrer jamais là-dedans mais sachez que cela existe.

 

Q : sur l’animisme…

R : Vous avez raisons, il y a énormément de nations, sans doute que leur relation aurait été spirituelle à leur manière et d’une nature hermétique à l’occidental qui lui n’est pas circoncis. L’occidental qui découvre l’âme africaine ou asiatique est complètement pris de vertige. C’est un autre univers, d’ailleurs fascinant pour l’occidental. Je connais un peu l’Afrique, et le témoignage des Européens envoûtés par l’Afrique car ils découvrent un monde dans lequel ils savent qu’ils sont étrangers mais qui les fascine. Il y a des catégories d’évidence de l’âme africaine pour lesquelles l’occidental reste à la porte. Et pourtant il est fasciné. Et ce n’est pas une différence de degré mais une différence de nature. Y-a-t’il un lien entre les rites et la pénétration dans l’âme ? L’occidental posera la question et la repoussera en disant que cela n’entre pas dans les catégories de la pensée grecque philosophique.

 

Le Zohar ne se gène pas : il nous dit que le cas particulier d’Israël c’est la circoncision à 8 jours. Alors l’ange d’Ishmaël objecte : N’y aurait-il pas un cas particulier Ishmaël puisqu’il est quand même circoncis ?

 

N’a-t-il pas le droit à un bon salaire pour cela ?

Et il ajoute : malheur à ce temps où Ishmaël est né et a été circoncis !

Qu’a fait HaQadosh-Baroukh-Hou ? Il a écarté les fils d’Ishmaël de l’attachement d’en-haut et leur a donné une part en-bas sur la terre sainte.

A cause de la Milah qu’il y a en eux. Et les fils d’Ishmaël sont destinés de dominer sur la terre sainte lorsqu’elle sera vide un long temps. Reka kol Vide de tout (c’est-à-dire vide d’Israël, c’est-à-dire vide de Jacob)

 

L’idée est claire dans le Zohar : lorsqu’Israël n’est pas sur la terre d’Israël elle appartient à Ishmaël. Vous voyez les implications concernant notre histoire.

Le Zohar a été mis par écrit il y a très long temps. Je ne veux pas entrer dans une querelle d’historiens, mais c’est avant que l’islam n’existe et avant que les Arabes ou les Turcs n’aient occupé chacun 400 ans chacun la terre : il y a 400 ans de domination arabe et 400 ans de domination turque avant la fin de la dernière guerre mondiale où les Anglais ont installé le mandat et qu’en 1948 les Juifs sont revenus pour devenir souverains de la terre.

 

Donc on pourrait se poser la question : comment ces rabbins du Zohar savaient-ils cela ? La réponse est très simple : Ce sont les rabbins du Zohar ! 

 

Donc le Zohar a dit :

 

Et c’est pourquoi les enfants d’Ishmaël domineront sur la terre sainte lorsqu’elle est vide un long temps. De même que leur circoncision est vide de plénitude (sans perfection).

 

C’est dire que de même que leur circoncision est imparfaite, de même leur domination sur la terre est imparfaite. En hébreu cela se dit autrement : de même que leur circoncision est vide de plénitude, de même leur domination sur la terre est quand elle est vide de plénitude (c’est-à-dire quand la terre est vide d’Israël). J’indiquerais un élément de plus tout á l’heure.

 

Et c’est eux qui empêcheront les enfants d’Israël de revenir chez eux. Jusqu’à ce que s’achève ce mérite des enfants d’Ishmaël.

 

Quel mérite ? Le mérite de la circoncision !

Ishmaël et son génie de civilisation a acquis un mérite sur la terre sainte que les historiens et les politiciens considèrent avec plus de sérieux que lorsque les croisés réclamaient leur terre sainte.  Lorsque l’histoire a parlé de la prétention du monde chrétien sur la terre sainte, l’histoire a refermé la parenthèse. Le royaume des croisés est une blague de l’histoire. Sauf pour le consul de France à Jérusalem qui est le gardien des lieux saints chrétiens de Jérusalem. Il doit bien sûr être chrétien.

Alors que lorsque c’est les Bnei Ishmaël qui parlent de leur droit sur ce qu’ils appellent la Palestine, le monde prend cela au sérieux, et il ne sait pas pourquoi, mais le Zohar le sait :

 

Et lorsque les enfants d’Israël reviendront qui les empêchera ? les Arabes !

 

C’est Pashout.

A cause de quoi ? A cause du fait qu’Ishmaël est né avant Isaac. Mais plus encore, à cause du fait qu’Ishmaël né avant Isaac a été circoncis, parce que lorsque Dieu a demandé à Abraham de circoncire son fils, Abraham voyait Ishmaël.

    

Et les Bnei Ishmaël ont pour avenir de provoquer de grandes guerres dans le monde. Et les fils de Edom se rassembleront contre eux et se feront la guerre. Une sur la mer, une sur la terre et une près de Jérusalem. Et ils domineront l’un sur l’autre.

 

Il y a certainement une allusion à ce qui s’est passé entre les Chrétiens et les Musulmans pendant les croisades d’ailleurs.

 

Et la terre sainte ne sera pas livré aux descendants de Edom. En ce temps-là se lèvera un peuple du fin fond du monde contre Rome la méchante et lui fera la guerre pendant 3 mois. Et là-bas se rassembleront les peuples il tombera entre leurs mains.  Jusqu’à ce que tous les fils d’Esaü de toutes les extrémités de la terre se rassemblent contre eux.

 

C’est hermétique. Est-ce déjà arrivé ou non ? Je n’en sais rien. Mais ce n’était pas cela que je voulais vous lire. Je voulais vous lire le passage jusqu’à la fin.

 

Et alors HaQadosh Baroukh Hou se lèvera contre eux. Comme il écrit : il y aura un sacrifice pour Hashem à Bosra (Bassora). Et après cela qu’est-il écrit ? Et Il retranchera les enfants d’Ishmaël de la terre sainte. Et tous leurs princes célestes seront déchus. Il ne restera plus de princes célestes pour les nations du monde. Mais seulement le prince céleste d’Israël seul. Et sur ce temps il a été écrit : Car alors Je déverserai sur les peuples une langue épurée, pour invoquer tous le nom de Hashem et pour le service d’une seule épaule. Il est écrit : « en ce jour-là sera Hashem Un et Son nom Un ».

 

C’est la fin que je voulais vous lire pour vous rassurer. Tout finit bien ! A quel prix ? Personne ne le sait. Mais ce qu’il faut indiquer c’est l’intention de cet enseignement : c’est une histoire qui commence entre Avraham et Ishmaël, et qui finalement se réalise historiquement lorsque les fils d’Israël voudront rentrer chez eux et que les fils d’Ishmaël les en empêcheront. C’est ce que je voulais mettre en évidence. Il en résultera des bouleversements jusqu’à ce que…

 

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 19:30

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Zohar :

La colonne écrite en écriture Rashi c’est la colonne du Zohar en araméen. La colonne écrite en carré c’est le texte en hébreu que l’on va lire directement parce que vous être moins familiers au texte araméen je suppose.  On prend à partir de notre verset :

 

Vayomer Abraham El HaElohim Lou Ishmaël Yi’hyeh Lefanekha

A propos de ce verset « Et Abraham dit à Dieu Puisse Ishmaël vivre devant Toi. »

Rabbi ‘Hiyyah a gémi et pleuré en lisant ce verset : il a ouvert et a dit : Vatéhi Saraï Hakarah Eïn lah Valad - Et Saraï était empêchée d’enfanter, elle n’avait pas d’enfantement » Malheur à cela Vaï – malheur à ce temps où Agar a enfanté Ishmaël.

Rabbi Yossei lui dit : Et pourquoi voici que Sarah a enfanté après et eut un fils de la postérité sainte.

 

L’argumentation de Rabbi Yossei à la plainte de Rabbi ‘Hiyyah est très simple : puisqu’en fin de compte Sarah a enfanté, ce malheur - qu’elle était infertile et qu’à cause de cela Agar a enfanté Ishmaël -  a disparu. Il ne faut pas avoir Aïn Harâ l’œil mauvais. Ishmaël est né et Sarah a enfanté. Il faut se réjouir du fait qu’Abraham ait eu un enfant de Sarah et un enfant de Agar.

