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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 19:14

Galout et Geoula - Shaarei Ora - Maharal (1989)

 

Galout et Geoula - Shaarei Ora, Maharal (1989) - 2ème partie

108 01

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_2

Face A

…/…

« est-ce qu’un grand juste comme Issac Avinou, sur lui la paix, de qui la présence de Dieu ne s’est jamais écartée même pas un instant aurait aimé un tel méchant parfait comme Esaü ? » Comment est-ce possible ? Mais c’est un des grands secrets de la Torah. Sache que Isaac notre père - la paix sur lui - prévoyait tout ce qui se préparait à advenir, et il a prévu que les fils de Jacob deviendraient rebelles devant Dieu et mériteraient d’hériter les jugements de l’enfer. »

 

Je vais essayer dans l’introduction d’expliquer cela que le sort de l’âme dans le monde du corps, c’est de risquer à priori de tomber en enfer. Voyez comment dans l’enseignement de la Kaballah on gagne du temps : on dit tout de suite de quoi il s’agit ! Avec précaution mais pratiquement sans précaution. C’est dire que la condition de l’homme en tant que créature, corps et âme, dans le monde des corps c’est de risquer de tomber en enfer. Il y a énormément de textes en particulier dans le Midrash et dans le Zohar bien entendu, qui s’étonnent : Comment est-il possible que l’âme accepte de vivre dans un corps ? C’est tellement différent que cela n’a rien à voir ! L’âme est un être d’en-haut et le corps un être d’en-bas ! Comment est-il possible que l’âme existe et soit située dans un corps, et qu’elle accepte ?

S’il s’agit d’une identité humaine vouée au monde tel que Dieu l’a voulu vraiment, c’est-à-dire dans notre exigence de croyants le Monde-à-Venir dans ce Monde-ci, on est perdu. Dans le peu de littératures générales que je connais il y a des allusions à cela. Par exemple, chez les Grecs, l’idée que le corps était la tombe de l’âme : Soma avec Oméga ou Omicron. Le judaïsme repousse cela, mais pour découvrir le problème, il est évident que ce qu’on comprend d’après le texte biblique ce que signifie être fils d’Isaac comme Jacob, ou fils d’Isaac comme Esaü, Jacob dans le monde d’Esaü est perdu. Pour le dire encore sous forme métaphysique : l’âme dans le monde des corps est en enfer. Me vient à l’esprit un poème des Parnassiens, « l’albatros » de Baudelaire. Un oiseau dont les ailes de géant l’empêchent de marcher sur terre... C’est à peu près cela. Et puis nous avons dans le Talmud beaucoup d’analyses qui renvoient à cela.

 

Voilà ce que voit Isaac : la descendance de Jacob est celle qui est vouée au Monde à Venir mais elle vit dans ce Monde-ci. Alors elle va tomber dans la faute et donc est passible d’enfer.

 

Et lorsqu’Isaac a vu qu’Israël serait béGalout HaEssav dans l’exil de Esaü (pas dans l’enfer mais en chrétienneté), il s’est réjoui (cela vaut mieux que l’enfer).

 

Cela il faudrait le demander aux Juifs qui ont vécu en chrétienneté, en réacapitulant une histoire de 2000 ans,la Shoah y compris. C’est pourquoi ce texte me parait important à étudier. Comment ce Rav qui vivait en Espagne en plein moyen-âge peut-il dire ces choses si abruptement ? Nous qui avons vécu cette histoire, Shoah y comrpis, on pourrait se demander : « alors qu’est-ce donc que l’enfer !? »

 

Et il a dit, soulagé, Isaac : l’exil expie les péchés. Et il a dit : Oui j’aime beaucoup toutes les Tssarot que Esaü a fait à Jacob, pour accuser Israël afin d’achever le jugement dans l’exil, dans ce monde-ci. (De façon à arriver dans le Olam Haba)

 

J’ai souligné ce qui suit :

 

C’est cela le sens du verset « Et Isaac a aimé Esaü, car il avait le goût du gibier dans sa bouche ». 

 

Je ne vais pas encore interprêté le verset, parce que le Rav va le faire dans son sujet mais ensuite nous y reviendrons.

 

Et que signifie « car il avait le goût du gibier dans sa bouche » ?Mais (cela signifie ceci) Isaac a vu Bnei Yaaqov Netsoudim  les fils de Jacob pris au piège.( Comme des poissons dans un filet de pêcheur – Latsoud- Tsaïd – ou des oiseaux dans un piège d’oiseleurs). Pris au piège dans les jugements de l’enfer, et il a vu et il eut de la peine de l’angoisse, et lorsqu’il a vu l’exil chez Edom, et qu’il a vu que la proie de l’enfer était dans sa bouche à lui Edom dans la bouche d’Esaü, et il a dit « je préfère l’exil qui expie les péchés plutôt que l’enfer ».

 

Il a vu que Esaü avait pris sa proie de l’enfer – les fils de jacob qui auraient risqué d’être en enfer. C’est un texte énorme. Mon maître avait certainement étudié cela avant la Shoah mais il a connu la Shoah ! Nous nous étudions cela 40 ans après !

Je ne sais pas ce que ce Rav aurait dit de nos jours, à moins que l’Allemagne nazie ne soit pas Edom exactement mais autre chose. C’est peut-être Amaleq. Mais ici on parle de Edom. Malgré tout, les persécutions des Juifs chez Edom étaient quand même énormes même si le nazisme les a dépassé.

 

Mais alors cela nous pose le problème de savoir, parce que ce Rav sait ce qu’il dit. Il suffit qu’on lise quelques lignes pour comprendre le poids de la cohérence.

 

Q : C’est une belle image entre le gibier dans la bouche de Isaac et Israël qui vont manger dans la bouche d’Essav. Il y a une parallélisme entre les deux... ?

 

R : Là nous lisons le Pshat du verset que « Tsaïd BéFiv » ce n’est pas « Fiv Shel Its’haq » mais « Fiv Shel Essav ». Non pas en Drash mais en Pshat !

Je vais vous citer un Zohar qui dit ceci : Cette proie dans la bouche de Esaü c’était la Neshamah de Rabi Méïr: l’âme de rabbi Méir. Il était un descendant de convertis issus des iduméens. Isaac a vu dans la bouche de Essav une proie qui était la Neshamah de Rabbi Méir. Il était le grand maître de la Torah Shébéalpeh : « Stam Mishnah Rabbi Méir ! » Tout enseignement anonyme de la Mishnah vient de rabbi Méir. De la même manière que « Stam Torah Mosheh Rabénou !» 

Il y a Stam Oraïtah,  Stam Guémara... etc. C’est un sujet pour lui-même.

Que signifie cet enseignement que la force de la Mishnah c’est grâce à Rabbi Méir parce qu’il est le descendant de Esaü ? J’ai compris (sans source à vous donner) que ce qui caractérise la force juridique du Talmud c’est la capacité de la pensée juridique de maitriser le droit, la légalité, ce qui est le génie romain. L’âme juive n’est pas du tout légaliste contrairement à l’accusation calomnieuse de « pharisiens » (qui signifie plutôt « jésuites ») à l’encontre des Juifs. Mais on est obligé d’être légaliste pour avoir un droit pour la société. Le piége de la mentalité talmudique qu’on appelle Pilpoul c’est précisément le légalisme romain. D’ailleurs les grands talmudistes se sont toujours insurgés contre le Pilpoul, le Maharal en particulier. Le Pilpoul est nécessaire en travaux pratiques, en exercices de style, mais dès qu’on croit qu’il s’agit de la Torah  cela devient le légalisme juridique. Or, précisément, la force de la Torah Shébéalpeh vient de cette capacité de se servir de ce qui est l’apanage de Esaü, le droit romain, pour la Torah.

 

Pourquoi Isaac aimait-il Esaü ? Parce que dans sa bouche il y avait la force de la Torah Shébéalpeh qui était celle de Rabbi Méir. Et c’est pourquoi il aimait Esaü. Esaü dans le Midrash était un expert en Pilpoul. Il trompait son père en lui posant des questions d’orhodoxes :

Esaü : « Papa, est-ce cachère ? »

Isaac : «Qu’est-ce qu’il est pieux mon fils !!! »

Le Midrash dit qu’il demandait à son père comment faire le Maasser sur le sel...

Isaac le croyait pieux à ce point…

 

Effectivement, il y a un Drash que « Ki Tsaïd BéFiv : Isaac avait l’envie du goût du gibier dans sa bouche » et comme c’est Esaü qui lui donnait à manger il l’aimait pour les jouissances terrestres. Le fils d’Isaac pour la terre, c’est Esaü. Quand on vit sur terre il faut manger et celui qui donne à manger c’est Esaü. Et le goût de la nourriture que donnait Esaü était dans la bouche de Isaac. Mais cela c’est un Drash. D’après notre texte כִּי-צַיִד בְּפִיו   Ki Tsaïd BéFiv c’est la bouche d’Esaü.

Et il va nous citer un verset de Jérémie dans le chapitre 2 :

 

Voilà ce que dit le prophète Jérémie (2:3) :

 

קֹדֶשׁ יִשְׂרָאֵל לַיהוָה, רֵאשִׁית תְּבוּאָתֹה; כָּל-אֹכְלָיו יֶאְשָׁמוּ, רָעָה תָּבֹא אֲלֵיהֶם נְאֻם-יְהוָה

Qodesh Israël lashem Israël est consacré à Hashem Réshit Tevouatoh prémice de sa récolte Kol Okhlav Yeshamo tout ceux qui le mangeront seront frappés d’interdit- déclarés coupables.

 

Or, Esaü est celui qui veut manger la récolte de Dieu qui est Israël : il a le gibier dans sa bouche. J’ai dit « gibier » mais vous avez compris ce que cela veut dire en hébreu : c’est ce qui pris au piège qui  va servir de nourriture – la proie - latsoud - tsaïd comme pour l’oiseleur, le pêcheur.

 

Voici que je t’ai fait savoir que bien que l’intention de la vertu d’Isaac la midah d’Isaac c’est la terreur Pa’had c’est de faire mériter Israël c’est le sens du verset Shmot 32:13 (lorsque Moïse plaide après la faute du veau d’or et demande à Dieu):

 זְכֹר לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיִשְׂרָאֵל עֲבָדֶיךָ   « Souviens-toi d'Abraham, d'Isaac et d'Israël, tes serviteurs » car Dieu fait mériter Israël dans l’exil d’Edom. 

 

Cela veut dire qu’Il privilégie Israël en l’envoyant en exil chez Edom et pas au Guéhinam.

Je reprend un peu l’analyse de tout à l’heure : Dès qu’on a compris qu’Israël est une créature qui dès le commencement de sa création est vouée au Monde-à-Venir. Mais voilà que nous sommes envoyés dans ce Monde-ci ! Dans ce Monde-ci on ne peut que échouer, qu’être en faute. Par exemple l’image de l’ange déchu. Un ange sur terre ne peut qu’être déchu. Admettons par postulat qu’Israël est un ange, c’est étrange, mais c’est un être-ange : imaginez un ange sur terre, il ne peut qu’être comme l’albatros. Il faut savoir que l’homme est faillible. A prendre au sérieux : l’homme vraiment homme ce n’est pas pour ce Monde-ci. Dans ce Monde-ci, il ne peut que s’embrouiller les pédales dans tous les traquenards de ce Monde-ci. L’histoire à postériori montre bien qu’il en est ainsi, mais Isaac voit à l’avance : les enfants de Jacob sont bien les enfants de Jacob mais ils vont être en faute dans ce Monde-ci. Par le fait d’avoir osé accepter d’être de ce Monde-ci alors qu’ils ne sont pas de ce Monde-ci, ils risquent l’enfer. Alors vous demanderez : pourquoi les a-t’on envoyé ? C’est un autre problème. Pour le moment je décris la situation.   

 

Q : Cela veut dire que les autres ne sont pas en faute alors ?  

R : Il y a dans la Guémara une question qui va vous étonner : Baba Qama page 100 à peu près : pourquoi un Goy meurt-il ? La mort punit les fautes mais un Goy n’est pas soumis à la loi ! Or, il ne devrait pas mourir ! Rendez-vous compte de l’humour de la Guémara ! C’est votre question, dans la Guémara à propos de Abimelekh. Il y a un grand principe de la Guémara « Eïn Mitah Bé lo’Het ve eïn yissourin bélo avon » « pas de mort sans faute et pas de souffrances sans péché ». Et la Guémara va demander pourquoi les Goyim meurent-ils ? Puisqu’il n’y a de faute que par rapport à une loi. Or, ils ne sont pas soumis à la loi, alors pourquoi meurent-ils ? La Guémara demande à propos du verset d’Abimelekh : Dieu se révèle en rêve à lui lorsqu’il a pris Sarah la femme d’Abraham pour lui dire qu’il sera puni pour avoir pris une femme mariée. Abimelekh lui dit qu’il ne savait pas et répond (20:4) :

וַיֹּאמַר--אֲדֹנָי, הֲגוֹי גַּם-צַדִּיק תַּהֲרֹג

…Hagoy gam tsadik taharog ?

Est-ce que même un Goy Tsadik tu vas tuer ?

 

C’est un Guémara très importante qui explique ce que dit Avimelekh: un Goy est Tsadik par identité. C’est votre question. Etant donné qu’il n’est pas soumis à la loi il n’y a pas de faute ! Alors la Guémara répond : il n’est pas puni de mort comme Israël par rapport à la loi mais par rapport au Derekh Erets. La politesse. Après l’arrivée d’un étranger à la frontière on lui demande si c’est sa femme ou sa soeur ?  Et la politesse ? C’est une Guémara importante parce que c’est toute notre controverse avec le paulinisme fondée sur le fait qu’il n’y a plus de loi mais une politesse dans le sens étymologique, la civilité, la loi de la cité. Effectivement, ce problème est très clair, en principe, un Goy n’est pas passible de mort. Puisqu’il n’y a de faute que si il y a une loi. Or, la loi n’a été révélée qu’à Israël. Or, un Goy est quand même un homme. Par rapport à quoi ? Par rapport au Derekh Erets ! Alors j’entends bien en français que le mot de politesse est très faible, mais chez les théologiens et les grands philosophes, la politesse c’est la loi « Darka déAra » loi de la conduite sur terre : la vie en convivialité terrestre. C’est la réponse de la Guémara.

 

Q : Et quand ils meurent est-ce en relation avec les 7 lois de Noa’h ?

R : La question est de savoir si Avimelekh était dans le cas d’un Ben Noa’h. En principe tout Goy est appelé Ben Noa’h, tout Goy est soumis à la loi des Bnei Noa’h. Mais il n’y a de Bnei Noa’h qu’à partir du Sinaï. Jusqu’au Sinaï, Israël et les Oumot HaOlam sont tous des Bnei Noa’h. Il n’y a de différence entre les deux qu’à partir du Sinaï. Au point que la Guémara se pose la question de savoir si Abraham doit être considéré comme Israël ou encore comme Ben Noa’h. Et la réponse de la Guémara c’est que pour qu’Abraham réponde à la                       Qoushiah à la difficulté, de savoir s’il mettait le talit le Shabat. J’explique : S’il est Ben Noah le Talit c’est un vêtement. Il porte et donc il viole le Shabat. S’il est Israël il a le droit de porter le Talit. Ce n’est pas un vêtement. Donc il pratique le Shabat.Alors en mettant le Talit il résoud la difficulté. La Talit représente les 613 Mitsvot.

Je cite cela, ta question doit être étudiée malgré tout, mais le texte a dit : Tsadik. Et c’est le mot employé la première fois pour Noa’h. Alors la question de Avimelekh c’est : 

 

וַיֹּאמַר--אֲדֹנָי, הֲגוֹי גַּם-צַדִּיק תַּהֲרֹג

Hagoy gam tsadik taharog ?

Est-ce que même un Goy Tsadik tu vas tuer ?

 

Nous verrons si nous y arrivons par la suite d’ailleurs comment le Rav explique ce verset.

 

***

 

Je dois expliquer Pa’had :

La Midah de Isaac s’appelle Pa’had. C’est un verset que nous avons dans l’histoire de Jacob que vous avez lu d’ailleurs dans la Sidra de la semaine dernière, lorsqu’il y a la discussion entre Jacob et Laban, et que Laban voulait porter tort à Jacob, et que Jacob lui dit [31:42]:

לוּלֵי אֱלֹהֵי אָבִי אֱלֹהֵי אַבְרָהָם וּפַחַד יִצְחָק

Si le Dieu de mon père le Dieu d’Abraham et Pa’had Its’haq la crainte de Isaac la terreur d’Isaac - pour dire le Dieu de Isaac -  n’était pas intervenu en ma faveur...

 

Il faut expliquer pourquoi on appelle le Dieu d’Isaac la terreur d’Isaac.

 

Voilà une explication très brève, vous me direz si elle est suffisamment claire : la manière dont Abraham connait le Dieu Un qui se révèle à lui, c’est la Midah, la vertu, l’attribut de la miséricorde, de la charité - ‘Hessed. Alors que la manière dont Isaac connait la révélation de l’unité divine c’est la Midat HaDin. C’est l’exigence de la justice absolue. Et l’exigence de la justice absolue est terrifiante. C’est pourquoi Isaac est le Tsadik du Pa’had. C’est dire que la mesure de l’absolu de vérité pour Isaac c’est la terreur devant la justice absolue. Alors que la mesure de la relation de l’absolu de vérité pour Abraham c’est la miséricorde de la grâce absolue.

 

Et par conséquent, quand on est confronté en les prenant au sérieux aux attendus de la justice absolue Isaac voyant l’avenir de sa descendance voit que c’est l’enfer. Il le voit avec terreur. Et lorsqu’il voit que Esaü va sauver les enfants de Jacob de l’enfer en les prenant en exil, il est content. Voyez comment ce texte inverse le problème. Voilà pourquoi Isaac aime Esaü. Parce qu’Esaü sauve Jacob de l’enfer. Comment ? Par l’exil !

