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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:27

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

Cours 5

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_5

Durée : 45,9 minutes - Face B - 152 02

 

…/…

Ce n’est donc pas sélection, mais mise à l’épreuve. Metsaref, épurer, comme on fait passer un métal dans le creuset pour ensuite le tremper pour qu’il devienne ‘hallal.

 

Q : ?

R : De là on comprend la notion de Qidoush Hashem. On dit de quelqu'un qu’il est mort qidoush Hashem. Il y a des manières d’achever la vie terrestre qui économisent tous les autres gilgoulim nécessaires.

 

Nous revenons à l’explication du Maharal sur le système de Rabbi Eliezer :

Derekh, pour épurer les tendances corporelles.

Midbar, pour les tendances spirituelles.

Yam Souf, la mise à l’épreuve de la foi au niveau intellectuel.

 

« Et tout cela Dieu l’a fait parce qu’au temps de la sortie d’Egypte la Shékhinah de Dieu était avec Israël ».

 

On s’était arrêté là hier. Le problème de l’exil de la Shékhinah et de sa délivrance au moment où Israël est délivré de l’exil.

« Puisqu’Israël était le véhicule de la Shékhinah alors Dieu a voulu évacuer d’Israël leurs infériorités, faiblesses, défauts. Et c’est pourquoi il faisait passer Israël par des épreuves et par là Il épurait Israël»

 

Pour la partie du peuple non encore prête à devenir Israël de Jérusalem, de Tsion, il fallait passer par là pour être épuré à priori. Mais pour les autres qui n’avait pas besoin de cela à priori ? Il y a des raisons à postériori que donnera Rabbi Yehoshoua. Et ici le Maharal ajoute quelque chose de très important.

 

Après ces épreuves alors ils étaient épurés tehorim, zakarim, transparents, aptes à recevoir un niveau supérieur d’être. Et même sans défaut en eux, Dieu les aurait quand même éprouvé au niveau du corps et de la vie psychique, afin de mériter un niveau encore supérieur d’être à travers les épreuves qu’ils auraient acquise dans cette occurrence-là au moment de la sortie d’Egypte qui a été faite pour eux. »

 

Dans tous les cas, pour la partie du peuple pour laquelle c’était nécessaire il fallait passer par ces épreuves d’épuration. Et même si cela n’avait pas été nécessaire, en cas d’absence de défaut, à priori on serait passé par ces épreuves tout de même pour acquérir une maalah encore supérieure.

 

 « Et même s’il n’y avait pas en eux de faiblesse, Dieu les aurait quand même mis à l’épreuve au niveau du corps et de la vie psychique pour leur donner une maalah supérieure, un niveau d’être supérieur. »

 

Cela aurait été yissourim shel ahavah et non yissourim shel ônesh.

Question d’exégèse : Maharal ne parle ici que du gouf et du nefesh, et le sekhel a été oublié?

Il manque la troisième maalah qui est le sekhel !?

Pourquoi ne fait-il pas ici allusion à la troisième série d’épreuve au niveau de l’intelligence ?

Réponse : Parce que s’ils avaient été parfaits il n’aurait pas été nécessaire de les éprouver au niveau de la foi, cela aurait été acquis de façon irréversible. Mais l’amélioration au niveau de leur corps biologiques et de leurs vies psychiques reste possible. C’est la différence entre mitzvot et Torah. La connaissance de la Torah est irréversible, les mitzvot sont à refaire constamment jusqu’à parvenir au sommet de l’échelle. Le mérite d’une mitzvah peut se perdre, le mérite d’une connaissance de Torah ne se perd jamais.

 

Explication du système de Rabbi Yéhoshoua :

Et voilà la raison pour laquelle Dieu avait décidé de les fatiguer par le chemin, de les épurer par les angoisses, et de les mettre à l’épreuve au niveau de la foi.

Alors que pour R. Yehoshoua tout est louange, parce qu’Il est venu leur donner la Torah, et la Torah n’est susceptible de leur être donnée que sur le chemin du pays des Pélishtim, qui est le chemin le plus proche entre l’Egypte et Eretz Israël. Parce que nous trouvons dans les textes que la Torah est appelée « derekh chemin », dikhtiv : « MiKol Haderekh asher tzivah : Tu ne t’écarteras pas de tout le chemin que Dieu t’aura ordonné. » Parce que la Torah a été nommée « derekh ».


Selon l’explication de R. Yehoshoua dans tous les cas, Dieu voulait leur donner la Torah, en chemin, pas dans ce détour par le Sinaï, mais dans le chemin direct qui passait par le chemin de la côte. Mais on apprend ici quelque chose de nouveau : celui qui n’a pas connu ce qu’est le voyage ne peut pas non plus comprendre ce qu’est la Torah parce que la Torah s’appelle dérekh chemin.

 

« Et c’est pourquoi il était convenable que la Torah leur soit donnée sur le chemin. Et s’il allait trop directement il n’aurait pas été possible de leur donner la Torah dans Eretz Pelishtim, dans une terre occupée par d’autre goyim (be-eretz goyim a’hérim), la Torah n’aurait pu leur être donnée qu’en Eretz Israël. Mais cela n’aurait pas été dans le chemin. Or, il est nécessaire à la Torah de passer par un chemin comme il va encore être expliqué.  

 

Maharal explique que dans tous les cas nous allons apprendre que la Torah est reliée à l’idée de chemin. Par conséquent, la Torah devait être donnée en chemin. Ceux qui avaient besoin que la Torah leur soit donnée en chemin cela excluait le chemin par Eretz Pelishtim parce qu’il y a impossibilité à cause de l’impureté des Pélishtim. Il aurait fallu y passer rapidement pour recevoir la Torah à Jérusalem. Mais ce n’aurait pas été en chemin !  Mais il avait besoin de recevoir la Torah en chemin. Par conséquent, comme il fallait éviter le chemin de la côte à cause des Pélishtim, on les amena dans le chemin du désert.

Reste à comprendre le lien entre la Torah et le chemin.

 

D’autres commentateurs expliquent : puisque le peuple est sorti dans un tel état avec 3/5èmeen apprentissage total, il y a une péripétie supplémentaire de mise à l’épreuve d’épuration de telle sorte que seul un peuple d’Israël épuré entre en Eretz Israël. On s’aperçoit que toute la génération de la sortie d’Egypte restera dans le désert, seuls leurs enfants vont rentrer en Eretz Israël.

 

Selon les kabbalistes, grosso modo je ne parle pas des exceptions, nous sommes de notre temps la réincarnation de cette génération-là. Mais elle n’est pas dans le même état puisqu’entre temps ils s’est passé 3600 ans ! Cela ne veut pas dire que nous allons échouer comme eux, cela veut dire que ce sont eux qui vont réussir ! Mais nous rencontrons les mêmes problèmes. Par rapport au problème auquel chacun est sensible, il suffit d’une expérience d’identification au niveau de l’histoire vécue d’après le récit de l’histoire biblique pour qu’on comprenne. Peu importe les détails puisqu’il faut se mettre à 600.000 pour comprendre tous les détails.

En mathématiques, le raisonnement par récurrence : lorsqu’on a fait la preuve du théorème sur un point, il vaut pour toute la série. Dès qu’on a compris un verset c’est que toute la Torah est vraie. Et alors chacun a son verset.

 

Q : Si on avait traduit le mot Torah par « voie » au lieu de systématiquement le traduire par « loi » est-ce que dans la golah cela aurait changé… ?

R : Énormément, Il y a une espèce d’attitude de juridisme, un peu du légalisme, qui a envahi la tradition juive dans toute l’histoire de la golah de 2000 ans. Mais l’étymologie va jusque là : le mot de halakhah lui-même signifie la marche. A comparer avec le mot de halikhah, lahalokh, cela veut dire la marche à suivre. Mais il y a un aspect saducéen qui a envahi les communautés juives avec le temps. Et malheureusement, l’immense majorité des communautés orthodoxes, c'est-à-dire celles qui sont de la fidélité la plus authentique à la Torah, sont tombées dans ce piège. En Europe d’abord, et cela a diffusé dans le monde entier, avec l’impérialisme européen cela est arrivé partout. Comme une espèce de vengeance subreptice de Rome dans Jérusalem. Puisque le légalisme vient de Rome. C’est la grande calomnie des chrétiens qui accusent les Pharisiens de légalisme alors que cela vient des Romains.

 

Q : inaudible.

R : Le gouf est le kéli de la neshamah, Israël est le kéli de la Shékhinah. C’est dans ce sens-là. Il y a une analyse du Zohar que le Shlah a reprise : Israël a trois niveaux d’identité qui sont Kohen-Lévi- Israël dont les rashei tévot donnent Kéli. 

 

…/…

 

Nous relisons notre verset de Beshala’h. Pour comprendre ensuite le lien entre l’idée de Torah et l’idée de derekh.

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple, Elohim ne les a pas conduit par le chemin du pays des Philistins car proche il est (ki karov hou le chemin) car Elohim avait dit : de peur que le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

וְלֹא-נָחָם    Velo na’ham de la racine na’ho guider, diriger.

Il en résulte que dans ce verset, au niveau pshat, le mot de chemin derekh est un masculin. (Hou)

Les taamim, les accents de la massora, fondent cette lecture. Sous le mot de derekh se trouve un taam en forme d’angle qui s’appelle yetig et qui est un taam disjonctif. C'est-à-dire que le mot de « derekh » est isolé de la suite qui est « Eretz Pelishtim ». Donc nous avons une unité de lecture qui est ainsi : « Derekh – Eretz Pelishtim : le chemin du pays des Pelishtim ».

 

Car il est proche : dans cette lecture : trop proche de l’Egypte.

En cas d’obstacle quelconque on risque de revenir en Egypte…

 

Mais nous avons une unité de lecture en hébreu qui est le mot « Derekh Eretz » et non plus « Eretz Pelishtim ».

 

« Derekh Eretz » a plusieurs niveaux de sens.

« Derekh Eretz » cela signifie premièrement la morale, dans la forme de la politesse. La morale nécessaire pour la vie en société sur terre. Littéralement cela signifie le « chemin de la terre ». La Torah vient du ciel : Torah min hashamayim, mais il y a une sagesse de la civilité, de la politesse, dans le sens étymologique du terme de la vie dans la cité, c’est donc la morale de la société. La morale dans le sens de politesse, de convivialité, de civilité, la manière de se conduire sur terre en société. 

 

« Derekh Eretz » dans un sens plus général regroupe toutes les sagesses et les connaissances et les sciences qui nous permettent d’aménager notre vie terrestre. Et donc, dans ce sens plus général, c’est la civilisation, y compris la culture.

 

« Derekh Eretz » dans un sens plus particulier qui est le métier, le travail.

 

Suivant les textes (mishnayot, guémarot ou psoukim) c’est tel ou tel sens qui apparait en dominante.

Dans notre première lecture est acquis le fait que le mot de derekh est au masculin. Et maintenant apparait une autre expression qui se lit plus facilement: le derekh eretz des Pelishtim !

C’est une différence de sens, il ne s’agit plus d’être ou non dirigé par le chemin de Eretz Pelishtim, mais le fait que Dieu ne les a pas conduit par le Derekh Eretz des Pelishtim.

Derekh eretz qadma latorah :

Il faut comprendre que le Derekh Eretz est un niveau de civilisation humaine qui est un niveau de réussite de l’effort moral préalable à la Torah. La Torah n’est donnée qu’à celui chez qui le Derekh Eretz a réussi ! C’est le cas d’Avraham qui indique tout un long effort de l’humanité à travers 20 générations, et dans la famille où le Derekh Eretz a déjà réussi on est déjà moral et alors la Torah est donnée. C’est un sujet pour lui-même. Faites attention : l’objet de la Torah n’est pas la morale sur terre, l’objet de la Torah c’est la sainteté qui nous fait acquérir le vrai monde.  

La preuve c’est la formule par laquelle on introduit chaque mitzvah :

Baroukh Atah Hashem Eloheinou Melekh HaOlam Asher Qidéshanou BeMitzvotav : les mitzvot ont pour objectif la sainteté !

C’est autre chose que la moralité.

Nous nous servons de la Torah aussi pour la moralité. Il y a une implication d’un certain Derekh Eretz propre à la Torah, mais l’objet de la Torah est la Qédoushah et non pas le Derekh Eretz.

 

Preuve par la mishna du Pirqey Avot qui dit : Yafé Torah Im Derekh Eretz !

Il y a bien un Derekh Eretz de la Torah mais ce n’est pas cette idée que je voudrais analyser. C’est d’abord ceci : la Torah n’est donnée qu’à ceux chez lesquels le Derekh Eretz a réussi.

 

Imaginez quelqu’un qui n’a pas encore résolu le problème de la conscience morale et qui s’occupe de la sainteté ! Sa sainteté va pourrir tout de suite ! Il faut d’abord résoudre le problème moral et ensuite on s’occupe de religion !

Comme nous sommes à un niveau de civilisation où tout est pêle-mêle, et où tout est au même niveau, alors on mélange tout. Il est bien évident que la Torah peut servir d’apprentissage à la moralité mais ce n’est pas son objet réel. Son objet réel c’est de s’adresser à celui chez lequel la moralité a réussi pour le faire accéder à la sainteté.

 

Or, chaque société, chaque culture a son Derekh Eretz propre.

Donc Israël a son Derekh Eretz propre qui est préalable à la Torah. Il y a un Derekh Eretz hébreu, une sagesse de la terre propre à l’identité hébraïque qui a fait que Dieu a choisi ce peuple-là plutôt qu’un autre pour lui donner la Torah. Voyez l’importance de l’identité hébraïque de Avraham à Mosheh, les 6 générations préalables à la Torah. Mais en vérité, ce sont les 26 générations préalables. Depuis le premier homme se cherche un Derekh Eretz authentique qui fera qu’à ce peuple la Torah Min Hashamayim sera donnée.

 

Si on a bien compris cela, par le fait que chaque société a son propre Derekh Eretz, il y a donc des différences et il y a le cas particulier du Derekh Eretz le plus opposé à celui d’Israël. C’est celui-là que le verset appelle le « Derekh Eretz Pelishtim ».  

 

Je reprends l’analyse à 3 niveaux en reprenant le sens du mot Derekh Eretz :

Il y a le Derekh Eretz hébraïque propre, la manière de se comporter dans l’histoire pour l’hébreu. Avraham, Yits’haq, Yaaqov, Lévi, Amram, Mosheh.

Les descendants des Hébreux avaient donc cette différence et cet avantage avec le Erev Rav : le Derekh Eretz des Hébreux !

Les uns est les autres, sauf la tribu de Lévi qui est un cas particulier, étaient au même stade au Sinaï pour recevoir la Torah. Avec une grande différence que les tribus des Hébreux possédaient déjà les 6 générations du Derekh Eretz hébraïque ! Le Erev Rav avait d’autres Derekh Eretz. C’est ce qui a causé le capotage.

Deuxième sens : Il y a un Derekh Eretz compatible avec la Torah même s’il n’est pas hébreu. Troisième sens : il y a un Derekh Eretz complètement incompatible avec la Torah. C’est celui des Pélishtim. Derekh Eretz Pelishtim.

 

On relit le verset :

13.17

וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא

Et Elohim ne les a pas conduits par le stade préalable à la Torah qui doit être Derekh Eretz mais pas celui des Philistins, Ki Karov Hou car Lui (Dieu/Israël) est proche (d’Israël/ de Dieu).

 

Cela change complètement le sens du verset.

Double lecture possible : « Car Dieu est proche d’Israël » ou l’inverse : « car Israël est proche de Dieu ». Par conséquent, il y a incompatibilité avec le Derekh Eretz Pelishtim.

 

Normalement, la stratégie la plus simple était de prendre le chemin de la côte pour arriver à Jérusalem, mais on ne pouvait pas, parce qu’il y avait les Philistins. Et parce que, traversant la société des Philistins, Israël se serait dénaturé, ou du moins il y aurait eu une telle guerre entre les deux et leur Derekh Eretz que les faiblards auraient désiré retourner en Egypte.

 

Pourquoi cette incompatibilité avec les Pélishtim ?

On apprend, d’après les midrashim, que c’est au moment où la sortie d’Egypte se prépare que les Pelishtim arrivent depuis leur civilisation crétoise pour occuper le pays. Ils sont ceux qui vont incarner les prétentions de Amaleq. Annuler Israël pour se mettre à sa place. L’anti-Israël radical. Nous vivons actuellement ces péripéties. Dès qu’Israël sort de la galout, se prépare ce peuple qui s’appelle Pélishtim, et qui prétend remplacer Israël !

 

Cette lecture est importante à ce stade là pour résoudre la difficulté dans l’explication du Maharal :

Derekh peut être employé soit au masculin soit au féminin. Et c’est quand il est au féminin que Derekh signifie Torah. Non pas quand il est au masculin. Au masculin, Derekh signifie la guerre.

C’est clair dans tous les versets du Tanakh que le mot Derekh au masculin signifie la guerre et que le mot Derekh au féminin renvoie à la Torah.

 

Or, l’explication du Maharal se basait sur le fait que Derekh signifiait Torah ! Derekh doit ainsi être au féminin. Donc il fallait changer la lecture du verset. Parce que dans la première lecture le « Hou » renvoyait au Derekh. « Ki Karov Hou » il s’agissait du chemin qui était proche. Et par conséquent, Derekh au masculin signifiait la guerre et non pas la Torah comme le dit le Maharal !  

 

C’est parce que la lecture est tout à fait autre :

« Et Dieu ne les a pas fait passer par le chemin de la côte, Ki Karov Hou : « car Lui Hashem est proche d’Israël », ou l’inverse : « car lui Israël est proche de Hashem ».

 

Or, comme nous savons qu’il s’agit d’un peuple que le Pharaon a renvoyé et qui n’est pas encore vraiment fort dans son identité, en voyant cette guerre nécessaire entre Israël et les Pélishtim, les faiblards risquent de vouloir retourner en Egypte.

 

Difficulté supplémentaire avec Derekh dans le sens de Mil’hamah.

Et il y a un mot hébreu qui signifie le combat et qui est de la même racine que Karov : Krav.

Ki Karov Hou : cela veut dire que ce Derekh c’est vraiment une guerre.

Et en voyant cette guerre, ils seraient retournés en Egypte.

Or, le Maharal nous a parlé d’un tout autre Derekh, qui est Torah !

 

Etant donné le Derekh Eretz préalable à la Torah pour ceux qui ne possèdent pas encore le Derekh Eretz hébreu, il est dangereux de les faire passer par le Derekh Eretz Pelishtim d’où le détour.    

Pourquoi ce détour, comme le dit le Maharal : parce qu’il faut leur donner la Torah.

 

Ceux qui ont déjà le Derekh Eretz hébreu n’avaient pas besoin de cela et pouvaient directement aller à Jérusalem. Mais ils auraient été seuls, alors qu’ils doivent emmener avec eux les autres.

 

Ce thème est très général. Si vous confrontez le rythme de l’histoire de la constitution de l’identité d’Israël avec l’histoire des autres peuples apparait un principe important : Avraham, Isaac, Jacob cela va très vite. Et c’est énorme qu’Abraham ait donné Isaac et qu’Isaac ait donné Jacob ! Dans la même famille, le grand-père, le fils et le petit-fils, c’est un mystère ! Il aurait suffit du 4èmetout de suite, qui serait le Messie… Mais il se creuse un temps énorme entre Jacob qui devient Israël et il faut attendre les autres. Voyez cette énorme patience de l’identité d’Israël qui aurait pu mériter son monde depuis longtemps mais qui attend le 4èmedepuis le temps de Jacob. C’est le 4èmequi attend les autres. Nous disons habituellement que nous attendons le messie, c’est un mensonge pieux. C’est lui qui nous attend, et on sait très bien où il nous attend et on le laisse attendre…

 

La différence entre Derekh-Mil’hamah et Derekh-Torah :

Mishna guémara Kidoushin sur les trois procédures du mariage:

“Ha-ishah nikneit béshalosh derakhim: la femme est acquise par trois chemins-procédures”

 

Une particularité de la langue hébraïque avec les nombres jusqu’au dix le genre de l’adjectif change : on met le féminin lorsque c’est un masculin et un masculin lorsque c’est un féminin.

Le fait qu’il y ait shalosh et drakhim au pluriel indique le terme derekh au féminin.

 

La guémara pose ensuite une question apparemment purement grammaticale mais qui nous mène à un problème de fond. Elle demande :

Pourquoi shalosh au féminin et non pas shloshah au masculin ?

Réponse : parce qu’il s’agit de la procédure du mariage de la femme, et comme la femme est au féminin, il faut que le derekh, la procédure soit également au féminin.

Effectivement, elle nous dit que si la mishna avait dit shloshah drakhim au masculin, alors le mot de derekh aurait signifié la guerre. Et la guémara cite le verset par lequel on sait que le mot de derekh est féminin :

 

Yitro 18.20

 

וְהוֹדַעְתָּ לָהֶם, אֶת-הַדֶּרֶךְ יֵלְכוּ בָהּ  

 

Veodarta lahem et haderekh  yelekhou vah - Et tu leur feras connaitre le chemin qu’ils doivent suivre.

 

Et il s’agit de l’enseignement de la Torah. 

 

Alors que lorsque le terme derekh est au masculin : Dt. 28.7 c’est une situation de guerre :

 

בְּדֶרֶךְ אֶחָד יֵצְאוּ אֵלֶיךָ, וּבְשִׁבְעָה דְרָכִים יָנוּסוּ לְפָנֶיךָ  

 

« Tes ennemis viendront contre toi par un chemin, et par sept chemins ils s’enfuiront. »

 

Il s’agit d’une situation de guerre et le mot de derekh est au masculin.

 

Ensuite, la guémara dit qu’il y a contradiction dans l’emploi du mot de derekh, soit masculin donc la guerre, soit au féminin donc la Torah. Quelle est la règle expliquant pourquoi ici on a utilisé le terme drakhim au masculin ?

 

La guémara continue en déclarant qu’il n’y a pas de contradiction. Dans notre cas où il s’agit de Torah, et la Torah est au féminin, alors on a mis le mot de derekh au féminin. Idée supplémentaire : il faut aussi apprendre que la Torah est au féminin. On a également besoin d’un verset :

 

Tehilim 19.5 :  ח תּוֹרַת יְהוָה תְּמִימָה, מְשִׁיבַת נָפֶשׁ  

 

La Torah de Hashem est parfaite elle ramène le nefesh.     

 

Ce n’est pas n’importe quel verset que la guémara a choisi pour nous dire que la Torah est au féminin. Pourquoi ce verset particulier ? En réalité, c’est lié au problème du mariage, de la même manière que la Torah ramène le nefesh de l’homme, la femme ramène le nefesh de l’homme. Nous apprenons le souci de la guémara qui veut comprendre pourquoi la procédure du mariage est une procédure au féminin, avec derekh au féminin. A partir de là, elle explique deux emplois du mot derekh : si c’est au masculin c’est la guerre, si c’est au féminin c’est la Torah. Quand dans ce cas où il s’agit de la Torah parce que la relation de la femme à l’homme est comme la relation de la Torah à Israël (méshivat nafesh), alors on a dû mettre au féminin. La guémara repose sa question: puisque c’est ainsi autant éviter le mot de derekh, et utiliser à la place le mot de davar qui peut avoir le même sens. Et dire shloshah au masculin « par trois procédures la femme est mariée ». Et la guémara à ce moment-là explique la différence entre derekh et davar

 

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:26

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

COURS 5

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_5

Durée : 27,3 minutes - Face A - 152 01

 

Midrash de la Mékhilta cité par le Maharal sur le verset 17 de la parashah de Beshala’h.

 « Vayhi Beshala’h Paro Et HaÂm », et en particulier cette expression « Derekh Hamidbar Yam Souf » qui a servi de base au midrash pour son enseignement. Nous allons reprendre l’enseignement de R. Eliezer et de R. Yehoshoua après l’analyse d’introduction du Maharal.

 

Au moment de la sortie d’Egypte au lieu d’entrer directement dans le pays de Kenaan, il y a eu un détour par le désert devant la mer rouge qui est une impasse : l’armée égyptienne les poursuit entretemps le pharaon s’étant ravisé après avoir autorisé le départ, et le peuple se retrouve coincé entre la mer et l’armée égyptienne.

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple, Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car c’est un chemin proche car Elohim avait dit : de peur que le peuple ne regrette en voyant (l’éventualité de) la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

A partir de cette expression le midrash va mettre en évidence la motivation de ce détour. Nous avons vu dans les analyses précédentes qu’en tout cas une partie  du peuple, celle qu’on appelle ha-âm, n’a pas suffisamment de détermination pour passer à l’étape suivante de l’histoire de la libération d’Égypte ; et par conséquent, il y a la nécessité de la péripétie supplémentaire de ce détour par le chemin du désert qui les amène à la mer rouge et les accule à cette impasse.