 

Rabbi ‘Hiyyah lui répond : tu vois une chose et moi je vois une autre (ce n’est pas contradictoire). Et c’est ainsi que j’ai entendu de la bouche de Rabbi Shimon (Bar Yo’haï). Et c’est pourquoi je parle : Malheur à ce temps à cause du fait que Sarah ait été empêchée d’enfanter. Il est écrit : Sarah dit à Abraham prends ma servante…etc.

Et à cause de cela, l’heure a souri à Agar de déposséder Sarah sa maitresse. Et elle a eu une fils d’Abraham. (Et puisque cet enfant est né) Abraham dit : « Fasse que Ishmaël vive devant toi ». Et bien que Dieu ait été en train de lui promettre pour Isaac, Abraham était préoccupé pour Ishmaël. Et Abraham s’est attaché à Ishmaël.

 

C’est ce que je vous ai dit plusieurs fois et ce n’est pas qu’une manière de parler :

De notre temps Abraham serait Shalom Akhshav.

Sarah c’est Goush Emounim.

Et la Torah a tranché : c’est par Sarah que cela passe.

 

Jusqu’à ce que Dieu lui ai répondu : En ce qui concerne Ishmaël je t’ai entendu.

 

Cela signifie que les bénédictions qui sont d’Ishmaël c’est Abraham qui lui a arraché. Si l’humanité savait cela elle nous en voudrait à cause des patriarches.

 

Q. il semble qu’il y a ait un parallèle là : Abraham semble préférer Ishmaël de la même manière que Its’haq va préférer Esaü. 

R : Très bien ! Il s’agit de l’histoire des engendrements. Et pour cela il faut un père et une mère. Mais à propos de cette histoire on apprend que c’est la mère qui comprend les engendrements plus que le père qui est aveugle dans ces engendrements. Et vous verrez que c’est la mère qui à chaque génération a décidé contre l’avis du père. Cela ne passe pas par celui-là mais par celui-ci : elle connait les enfants qu’elle a porté en son sein si j’ose dire. C’est très clair avec Rivqah pour Jacob et Esaü. Mais c’est clair dans l’histoire de Sarah Abraham et Hagar. Agar n’a été femme d’Abraham que parce que Sarah en a fait la femme d’Abraham. Et lorsqu’elle a propose Hagar à Abraham, elle a dit clairement : « j’adopterais cet enfant et peut-être je me construirais à travers lui ». Cela veut dire : Sarah a envisagé d’adopter Ishmaël et de créer Israël à travers Ishmaël. L’empêchement vient de Hagar. Mishna des Pirqey Avot : Ezeh hou ‘hakham ? De qui peut-on dite qu’il est sage ? La réponse c’est : HaRoé et ha-nolad – celui qui prévoit les conséquences. Or lisez comme c’est écrit : HaRoé et ha-nolad = celui qui voit ce qui est en train de naître. Qui est-ce ? C’est la sage-femme qui est  la femme sage. Et c’est à propos de cela que la Guémara va établir que Sarah était plus grande en prophétie qu’Abraham. Et de là le Talmud tire un principe énorme : c’est que lorsqu’une femme est prophète elle l’est plus qu’un homme ! 

Il faut comprendre ce qu’est la prophétie : c’est la compréhension de ce qui se passe dans les engendrements de l’homme. Or, qui comprend les engendrements de l’homme ? C’est la matrice ! Vous voyez pourquoi nous sommes fils de la mère dans le judaïsme ! A la marine  aussi on est fils de la mer…

 

Q: Au niveau de Jacob vis-à-vis de Joseph il y a quand même une différence parce que

R: Jacob a préféré Joseph parce qu’il était fils de Rachel et qu’il aimait Rachel. N’oubliez pas qu’au niveau de Jacob il y a 2 identités : Jacob et Israël. Le fils d’Israël c’est Yéhoudah de Léah. Le fils de Jacob c’est Joseph de Rachel.

Petite parenthèse sur hier soir :

Les formules de Mashia’h ben Yossef et Mashia’h ben David ont été employés hier par Armand Abécassis mais il me semble à un niveau décalé. Il a expliqué à mon sens Joseph et Judah et non pas Mashia’h Ben Yossef et Mashia’h ben David. Joseph c’est Israël de l’exil. Judah c’est Israël d’Israël. Le Mashia’h ben Yossef ce n’est pas Yossef. Yossef Ha-Tsadik c’est Yossef Ha-Tsadik. C’est l’Israël de l’exil fils de Jacob. Mais Mashia’h ben Yossef c’est le Mashia’h du retour des exilés. Lorsque Joseph revient en Israël. C’est Mashia’h Ben Yossef. C’est différent comme niveau.   

Donc la préférence de Jacob pour Joseph c’est autre chose. C’est parce que Jacob voit en Joseph ce que lui Jacob voudrait être comme Jacob. Mais il est Israël.

Nous venons de finir de vivre 2000 ans comme Jacob, alors on est habitué à croire que Israël c’est Jacob. Bien sûr Israël c’est Jacob, mais à l’indice Jacob, Jacob n’est pas Israël. Il faut être familier avec tous ces textes. Pendant 2000 ans, on les a lu ce n’est pas pour rien. Et au moment où il faut le vivre on ne sait plus les lire. Ces textes sont très précis : chaque fois que un verset emploie le mot de Jacob c’est Jacob qu’il veut dire et chaque : chaque fois que un verset emploie le mot de Israël c’est Israël qu’il veut dire. Et dans le même verset des fois se trouvent les deux noms.

Vayigash 46:2 :

וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים לְיִשְׂרָאֵל בְּמַרְאֹת הַלַּיְלָה, וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב יַעֲקֹב; וַיֹּאמֶר, הִנֵּנִי

Hashem parla à Israël dans les visions de la nuit, disant: "Jacob! Jacob!" Il répondit: "Me voici.

Contexte du verset : C’est quand Jacob va descendre en Egypte rejoindre Joseph. Il s’arrête à Beer-Shéva. Il y a une révélation parce que Isaac à la génération précédente devant l’échec d’Esaü a cru que l’histoire de l’exil devait recommencer, s’est dirigé vers l’Egypte, mais a été arrêté à Beer-Shéva par une révélation lui interdisant de quitter le pays. Lorsque Jacob descendant en Egypte arrive à Beer-Shéva il se rappelle de cela et se demande si lui aussi n’a pas le droit de quitter le pays.  Alors Dieu se révèle à lui pour lui dire : « Toi tu peux descendre mais Je te ramènerais… »

Le statut de Isaac et le statut de Jacob dans le rapport à l’exil est très différent. Pour Isaac c’est interdit. C’est d’ailleurs grâce au mérite d’Isaac qu’on a des droits sur Erets Israël. Parce qu’il est le seul patriarche qui toute sa vie a vécu en Erets Israël.

Abraham commence son histoire dans l’exil et l’achève en Israël. Jacob commence son histoire en Israël et l’achève en exil. Isaac n’est jamais sorti du pays et n’a qu’une seule femme. C’est lié mais c’est un autre sujet.

 

Au moment où Dieu se révèle à Israël pour l’appeler Jacob c’est la nuit, et c’est la descente en exil. Cela veut dire qu’en exil Israël s’appelle Jacob. Revenu d’exil en Israël Jacob s’appelle Israël. Ce sont 2 niveaux d’identité. Yeshouroun est un projection au temps de Moïse. Au temps de Moïse Israël reçoit le nom de Yeshouroun. Vayhi Bishouroun Melekh.

 

Simplement pour vous dire que quand le verset emploie le mot de Jacob ou le mot d’Israël et parfois dans le même verset c’est intentionnel.

 

Autre exemple dans la Parashah de Vayé’hi 47:28:

 וַיְחִי יַעֲקֹב בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם, שְׁבַע עֶשְׂרֵה שָׁנָה; וַיְהִי יְמֵי-יַעֲקֹב, שְׁנֵי חַיָּיו--שֶׁבַע שָׁנִים, וְאַרְבָּעִים וּמְאַת שָׁנָה

Jacob vécut dans le pays d'Égypte dix sept ans; est les jours de la vie de Jacob furent de cent quarante-sept ans.

Verset 29:

וַיִּקְרְבוּ יְמֵי-יִשְׂרָאֵל, לָמוּת

Et les jours d’Israël s’approchèrent de la mort.

 

Au verset précédent il s’appelle Jacob. Le verset suivant il s’appelle Israël. Cela veut dire que Jacob s’installe au pays d’Egypte, alors les jours d’Israël s’achèvent. L’exil commence. Ici un point important. Ce n’est pas Israël qui meurt mais les jours d’Israël : Yemei Israël.