 

C’est un texte tellement optimiste qu’il est incompréhensible, à postériori de ce qu’a été l’histoire dans l’exil d’Edom. Voilà pourquoi je l’ai choisi.

 

Cela se relie à un texte du Midrash au niveau des trois patriarches : Dieu demande à Abraham à Isaac et à Jacob ce qu’il préfère pour leur descendance entre l’enfer ou l’exil ? Finalement les patriarches préfèrent l’exil. On pourrait s’étonner : est-ce la seule éventualité ? l’enfer ou l’exil ?   

Alors je crois que ce texte (de Gikatilla) nous aide à mieux comprendre : étant donné ce qu’est Jacob-Israël, ce Monde-ci est la porte de l’enfer ou, si Dieu le veut, de l’exil.  

  

C’est donc cela le sens du verset que Isaac a aimé Esaü parce qu’Esaü avait le gibier dans la bouche. Ce gibier, cette proie, c’est Israël qui aurait risqué de tomber en enfer mais que Esaü a pris comme gibier.

 

Faites bien attention, nous lisons un texte kabaliste. Cela donne des cauchemards, c’est tellement clair que cela fait peur.

 

Q: Tous les exils depuis Abraham dans la souffrance, pourquoi pas dans le calme ?

R : On en a parlé tout à l’heure : étant donné que nous avons été habitués pas l’histoire et à priori, à ne connaitre comme temps de dispersion qu’un temps qui s’appelle l’exil avec comme connotation la persécution, le mépris (Vous vous rappelez de « l’enseignement du mépris » de Jules Isaac), tout ce qu’a été la vie des Juifs chez les Goyims, même les exils dorés à l’abri des serrures, bouclés,  alors on a oublié qu’il y avait cette éventualité d’une relation aux nations dans la gloire. Un peu comme la conscience chrétienne acceuillerait en son sein les Juifs comme elle accueille le Seigneur.    

Imaginez cette histoire qui aurait pu être que chez les Chrétiens les Juifs seraient la présence du sauveur. Ils adorent cela en effigie mais en réalité c’est le sort des Juifs dans le monde chrétien. Et lorsque les prêtres chrétiens disent à leurs ouailles chrétiennes : vous crucifiez votre Seigneur tous les jours ils ne savent pas que c’est la vérité : c’était le sort des Juifs tous les jours.

Cela aurait été une éventualité de ce genre. J’ai entendu dans le temps contemporain certains prêtres chrétiens qui commençaient à découvrir cela. Mais c’est très récent. Quand on s’est habitué à ce que la connotation de ce terme d’exil est la souffrance, la persécution, la déportation, alors on entend plus cette autre éventualité qu’effectivement la venue au monde, la relation au monde extérieur, pourrait être dans la gloire d’une âme accueillie par un corps.

 

Q: Est-ce que le fait qu’Esaü sauve Israël de l’enfer risque de lui être imputé comme mérite ?

R : Il va le dire après.

Q : Ou bien est-ce que il ne faut pas considérer plutôt qu’il s’agit d’un acte d’évolution sachant que de tout façon il en a besoin et qu’il ne peut pas perdre la possibilité de participer au mérite du monde, la certitude de l’avoir chez soi pour être sûr qu’il ne soit pas ailleurs ? 

R: Je relierais cette question au fait que le texte nous dit plus tard que Isaac préférait que les enfants de Jacob soit en exil chez Edom  chez Essav, et pas chez les autres nations. Mais alors avant cela il y a quand même un préalable. Au fond on ne comprend pas ce qu’est être sauvé de l’enfer mamash ? Cela veut dire qu’on est habitué d’employer cette expression d’enfer mais c’est une façon de parler. Je crois en avoir dit suffisamment en disant qu’un être voué au Monde-à-Venir vivant dans ce Monde-ci est en danger perpétuel de faute. Parce qu’il n’y a de faute que les fautes d’un juste. Le Rav touchera un peu ce point ultérieurement.

Il en a d’abord parlé en citant le verset  כָּל-אֹכְלָיו יֶאְשָׁמוּ   Kol Okhlav Yeshamo. C’est un peu le sujet.

D’après ce texte, tout exil c’est Edom. Et ce n’est qu’historiquement au 4ème exil que c’est Edom mamash. Nous avons un texte important du Maharal qui montre que chacun des exils des grandes civilisations est un indice de mise à l’épreuve : Nefesh, Roua’h, Neshamah et l’exil d’Edom les récapitule tous.

 

La question est de savoir si il peut y avoir une rédemption, un Tikoun, un salut pour Esaü ?

C’est au fond le sens de ta question.

 

Je pense personnellement que quelque soit l’optimisme ou l’espérance que l’on peut avoir que c’est irréversible et trop tard. Il ne semble pas que cela se dirige vers une solution positive pour Esaü.

En particulier, par le fait que la mort de repentir pour Esaü en tant que tel vient après la Shoah. Après la Shoah c’est trop tard ! Au fond à l’intérieur de cette question, une autre que je me pose : pourquoi les Juifs ont-ils tendance à préférer ce type de civilisation d’Esaü à tous les autres nations ? Du point de vue de l’histoire contemporaine, finalement toutes les communautés juives des pays d’islam, donc de l’exil d’Ishmaël, qui ne sont pas rentrées en Israël ont préféré rejoindre Essav. Il y a donc quelque chose qui travaille !

 

Q: La notion d’enfer me trouble, je la croyait étrangère au judaïsme ?

R: Il vaudrait mieux l’entendre par Guéhinam. Arrivé en Israël une des choses qui m’ont étonnées -c’est un humour juif colossal - c’est qu’on m’a montré où était le Guéhinam ! Avec un tranquilité déconcertante : c’est ici le Guéhinam ! Il faudrait dire d’ailleurs le Guéhinom la vallée de Hinom. Au fond, et je n’en parlerais pas j’en suis absolument incapable, je ne sais pas de quoi il s’agit j’y suis encore jamais allé, mais enfin au niveau des concepts on peut comprendre de quoi il s’agit.   

 

Q: Israël comme un ange déchu cela pose finalement le problème de la venue du Mashi’ah qui ne vient qu’à la fin des temps et qu’Israël n’a pas la possibilité de le faire avancer... ?

R: Comme nous sommes à postériori du temps passé et du temps perdu, on est bien à l’aise pour dire que la question ne se pose plus. Le Maharal en a parlé : il a dit que cela aurait pu être déjà depuis le début des 2000 ans des temps où le Messie pouvait venir, le temps étant passé maintenant nous sommes à la fin, alors on attend la fin. Donc c’est une question maintenant théorique et abstraite. A priori, cela aurait pu être possible.

Et à priori on a prié :

בעגלא ובזמן קריב   Bahagala v’bizman kariv

 Bimhera Beyamenou,

Hayom im békolo tishmaou

Mais à postériori il se dévoile que...

Je reprendrais votre question parce que cela ne veut pas dire que métaphysiquement objectivement c’était pas possible. Mais on ne l’a pas voulu et on a préféré attendre la fin.

Q : C’est ce que voit Its’haq ?

R : Non pas à ce moment du texte ! Its’haq ne voit pas le retard, il voit le phénomène et non pas la perspective historique sur laquelle vous avez posé votre question. Que cela dure 2000 ans ou une génération c’est le même problème ici dans ce texte.

Il y a eu un retard, et il se dévoile semble-t’il que nous le peuple juif avons choisi d’être en retard.

…/…

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***

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 17:02

Galout et Geoula - Shaarei Ora - Maharal (1989)

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/pensee/le_drame_de_l_exil_shaarei_ora/cours_1

Face A

 

J’ai choisi deux textes sur le sujet général de l’exil : l’un dans un livre d’un kabaliste qui est le Shaarei Orah de Yossef Giquatillia et l’autre est du Maharal.

 

Nous commencerons par le Shaarei Orah.

 

Le sujet général c’est la bifurcation de l’exil : le fait qu’il y eu dans l’exil d’Israël en général différentes civilisations qui ont été traversées, mais dans ce dernier exil qui est l’exil du 2ème temple qui a duré 2000 ans jusqu’à nous, il y a eu ce que j’appelerais une bifrurcation d’identité entre Séfardim et Ashkénazim.

Les Séfardim sont Israël en exil dans le monde de la descendance d’Ismaël

Les Ashkénazim sont les Juifs d’Israël en exil dans le monde chrétien (la descendance d’Essav).

En fait, du point de vue traditionnel cet exil est appelé l’exil d’Edom. Et s’est adjoint à Edom Ishmaël. C’est-à-dire que tous les textes, sans aucune exception, font foi de ce que ce 3ème exil est appelé l’exil de Edom. On y ajoute aussi Ishmaël mais c’est un appendice de l’exil de Edom.

Il semble bien que les événements contemporains dévoilent cela, en tout cas en Europe.

La dispersion juive de l’exil contemporain est dans le monde de la chrétienté mais il y a une dimension qui concerne l’Islam.

 

J’ai choisi donc deux textes.

 

Le 1er texte concerne la définition de l’exil d’Israël dans Edom. Edom c’est le nom de la nation fondée par Esaü, en hébreu Essav, dont le peuple se nomme Edom.

Je résume brièvement ce que vous avez appris par ailleurs.

Et pour la tradition, c’est en particulier mis en forme dans les commentaires d’Abrabanel. Mais depuis déjà les textes talmudiques la tradition de Essav dans sa contestation d’identité par rapport à Jacob qui va fonder Israël s’est réalisé dans l’histoire dans la civilisation romaine. Donc il s’agit d’une période de temps de civilisation de 2000 ans, ce qui est très long.

 

Quelques repères, nous irons à y revenir dans les analyses des conférences :

Il y a 2 périodes dans l’histoire de Rome par rapport à notre sujet : la Rome païenne et la Rome chrétienne.

Mais dans tous les cas la référence traditionnelle à Edom se réfère au génie de civilisation que Rome a représenté dans l’histoire universelle et, en particulier pour nous, lorsque la civilisation romaine devenue chrétienne a repris l’interpellation d’identité entre Esaü et Jacob telle qu’elle nous est racontée dans la bible.

 

Ceci dit, je voudrais vous raconter la raison pour laquelle j’ai choisi dans le Shaarei Orah le texte de notre étude.

 

C’est un souvenir qui me vient de très très loin lorsque j’étudiais avec mon maitre, notre maitre  Jacob Gordin za’l, la Hagadah de Pessa’h. Il y a donc plus de 40 ans. Nous étions arrivé au passage suivant: « déverse Ta colère sur les nations qui ne Te reconnaissent pas et sur les royaumes qui ne T’invoquent pas dans la joie... »

Et là M. Jacob Gordin m’a dit à moi qui arrivait d’Afrique du nord après la guerre et qui découvrait le monde de Edom que je connaissais à travers les livres et les Goyim d’Afrique du Nord. Les Arabes on les appelaient les Arabes mais les Goyim c’était les Européens à l’époque. Il m’a dit : « cela fait référence à Ishmaël ».

 

Et puis il m’avait expliqué que la rivalité entre Ishmaël-Yisraël était beaucoup plus grave que celle avec Edom. Pour moi, juif séfarade élevé en pays d’islam, cela m’a paru étonnant parce que nous avions dans notre expérience juive souvenir des persécutions dans le monde chrétien pour les ashkénazim beaucoup plus considérables que ce qui avait pu se passer dans le monde des pays d’islam.

 

En fait, il fallait tenir compte des certains facteurs. Je parle du temps d’avant la Shoah. Mais finalement cela fait partie de l’histoire des Ashkénazim dans l’exil d’Edom bien qu’il y avait aussi des communautés séfarades dans le monde chrétiens, comme il y a eu aussi certaines communautés ashkénazes qui sont restées de fidélité ashkénaze dans le monde musulman. Et c’est une histoire qui traverse des siècles. Et en dominante, les Juifs de civilisation chrétienne sont Ashkénazim et les Juifs de la civilisation islamique sont Séfardim. Et pour un juif séfarade la mémoire historique c’était que les persécutions que les Juifs ont subi dans le monde chrétien était sans aucune mesure avec les persécutions importantes et graves que les Juifs ont subi en pays d’islam

 

Mais il y avait un facteur duquel on ne tenait pas compte c’était le nombre : il y avait proportionnellement, pas à tous les siècles, beaucoup moins de juifs en pays d’Islam qu’il y en a eu en pays européens. Surtout à partir de l’explosion démographique du judaïsme askénaze qui est malgré tout assez récente en pays d’Europe. Ceci se réfère à un problme de géopolitique si j’ose dire, c’est lorsque la civilisatìon européenne s’est développée, l’importance des communautés juives en civilisations européennes est devenu beaucoup plus grande que dans les temps où la civilisation était surtout islamique et donc les communautés juives étaient surtout séfarades.

 

Il y a aussi d’autres facteurs : il y a eu énormément d’épidémies qui ont décimé les colonnies séfarades à certains moments. Il y a eu aussi le fait que il y a eu beaucoup plus de convertis au judaïsme ashkénaze qu’au judaïsme séfarade, en particulier l’histoire des Khazars qui n’était pas le seul événement. Donc, si on tient compte du facteur du nombre alors évidemment les persécutions de la part des Chrétiens, il suffit de mentionner les croisades et l’inquisition, nous paraissaient beaucoup plus spectaculaire que les persécutions indéniables mais en moins grand nombre que les juifs avaient subi en pays musulmans. Quoique la mémoire juive contemporaine surtout des juifs nord africains se souvenaient surtout des relations des communautés en pays d’islam dans l’époque coloniale. C’est-à-dire par exemple en Afrique du Nord lorsque l’armée et la police étaient européennes françaises et qu’on avait oublié ce qui se passait avant l’arrivée des Européens dans les colonies. Je dis cela en particulier pour les Juifs marocains, vous comprenez pourquoi sinon j’explique un peu plus. Parce qu’il y a une sorte de véritable perte de mémoire immédiate qui fait que les Juifs marocains installés en Europe, en partiuculier en France ont une sorte de mirage d’une symbiose idyllique entre les communautés juives et la société marocaine arabe. Et il ne faut pas oublier que ce n’était pas du tout le cas avant l’arrivée des Français. Et même après l’arrivée des Français, il y a eu des pogromes, je parle de ma jeunesse, j’étais en Algérie mais on savait ce qui se passait. Seulement du point de vue du nombre il est indéniable – et je parle du temps d’avant la shoah - que les Ashkénazim ont beaucoup plus soufferts en quantité et en énormité des persécutions des chrétiens que les juifs séfarades qui étaient en situation d’escalvage mais protégés légalement par la loi musulmane en pays musulmans.

 

Il suffit donc de se remettre en mémoire deux termes comme croisades en Europe et l’inquisition bien entendu. Par rapport à l’inquisition, cela commence en Espagne, c’est un cas particulier dans le sens que le judaïsme espagnol était un judaïsme séfarade, c’est-à-dire judéo-arabe, traduit en espagnol. L’espagnol étant une langue et donc une culture des pays chrétiens. C’est secondairement lorsque les chrétiens ont reconquis l’Espagne que l’inquisition sonne espagnole, mais ce judaïsme était un judaïsme séfarade et non pas ashkénaze.

 

Et alors j’étais très étonné, ce fut une des rares fois, au cours donné par Jacob Gordin : il m’avait dit très clairement « l’antisémitisme » (terme anachronique) d’Ishmaël est plus grave que celui de Essav. Finalement par la suite, et bien après sa disparition j’ai compris à ma manière. Une formule que j’ai du certainement vous citer qui me servira de pré-introduction :

 

Finalement, la persécution des Juifs dans le monde chrétien - le monde de Edom - a accompagné la dispersion dans l’histoire juive. L’antisémitisme (terme anachronique) a accompagné la dispersion dans l’histoire juive. Alors que ce qu’on pourrait appeller l’anti-judaïsme musulman (terme également impropre) accompagne le retour, et c’est beaucoup plus grave.

 

C’était le souvenir que je voulais citer. Ce n’est que très récemment en reprenant ce texte du Shaarei Orah que j’ai mieux compris et que je crois deviner quelle aurait été la source de cette indication.

Je mets tout cela au conditionnel puisque je ne sais pas du tout quelle était sa source mais je me souviens de cette perplexité : comment savait-il ? Monsieur Gordin était un juif d’origine russe, je ne pense pas qu’il ait de loin ou de près rencontrer la culture musulmane sinon dans sa connaissance.

 

C’est pourquoi j’ai pensé choisir ce texte qui est extrêmement paradoxal apparemment comme vous allez le voir, puisqu’il s’agit d’un kabaliste séfardi, d’Espagne qui va privilégier de façon étonnante  l’exil des Juifs chez Essav en Edom plutôt que l’exil des Juifs dans les autres nations.

On s’attendrait au contraire que un kabaliste espagnol, séfardi dise l’inverse et dise que la relation entre Israël et Essav est plus dangereuse que la relation avec Ishmaël.

 

D’autant plus que dans ce texte il n’y a aucune allusion à Ishmaël. Il y a l’exil chez Edom-Essav et d’autre part l’exil chez les autres nations. C’est pourquoi en introduction, j’avais tenu à indiquer que dans l’ensemble des sources traditionnelles cet exil de 2000 ans qui suit la destruction du 2ème temple est toujours appelé l’exil d’Edom bien qu’une partie très importante de la bifurcation de l’exil dans les pays de l’islam soit l’exil chez Ishmaël. Mais semble-t’il la dimension Ishmaël du point de vue de l’exil est un appendice de l’exil d’Edom. L’exil c’est essentiellement Edom.

 

Je me souviens de poèmes – piyoute terme étymologiquement proche du grec Poiaïn le créateur – qui avaient des expressions comme « Edom véArav » – « Edom et l’Arabie ». Mais dans toutes les sources traditionnelles en particulier lorsque les textes se réfèrent aux Sarim, les anges tutélaires des nations, Ishmaël n’a pas de Sar particulier : le Sar d’Ishmaël c’est le Sar d’Edom.