 

La Mékhilta (le midrash sur le livre de l’Exode) nous cite d’abord deux enseignements. Le premier qui est celui de R. Eliézer sur les mots « derekh hamidbar yam souf » : chemin afin de les fatiguer.

 

Rabi Eliezer dit :

Derekh le chemin pour les fatiguer.

Psaumes 102.24 :

 כד עִנָּה בַדֶּרֶךְ כחו (כֹּחִי)  

Ina badérekh ko’hi : il a amoindri ma force par le chemin » (les voyages fatiguent).

Hamidbar pour les affiner-épurer (letsaref).  Comme il est dit :

 טו הַמּוֹלִיכְךָ בַּמִּדְבָּר הַגָּדֹל וְהַנּוֹרָא

« (Dieu) Qui t’a dirigé dans ce désert grand et redoutable (afin de t’éprouver). »

Yam Souf - la mer rouge, pour les purifier. Comme il est dit (Psaumes 106.7):

וַיַּמְרוּ עַל-יָם בְּיַם-סוּף

« Et ils se révoltèrent sur la mer à Yam Souf ».

 

Le système de Rabi Eliézer comporte trois niveaux, en correspondance aux trois mots derekh - hamidbar - yam souf…

 

Rabi Yéhoshoua dit :

Derekh pour leur donner la Torah. Comme il est dit (Devarim 5.29):

כט בְּכָל-הַדֶּרֶךְ, אֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה

« Dans toute la voie haderekh que Hashem vous a ordonné… »

Hamidbar pour leur donner la manne. Comme il est dit :

Devarim 8.16

הַמַּאֲכִלְךָ מָן בַּמִּדְבָּר

« (Dieu) qui t’a nourri de la manne dans le désert ».

Yam Souf pour leur faire des miracles : Comme il est dit (Psaumes 106.9):

ט וַיִּגְעַר בְּיַם-סוּף, וַיֶּחֱרָב

« Il décréta contre la mer des joncs et elle se dessécha ».

 

R. Eliézer : le mot derekh comme fatigue corporelle, afin qu’il y ait épreuve de la fatigue physique du voyage. C’est donc la fatigue corporelle. Le mot midbar c’est l’épreuve du désert, la région inhabitée et ces angoisses. Yam Souf renvoie à l’épreuve de la foi.

R.Yéhoshoua : le mot derekh comme marche spirituelle à suivre, initiation à la Torah. Le mot midbar renvoie aux miracles de la suspension du problème économique pendant la génération du désert. Rappelez-vous des analyses de Monsieur Messas hier soir. Le désert a été effectivement le lieu où pendant 40 ans Israël a été soustrait aux contraintes du problème économique, la manne et les nuées qui protégeaient de l’usure des vêtements et des ennemis et des embûches. Le peuple d’Israël expérimente déjà dans ce monde-ci une manière d’être des temps messianiques. Yam Souf renvoie au dévoilement de la capacité de miracle.

 

Le Maharal donne une introduction d’analyse en disant : l’identité humaine est un faisceau de plusieurs sortes de tendances, (nefesh, roua’h, neshamah, ‘hayah et yé’hidah) et la partie de cette neshamah qui est incarnée habituellement dans la personne humaine dans sa vie terrestre consiste dans les trois niveaux inférieurs qui sont nefesh, roua’h, et neshamah, soit dans les termes du Maharal : les tendances biologiques, psychiques et intellectuelles. (Te’hounot : des facultés, ou tendances dans le langage du moyen-âge, on dirait aujourd’hui des fonctions ou des comportements. Il y a des comportements au niveau de la vie biologique, au niveau de la vie psychique (qui intègre déjà la vie spirituelle pour le judaïsme) avec plus haut le niveau de la vie intellectuelle. Nefesh, roua’h, neshamah en parallèle avec les termes employés par le Maharal : gouf, nefesh et sekhel.

 

Le Maharal explique ainsi l’enseignement de R. Eliezer d’après ce schéma. Compte tenu de la grossièreté d’Israël manquant de mérite dans ces trois niveaux, il fallait mettre ces trois faisceaux de tendance à l’épreuve. 

Il nous mène à décoder l’enseignement de R. Eliezer de la manière suivante :

-Derekh : le chemin pour affiner les tendances biologiques : le mouvement fatigue le corps.

-Bamidbar : le désert pour améliorer l’état des tendances psychiques parce que la vie dans le désert est source d’angoisses, de craintes et de terreurs, et une épuration et une immunité contre la crainte se fait dans ce passage du désert. Le fait d’avoir vécu la vie du désert et de savoir qu’on peut survivre… De la même manière celui qui traverse les fatigues du voyage…

-Yam Souf : la mise à l’épreuve de l’être intellectuel de la personne s’effectue au niveau de la foi. Devant la mer, les Hébreux non encore préparés à l’identité Israël avec tout ce qu’elle implique d’engagements et de paris dans l’histoire vont être confrontés à une mise à l’épreuve.

Une promesse a été faite qu’ils seraient sauvés. Mais ils sont mis dans une situation historique qui nie la possibilité théorique et concrète de cette promesse. Et intellectuellement, il n’y a donc plus de base à cette foi et cette confiance dans la promesse devant une réalité offrant la situation contraire.

 

Une péripétie en trois moments : l’Egypte et la sortie d’Egypte, l’épreuve du désert, l’entrée en Eretz Israël. Le problème à priori était d’entrer directement, on aurait pu faire l’économie du passage dans le désert, mais cela a été nécessaire à postériori parce qu’une partie du peuple devait être mise à l’épreuve. Ceux qui n’ont pas résisté à l’épreuve,  c'est-à-dire ceux qui voulaient retourner en Egypte ou qui refusaient de rentrer en Eretz Israël et qui préféraient rester dans le désert,  ont été enterrés dans le désert.

 

Q : Comme une sélection ?

R : Comme une épuration.

Tout ce qui a été créé, au niveau du kéli, le véhicule matériel du monde, mais à plus forte raison au niveau des âmes pour lesquelles le monde a été créé, est garanti par le fait qu’il ait été créé, qu’il devra, quelque soit les étapes et mises à l’épreuve qu’il traversera, arriver à la réussite. C’est pourquoi, je préférerais la catégorie d’épuration à celle de sélection. Car la sélection signifie que celui qui n’a pas résisté à l’épreuve est annulé. Alors qu’il s’agit de recommencer cette épreuve jusqu’à sa réussite. Ceux qui ont échoué reviennent dans une autre génération pour revivre cette épreuve jusqu’à ce qu’il la réussisse. C’est une profonde illusion de croire qu’on peut comprendre quoique ce soit dans l’enseignement de la Torah si on suppose que notre naissance a commencé avec notre naissance d’état civil terrestre et finira à la mort d’état civil terrestre. C’est une profonde naïveté de croire que la tradition de la révélation des prophètes hébreux consisterait en une simple religion terrestre sur la vie de l’homme entre la naissance et la mort. Cette catégorie de la réincarnation des neshamot, ces créatures créées par Dieu à l’origine, qui reviennent dans l’histoire jusqu’à ce qu’elles réussissent la mise à l’épreuve du mérite d’être n’est pas imposée dans l’orthodoxie juive. Il n’y a pas d’obligation de croire à cela. Pourquoi ? Parce qu’il y a un grand principe de l’orthodoxie de pensée juive que l’on impose une croyance que si elle est accessible à l’intelligence de celui à qui on la propose. Or, cette évidence ne peut s’expérimenter que par celui qui sait être dans ce cas. Celui qui ne sait pas de quoi il s’agit ne peut comprendre de quoi on lui parle. On ne peut donc pas lui imposer d’y croire, car cela le disqualifierait d’être juif et cela serait trop grave. On n’est pas juif à cause des idées mais pour des raisons halakhiques très précises, et les idées viennent après…

C’est la seule catégorie de la tradition de la kaballah dont on parle un peu en public parce que c’est la seule qui permet d’expliquer l’histoire humaine. Sans elle l’histoire humaine est absolument absurde pour l’intelligence. Faites vous-mêmes cette réflexion d’essayer de penser la destinée des hommes ou des femmes (bien que cela ne se réincarne pas de la même manière) avec ou sans cette catégorie du gilgoul. Sans elle, tout apparait comme absurde, injuste, et on ne comprend pas la grandeur de Dieu une fois confronté à la réalité de l’histoire dans la destinée des hommes. Alors qu’avec cette catégorie tout devient clair et sans difficulté. On peut prendre des exemples dans tout ce que vous voulez, y compris la shoah. L’évidence qu’il en est ainsi n’apparait intellectuellement que lorsque c’est la dernière fois qu’on est réincarné. Et par conséquent, tant que ce n’est pas le dernier gilgoul, il ne peut pas y avoir d’évidence d’une telle notion, donc on ne peut pas l’imposer dans l’orthodoxie de pensée.

Il en résulte que ceux qui n’ont pas réussi au désert, reviennent jusqu’à ce qu’ils réussissent, et tout se passe comme si nous sommes cette génération-là.

Un des indices est dans la société juive contemporaine à travers le vaste monde : tous les personnages de la génération du désert sont là et fonctionnent de la même manière.

Il est évident que pour l’intelligence occidentale cela apparait délirant. Mais il faut un effort de réflexion pour arriver à comprendre quels sont les postulats de cohérence du récit biblique de telle sorte que notre existence expliquée par ce récit devienne simple à comprendre, claire, et cohérente.

Cf. le midrash disant qu’au moment de la naissance un ange vient et lui frappe sur la lèvre pour qu’il oublie toute la torah. Cette mémoire n’est conservée que par les talmidei ‘hakhamim. Parce que leur fonction à chaque génération est de revenir en gilgoul non pas pour achever leur tiqoun mais pour guider les autres. C’est une toute autre fonction, il y a une différence de nature entre le goral d’un talmid ‘hakham et le goral de celui qui n’a pas encore achevé son tiqoun. Donc, cette mémoire existe en Israël mais elle ne peut pas être donnée à l’individu en cours, en processus de gilgoul car cela fausserait l’épreuve. A un certain moment de l’épreuve qui est réussie il se dévoile à chacun qui on est. Et là cela devient facile, mais c’est la dernière fois, la dernière étape, c’est irréversible, c’est trop tard pour arranger ce qu’il y a eu avant et cela s’achève.

Ce n’est donc pas une sélection dans le sens où ceux qui n’ont pas réussi seraient perdus et annulés. Il faut que cela réussisse, alors ils reviendront en gilgoul.

    

Q : Et alors le nombre de 600 000 juifs, il y a eu 6 millions de juifs… ?

R : Et je vous dirais plus : l’état d’Israël a été proclamé quand il ya  eu 600 000 juifs en Palestine. Cela avait été annoncé 200-300 ans avant par les rabbins, en particulier dans les écoles de Lituanie. Nous avons des lettres d’époque déclarant que cela avait commencé, et elles donnaient ce nombre de 600 000 juifs comme déterminant. Ne perdez pas de temps d’apprendre les chiffres et leur symbolique… etc. L’essentiel d’abord c’est d’étudier la Torah, le reste vient après.

 

J’ai dit que notre génération était le gilgoul de la génération du désert. J’ajoute quelque chose : dans cette même tradition, la génération du désert elle-même, était le gilgoul de la génération du déluge.

 

Q : les survivants de la guerre ont-ils réussi ? Dans la guerre nous avons tous vécu une forme de désert ?

R : Il me faudrait une heure pour vous répondre. Je vous citerais simplement une guémara dans Sanhédrin qui dit : à propos de la génération du déluge et à propos de la génération du désert il y a une controverse : auront-ils part au monde à venir ? Il y a ma’hloqet. Je vous donne l’explication reçue de mes maitres. Pour ceux qui considèrent qu’ils ont part au monde à venir, il n’y a pas de mystère. Ceux qui considèrent qu’ils n’ont pas part au monde à venir pourquoi ? Réponse : parce qu’ils l’ont déjà ! Alors il n’y a même plus à dire qu’ils auront part au monde futur ! 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:24

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

Cours 4

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_4

Durée : 2,9 minutes - Face D - 151-04

 

(Par Manitou)

Q : inaudible

R : J’ai vraiment été frappé par la convergence à un certain niveau en tout cas de l’analyse marxiste du travail et de l’exploitation de l’homme par l’homme qu’entraine le problème économique, et de ce que dit la Torah à ce sujet. Je ne pense pas que l’orthodoxie de la pensée marxiste ait un projet moral. C’est un autre registre, mais il y a quelque chose qui est correspondant. C’est la raison pour laquelle les sacrifices d’expiations consistaient en un repas pour lequel aucune faute n’avait été faite. Avant la commercialisation de la récolte, on prélevait le maasser et la téroumah qu’on envoyait au temple avant que cela n’entre dans le circuit économique. C’était donc une nourriture consacrée pour laquelle aucune faute n’avait été faite. Et il y avait communion d’intention avec le repas du grand-prêtre de la part du peuple tout entier. Sans le problème économique, tous mangeraient un pain pour lequel aucune faute n’aurait été faite. Et c’était le processus de déculpabilisation à l’échelle collective. 

Je pense qu’on peut aller plus loin et dire qu’au fond il y a d’abord le premier mystère philosophique : l’homme a été créé comme système digestif, comme entité économique, homo- œconomicus. Sans nourriture la personne humaine disparait, tombe en syncope. 

Il y a ici un scandale philosophique et à ma connaissance aucun philosophe n’a osé l’aborder ou l’expliquer. Toute la valeur de la présence la conscience humaine à elle-même dépend d’un aliment qui est matériel. Sans pain la conscience disparait ! On peut inverser les données du problème : c’est intentionnellement que nous avons été créés devant manger pour vivre, parce que c’est à propos du problème économique que le problème moral nous est posé. C'est-à-dire que c’est parce que nous sommes  destinés à être donnés au problème moral que nous sommes créés comme unité économique. Il est bien évident que lorsque le problème moral aura été résolu, le problème économique nous sera évacué. C’était les 40 ans du désert avec la manne…

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:22

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

Cours 4

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_4

Durée : 30,4 minutes - Face C - 151 03

…/…

(Manitou) : D’après cette symbolique, l’eau se rattache à la midat ha’hessed, c'est-à-dire un effacement doux, alors que le feu se rattache à la midat hadin, c’est un effacement dur.

 

R : (David Messas) : L’eau et le feu c’est Israël. Esh oumayim c’est Shamayim. Et le trône de Dieu c’est Shamayim.

Yeshayahou 66.1 :

הַשָּׁמַיִם כִּסְאִי, וְהָאָרֶץ הֲדֹם רַגְלָי  

« Shamayim Kissi veHaAretz Hadom Raglaï »

« Le ciel est mon trône et la terre mon marchepied »

Le trône de Dieu c’est la rencontre des eaux avec le feu : c’est le feu qui peut être en contact avec l’eau sans s’éteindre et l’eau qui est chauffée par le feu sans s’évaporer. C'est-à-dire un monde dans lequel les éléments ne vont plus s’opposer et s’autodétruire mais coexister en devenant féconds.

On dit ainsi :

« Osseh Shalom Biromav ou Ya’asseh Shalom Aleinou » 

Que Celui qui fait la paix dans Ses hauteurs fasse la paix sur nous.

C'est-à-dire que de même que les contraires inconciliables arrivent à se rencontrer et devenir féconds, on demande que le peuple juif qui vit dans les contradictions les plus grandes comme l’eau et le feu mélangés puisse vivre au sein de ces contradictions qui coexistent et deviennent fécondent.

Maharal va un peu plus loin et dit que le feu représente Israël et Mayim représente les peuples. La rencontre entre Israël et les peuples doit être celle de la proximité du feu avec l’eau. Non la séparation sans aucun effet l’un sur l’autre, non le mélange détruisant les deux, mais la proximité de telle sorte que l’un reçoive de l’autre. L’eau reçoit plus car elle se chauffe au contact du feu qui reste identique. Le feu qu’est Israël doit se rapprocher au maximum des eaux des nations sans se confondre et disparaitre. Se rapprocher pour les chauffer sans disparaitre : Esh oumayim.

Ceci dit, si la promesse a été faite de ne pas détruire le monde par l’eau, cela signifie que la promesse nous est faite pour que l’enseignement du déluge nous aide à éviter ce deuxième déluge. Un enseignement qui nous préviendra quoiqu’il arrive de ne plus jamais aller à cet extrême. La même situation que les premières et les secondes tables de la loi. Les premières tables de la loi ont été brisées, cela correspond exactement au déluge, mais les deuxièmes tables de la loi ne pourront jamais être brisées car elles furent données à Yom Kipour. Il y a en elles en même temps une dimension nouvelle qui est Kipour qui introduit un élément nouveau qui n’est pas simplement la connaissance. Mais cela demanderait une autre étude.

 

Manitou : je faisais allusion à quelque chose d’un peu différent. C'est-à-dire qu’il y a une promesse et c’est l’alliance de Noa’h, qu’un déluge d’eau ne reviendrait pas. Mais il n’y a pas de promesse qu’un déluge de feu ne vienne pas. Or, les hommes aujourd’hui ont tout préparé pour ce risque du déluge de feu.

 

Q : inaudible.

R : David Messas : Le déluge a duré 40 jours et non pas une année.     

Manitou : Vous voulez dire que l’année dans laquelle a eu lieu le déluge n’est pas comptée dans la chronologie ?

David Messas : C’est un temps entre parenthèse.

 

Q : inaudible.

R : oui il y a une controverse, mais la guémara conclut tout de même qu’on ne doit pas faire de calcul. Parce qu’en réalité on sait compter les comptes, mais on peut seulement dire que ce temps-là est un temps messianique possible : un temps dans lesquelles toutes les conditions sont présentes pour l’arrivée du Mashia’h. Mais il peut ne pas arriver quand même, par manque de mérite…

 

Sanhédrine 98a :

Rabbi Yehoshoua ben Levi, se promenant, rencontra adossé à l'entrée d'une caverne, le prophète Élie, à l'endroit où était enterré Rabbi Shimon bar Yo'haï.
Il lui demanda : Ai-je une part dans le monde à venir?
Il (Élie) répondit : si le Maître le veut.

Rabbi Yéhoshoua ben Lévi dit : "J'en ai vu deux, mais j'ai entendu la voix d'un troisième"

Il lui demanda ensuite : Quand viendra le Messie?
Il répondit - Vas et demande-lui.
Où le trouverai-je?, s'enquit le Rabbi.
A la porte de Rome
Et comment je vais le reconnaître?

Il est assis avec les pauvres affectés de toutes sortes de maladies. Tous défont et refont leurs pansements en seule fois, mais lui, il fait et refait ses pansements, les uns après les autres, en disant ceci: 'Lorsque je devrai amener la Délivrance, il ne faut pas que je sois retardé à refaire tous mes pansements!'

Il (Rabbi Yehoshoua ben Levi) alla donc, et le salua :

-Paix sur toi, mon maître et professeur !
-Paix sur toi, fils de Levi (Ben Levi) !
-Quand viendras-tu, Maître?
-Aujourd'hui !
A son retour auprès d'Élie, Élie s'enquit :
que t'a-t-il dit ?
-Paix sur toi, fils de Levi !
Par cela, il t'a assuré, ainsi qu'à ton père, une portion du monde à venir.
Il ne m'a pas parlé vrai, il a dit qu'il viendrait aujourd'hui, mais il ne l'a pas fait!
Il (Élie) lui répondit :
C'est ce qu'il t'a dit : « aujourd'hui, si vous entendez Sa voix » (Psaumes 95:7)

 

Le Mashia’h désire venir et il hurle chaque jour mais il n’y a pas d’oreille pour l’entendre.

 

R. (Manitou) : Un enseignement du Maguid de Douvno à propos de votre question. A l’époque à la grande foire de Leipzig un marchand emmena avec lui son petit-fils. Le petit-fils s’impatienta de la longueur de la route et demandait sans cesse quand il arriverait. Son père excédé, lui interdit de demander le moment d’arrivée, il verra bien quand cela se passera. Vers la fin du voyage le père demanda au cocher quand ils arriveraient. Son fils s’en étonna. « Tu m’interdis de demander et tu demandes toi-même ? » Son père lui répondit : « Quand la fin est lointaine c’est interdit de compter pour savoir quand on arrive, mais quand la fin est toute proche, alors il faut demander… »

 

Q : inaudible.

R : (David Messas) :

Je pense qu’ils ont vécu ce temps-là avec une intensité extraordinaire.

« Vatisha’het HaAretz - ils se sont pourris » dit le texte. C’est effectivement un moment de problème, un moment de choix et ils ont choisi. Il ne restait que Noa’h. Noa’h seul est resté, et ils ont basculé le monde tout entier vers la déliquescence, le monde a fondu. Il n’y avait plus de consistance dans le monde. Non par laisser-aller mais par décision. C’est quelque chose de fondamental dans la Bible, la méchanceté ou le mal ne tombe pas du ciel, c’est l’homme qui a choisi de se détruire en détruisant le monde. Il a choisi. 

Je ne crois pas qu’il puisse y avoir discussion. Qu’en penses-tu Manitou ?

R : Non, le verset que David a cité est très clair : « Vatisha’het HaArets », c’est la terre qui s’est détruite elle-même ».

 

Q : inaudible

R : (Manitou) : La destruction du temple a eu lieu mais le temple peut être reconstruit. Il est important de noter que la guémara établit la définition du travail par rapport aux travaux qui étaient nécessaire précisément pour la construction du temple. Ce sont ces travaux qui sont d’ailleurs interdit le Shabat.

« Goy sheshabat ‘hayav mita ».

Etudiant on étudiait en ethnologie une enquête faite à Chicago à la fin du siècle dernier sur la demande de la mairie intriguée par le fait suivant : le jour du dimanche était le jour où il y avait le plus de travail pour la police dans tous les quartiers, alors que le jour du Shabat dans les quartiers juifs de Chicago la police faisait elle aussi Shabat ! La mairie a convoqué une commission de psychologues, sociologues et ethnologues et de théologiens pour essayer de comprendre. Cela m’a aidé à comprendre cette phrase de la guémara. Celui qui n’a pas accepté la loi morale et qui n’occupe pas son temps au travail reste disponible pour toutes fautes possibles et se met lui-même en situation de danger de mort. Par conséquent, il y a un lien entre la notion du Shabat telle qu’elle a été expliquée et ce thème de la disponibilité du temps de l’homme pour la vie humaine. Puisque tant que nous ne sommes pas libérés des contraintes économiques, le temps de l’homme est investi dans un niveau inférieur. On pourrait dire qu’on passe son temps à gagner sa vie et qu’on n’a pas de temps pour exister, sauf le temps du Shabat où on existe comme homme.

D’une certaine manière on peut dire que la pratique du Shabat est de l’ordre du Beit Hamiqdash. Mais je ne vois pas en quoi l’existence physique du temple de Jérusalem empêcherait ce processus de libération des contraintes économiques, sinon sur un point peut-être : toutes les conduites économiques entrainent des fautes, des fautes non voulues expressément, mais les rapports économiques compromettent l’homme dans tout un système. Cette analyse morale recoupe l’analyse marxiste, chaque produit de consommation est contaminée par une faute d’exploitation. Par conséquent, le seul fait que nous soyons donnés au problème économique nous met en situation de culpabilité. Et la fonction du temple de Jérusalem est une fonction de déculpabilisation par le culte des sacrifices. Le caractère de chute du problème économique est aggravé par la situation d’absence du temple, mais il y a d’autres fonctions d’expiation de la faute.

 

Q : inaudible

R : Justement, il avait 120 ans pour le faire, mais le reproche qu’on peut lui faire c’est qu’il ne l’a pas fait. Le texte dit :

6.9

ט אֵלֶּה, תּוֹלְדֹת נֹחַ--נֹחַ אִישׁ צַדִּיק תָּמִים הָיָה, בְּדֹרֹתָיו:

 

Dans sa génération : Certains de nos maîtres y voient un éloge : à plus forte raison, s’il avait appartenu à une génération de justes, aurait-il été encore plus juste. D’autres y voient un blâme : il était un juste dans sa propre génération, mais s’il avait appartenu à celle d’Avraham, il n’aurait compté pour rien (V. Sanhèdrin 108a, Beréchith raba 30, 9).

Et Rashi nous dit qu’il était tsadiq, et il le compare à Avraham pour lequel il est dit : « Hitalekh lefanaï veyiyheh tsadiq ». De Noa’h on dit qu’il était tsadiq au passé, tsadiq à l’intérieur d’un cadre dans lequel il s’est enfermé.

…/…

 Tandis qu’Avraham et son peuple n’est jamais à l’intérieur d’un cadre, dans une identité fermée : Hitalekh Lefanaï : marche devant Moi, c’est donc lui qui fait marcher Dieu qui suit sa démarche. Et il doit devenir un tsadiq. Avraham a lui un chemin à parcourir et à faire parcourir à Dieu, alors que Noa’h est celui qui a reçu et qui s’enferme à l’intérieur de ce qu’il a reçu. Il le réussit très bien pour lui-même mais il ne sait pas que sa vocation et sa mission est d’être pour les autres. Il n’a pas réussi, et il a fait tout ce qu’il a pu.