Vayikrevu yemey Yisra'el lamout

Je parlerais de cela à la fin du séminaire en citant un enseignement de Monsieur Néher à ce sujet.

וַיִּקְרָא לִבְנוֹ לְיוֹסֵף

vayikra liveno le-Yosef.

 

Je vous citerais un enseignement au nom du Shlah à ce sujet : en citant d’autres commentaires il pose la question : Comment le verset peut-il dire que Jacob vécut au pays d’Egypte ? Est-ce qu’on peut vivre en Egypte quand on est Jacob ? Et le texte aurait pu employer un tout autre terme pour dire que le temps qu’il a passé en Egypte était de 17 ans, mais il dit qu’il a vécu 17 ans. Vous entendez en hébreu :

וַיְחִי יַעֲקֹב בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם, שְׁבַע עֶשְׂרֵה שָׁנָה

 

Peut-il y avoir une vie en Egypte pour Jacob ?

Alors il répond c’est 17 ans et le verset suivant explique : parce que Jacob n’a vécu vraiment que lorsqu’il était avec Joseph !

 

C’est lorsque Jacob est avec Joseph que Jacob est vivant. Joseph c’est la force de Jacob. Alors il était 17 ans au pays de Canaan au commencement de l’histoire de Joseph. Joseph était âgé de 17 ans lorsqu’il est descendu en Egypte. Et 17 ans en Egypte font 34. Valeur numérique de Vayé’hi.

…/…

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 19:19
Abraham L'hébreu ou l’espérance de fraternité (1988) 4a
 
Durée : 45,2 minutes
Face A
W00300-01_wma
 
Je vais vous dire quelques phrases d’introduction à ce texte pour relier à notre sujet général. Un des thèmes principaux que nous avions étudié c’était le changement de nom d’Abram en Abraham et de Saraï en Sarah.
 
Et la signification d’après l’enseignement du Talmud c’est le passage de cette identité araméenne à l’universel, et en cela l’identité hébraïque d’origine se retrouve déployée.
 
Vous vous rappeler de toutes les implications de ce sujet.
 
Or, je voudrais rattacher à ce thème le fait que tant que ce passage à l’universel n’est pas réalisé – et nous verrons tout-à-l’heure à travers un texte du Zohar que c’est relié à l’alliance de la circoncision – la naissance de l’enfant promis à Abraham et Sarah est empêché. Vous voyez comment cela se raccroche à tout ce que nous avons étudié jusqu’à présent sur ces thèmes d’identité.
Nous allons voir à partir du verset 15 du chapitre 17 dans la Genèse.
  
וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים, אֶל-אַבְרָהָם, שָׂרַי אִשְׁתְּךָ, לֹא-תִקְרָא אֶת-שְׁמָהּ שָׂרָי כִּי שָׂרָה, שְׁמָהּ
Et Dieu dit à Abraham Saraï ta femme tu ne nommeras pas son nom Saraï car son nom est/sera Sarah.
 
A ce sujet la Guémara enseigne, je vous rappelle la référence que nous avions étudié à propos du changement de nom d’Abraham – c’est le Talmud Brakhot 13a.
 
Celui qui nomme Sarah du nom de Saraï…
 
C'est-à-dire une fois que le changement de nom a été opéré et qui revient en arrière et la nomme de nouveau Saraï – la différence vous vous en souvenez Saraï signifie « ma princesse » spécificité très précise de la relation entre Sarah qui sera la matrice de l’engendrement d’Israël par rapport à Abraham lui même seul « Saraï : ma princesse », alors que Sarah c’est « la princesse » à l’échelle de l’universel.
 
Celui qui nomme Sarah du nom de Saraï ne transgresse pas un commandement.
 
Vous vous souvenez que celui qui reprend en régression le nom d’Abram pour Abraham transgresse un commandement positif et un commandement négatif. Il y a une différence pour Sarah.
 
                      Pour quelle raison : parce qu’il est écrit « Toi tu ne l’appelera plus Saraï… »  
 
Par conséquent ce verset indique une interdiction pour Abraham et pour Abraham seul. Alors que la formule du changement de nom d’Abraham était universelle.
 
 
 
Cela signifie que cette exhortation est pour lui (Abraham) seul mais pas pour le reste du monde
 
 
 
Cela signifie donc que l’identification de Sarah qui est passée à l’échelle de l’universel dans la spécificité de la relation à Abraham – c’est quand même Sarah d’Israël – doit être gardée pour l’universel humain. C’est Israël qui ne doit pas empêcher ce passage à l’universel.
 
 
 
Nous arrivons à notre sujet, le verset suivant dit :
 
 
 
17.16:
 
וּבֵרַכְתִּי אֹתָהּ, וְגַם נָתַתִּי מִמֶּנָּה לְךָ בֵּן; וּבֵרַכְתִּיהָ וְהָיְתָה לְגוֹיִם, מַלְכֵי עַמִּים מִמֶּנָּה יִהְיוּ
 
Et Je la bénirai, et même Je te donnerais à toi d’elle, un fils; Et Je la bénirai (rendrai féconde), et elle sera le principe d’un ensemble de nations et les rois des peuples seront d'elle."
 
 
 
A ce sujet, la Guémara enseigne que ce changement de nom changeant l’identité a rendu possible cette fécondité de l’enfantement qui était attendu. Il y avait là un lien entre deux points importants que nous avons étudiés : d’une part le principe du passage de l’identité spécifique araménenne à l’universel pour retrouver l’identité hébraïque, et le fait que tant que ce passage à l’universel n’est pas amorcé, la fécondité promise est empêchée. De telle sorte d’empêcher que cette identité de fécondité et de bénédiction promise à Abraham pour la bénédiction de toutes les familles de la terre ne risque pas d’être une approximation. L’approximation serait quelque part entre la spécificité absolue de l’identité d’exil araméenne et l’universel. Un peu ce que nous avons dénommé en français à la suite de vos questions « l’identité cosmopolite ».
 
 
 
Voilà donc les deux versets qui indiquent qu’enfin est arrivée l’heure de l’annonce de la possibilité de la naissance d’Isaac, parce que Saraï est devenue Sarah et parce que Abram est devenu Abraham. Nous verrons par la suite du texte le lien avec l’importance de l’alliance de la circoncision qui va permettre la naissance d’Isaac.
 
 
 
Je continue le texte, c’est là que nous arrivons à notre sujet :
 
17.17:
 
וַיִּפֹּל אַבְרָהָם עַל-פָּנָיו, וַיִּצְחָק; וַיֹּאמֶר בְּלִבּוֹ, הַלְּבֶן מֵאָה-שָׁנָה יִוָּלֵד, וְאִם-שָׂרָה, הֲבַת-תִּשְׁעִים שָׁנָה תֵּלֵד.
 
Et Abraham tomba sur sa face et il rit ; et il dit en son cœur : "Est-ce qu’il est possible qu’un  centenaire soit capable d’engendrer ? et que Sarah âgée de quatre-vingt-dix ans puisse enfanter ?
 
 
 
Nous avons déjà fait allusion à ce verset dans les études précédentes, c’est la réaction d’Abraham devant le caractère d’irréalité de la promesse promise, si j’ose dire. Que par définition la foi va être définie en Abraham comme étant la foi qu’il est possible qu’Isaac naisse. Vé-émin Bashem. La 1ére fois que le texte emploie le terme  de foi dans le récit par rapport à Abraham, c’est lorsqu’Abraham a cru a fait confiance à cette promesse que alors qu’il se connaissait comme une fin d’histoire dans la stérilité de l’hébreu devenu araméen définitivement… en risque, c’est in extremis que la famille d’Abraham redeviendra hébreu dans le processus d’engendrement qui mènera à Jacob, se connaissant d’après le tifkoud ha-olam, le fonctionnement des réalités du monde comme étant arrivé à une fin d’histoire, il n’arrive pas à entendre les promesses de fécondité pour l’avenir.
 
Et ce n’est que lorsqu’il opère en lui ce passage de l’identité araméenne à l’identité hébraïque que je vous ai dénommé le passage à l’identité de l’universel, qui est celle d’Israël comme en parle la Bible, différente du cosmopolitisme pour raccorder à notre vocabulaire. Alors que simultanément, il est capable d’entendre cette promesse et d’y adhérer, et d’autre part corollairement de la réaliser.
 