 

Lorsqu’on suit les événements contemporains sans entrer dans un détail d’identification hasardeux, on se rend compte à quel point le conflit est avec Edom mais qu’il a une dimension Ishmaël. Je pense surtout aux événement de cet été où l’on voit que l’importance de l’interpellation d’identité que nous avons avec le monde extérieur de la famille d’Abraham, c’est essentiellement avec la chrétienté mais qu’il y a une dimension musulmane qui prendra sûrement de l’importance dans le futur, et qui semble-t’il n’est qu’une dimension du problème d’identité Edom.

 

On commence tout de suite ce texte, d’abord quelques mots sur Gikatilla l’auteur du Shaaré Orah. Il s’agit d’un disciple de Rabbi Abraham Aboulafia qui a vécu d’après les historiens de 1248 à approximativement 1325, en Castille. Il a écrit un certain nombres d’ouvrages. En particulier le Shaaré Orah, qui est à mon sens du point de vue des études que j’ai pu faire dans ce domaine, la base de l’enseignement de la Kabalah espagnole par écrit. Tous les Kabalistes postérieurs se réfèrent à cet ouvrage qu’on peut considérer comme vraiment fondamental. Ceux qui voudraient le temps venu et la maturité venue, commencer à s’initier à la Kaballah aux sources écrites de la Kabalah espagnole, indépendament du Zohar ou du Sefer HaBahir d’autre part, trouveront là je pense une clef. C’est un des rares ouvrages qui met en évidence qu’on ne peut absolument pas comprendre l’enseignement des Kabalistes sinon du dedans de l’enseignement de la Torah. C’est dire qu’il y a un lien essentiel entre la Kaballah et l’enseignement de la Guémarah du Midrash et du Tanakh, et qu’on ne peut pas dissocier ces deux dimensions de la Torah Shébéalpeh.

Beaucoup d’ouvrages paraissent qui parle de Kaballe et qui présente la Kaballe comme une philosophie mystique indépendante du judaïsme, qui pourrait exister en soi comme un système de « lecture du monde » comme certains disent, et cela n’a aucun sens.

 

Je cite souvent un enseignement du Rav Schneerson le cousin du Rabbi :

« Quelqu’un sans la Kabalah on ne peut pas dire qu’il a la connaissance humaine puisque un homme sans la connaissance n’est pas un homme », mais la Kaballah c’est la connaissance qui fait que la pensée humaine comprend ce qu’est le monde de l’homme et de l’identité humaine.

Comme nous le disons dans la Téfilah : « Adam sans Daat n’est pas Adam »

Mais un juif sans la Guémara n’est pas un juif !» Alors qu’est ce qui est le plus grave ?

Un homme qui ne soit pas un juif ou un juif qui ne soit pas un homme ?

Vous avez compris qu’il y a deux écoles...

 

On trouve en tout cas dans cet enseignement cette unité, cette identité entre la Torah Shébéalpéh de la Guémara, du Niglé - les enseignements dévoilés – et du Nistar – les enseignements que l’on appelle cachés. Mais dès qu’ils sont mis par écrit c’est qu’ils sont dévoilés. En tout cas, qu’ils sont donnés à être dévoilés. Ceci pour dire que c’est pour beaucoup d’enseignants la clef du vocabulaire de l’enseignement de la Kabalah.

 

***

Texte hébreu du Chapitre de la Genèse – Berechit chapitre 27.

Je rappelle brièvement le sujet de ce chapitre 27 : c’est l’échange de bénédiction entre Jacob et Esaü. Vous avez étudié déjà dans d’autres études la signification de cet enseignement du chap. 27.

 

Je vous rapelle le principe utilisé dans l’enseignement du Shaaré Orah : c’est que l’identité d’Esaü est finalement vouée à ce monde-ci, alors que l’identité de Jacob est vouée au monde à venir, et par là elle est en danger dans ce monde-ci.

Quel danger ?

Etant donné la nature de ce monde-ci, l’identité qui ne serait chez elle que dans le monde de la perfection des valeurs morales est en danger d’être atteinte dans ce monde de l’imperfection de ce monde-ci. Par conséquent, tant que l’histoire de l’identité d’Israël dans ce monde-ci n’a pas abouti à son Tikoun, sa plénitude, elle est en danger d’être atteinte de faute, de faute d’être.

 

Par définition Israël est en exil dans ce monde-ci. Et donc l’enseignement général de la tradition à ce sujet c’est que Esaü c’est l’être de ce monde-ci, il est chez lui dans ce monde-ci : les empires sont les empires de type Esaü, la civilisation de l’histoire c’est Esaü. Et c’est ainsi que l’histoire s’est déroulée : ce n’est pas Jacob, ce n’est pas Israël qui a fondé l’empire romain. Ce n’est pas le judaïsme qui a été la religion de l’empire, c’est le christianisme, la deuxième étape.

Esaü c’est donc l’homme de ce monde-ci, Jacob c’est l’homme destiné au monde à venir, et par définition il est en exil dans ce monde-ci. Et lorsqu’il est en exil, il est dans l’exil d’Edom.

C’est le principe du texte que nous allons commencer à étudier.

 

Q : Ce tableau concerne toute l’histoire ? Edom est le dernier exil ?

R : Je vous renvoie à Brit bein habétarim lorsque Dieu a révélé à Abraham l’histoire de sa descendance, il le lui a révélé dans une vision qui est appellée en hébreu Brit habétarim : l’alliance des morceaux au chapitre 15.  Abraham a une description de sa descendance. Si ta descendance est Israël alors « savoir tu sauras qu’elle sera en exil... » Avec en gros plan l’indication historique de l’exil qui sera l’exil d’Egypte, modèle de l’exil des 4 empires. Cela se rattache à un problème général que nous avons étudié d’autre part : La condition d’Israël est la condition de créature par excellence. Or, la condition de créature par excellence c’est la condition d’exil. La création sépare la créature du Créateur, et la créature est en situation d’exil fondamentale, essentielle, à l’origine. C’est pourquoi toute créature en quête de salut finit par rencontrer le message d’Israël. C’est dire qu’on peut sortir d’exil : ce que les Goyim appelle le salut.

La question n’est donc pas « pourquoi y a-t’il exil ? » Le miracle c’est quand il n’y a pas exil !

 

Q : Cela veut dire qu’il n’y avait pas de possibilité pour Israël qu’il n’y ait pas d’exil ?

R : Si, si, il y avait une possibilité pour Israël qui est dispersion-diaspora dans la gloire. Et il y a eu des moments dans l’histoire des patriarches et d’Israël de présence en dispersion dans la gloire. Mais ici nous sommes obligés d’employer deux termes simultanément : exil avec toute la dimension négative et kafkaïenne catastrophique, et d’autre part le terme de dispersion.

 

Quans je dis « exil » en parlant de la condition de créature c’est l’éloignement de la source de son propre être. Or, les hommes à travers l’histoire universelle ont découvert l’existence d’un peuple dont la manière historique d’être était cette manière d’être de la créature mais au niveau historique.

Cela explique ce que les Goyim appelle un « mystère », ce fait que « le salut vient des Juifs ».

Ce qui signifie que l’annonce, le témoignage de ce salut provient de l’existence juive. Lorsque l’on comprend l’existence juive alors on comprend que le salut est possible.

 

Je me suis formulé dans ma mémoire cette notion d’après ce que j’ai entendu d’Elie Wiesel immédiatement après la guerre mondiale. On s’est aperçu un peu partout et en France bien entendu

d’un phénomène d’intérêt pour l’histoire juive et tout ce qui concerne le judaïsme, pour la littérature juive. Avant la guerre mondiale trouver un livre de judaïsme était très difficile. C’était dans la clandestinité. Actuellement, nous vivons une phénomène de librairie colossal. Tout et n’importe quoi.

 

Elie Wiesel l’expliquait de cette manière : Subitement l’humanité découvre qu’elle est sous la menace de la disparition et elle découvre en même temps le peuple qui a toujours vécu de cette façon... Alors on lui demande comment il a fait… Cela rend compte de ce qui s’est passé pendant 4000 ans et c’est le témoignage du récit de la Bible que l’identité humaine en exil en tant que créature a rencontré l’identité Israël qui témoigne de ce qu’on peut sortir d’exil.

 

A noter la différence de niveau : 

Il y a un niveau métaphysique: la situation de créature.

Et un niveau historique : l’histoire des Juifs en tant qu’ils sont héritiers des Hébreux.

 

Je crois que c’est la notion de Évangiles en langage chrétien qui signifie en hébreu Bessorah Tovah « bonne nouvelle »: l’humanité a entendu une bonne nouvelle en rencontrant Israël.

 

De quoi s’agit-il ?

Dans la liturgie chrétienne, voir l’importance que prennent dans la liturgie les fêtes chrétiennes et juives La pâque est centrale : c’est l’expérience que le salut est possible et que le sauveur va sauver. Pâque originellement c’est l’expérience que la sortie d’exil est possible.

 

Q : Je voulais savoir si l’exil était inévitable ?

R : Ce qu’il faut d’abord découvrir c’est que l’exil c’est la condition de la créature, le monde est en exil de Dieu : nous sommes éloignés de la source de l’être qui nous a donné l’être : donc nous sommes en exil absolu au niveau métaphysique. Or, il existe un peuple sur terre dont la manière existencielle est celle de l’exil et qui le sait... Mais on peut l’oublier : Pas de pire exil que de ne pas savoir que nous sommes en exil.

 

Q : Alors est-ce que cela veut dire que l’exil est naturel au peuple juif ?

R : Non, non, l’exil n’est pas naturel mais l’exil est la condition de créature. Par conséquent, ce qui est naturel pour Israël c’est d’être Israël. Et il y a 2 possibilités : ou bien ce qu’on appelle avec un terme impropre la situation de diaspora, de relation aux nations, ou bien ce qu’on appelle la condition d’exil dans le sens habituel du terme c’est-à-dire le déporté, le métèque, l’étranger...

Et lorsque  les Français ont donné la citoyenneté aux Juifs ils ont parlé de diaspora. Diaspora de relation aux nations dans la gloire ou bien l’exil dans la signifaction habituelle d’étranger, de non intégrable... Et lorsque les français ont donné la citoyenneté aux Juifs, ils ont oublié ce que voulait dire l’exil, ils ont parlé de diaspora.

Lorsque vous dites que l’exil est la situation naturelle de l’histoire juive, alors il y a différents niveaux. En tout cas cela nous explique ce que signifie l’attente du messie.

A condition de comprendre qu’il y a deux niveaux dans cette attente messianique : celui du retour d’Israël sur sa terre et la fin de l’exil du monde qui est la fin des temps historiques.

 

J’ai dit beaucoup de choses dans ces quelques phrases ramassées  mais c’est votre question qui m’y a poussé. Mais vous comprenez le problème. Je veux dire que ce qui est naturel pour Israël c’est de porter le témoignage que l’identité réelle est la sortie d’exil. C’est ce que les Goyim appelle le salut qui vient d’Israël. J’ai étudié les Évangiles pour savoir pourquoi je n’étais pas chrétien: le verset de l’évangile dit : « le salut vient des Juifs ». Il n’y a pas écrit le salut vient du Christ !

Qu’est-ce que les Goyim qui ont vécu cela voulait dire par là ?

En rencontrant l’identité juive ils ont compris une bonne nouvelle que le salut est possible.

Mais qu’est-ce que la foi des Juifs ? C’est que on peut sortir d’exil !

Alors, tranposer cela du niveau historique au niveau métaphysique et vous aurez la réponse.

 

Q: inaudible

R: Très récemment depuis la Shoah cela a changé.  On ne pourra pas oublier que cette découverte ne s’est produite qu’après la Shoah. A la vérité avant la dernière guerre mondiale, il y a eu un mouvement chrétien (les Chasles -  de Madeleine Chasles) de ressourcement biblique qui allait dans ce sens mais n’est devenu réel qu’après la Shoah.

C’est un problème : Pourquoi a-t’il fallu attendre cela ?

 

Dans tous les cas, il y a là un sujet important : cela semble aller de soi pour les Kabalistes que cette destination de l’exil était semble-t’il inévitable.

 

Précision : le lien à l’universel humain pourrait être dans ce qu’ont connu Abraham, Isaac, Jacob, Joseph chacun à leur époque. Certaines communautés juives dans l’histoire dans la gloire de la reconnaissance d’être porteur de salut – comme on dit en français les « théophores ». Mais cela pourrait aussi être comme nous allons le voir l’exil dans le sens habituel du terme. Ce que nous avons connu malheureusement avant l’émancipation en Europe et depuis l’émancipation en Europe aussi.

 

Shaaréi Orah sur le chapitre 25 verset 28 :

 

Et ainsi tu trouveras à propos de Isaac (dans le chapitre 25 verset ) qu’il est écrit (trad. rabbinat):

וַיֶּאֱהַב יִצְחָק אֶת-עֵשָׂו, כִּי-צַיִד בְּפִיו; וְרִבְקָה, אֹהֶבֶת אֶת-יַעֲקֹב

lsaac préférait Ésaü parce qu'il mettait du gibier dans sa bouche; mais Rébecca préférait Jacob.

 

Il y a un verset où la Torah raconte que lorsque les 2 enfants Jacob et Esaü sont nés, Issac a aimé Esaü « Ki Tsaïd béfiv car il avait le gibier dans la bouche » : Tsayid : le produit de la chasse. Il y a beaucoup de textes au sujet de ce verset mais je vais isoler celui qui est pour notre sujet. On apprend alors que Rébeccah va préférer Jacob, que Isaac aimait Esaü, et le verset précise « Ki Tsaïd béfiv car il avait le goût du gibier dans la bouche »...

Le Rav demande : « est-ce qu’un grand juste comme Issac Avinou, sur lui la paix, de qui la présence de Dieu ne s’est jamais écartée même pas un instant aurait aimé un tel méchant parfait comme Esaü ? »

L’étonnement du commentaire : comment le verset peut-il dire que Isaac a aimé Esaü ? Indépendamment de l’explication qui va nous être donnée « parce qu’il avait le goût du gibier dans la bouche », comment le texte peut-il écrire que Isaac a aimé Esaü ?

Et dès qu’on entend « gibier » on sait qu’Esaü est Rashâ, un chasseur !

Question plus fondamentale : comment peut-on trouver dans la même maison que Jacob un être chasseur : quelqu’un qui pour obtenir sa nourriture chasse des être vivants ?

Vous savez à quel point dans la sensibilité juive la chasse est quelque chose d’abominable. Je pense à Saint-Hubert bénisseur de la chasse dans le christianisme.

Il y a aussi des chasseurs juifs bien entendu. Ceci explique comment Esaü peut naître chez Isaac.

Mais il est bien évident que dans la sensibilité juive, dès qu’on entend les termes « gibier », « chasse » ceux-ci concernent le Rashâ gamour ! Quelqu’un qui est capable de chasser pour manger est finalement capable de n’importe quoi.

 

En ce qui concerne tout ce qui concerne l’histoire du monde, depuis Kaïn et Abel, il n’y a qu’à lire les journaux comment les hommes tuent les hommes... C’est la chasse !

…/…

 lire la suite...

***

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PENSÉE JUIVE
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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 14:36

Séminaire sur la création (1979) - Cours 6e

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_6

Face E

 

 

.../...

 

en réalité je vous ai lu Rashi pshat. Le Rashi est plus profond c’est l’inverse. 

C’est avec le Yetser Hara que cela va de soi. 

Au niveau Pshat, servir Dieu en mangeant c’est facile. Servir Dieu en ne pas mangeant c’est difficile. On inverse : servir Dieu en ne pas mangeant c’est facile. Servir Dieu en mangeant c’est difficile.

 

Exemple de Kipour : il y a deux jours de Kipour. Un jour de Kipour qui est le 10 Tishri où l’on jeûne, on ne mange pas, c’est facile. La veille le 9 Tishri, on ne fait que manger, et on fait Kipour : c’est difficile. La Torah nous donne deux versets différents pour Kipour : le 9 et le 10. La tradition a expliqué qu’il y a deux conduites à Kipour.    

 

Autre exemple de l’ambivalence de la vertu.

Anav humble - Ani pauvre. C’est très proche.

 

Guemara : de qui peut-on dire vraiment qu’il est humble ? de quelqu’un qui est riche ! Parce que le pauvre on ne peut pas savoir s’il est humble parce que humble ou s’il est humble parce que pauvre.  

 

  < Fin >

 **************

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans KABALAH
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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 14:31

Séminaire sur la création (1979) - Cours 6d

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_6

Face D

   

.../...

coupable de ne pas l’avoir encore accomplie mais il n’y a eu aucune faute. Mais lorsque que la Mishnah veut l’indiquer en voulant évacuer complétement l’harmonique de sens de culpabilité, elle ne dit pas ‘Hayav elle dit ‘Hav pour indiquer que c’est l’accent de ‘Hovah auquel il faut se référer et non pas du tout l’accent de culpabilité.

 

En hébreu nous disons « soumis à obligation » avec le même mot qui signifie « coupable ».

Etre coupable de quoi ? D’une faute ?

 

La réponse est très simple : être coupable de n’avoir pas encore accompli cette obligation. C’est une culpabilité innocente. Qui est très proche de la notion de responsabilité, mais pour qu’elle soit vécue en tant que Tikoun, il faut évacuer la dimension de culpabilité. Il y a ici un thème de réflexion important : distinguer entre la culpabilité et la responsabilité. Etre responsable de quelque chose ne signifie pas forcément être coupable. Ce problème touche le tempérament juif de façon très profonde puisque la conscience juive est très sensible à la notion d’obligation et de loi et il y a énormément d’erreurs de la conscience qui basculent dans ce problème, de la responsabilité à la culpabilité. Peut-être est-ce là le commencement d’explication de tant de névroses juives : une erreur de la conscience. Occupé à une conduite de responsabilité, on tombe dans une névrose de culpabilité alors qu’elle n’est pas fondée.