 

La 2ème explication :

Si Noa’h avait été dans la génération d’Avraham il n’aurait pas compté comme tsadiq.

Le texte est important dans sa conclusion : que signifie être fils d’Avraham ? C’est marcher de tel sorte que Dieu suive. Faire en sorte d’être continuellement responsable de l’autre. Etre juif c’est être responsable. Ne pas assumer complètement cette responsabilité vis-à-vis de l’autre c’est être noachiste plutôt que abrahamiste. Avraham par définition s’appelle Av Amon Goyim - père de la multitude des nations. Il n’est Avraham que dans la mesure où il est père de quelqu’un, parce qu’il est père de la communauté humaine toute entière, tandis que Noa’h s’est enfermé à l’intérieur de cette arche.

Après la faute du veau d’or et la décision de Dieu de détruire le peuple, Mosheh fait du chantage. Il demande à être effacé lui plutôt qu’Israël.

Shemot - Ki Tissa 32.32

לב וְעַתָּה, אִם-תִּשָּׂא חַטָּאתָם; וְאִם-אַיִן--מְחֵנִי נָא, מִסִּפְרְךָ אֲשֶׁר כָּתָבְתָּ.

  32 et maintenant, si tu voulais pardonner à leur faute!... Sinon efface-moi du livre que tu as écrit."

 

Cela veut dire qu’il y a deux conduites de HQBH : soit le face à face panim el panim soit c’est ayin.

Ve-Im aïn mé’héni na misifrekha asher katavta…

Manitou : Et c’est le même mot : mé’héni na cela fait aïn.

 

(David Messas) : Et le texte nous dit que Dieu a consenti à la demande de Moïse et il est revenu. Cela prouve la force de l’homme. Le talmud paraphrase tout cela en disant :

Tzadiq Gozer, VeHaQadosh Baroukh Hou Mikayem - le tsadiq décide et Dieu exécute. Voyez jusqu’où peut aller la responsabilité juive et le sens de l’engagement du judaïsme, non pas seulement recevoir et se soumettre, mais il s’agit de provoquer.

 

(Manitou) : Pour terminer avec cette question, je citerais deux commentaires. Effectivement, l’idée générale est que Noa’h a essayé pendant 120 ans de faire revenir sa génération dans le chemin du bien. Mais précisément le fait qu’il n’ait pas réussi est suspect.

Le père du Shlah dans son commentaire sur la Torah à propos d’un verset qui raconte l’histoire de l’entrée de Noa’h dans l’arche : « rentre dans l’arche parce que je t’ai vu toi tsadiq devant moi ».

 

 7.1

וַיֹּאמֶר יְהוָה לְנֹחַ, בֹּא-אַתָּה וְכָל-בֵּיתְךָ אֶל-הַתֵּבָה: כִּי-אֹתְךָ רָאִיתִי צַדִּיק לְפָנַי, בַּדּוֹר הַזֶּה

Et Hashem dit à Noé: "Entre, toi et toute ta famille, dans l'arche; car toi Je t’ai vu juste devant Moi dans cette génération.

 

7.5

וַיַּעַשׂ, נֹחַ, כְּכֹל אֲשֶׁר-צִוָּהוּ, יְהוָה

Noa’h fit tout ce que lui avait ordonné l'Éternel.

 

Le père du Shlah explique que Noa’h aurait dû refuser. Le verset semble de trop, comme pour nous indiquer qu’il aurait dû refuser pour empêcher le déluge de survenir et provoquer un sursis supplémentaire puisque Noa’h ne pouvait pas être détruit. 

 

Le 2ème commentaire à propos du verset qui nous dit que Noa’h a été sauvé :

6.8

ח וְנֹחַ, מָצָא חֵן בְּעֵינֵי יְהוָה.

Littéralement cela veut dire : Noa’h a trouvé grâce aux yeux de Dieu.

Et le Midrash ajoute : Aval bé-einei Noa’h mais dans les yeux de Noa’h, HQBH lo matsa kloum afilou dimâ - Dieu n’a rien trouvé même pas une larme.

Dieu annonce l’effacement de l’humanité entière et Noa’h ne pleure pas ! Et donc il y a ici la définition d’un juste qui au fond ne se sauve que lui-même. Et par conséquent, son mérite n’a ainsi aucune commune mesure avec celui d’Abraham ou de Moïse.

 

Q : inaudible.

R. Manitou: Il y a des justes aux yeux secs.

David Messas: Et les yeux sont l’ouverture du cœur.

Le midrash du midrash explique : Dimâh (dalet mem ayin hé) qui veut dire une larme a les mêmes lettres que le mot Madouâ (mem dalet vav ayin) qui signifie pourquoi ? Noa’h n’a pas eu le courage de demander à Dieu pourquoi ?

 

Q : inaudible

R : (David Messas) : C'est-à-dire que pour pouvoir évacuer le problème de Adam HaRishone il fallait que sur le plan du développement de l’histoire de l’humanité cela passe par dix personnes, dix générations, car ces dix générations ensembles auraient constituées l’unité humaine à travers laquelle et autour de laquelle ce problème pouvait être évacué. Et il fallait absolument qu’il y ait dix générations pour avoir conscience de cette shlémout. Si la Torah a parlé de 10 générations c’est qu’on ne peut évacuer un problème que dans la mesure où il y a conscience de shlémout. Et les chiffres ont leurs symboles vécus et vivants, c’est à ce stade et ce moment seulement que ce problème pouvait être évacué.

R : (Manitou): C'est-à-dire qu’il y a une identité humaine qui a été mise en jeu dans l’histoire. Par conséquent,  un sursis est donné jusqu’à ce que tous les visages et les possibilités de cette identité aient été mis en jeu, et donc c’est à la fin que le jugement se fait.

 

Q : inaudible

R : Je vous propose de parler de Métoushéla’h mardi soir lorsque je parlerai du même sujet. Simplement, pour répondre, il est mort le jour où le déluge devait avoir lieu, et un sursis supplémentaire de 7 jours a été donné à l’humanité pour le deuil de la mort de Métoushéla’h. 7 jours supplémentaires de sursis où l’humanité aurait pu prendre conscience qu’il se passait quelque chose et aurait pu se repentir. Mais même cela n’a pas servi. 

En fait, l’idée développée, c’est que le sursis a été donné jusqu’au bout, et lorsque le temps de sursis est arrivé au bout et que le qets, la limite est apparue, alors le temps du bilan apparait avec.

Une mishna au chapitre 5 des Pirqey Avot dit : la preuve de la patience infinie de Dieu est que le déluge n’est survenu qu’après dix générations. Cela semble contradictoire. Si la patience est infinie pourquoi dix générations seulement ? Cela veut dire que la patience est infinie mais il y a un rendez-vous fixé jusqu’à l’épuisement du sursis donné à l’identité humaine. Dans le terme de shlémout, la notion de plénitude : l’histoire de cette manière d’être homme qu’on appelle le premier homme, va jusqu’à sa plénitude, et c’est à ce moment-là que le bilan est fait.

 

(David Messas) : Une idée sur la mort de Métoushéla’h : effectivement 7 jours après, le déluge a commencé. La mort d’un juste de la dimension de Métoushéla’h peut être comparée à la mort d’un autre juste qui est Avraham. Il y a quelque chose de frappant : le jour de la mort d’Avraham survient quelque chose de très grave. Ce jour-là Essav a blasphémé. Il aimait beaucoup son grand-père et le voilà d’un coup confronté à l’idée de la mort. Il abandonne tout.      

 

 25.29

וַיָּזֶד יַעֲקֹב, נָזִיד; וַיָּבֹא עֵשָׂו מִן-הַשָּׂדֶה, וְהוּא עָיֵף.

Yaaqov cuisina un plat et Éssav vint des champs, il était fatigué.

 

Fatigué, las de vivre car confronté à l’idée et à la vision concrète de la mort. Il avait tout abandonné. Ce jour-là Yaaqov préparait des lentilles. Selon le midrash c’est le repas des endeuillés. C’était le décès d’Avraham. La mort ici, au lieu de provoquer une réflexion, a provoqué une révolte.

Je pense que c’est exactement pareil pour Métoushéla’h. Sa mort au lieu de pousser à la téshouvah a poussé les hommes à aller encore plus loin, car confrontés à la mort et au néant, il y a la rencontre tragique avec le temps qui conduit soit à la réussite soit au grand échec. Donc la mort de Métoushéla’h pouvait être considérée comme un élément d’épreuve supplémentaire. .../...

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:21

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

Cours 4

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_4

Durée : 30,5 minutes - Face B - 151 02

 

…/…

Et qu’il ne pourra changer d’avis qu’une fois absolument convaincu.

Mais, s’il change d’avis, il change pour de bon.

Si nous sommes fils de Moïse, fils de Joseph, fils d’Abraham, d’Isaac et de Jacob c’est qu’il y a dans le fond de l’identité juive une permanence qui fait que quelque soit les milieux dans lesquels on se trouve, on arrive à se maintenir en nous-mêmes. Il y a d’ailleurs le miracle de l’existence du peuple juif et des communautés à travers les siècles car :

 2.10

וַתֹּאמֶר, כִּי מִן-הַמַּיִם מְשִׁיתִהוּ.

Ki Min Hamayim Meshitihou - Car il a été sauvé des eaux – comme on traduit habituellement mais le terme mashouï signifie « il est sorti des eaux ».

On émerge continuellement de l’eau dans laquelle on peut disparaitre.

 

Donc se maintenir dans l’existence de soi-même c’est faire en sorte de sortir continuellement de la définition de l’eau.

 

Or, voilà ce qui est arrivé à la génération du déluge : c’est la dixième génération, et le Péri tsadiq insiste énormément pour dire que ce n’est pas la onzième ni la neuvième mais la dixième. La 10ème, le chiffre 10 est le chiffre de la shlémout. Le Maharal explique dans un de ses textes. Shalem signifie complet, parfait. Les dix paroles, les dix épreuves d’Abraham, les dix jours de la Téshouvah, les dix générations entre Abraham et Noa’h et entre Noa’h et Mosheh. Il y a le chiffre extraordinaire du miniane, le qahal, la communauté qui est dix. Sur ce chiffre Maharal nous dit qu’il est l’unité du multiple : dix est un, l’unité des dizaines. Un dans lequel il y a dix, et dix, ensembles, qui constituent une unité. Si un seul d’entre eux manque, alors toute l’unité manque. Chacun en lui-même doit se considérer comme le complément de cette unité. L’unité ne signifie pas l’identité. Dans l’idée de l’identité, une sorte de mutilation de la fécondité de l’homme. L’identité à un modèle et le projet de ressembler à ce modèle est une limitation. Par contre, l’unité est extrêmement enrichissante lorsque constituée de dix personnalités complètement différentes qui, ensembles, constituent une unité. Avec la maintenance de la différence de l’identité personnelle et de la vocation propre de chaque individu, sans tomber dans l’individualisme puisque chacun se sait constitutif d’une unité avec le chiffre dix. Donc le dix représente véritablement le qahal et c’est une idée importante du judaïsme. Il ne s’agit pas de se fondre et de disparaitre à l’intérieur de la communauté ni de s’exprimer dans l’individualisme du salut de la voie personnelle et individuelle ; il y a une sorte de conciliation entre le caractère individualiste et quelque soit exacerbée dans le judaïsme et le caractère tout aussi exacerbée de la communauté. Et c’est le qahal de la communauté dans laquelle s’intègre le caractère individuel et communautaire où l’un ne peut exister sans l’autre et ou l’un s’enrichit par l’autre. Voilà le chiffre dix.

Lorsque j’ai le sentiment que je me développe personnellement sur le plan personnel tout en étant intégré à l’intérieur de la communauté en ayant conscience du chemin suivi c’est cela qu’on appelle la shlémout. Se savoir en chemin et que ce chemin qu’on se construit mène vers quelque chose, bien que le chemin soit infini, cette conscience est une conscience de shlémout.

 

Maharal va beaucoup plus loin : la conscience que j’ai de cette shelémout est un caractère ontologique, puisque la shelémout est un fait de personne, un fait de la conscience de l’unité. Mais cette conscience d’unité que j’ai de moi-même, qui est une perception ontologique, a un effet et une traduction psychologique qui s’appelle la sim’hah, la joie. Et le Maharal explique c’est qu’est la sim’hah : la conscience que j’ai de ma shlémout. Et ce qu’est la atsvout, l’amertume la plus grande, c’est la conscience que j’ai que je ne peux pas atteindre la shlémout.

 

Dans  notre problème, c’est la dixième génération et donc c’est celle de la shlemout, celle de la conscience de la perfection, avec l’évacuation complète de la faute du premier homme, définie aujourd’hui comme étant le passage du travail matériel à la libération économique qui me fait rencontrer le temps sans que cette rencontre soit tragique mais féconde.

 

Le texte de la Torah dit :

7.11

יא בִּשְׁנַת שֵׁשׁ-מֵאוֹת שָׁנָה, לְחַיֵּי-נֹחַ, בַּחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי, בְּשִׁבְעָה-עָשָׂר יוֹם לַחֹדֶשׁ--בַּיּוֹם הַזֶּה, נִבְקְעוּ כָּל-מַעְיְנֹת תְּהוֹם רַבָּה, וַאֲרֻבֹּת הַשָּׁמַיִם, נִפְתָּחוּ.

… jaillirent toutes les sources du grand Téhom et les fenêtres du ciel se sont ouvertes.

C’est une terminologie absolument ambigüe et c’est une ambigüité entretenue. Dans la mesure où les portes du ciel quand elles s’ouvrent cela signifie les temps de grâce. Ce n’est pas le signe de temps difficiles pour l’humanité. Au moment de la néilah, le moment le plus important de l’année au moment de Yom Kipour lorsque les portes du ciel se ferment. Lorsque les portes sont ouvertes c’est un temps de grâce et de rencontre entre le peuple juif et la Shékhinah.

 

Zohar sur Téhom Rabah - les abîmes en-bas : la rencontre de l’intelligence du ciel avec l’intelligence d’en-bas. D’après le Zohar, c’est donc une génération de connaissance, une génération de Daat. C’est la troisième dimension après ‘Hokhmah et Binah. La génération est donc parvenue au niveau du Daat. Mais en perturbant ce niveau du Daat.

 

La génération de la connaissance et de l’intelligence, génération de l’extrême. L’alternative de ce temps-là c’est l’arrivée du Mashia’h ou de la catastrophe. Ce n’est pas un temps médiocre, mais un temps de prédilection comme le jour du Matan Torah.

La génération du déluge a eu un niveau de ‘Hokhmah tel qu’ils sont parvenus au niveau économique à la situation de Adam HaRishone avant la faute. C'est-à-dire que le monde tout entier est redevenu un jardin d’Eden sur le plan de la production et de la technique. Selon le texte du Zohar, un homme ensemençait un champ d’un sel grain et obtenait de quoi manger pendant 40 ans… L’homme était complètement libéré sur le plan économique, et avait de quoi vivre sans avoir besoin de travailler grâce aux techniques extraordinaires qui libéraient du travail économique. Il y avait donc une utilisation de la ‘Hokhmah et de la Binah  permettant une investigation du monde et une connaissance scientifique et une maitrise technique du monde qui les a libéré complètement de toutes les contraintes économiques. C’est là l’idée de la Shlémout, et c’est ainsi qu’ils purent évacuer la faute du premier homme puisque c’est à ce niveau-là qu’elle se situait.

Mais à partir du moment où ils étaient libérés, ils n’ont pas réussi à vivre le temps du Shabat.

Le problème du travail se dégrade alors que Adam Harishone lui avait le moyen de le récupérer en s’investissant dans le travail, la dixième génération libérée du travail et disposant du temps, ils ont rencontrés le temps et l’idée de la mort.  Idée de la mort qui est absolument angoissante parce que c’est le néant et à partir du moment où l’homme rencontre le temps et le néant, de deux choses l’une, soit il devient fou, soit il est obligé de trouver un palliatif dans lequel il va s’engager pour oublier l’idée de la mort.

 

Et le texte est peu clair dans le Péri Tsadik mais je crois que c’est ainsi qu’il faut l’expliquer : l’idée de la mort les a envahi et les a conduit à une sorte de refuge dans un monde qui va leur faire oublier la mort. Problème d’ailleurs que nous rencontrons plus tard avec la rencontre de Jacob et Esaü. Tout le problème d’Ésaü est le problème de la rencontre avec la mort à laquelle il faut échapper, et il s’adonne au meurtre, à l’idolâtrie et à la débauche.

 

Le texte nous dit ici :

יא וַתִּשָּׁחֵת הָאָרֶץ, לִפְנֵי הָאֱלֹהִים; וַתִּמָּלֵא הָאָרֶץ, חָמָס.  

« … Vatimaleh haArets ‘Hamas - le monde s’est rempli d’injustice. »

Le texte va plus loin au début du verset :

« Vatisha’het HaAretz Lifnei HaElohim - la terre et tout ce qu’elle contient a pourri. ». 

 

C'est-à-dire qu’il y avait une sorte de moisissure qui a détruit le monde de l’intérieur. A partir du moment où c’est le problème de la rencontre avec la mort et l’angoisse de la mort il fallait trouver un refuge, et ce refuge consiste pour l’homme à rentrer en lui-même, mais il perd ainsi sa propre forme. Il n’avait plus conscience de la vocation de la forme de l’homme, il n’avait plus conscience de la finalité de sa propre forme, et c’est maintenant la matière qui domine l’homme plus que la forme puisque cette dernière lui pose problème : Le problème qu’elle lui pose est de savoir en quoi consiste ce souffle divin en nous, et qui représente en nous l’éternité : comment passer du temps éphémère à l’éternité. Ils auraient ainsi du faire le saut jusqu’au Shabat, mais la génération du déluge n’y est pas arrivé, et elle s’est investi beaucoup plus dans la matière que dans la forme. A partir de ce moment-là nous lisons : « Vatisha’het HaAretz »

Tant que le souffle de Dieu est en nous, il y a la forme qui permet la vie, et lorsque le souffle disparait alors la matière se retrouve seule et il y a pourrissement de la matière.

Ce pourrissement de la matière conduit à la disparition de la forme qui va s’effacer.

C'est-à-dire que la matière de l’homme va continuer à exister mais sa forme va disparaitre en étant engloutie à l’intérieur des eaux. A l’image du morceau de sucre qui se dissout dans l’eau sans disparaitre complètement. La matière continue à exister mais sa forme a disparu. Lorsque survient le déluge cela veut dire que l’homme a disparu dans sa forme et a continué à exister dans la matière. Ce n’est pas la providence divine qui a fait disparaitre l’homme, mais c’est l’homme lui-même qui n’ayant plus conscience de la vocation de sa propre forme a fondu à l’intérieur des eaux, et les eaux ne pouvaient rien faire d’autre que l’envahir et le faire disparaitre.  

 

Tout le temps de l’histoire, avec celle d’Abraham avinou en particulier, consiste à retrouver le temps de Shabat. L’homme qui nous donnera le temps du Shabat c’est Mosheh rabénou.

 

Parallèle entre Noa’h et Moïse pour voir en quoi Mosheh a réussi là où Noa’h a échoué.

La construction de la téva a duré 120 ans. Cela aurait pu être un quart d’heure, ou une demi-heure, mais cela a duré 120 ans. 120 ans parce que c’est le temps de la vie d’un homme.

 

6.14

יד עֲשֵׂה לְךָ תֵּבַת עֲצֵי-גֹפֶר   Asseh lekha Tevat Etsei Gofer.

Le mot Téva est toujours ambigu. Noa’h n’a pas compris l’ordre donné.

Téva une arche, une boite, à l’intérieur de laquelle on se trouve bien protégé.

Noa’h comprend l’ordre comme étant de construire un milieu dans lequel il va se protéger. Et il va se protéger pendant que le monde entier sera noyé dans le déluge !

En réalité, la sollicitation de Dieu était ambigüe. Dans la mesure où pendant 120 ans il devait construire parce qu’Il n’avait pas envie de détruire le monde, Il a sollicité Noa’h, Il a provoqué Noa’h pour qu’il refuse le décret de destruction. Faire une Téva c’est l’appeler à intervenir auprès de autres pour qu’ils dépassent le problème dans lequel ils se trouvent…

 

Téva signifie la foi, un mot et une arche. La Torah est essentiellement formée par des mots. L’ambigüité du terme consiste à ce que Noa’h aurait du comprendre dans « Asseh Lekha Téva » : « fais-toi un mot, fabrique-toi un discours » : l’intervention auprès des autres pour que le monde ne s’enlise pas complètement dans le déluge.

Nous retrouvons exactement cette histoire 20 générations plus tard avec Abraham où Dieu va chez Abraham et lui annonce la destruction de Sodome et Gomorrhe : on n’a jamais vu un discours de la part d’un homme confronté à Dieu aussi violent. D’une violence incroyable. Si bien que les commentaires disent que l’intervention d’Abraham est une déclaration de guerre faite à Dieu lui-même. Avec un discours presque blasphématoire :

18.25

הֲשֹׁפֵט כָּל-הָאָרֶץ, לֹא יַעֲשֶׂה מִשְׁפָּט  

Hashofet kol ha'aretz lo ya'aseh mishpat?

Le Juge de toute la terre ne ferait-il pas justice ?

Et Avraham invoque la justice pour empêcher Dieu de détruire Sodome et Gomorrhe.

De même avec l’intervention de Moïse :

« L’Egypte va dire que tu es un Dieu injuste, tu n’as pas le droit de faire une telle décision !»

 

On attendait de la part de Noa’h une intervention de ce genre. L’injonction de construire une arche n’était pas seulement la construction d’un mot dans lequel il devait se conserver et se garder lui-même mais le moyen de communication envers sa génération. Noa’h est par définition celui qui est en état d’inertie et de léthargie, il s’enferme à l’intérieur d’un mot et laisse les autres mourir. Il a fait une tévah, s’enfermant dans sa tévah à l’intérieur des eaux sans pouvoir transformer ces eaux par sa présence.

 

La Torah évoque une autre tévah sur les eaux dans laquelle se trouvait une personne : Moïse.

Moïse est sorti de cette tévah. Lorsqu’il devient adulte :

Shémot 2.11

וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו

Vayigdal Mosheh Vayetse el é’hav - Et Mosheh grandit, il sortit vers ses frères.   

Il a considéré comme son propre devoir de ne pas rester enfermé à l’intérieur de son propre discours, de ses propres mots, mais il fallait que son discours sorte : Vayétsé el é’hav… il sortit vers ses frères et il vit leurs souffrances… 

Le problème de Moïse toute sa vie est de trouver le discours véritable qui permet de créer la véritable communication avec les autres.

Il était kévad peh, la bouche lourde, il avait refusé la communication parce qu’il ne se sentait pas à même de parler, et toute sa vie durant jusqu’aux derniers jours, il devait trouver cette tévah, le mot juste qui puisse lui permettre la communication avec le peuple juif.

 

2ème événements remarquable : au temps de Noa’h les eaux supérieures et inférieures se sont de nouveau rencontrées, plongeant le monde dans l’état de chaos originel, le rôle de Moïse est de faire sortir le peuple juif d’Egypte. Pas seulement la sortie des Hébreux de l’Egypte mais aussi la sortie de l’Egypte des Hébreux. Faire en sorte qu’il y ait Yetsiat Mitzrayim et non pas Yetsiat Yisrael MiMitzrayim. C’est la sortie d’Egypte de l’Egypte. Comment ? Dans la mesure où 7 jours après (le temps de l’accomplissement) normalement, le peuple d’Egypte aurait dû sortir d’Egypte et aller rencontrer les Hébreux. Cela aurait été l’événement messianique de la fin des temps : les Égyptiens et les Hébreux auraient traversé ensembles la mer rouge.

On aurait vécu une récupération et une évacuation compète du temps du déluge, dans la mesure où les eaux vont se fendre en deux comme au temps de la création et le peuple juif serait passé entre ces eaux avec les Egyptiens. 

Malheureusement, au lieu de reconnaitre Israël et de sortir avec eux, les Egyptiens les ont poursuivis pour les ramener en Egypte.

Israël a passé la mer rouge en grande vitesse par manque de mérite, les Egyptiens ont été engloutis par les eaux, sauf un seul qui a été sauvé, le Pharaon lui-même qui devait témoigner qu’une fois dans l’histoire les eaux se sont coupées et que le peuple Israël est passé.

Toute l’histoire consiste à recouper de nouveau les eaux pour que l’humanité toute entière, l’Egypte, puisse y passer.