 
 
Il y a là deux termes à mettre en évidence :
 
D’une part le terme Vayits’haq : ce thème du rire qui accompagne la naissance d’Its’haq doit être étudié pour lui-même. Il y a différentes dimensions du rire, parce qu’il y a différents personnages qui vont rire à cette occasion, si j’ose dire. Its’haq lui n’aura droit de rire qu’à la fin des temps. Son nom est le verbe rire au futur : Its’haq - il rira.
 
 
 
Mais un rire éclatera à certaines étapes de cette naissance. En fin de compte, la grande espérance annoncée à Abraham commence à se réaliser avec la naissance d’Its’haq. Et donc le rire et la joie, qui sont très reliés sémantiquement dans ce terme, commencent à se réintroduire dans l’histoire du monde.
 
 
 
Vous vous souvenez d’ailleurs ceux qui ont étudié ce thème que la séparation entre Ishmaël et Its’haq a été décidée par Sarah lorsqu’elle s’est aperçu que le rire du fils d’Abraham en Ishmaël est un rire au présent, alors que ce qui est annoncé c’est le rire au futur.
 
 
 
Et puis le deuxième élément c’est la formulation de ce caractère irréaliste de la foi en cette promesse par rapport à la réalité du monde. Lorsqu’Abraham dit : est-il possible qu’un homme de 100 ans engendre et qu’une femme de 90 ans enfante ?
 
 
 
Je crois qu’il faut confronter cela avec la relation qu’il y a entre la foi d’Israël en général et quelque soit le point sur lequel elle porte, et la réalité qui semble opposer une impossibilité d’un point de vue réaliste. Nous vivons notre temps il est bien évident que c’est une des situations auxquelles le peuple juif tout entier, Israël tout entier est confronté aujourd’hui.   
 
 
 
Je formulerais cela de façon très précise : il semblerait que l’existence d’Israël se heurte à une irréalité numérique. On nous donne des chiffres de démographie, de nombres de journalistes pour  lesquels c’est impossible qu’Israël existe dans les conditions dans lesquelles il existe… tout cela est déjà dans ce verset. C’est dans l’exclamation d’Abraham : c’est numériquement impossible !
 
Et c’est pourtant de cela qu’il s’agit. C’est clair que c’est la même situation. Ce à quoi a fait plusieurs fois allusion Armand Abécassis à la conférence d’hier soir : on oppose à la prétention de légitimité de l’état d’Israël, l’impossibilité par rapport aux réalités. On voit donc qu’à la racine de notre histoire c’est le même problème qui se pose. Lorsqu’Abraham s’entend dire : « Je te donnerais un enfant de Sarah », la réaction qu’il a est de dire : « c’est impossible vu la réalité ! » C’est ce lien que je voulais indiquer. Il faut y réfléchir par vous-mêmes. C’est en dépit de l’irréalité apparente qu’Israël existe depuis 4000 ans. Au fond il n’y a rien de changé.
 
 
 
On continue et c’est là que nous arrivons au verset 17:18 sur lequel nous allons étudier un passage du Zohar.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם, אֶל-הָאֱלֹהִים לוּ יִשְׁמָעֵאל, יִחְיֶה לְפָנֶיךָ.
 
 « Abraham dit à Elohim: "Puisse Ismaël vivre devant Toi ! » 
 
Lou c’est un souhait optatif. Abraham est convaincu qu’Its’haq l’enfant de Sarah va naître et tout de suite il pense à Ishmaël. Ishmaël était déjà né des circonstances que nous avons déjà analysé. LE fléchissement de la foi et de la patience chez Sarah et Abraham, entretemps Ishmaël est né.
 
Et voilà qu’en fin de compte Abraham est convaincu qu’Isaac naîtra. Alors il y a un problème avec Ishmaël. Et c’est Abraham qui dit ainsi :
 
לוּ יִשְׁמָעֵאל, יִחְיֶה לְפָנֶיךָ.
 
« Puisse Ismaël vivre devant Toi ! » 
 
 
 
וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים, אֲבָל שָׂרָה אִשְׁתְּךָ יֹלֶדֶת לְךָ בֵּן, וְקָרָאתָ אֶת-שְׁמוֹ, יִצְחָק; וַהֲקִמֹתִי אֶת-בְּרִיתִי אִתּוֹ לִבְרִית עוֹלָם, לְזַרְעוֹ אַחֲרָיו
 
Et Dieu lui dit sous-entendu n’oublie pas) : Sarah ta femme t’enfante à toi un fils. (C’est au présent)
 
Et tu nommeras son nom Isaac. Et Je ferais exister-réaliser Mon alliance (l’alliance est déjà contractée avec Abraham) avec lui. En alliance éternelle à sa postérité après lui.
 
 
 
17:20:
 
וּלְיִשְׁמָעֵאל, שְׁמַעְתִּיךָ--הִנֵּה בֵּרַכְתִּי אֹתוֹ וְהִפְרֵיתִי אֹתוֹ וְהִרְבֵּיתִי אֹתוֹ, בִּמְאֹד מְאֹד שְׁנֵים-עָשָׂר נְשִׂיאִם יוֹלִיד, וּנְתַתִּיו לְגוֹי גָּדוֹל
 
Et quant à Ismaël, je t'ai entendu [Notez le lien sémantique c’est le même mot Yishma'el shmatikha] Voici, Je l'ai béni; Je l’ai multiplié, extrêmement, il engendra douze princes, et J’en ferai une grande nation.
 
וְאֶת-בְּרִיתִי, אָקִים אֶת-יִצְחָק, אֲשֶׁר תֵּלֵד לְךָ שָׂרָה לַמּוֹעֵד הַזֶּה, בַּשָּׁנָה הָאַחֶרֶת
 
Et mon alliance, Je la maintiendrais avec Isaac, que Sara t'enfantera à pareille époque, l’année suivante.
 
 
 
Il y a donc une différence entre la bénédiction qui est l’héritage  d’Ishmaël et l’alliance d’Abraham qui continue avec Isaac.
 
 
 
Je retiens donc : il y a un souhait d’Abraham par rapport à Ishmaël et cela est confirmé par Dieu, et d’autre part il y a ce rappel que Ishmaël a ses propres bénédictions. Je vous donne une autre référence, c’est le verset qui formule la bénédiction propre à Ishmaël et qui se trouve au chapitre 16 verset 12 lorsque l’ange se révèle à Agar pour lui annoncer qu’elle aura un fils, après que Sarah ait obtenu d’Abraham qu’il renvoie Agar, lorsque elle s’est révoltée contre Sarah.
 
 
 
Je vous signale là un point qui est peut-être peut connu dans le déroulement du récit lorsque Sarah a proposé à Abraham de prendre Agar puisqu’elle pensait définitivement qu’elle ne pourrait pas enfanter, alors Abraham a accepté d’épouser Agar qui fut enceinte. Lorsqu’Agar a vu qu’elle était enceinte elle s’est révolté contre Sarah, et Sarah a obtenu d’Abraham qu’il la renvoie. Elle a avorté. Un ange se révèle à elle pour lui dire qu’elle aura un fils. Et c’est le deuxième fils de Agar qui est Ishmaël. Vérifiez bien dans le chapitre 16. 
 
Le verset 11 dit ceci :
 
 
 
16:11-12:
 
וַיֹּאמֶר לָהּ מַלְאַךְ יְהוָה, הִנָּךְ הָרָה וְיֹלַדְתְּ בֵּן, וְקָרָאת שְׁמוֹ יִשְׁמָעֵאל, כִּי-שָׁמַע יְהוָה אֶל-עָנְיֵךְ
 
Et l’ange de Dieu lui dit: "Voici tu seras enceinte, et tu enfanteras un fils; et tu nommeras son nom Ishmaël, car Hashem a entendu ta misère.
 
 
 
Et voici le verset qui définit la bénédiction propre à Ishmaël.
 
 
 
וְהוּא יִהְיֶה, פֶּרֶא אָדָם--יָדוֹ בַכֹּל, וְיַד כֹּל בּוֹ; וְעַל-פְּנֵי כָל-אֶחָיו, יִשְׁכֹּן
 
Et il sera un onagre, sa main sera sur tous, et la main de tous sur lui; mais il se maintiendra à la face de tous ses frères.
 