 

Nous sommes-là au bord de cette découverte du souci du Tikoun. Il y a quelque chose à réparer. Quoi ? Quelque chose de très fondamental : le fait que je ne suis que dans la mesure où je reçois l’être qui me fait être.  Mais cet être que je reçois et qui me fait être je ne l’ai pas encore mérité.

Alors c’est pourquoi dès le début, il est en état de Shevirat Hakelim, en état de chaos et d’obscurité et de diaspora intérieure et d’éclatement de l’unité... enfin, de désordre de la conscience.

 

Zakaï :

 

De la même manière, lorsque l’on veut dire de quelqu’un qu’il est innocent on dit qu’il est Zakaï. Et lorsqu’on veut dire de quelqu’un qu’il a acquis un mérite on dit qu’il est Zakaï avec le même mot.

 

Etre Zakaï c’est donc être innocent de cette culpabilité innocente, mais à postériori de l’acquis du mérite.

 

L’expérience montre que si on n’a pas élucidé ce vocabulaire, la relation à la loi morale risque d’être une conscience malheureuse. Parce qu’on confond ces deux ensembles de catégories. Et on croit qu’avoir une obligation c’est être coupable et que finalement avoir accompli l’obligation c’est être acquitté d’une dette. Ce vocabulaire-là encombre les écoles juives, et c’est la soucre d’énormément de névroses. Cette confusion conduit à une relation à la loi qui créé ce mythe du « péché originel ». A l’origine du désordre, non la faute mais Shevirat Hakélim. Et quant il y a faute cela complique la Shevirat Hakélim mais pas plus.

 

Nous allons partir de cette notion : il y a dès le début un Tikoun à faire de cette manière d’être qui consiste à être dans la mesure où je reçois l’être qui me fait être. Et donc le Tikoun que j’ai à faire c’est le Tikoun de ma condition de créature. Etre en condition de créature c’est être au niveau du mal, dans ce sens de culpabilité innocente : avoir reçu avant d’avoir mérité. Il y a là une contradiction qu’il faut faire éclater, et dépasser.

 

Je dirais que là, l’expérience nous le montre dans la confrontation des cultures, qu’il y a là place pour une différence de sensibilité entre l’hébreu et le non-hébreu, entre les juifs et les non-juifs.

Il y a une différence de sensibilité dès l’origine. Il faut comprendre ici l’analyse de la notion de la grâce. C’est dire que l’être nous est d’abord donné à priori de toute histoire, de tout effort de mérite, en grâce. Et la réaction de la sensibilité hébraïque c’est qu’il faut dépasser cela. Tant que je suis dans cet état de grâce, je suis encore dans cet état de culpabilité. Je n’ai pas encore mérité ce qui m’a été donné en grâce. Alors, il ne faut  pas oublier la grâce du don de grâce, mais tant que je suis dans l’état de grâce, je suis dans l’état de ‘Hovah. J’ai une dette à acquitter. Ce Tikoun de la transformation de l’être qui reçois l’être en être qui donne l’être.

 

Et là nous aurions une impossibilité de dialogue avec la sensibilité chrétienne qui a complétement inversé les données du problème, et pour qui le bien est précisément cet état de grâce. Alors que pour la sensibilité juive c’est un état spirituel de la première enfance.

 

Nous avons reçu, en tant que créature, l’être qui nous fait être, par grâce. Et la maturité spirituelle c’est lorsque la conscience morale arrive au souci du Tikoun, c’est-à-dire mériter ce qui arrive par grâce. Et c’est là que le juif aborde la majorité spirituelle, stade que le chrétien n’atteindra jamais puisqu’il désigne comme summum de la vie spirituelle, « l’état de grâce ». Et d’ailleurs, dans son vocabulaire, c’est le stade de l’enfance, le stade de l’innocence de l’état de grâce, en-deça du niveau du problème moral. Et en conscience chrétienne lorsqu’il faut « être sauvé », cela veut dire « être sauvé » du problème moral...

 

Sur quoi va porter le Tikoun ?

Sur la Shevirat Hakélim, mais cette entreprise du Tikoun n’est pas du tout dans une atmosphère de « péché originel ». Elle est la prise en charge de l’état du monde à son commencement, et cet état est ontologiquement nécessaire. Il ne peut pas en être autrement et personne n’en est responsable.

Sinon le projet d’un Créateur de créer un monde. Et cela commence comme ça. Alors ce n’est que lorsque le Tikoun sera achevé qu’on comprendra que cela valait la peine. Entretemps alors on supporte l’état de chaos et la tentation de se révolter (Cf. la différence entre Nimrod et Avraham)

 

Je vais alors vous proposer un schéma simple comme point de départ de l’analyse : 

Le vide d’être où sera logé le monde part d’un point. Un point qui apparait comme le centre d’un cercle. Il faut comprendre que le point au centre désigne la manière d’être en tant que recevant l’être. Alors que la périphérie de la sphère désigne la manière d’être en tant que donnant l’être.

 

Si l’être est sous forme de sphère, tous les points de cette sphère convergent vers le centre, et le point est le centre qui reçoit l’être de partout. Les points qui sont à la périphérie se dirigent vers le centre qui est le Kéli de Kaballah.

 

Cette notion de Kéli est au centre : voilà pourquoi chaque créature est au centre du monde.

Et c’est pourquoi le Tikoun doit se faire au centre. Il se fait dans cette manière d’être qui se définit de nouveau ainsi : « être en tant que recevant l’être » et qui est le point central.

 

C’est le Tikoun du point central. C’est le Tikoun de la Neqoudah Haemtsaï. Le point qui se touve au milieu qui doit être restauré. C’est lui qui désigne cette manière d’être en tant que recevant l’être qui est la racine de tout mal. S’il y a une faute cela vient de là.    

 

Dans l’analyse de ce qui est défini par quelque éthique que ce soit, et en particulier dans la loi de Moïse, si je fais l’analyse de toute conduite qui est définie comme conduite de mal, je m’aperçois que au fond de toute conduite de ce type dite mal, il y a une motivation qui est toujours la même et qui est de recevoir l’être sans l’avoir mérité. C’est là le minimum commun de toute faute.

 

On comprend pourquoi l’exposé théologique de la compréhension de l’histoire en tant qu’histoire du Tikoun par la tradition juive demande l’option préalable d’une sensibilité morale très précise : celle de l’hébreu. Il n’est pas forcément évident pour d’autre manière d’homme que l’on a le droit de posséder que ce qu’on a mérité.

 

L’inversion qui se fera en vocabulaire de théologie chrétienne est tout le contraire. Pour la sensibilité juive la vertu c’est précisément cet état de grâce. Le commencement de la vertu c’est le stade Abraham mais il faut passer par le stade Isaac. Et cette grâce que nous avons reçue doit être mise en jeu dans l’effort du mérite. Alors seulement le projet du Créateur est accompli. Parce que si je me borne au 1er stade : l’être qui reçoit l’être, le projet du Créateur est amorcé (l’être qui reçoit l’être que le Créateur veut donner) mais ce projet en tant que créateur c’est que cet être qu’Il veut donner soit vraiment acquis par la créature. Tant qu’il n’est que donné par grâce, il n’est pas encore acquis et le projet du Créateur n’est pas encore accompli.

 

C’est pourquoi après Abraham vient Isaac. Après cette ascension nous parvenons au 3ème terme où la contradiction est évacuée comme nous le verrons tout à l’heure.     

 

Mais il faut d’abord effectuer cette vertu qui consiste en cette connaissance de recevoir l’être par grâce. Fils d’Abraham. Comme le Midrash le dit : Qui était Abraham ? Celui qui a reconnu qu’il avait un Créateur. Et que signifie Créateur ? Celui qui donne ! Que signifie être serviteur de Dieu pour Abraham : je reçois ! C’est en cela que je reconnais Dieu comme Créateur. Je reconnais Dieu comme étant Celui qui donne. Que signifie le service ? Accepter de recevoir ! C’est là le service d’Abraham au Dieu d’Abraham.

 

Mais apparaît le 2ème stade :

Lorsque je comprends que Dieu a voulu me donner l’être, me le donner vraiment, pas en grâce seulement, pour que je devienne moi, alors il faut donc que j’acquiers le mérite de ce que j’ai reçu en grâce. C’est l’épreuve d’Isaac : cet être que tu as reçu  en tant que fils d’Abraham -  et d’ailleurs l’épreuve est commune à Abraham et Isaac – mérite-le !

 

Au 1er stade de « Elohei Avraham » la vertu c’est d’expérimenter cela : c’est par grâce que j’ai reçu l’être. Puis arrive le 2ème stade : cet être que j’ai reçu par grâce il faut en faire le Tiqoun. C’est-à-dire le Qiniane. Il faut que je l’acquiers. Ceux qui savent l’hebreu entendent le lien sémantique. Le Tiqoun mène au Qiniane. Il faut que je l’acquiers. Et  pas seulement par la grâce de Dieu mais par mon propre mérite. Et ici l’interpellation est très serieuse : d’où sortir ce mérite qui va être le prix à payer pour l’être que j’ai reçu ?    

Il ne s’agit pas seulement d’être mieux, dans un mieux être,  il s’agit plus fondamentalement d’être.

Il n’y a dans aucune de mes vertus au niveau de l’avoir de mes vertus, une monnaie suffisante pour payer l’être. Je peux payer ce que j’acquiererais une fois existant : un mieux être. Mais comment payer cet être qui reçois ? Avec quelle monnaie prise en moi ? Il n’y en a pas ! Sauf moi-même !

 

Et c’est l’épreuve du sacrifice d’Isaac :

Le seul prix à payer dans cette interpellation (« l’être que je t’ai donné mérite-le !») c’est l’être lui-même !

 

D’une certaine manière, la conscience chrétienne reste à ce stade des enfants d’Abraham et est terrifiée à l’idée qu’il faut passer au 2ème stade, celui des enfants d’Isaac. Laisser cela aux justes. C’est grâce à ce sacrifice des Juifs que le monde est sauvé. On raconte alors un mythe du Tiqoun de l’histoire faite par Israël. Ceux qui ont étudié ces correspondances savent que cela va jusque dans le détail le plus précis jusqu’à l’âge d’Isaac au moment du sacrifice...  La première fois c’est l’histoire, la 2ème c’est le mythe. Donc la conscience chrétienne a dit très clairement ce qu’elle voulait dire, seulement on ne sait pas lire ou on ne sait pas écouter...

 

C’est cela la notion de Tiqoun. 

Le Tiqoun porte sur moi en tant que Kéli, en tant que créature, le côté d’être qui n’est qu’en tant qu’il reçoit l’être qui le fait être. Le Kéli. En hébreu « ‘Hokhmat hakaballah ».

 

Q : Les Hébreux dans le désert tant qu’ils n’avaient pas reçu la révélation étaient ils en train de faire ce Tikoun qui n’a été réalisé que lorsqu’ils ont reçu la Torah ?

R : Baal Shem Tov sur la calomnie de cette génération du désert qui voulait de la viande alors qu’ils avaient la manne : la manne prenait le goût de toute nourriture expérimentée dans le passé. La mémoire en projetait le goût dans la manne. Mais quand les lois de la Kashrout ont été données, les Hébreux ne pouvaient se rappeller que des nourritures non kashères. Ils ont donc dit : « nous nous souvenons du poisson que nous mangions en Egypte, donne nous de la viande ! » On ne comprend pas ?  Baal Shem Tov explique: nous nous souvenons uniquement du poisson, donne-nous de la viande que nous puissions connaître le goût de la viande kashère et après nous pourrons la goûter dans la manne...  Il n’y a pas de faute la première fois. C’est d’ailleurs la définition du châtiment de toute faute. Punis non pour avoir demandé de la viande mais pour en avoir demandé beaucoup. La loi ne punit jamais le 1er comportement, elle punit la répétition du comportement fautif. Ces comportement de réception d’être nous sont imposés. Or. ils sont mal en eux-même. On n’a pas mérité et il faut apprendre à recevoir. Et ce n’est que lorsqu’on reçoit pour recevoir en restant à ce niveau de la jouissance que les problèmes de culpabilité commencent. La première fois c’est la première fois. La deuxième fois c’est encore la 1ère fois. A la troisième fois, cela compte....

 

Qu’est-ce qui est puni ?

Ce n’est pas tellement le comportement d’avoir à recevoir l’être, mais c’est d’avoir à recevoir l’être et de recommencer rien que pour recevoir et non pas pour le donner. C’est là que la faute devient faute.

 

En particulier un Midrash extraordinaire lorsque Dieu interpelle le 1er homme lui disant :

-       « tu as mangé ? »

-       « oui j’ai mangé et je mangerais… »

 

La Kaballah dans l’enseignement du rav Ashlag ici est très profonde : j’ai mangé pour savoir ce que c’était que recevoir, mais je mangerais encore, avec le Tiqoun c’est-à-dire pour savoir comment donner ce que j’ai reçu...

 

****

 

Cette Neqoudah Emtsaï désigne en tout être le côté qui reçoit l’être. C’est elle qui est mise en jeu dans l’histoire du monde parce qu’elle doit faire son Tiqoun. D’une certaine manière ce n’est pas un caprice d’avoir créé le monde. Il faut mettre en question dans une histoire d’un monde, ce côté de l’être qui consiste à être en tant qu’il reçoit l’être. Par definition, c’est ce Tikoun-là qu’il faut faire.

Tout Tikoun de l’homme créature dans son comportement d’acquisition de la vertu a donc un prolongement ontologique et métaphysique total. Ce n’est pas seulement son Tikoun propre auquel l’homme est occupé mais le Tikoun de l’univers, des Olamot, des mondes. 

 

La Neqoudah Haemtsaï est mise en jeu dans une histoire parce qu’elle est cette manière d’être qui consiste à être en tant que recevoir. Alors au niveau de la créature cela s’appelle le Yetser Harâ.    

Nous sommes créés avec une capacité de Yetser Harâ capacité de recevoir l’être et c’est ce qu’a voulu le Créateur. Voyez dans quelles conditions apparemment dramatiques nous sommes situés. Nous sommes condamnés au mal ! Mais un mal que l’on n’a pas voulu. C’est le Créateur qui a voulu que nous soyons créature. Ce mal d’être créature et non pas celui de faire des fautes.

Tout le vie du Olam Hazeh consiste à en faire le Tikoun. Une seule solution possible.

 

Premièrement, je suis donné en tant que créature à un Yetser Harâ – la tendance à recevoir l’être. Si le Tikoun du Kéli qui reçoit n’est pas fait alors il est le Yetser Harâ.

Je n’existe que tant que j’ai le Yetser Harâ.

 

Cf. l’enseignement, enseigné à propos d’Isaac :

« Celui qui n’a plus de Yetser Harâ est comme mort ».   

 

Midrash de la Guémara au temps de Ezra qui fait une prière à Dieu pour que le Yetser Harâ de l’idolâtrie disparaisse. Dieu accepte. Il est indiqué ici le fait que nous sommes obligés de découvrir  cela de façon massive : pendant tout le temps des prophètes existait aussi l’idolâtrie. Le temps de la prophétie cesse et celui de l’idolâtrie aussi.  Commence le temps du Talmud. Pendant le temps de la Mishnah, il n’y a plus d’idolâtrie.  Qui sont les plus grands ? Les Hébreux du temps des prophètes ou les juifs du temps de la Mishnah ? Dès qu’on passe du temps des prophètes au temps de la Mishnah, quelque chose disparait – l’idolâtrie -  alors la Guémara explique cela ainsi :

Le temps du retour était arrivé, alors Ezra fait une prière : on va revenir, on risque de nouveau d’être idolâtres ! Alors, Tu nous fais revenir mais au moins suprime le Yetser Harâ de l’idolâtrie...

Et c’est arrivé ! Pendant tout le temps des prophètes, il y avait Avodah Zara, qui disparait au temps de la Mishnah.

 

.../...

 

Plus un seul oeuf au marché !

Alors Ezra demande : rend-le, rend-le... !

On a quand même gagné quelque chose dit la Guémara : Ce Yetser Harâ de la débauche était comme un lion aux yeux ouverts, il nous a été rendu comme un lion aux yeux crevés. C’est dire que la science de la débauche a disparu. La ‘Hokhmah de la débauche a disparu. La tendance est restée.

 

L’être de créature est attaché au Yetser Harâ. C’est le Yetser Harâ qui me fait être. Sans Yetser Harâ, je n’aurais qu’une seule tendance : remonter là d’où je viens. C’est le Yetser Harâ qui m’attache en-bas et me fait être l’être de créature. Il n’y a pas de culpabilité accomplie. Il n’y a de culpabilité accomplie qui si j’ai accompli et que si je reçois pour recevoir, que si je fais la faute, alors il y a une faute. Je tente par-là d’évacuer la mythologie du péché originel. C’est le péché de l’origine de tout péché si je le fais. Mais si je ne le fais pas, je ne le fais pas...

 

Bar-Mitsvah :

 

Ce péché de recevoir est permis aux enfants qui doivent apprendre à recevoir. C’est pourquoi ce n’est qu’à un certain âge qu’on est Bar-Mitsvah. C’est-à-dire soumis à obligation. On est juif avant la Bar-Mitsvah même avant la circoncision, ne vous y trompez pas ! On est juif car né de mère juive. La circoncision c’est l’alliance d’Abraham, l’une des Mitsvot, mais ce n’est pas cela qui rend juif. Mais on n’est soumis à l’obligation des Mitsvot à la naissance. Il faut attendre la Bar Mitsvah. Alors avant d’expliquer la Bar-Mitsvah, il y a tout ce stade d’apprentissage à la moralité, mais qui commence par une première étape qui est nécessaire : Dieu m’a créé en vue que je reçoive pour donner. Mais cette première étape « en vue que je reçoive », nécessite que j’apprenne à recevoir. Mais, si occupé à recevoir je fais le mal, c’est l’impasse. On nous donne donc tout un temps d’apprentissage jusqu’à la Bar-Mitsvah pendant lequel revoir pour recevoir n’est pas un mal. C’est permis aux enfants.