 

Autre remarque :

Moïse porte en lui les deux noms. Et le refus de la génération du déluge était le refus des noms El et Shadaï.  Le refus de El c’est le refus de la justice divine et de l’intervention de la providence dans le monde. Et Shadaï, qui est Yesod, c’est la possibilité qu’a l’homme de se récupérer par lui-même.

Là c’est Malkhout et Yesod.

Cela veut dire qu’il y a une loi qui dépasse l’homme mais que l’homme doit assimiler, et que d’autre part, l’homme est capable par lui-même de se gouverner et de réussir dans une vocation particulière. C’est cela que la génération du déluge a refusé. Et nous savons que la guématria de Mosheh est équivalente à El Shadaï (345).

Moïse doit faire que l’humanité toute entière sorte du déluge pour retrouver le nom El Shadaï.

 

Q : inaudible

R : je crois qu’il y a des temps qui sont de prédilection. Nous vivons un temps spécial pour Israël, pour ne pas dire pour l’humanité, avec l’existence de l’état d’Israël, j’espère que nous aurons la possibilité de l’assumer. Il y a des temps qui ont plus de valeur que d’autres. Le temps juif n’est pas linéaire. Le Zohar parle beaucoup de Olam, Shanah, Nefesh. Dans la même année, des temps plus importants que d’autres. Ce temps-là était le temps de l’évacuation de la première faute et le temps messianique par excellence. Ils avaient la responsabilité d’évacuer le problème du travail. Toutes les difficultés de l’homme consistent à se libérer du travail pour devenir disponible. Cette disponibilité permet de résoudre les problèmes ou d’accroitre les problèmes selon les intelligences. Et toute forme d’intelligence est une épreuve. Le manque d’intelligence fait que les problèmes ne sont pas posés de la même manière.

Qohelet 1.18

יח כִּי בְּרֹב חָכְמָה, רָב-כָּעַס; וְיוֹסִיף דַּעַת, יוֹסִיף מַכְאוֹב

Car avec une grande sagesse un grand chagrin, et accroitre la science accroitra la douleur.

C'est-à-dire que les problèmes se situent à un niveau plus important.

 

Une anecdote :

On raconte du Gaon de Vilna qu’il étudiait 19 heures par jour. Et son yetser harâ l’incitait à se reposer et dormir un peu plus…

On raconte de Rabi Akiva Eiger un des grands maitres de dimension moindre que le Gaon, qu’il étudiait 16 heures par jour. Et son yetser hatov l’incitait à étudier une heure de plus.

Rabi Akiva Eiger a écrit au Gaon de Vilna : puisqu’il en est ainsi je veux échanger mon yetser hatov contre ton yetser harâ !

On raconte que le  Gaon de Vilna lui aurait répondu : Que Dieu te préserve de mon yetser harâ !

 

Plus l’homme est grand, plus les problèmes qu’il a sont grands, d’une nature et dimension totalement différentes.

Cette génération est parvenue au sommet de la connaissance et a donc eu en même temps les problèmes du sommet de la connaissance. Il s’agit ici en même temps d’un paroxysme de la connaissance et d’un paroxysme du problème. L’alternative est donc soit la grande réussite soit la grande culbute. Cela a été malheureusement la grande culbute, la dégradation depuis le sommet de la connaissance vers le plus bas dans le domaine des sens et des sollicitations matérielles et charnelles les plus basses.

Effectivement, c’est une génération de la connaissance, qui a dominé le monde, la technique et la connaissance, mais c’est aussi une épreuve que l’intelligence…

 

Q : inaudible

R : (Manitou): Il y a effectivement une promesse au moment de l’alliance de Noa’h qu’il n’y aura plus de déluge d’eau.  Maboul traduit par déluge signifie destruction. Maboul mayim signifie déluge d’eau. En français le mot déluge a pris le sens de déluge d’eau. Mais il peut y avoir un déluge de feu. C’est un autre symbolisme.

…/…  

 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:19

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

COURS 4

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_4

Durée : 30,4 minutes - Face A - 151-01

 

Rav David Messas : sur l’enseignement du Péri Tsadiq du Rav Tsadoq HaKohen MiLoublin, sur le texte de la Genèse concernant le déluge. 

 

Le déluge est longuement analysé dans le texte. Je parlerai de différents thèmes :

La notion de qets et sa signification comme limite, fin et début.

La notion de avodah, travail.

La notion de dixième génération

La notion de l’eau.

La notion du shabat.

Autour de ces cinq axes s’organisera notre réflexion sur ce texte.

 

6.13

וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים לְנֹחַ

Et Elohim s’adresse à Noa’h:

קֵץ כָּל-בָּשָׂר בָּא לְפָנַי--כִּי-מָלְאָה הָאָרֶץ חָמָס, מִפְּנֵיהֶם; וְהִנְנִי מַשְׁחִיתָם, אֶת-הָאָרֶץ

La fin de toute chair est venue devant Moi, car la terre entière est remplie de violence à cause d'eux et Je vais les détruire avec la terre.

 

L’utilisation par la Torah de ce terme de qets car il renvoie toujours à l’événement messianique de fin des temps. Le qets c’est la fin des temps.

Il s’agit donc d’un temps de prédilection, d’un temps de révélation messianique, un temps de confrontation entre les événements, un temps charnière de l’histoire entre une fin et un début. Les temps messianiques sont considérés comme des qitsim, des moments importants. Ce n’est pas n’importe quelle génération que celle du déluge.

On les présente comme une génération de dépravés. Mais le midrash nous indique que cette génération est extraordinaire sur tous les plans, et c’est dans cette génération de fin des temps que le Mashia’h devait arriver, et où la faute originelle de Adam Harishone aurait été complètement évacuée. Le problème posé à cette génération dépasse le problème du ‘hamas, le vol, ou du conflit avec les problèmes de la tentation ou de la violence, il s’agit d’un problème de civilisation capitale, qui encore de nos jours en 1980 n’est pas encore complètement évacué. Cette génération a donc touché du doigt le messie et a échoué à tel point qu’il fallait tout raser pour tout recommencer.

Cela correspond d’ailleurs à ce que dit la guémara à propos de la venue du messie :

« Eïn Ben David Bah Ela Bedor Shekoulo ‘Hayav O Bedor Shekoulo Zakaï : le fils de David ne viendra que dans une génération complètement coupable ou complètement méritante. »
Ce qui veut dire que le messie n’arrive que dans une situation extrême, une situation limite, une situation de qets, ce qui est le propre de cette génération.

 

Deuxième remarque : lorsque HQBH a créé le premier homme Adam Harishone, il le plaça dans le jardin d’Eden léovdah oulshomrah :

 

 2.15

וַיִּקַּח יְהוָה אֱלֹהִים, אֶת-הָאָדָם; וַיַּנִּחֵהוּ בְגַן-עֵדֶן, לְעָבְדָהּ וּלְשָׁמְרָהּ

Et l’Éternel Dieu prit l’homme et le plaça dans le Gan Eden pour le travailler et le garder.

 

Au niveau littéral, c’est un rôle économique extrêmement important pour l’homme : il devait y avoir une relation d’investigation avec le monde en le transformant en le rendant habitable.

Au niveau du midrash :

Leovdah shemitzvot asseh, leshomrah mitzvot lo taasseh, les mitzvot positives et négatives.

Il devait donc habiter au jardin d’Eden pour cette avodah qui comporte cette ambiguïté : le travail de la terre Avodat Haaretz, ou le travail du service pour Hashem, Avodat Hashem. Mais en cas de dégradation on passe de Avodat Hashem à Avodat Haaretz, en cas de réussite l’homme reste dans le domaine de la Avodat Hashem.

D’après le texte biblique, le premier homme était installé dans une terre où il n’avait pas besoin de travailler : on pouvait planter et obtenir le pain directement. Le temps libre de l’homme était consacré à autre chose que l’investissement économique.

Le problème est que cette libération du travail économique rend le premier homme disponible pour la plénitude de son propre temps.

 

Talmud : « goy shéshavat ‘hayav mita : un non-juif qui pratique le shabat est passible de mort ».

Cela signifie que la pratique du shabat donne un jour disponible sur le plan matériel et que pratiquer le shabat à la manière d’un goy sans s’investir dans le travail spirituel rend l’homme disponible de son temps et le rend dangereux. Il dispose alors d’un temps libre dans lequel il n’est pas investi et sa disponibilité sans plénitude pour lui remplir son propre temps risque de le rendre dangereux. Le temps vide, non plein, est un temps considéré comme dangereux pour celui qui est vide, sans plénitude. Les statistiques le prouvent : les jours chômés sont les plus remplis de violences et de meurtres…

 

Au départ Adam harishone fut placé dans le jardin d’Eden pour pratiquer la loi morale et remplir son temps d’activités spirituelles. Après la faute, l’homme n’est plus capable de remplir ce temps par lui-même, il y a dégradation de la Avodat Hashem en Avodat Haarets, et de la Shemirat Hamitzvot en Shémirat Haaretz.

En lisant la suite du texte on s’aperçoit que la malédiction a consisté à dire à l’homme :

  

3.17

וּלְאָדָם אָמַר, כִּי-שָׁמַעְתָּ לְקוֹל אִשְׁתֶּךָ, וַתֹּאכַל מִן-הָעֵץ, אֲשֶׁר צִוִּיתִיךָ לֵאמֹר לֹא תֹאכַל מִמֶּנּוּ--אֲרוּרָה הָאֲדָמָה, בַּעֲבוּרֶךָ, בְּעִצָּבוֹן תֹּאכְלֶנָּה, כֹּל יְמֵי חַיֶּיךָ

Et à Adam Il a dit: "Parce que tu as écouté la voix de ton épouse, et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais enjoint de ne pas manger, maudite est la terre à cause de toi: c'est avec effort que tu en tireras ta nourriture, tous les jours de ta vie

3.18

וְקוֹץ וְדַרְדַּר, תַּצְמִיחַ לָךְ; וְאָכַלְתָּ, אֶת-עֵשֶׂב הַשָּׂדֶה

Elle produira pour toi des ronces et de l'ivraie, et tu mangeras de l'herbe des champs

3.19

בְּזֵעַת אַפֶּיךָ, תֹּאכַל לֶחֶם, עַד שׁוּבְךָ אֶל-הָאֲדָמָה, כִּי מִמֶּנָּה לֻקָּחְתָּ: כִּי-עָפָר אַתָּה, וְאֶל-עָפָר תָּשׁוּב

C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, - jusqu'à ce que tu retournes à la terre d'où tu as été tiré: car poussière tu es, et poussière tu redeviendras!"

 

Ce n’est pas la malédiction du travail comme on le croit, mais après la situation de faute, le seul moyen de libérer l’homme est qu’il puisse manger son pain à la sueur de son front, puisque s’investir dans le travail est une forme de libération. Mais c’est une forme de libération qui ne peut exister que parce que l’homme est en état de disgrâce, c'est-à-dire en état de faute. Maintenant, tout le travail consiste à se libérer du travail économique pour pouvoir être capable de conquérir son propre temps et de le remplir à la manière du shabat. C’est le chemin que l’homme doit faire après la faute du veau d’or : s’investir dans le travail pour se libérer du travail, rencontrer son propre temps et être capable d’assumer le temps à la manière du shabat et non pas à la manière du vide du temps. La rencontre de l’homme avec son propre temps est une rencontre angoissante, une rencontre tragique. Or, le chemin que l’homme doit parcourir pour retrouver la porte de l’Eden qui lui a été fermée c’est justement ce chemin qui consiste à le libérer du travail économique, libération qui va lui permettre de devenir plus disponible par rapport à son propre temps, et que la rencontre avec le temps ne soit plus tragique et destructrice mais féconde et enrichissante, shabatique.

Tout le travail consiste à retrouver le temps du shabat, à ce que l’homme renvoyé du jardin d’Eden puisse y entrer pour retrouver le temps du shabat. Le beau chant le soir du shabat : « Me-ein Olam Haba Yom Shabat Menou’hah » Il y a une sorte de résurgence du monde futur, lorsqu’on pénètre dans le shabat on pénètre dans cette disponibilité économique qui veut faire que on doit rencontrer le temps.

Un enseignement de mon père :

”Veshaverou Benei Israël Et Hashabat – et les Bnei Israël garderont le Shabat”

Il y a le jour du Shabat et l’homme qui s’appelle Shabat qui est le Talmid ‘Hakham, celui qui étudie tout le temps sans travailler. Il est ainsi le Shabat des autres parce tout son temps est un shabat. Le talmid ‘hakham à partir du moment qu’ile st disponible et consacre son temps à l’étude a besoin d’ë gardé par les Bnei Israël.

 

Le qets est un temps messianique,

Le problème du travail, la avoda, tout le travail de l’homme est de revenir au jardin d’Eden : faire ce chemin qui consiste à se libérer du travail économique pour se rendre disponible. Cette disponibilité qui était dangereuse va devenir féconde par cette rencontre positive du temps qui est le Shabat. Ce temps étant le temps du qets, la dixième génération de la création étant un temps messianique, c’est la seule génération qui était capable de réussir ce chemin et de faire ce retour pour réussir ce chemin. 

Un texte du Zohar explique qu’une neshamah était présente dans cette génération mais qui aurait dû se manifester pour faire le tiqoun pour tout réparer : la personne de Moïse.

Il aurait été le vrai mashia’h pour l’humanité toute entière, capable d’évacuer la première faute. L’âme de Mosheh rabénou était présente puisque toutes les conditions étaient présentes pour son apparition, mais au lieu de Moïse c’est Noé qui est apparu. Nous verrons la grande différence entre Noé et Moïse. D’habitude on compare Noé à Abraham.

 

Il y a un texte tragique dans la fin de Beréshit 6.5:

ה וַיַּרְא יְהוָה, כִּי רַבָּה רָעַת הָאָדָם בָּאָרֶץ, וְכָל-יֵצֶר מַחְשְׁבֹת לִבּוֹ, רַק רַע כָּל-הַיּוֹם. ו וַיִּנָּחֶם יְהוָה, כִּי-עָשָׂה אֶת-הָאָדָם בָּאָרֶץ; וַיִּתְעַצֵּב, אֶל-לִבּוֹ. ז וַיֹּאמֶר יְהוָה, אֶמְחֶה אֶת-הָאָדָם אֲשֶׁר-בָּרָאתִי מֵעַל פְּנֵי הָאֲדָמָה, מֵאָדָם עַד-בְּהֵמָה, עַד-רֶמֶשׂ וְעַד-עוֹף הַשָּׁמָיִם: כִּי נִחַמְתִּי, כִּי עֲשִׂיתִם. ח וְנֹחַ, מָצָא חֵן בְּעֵינֵי יְהוָה. {פ} ט אֵלֶּה, תּוֹלְדֹת נֹחַ

  5 L'Éternel vit que les méfaits de l'homme se multipliaient sur la terre, et que le produit des pensées de son cœur était uniquement, constamment mauvais; 6 et l'Éternel regretta d'avoir créé l'homme sur la terre, et il s'affligea en lui-même. 7 Et l'Éternel dit: "J'effacerai l'homme que j'ai créé de dessus la face de la terre; depuis l'homme jusqu'à la brute, jusqu'à l'insecte, jusqu'à l'oiseau du ciel, car je regrette de les avoir faits. 8 Mais Noé trouva grâce aux yeux de l'Éternel. 9 Ceci est l'histoire de Noé.

 

Noé semble préservé en raison des engendrements qu’il porte en lui. Il ne représente rien d’extraordinaire par lui-même.

Je m’arrête sur un mot de ce passage : la destruction du monde s’est faite par un des quatre éléments esh-roua’h-mayim-efer, ce n’est pas le feu mais l’eau qui a détruit le monde. Ce n’est pas un hasard, et nous expliquerons la symbolique de l’eau.

Lorsque Hashem parle il dit : « Ém’heh et HaAdam – J’effacerai l’homme », et non pas le brûler ou le détruire mais effacer. D’après le Peri Tsadik cela a une signification particulière. Effacer quelque chose ne signifie pas la détruire. Effacer sur une écriture sur un tableau ne fait pas disparaitre la matière de la craie toujours présente mais juste le dessin. Ce qui a disparu ici enseigne le Péri tsadik c’est la forme de l’homme mais non sa matière.

Une explication du Maharal de Prague que le Péri tsadik ne cite pas mais qui est soujacente à toute son explication : l’histoire juive toute entière est traversée par l’histoire de l’eau. On voit à travers l’histoire de Shémot que l’histoire juive est entièrement centrée sur l’histoire de l’eau. Lorsque le monde est créé, après le premier acte créateur survient la séparation des eaux d’en-haut et des eaux d’en-bas.

1.7

וַיַּבְדֵּל בֵּין הַמַּיִם אֲשֶׁר מִתַּחַת לָרָקִיעַ, וּבֵין הַמַּיִם אֲשֶׁר מֵעַל לָרָקִיעַ

Il sépara entre les eaux qui sont sous le firmament et entre les eaux qui sont sur le firmament.

 

Ce sont les eaux d’en-haut qui sont restés suspendues et les eaux d’en-bas qui sont restées dans le Téhom l’abîme. Et voilà que le monde est apparu parce qu’il y a eu cette séparation des eaux.

Le maboul c’est la rencontre de ces eaux. Mais l’existence du monde c’est la séparation des eaux. 

Mais l’eau est symboliquement ce qui est contraire à l’identité de l’homme.

Parlant de Moïse :

13.19

יט וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת-עַצְמוֹת יוֹסֵף

Et Mosheh prit avec lui les ossements de Joseph.

 

Le nom de Moïse est en rapport avec l’eau :

2.10

וַתֹּאמֶר, כִּי מִן-הַמַּיִם מְשִׁיתִהוּ.

Ki Min Hamayim Meshitihou - Car il a été sauvé des eaux – mashouï il est sorti des eaux.

 

Mais Mosheh est celui qui se sauve des eaux. La traduction est différente : Moïse est celui qui émerge continuellement de l’eau. C’est l’homme qui par un effort personnel sort de la matière pour pouvoir exister. Une forme qui se maintient dans son existence par un effort perpétuel. 

 

Maharal : parmi tous les éléments, l’eau est le seul qui est matière sans forme puisqu’il prend la forme de tous les réceptacles. Il cite beaucoup Maïmonide qui utilise la terminologie d’Aristote de la matière et de la forme (‘homer vetsourah), et il trouve effectivement que l’important dans l’homme c’est la forme plus que la matière. « Dieu a insufflée dans la poussière de la terre pour en faire un homme nefesh ‘hayah… »

 

La poussière de la terre c’est la matière, et la forme de l’homme c’est le souffle de Dieu qui est en lui. Nous avons la forme, la conscience de notre propre identité, de notre propre être, de notre engagement et de notre avenir et de notre situation dans le monde, et cette conscience c’est le souffle de Dieu qui est en nous et qui s’appelle la forme tsourah.

De même que toute tsourah est esprit, une chaise est forme et matière, et la forme a existé dans l’esprit de celui qui l’a créée avant d’exister dans la matière. Si bien que la chaise elle-même est intelligente dans la mesure où il y a l’esprit de l’homme incarnée dans la chaise. De même en l’homme pour la tsourah et la matière. La matière de l’homme est symbolisée par l’eau et la forme que nous avons c’est ce qui est esprit en nous et qui représente l’acte créateur de Dieu puisque la matière qui est en nous fait partie de la terre, et la nouvelle création vient du souffle en nous qui a créé la forme. Et nous avons conscience continuellement de cette forme.

 

Lorsque Mosheh a pris l’identité - les ossement - de Joseph avec lui en sortant d’Egypte « atsmot Yosef », il devait se renforcer en sortant d’Egypte pour pouvoir affronter le peuple et les événements à venir. Il devait prendre l’identité de Joseph avec lui. Car Yossef est celui qui a eu toutes sortes de sollicitations. Il n’a pas eu une vie simple. En lutte contre ses frères jusqu’à 17 ans, puis chez les Ishmaélim qui l’ont emmenés en Egypte dans la maison de Poutifar et sa femme, la prison, le poste de vice-roi d’Egypte… une confrontation continuelle avec des milieux différents.

Le reproche possible de ses frères c’est qu’ils ne le reconnaissaient plus comme un frère mais comme le vice-roi d’Egypte. Joseph va s’évertuer continuellement à leur démontrer que derrière les apparences il est leur frère. « Ani Yossef A’hi’hem… »

Malgré les sollicitations des divers milieux et leurs tentations, Yossef est resté identique à lui-même. Alors que l’eau, par définition, subit toute les transformations et toutes les déformations des contenants dans lesquels elle se trouve, Yossef est par définition le même quelque soit la situation dans laquelle il se trouve. Et Jacob lorsqu’il le rencontre reconnait de suite qu’il est son fils malgré toutes les difficultés rencontrées...

Moïse sortant d’Egypte devait se consolider par cette identité avant de se confronter avec tous les milieux ambiants :

13.19

יט וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת-עַצְמוֹת יוֹסֵף

Et Mosheh prit avec lui les ossements de Joseph.

 

Il a donc pris l’identité de Joseph avec lui qui consiste à se maintenir dans son existence et son identité quelque soit les sollicitations et les tentations d’identité auxquelles il est soumis.

 

Et Moïse est cette personnalité unique de l’histoire qui est considérée comme sortant continuellement de l’eau. Il se maintient dans son identité quelque soit les difficultés.

 

Un enseignement entendu sur le peuple juif comme Am Qeshe Oref, le peuple à la nuque raide : qui ne veut pas changer d’avis. Un texte du talmud dit que les Goyim sont beaucoup plus proches de la téshouvah qui leur est plus facile qu’à Israël. Cela signifie qu’il y a une sorte de fondement de l’identité Israël qui le rend entêté. 

…/…

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:17

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

Cours 3

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_3

Durée : 45,0 minutes - Face B - 150 02

 

…/…

 

Les Hébreux ont eu peur parce qu’ils réagissent en monothéistes.

Tout se passe comme si le peuple s’est enfui de l’Egypte, Moïse est là et on va profiter du temps astrologique et de l’heure précise de la sortie du temps égyptien, et on va en profiter suite à la panique de la mort des premiers-nés qui les a paralysé pour sortir.

Trois jours après, Pharaon apprenant qu’ils se sont enfuis et qu’ils ne reviennent pas comme prévu après avoir rendu un culte à leur Dieu, prend conscience d’avoir laissé partir Israël qui lui appartenait encore. Parce que Pharaon avait rempli sa part du contrat des 10 plaies : laisser sortir le peuple Israël ou recevoir les dix plaies. Or, l’Egypte avait été frappée des dix plaies jusqu’à la dernière !  Par conséquent, Israël appartenait toujours à l’Egypte.

C'est-à-dire qu’Israël savait qu’il n’avait aucun droit à s’enfuir puisque l’Egypte avait payé le prix. C’est pourquoi Israël prend peur.  

 

De quel mérite de la foi s’agit-il ? Il s’agit précisément d’une foi au-delà du mérite, sachant qu’ils n’avaient aucun droit, de croire que c’est possible. Dieu leur répond qu’ils n’ont qu’une seule chose à faire, puisque même prier est hors de question puisqu’ils n’ont aucun droit contre l’Egypte: il faut prendre le pari d’entrer dans la mer pour créer ce décalage avec l’Egypte et alors Dieu peut intervenir. Tant qu’Israël ne fait rien, Dieu ne peut rien faire dans cette situation où même la prière ne pouvait être opératoire. 

Parce qu’il y a réclamation de l’Egypte d’en-haut qui interdit le favoritisme divin au nom de la justice. A cause précisément de la mort des premiers-nés : jusqu’à la dernière plaie, l’Egypte a payé le prix du contrat : laisser partir le premier-né de Hashem ou laisser le premier-né égyptien être frappé. Donc Israël lui appartient encore. Israël est conscient qu’il n’a aucun mérite supplémentaire sur l’Egypte à ce moment-là. Alors il prend peur et avec ses quatre réactions étudiées. Le suicide dans la mer, le retour en Egypte, la guerre, la prière. Mais Dieu refuse ces quatre réactions. La cinquième option de foi: « Parle aux Bnei-Israël et qu’ils avancent… » ! Elle implique les quatre autres stratégies, mais au niveau de la foi et non plus au niveau purement existentiel, y compris le quatrième qui serait un niveau religieux.  C’est une foi au-delà du mérite, la foi que même sans aucun mérite la promesse s’accomplira. C’est croire en une chose invraisemblable, non pas d’après des théologies des hérétiques, mais invraisemblable du point de vue de la loi de Dieu Lui-même. Rappelez vous la définition de la gdoulah de Dieu : que signifie être grand pour Dieu ? C’est être plus grand que soi-même ! Cette foi gratuite leur a donné force sur Dieu. C’est ce qu’Il attendait. 