 
 
פֶּרֶא    Pereh seul signifie un onagre c’est-à-dire une âne sauvage. Et פֶּרֶא אָדָם  Pereh Adam signifie un homme qui est comme un animal sauvage…
 
 
 
sa main sera sur tous, et la main de tous sur lui;
 
C’est une formule apparemment sibylline que le Midrash et le Zohar a étudié à fond de telle sorte de savoir quel sera le développement du génie d’identité d’Israël.
 
Il y a une tendance d’expansion qui s’impose au monde entier. On ne peut pas ne pas se rendre compte c’est le cas. C’est la deuxième fois dans l’histoire du monde, puisque la première fois dans l’expansion de l’islam on voit quelque chose d’inhabituelle dans l’histoire des nations : une petite nation partie d’Arabie qui pratiquement couvre aujourd’hui des continents.
 
Nous sommes habitués à une phénomène de présence mais sa présence même pose problème mystérieux : comment se fait-il que parmi toutes les multitudes des nations du monde, une en particulier ait cette capacité d’expansion, de domination, et d’impérialisme si j’ose dire en élargissant le sens de ce mot. C’était arrivé jusqu’à Poitiers, mais de notre temps c’est avec une toute autre stratégie et d’une toute autre ampleur, quelque chose de beaucoup plus fort semble-t-il. 
 
Il faut se demander pourquoi la tradition nous a demandé depuis des millénaires de lire ces textes chaque année toutes les semaines le Shabat à la Torah : c’est au fond pour savoir qui nous sommes et dans quelle histoire nous vivons. Et pas seulement pour avoir des souvenirs folkloriques de nos ancêtres.  Je crois que vous êtes familier à ce principe : Maasei Avot Siman Labanim. Si on nous demande de connaître par cœur ce texte des récits bibliques de l’histoire des Hébreux c’est parce que c’est notre carte d’identité et que c’est cette histoire que nous vivons. C’est pourquoi il y a un très grand danger à fermer les yeux sur ce que la Bible dit de ce qu’elle dit. A force de ne pas vouloir voir, on ne voit plus. C’est peut-être un des sens du verset : « ils ont des yeux et ils ne voient pas… »  
 
 
 
Il y a deux parties dans cette bénédiction : יָדוֹ בַכֹּל   yado vakol les mots sont très précis et très forts : sa main sera sur tout -  וְיַד כֹּל בּוֹ vé yad kol bo et la main de tout sera sur lui. Jusque-là c’est très sibyllin. J’ai commencé à vous indiqué que cela a un sens très précis pour ceux qui étudient les Midrashim. Nous savons depuis l’origine qu’il y a dans le génie Ishmaël une capacité d’expansion universelle qui en fait de compte a donné l’islam et ce que cela représente comme volonté d’hégémonie. Dans les temps contemporains, il y a l’exemple massif de l’Iran et du khomeynisme si vous voulez. Mais la mémoire juive est habituée à cela depuis toujours.
 
 
 
Q: n’est-ce pas le sable qui était promis à Abraham ?
 
R: c’est pour la descendance par Isaac : « elle sera nombreuse comme le sable de la mer et nombreuse comme les étoiles du ciel ». Mais là les termes de multiplication et fructification sont employés pour Ishmaël. Il y a sur Ishmaël la bénédiction du nombre. Et le verset que nous sommes en train d’étudier va beaucoup plus loin : la mainmise littéralement : יָדוֹ בַכֹּל   yado vakol . Sa main sur tout.
 
De quoi faut-il le plus s’étonner : de ce que le texte nous explique clairement ce qui se passe, ou de ce que les événements s’entêtent aussi clairement à rendre compte du texte ?
 
Il y a dans l’identité d’Ishmaël un postulat qui va de soi :la mainmise lui appartient, sur tout. Cela c’est encore en dehors des conflits avec Isaac et donc Israël. Ce qui m’étonne c’est la facilité avec laquelle tout en rechignant le monde entier accepte comme si cela allait de soi. Après tout c’est écrit et il faut bien que le monde l’accepte, il faut bien que cela se réalise .
 
 
 
Q : J’ai besoin d’éclaircissements à propos du verset 17:18: וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם, אֶל-הָאֱלֹהִים Vayomer Abraham El Ha-Elohim, Est-ce le même que celui vu hier soir « Vé HaElohim » ?
 
R : c’est un peu différent mais cela va dans le même sens. C’est l’ensemble du tribunal céleste.
 
 
 
Q : cela ressemblait à la bénédiction que Jacob fait pour Gad. 49 :19
 
גָּד, גְּדוּד יְגוּדֶנּוּ; וְהוּא, יָגֻד עָקֵב
 
Gad sera assailli d'ennemis, mais il les assaillira à son tour
 
R : La correspondance est formelle. Ici dans le contenu de la bénédiction il s’agit vraiment d’une mainmise sur tout. D’une prise de possession et ensuite d’une dépossession totale.
 
Je vous donne l’explication du Zohar à ce sujet.
 
Nous avons déjà appris cela que les trois patriarches ont été bénis par la même formule de Kol mais dans des indices différents : Avraham – Bakol, Its’haq – Mikol, Yaaqov – Kol. Et alors l’assurance d’Ishmaël c’est le fait qu’il s’accroche à Avraham. Yado Bakol= sa main est sur Abraham. Mais la main de Jacob sera sur lui : Vé Yad Kol Bo. Et vous voyez comment cela se développe dans l’histoire. Ce n’est pas la peine d’analyser plus. Et je crois qu’on est arrivé à la fin du verset.
 
C’est á dire que le fait qu’Ishmaël est enraciné en Abraham lui donne la possibilité de mainmise sur tout. Mais lorsque Jacob apparait c’est Jacob qui met fin à cela :
 
יָדוֹ בַכֹּל וְיַד כֹּל בּוֹ
 
Yado Bakol Vé Yad Kol Bo.
 
Jacob et pas Isaac. Il faut toujours lire ce qui est écrit, pas plus, mais pas moins.

 
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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 19:16

 

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Vayehi A’harei Hamidbar

Il avait contourné les pâturages privés pour ne pas risquer d’y faire paître ses troupeaux sur un pâturage qui ne lui appartenait pas. C’est la même chose ici nous dit le Midrash. Les bergers d’Abraham querellaient les bergers de Loth parce qu’ils faisaient paitre leur troupeaux sur des pâturages qui ne leur appartenaient pas encore, puisque dit le verset [13.17]: 

וְהַכְּנַעֲנִי, וְהַפְּרִזִּי, אָז, יֹשֵׁב בָּאָרֶץ

« Le Cananéen et le Périzéen étaient encore sur le pays ».

Ils tenaient compte du fait que les pâturages n’appartenaient pas encore à la descendance d’Abraham. L’argumentation des bergers de Loth étaient de dire : cette a été promise à Abraham. Or, ce qui appartient à Abraham appartient à Loth. Et par conséquent, cela nous appartient ! Les bergers d’Abraham s’y opposent en disant que la Torah l’interdit. C’est une thème extrêmement important à découvrir. Capacité analogue d’être frère, l’un dans la moralité et l’autre en évacuant la moralité. Loth va s’installer dans la fonction d’Abraham à Sodome et Gomorrhe. Là-bas il est chez lui. Et il joue le rôle d’Abraham. Cf. tout le chapitre racontant la destruction de Sodome et Gomorrhe et qui dévoile quelle y était la position de Loth. Et lorsque les habitants de Sodome et Gomorrhe ont querellé Loth faisant trop de moralité, il y a un verset extraordinaire :

19:9

הָאֶחָד בָּא-לָגוּר וַיִּשְׁפֹּט שָׁפוֹט

 « Un homme qui vient s’installer et qui juge la justice »

Loth est grand rabbin de Pompéi. La fonction de Loth y est comme celle d’Abraham à Pompéi !

Dans la littérature française il y a cette espèce d’allusion à ce qu’on appelait les abbayes de cour. 

C’est un peu cela Loth. La vocation Abraham mais pas à Jérusalem, à Pompéi !

 

Alors finalement, il y a la problématique du Midrash qui est importante à comprendre : est-ce que Loth est un héros capable d’être Abraham à Pompéi alors qu’Abraham n’est capable de l’être qu’à Jérusalem ? Peut-être est-il un héros de la vertu ! Peut-être au contraire que c’est parce que c’est Sodome et Gomorrhe qu’il aime et non pas Jérusalem !

Voyez toutes les implications de cela, nous vivons ces choses-là.