 

Peut-être est-ce que c’est cet état-là, de suspension de la loi, que la conscience chrétienne recherche. Le retour à l’enfance.

 

Et le moment où j’ai obligation de commencer le Tiqoun - c’est-à-dire le Tiqoun de cette capacité de recevoir – et qui est la Bar Mitsvah – apparait le Yetser HaTov.

 

Guémara : jusqu’à la Bar-Mitsvah je ne suis censé qu’avoir un Yetser HaRâ et c’est permis parce que je suis en apprentissage de recevoir. Et c’est au moment de la Bar-Mitsvah qu’apparait le Yetser HaTov.

 

Qu’est-ce que le Yetser Hatov ?

C’est la tendance à me faire à l’imitation du Créateur, Celui qui donne. Et c’est dans cette contradiction que je suis plongé, en tant que créature, dans le problème moral. Être vraiment c’est être celui qui donne, mais pour être moi créature, il faut que je sois celui qui reçois. C’est cette contradiciton que le Tiqoun doit évacuer.

 

J’explique rapidement la règle de la Bar-Mitsvah ou Bat-Mitsvah selon le Shoulkhan Aroukh : quel est le jour où l’enfant est Bar-Mitsvah ? C’est le jour où il est pubère, c’est-à-dire le jour où il est à son tour capable de donner la vie. Alors il est soumis à obligation. C’est pourquoi la Bat-Mitsvah se fait un an avant pour les filles qui sont pubères avant les garçons.

 

La règle fondamentale lorsque le judaïsme était vécu à l’échelle familiale – maintenant il n’est plus vécu qu’à l’écehlle communautaire – ce n’est pas 13 ans et un jour comme selon la Halakhah mais c’est le jour de la puberté. Même si cela se fait à 11 ans et deux mois... C’est la mère ou le père qui savent que c’est ce jour-là.

 

Le jour où l’on est à son tour capable de donner la vie, alors on est soumis à obligation.

 

La différence entre la notion de majorité dans une tradition – c’est resté dans la tradition juive mais c’était ainsi dans toutes les traditions d’initiations des sociétés dites primitives des sociétés tradtionnelles – c’est le jour où l’on peut donner la vie, alors que dans les sociétés modernes c’est précisément le jour où l’on peut la prendre à un autre – l’aptitude au service militaire – le jour où l’on peut défendre sa patrie. Comme si la société n’accorde la majorité qu’au moment où l’on peut être assassin. Alors que la tradition donne la majorité au moment où l’on peut être père ou mère.

 

Et donc voilà cette équation d’impossibilité qu’il faut dépasser.

 

Vont se mettre en place 4 possibilités, et vous verrez que ce schéma nous explique à la fois les âges à l’échelle individuelle et l’histoire des civilisations. Je commence par en-bas, l’état de chaos le plus inférieur, là où le Yetser Harâ est vraiment Yetser Harâ : c’est l’attitude de

 

ð   Ratson lekabel al menat lekabel - Recevoir pour recevoir. Là est la malignité et la ruse de la conscience : c’est ce que le Créateur a voulu : que je reçoive. Alors je m’installe dans la jouissance du recevoir pour recevoir. Ratson lekabel al menat lekabel. Volonté de recevoir en vue de recevoir. C’est Râ. Nous voyons pourquoi il faut le stade de l’enfance parce qu’il faut apprendre à recevoir et c’est être situé dans un temps d’apprentissage de culpabilité innocente. Jusqu’à l’âge de 13 ans de la puberté on ne laisse pas tout passer à l’enfant ses caprices mais très rapidement l’enfant devient Bar ‘Hinoukh donné à l’apprentissage de la vertu – il a déjà l’âge de l’étude, de l’éducation. Déjà il va apprendre que c’est en vue de donner. Mais l’effectuation de l’attitude de recevoir est déculpabilisée. C’est très important à ce moment-là que l’enfant apprenne à recevoir. Parce que toute sa vie, il ne pourra recevoir que suivant la capacité de réception de son véhicule de réception. Alors, il faut le lui faire le plus grand possible. Il ne faut jamais brimer les enfants lorsqu’ils disent « je veux », car ils veulent préparer des capacités de recevoir, les plus grandes possibles pour être au plus grand niveau  possible serviteur du Créateur qui Lui veut donner.  Ces fermetures par anorexie – refus de manger – sont l’illustration du premier blasphème. Il faut faciliter aux enfants ce vouloir vouloir. Ce vouloir vouloir c’est d’abord vouloir recevoir. Si cela est brimé, il y a blocage, on ferme, et toute la vie on refuse de recevoir l’être du Créateur à cause des parents qui ont bloqué l’envie de vouloir vouloir... Cela s’arrange. Il y a Tiqoun pour cela. Recevoir en vue de receovir c’est être Rashâ. Voir tous ces Midrashim qui parlent de la nécessité des Reshayim dans le monde : Pour qu’ils  nous apprennent à avoir envie de recevoir. Il ne faut pas faire comme eux mais ils sont indispensables au monde. La capacité de construire des frigidaires vient des Reshayim. C’est cette civilisation de cette production-consommation et son cycle infernale. Et grâce à eux on a envie de recevoir. Recevoir pour recevoir c’est le stade de l’enfance et c’est aussi le stade dans l’histoire des civilisations de la civilisation matérialiste avec pour seul objectif la jouissance : recevoir pour recevoir. Et dans chaque étape, il y a tous les niveaux d’âge, tous les niveaux de sophistication et de complexité. Apparait-là dans l’histoire du Tiqoun une révolution. Et c’est là qu’apparait, encore une fois, ce principe dont j’ai parlé précédemment qu’on ne peut comprendre le judaïsme qu’à travers la sensibilité juive. Préalablement à une théologie juive, il y a une  antropologie juive. Une manière d’être homme. Je ne sais pas s’il est possible de s’expliquer par les mots et les idées  avec quelqu’un d’une autre sensibilité. Il faut conversion de l’être. Jamais un dialogue théologique entre l’état de grâce et l’état de mérite ne pourra être posé entre Juifs et Chrétiens, parce que l’on part d’une sensisbilité morale radicalement différente. Arrive donc une révolution : que ce souci de recevoir pour recevoir c’est le mal. La jouissance renonce à elle-même comme un peu dans l’expérience de la désespérance d’Esaü dans le récit de l’histoire de Essav. Cela veut dire que du trop plein de jouissance arrive l’ennui et la désespérance. Et puis quelque chose se produit et on découvre qu’il faut donner. Apparait-là un stade très ambigü où la formule est :

 

ð   Ratson leashpiâ al menat lekabel – je ne mérite de recevoir que si je donne – c’est ici l’attitude des religions païennes. C’est vouloir donner en vue de recevoir. Il y a déjà progression avec l’attitude du donner mais c’est en vue de recevoir. Au niveau des âges de l’individu, c’est la crise religieuse. Je serais vertueux pour avoir le paradis. J’ai découvert que je reçois et que cela ce n’est pas joli. Il faut que je donne. En vue de quoi ? En vue de recevoir. Alors, ce stade-là est très ambigü. Pourquoi ? Parce que le point de chute c’est encore en vue de recevoir... Et au stade de l’histoire des civilisations, ce sont les religions païennes. La formule de la prière païenne en latin c’est « Do ut des » - « Je donne en vue que tu donnes ». Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de vertu. Je donne donc c’est de la vertu mais en vue que tu donnes... Le Tikoun n’est pas encore fait. Au niveau des actes de l’individu, c’est disons grosso-modo la crise religieuse de l’adolescence. Ce sentiment qu’il faut que je donne de ma vertu pour mériter de recevoir. Au niveau de l’histoire des civilisations c’est le stade des théologies païennes. Il y a effectuation d’un rituel de vertu mais en vue d’avoir le paradis... Je n’ai pas dit que cela n’était pas kasher mais c’est à ce stade-là...

 

ð   Ratson leashpiâ al menat lehaspiâ -  Et alors arrive une deuxième révolution. Ce que j’appellerais la crise mystique de l’adolescent, au-delà de la crise religieuse précédente. Ce sont les stades des spiritualités désincarnées dans l’histoire des sociétés. Le point de chute précédent c’est encore de recevoir, ce qui est perçu comme mal, alors on va avoir une aventure utopique absolue : l’art pour l’art au niveau de la morale. Je donne pour donner, je ne reçois pas... C’est le moment le plus vulnérable de l’histoire de la conscience et de l’histoire des civilisations. C’est là qu’apparaissent les religions mystiques où l’homme de foi se présente comme s’il était Dieu lui-même. Qui est celui qui donne et que cela ? C’est le Créateur ! La créature qui découvre la vertu à ce stade-là – donner pour donner – se prend pour le Créateur ! C’est pourquoi je vous dis que cette crise mystique est un passage obligatoire car pour donner il faut apprendre à donner. Et de qui apprend-on à donner ? De ceux qui donnent et que cela. Nous savons qu’ils sont fous mais c’est d’eux qu’il nous faut l’apprendre. Mais il faut savoir qu’ils sont fous. C’est une autre manière d’être Rashâ, corollaire à la première : recevoir pour recevoir. Laquelle des deux est la plus grave ? Dieu seul le sait.

 

ð   Ratson lekabel al menat lehashpiâ. Et alors finalement on arrive au 4ème niveau. Vous devinez que c’est là que le judaïsme va se situer. Jusqu’à ce qu’on comprenne – c’est la définition de la sagesse - qu’il faut satisfaire aux deux obligations. Il faut être serviteur du Créateur. Chaque matin on se lève prêt à Avodat haBoré. Que signifie servir le Créateur ? Cela veut dire recevoir l’être. En tant que  je reçois je sers le Créateur. Parce que Créateur signifie donner, et servir le créateur signifie accepter de recevoir, et c’est cela Avodat haBoré. Expression qui a un sens religieux très précis. C’est le rituel du Shoulkhan Aroukh qui nous définit ce service : comment recevoir du Créateur sans que cet acte de recevoir soit le mal ? Il faut recevoir. Mais tant que je suis au stade de recevoir c’est le mal. Un mal sans culpabilité. Et je suis donc à l’état de chaos… etc. Mais finalement je découvre qu’il n’y a qu’une seule manière de satisfaire à ces deux obligations – le Yetser HaRâ et le Yetser HaTov : c’est recevoir en vue de donner. Ce n’est plus Avodat HaBoré qui est Léqabel = Yetser Harâ. Je sers le Créateur (Celui qui donne l’être) avec mon Yetser Harâ (la capacité à recevoir). C’est ici l’effectuation de la piété : j’accepte d’exister. Comment ? En recevant ! Avec mon Yetser Harâ ! Cf. Rashi sur le Qriat Shemâ : « Véahavtah et Hashem Eloheikha Bekhol Levavekha » : Im shnei yetsarekha. Avec tes deux instincts. Que ce soit le Yetser Hatov cela va de soi que je serve Dieu avec mon altruïsme mais avec le Yetser Harâ cela ne va pas de soi. D’où le ‘Hidoush ramené par Rashi. Avec aussi le Yetser Harâ.  

 

…/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans KABALAH
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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 13:45

Séminaire sur la création (1979) - Cours 6c

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_6

Face C

 

Nous avions en projet d’étudier 3 notions :

 

ð   Le thème de la création : Briah le fait qu’un monde apparait différent de Dieu, séparé de Lui, mais cependant relié à Lui sinon il n’existerait pas, cela nous l’avons vu dans les premières analyses, et toutes les difficultés que cela pose.

 

ð   L’état de ce monde créé qui est l’état de chaos depuis le commencement et selon notre expérience c’est un chaos qui n’est pas encore complétement évacué. Et donc nous avons réfléchi sur cette 2ème notion de Shevirat Hakelim suivant le vocabulaire de la Kaballah. C’est-à-dire que l’être de créature en lui-même en tant qu’il n’existe que dans la mesure où il reçoit l’être du Créateur qui lui se définit comme l’être qui donne l’être, s’appelle l’être recevant l’être. C’est la notion de Kéli. Ce que le monde est en tant que monde c’est le Kéli d’une lumière qui le fait être. Le Kéli c’est intraduisible – le véhicule de réception, « le vase » sous forme poétique. Par comparaison à la limite, ce qu’est le corps par rapport à l’âme. Le monde corps et âme serait Kéli et Or. La manière d’être du monde en lui-même. L’allusion est dans le 2ème verset du récit de la Genèse : à l’état du commencement la terre est à l’état de chaos et d’obscurité. La manière d’être du monde en lui-même, c’est d’être un Kéli. Un véhicule de réception d’être, c’est cela qui est créé à partir de rien. Et ce Kéli reçoit un Or, une lumière  qui le fait être. Or, dès le commencement de son histoire, de son temps d’être, le monde est à l’état de chaos, et nous avons appris cette notion que le résultat de l’acte de création est Shevirat Hakelim que l’on traduit par l’expression de « brisure des vases » à l’état de chaos. Shevirat Hakelim c’est le résultat du chaos.

 

ð   La 3ème notion qui va apparaître c’est la notion de Tikoun. C’est-à-dire la restauration, la réparation, de l’ordre des choses, l’évacuation du chaos. Et dans toute cette analyse, aucune notion de faute n’est encore apparue. C’est le processus même de la création du monde qui entraine, de façon nécessaire, cet état de chaos dans lequel il se trouve dès le commencement. Et par conséquent, nous comprenons que toute l’histoire à laquelle il est donné, jusqu’à ce que la réalité rejoigne le projet de vérité, est une histoire de Tikoun. Et le monde est apriori donné à une histoire préalable de réparation avant d’aborder le niveau d’être que le Créateur a projeté pour lui. En d’autres termes, nous apprenons qu’inévitablement, un stade qui s’appellera Olam Hazeh - ce Monde-Ci, en termes temporels, doit précéder le stade de Olam Haba et que l’histoire de Olam Hazeh est un projet de Tikoun de cette Shevirat Hakelim du commencement. La perspective qui apparait là c’est que dans son projet le Créateur a fait exister au niveau d’un projet le Monde à Venir, ce Monde à Venir est diminué dans ce Monde-ci. Diminution d’être, il devient chaos, et ce Olam hazeh est donné à une histoire de Tikoun. De telle sorte que le monde de la réalité rejoigne le monde du projet de vérité.  Et nous avons appris que la manière d’être de ce Monde-ci c’est l’être de chaos, c’est l’être de défaut Moum (mem-vav-mem).

 

Et donc la première notion que nous allons étudier à ce sujet, pour commencer à ouvrir et déployer cette notion de Tikoun c’est  de nous demander Tikoun de quoi ?

 

Il faut d’abord faire le Tikoun de ma manière d’être en tant que créature. C’est ma  manière d’être en tant que créature qui fait de moi un être en Shevirat Hakelim. Un être cassé détraqué, mékoulkal. Un être en état de chaos.

 

Et il y a dans les présences de l’être créé dans ce Monde-ci, à chaque moment où je prendrais l’analyse, l’histoire de chaos infiniment plus ou moins, chacun étant à un degré très différent de cette échelle du Tikoun.

 

Donc la réponse est centrale : premièrement, je dois réparer ma manière d’être qui consiste à être de créature. Parce qu’elle me condamne à être pour être, être recevant l’être, avant de l’avoir mérité. 

C’est ce Tikoun-là qu’il faut faire d’abord. Ce que j’ai à réparer c’est d’abord d’avoir été créé.

 

Si j’en parlais, je n’en parlerais pas, des conditions malheureuse de l’homme, cette condition malheureuse n’est pas l’état de faute d’abord, mais c’est l’état de créature. 

 

Parce que en tant que je suis créé comme créature, c’est-à-dire étant dans la mesure où je reçois l’être qui me fait être avant de l’avoir mérité je suis alors en état de culpabilité innocente. Je pourrais croire que c’est une culpabilité mais elle est innocente. Il n’y a aucune faute, il y a l’état du commencement. Et l’état du commencement c’est cet état de dispersion d’être au niveau du chaos, et qui a à réparer sa manière d’être en tant que Kéli. Il s’agit de dépasser une impossibilité. Le temps d’être qui m’est donné dans le Olam Hazeh pour faire le Tikoun

 

Nous prenons conscience que l’être du monde créé – selon le récit bilique lui-même c’est à nous de faire l’expérimentation de la réalité de notre existence – commence par un état de chaos. Et par conséquent, à priori nous sommes donnés à une histoire préalable de réparation de ce chaos, avant d’aborder l’être à proprement parler. C’est donc la différence des notions employées en hébreu traditionnel, entre le Olam Hazéh et le Olam Haba. C’est dire qu’il y a un temps préalable de l’être du Olam Hazeh qui a pour objectif le Tikoun de l’état de chaos.  Et le problème qui se pose à nous c’est que nous avons reçu l’être avant de l’avoir mérité. Et c’est à ce niveau qu’il y a une expérience de culpabilité innocente. De quel ordre est cette culpabilité ? Et pourquoi innocente ?

 

C’est ce souci, cette expérience, d’avoir une obligation à honorer. Et il y a une impossibilité à dépasser ce temps où je suis occupé à mériter à postériori l’être qui m’a déjà été donné mais que j’aurais du mériter avant de le recevoir. Et tant que cette dette n’est pas acquittée alors il y a état de chaos. Mais il n’y a aucune faute, aucune culpabilité à proprement parler. Si nous devions parler du péché originel nous en parlerions dans un tout autre thème. C’est-à-dire que cet état de désordre, cet état de chaos, défini selon la cohérence du récit que vous avez en tête (cf. le récit des premiers versets de Genèse), n’explique en rien une idée de faute. Cet état de chaos, qui est l’état conaturel du monde en tant que Olam Hazeh donné à l’histoire d’une réparation, un Tikoun, est compliqué par les fautes mais ce ne sont pas les fautes qui le créé.