La réalité est impitoyable, parce qu’au niveau de la vérité tout est clair. On s’attend à ce que tout Israël soit ce peuple de la foi - Maaminim Bnei Maaminim – et que tout Israël s’engage dans sa propre foi… Et c’est toujours en cela que l’on a cru depuis Abraham. On a cru en des choses invraisemblables, mais pas invraisemblable pour la raison mais pour la foi elle-même.

 

Le midrash va préciser qu’un seul homme a eu ce courage, et grâce à lui les autres ont suivi !  Mais il a fallu ce premier qui était Na’hshon Ben Aminadav. De la même manière après les 40 ans du désert un seul va avoir le courage d’entrer en Eretz Israël et il entraine tous les Bnei Israël : Kalev Ben Yéfouneh. Avec Yéhoshoua à la place de Mosheh.

 

Abraham se connait selon la vraie loi du monde comme Dieu l’a créé comme ne pouvant pas avoir d’enfant. Cela vient de Dieu lui-même. Et quand ce même Dieu lui dit qu’il aura quand même un enfant, il lui est difficile de le croire jusqu’à ce qu’il intègre cette foi-là. Et c’est la mutation religieuse dont j’ai parlé qui se produit.

Parce qu’Abraham est le fils de Téra’h le grand prêtre de la civilisation du temps. Cela se rattache à la fonction des Hébreux dans la civilisation du temps. Le midrash nous enseigne que Tera’h était fabriquant d’idoles. C'est-à-dire le grand-prêtre de la religion du temps qui fabriquait les symboles des idéaux auxquels les croyants de ce temps croyaient.   

Suivant la religiosité de ce temps-là, au niveau de la religion naturelle, mais nous sommes toujours dans le monothéisme hébreu, Abraham se connait comme la fin d’une civilisation. C’est une identité humaine qui connait les lois qui président à l’histoire du monde, et selon la vérité de la volonté du Créateur, elle prend connaissance d’elle-même comme étant à bout d’espérance, se connaissant comme stérile. C’est précisément à cet homme Abram que Dieu dit qu’il sera fécond, n’étant pas la fin d’une histoire antérieure mais le point de départ d’une fécondité pour l’avenir. C’est cette foi qui est difficile à intégrer au nom de la vérité et non pas parce qu’Abraham ne croit pas que Dieu soit incapable de le faire. Il entend deux voix contradictoires venant du même Dieu : la voix du Créateur du monde qui lui fait savoir qu’il ne peut pas avoir d’enfant, étant arrivé à la fin d’une histoire. Il ne s’agit pas ici d’avoir un petit d’homme, nous savons qu’Abraham en est capable comme le prouve sa descendance par Ishmaël avec Hagar princesse d’Egypte. Il s’agit d’être le point de départ d’une identité qui mènera à l’identité messianique. Or, Abraham se connait comme la fin d’un cycle antérieur, se connait comme le fils de ses pères… Mais Dieu lui dit qu’il est le père de ses fils. Et cette parole divine se heurte à ce qu’il sait de lui-même, jusqu’à ce qu’il arrive à croire en cela que Dieu puisse être plus fort que Lui-même, et qu’il y a donc un autre niveau de la providence divine, au-delà de celle qui travaille avec les lois de la nature. Puisque ces lois de la nature appliquées aux sociétés humaines font que c’est la fin d’un cycle et qu’Abraham n’a pas d’enfant. Mais il y a une instance de la providence qui est supérieure aux conditionnements naturels et qui s’appelle Hashem et non plus Elohim. « Véhémin Abraham bashem » dit le verset. Abraham, et c’est son mérite, a été capable de croire en la promesse de Hashem ce qui est contradictoire avec la décision de Elohim.        

 

Q : Comment relier avec le problème de la Aqédat Yits’haq, il lui donne et ensuite il doit le rendre ?

R : Oui, il faut aller jusque-là, il faut confirmer par le mérite de Aqédat Yits’haq ce don du fils. Ensuite le midrash étend cela à toute naissance. C’est caché et non visible, mais chaque fois qu’un enfant nait c’est le même miracle. Et il faut arriver à le déceler : selon la nature pure et simple on ne voit pas pourquoi un homme a un enfant ! Mais nous sommes tellement familiers à ce miracle qu’on ne voit plus que c’est un miracle. Chaque fois qu’un enfant nait c’est d’un néant qu’il est né, cela fait irruption dans la nature et on croit que c’est un phénomène naturel. Il y a dans la prodigalité de la bénédiction une familiarité dangereuse car elle rend aveugle.

Cf. dans « le Petit prince » de Saint-Exupéry la planète avec une seule rose, alors on sait ce qu’est une rose.

Lorsque c’est banalisé les fleurs perdent leurs parfums comme dans les sociétés contemporaines. Chose inouïe !

 

Retenez que nous sommes dans un monothéisme absolu. Par conséquent, la difficulté de comprendre que Dieu puisse me sauver de mon ennemi. Car c’est une relation à Dieu qui est réciproque : mon ennemi demande au même Dieu de le sauver de moi. Par conséquent, c’est le même Dieu qui est contre Lui-même ! Raison pour laquelle aucune des stratégies indiquées n’est opératoire et qu’il faille quelque chose d’autre.  

 

Devant la mer rouge, il fallait mettre à l’épreuve la capacité intellectuelle d’avoir foi. Il n’y a pas de contradiction.

L’option de foi est au niveau de la vie intellectuelle : croire que c’est possible. Et croire qu’il y a un mérite à cela parce que du point de vue de la vérité c’est impossible.

On peut objecter de la manière suivante : après tout, il avait la promesse, donc les Hébreux n’avaient pas à se préoccuper de la possibilité ou de l’impossibilité de son accomplissement ! Mais il y a une inquiétude. Cette promesse est faire pour un Israël en générale et s’accomplira pour un Israël en général, mais le particulier est-il concerné par cette promesse ? C’est là que réside l’inquiétude. Dit d’une autre manière : dans la conduite de la foi, il y a simultanément certitude absolue et incertitude absolue. Certitude absolue que la promesse venant de Dieu s’accomplira, mais incertitude absolue qu’elle s’accomplisse pour moi.

Et peut-être que le mérite qui fasse qu’elle s’accomplisse pour moi réside justement dans cette foi qu’elle s’accomplira précisément pour moi !

C’est à ce niveau-là qu’est la foi, et que cela me concerne. Et me connaissant cela est vraiment invraisemblable. D’où le mérite de la foi.

 

Il fallait qu’ils soient mis à l’épreuve au moment de la mer rouge pour mettre à l’épreuve leur intelligence : sont-ils capables de penser comme des Hébreux, c'est-à-dire savoir qu’une telle foi a un fondement ? Et il y a un mérite exceptionnel à croire cela. Parce qu’au fond c’est le devoir d’humilité qui risque de m’empêcher d’y croire. On admet que Dieu puisse envoyer le messie, mais pour soi-même ! C’est difficile à comprendre. Qui suis-je ? Pourquoi cette promesse me concerne ? C’est le courage de cette foi-là qui est recherché ici.

 

Je me rappelle très bien au moment de la guerre des six jours la question que nous avions posée au Rav Kook : pourquoi cela nous arrive-t-il à nous ? Pendant 2000 ans Israël a espéré parvenir au Kotel Hamaaravi en hommes libres et cela nous arrive à nous !? C’est le problème de la foi à l’échelle individuelle. Sa réponse fut très simple et très profonde à la foi : nous nous posons la question parce que nous ne savons pas qui nous sommes !

Si nous savions qui nous sommes, la question ne se poserait pas !

Au fond il s’agit de croire que Dieu a eu raison de nous créer. Sans savoir pourquoi, mais c’est cela la foi. Dieu sait pourquoi. C’est cela le courage de la foi et c’est la clef de tout le reste.

Il faut prendre conscience de cela pour arriver avec un dossier bien préparé à l’examen, car on ne sait pas ce qu’on doit réussir. Cette foi est d’un optimisme radical mais elle est très difficile. Il arrive un stade de la connaissance où on commence à entrevoir qui on est. Alors la foi devient plus facile parce qu’elle devient connaissance. Et si je sais qui je suis alors cela devient facile de savoir pourquoi Dieu m’a créé. Mais tant que je ne sais pas il y a un courage de la foi qui est une épreuve.

Cela veut dire au fond que tant que je n’ai pas confiance en moi, je mets en doute Dieu Lui-même, parce que c’est Lui qui m’a créé. Donc il faut commencer par avoir confiance en soi pour commencer d’avoir confiance en Dieu. 

 

La faiblesse de la foi risque de venir d’une trop grande vertu d’humilité. Beaucoup refuse d’être Israël parce qu’ils pensent qu’ils ne le méritent pas. Ils ne pensent pas être à la hauteur de cet appel divin et de cette promesse divine. C’est une sorte de reproche fait à Dieu de les avoir interpellés.

A l’échelle collective, on comprend le mérite d’Israël et donc il ya certitude absolue que la promesse s’accomplira. C’est à l’échelle individuelle que s’introduit l’incertitude. Ne pas se sentir concerné… etc.

 

…/… pause

 

Nous sommes arrivés en fin d’explication de l’enseignement de Rabi Eliezer selon lequel le passage par la mer rouge était la mise à l’épreuve au niveau de l’intelligence pour savoir si cette partie du peuple serait ou non capable de cette foi dont nous avons parlé.

 

Dans la formule du Maharal la difficulté est précisément dans le monothéisme lui-même.

 

« Tout ce que Dieu leur a fait parce qu’au moment de la sortie d’Egypte la Shekhinah était avec Israël »

 

Ce n’est pas seulement la sortie des Hébreux d’Egypte mais également la sortie de la Shékhinah d’Egypte. C’est donc plus important que ce qu’on pourrait croire. Sont en jeu le sort d’Israël mais aussi le sort de la Shékhinah. ébreux

 

Que signifie l’exil de la Shékhinah et son enjeu ?

Rappelez-vous du verset :

14.13

יג וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל-הָעָם, אַל-תִּירָאוּ--הִתְיַצְּבוּ וּרְאוּ אֶת-יְשׁוּעַת יְהוָה, אֲשֶׁר-יַעֲשֶׂה לָכֶם הַיּוֹם: כִּי, אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֶת-מִצְרַיִם הַיּוֹם--לֹא תֹסִפוּ לִרְאֹתָם עוֹד, עַד-עוֹלָם.

«… Rassemblez-vous et regardez le salut que Dieu fera pour vous... »

Mais entendu en hébreu cela dit : « יְשׁוּעַת יְהוָה   le salut de Hashem lui-même ».

C’est le salut de la Shékhinah, car un monde où la Shékhinah est en exil a besoin de la délivrance de la Shékhinah de l’exil.

On dit souvent que « lorsque les Bnei Israël est en exil, la Shékhinah est en exil avec eux », et on entend en général que c’est pour les protéger. Mais on oublie ce que cela signifie : pour les protéger parce qu’ils sont en exil, il faut que la Shékhinah soit elle-même en situation d’exil ! Et l’exil de Shékhinah transforme le monde en enfer ! Cela veut dire un monde sans Shékhinah parce que le monde est en exil de Shékhinah ! Cela veut dire que cette fin d’exil pour Israël recouvre quelque chose d’une importance considérable : la délivrance de la Shékhinah.

Nous avons par d’autres traditions que la Shékhinah est délivrée au prorata du nombre des Hébreux sortis d’Egypte. La quantité (qualité) de Shékhinah dans le monde dépend de cela. Tout se passe comme si les Goyim, consciemment ou inconsciemment, savent ce problème que si la Shékhinah est en exil c’est parce qu’Israël est en exil, et que si le monde est privé de Shékhinah c’est la faute des Juifs ! Et il arrive que les Goyim se vengent de cet état de fait car un monde sans Shékhinah c’est un monde impossible.   

 

Il y a beaucoup d’exemple de ce problème. Quand par exemple Jacob bénit ses enfants en fin de sa vie, et il veut leur prophétiser la fin des temps d’exil, mais qu’il ne voit pas la fin des temps d’exil. Alors il s’arrête dans les bénédictions pour dire un verset extraordinaire :

49.18

«לִישׁוּעָתְךָ, קִוִּיתִי יְהוָה   J’espère en ton salut Hashem »

Au niveau pshat : « je ne vois pas la fin de l’exil pour mes enfants mais j’espère en ton salut Hashem ». Ce pshat nous mène à une autre lecture : Israël ne mérite pas d’être sauvé de l’exil mais il faut que Hashem soit sauvé de l’exil, c’est donc l’assurance qu’Israël sera sauvé de l’exil…

C’est la foi que Dieu puisse être sauvé. La Shékhinah, la présence de Dieu au monde est prisonnière et il faut la délivrer. Et c’est toute l’histoire d’Israël. Si Israël sort de l’exil alors la Shékhinah sort de l’exil pour le monde entier. C’est pourquoi les Goyim sont toujours pris dans cette impasse : laisser partir les Juifs et donc la Shékhinah, garder les Juifs et donc maintenir la Shékhinah en exil chez eux… Ils préfèrent donc à tout de rôle l’une ou l’autre des solutions : une petite Shékhinah mais au moins qui soit chez eux… ou bien une grande Shékhinah pour le monde ? Et finalement, la décision dépend des Juifs…

Cela touche au problème de la cause profonde de l’antisémitisme.

Toutes les argumentations des antisémites sont fausses. Ils reprochent aux Juifs des choses fausses. Avec une permanence dans cette obsession incompréhensible à rejeter la faute sur les Juifs. Sans pourvoir formuler clairement cette vérité : c’est la faute des Juifs que le monde soit sans Shékhinah. 

Ils ne savent pas ce qu’ils disent mais c’est cela qu’ils disent… Et de nouveau nous sommes dans cette cohérence du monothéisme total…

 

Quand les Hébreux sont en Egypte la bénédiction est en Egypte. Pas question de les laisser partir. On devrait leur enseigner qu’ils ont intérêt à les laisser partir car si la Shékhinah est à Jérusalem la bénédiction sera en abondance pour le monde entier, plus encore que dans les pays d’exil lorsque les Juifs y sont en exil. Il y a une bénédiction à la hauteur de la Galout de la Shékhinah. Il y a des temps où la Shékhinah fonctionne dans l’exil et des temps où la Shékhinah ne fonctionne plus dans l’exil. Parce que le temps d’exil a cessé. Si la Shékhinah n’arrive pas à se libérer pour fonctionner à Jérusalem, alors c’est là que le monde se transforme en enfer. Dans la mesure où les Goyim le perçoivent inconsciemment, à leur manière, alors ils déclenchent une haine contre les Juifs qui est incompréhensible tant qu’on ne la comprend pas.

 

…/…

 

Dès qu’il y a un problème, les Goyim considèrent que c’est la faute des Juifs. Avec derrière le fait que la Shékhinah est prisonnière.

Pendant 2000 ans les Chrétiens ont dit que les Juifs étaient déicides, et subitement ils s’aperçoivent que peut-être ce n’est pas vrai. Ils réfléchissent, grâce à Jules Isaac entre autres. C’est énorme parce que pendant 2000 ans ils avaient de cela l’axe principal de leur foi. Comment faire, et c’est là le secret de la conscience chrétienne, après s’être trompé sur l’essentiel et rester infaillible ? Comment vivre avec de telles contradictions, c’est leur mystère !

Quand commencent-ils à douter cette accusation de déicide des Juifs ? Quand Israël revient sur sa terre ! C’est frappant. Ils expriment donc la même chose dans leur langage.

Nous disons que la Shékhinah est en exil, et eux ils disent que nous avons tué Dieu ! Et ils commencent à en douter quand ce n’est plus le cas dans la  réalité. Il est bien évident que cela ne justifie aucun antisémitisme, fut-il chrétien, car dans tous les cas ce sont des méchants. Mais c’est ce qu’il y a derrière. Derrière la dialectique galout-géoula il s’agit bien sûr de l’histoire d’Israël, mais plus profondément, il s’agit de l’histoire de la Shékhinah.

Le monde est tombé en syncope, est comme un somnambule, depuis 2000 ans après la destruction du temple. Vous n’avez qu’à suivre la littérature universelle depuis ce temps-là et vous voyez que le monde est entré dans l’âge de l’absurde. Un enfant qui grandit et prend conscience du monde dans lequel ses parents l’ont fait naitre constate que quelque chose ne tourne pas rond. Ce n’est pas un monde mais un enfer ! Un monde sans espérance… Depuis 2000 ans, depuis la destruction du temple. Depuis que la Shékhinah est en exil !

Cette philosophie de l’absurde, c’est la prise de conscience au niveau existentiel simple de ce que le midrash dit en disant que la Shékhinah est en exil. C'est-à-dire un monde qui ne porte pas l’évidence qu’il ait un sens. Un monde où on attend une présence et qui est une absence. Et n’importe quel enfant vous expliquera cela. Il est probable que ce soit cela qui nourrit la haine des enfants pour leurs parents. Cette mise au monde de l’enfant est en fait une mise en enfer.

Rabi Na’hman de Braslav sur les notions de Olam Haba et Olam Hazeh : Olam Haba un monde qui soit vraiment un monde, je peux le comprendre, mais Olam Hazeh où est-ce ? Parce qu’ici c’est l’enfer !  

 

Il faut relire toute l’histoire des grandes civilisations, impures et idolâtres mais qui avaient une foi et donnaient un sens à leur vie. Mais depuis 2000 ans on entre dans ce que les traditions extrême-orientales appellent « l’âge noir », le Kali Yuga. C’est exactement le temps de l’exil de la Shékhinah dans le vocabulaire hébraïque. Et pendant ce temps-là, les Chrétiens qui représentent la religion officielle de la civilisation du temps disent une absurdité colossale à laquelle ils croyaient sans savoir en quoi ils croyaient : « vous avez tué Dieu ! »

Les Hébreux leur répondent au niveau de la raison : « peut-on tuer Dieu ? »

Ils invoquent : « C’est un mystère, mais vous avez tué Dieu ! »

Mais le fait frappant c’est qu’ils commencent à douter de cela, tout en restant infaillibles, quand les Juifs reviennent à Jérusalem. Il y a alors un espoir que Dieu va être ressuscité…

 

Quelque soit la manière dont ils le disent ou ils le pensent, ils seront punis pour cela, mais le fait reste. C’est ce à quoi fait ici allusion le Maharal :

Au moment de la sortie d’Egypte, la Shékhinah est également impliquée. Et Dieu a voulu enlever l’indignité d’Israël comme véhicule de la Shékhinah : Il a voulu les rendre aptes à être ce véhicule de la Shékhinah. Ils sont sortis avec la Shékhinah avec eux, mais la Shékhinah était mal à l’aise à cause de ce véhicule trop grossier, alors il a fallu épurer ce véhicule…

 

Tous ces enseignements qui nous viennent des sources traditionnelles sont du domaine du nistar, des choses cachées. Dès qu’on commence à en parler on les viole. Peu importe le vocabulaire employé, l’essentiel est d’avoir l’intuition de ce dont il est parlé…

 

Histoire de Pourim :

Shabat 88a l’enseignement suivant :

Guemara shabat 88a

Shemot 19.17

« Et ils se rassemblèrent au pied de la montagne ».

"Israël s´installa sous la montagne"[1]. "Sous la montagne?" S´interroge Rav Yossef Bar Avdimi. Oui, explique‑t‑il, ce verset nous enseigne que Dieu plaça le Mont Sinaï au dessus des Hébreux comme un tonneau et leur dit: "Si vous acceptez la Torah, c´est bien, sinon là‑bas sera votre tombeau". Rav A´ha fils de Yaakov interpella: Si c´est ainsi, la violence a été utilisée pour la Thora! Rav a dit : malgré cela ils l’on de nouveau accepté au temps d’Assuérus.

Ainsi qu’il est écrit : « qimou veqiblou hayéhoudim ils ont accompli et accepté les Juifs les jours de Pourim » Esther 9.27

 

« Lorsqu’Israël est arrivé au pied du Sinaï Dieu a soulevé la montagne et déclara à Israël : « Si vous acceptez la Torah c’est bien, sinon là-bas sera votre tombeau ! »

Objection de la guémara : cela rend possible la contestation contre la Torah ! Puisqu’il a été imposée par la force.

Réponse : Au moment de Pourim il se dévoile qu’il l’avait réellement accepté de bonne grâce comme il est écrit dans la méguilah : « Qimou veqiblou HaYehoudim ».

En résumé : Les Juifs ont réalisés et accepté la Torah. Au Sinaï il y avait contrainte parce qu’il y avait révélation. Lorsque Dieu se révèle qui peut dire non ? C’est ce que dit ce midrash.

Arrivés au Sinaï, les Hébreux étaient contraints, donc ce n’est pas un mérite. Leur mérite est de se rendre au rendez-vous lorsque Dieu se révèle tout en sachant ce qui les attendrait. C'est-à-dire que Dieu a imposé la Torah mais a ceux qui étaient prêts à l’accepter d’eux-mêmes. Mais Il l’a imposé pour que ce soit définitif, sinon si cela dépendait de l’homme : un jour je dis oui, un jour je dis non. Mais l’alliance imposée par Dieu est définitive et irréversible, sans divorce possible. 

Et la preuve qu’ils étaient prêts à accepter est donné quand la révélation cesse. La révélation prophétique a duré depuis Avraham jusqu’à Pourim. A Pourim, la révélation a cessé et pourtant les Juifs sont restés fidèles à la Torah. Cela dévoile qu’ils étaient déjà consentants au Sinaï. 

 

Mais le verset de la méguila est écrit de la manière suivante :

 9.27

כז קִיְּמוּ וקבל (וְקִבְּלוּ) הַיְּהוּדִים עֲלֵיהֶם וְעַל-זַרְעָם וְעַל כָּל-הַנִּלְוִים עֲלֵיהֶם, וְלֹא יַעֲבוֹר--לִהְיוֹת עֹשִׂים אֵת שְׁנֵי הַיָּמִים הָאֵלֶּה, כִּכְתָבָם וְכִזְמַנָּם: בְּכָל-שָׁנָה, וְשָׁנָה.

Ils ont accompli et accepté les Juifs sur eux et sur leur postérité et jusqu’à tous ceux qui s’adjoignent à eux (les guérim) de faire sans exception ces deux jours de fêtes comme ils ont été écrits et en leurs temps.

 

קִיְּמוּ וקבל   Qimou veQibel

Au singulier et on lit comme s’il était écrit Qiblou.

Ils ont réalisé et il a accepté : un seul avait accepté. C’est Kalev Ben Yefouneh.

Le midrash enseigne que HQBH avait soulevé la montagne et dit : soit vous acceptez la Torah et c’est bien, soit là-bas sera votre tombeau !

 

Or, ils ont accepté la Torah et pourtant le désert fut leur tombeau ! Toute la génération a été enterrée dans le désert !

Comme le dit le verset :

Or, la raison pour laquelle ils ont été enterrés dans le désert c’est parce qu’ils n’ont pas voulu entrer en Eretz Israël.

On apprend deux choses : premièrement que rentrer en Eretz Israël et accepter la Torah c’est la même chose, (c’est écrit dans la guémara, je ne vous cite pas Ben Gourion !) et deuxièmement, qu’un seul de cette génération avait accepté de rentrer dans cette génération c’était Kalev Ben Yefouneh. Avec ce rémez dans ce verset de la méguila. 

 

Guémara Méguila pose la question suivante :

Chaque fois qu’un récit commence par Vayhi cela indique un malheur

Objection de la guémara avec le début de Méguilat Ester qui raconte un événement heureux. « Vayhi Bimei A’hashverosh… »

Réponse : ce fut un grand malheur, le prix à payer pour que la communauté juive soit sauvée fut la reine Esther et donc la royauté d’Israël donnée au Perse.

 

Midrach Rabah 58.3 : Rabbi Akiva était assis et enseignait et ses élèves somnolaient. Il a voulu les réveiller. Il a dit: «Pourquoi Esther a-t-elle régné sur 127 provinces? Parce qu’Esther descendait de Sarah qui a vécu 127 années, elle (Esther) a régné sur 127 pays.

 

Ce midrash compare le nombre des provinces de l’empire Perse au nombre d’année de Sarah 127.

Un des grands maitres des ‘hassidisme allemand, rabi Yehoudah Ha’hassid, a enseigné dans le Sefer Ha’Hassidim : la raison pour laquelle le nom divin n’apparait pas dans Méguilat Ester. (Nous avons vu une autre raison hier). Il dit que le nom Hashem apparait dans l’histoire des engendrements de l’homme, les toladot. Or, les engendrements d’Israël ont commencé avec Sarah et se sont arrêtés avec Esther. C’est pourquoi le nom de Hashem disparait. Elle a eu des enfants mais qui ne sont pas des toladot.

 

Nous avons un parallèle du rythme des événements extraordinaire entre les événements du temps de Mardochée et Esther à Pourim, et les événements contemporains que nous avons vécus : il y a eu la déclaration Qoresh-Cyrus, quelque temps après Hamane prend le pouvoir, mais en ce temps-là il y avait la reine Esther. De notre temps, nous avons eu la déclaration Balfour, quelques temps après Hitler prend le pouvoir, mais on n’a pas eu la reine Esther.   