 

Le Midrash de la Kabalah met cela en évidence : les gens de Sodome et Gomorrhe au fond c’est de Dieu qu’ils parlent avec Loth représentant du Dieu des Hébreux chez Sodome et Gomorrhe. Et ils formulent-là toute leur philosophie de la relation à Dieu. A cause du mot אֶחָד   E’had dans le verset.

הָאֶחָד בָּא-לָגוּר וַיִּשְׁפֹּט שָׁפוֹט

L’être-Un est venu séjourner chez nous les hommes et en plus il fait la loi !

 

Vous voyez toute la philosophie qu’il y a derrière. On reconnait la souveraineté transcendante de Dieu dans le ciel comme dirait Prévert mais en plus Il veut venir faire la loi en bas !

C’est toute une philosophie. C’est dans cette civilisation-là que Loth s’installe, avec la part de son mérite : ce courage de dire qu’il y a une mission d’être Abraham dans la civilisation impure. Abraham dans la ville sainte c’est facile. Mais Abraham à Brooklin c’est difficile.

Ce discours est dit de très bonne foi.

 

Je crois que là est effectivement le critère de séparation entre Loth et Abraham. C’est la même identité à l’origine mais qui à travers Loth va devenir cette caricature de la capacité de la fraternité des bergers dans l’immoralité. Alors que Abraham choisit la voie droite, donnant à Loth rendez vous à la fin des temps, au bout de la route, en français Ruth. Effectivement la sainteté de Rout revient, jusque-là elle était cachée, on appelait cela la cache-route… (rires)

     .../...

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 18:58

Abraham L'hébreu ou l’espérance de fraternité (1988) 3b

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/engendrements/abraham_l_hebreu_serie_1988/cours_3    

Durée : 40,9 minutes
Face B

W00299-02_wma

 

…/…

 

C’est parce que nous ne savons pas encore que Loth s’est disqualifié. Jusque-là il est cachère, jusque-là il est Tsadik, jusque là il aurait pu être un Abraham dont l’identité aurait été la même que celle d’Abraham. A un certain moment du texte, je vous donnerais la référence, Abraham dit à Loth : Nous sommes des frères -  Anashim A’him Anakhnou – alors qu’ils n’étaient pas des frères mais oncle et neveu. Et le Midrash explique qu’ils étaient sosies. Les 2 étaient capables d’être frères. C’est un autre thème mais relié. Il s avaient la même identité de capacité de fraternité. Et en plus ils étaient sosies : quand on voyait Abraham on croyait voir Loth et quand on voyait Loth on croyait voir Abraham… C’est pourquoi il a fallu qu’il se sépare. La motivation d’Abraham que je paraphrase : maintenant que nous avons que l’identité profonde n’est pas la même, étant donnée que l’apparence seule est la même, alors séparons-nous, que l’on sache qu’Abraham n’est pas Loth et que Loth n’est pas Abraham.  Cela va jusque-là. Cela veut dire qu’un point de départ ils ont une identité zéa.  L’identité en hébreu se dit Zéou. Mais Zéout a aussi le sens de identique, même. Zéé, même, identique. Ils avaient une identité identique. On peut le dire e français qui traduit ici l’hébreu assez bien. Donc on ne sait pas encore que Loth va être un déviant. Dit sous forme de blague : Abraham sera l’ancêtre du juif errant et Loth l’ancêtre du juif aberrant.

 

Je me souviens d’avoir entendu il y a très longtemps Monsieur Lévinas parler de ces thèmes-là entre Abraham et Loth, il disait : « Si Abraham est le juif, Loth est le sale juif. » Je n’aime pas cette expression mais elle est très suggestive. Cela veut dire que Loth est une caricature d’Abraham à un certain moment. A la racine, au début de leur cheminement c’est un grand personnage qui a le courage avec la famille d’Abraham de sortir d’Our-Kasdim en marche vers la recherche de l’identité hébraïque. Les causes profondes de la séparation : Loth va effectivement partager l’aventure d’Abraham. Cela va nous être dit en clair aux versets 4-5 :

 

 

 

וַיֵּלֶךְ אַבְרָם, כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר אֵלָיו יְהוָה, וַיֵּלֶךְ אִתּוֹ, לוֹט; וְאַבְרָם, בֶּן-חָמֵשׁ שָׁנִים וְשִׁבְעִים שָׁנָה, בְּצֵאתוֹ, מֵחָרָן.

Abram partit comme le lui avait dit l'Éternel, et parti avec lui Loth… Abram était âgé de soixante-quinze ans lorsqu'il sortit de Harân.

 

Ces indications de détail apparemment superflues prennent maintenant une force nécessaire. La Torah veut mettre en évidence que Loth partage l’aventure d’Abraham à l’origine au point de départ.

 

      

וַיִּקַּח אַבְרָם אֶת-שָׂרַי אִשְׁתּוֹ וְאֶת-לוֹט בֶּן-אָחִיו, וְאֶת-כָּל-רְכוּשָׁם אֲשֶׁר רָכָשׁוּ, וְאֶת-הַנֶּפֶשׁ, אֲשֶׁר-עָשׂוּ בְחָרָן; וַיֵּצְאוּ, לָלֶכֶת אַרְצָה כְּנַעַן, וַיָּבֹאוּ, אַרְצָה כְּנָעַן

Abram prit Saraï son épouse, et Loth fils de son frère, et toutes leurs possessions et toutes les personnes qu'ils avaient faits à Harân… Ils partirent pour se rendre dans le pays de Canaan, et ils arrivèrent dans ce pays.

 

Petite parenthèse c’est là un thème très important : à ‘Haran il y a eu élaboration d’une civilisation pré-hébraïque par Abraham. La famille d’Abraham à Our-Kasdim ce sont des araméens camouflés en prêtre de l’idolâtrie babylonienne. Un peu à la manière dont les prêtres chrétiens disent qu’ils sont Israël, chez les Goyim. Et comme les rabbins qui vivent chez les Goyim disent dangereusement des choses analogues, avec une espèce de perspective très profonde. Imaginez un observateur de la planète Sirius. Il aurait son télescope sur le 9ème arrondissement à Paris. Cela y pullule d’églises et de synagogues, on y entend « Amen » dans des prononciations différentes, « Allélouiah » dans des prononciations différentes…  Il y a même des soutanes analogues… Bref, il vaut mieux revenir au verset.  

 

asher-assou veCharan qu'ils avaient faits à Harân

 

Il y a eu effectivement une communauté « d’abramides » si j’ose dire. Quelles sont ces Nefesh ?

 

Le mot est au singulier mais c’est un mot pluriel générique Nefashot dont le terme collectif est Nefesh. Ce sont les convertis qu’Abraham et Sarah faisaient à leur vocation renouvelée d’hébreu. Les Guérim, les convertis, que Abraham et Sarah faisaient. Le Midrash le dit très clairement : Abraham s’occupait des hommes et Saraï des femmes. Il y avait la Yeshivah et le Beit Yaaqov de Abram et de Saraï. Ils y fabriquaient des personnes littéralement. C’est un thème très important : c’est tout ce peuple-là, cette tribu des « abrahamisants » si j’ose dire, qui rentre dans le pays de Canaan. Avec leur Rékhoush, toutes leurs possessions.  

 

La Guémara pose la question : qui sont les descendants des abramides de l’époque ? Il y a un thème très important, que je suis désolé de ne pas pouvoir traiter ce soir, on le retrouvera, c’est le fait que les patriarches, les Avot, sont les pères des fils d’Israël.  Ce sont les engendreurs. Leurs élèves on ne sait pas où ils sont. Ils en ont eu mais ce n’est pas des élèves dont parle la Torah. Elle parle du peuple de leurs descendants et de ceux qui s’adjoignent à l’identité nationale de ce peuple. Abraham, Isaac, Jacob ne sont pas des fondateurs d’églises. Il y avait des disciples d’Abraham. On y fait allusion dans un verset en clair. Où sont-ils ? Qui sont-ils ?

 

Alors la tradition va donner une réponse : chaque fois qu’il y a un converti à Israël, c’est la Neshamah d’un de ces disciples d’Abraham et de Sarah qui revient à Israël. Mais elle ne revient pas par la porte de la synagogue, mais par la porte de la nation. Cela veut dire qu’un disciple d’Abraham qui ne serait que judaïsant en tant que religion ce n’est pas un membre d’Israël. Un disciple d’Abraham devient membre d’Israël s’il devient membre de la nation d’Israël. Voilà la première indication, cela c’est pour les patriarches. Vous avez compris l’importance de ce thème-là. Pour les théologiens non-juifs c’est très difficile de faire rentrer les catégories du Guiyour, de ce qu’on appelle en français la conversion dans leurs catégories sociologiques. Parce qu’il ne s’agit pas en fait d’une conversion dans le sens théologique chrétien pour lequel on change de catéchisme.