 

Et d’une certaine maniére, on parlera de la faute du 1er homme comme une sorte d’aggravation de l’état de chaos, mais l’état de chaos est là à priori de toute faute. Et il y a, semble-t’il, une nécessité métaphysique à ce que notre monde nous soit donné d’abord dans l’état de chaos.

 

A quoi cela correspond-il du point de vue de l’acquisition du mérite moral ?

A ce stade préalable qui est le souci primordial de la conscience morale : avoir à s’acquitter d’une obligation qui consiste à avoir reçu l’être avant de l’avoir mérité.

 

Précision de vocabulaire :

 

 Zakaï – ‘Hayav : coupable et innocent.

 

‘Hayav :

 

 ‘Hayav avec l’idée de ‘Hovah une obligation. Je suis « coupable de » là où j’ai une obligation à remplir.

 

En hébreu j’emploi l’expression « Ani ‘hayav » pour dire deux choses complétement différentes du point de vue des catégories morales. 

Ani ’hayav = je suis coupable

Ani ’hayav = j’ai une dette à acquitter, une obligation à remplir

 

Dans certains textes de la Mishnah lorsqu’elle veut indiquer que elle veut dire obligation et donc le souci moral de culpabilité .../...

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 13:35

Séminaire sur la création (1979) - Cours 6b

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_6

Face B

 

.../...

Q :

R : ... c’est la filiation par l’intermédiaire du maître qui est médiate, la véritable filiation c’est de Dieu directement, même pour la Torah. Nous avons énormément de textes à ce sujet : « Ki Tovim bodekha miayin »

 

Nous étudierons la notion de ‘Hidoush : l’équation personnelle de celui qui transmet existe. C’est un ‘Hidoush – ce n’est pas une création. 

 

Q : Questions diverses sur l’art.

R : Je vais vous donner l’exemple de la Torah. La Torah est transmise, mais qui nous a donné la Torah ? C’est Dieu lui-même ! L’art ce n’est pas créer quelque chose dans le sens biblique de Briah, c’est dévoiler ce que Dieu a créé. C’est donc une Mitsvah. Nous nous sommes enfermés dans l’exil à une Torah ramenée qu’à la piété des rites. Nous n’avons que la Torah de la tribu de Lévi. Mais nous sommes 12 tribus. Et la Torah de la tribu de Réouven ? de Yehoudah ? de Yissakhar ? etc...

Nous n’avons plus que les rabbins. C’est le résultat de l’exil, la Galout qui a restreint la Torah à 4 coudées très petites. « Dieu ne possède dans son monde que les 4 coudées de la Halakhah » : alors vite, vite, faisons les aussi large que les étoiles, au lieu de les restreindre.

 

Pour l’exemple de l’art, l’exemple de la Torah : la Torah que Dieu a donné à son monde, c’est le Talmid ‘Hakham qui la dévoile. Il ne la créé pas. Ce qu’il apporte de son équation personnelle, c’est le ‘Hidoush, mais c’est le ’Hidoush de quelque chose qu’il a reçu. Qu’est-ce que je créé moi, au fond ? Il y a que la création d’un agencement de langage, de la pédagogie. Pas plus. Je ne créé rien de contenu, sinon ce serait suspect. 

 

La Braïtah dit : « celui qui dévoile dans la Torah, des visages de la Torah qui ne sont pas selon la vérité la Halakah, n’a pas part au monde à venir  au Olam Haba même s’il a Torah et Mitsvot bonnes actions ». C’est la même chose pour l’artiste qui peut dévoiler le bien de son art, ou le mal de son art... Ce que je disais tout à l’heure qu’on a perdu la règle.

 

Les deux choses sont vraies :

L’art c’est un des dimensions du dévoilement prophétique. L’artiste peut être vrai ou faux prophète parce qu’on a perdu la règle. Et dans cette résurrection de la recherche traditionnelle, une boite de Pandore est en train de s’ouvrir, et dont il sort n’importe quoi, pur et impur, lumière et ombre... Alors nous sommes en pleine pagaille.

 

Il y a une capacité de l’art hébraïque, mais il faut se hisser au niveau de l’être hébreu.

C’est aux artistes de trouver la praxis pour savoir ce qu’est l’art vivant et l’art qui donne la mort (de l’esprit) et il y a des jouissances de mort.

 

En hébreu, le même geste de l’intellection : Sakhol.

Et nous retrouvons en parallèle le geste de la nutrition qui est Akhol.

Et de la volonté qui est Yakhol.

 

Ce qui apparait-là c’est le Ish (Alef Youd Shin ) qui transforme le tout en sujet, ces trois gestes de vie parallèle. Je vous analyse l’acte de nourriture, très rapidement, et on transposera dans la vie de l’esprit.

 

J’ingère des substances complexes que mon tube digestif analyse en éléments, rejettant ce qu’il faut rejetter, et intégrant ce qui est vivant. Dans la vie de l’esprit c’est la même chose. Je reçois le monde dans des perceptions complexes, l’esprit les analyse en élément, intègre à mon esprit ceux qui sont vivants et les déchêts doivent être évacués, sinon l’esprit est constipé, encombré de déchêts de  mort. Alors, il y a deux types d’art : les types d’art d’expression qui sont vivants et des types d’art d’excrétion. C’est cette règle-là qu’il nous faut trouver : qu’est-ce qui a l’odeur de la vie ? qu’est-ce qui a l’odeur de la mort ? C’est un sens prophétique mais dont seul l’artiste peut nous parler. 

 

Q :

R : la règle de la Halakhah c’est que quand un sculpteur arrive à faire un Pessel, une sculpture vivante qui porte un goût de vie et non pas ces sculptures de mort avec les yeux vides commme celle des Grecs à ‘Hanoukah, alors cela devient Kasher s’il la casse en petits morceaux.  

La règle de la tradition qui est valable dans les arts : tout ce qui est parfait est impur parce que mort.

 

Ce terme de parfait dans la sémantique latine, nexiste pas en hébreu : Perfectum - complétement fait -  en hébreu cela veut dire achévé, mort.

 

C’est l’impureté. Il y a un chapitre entier du Maharal là-dessus. Partout où la perfection s’installe le Satan danse.

 

Quand la grande synagogue de la rue de la Victoire imite la cathédrale, plus un juif n’y va... il n’y a plus que des rabbins en soutanes. C’est parfait, c’est mort, c’est fini. L’esprit passe par le petit oratoire de la rue des Rosiers.

 

Il y a une sensibilité juive que la vie est le contraire de cette perfection latino-grecque.

Il y a actuellement en Israël l’expression d’un art israélien qui est hébreu et qui n’a plus rien à voir avec l’art juif qui n’était qu’une kashérisation de l’art goy.

 

Q : On commence à se débarrasser de l’angoisse ?

R : Complétement, c’est évacué. Je vous dirais que même l’angoisse est joyeuse là-bas. Mais ce sont des étapes. Je vais essayer de vous donner une autre comparaison dans la sensibilité, c’est la tonalité de la ferveur au moment de la Neïlah qui est une angoisse joyeuse, du Kol Nidrei c’est l’inverse c’est une joie angoissée. Vous voyez ces moments d’intensité qui nous montrent cela. Il n’y a pas plus grand moment de joie de fête que le moment de la Neïlah.

Regardez l’humour juif : dès qu’on a fini d’être pardonné, Birkat Kohanim le Shofar...etc, et on est pardonné... Comment commence-t’on la prière du soir ? « Et toi le Miséricordieux pardonne les fautes... » Alors, qu’est-ce qu’on a fait ?

Qui peut expliquer ?

 

Q : C’est que ce n’était pas parfait ?

R : En quoi ? La Kaparah est faite, on est pardonné, et un humour colossal, ‘houtspah : on a fini 24 heures de Kaparah, 26 heures pour être sûrs, et on commence à dire « et maintenant pardonne nous... » ? Que se passe-til ? Un Goy serait scandalisé !

Il ya deux réponses classiques la première est moraliste : étant donné que tout Israël est lié l’un à l’autre peut-être que l’épicier du coin a une faute et je suis lié à lui...

Cette réponse n’est pas fausse mais insuffisante. La faute est d’avoir quitté la sainteté de Kipour pour entrer dans la vie profane ! C’est cette faute là : le Avon d’avoir arrêté Kipour. A Kipour nous sommes comme des Malakhim, le Tikoun est fait. S’il est fait sérieusement.

 

Q : C’est pour cela que la Neïlah l’air est joyeux ?

R : C’est ce que j’ai dit tout à l’heure. Alors c’est la plus grande angoisse : est-ce que j’ai passé la porte ou pas  ? Mais c’est avec joie que j’ai cette angoisse. C’est l’émotion religieuse authentique : quand il y a à la fois angoisse et joie. Joie parce que… et angoisse parce que... et pour le même parce que... Joie parce que devant Dieu mais angoisse parce que devant Dieu…

Et l’authenticité du devant Dieu c’est les deux émotions à la fois.

 

Q : Quel est le mode d’emploi du Tikoun, des choses à faire ou ne pas faire... ?

R : Cela s’appelle le Shoulkhan Aroukh !

 

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 13:25

Séminaire sur la création (1979) - Cours 6a

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_6

Face A

 

 

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Ceux qui me connaissent savent très bien qu’on m’a calomnié pendant des dizaines d’années : on m’accusait d’être Kabaliste. C’est une calomnie, car personne ne le savait. Un jour on m’a envoyé en mission à Paris pour dire des petites choses pour qu’ils sachent que cela existe, à cause de tous ces livres de charlatans qui paraissent.

 

Avant d’étudier la Kaballah, on promet qu’on ne parlera pas en public de ce qu’on a appris en privé.

De deux choses l’une : soit il s’agit de gens qui ont violé leur promesse, ou bien il s’agit de gens qui n’ont pas de promesse à violer...

 

Ne croyez pas qu’on a fait de la Kaballah, on a fait un petit peu de Lashon Haqodesh: on a appris le sens des mots. Nous sommes dans un temps de dévoilement parce que nous sommes dans un temps de Guéoula, et le Zohar ajoute : « et les secrets de la Torah seront sur les lèvres des gamins ».

On a attendu pendant 2000 ans et c’est arrivé.

 

Il y avait dans ma ville deux écoles de kabalistes. On était assis dans deux bancs à côté et l’un ne savait pas ce dont s’occupait l’autre. Apr``es le rappatriement à Paris, on s’est retrouvé et dans l’étude commune on a découvert que l’autre savait aussi ces choses-là....

Entretemps, il y a eu Erets Israël et le phénomène de librairie...

 

Quand il y a un temps de dévoilement : « Qlipah qodemet lapéri » l’écorce vient avant le fruit : le charlatanisme est donc inévitable mais il faut savoir que la vraie Kaballah existe. Comment savoir distinguer ? Il y a une seule personne qu’on ne peut pas tromper c’est soi-même. 

Celui qui est trompé est celui qui veut se tromper. Celui qui se trompe c’est quelqu’un qui veut tromper autrui... Quand on entre dans la sincérité de soi-même on sait très bien que c’est vrai.

 

Il y a un Midrash sur le verset de Bereshit 1:26 :

וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים, נַעֲשֶׂה אָדָם בְּצַלְמֵנוּ כִּדְמוּתֵנוּ

Vayomer Elohim

naasseh adam betsalmenu kidemutenu ...

Le verset étant au pluriel. « Faisons l’homme... »

Le Midrash Raba écrit : au moment où Moïse écrivait sous la dictée de Dieu au moment d’écrire Naasse Adam il a demandé : « HQBH, Tu donnes des arguments aux Apikorsim (la trinité...) ? Réponse de Dieu : « Ecrit ! Que celui qui veut se tromper se trompe... » 

 

Retour à l’analyse de la notion de Shevirat Hakelim :

Il faut bien comprendre que la définition de la sainteté qui est le projet de l’homme créé en tant que créateur, c’est l’unité absolue des valeurs.

 

Prenons trois valeurs de bases : le beau, le vrai, le bien.

Le drame de la civilisation humaine : les gens du beau ne sont pas les gens du vrai, les gens du bien ne sont pas les gens du beau... c’est cela le polythéisme et l’idolâtrie : idolâtrer une valeur, l’hypertrophier, l’instaurer en idôle et y sacrifier en sacrifiant les autres valeurs.

 

Enseignement d’un grand kabaliste contemporain, le grand Rabbin Benamozeg cite dans sa préface: « la Qedoushah c’est lorsque toutes les valeurs sont satisfaites à la fois ». Lorsqu’une seule des valeurs n’est pas satisfaite dans l’unité des valeurs, il y a Shevirat hakélim, des Kélim des valeurs satisfaites elles-mêmes...

 

Cela veut dire que c’est le Or du bien qui va briser le Kéli du vrai si le Kéli du vrai n’est pas capable d’accepter le Or du bien par exemple...

 

E. Benamozeg dans sa préface à « Israël et l’humanité » dans l’édition complète dit ceci : « dans chaque civilisation, il y a une perle : il y a une valeur spécifique, mais il n’y a que Israël qui a le fil du collier ». C’est cela la sainteté. Toutes les valeurs à la fois c’est le cas particulier d’Israël. C’est ce que les Goyim ressentent. Tant que cette unité n’est pas réalisée, le Kéli ne supporte pas la lumière et alors il éclate perpétuellement.

 

Imaginons une civilisation sensible uniquement à la Midat Ha’Hessed. Quelque soit l’histoire qu’elle aura, elle finira par se détruire parce qu’il lui manque la Midat Hadin. Le Or de Din va  casser le Kéli de ‘Hessed. Tant qu’on n’arrive pas à l’équilibre.

 

C’est ce qui est arrivé très schématiquement à l’Occident avec un jeu de bascule entre les 2 valeurs, le monde socialiste et le monde chrétien. Les deux sont en train de se détruire. A chacun d’entre eux manque ce que l’autre a.  

 

Remarquez la place paradoxale des Juifs là-dedans : Ils sont toujours hétérodoxes de la civilisation qu’ils servent. Parce que dans la civilisation qu’ils servent ils sont séduits par la valeur opposée qui manque. Le Juif fonctionne non comme marginal mais comme être de complémentarité.

Dans un pays socialiste, ils seront pour la liberté. Dans un pays de liberté, ils seront pour la justice. C’est pourquoi on les accuse simultanément d’être marxistes et capitalistes.

 

Je veux dire qu’il y a dans l’identité juive au sein des Goyim, un élément subversif dont les Juifs doivent être conscient vis-à-vis des Goyim parce que les Juifs sont au service de l’unité des valeurs.

Ils portent toujours en eu cette nostalgie de l’unité des valeurs. Il y a donc cet aspect subsversif de leur manière d’être.

 

Ils ne sont pas toujours conscients que c’est de cela qu’il s’agit lorsqu’ils parlent de cette « mission chez les nations »

 

***

 

Q : inaudible

R : Chez la Béhémah c’est l’échec du Bohou dans un cul de sac. La Béhémah c’est l’être vivant qui aurait dû être la personne humaine qu’on aurait appelé « homme », mais qui est dans l’impasse de la conduite égoïste : recevoir pour recevoir, manger pour manger...

Alors que cet être vivant qui est l’homme, la Torah lui donne des Mitsvot Maassiot de conduites du corps pour la Zakout-Zekhout du Nefesh.

 

Q : qlq chose qui l’arrête...

R : Le renoncement à l’effort de vivre et d’être ce que le Créateur voulait que je sois : s’arrêter s’installer dans des étapes de fatigue et de repos.

De la même manière que dans le schéma précédent évolutionniste :    

A partir de la capacité d’être vivant venue de la terre

Bereshit 1 :11

וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים, תַּדְשֵׁא הָאָרֶץ דֶּשֶׁא עֵשֶׂב מַזְרִיעַ זֶרַע, עֵץ פְּרִי עֹשֶׂה פְּרִי לְמִינוֹ, אֲשֶׁר זַרְעוֹ-בוֹ עַל-הָאָרֶץ; וַיְהִי-כֵן

Vayomer Elohim tadshe ha'arets deshe essev mazria zera ets pri oseh peri lemino asher zar'o-vo al-ha'arets vayehi-khen

La théorie évolutionniste voit une évolution continue :

Une tentative qui va s’arrêter là. Par exemple le canard... et de ce canard un lévrier. Et de ce lévrier un hypopotame et un homme…

Pour la Torah c’est différent : à partir d’un point de départ, il y a une plusieurs tentatives qui conduisent à plusieurs réalités. Lorsque j’observe les fossiles, c’est la même réalité que j’observe paléotonlogiquement mais le schéma est très différent.

L’homme est précisément un être vivant qui ne s’est pas arrêté au singe.

Il y a cet espèce de renoncement à aller plus loin.

Il y a un verset très éclairant à ce sujet-là : « im yagarta Yaaqov ein kha Yaaqov » toi Jacob, si tu t’es fatigué tu n’es plus Jacob tu deviens Esaü...

Sur qui Amalek se jette ? sur ces fatigués d’être Jacob ! C’est le mirace de l’histoire juive. On ne s’est pas fatigué d’être Jacob, et ceux qui se sont fatigués d’être Jacob se sont perdus en route... (Ceux-là on l’Esaü !) Regardez sur qui se jette Amalek, dans le verset de Ki Tetsé (25:17-18) :

זָכוֹר, אֵת אֲשֶׁר-עָשָׂה לְךָ עֲמָלֵק, בַּדֶּרֶךְ, בְּצֵאתְכֶם מִמִּצְרָיִם

אֲשֶׁר קָרְךָ בַּדֶּרֶךְ, וַיְזַנֵּב בְּךָ כָּל-הַנֶּחֱשָׁלִים אַחֲרֶיךָ--וְאַתָּה, עָיֵף וְיָגֵעַ; וְלֹא יָרֵא, אֱלֹהִים

Zakhor éte ashér-âssa lékha Âmaléq...