 

On apprend de la Méguilat Esther que les Juifs sont restés en Perse malgré la déclaration de Cyrus : tout celui qui le veut peut monter. De la même manière de notre temps, les Juifs sont restés en Europe, malgré la déclaration Balfour.

 

Cela veut dire, dans le fond des choses, que quand c’est encore le temps de l’exil, la Shékhinah a la force de protéger Israël. Quand ce n’est plus le temps de l’exil, elle n’a plus cette fonction.

Effectivement, pendant ces deux mille ans, nous avons supporté les persécutions et ce programme des Goyim qu’ils appellent pogroms. Et arrive un temps où les persécutions ont changé de niveau et où il s’agissait vraiment d’annuler le peuple juif. Mais on a cru qu’il ne s’agissait encore que de persécutions, sans percevoir que le temps de l’exil s’était achevé, et on se retrouve devant le néant. Cela suscite la question : que fait la Shékhinah ? Elle est ligotée, prisonnière parce qu’il y a un contrat. C’est dit à propos de Jacob, quand il reçoit l’ordre de descendre en Egypte, il refuse car il a peur, et HQBH lui dit de ne pas avoir peur, qu’Il sera avec lui et le ramènera. Mais cela veut dire que HQBH est avec Jacob en exil pendant tout le temps où il doit y être ! Quand c’est le temps de revenir il faut revenir.

 

Voilà, dit comme ça ou autrement, on peut toucher du doigt un problème extrêmement grave : Il y a une loi des temps. Durant tout ce temps possible prévu pour l’exil il y avait des étapes où Israël aurait pu mériter que cela s’achève. Mais on n’a mérité à aucune des étapes. Arrive alors la fin de l’époque d’exil. Et si à cette date les conditions du retour sont en place et le peuple ne veut pas revenir alors il est sans protection. Dans le langage imagé, je vous ai dit que la reine Esther n’était pas là. Elle était là mais impuissante. A part pour les na’hshonim, une simple poignée d’abord en Russie, qui ont perçu le changement d’allure des persécutions qui montraient le risque d’annihilation du peuple juif et qui ont décidé de décrocher. Mais ils n’ont pas été suivis.

 

Cette histoire n’est pas finie. C’est la même guerre avec Amaleq qui travaille là-dedans.

Chaque fois qu’il y a intention d’annuler l’identité Israël c’est Amaleq qui est derrière. Ce n’est probablement pas un hasard que « Assué-russe » ! Mais il faut avoir des yeux « persans » pour le voir… (Rires)  .../...  

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:15

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

 

COURS 3

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_3

Durée : 43,8 minutes - Face A – 150-01

 

…./…

 

… ceux qui définiraient l’entité Israël comme celle des membres d’une congrégation religieuse de la Torah du Sinaï. Et ceux qui définissent l’identité d’Israël comme une nation à partir d’Abraham. Nous avons beau avoir les mêmes textes, leur lecture est radicalement différente. Et cela ne peut être deux lectures simultanément authentiques, puisqu’elles sont exclusives l’une de l’autre. Pourquoi la lecture de ces mêmes textes est-elle différente ? Cela vient de l’identité profonde du lecteur. C’est pourquoi il y a de quoi être inquiet du risque d’une cassure analogue à celle du temps de la sortie d’Egypte.

Je m’étonne de cette incapacité de lire la Bible en hébreux de la nation hébraïque. On y projette une espèce de lecture confessionnelle, religieuse dans le sens occidental, qui la fausse complètement. Cela devient un hébreu de cuisine, celui de la cacherout, qui d’ailleurs nous cache la route…

 

« Vayhi Beshala’h Paro Et Haâm »

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple

 

Non pas laisser partir mais renvoyer ce peuple qu’il ne voulait pas laisser sortir et qui est devenu une malédiction !

Dans la première phase, Pharaon est conscient que les Hébreux en Egypte sont porteurs de bénédiction. Il ne peut pas les laisser partir. Chaque fois que le temps de sortir d’une civilisation arrive, alors apparait ce paradoxe de la civilisation qui ne supporte pas cet embryon devenu parasite (parasite à une certaine hauteur, comme l’embryon est parasite dans le sein de sa mère) mais qui refuse l’accouchement et ne peut envisager sa sortie, et alors l’embryon devient vraiment parasite. L’embryon empoisonne sa mère qui empoisonne l’embryon… et il arrive toutes les catastrophes que nous connaissons. Quand les Juifs empoisonnent les Goyim qui empoisonnent leurs Juifs… Cela continue.

 

Pendant la première phase le Pharaon ne veut pas laisser sortir le peuple. C’est très analogue avec ce qui se passe chaque fois que le temps est venu de sortir d’Egypte. Je pense à la Russie qui ne veut pas laisser sortir ses Juifs. Quelque soit les arguments donnés cela revient à ceux du Pharaon qui ne veut pas perdre son âme ! L’avenir de l’Egypte dépend de l’identité hébraïque. Comme l’attitude de la marâtre qui ne veut pas accoucher du fils par peur de mourir en couche. C’est ce qui se passe à chaque péripétie dont le modèle se trouve dans ce récit.

Finalement, le Pharaon, affolé des plaies, est pris de panique et il expulse le peuple.

Puisque c’est arrivé ainsi dit la Torah que « Vayhi Beshala’h Paro Et HaAm » que c’est Pharaon qui a du expulsé le peuple, alors c’est le signe que le peuple n’était pas prêt à sortir de lui-même et qu’il doit passer par un stage d’apprentissage au Sinaï.

 

Le midrash nous a dévoilé la structure du texte. Pas tout le peuple mais une partie. A partir de cela on sait qu’il y a cinq parties de cinq niveaux différents. 

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple, Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car il était proche car Elohim a dit : de peur que le peuple ne regrette en voyant la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

 

Par conséquent il faut les mettre à l’abri pendant 40 ans.

 

13.18

וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת-הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר, יַם-סוּף; וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Et Dieu fit contourner le peuple par le chemin du désert Yam Souf

Et c’est armés en guerre que les Bnei Israël sont montés d’Egypte

 

C’est ici que le midrash intervient.

Quelle fut la raison du passage par la mer rouge ?

Selon le principe général précédent : à priori ce passage n’était pas nécessaire. A postériori, il se dévoile que c’était très important. Que s’est-il passé entretemps ? Entretemps il s’est dévoilé que l’immense majorité du peuple n’est pas prête au voyage. La première partie du voyage lui a été imposée et le peuple risque de renoncer devant les difficultés de la deuxième partie du voyage.

Cette structure des quatre qui sont cinq apparait toujours.

La motivation de la sortie d’Egypte est donnée de façon très claire dans le chapitre 6 de Vaéra. Pour accomplir la promesse faite aux ancêtres de quitter l’exil et de revenir au pays de la promesse. On voit là la structure des quatre termes de la délivrance plus le cinquième qui correspondent dans la Hagada de Pessa’h aux quatre verres de vin plus le cinquième qui a été institué il y a quelques années en Israël, et dont je vous parlerais pas la suite.

 

13.17

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם, וְלֹא-נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים, כִּי קָרוֹב הוּא:  כִּי אָמַר אֱלֹהִים, פֶּן-יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה--וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה

Et il arriva lorsque Pharaon renvoya le peuple, Elohim ne les a pas conduit par le chemin de la terre des Philistins car il était proche car Elohim a dit : de peur que le peuple ne regrette en voyant la guerre et ne retourne en direction de l’Egypte.

13.18

וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת-הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר, יַם-סוּף; וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Et Dieu fit contourner le peuple par le chemin du désert Yam Souf

Et c’est armés en guerre que les Bnei Israël sont montés d’Egypte

 

Et ce sont ces trois termes derekh - hamidbar - yam souf que le midrash va étudier.

Derekh le chemin. Hamidbar le désert. Yam Souf la mer rouge (la mer des joncs).

 

Première opinion de la Mekhilta :

Rabi Eliezer dit :

Derekh le chemin pour les fatiguer.

Psaumes 102.24 :

 כד עִנָּה בַדֶּרֶךְ כחו (כֹּחִי)  

Ina badérekh ko’hi : il a amoindri ma force par le chemin » (les voyages fatiguent).

Hamidbar pour les affiner-épurer (letsaref).  Comme il est dit :

 טו הַמּוֹלִיכְךָ בַּמִּדְבָּר הַגָּדֹל וְהַנּוֹרָא

« (Dieu) Qui t’a dirigé dans ce désert grand et redoutable (afin de t’éprouver). »

Yam Souf - la mer rouge, pour les purifier. Comme il est dit (Psaumes 106.7):

וַיַּמְרוּ עַל-יָם בְּיַם-סוּף

« Et ils se révoltèrent sur la mer à Yam Souf ».

(Dans les quatre manières de révoltes que nous avons vues).

Le système de Rabi Eliezer comporte trois niveaux, en correspondance aux trois mots derekh – hamidbar - yam souf..

 

Rabi Yehoshoua dit :

Derekh pour leur donner la Torah. Comme il est dit (Devarim 5.29):

כט בְּכָל-הַדֶּרֶךְ, אֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה

« Dans toute la voie que Hashem vous a ordonné… »

 

Derekh est ici synonyme de Torah comme la voie à suivre. C’est un système d’explication totalement différent.

 

Hamidbar pour leur donner la manne. Comme il est dit :

Devarim 8.16

הַמַּאֲכִלְךָ מָן בַּמִּדְבָּר

« (Dieu) qui t’a nourri de la manne dans le désert ».

Yam Souf pour leur faire des miracles : Comme il est dit (Psaumes 106.9):

ט וַיִּגְעַר בְּיַם-סוּף, וַיֶּחֱרָב

« Il décréta contre la mer des joncs et elle se dessécha ».

 

Deux systèmes parallèles très différents apparemment.

 

Celui de Rabi Eliezer qui est un système péjoratif pour Israël : le chemin pour les fatiguer, le désert pour les épurer, et la mer pour les éprouver.

 

L’explication de Rabi Yéhoshoua est laudative : le chemin pour recevoir la Torah, le désert pour être dans cette situation exceptionnelle de l’abri du problème économique, le niveau de l’homme vraiment homme qui peut se consacrer aux taches humaines et non plus aux taches de survies biologiques. La manne est reliée au Shabat : le problème économique est supprimé de telle sorte que nous puissions être homme, alors que le reste de la semaine nous descendons au niveau de l’animal qui doit se nourrir. Pendant Shabat nous sortons de ce problème et la capacité spirituelle de l’homme est délivrée…

La mer rouge pour leur faire des miracles et non pour les éprouver. Les hébraïsants remarquent que c’est le même mot en hébreu. Lénasot. Mettre à l’épreuve et faire des miracles (nissim).

 

Nous sommes aidés par l’analyse précédente : l’un donne l’explication à priori et l’autre donne l’explication à postériori de rabbi Eliezer qui est à un tout autre niveau de valeurs, qui représente un apprentissage dur, mais dont l’objectif est de restituer à Israël ce niveau d’identité qu’il n’a pas encore.

 

Deuxième manière d’expliquer : l’explication de Rabi Eliezer va pour la partie du peuple qui en avait besoin, et l’explication de Rabi Yehoshoua va pour la partie du peuple qui n’en n’avait pas besoin.

 

Enseignement du Maharal :

 

« L’explication de cela est que l’homme a d’abord des tendances corporelles (des instincts au niveau du nefesh) et des tendances psychiques (au niveau du roua’h) et des tendances intellectuelles (au niveau de la capacité de connaitre). Et Hashem Itbarakh a décidé de les fatiguer dans le désert pour les améliorer dans leurs corps. (Une sorte d’ascèse physique du corps pour qu’ils soient plus aptes à être Israël.)

 

Maharal reviendra là-dessus dans plusieurs enseignements : pour pouvoir donner la possibilité à la capacité spirituelle de l’homme de se développer il faut fatiguer, restreindre les tendances corporelles. Cette partie du peuple est encore trop centrée au niveau matériel. Pour les rendre aptes à la vie spirituelle, il faut les faire passer par le chemin du désert. Ils y apprendront que l’essentiel est la vie de l’esprit et non la vie du corps… On le voit chez les bédouins du désert qui ont une vie matérielle très frugale et une capacité spirituelle plus grande… Le contact avec la civilisation occidentale, dont Israël d’ailleurs, est en train de les dénaturer. J’espère qu’il y aura une réaction de retour aux sources chez eux, parce qu’un monde sans les bédouins, ce serait dommage. Ils ne sont pas d’origine arabe. Ce sont des européens, en particulier de Roumanie, il y a trois siècles à peu près, qui sont venus par foi chrétienne s’installer dans les déserts du Sinaï et qui ont été islamisés par la suite.

C’est cette nécessité de passer par cette expérience de la vie de voyage et d’amoindrir les exigences du corps pour devenir plus disponibles aux valeurs qui sont grosso-modo difficilement accessibles pour les sédentaires.

 

Maharal le dit en clair :

 

Et Hashem Itbarakh coulait les fatiguer en chemin pour amoindrir la force agressive de leurs exigences corporelles (à laquelle ils s’étaient habituer en Egypte). Parce que ce qui fatigue le corps c’est le mouvement, et Hashem itbarakh a voulu affaiblir le corps en chemin pour le soumettre. Et lorsque le corps est soumis les tendances à la jouissance se vident du corps. (Le voyage dans le but d’une ascèse corporelle) Ce voyage se fait dans le désert pour épurer les forces psychiques qui elles sont sensibles à la peu et à la crainte (le voyage pour améliorer le corps et la vie dans le désert pour épurer le nefesh par l’inquiétude et le rendre capable de résister à l‘angoisse). Et c’est ainsi que la force psychique est épurée. Les tendances psychiques s’adoucissent.    

 

Ce sont des yissourim, avec le caractère pénible de l’épreuve, mais qui sont nécessaires à trois niveaux selon le midrash dans l’explication du Maharal, parce que l’homme est un faisceau de tendances corporelles matérielles et biologiques, psychiques et émotives et spirituelles, intellectuelles et de l’ordre de la connaissance. A ces trois niveaux il y avait la nécessité de passer par ce creuset.

 

Et sur la mer rouge pour mettre à l‘épreuve leur force intellectuelle (la capacité de connaissance, la conception du monde) pour savoir s’ils avaient la capacité de foi en Hashem itbarakh capable de sauver l’homme de ses ennemis.

 

Cela se rattache au problème de la louange de Dieu. Il y a beaucoup de sources dans la guémara. Comment l’homme peut-il dire la louange de Dieu ? Est-ce une entreprise possible pour l’homme ?

Maïmonide a beaucoup étudié ce problème dans le chapitre du Moreh Nevoukhin sur le chapitre des « attributs négatifs ». Dire que Dieu est grand, est-ce que cela veut dire qu’il soit possible qu’il ne le soit pas ? On voit bien l’impossibilité de cette entreprise de dire la louange de Dieu ! Avoir foi, cela signifie avoir confiance qu’une promesse de Dieu peut s’accomplir. Dieu en particulier fait la promesse qu’Israël serait sauvé de ses ennemis. Mais où est le mérite d’une telle foi après la promesse divine ?

 

Par exemple la foi d’Abraham fut la confiance que la promesse qu’il aurait une enfant s’accomplirait. Toute la foi d’Israël est basée sur cet épisode de la foi d’Abraham ! Où est le mérite d’une telle foi ?

Il y a un verset qui est mal lu lorsque l’ange se révèle à Abraham. Dieu demande à Abraham pourquoi elle a ri. Et il dit :

18.14

יד הֲיִפָּלֵא מֵיְהוָה, דָּבָר; לַמּוֹעֵד אָשׁוּב אֵלֶיךָ, כָּעֵת חַיָּה--וּלְשָׂרָה בֵן.

14 Est-il une chose trop merveilleuse pour Hashem ? Au temps fixé, à pareille époque, je te visiterai et Sara sera mère".

Le midrash nous fait lire le verset tout à fait autrement dans une mentalité hébraïque :

Il n’y a rien d’impossible pour Dieu cela va de soi ! Sinon de quel Dieu parle-t-on !

En vérité il faut lire : est-ce que Dieu a besoin de te faire un miracle pour te donner un enfant ?

Attends-tu un miracle alors que je t’ai promis !

Crois-tu que j’ai besoin d’un miracle pour accomplir ma promesse ?

Alors où est le mérite de la foi d’Avraham ?

Nus revenons à la mutation religieuse au temps d’Avraham. Nous sommes dans un monothéisme total, absolu et cohérent. Le Dieu d’Israël est le même que le Dieu des ennemis d’Israël. Il n’y en a pas deux. C’est pour cela que c’est difficile. Dieu qui agit pour Israël doit agir contre Lui-même lorsqu’il est le Dieu des ennemis d’Israël. On n’est pas dans la situation simpliste du pluralisme de divinités, chacune s’occupant de son peuple. Ce serait le plus fort qui l’emporterait. Mais dans le monothéisme c’est le même Dieu qui est providence de tous les peuples, et c’est là que réside la difficulté.

Pour en revenir à la louange divine :

Dire de Dieu qu’il est grand ou fort cela veut dire qu’Il est le seul capable d’être plus grand ou fort que Lui-même. C’est une véritable louange.

 

Le mérite d’Israël de cette foi en Dieu capable de les sauver de leurs ennemis les Egyptiens au moment du passage de la mer rouge acculés entre la mer et l’armée égyptienne : c’est la même difficulté du même Dieu qui dirige l’histoire d’Egypte et l’histoire d’Israël. Pour avoir une telle option de foi il faut avoir fait le pari de la foi absolue. La foi en ce Dieu capable de sauver ses enfants hébreux contre ses enfants égyptiens. Et cela dépasse toutes les stratégies envisageables. Et Dieu leur dit qu’ils n’ont qu’à avancer…

 

On étudie ce problème en particulier dans la lutte entre Jacob et l’ange. Jacob en conflit avec Esaü est en conflit avec Dieu pour Esaü.

 

A Pessa’h on ne dit pas le Hallel complet pendant les six derniers jours à cause de la mort des égyptiens. Comme si on prenait le deuil pour la mort des premiers-nés égyptiens. C’est une liturgie typiquement juive. On ne trouverait pas une telle mentalité dans une liturgie des goyim !

 

Après le passage de la mer rouge, après avoir été sauvé miraculeusement, avec le prix à payer de la mort des égyptiens (cela aurait pu se passer autrement, mais leur mort est pour une affaire qui les concerne personnellement), le problème pour Israël est d’être sauvé de l’Egypte et non pas que l’Egypte soit perdue. Mais l’Egypte étant perdue on prend le deuil de ses ennemis… cela fait partie de l’esprit juif.

 

Le midrash raconte que lorsque les Hébreux ont été sauvés au passage de la mer rouge, ils ont chanté. La fameuse Shirat HaYam : « Az yashir Mosheh… »: le chant de gloire du salut de ce temps-là de la menace de disparition.

La civilisation égyptienne a disparu et Israël en a été sauvé. L’accouchement a eu lieu et la marâtre est morte en couche, c’est son problème. Mais le midrash précise que les anges à ce moment-là ont également voulu chanter, et Dieu leur a interdit : « Mes créatures sont englouties dans la mer et vous voudriez chanter !? Taisez-vous ! »

Rav Kook interroge le midrash: et pourquoi ne pas faire taire les Hébreux en bas ?

Réponse : à la racine de l’identité égyptienne en tant que créature du Dieu unique en haut c’est qadosh, mais descendue en bas dans la réalité cette identité est devenue mauvaise. Les anges n’ont donc pas le droit de chanter quand l’Egypte en bas est détruite.

 

Ce qui est demandé ici ce n’est pas la destruction de l’Egypte mais le salut d’Israël.

La destruction de l’Egypte survient en raison des problèmes des Égyptiens avec le Dieu unique. C’est l’enjeu de la foi : croire que Dieu puisse s’engager contre Lui-même. C’est cela la gdoulah. Etre plus grand que soi-même.

 

Dans le shoresh de l’identité égyptienne c’est une des créatures du Dieu unique. En haut on ne peut pas y toucher, c’est l’Egypte comme elle aurait du être. Mais en bas on l’annule. En haut on ne peut pas y porter atteinte.  

Rav Kook a ajouté à propos du verset énigmatique concernant Amaleq :

« Tu effaceras le souvenir d’Amaleq, mita’hat hashamayim, de dessous les cieux ».

Cette expression indique peut-être ce même enseignement à propos d’Amaleq : sous le ciel on peut effacer, mais pas dans le ciel, même pour Amaleq?

 

Ce qu’il faut mettre en évidence – ce qui est admirable de la part de l’âme juive qui se traduit dans ce midrash – c’est cette relation avec autrui lorsqu’il est l’ennemi irréductible. Dans une espèce de générosité vraie qu’on ne trouve pas ailleurs. Ces midrashim sont uniques et exceptionnels en ce sens.

 

Il faut faire attention que c’est au niveau de la vie spirituelle, mais au niveau de la vie réelle c’est dangereux. Ce qu’on appelle le ‘hassid shoteh. Celui qui conclurait de ces prémisses à partir de cette donnée spirituelle pour le niveau de la vie politique se mettrait en danger par générosité excessive. L’ami en haut est l’ennemi en bas. C’est là qu’est le piège qui mène au suicide.

 

Cf. le dialogue d’Avraham avec Hashem pour sauver les pires méchants de l’histoire.

Il reçoit une leçon de la part de Dieu : c’est bien ainsi qu’il faut croire mais ce n’est pas ainsi qu’il faut faire.

La ‘hassidout d’Abraham sans la vertu de justice pour la compléter est dévastatrice car Abraham protège les criminels. C’est la définition de la ‘hassidout, la charité, qui consiste à protéger les criminels. Mais cette vertu est dangereuse si on la laisse seule et qu’on lui donne le pouvoir politique. C’est une vertu authentique au niveau spirituel. Mais il ne faut pas leur donner le pouvoir.

 

L’amour d’autrui doit pouvoir s’étendre aux ennemis, mais en cas de conflit et de guerre, ce sont d’autres vertus et d’autres forces d’Israël qui doivent être employées, et non pas celles de la ‘hassidout. Ce serait un suicide… .../... 

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 16:07

Morale et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse) 1981

Cours 2

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_2

Durée : 42,2 minutes - Face B - 149-02

 

Je vous résume très brièvement ce que nous avons vu hier :

Le texte de l’Exode, en particulier au chapitre 13, la parashah de Beshala’h, impute au Pharaon le fait que le peuple d’Israël soit sorti d’Egypte :

Vayehi Béshala’h Paro Et Ha-âm

 

A partir de cette question nous avons vu la réponde donnée par le midrash : en vérité, il s’agit d’une partie du peuple qui, n’ayant pas l’initiative de sortir d’Egypte par elle-même, a été contrainte de le faire par le Pharaon.

Vous comprenez pare vous-même du point de vue de l’identification des événements à quelle tendance dans l’histoire de la société d’Israël cela correspond chaque fois que ces mêmes péripéties se retrouvent dans l’histoire.

 

A partir de ces premières remarques nous avons vu que le midrash élargit beaucoup plus ce problème d’une catégorisation des différentes parties du peuple d’Israël selon un schéma de l’enseignement de la kabalah : dans l’âme individuelle de chaque personne en général, il y a différentes fonctions, et cela se retrouve dans une identité collective à l’échelle d’un peuple.

Et par conséquent, ce n’est pas simplement une division en deux parties, ceux qui auraient pris l’initiative de sortir d’Egypte et ceux qui auraient été contraints de sortir d’Egypte, mais en réalité quatre groupes différents qui sont en réalité cinq.

Chaque fois qu’une péripétie importante des événements constitutifs de l’identité d’Israël apparait, tout se passe comme si ce schéma joue et apparait cette dispersion en différentes réactions.

Là-dessus se sont greffés des questions que nous retrouverons à propos des différentes analyses.

 

A partir de ce premier schéma introductif apparait le problème du vocabulaire : les niveaux inférieurs de cette identité sont dénommés par le terme « âm » qui signifie « peuple », et les niveaux supérieurs sont dénommés par le terme « Bnei Israël ». le terme de « Bnei Israël » désigne à proprement parler les Hébreux descendants des patriarches se trouvant dans l’exil d’Egypte, et le terme de « âm » renvoie de façon plus générale à ce que le texte appelle d’autre part le Erev Rav à propos du veau d’or, ou de Assafsouf (un ramassis, une multitude, une foule) à propos de la réclamation de viande dans le désert.  

 

On a vu la nécessité au moment de la sortie d’Egypte, d’inclure et d’introduire dans l’identité d’Israël tous ces hommes provenant d’autres peuples asservis au même esclavage, et qui ont vécu cette expérience à l’échelle individuelle de cette dialectique galout-géoula, asservissement-délivrance. C’est une expérience existentielle qui constitue la foi d’Israël ce qui explique pourquoi Moïse prend l’initiative de les intégrer.