 

C’est une naturalisation au peuple juif, sa religion y compris. Donc c’est un acte qui est simultanément légal religieux et légal national. C’est pourquoi le rav A.I. Kook avait en son temps cité un psak qu’à partir du moment où Israël redevenait une nation, il était interdit de faire des guérim en ‘Houts Laarets. Sinon il y a une contradiction dans les termes. Ce serait un goï qui voudrait devenir Israël mais à l’étranger ! Je referme cette parenthèse. C’est une des réponses que donne la tradition à cette question de savoir qui sont ces Nefashot-là.    

 

Corollairement, dans un texte corollaire, c’est que les Neshamot de ces Nefashot-là étaient au Sinaï et ont entendu la Torah en même temps que les Hébreux au pied du Sinaï. Ce qui fait que lorsqu’ils veulent entrer en Israël, une fois régularisée leur nationalité et religion, ils ont le même titre de noblesse que les Juifs d’origine, et un peu plus. Parce qu’il est vraiment d’origine, alors que nous ne sommes que juifs d’origine par descendance, alors que lui est d’origine mamash d’origine.

 

12.5    

וַיֵּצְאוּ, לָלֶכֶת אַרְצָה כְּנַעַן, וַיָּבֹאוּ, אַרְצָה כְּנָעַן    

Ils sont sortis (d’Our-Kasdim) pour aller en direction du pays de Canaan, et ils arrivèrent dans le pays de Canaan.  

 

Il y a encore plusieurs thèmes qui nous sont indiqués. Mais j’arrive au problème de la séparation entre Loth et Abraham. En tout cas on apprend entretemps que Loth a accompagné Abraham dans un voyage très important qu’Abraham et Sarah font en Egypte. Apparait un thème très important que nous étudierons  peut-être dans la Parashah de la semaine prochaine : c’est quand Abraham dit de Sarah qu’elle est sa sœur et non seulement sa femme. Loth accompagne Abraham. Après cette épreuve dont je parlerais plus en détail la prochaine fois où l’on voit que l’identité d’Abraham monte considérablement au niveau de la visée hébraïque de la moralité : il a été capable de dire de sa femme qu’elle est sa sœur – ce qui pour le moment est mystérieux nous le verrons la semaine prochaine – et ensuite Loth et Abraham font se séparer. Il y a un progrès dans l’identité Abraham chez Abraham, et Loth reste Loth et fait du surplace. Il y a une séparation dans l’ordre de la moralité. Leur ontologie métaphysique, leur identité métaphysique est hébraïque : capable d’être frère. Mais il y a un critère qui les différencie radicalement c’est qu’Abraham est frère dans la moralité alors que Loth est un peu de l’ordre du « faux-frère ». Il y a les frères et les faux-frères comme il y a les bergers et les mauvais bergers. Cf. tous ces mouvements spiritualistes, philosophiques, idéalistes, politique où l’on s’appelle « frère ». Nous trouvons à la racine le même idéal, la même exigence de retrouver la fraternité. C’est cette recherche là que nous allons redécouvrir avec Abraham et Sarah.

 

13.5

וְגַם-לְלוֹט--הַהֹלֵךְ, אֶת-אַבְרָם הָיָה צֹאן-וּבָקָר, וְאֹהָלִים.

Et à Loth aussi qui marchait en compagnie d’Abraham, il y avait troupeaux et petit troupeaux et les tentes (un peuple avec lui).

 

וְלֹא-נָשָׂא אֹתָם הָאָרֶץ, לָשֶׁבֶת יַחְדָּו כִּי-הָיָה רְכוּשָׁם רָב, וְלֹא יָכְלוּ לָשֶׁבֶת יַחְדָּו

Et la terre ne les a pas porté de résider ensemble.

 

C’est un verset extrêmement important :la terre toute entière n’était pas assez grande pour qu’ils vivent ensemble, et cohabitent. Il s’agit de deux hommes, deux valeurs humaines, très analogues à l’origine qui auraient pu être la même si l’histoire avait été autre, et la Torah nous en dit : la terre n’était pas assez grande pour qu’ils puissent cohabiter. Coexistence impossible, fraternité impossible. Deux frères capables d’être frères mais pas entre eux !

 

Je crois qu’il y a là une dimension importante. Cela ressemble beaucoup à l’état des sociétés humaines, où il y a des bergers dont l’essentiel de leur message est de transmettre à leurs troupeaux qu’il faut vivre ensemble, mais les bergers n’arrivent pas à vivre ensemble. Ils sont tous des Tsadikim mais ne se supportent pas, alors chacun à son coin à lui quelque part…  Chez les Mitnaguim entre eux et chez les ‘Hassidim entre eux… Bon, on en fait pas de Lashon Harâ, puisqu’on parle des Hébreux on en parle pas des Juifs.

 

Cela rappelle l’histoire de Caïn et Abel. Deux hommes au monde et puis la terre entière n’était pas assez grande pour qu’il puissent coexister et l’un a supprimé l’autre. Cette même équation qu’on retrouve ici entre Abraham et Loth est en progrès : l’un ne tuera pas l’autre. Mais ils se séparent.

 

Caïn a été assassin, Loth a préféré Sodome et Gomorrhe.

 

Cette même équation va être reprise à la génération suivante entre Ishmaël et Isaac. Et elle sera reprise entre Jacob et Esaü et se dénouera entre Joseph et ses frères.

 

וְלֹא-נָשָׂא אֹתָם הָאָרֶץ, לָשֶׁבֶת יַחְדָּו כִּי-הָיָה רְכוּשָׁם רָב, וְלֹא יָכְלוּ לָשֶׁבֶת יַחְדָּו

 Et la terre ne pouvait pas les porter de résider ensemble, car leur possession étaient nombreuses

et ils ne pouvaient pas résider ensemble.   

 

13.7 :  

וַיְהִי-רִיב, בֵּין רֹעֵי מִקְנֵה-אַבְרָם, וּבֵין, רֹעֵי מִקְנֵה-לוֹט; וְהַכְּנַעֲנִי, וְהַפְּרִזִּי, אָז, יֹשֵׁב בָּאָרֶץ

 

Il y a eu une querelle entre les bergers des troupeaux d’Abraham et les bergers des troupeaux de Loth et le Cananéen et le Périzéen habitaient alors dans le pays.

Comme d’habitude et je vous le répéterais souvent chaque mot et chaque nuance de mot est étudié au fond par le Midrash, mais chaque fois cela nous ferait prendre des tangentes dans d’autres sujets, je vais essayer de suivre la même ligne de lecture sur ce qui se passe entre Abraham et Loth. 

 13.8:  

וַיֹּאמֶר אַבְרָם אֶל-לוֹט, אַל-נָא תְהִי מְרִיבָה בֵּינִי וּבֵינֶךָ, וּבֵין רֹעַי, וּבֵין רֹעֶיךָ כִּי-אֲנָשִׁים אַחִים, אֲנָחְנוּ  

Et Abraham dit à Loth : Qu'il n'y ait pas de querelles entre moi et toi, entre mes bergers et tes bergers; car nous sommes des hommes frères.

 

L’initiative de la querelle a été prise par les bergers d’Abraham, c’est donc que les bergers d’Abraham avaient en tant que bergers quelque chose à reprocher aux les bergers de Loth. Et nous verrons de quoi il s’agit quand le Midrash met cela en évidence. Mais le mot employé par la Torah pour dire la querelle des bergers est le mot de רִיב   Riv. Et le mot qui va être employé dans le verset 8 lorsque Abraham dit Qu'il n'y ait pas de querelles entre moi et toi, il ne s’agit plus des bergers de Abraham et des bergers de Loth, mais de Abraham et Loth. Et c’est le mot de מְרִיבָה Mérivah. Il y a une différence רִיב   Riv c’est la querelle physique et מְרִיבָה    Mérivah c’est la querelle spirituelle, idéologique. Entendez-le en hébreu Riv-Mérivah c’est la même racine. Mérivah c’est plus que la Ma’hloquet, c’est sans solution.