Veatah hayitah hayeh véagéar ve lo yaré Elohim

Souviens-toi de ce que t'a fait Amaléq sur le chemin quand tu sortais d'Egypte.
Comme il t'a surpris sur la route et s'est jeté sur toi et sur tous ceux qui traînaient derrière toi,
et toi tu étais épuisé, à bout de forces, et lui ne craignait pas D.ieu.

 

Veatah hayitah hayeh véagéar ve lo yaré Elohim

On peut être  hayeh véagéar si on est yaré Elohim il y a une chance ; mais hayeh véagéar ve lo yaré Elohim…

 

Q : Est-ce que les Maassim que donne la Torah mènent vers la plus grande densité qui serait la plus grande transparence ?

R : Nakhon, c’est le chemin qui ferait de notre corps, soit-disant animal, un corps d’homme capable d’être véhicule d’une personne humaine. C‘est pourquoi la tradition juive de la Bible va toujours insister que les Mitsvot ne se pratiquent pas en intention mais en acte. Vous voyez la différence.

 

Q : Peut-on dire à ce moment-là que la plus grande densité n’est pas encore possible ? Une densité authentique encore plus profonde qui serait plus transparente ?

R : C’est la perspective du thème de Te’hyiat hamétim, la transfiguration du corps terrestre en corps glorieux, c’est-à-dire la dernière étape messianique. Ce n’est pas notre sujet. C’est le Gmar hatikoun au moment de la résurrection.

 

Q : C’est un corps qui n’est plus terrestre ?

R : C’était le corps d’Adam Harishon avant la faute. Un corps terrestre mais glorieux. C’est le corps qu’un homme aimant une femme aime en elle et qu’une femme aimant un homme aime en lui. Je ne sais pas comment vous dire cela autrement. 

 

Q : Sur la différence entre l’acte de pensée et l’acte lui-même....

R : C’est l’expresion HaQadosh Baroukh Hou Metsaref Ma’hashavah Tovah Lemaasseh. Lorsque le Maasseh est pauvre alors Dieu ajoute comme mérite le mérite de l’intention. Metsaref. Ce n’est pas qu’il tienne compte de l’intention à la place de l’acte. Ce serait un Midrash-là très élaboré. Le Pshat de la Guémara est simple et important : si j’ai fais un acte bon, Dieu me compte aussi comme mérite, l’intention bonne. Mais c’est l’acte qui compte d’abord. Après on enseigne : et si j’ai vraiment voulu faire l’acte mais qu’il y a obstacle. Alors l’intention d’avoir voulu tient compte de l’acte, mais c’est l’acte qui compte d’abord. Nous sommes dans le Olam HaAssiah pour faire le Tikoun. Je vous donne une règle d’exégèse des commentaires, provenant du Midrash, chaque fois dans le texte de la Bible où vous avez Laassot faire, cela veut dire Letaken. Faire cela veut dire Tikoun.

 

Et la fameuse controverse sur « elle fera ses ongles », que signifie qu’elle coupera ses ongles ? Cela veut dire qu’elle les laissera pousser. Mal’hoqet des rabbins. Parce que Laassot c’est Letaken. C’est cela qu’on donne comme exemple.

Et la réponse est très simple : dans une civilisation où la mode est de laisser pousser les ongles, il faut les couper, et dans une civilisation où la mode est de les couper il faut les laisser pousser...

Donc il n’y a pas de controverse, les deux sont vrais.

 

Q : à propos de la doctine de la réincarnation ce que vous en avez dit ...

R : j’ai dit qu’elle n’était pas imposée comme article de foi ou dogme, car il n’est pas dans l’habitude de la tradition juive d’imposer de dogmes. Cela concerne les principes d’idées comme critère d’identité.

 

Vous avez cette énorme controverse dans les communautés de la Golah : y a-t’il, oui ou non, une Mitsvah de monter en Erets Israël ?

 

Certains décisionnaires ne l’incluent pas dans le compte des Mitsvot.  

ð   Il n’y a pas là l’objet d’une Mitsvah : on ne peut pas dire à quelqu’un « tu as la Mitsvah de rentrer chez ta mère ! » Ou bien c’est ta mère ou bien ce n’est pas ta mère !

ð   C’est dangeureux : S’il a besoin d’une Mitsvah pour retourner chez sa mère et qu’il ne l’accomplit pas, alors il est excommunié !

Très souvent des orthodoxes me demandent : montre-moi que c’est écrit, qu’il y a une Mitsvah de monter en Erets Israël ! Je leur réponds : et si c’était écrit tu viendrais ? Alors il vaut mieux que ce ne soit pas écrit pour écrit... On ne peut pas imposer comme obligation quelque chose à laquelle on n’est pas encore en phase.

 

Celui qui n’a pas encore expérimenté ce que veut dire être réincarné, ne peut pas comprendre ce dont il s’agit. C’est une idée vague intellectuelle. Il n’y a que pour celui qui sait qu’il est dans ce cas - et cela implique beaucoup de choses, et en particulier il sait qui il est depuis l’origine – qu’on pourrait imposer une Mitsvah de croire en cela...

 

Ce que les Mekoubalim enseignent : on a mille chances, et c’est à la 999ème et demi qu’on commence à avoir de petites lueurs... C’est pourquoi c’est important ce que je vous en ai dit : ne vous occupez pas de cela.

 

Q :

R : La tradition de la Torah nous a donné un schéma de la cohérence du monde, totale, absolue.     

Alors il faut être optimiste. Ce type de connaissance engendre la foi. Soit on est capable de cette conaissance et on entre dans la connaissance, soit on dit Amen à ceux qui ont cette connaissance. Et on ne s’occupe plus de cela, sauf si on est voué à cela. On s’occupe de réussir le projet de sainteté. C’est-à dire les Mitsvot Maasseh. J’ai étudié ces choses-là avant d’avoir des enfants. Et j’ai fait des enfants. Cela veut dire que tout est optimiste. Ne cherchez pas l’éventualité pessimiste. Le Bon Dieu ne joue pas aux billes. Il a créé un monde pour qu’il réussisse. Il réussira dans la voie droite – Torah ouMitsvot – ou avec le coup de pied au coeur, mais il réussira.  

 

Cela s’étudie à un niveau de profondeur qui donne le vertige à ceux qui n’ont pas l’échelle pour arriver jusque-là. Il est évident que si quoique ce soit a un sens, tout a un sens. J’ajoute, et c’est la consigne des rabbins, ne cherchez pas des signes. Cela rend fou. La signification oui, mais pas les signes dans le sens magico-mystique dont il faut se méfier. C’est l’image du philosophe qui regarde les étoiles et ne voit pas le trou qu’il a devant lui...

 

Q : Cette nostalgie qu’on a et qui fait irruption dans notre vie à un moment ou un autre, cela ne peut s’expliquer que par cette connaissance qu’on a sans l’avoir, et chacun l’exprime avec ses propres moyens, le peintre par la lumière dans ses tableaux, le musicien par l’harmonie dans la musique, vous par vos paroles, et la majorité par leurs actes. Mais c’est toujours la même nostalgie ?  

R : Je n’ai pas conscience de créer quoique que ce soit, je vous transmets ce que j’ai reçu. Avec un autre vocabulaire : il y a des compliments qui sont des calomnies : si vous me dites que j’ai créé cela, ça veut dire que je l’ai inventé ! C’est la même chose pour les artistes. Nous sommes dans un temps de civilisation où les règles se sont perdues. Tout se fait dans le désordre. Il y a donc des lumières qui sont des ombres. Avons-nous le critère ? Il y avait des prophètes, et il y avait aussi des prophétes de mensonge. Navi mésheker.

J’ai souvent comparé la chose artistique à la nourriture de l’esprit. Il y a des nourritures qui sont de poisons. Il faut savoir quelle est la règle qui nous permet de distinguer le pur de l’impur en toutes choses. Or, nous sommes dans un temps de civilisation où on a perdu cette règle. Si je parle du monde très très restreint des Kabalistes, il y en a très peu dans le monde dans notre génération. Des charlatans, il y en a beaucoup. Ils ont l’impression d’être simultanement les rescapés d’une ancienne civilisation et les précurseurs de quelque chose qui viendra.

Mais nous les hommes, sommes dans un temps où la règle s’est perdue, où la mémoire s’est perdue, où la Tradition s’est perdue. Il faut faire attention à ce que les apprenti-traditionnalistes ne deviennent pas des apprenti-sorciers.

 

Rappellez-vous la règle que je vous ai donnée : un seul être au monde que l’on ne peut pas tromper, c’est soi. Et celui qui veut se tromper c’est celui qui veut tromper les autres.

 

Il faut d’abord dépister toutes les motivations psychologiques qui mènent à la vie spirituelle pour que la vie spirituelle soit pure.

 

C’est pourquoi je profite de mon âge un peu plus avancé que le vôtre pour vous dire qu’il y a tout un stade de démystification des motivations qui est au niveau psychologique, avant le niveau spirituel. Cela ne veut pas dire que l’intention n’était pas la vie spirituelle. Nos maîtres nous enseignent une règle, qui est surtout valable pour la vie psychologique mais aussi pour la vie biologique : plus un organisme est évolué, plus il est vulnérable. Par conséquent, ce n’est pas n’importe qui qui est capable d’être atteint d’un désordre psychique.

 

Cette attitude de la psychiatrie classique qui consistait  à accuser le malade est anti-Torah. Au contraire, il y a des traditions où l’on appellait les fous, les « fous de Dieu »...

Seulement il faut bien distinguer que c’est encore au niveau psychique, bien que la vie soit spirituelle, ce qui est spirituel, il y a le filtre de l’étude rigoureuse entre l’inspiration et la connaissance. On ne peut dire n’importe quoi de n’importe quoi, et surtout la règle : on ne peut pas exprimer une tradition dans une autre langue que la sienne.

 

.../...

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 13:03

Séminaire sur la création (1979) - Cours 5c

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_5

Face C

  

.../...

 

Où se trouve la communauté ?

Là où Jacob pratique la loi de Moïse chez David !

C’est ce qui s’appelle Israël.

Regardez l’histoire : nous étions le peuple juif pendant 2000 ans, subitement on revient chez David et on s’appelle Israël...

 

Nous avons cette lecture dans le commentaire de Rashi sur le message que Jacob envoie à Esaü dans cette même Parashah de Vayishla’h, lorsqu’il dit : Im lavan garti…

Rashi : j’ai séjourné chez Laban, mais rassure-toi je n’ai pas bénéficié de tes bénédictions, je suis resté étranger : je suis resté métèque ! Je me rappelle que je suis de la terre de David même quand je suis chez Laban = la dimension David. 2ème reponse de Rashi : et bien que j’étais chez Laban, Tariag Mitsvot Shamarti = la dimension Mosheh.

 

***

 

Quelques explications sur la conférences d’hier tenue par un théologien philosophe non hébraïsant...    

Les remarques corollaires sur la notion de séparation dans la notion de création qui ont été gâchées par le fait qu’il niait le commencement et donc le mot de création avait un tout autre sens.

Je reviens sur une erreur de lecture qui est une thèse connue d’origine gnostique et qui parfois envahit les théologies non-hébraïques. Le fait de l’idée que la création c’est pour dire non pas Briah mais Yetsirah l’agencement d’une matière première informe et vide ce qui traduirait Tohou Vavohou et que par façon de parler au lieu de dire Briah on voudrait dire Yetsirah ... Cela consiste à projetter sur Briah le sens de Yetsirah et c’est un dualisme fondamentale dans cette idée d’une matière première préexistante ‘homer qadmon qui aurait été de toute éternité co-existante à Dieu et de toute éternité une matière non formée et que l’acte de création consisterait à un certain moment à mettre une forme dans cette matière...

Ce n’est pas du tout le Dieu créateur de la Bible qui fonde la moralité sur la notion de création.

 

Cela me donnera l’occasion de préciser le sens du point de vue de la Kabalah de ce qu’on nomme le chaos Tohou vaVohou. Je m’appuierais essentiellement sur l’enseignement du Sefer Habahir qui est une des sources de la tradition kabalistique parallèle au Zohar.

 

Nous avons appris jusqu’à présent que le Tohou vaVohou c’est le résultat de Shevirat hakélim, tel que cela est dit dans l’ordre de l’enseignement du Ari.

Nous relisons les versets :

בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים, אֵת הַשָּׁמַיִם, וְאֵת הָאָרֶץ

וְהָאָרֶץ, הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ,

Bereshit bara Elohim et hashamayim ve'et ha'arets

Veha'arets hayetah tohu vavohu

Et nous traduisons: et la terre est devenue Tohou vaVohou qu’on traduit par chaos.

Alors que l’interprétation du Révérend Frère Jeffrey était :

Or, la terre était (antérieurement à la création) Tohou vavohou.

Il ne se préoccupe pas de savoir comment était le ciel !

Ce qui manquait au fond c’est ce que j’ai dit précédemment : il refuse la notion de création ex-nihilo parce qu’elle est irrationnelle. Mais par là même, ne la comprenant pas il la refuse, et il n’y a pas possibilité pour lui d’aménager le raisonnement que nous avons eu à travers la Kaballah : c’est-à-dire qu’il y a sof-sof Briah yesh béAyin. Et que cette Briah Yesh béAyin est bien une création à partir de rien, nous verrons à quel niveau. En tout cas, le côté du Kéli, auquel vous êtes déjà familier, c’est-à-dire le côté de la créature, en tant que créature, celui-là apparait ex-nihilo littéralement. 

 

Dialectique qu’enseigne le Rav Ashlag sur l’enseignement du Ari : 4 moments de transformation de « l’être qui donne l’être » en « l’être qui reçoit l’être ». Mais l’aspect de l’être qui se définit comme « l’être qui reçoit l’être » apparait à partir de rien et définit la créature en tant que telle.

 

Très brièvement, pour vous montrer l’impossibilité d’analyser à partir de traductions de la bible : il a cité la traduction « et la terre était informe et vide » ce qui ne veut rien dire.

 

Q : Qu’est-ce que la gnose ?

R : La gnose est la prétention de certaines sectes de connaître par le génie humain et donc apparemment, au début, par la méthode philosophique, ce que la prophétie aurait révélée tout en considérant que la prophétie n’a jamais rien révélée....

 

Tohou vavohou d’après l’enseignement de la Kaballah :

Tohou va vohou

וְהָאָרֶץ, הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ,

Veha'arets hayetah tohu vavohu

C’est à dire simultanéité de Tohou et de Bohou.

 

וְהָאָרֶץ, הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ,

 Veha'arets hayetah tohou vavohou

וְחֹשֶׁךְ, עַל-פְּנֵי תְהוֹם; וְרוּחַ אֱלֹהִים, מְרַחֶפֶת עַל-פְּנֵי הַמָּיִם

vechoshekh al-peney tehom veroua’h Elohim mera’hefet al-peney hamayim.

 

Tehom et Tohou se ressemblent : particularité de la langue hébraïque dans le sens de la Kaballah : chaque fois que vous avez un Mem final, Mem sofit, cela indique la réalisation, la totalisation (Cf. le mem du pluriel par exemple). Si c’est la réalisation dans le temps, il faudrait dire l’inchronisation ou l’actualisation... Le Mem est une récapitulation de l’entrée dans la réalité.

C’est le sens de la lettre Mem dans la grammaire classique.

Si vous voulez dire quelque chose qui provient de… on dit « Mé-... ».

Et quelque chose qui « aboutit à… » on dit Mem.

C’est la différence entre le Mem ouvert, celui qui montre la provenance et le Mem fermé, celui qui montre l’achèvement. Nous avons donc de nouveau le mot Mayim qui se lit d’ailleurs Meim.

Par exemple, le Mem qui montre le geste du participe présent : Ani médaber… c’est le Davar qui entre dans la réalité... Il n’y a qu’une seule langue qui a gardé cette forme à ma connaissance, c’est la forme progressive en anglais. Je suis en train de...  I am speaking...

La langue anglaise traduit plus facilement l’hébreu que le français. Théorie : La langue anglaise classique se serait constituée précisément d’après les traductions de la Bible.

 

Le Tohou va nous mener à l’idée de Tehom.

Le Tohou c’est le mot dont le verset se sert pour dire la présence de la matière la plus diluée possible. Si vous voulez, la molécule la moins complexe. Alors que Bohou, en particulier le Sefer Habahir lit « Bo Hou. En lui est Lui ». 

 

Alors que ce terme de Bohou va se réaliser beaucoup plus tard dans le récit par le terme de Béhémah. Et dont le vocable de la Kabalah dans le Sefer haBahir est Tehom et Béhom.

Le Tohou se réalise tout de suite dans ce terme de Tehom qui signifie le vide.  Alors que le Bohou va être en cours d’histoire jusqu’à sa complexité évolutionniste jusqu’à la Behemah. Béhémah que nous allons lire Bah Mah.

C’est-à-dire qu’il y a simultanéité de la matière la plus diluée et de la matière la plus concentrée en état de désordre, en état de chaos. Et c’est cela l’idée de chaos en hébreu : Tohou vaVohou. Ce qui ne veut pas dire « informe et vide », c’est une autre idée de philosophie grecque. Tohou vaVohou cela signifie que la matière donné au monde a deux dimensions :

Une qui va vers le vide et une qui va vers la réalité de la matière la plus complexe et qui est la chair animale. Bah Mah – Behémah.

 

Q: Comment situer ces deux notions par rapport à celle de Golem ?

R : La notion de Golem serait apparemment équivalente. Ce n’est pas du tout qu’un animal soit devenu l’homme. Nous allons voir qu’il y a une solution de continuité. Pour l’enseignement biblique c’est l’inverse : l’animal est un être vivant qui n’est pas arrivé à être l’homme  et l’homme est un être vivant qui ne s’est pas arrêté au stade de l’animal. Par conséquent, il y a là une catégorie qui est radicalement en dehors de la problématique évolutionniste classique. C.à.d. que l’évolution de la  matière, de la plus complexifiée possible, la plus lourde est celle de la molécule de la chair – Be´hemah Bassar. La molécule la plus simple, la plus légère, est celle qui va vers le vide et qui s’appelle Tehom.