 

Il y a quelque chose de fondamental et de nécessaire : Israël ne pouvait sortir d’Egypte qu’avec le Erev Rav.

 

L’histoire d’Israël est mystérieuse à travers tous les temps, y compris contemporains. Les historiens, sociologues et anthropologues préoccupés de ce problème rencontrent les manifestations historiques, humaines et sociales et politiques du peuple d’Israël en général comme un véritable mystère qui ne rentre dans aucune catégorie cohérente des lois qui régissent les sociétés. Nous allons partir de cette remarque, vous avez tous plus ou moins expérimenté cela.

 

Ceci dit, nous avons l’enseignement de la Torah à ce propos.

 

Le principe que nous choisissons dans ces études c’est le principe du midrash mis en forme par Rabi Yehoudah HaLévi dans le Kouzari, et surtout développé par le Maharal qui nous sert de référence.  

Je voudrais vous l’expliquer très simplement : On ne peut pas comprendre ce que le texte nous dit des événements du commencement de cette même identité si on n’est pas capable de l’identifier dans l’existence. Mais inversement, on ne peut pas l’identifier dans l’existence, et cela veut dire dans le temps contemporain à chaque fois, si on ne comprend pas ce que le texte a dit. L’un éclaire l’autre. Le texte éclaire la situation historique que nous vivons, mais c’est l’expérience de cette situation historique qui fait comprendre le texte, et réciproquement. Vous comprenez très bien qu’il y a un cercle vicieux qui ne peut être brisé que par l’enseignement de la tradition qui nous aide à identifier de quoi il s’agit.

 

Un exemple :

Une des questions fondamentales à propos de la faute du veau d’or : 40 jours après l’événement de la révélation du Sinaï où le peuple entier assiste à la révélation du Dieu dont parle la Bible qui donne la Torah, se produit une scène d’idolâtrie !? C’est incompréhensible.

Ou pour notre sujet : Comment se fait-il, 7 jours après la sortie d’Egypte où ce peuple a expérience de la Providence divine pour lui et qu’il se retrouve bloqué entre la mer rouge et l’armée égyptienne, qu’il soit sujet à la panique ?

C’est mystérieux et étrange à première vue.

Ce n’est que l’identification patiente et persévérante du sens des événements qui nous fait comprendre et le texte et la réalité.

 

Il est bien évident que cela ne peut pas être reconstitué par l’imagination ou la raison.

Des événements historiques dans leur signification ne peuvent pas être réinventés pour être compris. Nous avons besoin d’une mémoire, et c’est l’objet de l’enseignement traditionnel de communiquer cette mémoire qui permet l’identification et donc la lecture du texte et réciproquement, à l’aide de la lecture et l’identification des événements.

 

**

 

Nous avons en hébreu la racine ayin-reish-beit qui a plusieurs significations. Pour ceux d’entre vous qui connaissent l’arabe, vous savez qu’il y a trois ayin différents dans les langues sémitiques.

Les significations en hébreu sont récapitulées sur la racine ayin-reish-beit comme s’il s’agissait toujours du même ayin, mais en réalité la différence de sens vient de ce qu’il y avait primitivement dans la langue fondamentale des racines différentes en fonction de la prononciation différente du ayin. Vous voyez qu’on a besoin d’une mémoire pour éclairer ces problèmes. Le sens fondamental c’est l’idée de mélange ârov. Idée que l’on retrouve ici dans l’expression êrev rav.

Et puis le mot êrev qui signifie le crépuscule du soir.

Le crépuscule du matin se dit boqer. De la racine Lébaqer : distinguer. Le matin c’est le temps où l’on commence à distinguer les formes à la fin de la nuit. Le soir c’est le temps où les formes commencent à se mélanger. A ce mot de soir se rattache le ôrev qui est le corbeau, l’oiseau du soir. Et c’est vraiment un autre âyin.

Un autre sens qui est le doux. Par exemple, qol ârev – une voix douce. Mais c’est un doux particulier, ce n’est pas sucré. C’est la douceur qui vient du mélange des choses contrastées. Cela se rattache toujours à la même idée. Par exemple,  un autre mot pour dire le doux : naïm qui est à une toute autre consonance que ârev.

Un autre sens qui est celui d’un gage. Etre gage de quelqu'un d’autre. Êravon un gage.

Mais là je ne sais pas quel est le lien. Il faut que je cherche.

 

Mais enfin le sens fondamental du êrev rav, ce n’est pas le grand soir comme diraient les marxistes, mais c’est le grand mélange.

L’hébreu est de la racine ayin-beit-reish.  

C’est donc une approximation brouillée de l’identité hébraïque.

Si on a le temps en fin de séminaire je vous rappellerais les différents sens de cette racine là de l’identité de l’être hébreu. Avec l’idée de passage et de l’embryon, et puis ce que nous allons voir avec le passage de la mer.

 

***

 

Je relis le premier verset de notre parashah.

Sur la base de trois mots du verset, le midrash intervient explique le détour que le peuple va faire sous la conduite de Moïse alors qu’il pouvait entrer directement par le chemin de la côte, dénommé « derekh eretz pelishtim ».

Il va y avoir un détour avec comme première étape le passage par la mer rouge, et puis deuxième étape l’événement de la promulgation de la Torah au Sinaï.

 

La question qui se pose à nous dès la lecture du verset : pourquoi était-il nécessaire de faire ce détour ?

Quelle est la motivation donnée par la Torah pour faire ce détour.

Je vous rappelle brièvement la conclusion à laquelle on est arrivé hier : alors qu’on s’attendait à ce que la Torah nous enseigne explicitement la nécessité de passer par le Sinaï pour recevoir la Torah on ne trouve aucune raison à cela et c’est une toute autre raison qui nous est donnée.

 

La raison nous est apparue comme une sorte d’impréparation, de vulnérabilité du peuple au moment de la sortie d’Egypte qui a fait que dans sa plus grande partie le peuple aurait renoncé à continuer l’aventure de la sortie du monde ancien de l’exil pour le monde nouveau d’Eretz Israël et retourner dans la situation antérieure.  

 

C’est précisément parce qu’il y a eu cette impréparation que le don de la Torah dans le désert est devenu nécessaire. Sinon la Torah aurait été donnée à Tsion et non pas au Sinaï. Puisque le verset nous dit clairement : « KiMiTsion Tetsé Torah ».

 

Je vous donne une opinion de Judah Halévi concernant le Sinaï. Et c’est un problème contemporain, on voit que l’histoire hésite. Elle a hésité plusieurs fois. Il y a eu plusieurs campagnes du Sinaï et chaque fois il y a un phénomène d’aller-retour pour avoir à qui cela appartiendra d’Israël ou de l’Egypte. L’histoire hésite encore, le problème n’est pas fini. C’est comme si l’histoire commente la Torah !

La majorité des poskim, les décisionnaires, indiquent que le Sinaï ne fait pas partie d’Eretz Israël. Il y a des discussions pour savoir où est la frontière exacte. C’est un autre problème. Mais certains décisionnaires, dont Judah Halévi, font du Sinaï une partie d’Eretz Israël, à cause de ce verset : KiMitsion Tetsé Torah. Et puisque la Torah a été donnée au Sinaï, c’est que le Sinaï fait partie de Tsion ! Ce n’est pas l’opinion retenue par la majorité des poskim, mais nous attendons toujours la décision de l’histoire… Finalement, on verra dans les années qui viennent quel sera le psak de l’histoire. C’est un autre problème, et je referme la parenthèse.

 

Le principe que nous allons retenir pour mieux comprendre la dialectique qui apparait dans ces midrashim : la différence entre apriori et a posteriori. A priori, il n’était pas nécessaire de passer par le Sinaï. Mais puisqu’il y a  des raisons qui ont rendu nécessaire ce détour alors à postériori nous sont enseignées les raisons importantes pour recevoir la Torah au Sinaï. C’est toute la structure du livre de Shemot qui est en question dans ce problème. A partir de cette question simple : quel était l’objectif de la sortie d’Egypte ?

Aller au Sinaï recevoir la Torah pour aller ensuite n’importe où la pratiquer même en Eretz Israël accompagné par le messie… C’est une thèse que je ne partage pas qui est très répandue, en particulier en France. C’est la thèse officielle du judaïsme religieux de la diaspora. Sortis d’Egypte pour recevoir la Torah et ensuite être juif à Chicago ou à Brooklin ou Johannesburg… Et pourquoi pas, à Jérusalem ?

 

La thèse qui me parait plus évidente et normale suit le récit de la Torah. Il faut relire la Bible. L’objectif de la sortie d’Egypte était d’aller en Eretz Israël. Incapables d’y parvenir directement, nous avons du faire un stage d’apprentissage dans le désert pour y recevoir la Torah. Avant d’être sage il faut être apprentissage…

 

Je ne sais pas si la schématisation de ces deux thèses vous étonne mais il y a entre les deux une incompatibilité totale. D’un point de vue théorique en tout cas. D’un point de vue existentiel, chacun est toujours partagé entre les deux thèses. Mais c’est le cas des générations de transition. Un tri se fera à la longue, et il risque d’apparaitre un schisme radical entre les tenants de ces deux thèses différentes. Or, c’est précisément cette hésitation d’identité que la Torah nous raconte dans notre texte.

 

Le début de la parashah de Vaéra  au chapitre 6, verset 2 : il y a un texte très clair qui explique clairement l’objectif de la sortie d’Egypte. Quitter le monde ancien de l’exil, traverser le désert entre l’être ancien et l’être nouveau, pour arriver à l’être nouveau d’Eretz Israël, sans aucune allusion à la nécessité de passer au Sinaï pour y recevoir la Torah !

C’est donc à postériori que cela est devenu nécessaire. Parce que toute une partie du peuple, dans ses trois premiers niveaux dénommés « âm », n’est pas assez forte pour cette sortie qui lui est imposée absolument, pour ce qui concerne la première partie du peuple : « Vayhi Beshala’h Paro Et Haâm ». C’est Paro qui les a forcés, dans une expulsion. Shilou’him signifie le divorce, l’expulsion. La deuxième partie est sortie d’elle-même mais veut revenir à la première difficulté rencontrée. La troisième partie pense qu’il s’agit d’une guerre perdue d’avance mais décide de mourir dans l’honneur… Jusque-là il y a encore une incapacité.

La quatrième partie envisage la prière. Mais c’est un manque de foi de croire qu’il faut prier pour obtenir ce que Dieu a promis. Cela parait paradoxal mais on étudiera cela plus en détail.

Et la cinquième partie décide après la sortie de continuer d’avancer…

 

Il y a là-dessus beaucoup de midrashim qui comparent tous ces problèmes à une naissance. Un enfant dans le sein de sa mère. La question se pose de savoir s’il naitra ou pas. Avec ce courage nécessaire pour naitre. A partir du moment où déjà la tête est sortie et il a commencé à naitre faut-il revenir dans le sein maternel ou avoir le courage de sortir…

On peut imaginer cette panique de l’enfant s’il avait conscience au moment de la naissance, et cet affolement de savoir dans quel monde il va entrer… il pourrait avoir ces différentes réactions, dont celle du souhait du retour dans le sein maternel égyptien…

 

Et Moïse va se heurter à tous ces problèmes à la fois.   

 

Q : tous les enfants de Jacob étaient descendus en Egypte, personne n’était en Israël…

R : oui c’était la galout totale.

Q : et il n’y avait donc aucun foyer permanent en Eretz Israël ?

R : sinon d’une promesse qu’on avait gardé dans la mémoire d’Israël. Et cela a été la situation de nos deux mille ans à nous à partir de la destruction du deuxième temple où la métropole a été détruite, et nous n’avions de référence à la métropole que sous la forme d’une promesse venue de la mémoire et qui impliquait une espérance pour l’avenir. C’est très analogue.

Q : …

R : il n’y avait pas d’hébreu en Eretz Israël pendant que la famille de Jacob était en Egypte, Mais si c’était le cas, ils auraient été beaucoup plus Israël que ceux qui ont été obligés de passer le stage du Sinaï, parce qu’ils n’en auraient pas eu besoin. A priori on n’en avait pas besoin. Mais à postériori ce passage était nécessaire. Un camp de vacances de 40 ans dans le désert avec Mosheh rabénou pour apprendre la Torah. 

Mais à priori l’histoire avait un tout autre sens. Mettre fin à la phase embryonnaire de l’Egypte pour naitre au monde de la promesse. Mais il a fallu cet apprentissage à postériori.

 

Q : Il y a ce rapport à la terre qui n’est pas le lieu où l’on est né. L’Egypte est la terre où l’on est né en tant qu’esclaves.

R : Il faut recommencer à Abraham. Vous voyez à quel point nous avons besoin de la mémoire. On oublie qu’Abraham était en exil en Mésopotamie et qu’il avait dans sa mémoire la terre d’Israël qui était l’héritage de Shem. Voilà à quel principe cela se rattache. C’est pourquoi quand Dieu lui donne rendez-vous sur la terre qu’Il lui montera, sans lui indiquer, Abraham sait où il faut aller. Sinon le texte serait mystérieux. Abraham sait où aller, car il se rappelle où est la terre des Hébreux, comme le dira Joseph par la suite aux princes égyptiens. Et la terre des Hébreux est celle d’où la famille d’Abraham a été exilée en Mésopotamie.

Il faut retrouver cette donnée : Que fait Abraham l’hébreu en Mésopotamie ?

Il est en mission hébraïque d’exil dans la civilisation du temps. C’est le principe que je vous rappelle : chaque fois qu’il y a une civilisation en élaboration, Israël est en diaspora dans cette civilisation. D’où cette dialectique : le temps de gestation au sein de la civilisation du temps – et c’est le sens ôbar de îvri – nous sommes en gestation embryonnaire dans la civilisation du temps à chaque fois. Arrive le moment de l’accouchement, et c’est là que notre texte intervient pour nous expliquer les difficultés.

 

Le schéma général – que nous avions étudié, Michel Prince et moi, lorsque nous avons fait un séminaire sur ‘Hanoukah – c’est que l’histoire du monde va traverser quatre grandes civilisations, quatre empires, auxquels correspondent quatre exils d’Israël. Trois à l’extérieur, et un à l’intérieur du pays. Il y a d’abord eu la civilisation de Babel dont Abraham sort tout seul. Ensuite, l’exil d’Egypte qui est comme une civilisation annexe de la civilisation de Babel, et dont sort Israël sous la direction de Moïse. Ensuite, la grande civilisation Perse de laquelle sort Israël, Shivat Tsion avec Ezra et Néhémie pour fonder le deuxième royaume de Juda. Ensuite, la grande civilisation grecque avec le cas particulier de l’exil d’Israël sur sa propre terre au temps de la civilisation grecque, exil dont nous sortons avec les Makabi et Matatyahou. Ensuite, la civilisation romaine dont nous sortons actuellement. Et c’est la dernière sortie d’exil dans le schéma des prophètes d’Israël. Je n’ai pas dis que nous étions sortis de la civilisation romaine avec Herzl mais j’aurais pu le dire…

 

A l’origine, Abraham est effectivement un homme de la terre d’Israël en mission d’exil en Mésopotamie.

 

Notre histoire commémorée ne commence pas à la sortie d’Abraham d’Our-Kasdim mais à la sortie d’Egypte pour au moins deux raisons fondamentales. D’abord parce que la sortie d’Abraham d’Our-Kasdim est irréversible. Elle a réussie et n’a plus à être commémorée. Il n’y a pas de place pour la commémoration d’un événement qui est complètement intégré au niveau de l’identité. Nous ne trouvons pas dans le calendrier une référence à la sortie d’Abraham d’Our-Kasdim, ce qui aurait pu être l’événement de référence par excellence puisque tout commence avec Abraham ! Dans une religion mythique, l’histoire d’Abraham aurait été le mythe fondateur. Mais nous ne sommes pas une religion mythique, nous sommes une histoire.

Cela nous mène à la deuxième raison : Abraham était un homme unique ! Alors que sort d’Egypte une nation entière. C’est l’identité collective d’Israël qui commence à la sortie d’Egypte, et c’est pourquoi c’est notre commencement absolu. Et cela se relie à la première raison comme vous le comprenez parce que c’est pour évacuer ce qu’on pourrait appeler de façon plate « le culte de la personnalité ».

La sortie d’Egypte est un point de départ irréversible mais inachevé. Et nous avons à le commémorer, c'est-à-dire à le réaliser de plus en plus. Mais en tant qu’événement collectif, il est irréversible mais inachevé. C’est pourquoi il nous est raconté et donné à commémorer. La commémoration ne consiste pas simplement à se rappeler d’un événement passé, mais de commémorer un événement passé comme promesse d’un futur. C’est tout le problème du zekher…

 

Q : En quoi l’exil de Babel d’Abraham est-il terminé ?

R : La mutation de l’identité humaine opérée à travers Abraham est radicalement irréversible. On quitte le temps de la religion naturelle pour accéder à la religion monothéiste. Je vous dis des mots très formels, simplement pour indiquer la mutation radicale. Jusqu’à Abraham, la religiosité humaine est une religiosité naturelle de reconnaissance des déterminismes naturels comme forces divines. C’est la religion païenne qui possède sa propre ferveur, mais c’est une religion sans espérance. On ne trouve pas ce qui fait l’essentiel de la foi qui commence avec Abraham : l’espérance du salut. La piété consistait à s’asservir aux conditionnements naturels. Et toutes ces religions qui ont eu leur grandeur de ferveur, et qui restent incompréhensibles par les modernes, ont toutes un mythe astrologique à la base. C’est cette prise de conscience que le monde est soumis à un processus de fonctionnement cosmique qui serait la traduction de la divinité. La divinité c’est les lois de la nature. Les modernes ont tellement laïcisé ce principe qu’ils ont totalement évacué la ferveur spirituelle qui existait chez les païens. Au fond, le matérialisme contemporain c’est la même chose que la mentalité païenne mais avec en moins l’épaisseur énorme de ferveur spirituelle et de poésie que les païens possédaient, et que les philosophes matérialistes ont perdu. Mais c’est la même idée. Je vous donne l’exemple de certaines catégories : la vie humaine est soumise à des déterminismes matérialistes. On pourrait l’illustrer par énormément de textes.

Par exemple, lorsque le Pharaon commence à rêver, et qu’il ressemble presqu’à un hébreu en rêvant, il rêve le dérèglement des lois qui président à l’économie égyptienne. Aucun des sages de l’Egypte ne peut lui expliquer son rêve parce que l’idée du dérèglement des déterminismes, fussent-ils économiques, est étranger à la mentalité païenne. Pharaon apparait presqu’hébreu, et Joseph conclut au mariage possible avec cette civilisation pour l’hébraïser. Il se trompe, mais il y avait de quoi se tromper. Joseph en bon hébreu parvient à expliquer ce rêve parce que pour l’hébreu cela va de soi qu’il y a une volonté libre qui peut faire éclater les conditionnements déterminés. C’est le choc de deux mentalités : l’une qui est celle d’une religion matérialiste dialectique pour laquelle l’idée d’un détraquement de l’économie est impensable. Les faits se trompent contre l’idéologie qui ne peut pas se tromper. Et on cherche immédiatement les coupables (les Juifs). C’est une mentalité orthodoxe dans le sens étymologique du terme. Alors qu’un enfant hébreu peut expliquer ce rêve très facilement. Le midrash indique les explications données par les sages égyptiens qui sont des explications de type matérialiste historique. Alors que cette idée d’un facteur d’indifférenciation d’une volonté libre puisse intervenir dans le fonctionnement du monde cela commence avec Abraham. Et c’est la foi des Hébreux. Avec Abraham s’opère une mutation religieuse radicale. Jusque là c’est la religion naturelle, et à partir d’Abraham c’est la religion dont parle la Bible : au-delà du fonctionnement des lois de la nature il y a la volonté libre du Créateur de ce monde fonctionnant selon les lois de la nature. Et seul l’hébreu est relié à ce Dieu-là. Tous les autres sont reliés aux divinités naturelles. Ce qui n’est pas rien. Ce sont les modernes qui sont incapables de diagnostiquer de ce dont parlaient les païens lorsqu’ils parlaient de leurs Dieux au pluriel…   

 

Je vous donne un exemple qui m’avait beaucoup frappé lorsque j’étudiais au lycée en classe de 6ème. On étudiait les peuples de l’antiquité. On étudiait les Égyptiens les Aztèques, les Grecs… et les Hébreux. J’allais au Talmud Torah en même temps, donc les Hébreux je connaissais… On a eu une composition sur les Hébreux.

J’ai vu que si les historiens étaient capables de dire de telles erreurs sur les Hébreux, cela devait être le cas pour les autres peuples contemporains des Hébreux.

En particulier les Grecs. On nous les présentait comme des géants dans tous les domaines sauf celui de la vie spirituelle !? Je suis donc arrivé à la conclusion que les modernes étaient incapables de comprendre la spiritualité des anciens. Ils comprennent seulement ce qu’il en reste comme traces de civilisation matérielle. Mais l’âme grecque leur était complètement hermétique. Jusqu’au jour où Freud s’est levé et a donné une analyse d’un des mythes grecs. Et subitement le monde étonné s’aperçoit que ces mythes soi-disant infantiles contiennent de la sagesse.

 

Les modernes ont perdu cette expérience de ce que pouvait être cette religiosité d’avant Abraham et qui a continué longtemps encore jusqu’à la disparition. Mais cette relation à la divinité naturelle cela continue à être vivant en Afrique, en Asie et en Amérique du sud. Mais un moderne rationalisé par le latin c’est complètement aberrant et n’entre dans aucune cohérence intellectuelle.

L’idée qu’il puisse y avoir une relation entre les phénomènes du monde extérieur et ce qui se passe dans la conscience intérieure de l’homme est une idée aberrante pour l’occidental alors que c’est un des fondements de la sagesse pour l’oriental.

 

La sortie d’Abraham d’Our-Kasdim est un commencement absolu irréversible et réussi achevé qui n’a plus à être commémoré. Nous sommes les Hébreux depuis Abraham ! Cette identité hébraïque existait avant, mais était clandestine. Elle sort et émerge avec Abraham. C’est irréversible.

Nous avons eu des précurseurs d’Abraham, les héros de la foi en leurs temps. Mais la mutation avec Abraham les renvoie à la préhistoire. C’est au niveau d’Abraham que la mutation radicale se produit.

 

La sortie d’Egypte est une mutation très importante mais qui est en cours de travail. Avec Abraham sort un homme et sa famille tandis que de l’Egypte sort un peuple entier. L’interpellation au niveau d’un peuple est considérablement plus difficile que l’interpellation au niveau d’une personne. Et toutes ces raisons jouent à la fois. Nous attendons la dernière Pâques comme diraient les chrétiens qui ont cru qu’elle était arrivée il y a deux milles ans. Nous attendons la dernière commémoration de la sortie d’Egypte qui sera la mutation messianique. C'est-à-dire que le processus commencé avec la sortie d’Egypte aura été intégré et achevé, et cette libération aura définitivement réussi, elle n’aura plus à être commémoré, on s’en rappellera mais on ne devra plus la commémorer. On sera passé à un stade ultérieur.

 

Pour une partie du peuple d’Israël c’est le cas aujourd’hui : cette histoire commencée avec la sortie d’Egypte et qui s’appelle la galout, s’achève de nos jours.   

 

Faire la preuve de l’identité d’Israël selon la volonté du Créateur à l’échelle d’un peuple est une tache surhumaine, considérablement plus difficile que toute autre stratégie possible à l’échelle d’individus ou d’églises qui seraient les saints, ou les justes de l’humanité. Mais à l’échelle d’un peuple ou d’une nation, avec ces fendeurs de bois et ces porteurs d’eau comme le dit la Torah pour faire la preuve que tous participent de cette identité d’Israël, c’est le défi ultime que la Torah nous donne et qui est difficile.

C’est là la preuve à l’échelle de l’universel. Alors que dans une église ou une confrérie sainte – fut-ce celle d’une confrérie de ‘hassidim – c’est à l’échelle des élites. Mais le Créateur cherche la sainteté à l’échelle d’un peuple et non pas celle d’une communauté. C’est la formule chrétienne. Et quand la synagogue commence à imiter l’église c’est l’échec. D’ailleurs on n’y arrive pas, parce que nous n’avons pas la même histoire ni le même projet d’identité ni la même interpellation.

 

…/…

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 15:56

Moral et Cataclysme Naturel

(Peri Tsadik Voyant de Lublin sur Genèse)

1981

 

COURS 2

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/morale_et_cataclysme_naturel/cours_2

Durée : 44,5 minutes - Face A - 149-01

 

La Neshamah est constitué des 5 niveaux :

Nefesh – Roua’h – Neshamah – Hayah – Ye’hidah.