 

Qu'il n'y ait pas de querelles entre moi et toi, et entre mes bergers et les tiens; car nous sommes des hommes frères.

 

13.9:  

הֲלֹא כָל-הָאָרֶץ לְפָנֶיךָ, הִפָּרֶד נָא מֵעָלָי אִם-הַשְּׂמֹאל וְאֵימִנָה, וְאִם-הַיָּמִין וְאַשְׂמְאִילָה

N’est-ce pas que toute la terre est devant toi, sépare-toi de moi, si tu vas à gauche j’irais à droite, si tu vas à droite, j’irais à gauche.

 

On reviendra sur les causes profondes de cette séparation d’après Abraham

 

13.10:   

וַיִּשָּׂא-לוֹט אֶת-עֵינָיו, וַיַּרְא אֶת-כָּל-כִּכַּר הַיַּרְדֵּן, כִּי כֻלָּהּ, מַשְׁקֶה--לִפְנֵי שַׁחֵת יְהוָה, אֶת-סְדֹם וְאֶת-עֲמֹרָה, כְּגַן-יְהוָה כְּאֶרֶץ מִצְרַיִם, בֹּאֲכָה צֹעַר

 

Et Loth leva les yeux et vit toute la plaine du Jourdain, car elle était tout entière arrosée, avant que l'Éternel eût détruit Sodome et Gomorrhe; comme un jardin d Dieu, comme le pays d'Egypte, en direction de Çoar.

 

Tso’ar est une ville qui va jouer un très grand rôle dans l’histoire de la vie de Loth, elle est entre l’Egypte et Sodome et Gomorrhe.

 

13.11:

 וַיִּבְחַר-לוֹ לוֹט, אֵת כָּל-כִּכַּר הַיַּרְדֵּן, וַיִּסַּע לוֹט, מִקֶּדֶם; וַיִּפָּרְדוּ, אִישׁ מֵעַל אָחִיו

 Et Loth choisit pour lui toute la plaine du Jourdain, et Lot décampa-voyagea vers l’orient ; et ils se séparèrent chacun de dessus son frère.

 

On a eu de la chance : Loth a choisi Sodome et Gomorrhe et Abraham a choisi Jérusalem. Et si Loth avait choisi Jérusalem ? Puisqu’ici il lui donne le choix !

 

Déjà dans l’expression « Si tu vas à gauche j’irais à droite, si tu vas à droite, j’irais à gauche » il y a déjà un pléonasme. Rashi nous donne l’explication suivante qui va nous dévoiler qui est Abraham. On pourrait croire à une séparation définitive et irréversible. Pas du tout ! Rashi nous dit en citant le Midrash que Abraham lui dit : Rassure-toi  Je ne serais jamais loin de toi et si tu as besoin de moi, je serais là pour te protéger. Effectivement par la suite on voit que dès que Loth sera fait prisonnier dans la guerre des rois, Abraham, l’homme de la paix, décide de faire la guerre ! 

 

Il n’y a pas d’implication avec les problèmes contemporains, mais il n’y a que ça.

 

Rashi nous dit ceci : Si tu va à droite je serais à la gauche de ta droite, si tu vas à gauche je serais à la droite de ta gauche. Cela veut dire que je ne serais jamais loin de toi, je te protège. C’est la grande différence de la séparation entre Caïn et Abel : Caïn tue Abel, c’est définitif et irrémédiable, c’est la haine. Abraham dit à Loth : on se ressemble trop pour être vraiment la même chose, alors éparons-nous. Mais rassure-toi, je t’aime bien, alors je suis là si tu as besoin de moi…

 

Effectivement, il aura besoin de lui ; on va voir un chapitre entier où Abraham va prendre l’initiative de faire la guerre. La Guémara va s’interroger : Abraham faire la guerre ? C’est dans la massekhet Gitim qui étudie les causes profondes de la Galout telle qu’elles sont rattachées à Abraham.

 

 

Abraham c’est l’homme de ‘Hessed, de la charité absolue et il se dévoile comme partisan de la guerre pour sauver Loth !

 

Vus voyez qu’il faut suivre le texte attentivement pour se rendre compte de l’articulation de l’émergence de l’identité d’Israël et nous n’en sommes qu’aux premières étapes : Abraham l’homme de la vertu de charité est capable d’être l’homme de la vertu de la rigueur absolue lorsqu’il le faut.

 

Dans le sujet concernant Ishmaël nous verrons plus en détail qu’Abraham a une complaisance pour Ishmaël extraordinaire que la Torah condamne. Sarah demande à Abraham de chasser le fils de l’étrangère. Et la Torah nous raconte que Abraham obéit à Sarah mais qu’il en a eu du mal pour son fils Ishmaël. De là le Talmud apprend que lorsque les femmes sont prophètes elles sont plus grandes que les hommes : Dieu a dit à Abraham : écoute la voix de Sarah. On en déduit que Sarah était plus grand prophète qu’Abraham. On verra cela plus en détail. Abraham obéit et va expulser Ishmaël et l’envoyer dans le désert avec Hagar mais le texte dit que c’est contre sa nature parce qu’il est l’homme du ‘Hessed.  Il n’y a pas plus ‘Hessed naturel si j’ose dire que l’amour d’un père pour son fils. Et même si c’est le fils de l’étrangère, c’est son fils. Je vous citerais la prochaine fois  ce le Zohar dit à ce sujet.

 

Vous voyez à quel point nous vivons cela de manière tragique. Ce mot de tragédie ne fait pas partie du vocabulaire juif. Il faudrait dire dramatique. C’est intentionnellement que j’utilise le mot tragique, c’est un drame sans solution. Il n’y a pas de drame sans solution dans le regard de la Bible sur l’histoire : il y a toujours une solution. C’est un grand enseignement du professeur Néher. La grande différence entre la conscience grecque et ce qu’elle a fini par devenir dans l’histoire des cultures, et la conscience hébraïque, c’est que la conscience grecque est tragique. C’est le drame sans solution. La conscience grecque mène à cet espèce d’univers que seuls les psychanalystes ont le courage d’explorer. La fatalité fait inconscient, ce n’est pas pour rien qu’ils ont pris pour semen Œdipe.  C’est un autre problème mais très important. Monsieur Néher a mis cela en évidence que tous les récits de la Bible sont dramatiques mais il y a une issue. Finalement, Ruth revient.

 

Un grand auteur juif français sociologue d’origine marxiste nommé Goldmann a fait sa thèse de doctorat sur le Dieu caché de Pascal. En appendice de sa thèse de doctorat, il a fait une étude extrêmement enrichissante sur la différence entre le théâtre de Racine et le théâtre de Corneille. Le théâtre de Racine est un théâtre tragique. Racine finalement finira janséniste tragique. Tandis que le théâtre de Corneille est un théâtre dramatique. Je me rappelle à l’école française que je préférais Corneille à Racine. Corneille cela fait juif : c’est dramatique mais il y a une issue. Tandis que Racine cela aboutit au tragique absolu. Pas d’issue, à chaque génération le même drame avec simplement des pauses dans les coulisses.

 

Sachant qu’ils ne sont que dramatiques ces problèmes de la relation entre Abraham et Ishmaël, je crois que c’est très rassurant que seuls les Juifs sont capables de cela.  

 

 

Quelle est la raison de cette séparation ?

 

Voilà comment le Midrash l’explique : c’était une querelle de bergers. De quoi peuvent se quereller les bergers qui ont pour objectif de rendre concret au niveau existentiel, l’idéal des Hébreux qui va se formuler finalement dans la révélation de la Torah ? Parce qu’il s’agit de la préparation d’une identité humaine – l’identité hébraïque - qui fera que la révélation de la Torah sera possible. Quelle est cette querelle des bergers en tant que berger à propos d’un problème de Torah ?

 

Le Midrash va directement à un exemple prestigieux : pourquoi Moïse a-t’il été choisi Moïse grâce á qui la Torah sera révélée ?

Sur un verset qui se trouve dans l’histoire de Moïse alors qu’il était chez Jéthro dans le désert du Sinaï chez Jéthro. C’est la préface au moment de la révélation du buisson ardent : Pourquoi Dieu a-t’Il choisi Moïse ? C’est parce qu’il était un bon berger ! Et comment le texte l’indique-t-il ? Il faisait paître ses troupeaux dans des pâturages qui n’appartenaient pas à des propriétaires étrangers.

 

 

.../...

 

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Published by Phil O'Semith - dans ENGENDREMENTS
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