 

La première difficulté c’est qu’un des niveaux de la neshamah s’appelle neshamah. Mais c’est tout l’ensemble qui constitue les cinq niveaux d’identité de la neshamah.

La neshamah, que l’on traduit par âme en français, c’est le sujet que chaque personne est tel que Dieu l’a créé et qui se trouve insérée dans la vie du monde à travers le corps.

Nous avons là deux réalités radicalement différentes : l’âme et le corps. L’âme c’est le quelqu'un de chacun, qui est incarné dans le monde à travers le corps.

Deux mots apparaissent : gouf - le corps, et neshamah - l’âme.

Gouf - le corps, c’est déjà un être animé, d’où le mot étymologiquement parlant, de « animal », au sens non de bête mais de « être animé, être vivant ». Le gouf dont nous parlons n’est pas un cadavre mais un être vivant qui va devenir le véhicule d’une neshamah. Et le résultat de cette synthèse, si j’ose dire, entre la neshamah et le gouf, s’appelle premièrement un nefesh.

 

Le mot de nefesh va ainsi désigner la personne de chacun (chaque un), mais au niveau le plus inférieur, au niveau des tendances des instincts des conduites de la vie purement corporelle. C’est la neshamah qui se trouve dans le nefesh mais au niveau le plus inférieur.

Plus haut, le niveau supérieur de la neshamah qui s’appelle roua’h et qui n’est déjà plus la vie instinctive, mais c’est déjà la vie spirituelle. Et dans la catégorie hébraïque, cette vie spirituelle commence par la vie affective. La conscience d’être quelqu'un apparait déjà au niveau du nefesh mais à une échelle très collective : tous les hommes sont des individus de l’espèce humaine. Et chaque personne est donc premièrement un individu de l’espèce humaine. Et cela fonctionne de manière analogue via la psychologie ou l’anthropologie et d’autres sciences (cf. la neurophysiologie) qui nous aident à comprendre comment la neshamah devient nefesh au niveau de la vie corporelle. C’est le monde des tendances des instincts. Roua’h c’est déjà supérieur, le monde de la vie spirituelle. Neshamah c’est un niveau encore supérieur, le monde de la vie intellectuelle. Et puis ‘Hayah, c’est le monde où la conscience est la conscience des valeurs, au-delà des idées. C’est si vous voulez le niveau de la sagesse plus haut que l’intelligence de la vie intellectuelle à proprement parler. C’est déjà la vie morale. 

   

Il y a apparemment un paradoxe de la vie intellectuelle (neshamah) qui est supérieure à la vie spirituelle (roua’h), mais c’est parce que la vie spirituelle du roua’h c’est encore le monde des émotions. Et même les émotions les plus subtiles et les plus sublimes sont entre la vie instinctive et la vie intellectuelle.

 

Et plus haut, ‘Hayah c’est ce qui fait la vie de la vie,‘Hayah, la « vivante », c’est ce qui fait la vie de la vie. C’est la conscience des valeurs, c’est à ce niveau là qu’est la sagesse.

Et Yé’hidah c’est le mystère de l’individuation de chacun, l’infini que chaque personne est et qu’elle est la seule à être. Ye’hidah signifie « l’unique », le niveau où chaque personne est unique, c'est-à-dire « uniquement elle-même ».

 

Pour comprendre l’ensemble : C’est ce qui fait que les valeurs sont des valeurs, que l’on peut comprendre au niveau des idées, que l’on peut vivre au niveau de la vie spirituelle, et que l’on peut agir au niveau de la vie corporelle.

 

L’effort que nous devons faire est d’identifier ces manières de la conduite humaine au niveau d’une société, avec ces forces de la yéhid’ah, de la ‘hayah et de la neshamah, du roua’h, du nefesh… avec une espèce de spécialisation par vocation des fonctions de chaque personne à l’échelle collective de la société. Et lorsque l’occurrence historique de la confrontation à l’expérience de la foi survient, la réaction des différentes couches de la société se trouve être différente.

 

Q : Et le situation du langage ?

R : Il apparait avec le nefesh. Il y a deux niveaux de nefesh. Le nefesh bahamit le nefesh animal, ce qui ne signifie par une bête mais ce qui est animé. Les instincts de l’espèce en chaque individu. Et le deuxième niveau qu’on appelle le nefesh shemit. Ce même nefesh tel qu’il est spécifié pour chaque individu. Premièrement nous sommes tous humains, et la nature humaine fonctionne de la même manière au niveau du nefesh bahamit. Et deuxièmement au niveau de la vie instinctive elle-même, chacun d’entre nous a son équation personnelle qu’on appelle le nefesh shémit.      

 

Au fur et à mesure que l’on monte dans ces niveaux de la neshamah, la spécification l’individuation de chacun s’affine, ou se dévoile, de façon de plus en plus grande.

 

Le deuxième principe c’est que chacun de ces niveaux contient les cinq autres. C'est-à-dire que vous avez ces niveaux à chaque étage :

Le nefesh du nefesh, le roua’h du nefesh, la neshamah du nefesh, la ‘hayah du nefesh, la yéhidah du nefesh…

On voit que la vie morale peut déjà apparaitre au niveau du nefesh avec le niveau de ‘hayah du nefesh. Mais elle est pleinement elle-même au niveau de ‘hayah à proprement parler. 

Il en résulte que chaque néshamah a 25 niveaux.

Et le sens général de la destinée de chacun est d’acquérir en tant que créature le mérite d’être à chacun des niveaux. C’est une ascension du mérite d’être de niveau en niveau.

C’est l’allusion que l’on retrouve chaque fois qu’une promesse est donnée à l’homme, elle commence par le mot « Koh – ainsi » de guématria 25.

« Koh Tevarekhou LeBnei Israel - Ainsi vous bénirez les enfants d’Israël ».

« Koh Tomar LeBeit Yaaqov – Ainsi tu parles à la maison de Jacob ».

C’est chaque nous l’allusion à ces 5x5 niveaux.

 

Troisième principe :

Au fur et à mesure de l’ascension dans le mérite d’être, le gouf qui est le véhicule de la personne de chacun incarne plus de neshamah.

Il n’y a pas équivalence entre les individus et leurs situations en tant que personne.

Il y a inégalité totale entre les individus par rapport à l’acquis de leur personne. C’est suivant la capacité de mérite d’être de chacun que le gouf, véhicule terrestre corporel de l’insertion dans le monde de chaque neshamah peut inclure plus de niveau de la neshamah.

 

Il en résulte que chacun se trouve dans une situation particulière de sa propre histoire personnelle. Et pour certains c’est le niveau nefesh, pour d’autres le niveau roua’h ou neshamah…

 

C’est un schéma formel mais en réalité il y a infinité de niveaux. Pour chaque conduite, il y a confrontation avec l’épreuve du mérite d’être si ce niveau est incarné. Et le niveau ultime est au-delà. Après 25, il y a 26, valeur du nom divin.

 

Ce schéma éclaire notre midrash de la Mekhilta puisque ce schéma est valable pour la destinée individuelle de chacun comme pour toute entité collective, peuple ou nation.

Par conséquent, lorsqu’un événement historique total de confrontation de la manière d’être homme que représente chaque peuple arrive, alors les différents niveaux de l’être de cette entité collective réagissent à chacun des niveaux.

 

Je reprends la question posée précédemment : il y aurait un mécanisme aveugle et impersonnel et fatal dans le cas d’une abdication de la volonté. Cela fonctionnerait ainsi, et inévitablement lorsque l’événement arrive dans l’histoire l’unité du peuple éclate dans ces quatre niveaux qui sont cinq. Mais s’il y a assomption de la liberté, ceci est maitrisé et dépassé. C’est une dialectique entre liberté et conditionnement que nous retrouverons dans une autre analyse ultérieure.

 

Voilà donc la signification de ces correspondances.

Dans les trois niveaux premiers, l’ensemble Israël s’appelle âm le peuple.

L’étymologie du mot âm se rattache au mot îm qui veut dire « ceux qui sont ensembles ». Îm, avec, le fait d’être l’un avec l’autre. 

Ce n’est qu’au 4èmeet 5èmeniveau que l’identité de la personnalité de la personne du groupe dont on parle apparait dans sa personne même, et non plus dans un agrégat, une somme d’individus qui s’appelle Âm, c’est pourquoi le nom de Bnei Israël apparait dans le texte.

D’un point de vue formel, ces thèmes du midrash se retrouvent dans la structure même récit biblique. Ce n’est pas par hasard que le récit utilise ces appellations de Âm au trois premiers niveaux et de Bnei Israël au 4èmeet 5èmeniveaux. On voit les différents niveaux de libération des conditionnements psychiques, instinctifs, sociopolitiques, la libération d’esclaves pour arriver au 5èmeniveau du verset 14.8 :

וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל, יֹצְאִים בְּיָד רָמָה

ouvnei Israël Yotsim BeYad Ramah 

« et les enfants d’Israël Bnei Israël sortaient avec une main élevée »

Complètement libérés au-delà de tout conditionnement.

Principe corollaire : Il est bien évident que tant que l’unité et la synthèse de ces différentes forces nécessaires à la présence de chaque neshamah dans le monde de la nature et des conditionnements naturels, et que ces forces ne sont pas rendues compatibles, organisées, unifiées à la limite, elles luttent entre elles.

Le nefesh ne voit pas plus loin que le nefesh, le roua’h ne voit pas plus loin que le roua’h…

Et donc il y a une lutte du nefesh contre le roua’h et une lutte du roua’h contre la neshamah qui est en lutte contre la ‘hayah… etc. tant que l’unité n’est pas réalisée. C’est vrai à l’échelle de la synthèse personnelle comme à l’échelle de la synthèse sociale.

 

Vous voyez ainsi à travers quelle structure le récit formule ce qu’il a à nous dire. Devant le même événement de la sortie d’Egypte et de l’impasse devant la mer rouge se produisent quatre réactions différentes qui sont cinq au niveau ultime avec les nominations qui changent.   

 

Pour comprendre la logique de la signification de l’histoire d’Israël comme entité humaine, il faut la comprendre à travers la signification d’une destinée individuelle. Dans cette comparaison entre un individu une personne unique et d’autre part un peuple dans on ensemble, et les différents étages de l’expression de cette identité à chaque péripétie.

Ce n’est que lorsque l’unité de l’ensemble apparait qu’il y a cohérence.

Tant que cette unité n’est pas construite, alors il y a conflit des différentes tendances.

 

Q : Au niveau de la famille le dialogue parfois difficile car chacun appartient à un niveau différent ?

R : Nous sommes dans un temps de la destinée humaine où il y a un état de chaos. Tout est simultané et mélangé. Au temps de la prophétie, de la révélation, on pouvait s’identifier. Chacun savait qui il était. Cf. la formule de Socrate : « connais-toi toi-même ». Chacun sait qui il est et à quel niveau il se situe, avec une possibilité d’harmonie beaucoup plus offerte. Mais nous sommes dans un temps qu’on appelle Olam HaTohou. Un temps de pêle-mêle, un temps de chaos. On le remarque aussi dans les études de la Torah où tous les niveaux sont donnés à la fois. Comment entrer dans la connaissance que la Torah nous donne ? Alors que la Torah a une structure par niveaux et par problèmes, mais tout est donné en simultané, en état de chaos. N’importe quel étudiant de Torah, même dans les écoles organisées, se trouve confronté à cet univers qui met tous les niveaux sur le même plan. Il faut énormément de temps pour arriver à organiser une constellation cohérente des niveaux de connaissance. C’est Olam HaTohou. De même dans la génération et dans la société, des personnes de niveaux de mérite d’être très différents sont mis ensembles simultanément.

Un jour le monde sortira de cet état de chaos pour entrer dans un monde d’harmonie cohérent. D’après beaucoup des traditions anciennes ce qu’on appelle « le temps du verseau » où la connaissance sera cohérente. Mais pour le moment nous sommes toujours à la fin du temps des poissons.

 

Q :  inaudible

R : à l’échelle individuelle, il y avait une sorte de figure de prou, une réussite de l’identité d’Israël qui sert de modèle ou de « guide ». A l’échelle individuelle, il y avait un Israël réalisé en individu. C’était Moïse et sa famille. « Mosheh rabénou shakoul keneged kol Israël koulo ».

Je pense que cela peut s’expliquer par ce principe là de cette simultanéité de tous les niveaux, et il y a chaos.

A l’intérieur de cet ensemble en chaos, il y a quand même le milieu privilégié des talmidei ‘hakhamim où il y a un accord, un sous-entendu, où cette hiérarchie prend sa valeur. Mais c’est une sorte de connivence, c’est nistar. Mais dans le niglei c’est un monde chaotique, où tout est au même niveau de façon simultanée, alors que dans le monde de l’esprit la notion d’égalité n’a pas sa place. En hébreu le mot égal se dit shavé qui ressemble beaucoup au mot shave avec alef qui signifie vain. Le raisonnement est très simple : si deux choses sont égales absolument, il y en a une de trop. En réalité, rien n’est égal. Cela est d’autant plus vrai dans le monde du nefesh. Aucun nefesh n’est au même niveau. Cela nous renvoie donc à un monde caché où les choses sont en ordre, mais un ordre théorique, un ordre de principe. Dans la réalité extérieure, c’est la continuation d’un monde de chaos qu’on appelle Olam HaTohou.

En particulier, on voit, c’est un problème de notre temps, pourquoi la communication est difficile : parce qu’on n’a pas de langage commun étant donné que chaque parole est à un niveau différent. C’est l’obstacle auquel se heurte la communication à proprement parler. On est obligé d’employer des implications de sens conventionnels à un niveau de discours de dictionnaire, avec des implications de significations qui peuvent être communs à tous ces niveaux différents, et c’est très formel. Alors que la connaissance à proprement parler est renvoyée à ce monde du nistar où chaque chose est à sa place et où on comprend exactement de quoi on parle. (La même réalité qui se trouve au niveau du nefesh de ‘hayah ne peut pas avoir le même sens que si elle se trouve au niveau ‘hayah du nefesh.)

 

Q : inaudible

R : De façon immédiate, l’expression Bnei Israël désigne les tribus d’Israël descendants de la famille de Yaaqov. Ceux qui avaient l’identité hébraïque par identité. Et donc entre le temps d’Abraham qui commence la sélection d’identité Israël et le temps de Moïse se trouve 6 générations d’éducation d’identité propre aux tribus d’Israël qui s’appelle les Bnei Israël. Or, le peuple sortant d’Egypte n’est pas seulement le peuple descendant des tribus d’Israël, c’est tout un peuple qui s’est adjoint à ses descendants des tribus d’Israël. Le chapitre 32 au verset 7 dans le contexte de la faute du veau d’or parle de ce Erev Rav : un grand mélange de populations qui est sorti d’Egypte en même temps que les tribus d’Israël et sur initiative de Moïse. Le mot de Âm est péjoratif. Alors que le mot Bnei Israël est la définition positive d’identité. Am est ce qui est venu avec.  La faute du veau d’or provient non pas des Bnei Israël mais de ce Âm.

32.7

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה:  לֶךְ-רֵד--כִּי שִׁחֵת עַמְּךָ, אֲשֶׁר הֶעֱלֵיתָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Vayedaber Adonay el-Moshe lekh-red ki shi’het amekha…

Et Hashem dit à Moïse : va, descend, car ton peuple a fauté…

 

Le principe qui apparait c’est que l’option de Moïse était que les Bnei Israël ne peuvent pas sortir d’Egypte s’il ne sort pas avec eux tous ces individus de quelques origines que ce soit des autres peuples qui ont eu la même expérience, et qui vont venir s’adjoindre à l’identité d’Israël. 

Il s’agit de l’expérience de la dialectique galout et géoula.

aliénation dans l’exil,

délivrance.

Ce sont là les deux dimensions de définition de la foi d’Israël.

Pour le dire avec un verset éminent :

« Anokhi Hashem Eloheikha Asher Lotse Ti'kha Mérets Mitsraïm”

Quel est l’objet de la foi en Dieu dans l’identité hébraïque ? C’est que la géoula est possible, c’est que la délivrance des conditionnements est possible, c’est que la libération du déterminisme est possible. C’est une foi utopique pour la pensée naturelle. Cette utopie commence avec Abraham. Cela n’a rien à voir avec la définition théologique philosophique classique de la foi qui serait de croire que Dieu existe.

L’option de la émounah c’est le titre que la Torah se donne à elle-même : Qui te parle et te donne la loi ? Celui qui te fait sortir de l’esclavage !

 

Donc apparait ici une structure de l’histoire très schématique qui est premièrement l’aliénation aux conditionnements du monde et deuxièmement l’expérience de libération. Une dialectique en deux moments : galout et géoula.

Par conséquent, tous les hommes qui ont eu cette expérience là en Egypte, dans le principe, sont de l’identité d’Israël. Parce qu’ils sont eu cette expérience galout – géoula.

Ils ont demandé à Moïse de sortir avec Israël parce que dans le principe ils ont l’identité d’Israël. Par conséquent, Moïse régularise. En l’absence des six générations depuis Abraham jusqu’à Moïse, ils ont un handicap.

On ne pouvait pas les laisser en Egypte. Parce que si l’histoire d’Israël a un sens : vivre et témoigner de cette expérience  l’expérience galout-géoula, (Israël devait tout naturellement intégrer ce Erev Rav).

 

Dès que Moïse intègre ces hommes à l’intérieur de l’identité d’Israël ils deviennent Israël. Dans chaque Israël il y a ces niveaux-là de Âm et Bnei Israël… Il y a quand même une différence bien qu’il y ait une même destinée dans le principe et la finalité, parce que l’identité Israël a commencé ainsi avec Abraham, puisque les descendants des tribus avaient derrière eux six générations de tradition hébraïque. Et les autres sont donc handicapés. Mais la sortie d’Egypte ne pouvait pas se faire sans intégrer cet érev rav.

 

Tout se passe comme si Israël prend sur lui la destinée de l’universel humain à travers le érev rav, et c’est un pari, une option, un risque colossal, et commence son histoire avec cela.

C’est une sorte de résumé de toute l’identité humaine. Il me faudra expliquer qui se trouvait en Egypte et qui sort avec les tribus d’Israël pour former le peuple d’Israël : « Âm Bnei Israël », dans tous ces niveaux à la fois.

Et ce pari gigantesque a été pris par Moïse qui avait des raisons de savoir que si Israël n’emmenait pas avec lui le érev rav, il ne pouvait pas sortir d’Egypte. Parce que cela privait de sens la descente en exil et la géoula !

 

 

Dans cette situation égyptienne il n’y avait pas qu’Israël qui était en esclavage, tous les peuples de la civilisation de ce temps étaient des avadim, des asservis et aliénés de l’identité égyptienne. Il y aune espèce de convergence entre l’expérience individuelle de chaque individu de ce érev rav, et ceux qui étaient déjà au niveau de l’identité collective des Bnei Israël.

 

D’où vient la difficulté ?

 

Si l’intégration du érev rav s’était faite d’individu à individu, il n’y aurait pas eu le handicap, mais c’est une foule, assafsouf, un ensemble numériquement très grand à la fois qui entre dans l’identité collective d’Israël. C’est de là que vient le handicap.

 

D’ailleurs la halakha va retenir comme principe : quiconque a des raisons de dire, et donc de savoir, qu’il est en train d’expérimenter la vie d’Israël dans sa vie individuelle de goy et qui demande à s’adjoindre à l’identité d’Israël  est accepté. (Sous conditions précises d’authenticité). Mais si un groupe ou une entité collective demandait en bloc cette intégration c’est refusé. Parce cette intégration possible au niveau individuelle ne peut pas être faite au niveau collectif.

 

 

J’ai eu à m’occuper d’un cas de ce genre. Quatre tribus du Kenya et trois de Madagascar ont demandé la conversion collective et la aliah en Eretz Israël. La question a été étudiée pendant des années, et finalement il leur fut répondu qu’individuellement chacun pouvait s’intégrer à Israël, mais en tant qu’entité collective ce n’était pas possible. Cela dénaturerait l’identité d’Israël.

 

 

 

C’est là qu’est le handicap historique.

 

Nous voyons que Moïse a raison de les accueillir chacun pour lui-même, mais la catastrophe vient de ce qu’il fut obligé à cause du déroulement des événements de les accueillir en bloc.

 

 

 

On pourra étudier la question soujacente : pourquoi est-il absolument nécessaire pour que la fin de la galout de l’Egypte se réalise que le érev rav soit intégré.

 

 

En tout cas, et retenez bien le contexte du chapitre 32 au verset 7, cette expression « Am Qésheh Oref : peuple à la nuque raide » pour définir les Juifs en tant qu’ils sont du peuple d’Israël, c’est une calomnie ! Le texte emploie précisément cette expression pour définir le érev rav.

 

Mais à partir du moment où Israël a accepté le érev rav, alors il intègre en lui cette midah de rébellion, de nuque raide. Et il devient ce « Am Qésheh Oref ». 

 

Mais c’est parce qu’Israël a choisi de prendre sur soi la destinée universelle, avec tous les handicaps et les risques que cela représente. Israël se constitue comme identité et dès qu’il a constitué cette identité, il s’ouvre à un résumé de l’universel humain qui introduit en lui la mise à l’épreuve d’identité de tous les autres qui n’étaient pas de l’histoire d’Abraham. C’est cela le érev rav. Il en résulte qu’aujourd’hui, à part des exceptions que je ne précise pas pour éviter d’entrer dans les détails maintenant, aucun juif vivant ne peut savoir s’il est descendant d’hébreu ou du Érev rav.

 

Mais ce qui se décèle à l’échelle collective, et dans cette difficulté de cet état de chaos ou de pêle-mêle, où tout est au même niveau, c’est les tendances différentes dans la société d’Israël. Il y a des tendances érev rav, et des tendances Israël. Et toutes, ensembles, elles forment ce « Am Bnei Israël ». 

 

Il en résulte que dans chaque événement  crucial ces réactions se dévoilent.

 

Si Israël ne devait qu’atteindre son propre salut les six générations d’Abraham à Mosheh auraient suffit ! Mais au moment du salut d’Israël, Moïse prend une décision « messianique » si j’ose dire, il décide d’intégrer le érev rav. Alors tout est différé encore. Mais à une toute autre échelle de l’histoire qui a commencé au 1erhomme.

 

Parce que si vous comprenez bien, ce qui se passe au niveau du peuple d’Israël sortant d’Egypte est une sorte de faute originelle à l’échelle collective, en introduisant cette prise en charge de ce qui était advenue de l’humanité antérieure.

 

 

 

Maharal nous en donne un principe explicatif de manière très claire :

 

Moïse prend cette décision parce qu’il connaissait le sens de la destinée d’Israël au niveau historique, et parce que quiconque et quelque soit la manière dont cela est exprimé, dès qu’un homme fait cette expérience galout-géoula alors il est candidat aux dix commandements, à l’identité de la Torah.

 

Dans tous les cas c’est ainsi que ça a commencé avec Abraham.    

 

J’y reviendrais à partir de demain.

 

 

 

Q : inaudible

 

R : Dans l’entité collective de cette société d’Israël, il y a des fonctions différentes, et les trois niveaux-fonctions qui s’appellent âm viennent du érev rav. L’identité d’Israël n’apparait qu’à partir du 4èmeet du 5èmeniveau d’identité.

 

 

 

J’ajoute une explication :

 

Lorsque la faute du veau d’or a lieu, il y a deux catégories de responsabilité différentes : l’acte et l’initiative de la faute vient du érev rav, mais la culpabilité d’Israël réside dans son incapacité à l’empêcher. Il y a donc eu finalement une coresponsabilité. Ce qui est frappant, c’est que dans toutes notre histoire jusqu’aux temps messianiques, nous voyons que quelque soit le problème qui divise le peuple Israël c’est grosso-modo toujours divisé en deux. Cet équilibre des deux forces contraires 50-50 est toujours là quelque soit les problèmes d’identité auxquels Israël est confronté.

 

 

 

Nous étudierons ce verset où ceux qui ont fait le veau d’or disent à Israël :

 

« Eleh Eloheikha Israël Asher…

 

« Voici tes dieux Israël qui nous ont faits monter du pays d’Egypte »

 

Qui s’adresse à Israël pour lui dire « Voici tes dieux Israël », c’est bien évidemment le érev rav !

 

Mais il n’y a pas de doute qu’il y a une co-responsabilité.

 

Dans le résultat, fin de chapitre 32, c’est l’entité collective qui introduit en elle cette midah de « âm qésheh oref ».

 

 

 

Nous étudierons ce passage du veau d’or.

 

Et l’explication du Maharal sur les midrashim concernant le passage de la mer rouge.

 

Les quatre réactions et la cinquième à l’événement.    

 

…/…

 

 

 

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Published by Phil O'Semith - dans PENSÉE JUIVE
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