Le Tohou se réalise en Tehom, le Bohou a tout une histoire et que la Torah nous raconte à travers l’oeuvre des 6 jours et qui arrive à Behemah et non pas au Adam.

Le Adam est celui qui porte le nom Mi. Un quelqu’un.

La Béhémah c’est le stade le plus avancée du Mah. En elle il y a le Mah.

Mah c’est l’impersonnel. Le Mi c’est le personnel.

 

Il y a une solution de continuité entre la Behemah et le Adam

Imaginons la coordonnée du projet Adam, alors la Behemah n’arrive qu’à être asymptote à cela et n’arrive jamais à coïncider. Elle reste Bah mah. L’homme c’est Mi Haadam, cela équivaut au mot Mi. Adam stam c’est encore Béhémah Adam = 45 = Béhémah

Mais Ha-Adam = Mi = 50

 

2.7

וַיְהִי הָאָדָם, לְנֶפֶשׁ חַיָּה

Vayhi HaAdam nefesh ‘hayah...

 

La Behémah n’arrive qu’à frôler ce projet qu’elle n’arrive pas à rejoindre. Cf. l’histoire qu’on nous raconte du serpent, qui n’était pas un serpent mais un Na’hash, lui retombe alors que la courbe de l’homme elle commence. Il y a une solution de continuité.

 

C’est dire que lorsqu’il y a simultanéité des deux dimensions contradictoires de l’être de matière, il y a obscurité et silence : ‘hoshekh al peni tehom

Voyez le Tohou vaVohou : Tohou va donner le Téhom, Bohou donnera la Béhémah au niveau de la matière du monde.

 

Q : Vavohou c’est un Vav conversif ?

R : non c’est un Vav conjonctif : simultanément Tohou et Bohou. D’où le ‘Hoshekh. Par exemple les trains d’ondes musicales : lorsqu’il y a deux trains d’ondes qui se chevauchent il y a une zone de silence, lorsqu’il y a deux trains de lumières qui se chevauchent il y a une zone d’obscurité

 

Analyse de la notion de Tiqoun :

 

Nous avons appris Briah yesh méAyin qui nous mené à la notion de Tsimtsoum.

Ensuite Briah Yesh Bé Ayin qui nous a mené à la notion de Shevirat Hakélim.

Maintenant nous allons comprendre la notion de Tiqoun.

C’est-à-dire quelle est la finalité de ce processus qui fait exister un monde.

 

L’objectif est de faire exister un Kéli Zakh. Puisque la lumière était préexistante. Celle qui nous advient dans le ‘Halal c’est une lumière diminuée, mais c’est une Beriah Yesh méYesh qui s’appelle Yetsirah. Comme dit le verset Yotser Or ouBoré ‘Hoshekh

C’est le Kéli qui est l’objet de Beriah yesh méAyin. Par conséquent, l’objectif du Créateur c’est de faire exister le Kéli car le Or, Il le possède. Alors de quel Kéli va-t’on s’occuper ? Précisément du Kéli Av pour le rendre Zakh. On comprend pourquoi le Shoresh du Kéli est plus haut que le Shoresh de la lumière diminuée...

On dit dans le Talmud : on ne cherche pas à savoir si un chameau est Kasher, mais on cherche à savoir si un agneau est Kasher. D’un Kéli Zakh, on ne s’occupe pas il est Zakh. C’est d’un Kéli Av dont on va s’occuper, et toute l’histoire c’est le Tikoun de Shevirat hakélim.

 

Nous avons défini cette opacité hier : l’opacité du Kéli provient du fait que le Kéli d’une Midah n’est pas prêt à recevoir une autre Midah et se fait opaque à l’autre Midah. Alors l’autre Midah qui offre sa lumière l’offre avec impétuosité et le brise. A entendre d’abord au niveau moral pour ensuite l’étendre au niveau de l’ontologie. Se rappeler le problème de l’unité des valeurs.

 

L’être humain est sollicité par différents absolus de valeurs qui toutes sont des attributs de valeurs et qui toutes demandent à être reçues et effectuées.

 

Imaginons une âme sensible à la valeur du bien mais insensible à la valeur du beau. Alors son Kéli accepte la lumière du bien mais pas la lumière du beau. Et comme le projet du Créateur c’est que les 10 Sefirot doivent devenir la personne humaine, la valeur du beau détruit le Kéli de la valeur du bien. C’est cela Shevirat hakélim. Tant qu’on n’a pas réussi l’unité des valeurs, le Kéli est en perpétuel Shevirat haKélim.

 

Autre exemple entendu à la radio :

Un inspecteur d’école a demandé aux classes d’élèves en bas âges : pourquoi les eaux du Kineret sont-elles douces et les eaux de la mer morte salées ?

Un petit gosse répond : parce que le Kineret reçoit les eaux du Joudain et les envoie à la mer morte. Tandis que la mer morte reçoit les eaux du Kineret mais les garde. Après enquête, il s’avère que c’était le petit d’une famille ‘hassid. C’était atavique...

 

C’et exactement cela : si le Kéli veut garder la lumière qu’elle reçoit c’est cela être « Av » - « avé » – alors la lumière le fait éclater parce qu’elle veut traverser. S’il est capable - c’est cela Zakh – avoir du Zkhout – de le retransmettre, alors la lumière le traverse et il garde cette lumière. Le propre de la lumière est d’éclairer toutes les étapes qu’elle traverse. Alors il faut se faire transparent à la valeur. Celui qui se fait opaque, il éclate.

 

C’est important dans la dialectique du problème moral : ce que W. Jankélevitch appelle lui « le  paradoxe de la morale » et dont toute l’analyse est déjà dans le Rav Ashlag sur le Ari :

Nous sommes donnés à une contradiction : pour être il faut que je reçoive l’être, et cela s’appelle au niveau du problème moral, les Goyim. Mais pour être vraiment il faut que je sois à l’imitation de l’être qui donne l’être - Dieu -  et que je donne l’être. C’est là le souci de la conscience morale. C’est une contradiction insoluble. (Une aporie)  Nous verrons qu’il n’y a qu’une seule solution : c’est de recevoir pour donner.

ð   Recevoir pour recevoir c’est le mal.  

ð   Donner pour donner c’est la folie.

ð   Donner en vue de recevoir, c’est la religion païenne.

ð   Recevoir pour donner c’est la tradition juive.

Il n’y a pas d’autre solution. Parce que lorsque je reçois pour donner je satisfais aux deux exigences contradictoires à la fois. Si c’est dans cet ordre, alors les deux exigences sont satisfaites.

Pour être, il faut que je reçoive. Mais être vrai c’est donner. Mais je ne peux donner sans recevoir, sinon je ne suis pas. 

Toutes les philosophies se sont écartelées dans des réponses feintes, factices :

ð   philosophie de l’égoïsme qui délaisse l’altruïsme et donc conscience malheureuse.

ð   philosophie de l’altruïsme qui délaisse l’égoïsme et donc conscience malheureuse.

 

Donc c’est ce problème de la Zakout qui s’appelle au niveau du vocabulaire moral le Zekhout qui consiste à se faire Kéli Zakh. Je reçois en vue de donner. Dans cet ordre là l’égoïsme comme l’alruïsme sont légitimes. Sinon, c’est la catastrophe. L’immoralité et la folie des fous.

 

Au niveau ontologique et moral « donner pour donner » sans recevoir c’est oublier que l’on mange et qu’on a un Créateur... conduit à la folie de se prendre pour Dieu...

 

Le problème moral a deux temps :

ð   reconnaître que j’ai un Créateur  

ð   décider d’être comme Lui à l’image de Lui au niveau moral : celui qui donne l’être et non pas celui qui reçoit.

 

Comment faire en tant que créature ? Il faut que je reçoive et que je donne. Dans cet ordre. C’est le mécanisme du Tiqoun.

 

Q : C’est la lumière du beau qui fait éclater le Kéli du bien on se serait attendu à l’inverse ?

R : Oui, cela veut dire qu’un beau qui ne serait pas bien, un bien qui ne serait pas beau n’est pas le chemin de la sainteté. C’est l’hypertrophie de valeurs divergentes qui fondent l’idolâtrie.

Q : Y-a-t’il une hiérarchie dans ces notions de bien, de beau...etc. ?

R : c’est la hiérarchie des Séfirot, mais comme nous avons tout le Tiqoun à faire, la hiérarchie n’est d’autre que le moment de Tiqoun où chacun se trouve. Au niveau de la valeur absolue de sainteté, toutes les Mitsvot sont les Mitsvot. Et la valeur de hiérarchie dépend du moment de cheminement du Tiqoun où je me trouve.

 

A partir de ce moment précis, je vais vous parler de la théorie de la réincarnation. Parce que rien ne serait plus incompréhensible si nous admettions une égalité théorique de toute créature au même moment de l’histoire. Arrivent-là des tas de problèmes insolubles qui nous feraient accuser le Créateur d’injustice. Chacun est à un moment très précis de l’histoire de son Tiqoun et nous sommes en simultanée dans le Olam HaZeh.

 

La doctrine de la réincarnation que l’on appelle Guilgoul n’est pas imposée par l’orthodoxie juive. Parce qu’on ne peut imposer une Mitsvah de foi comme condition de l’authenticité d’une tradition qu’à celui qui est dans le cas de ce principe. (Il ne s’agit pas des Mitsvot d’actes mais des Mitsvot des principes de foi.)    

 

Seul peut réaliser ce de quoi il s’agit celui qui en a déjà expérience par lui-même. Sinon il aura tendance à dire qu’il n’y crois pas. Effectivement, la raison ne croit pas et cela nous est révélé par la prophétie. La raison ne peut qu’exposer, et ce n’est pas cela qu’elle découvre. Si elle y pense ce n’est que par hypothèse...

 

L’homme aurait tendance à dire : cela je n’y crois pas. Mais si c’était un article de foi sine qua non de l’appartenance à la communauté juive, cela veut dire qu’il serait excommunié. On ne peut pas excommunier quelqu’un parce qu’il ne croit pas. Dieu lui a donné l’être d’Israël et aucun tribunal rabbinique ne peut lui enlever en raison d’une idée à laquelle il ne croit pas. Cela ne fait pas le poid : l’être donné par le Créateur et quelqu’un qui se trompe sur une idée...

 

C’est la raison pour laquelle la croyance au Guilgoul n’est pas imposée par l’othodoxie juive. Parce que les rabbins savent très bien que dans le temps noir dans lequel nous sommes entrés du point de vue de la connaissance spirituelle, il y aurait des Juifs pratiquants qui n’y croiraient pas. Il faut bien comprendre que c’est le seul principe qui explique et évacue tous ces problèmes posés sur l’incompréhension de la destinée de chacun.

 

Un de mes maîtres : « là où il faut comprendre, il ne faut pas croire. Là où il faut croire il ne faut pas comprendre » Alors choississez, chacun selon son expérience.

 

Q : Comment savoir où l’on en est ?

R : On le sait quand c’est la dernière chance.

Q : Quand on est arrivé au Tiqoun ?

R : non, quand on est arrivé à la dernière chance qui est donnée. On ne nous a pas donné un jeu avec martingale. L’histoire humaine est une mise à l’épreuve et on ne nous donne pas la régle du jeu.

Q : Il y a des témoignages convergents des gens mort qui reviennent à la vie dans le coma...

R : Il ne faut pas s’occuper de ces choses-là qui donne le vertige. Il faut vivre....

Tout cela montre que notre monde est cohérent, plein de sens. Il suffit de l’avoir vu sur un point pour savoir que tout est plein de sens, mais il ne faut pas chercher de signes. Cela rend fou.

La consigne de la tradition juive c’est d’abord l’effectuation des valeurs morales. La contemplation métaphysique est réservée aux vieillards. Il ne faut pas que les jeunes gens jouent aux vieillards...

 

Q : Dans quelle mesure enfreint-on la règle du jeu en consultant les Mekoubalim. Fréquent actuellement d’entendre des histoires de ces rencontres avec des Mekoubalim qui divulguent les Guilgoulim antérieurs ?

R : La règle c’est de consulter les Mekoubalim pour une prière. La ’Hokhmat Hakabalah c’est la ’Hokhmat haTéfilah. Un enseignement du Zohar : le temps de la Guéoula viendrait par le mérite de l’étude du Zohar. Nous y sommes : Guéoula et Kaballah ensemble !

C’est le temps de l’éclatement en tout cas comme phénomène de bibliothèque de librairie, parce que c’est le temps de la Guéoula. Dans ma jeunesse, l’étude de ces sujets se faisait dans des manuscrits introuvables qu’on se transmettait de père en fils. Aujourd’hui les authentiques livres de kabalistes sont accessibles à tous, bien que toujours aussi hermétiques.     

…/…

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 12:39

Séminaire sur la création (1979) - Cours 5b

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_5

Face B

  

…/…

 

Liste des correspondances:

 

‘Hessed => Abraham.

Gvourah => Its’haq.

Tiferet => Yaaqov.

Netsa’h => Mosheh.

Hod => Aharon.

Yessod => Yossef + Pin’has (il y a deux niveaux dans Yessod).

Malkhout => David.

 

Donc les Kélim ont été restitués. Et c’est ce que nous appelons le Zekhout Avot – c’est la notion du « mérite des pères ». Ce sont les pères qui ont restitué la Zakout, la Zekhout, des Kélim des Middot.

Les Kelim ont été restitué et cela a été l’oeuvre des « pères ». Zkhout Avot, les 7 piliers de la tradition. Et vous connaissez toutes les liturgies qui correspondent à leur mérite. Les Hoshaanot, les Hakafot, Les Ouzpizin de la Soukah… c’est eux. C’est-à-dire que les piliers des valeurs sont restitués. Quelle est alors la tâche d’Israël ? Les unifier. C’est le problème des Banim. 

 

Nous sommes à l’abri du Zkhout Avot mais la tâche des tribus d’Israël c’est l’unité d’une Sefirah avec une autre, et ensemble l’unité de ces 6 qui sont 7. Alors cela fait 12 qui sont 13 mais tout ce symbolisme on le verra après. Vous voyez que ce n’est pas les symbolismes qui sont importants mais ce qu’il y a dedans… 

 

En fait, on pourra dire que historiquement, j’anticipe un peu, nous n’avons plus qu’un problème à résoudre : la conciliation entre Yessod et Malkhout. L’unité des 6 est déjà faite, mais il s’agit de l’unité des 6 à travers la 6ème et la 7ème, Yessod et Malkhout. C’est-à-dire c’est la rencontre entre Joseph et Judah. Entre Mashia’h benYossef et Mashia’h ben David. C’est ce qu’on appelle dans la Guemara : Semikhah de Gueoula et de Tfilah.

 

On revient au problème :

Quelle était donc la cause de Shevirat Hakélim : c’est le fait que l’épreuve donnée à la créature pour être, c’est l’unité des valeurs. Et tant que l’unité des valeurs n’est pas encore constituée, alors il y a littéralement mashbe’h – c’est-à-dire crise, shevirah hakelim : c’est-à-dire que les kélim de telle ou telle véhicule indispensable à la vie authentique, à la vie vraie, sont détruits, cette valeur remonte. Tout se passe comme si le ciel se vide et ce sont les Avot qui ont reconstitué le ciel. C’est le sens de Yirat Shamayim. Il ne s’agit pas dans cette expression de Dieu Créateur mais il s’agit des Middot.

 

Q : Quel est le lien entre les niveaux individuel et collectif ? 

R : Le lien c’est que c’est le problème au niveau collectif et c’est le problème au niveau individuel et à tous les niveaux entre l’individuel et le collectif et c’est le problème de l’universel. C’est le problème qui est donné à l’histoire. A l’individu à travers sa lignée, pour le peuple à travers la société de laquelle il participe, pour l’universel tout entier, pour notre monde tout entier et toutes les autres manières d’être, c’est ce processus-là qui est en cours dans l’histoire des mondes. C’est-à-dire la restitution des Kélim dans le 1er  stade de Zkhout Avot et le Tiqoun de l’unité des valeurs qui est le problème des Banim :

Shema Israël Hashem Eloheinou Hashem E’had => l’unité des valeurs.

 

J’en arrive à la question posée hier :

 

Finalement, tout se passe comme si le problème est particularisé dans ces 6 Sefirot qui sont 7.

Ces 3 Sefirot-là (Keter-’Hokhmah-Binah) restent intégrales, la Shevirat Hekélim ne les atteint pas et notre monde est logé à l’abri de ces 3 Sefirot extérieures.

Ce sont les 3 Sefirot que l’on atteint par la connaissance et la conduite morale de l’homme n’influe pas. Sauf lorsque il y a saturation de la destruction des valeurs morales.

 

Exemple : un théorème de  mathématique est vrai quelque soit la qualité morale du mathématicien. Mais il y a des limites. Il y a une saturation. Lorsque cette civilisaiton mathématique est de façon irreversible immorale, alors sa mathématique elle-même est détruite, et le théorème remonte. Et il faudra attendre une autre éternité pour qu’il redescende lorsqu’on aura trouvé l’équation...

 

Keter - ‘Hokhmah - Binah, on entend en hébreu que ce sont des mots qui sont au-delà des valeurs morales. Ce sont des niveaux qui ne sont pas atteints par le comportement de l’ordre du mérite morale. Mais jusqu’à un certain rendez-vous de saturation. Il y a une infinie patience mais il y  un rendez-vous de la patience.

Alors que là, les noms des 7 Sefirot ne sont plus appelées Sefirot d’ailleurs mais Middot – qualités.

Elles sont d’emblées en termes moraux.

ð   ‘Hessed => être capable de charité

ð   Gevourah => être capable de justice

ð   Tiferet : être capable de vérité… etc.

La différence est de cet ordre-là.

 

Q : C’est la 4ème Séfirah le ‘Hessed qui soutient les 6 autres ?

R : Non, c’est la Shevirat haKélim qui commence par ‘Hessed et continue jusqu’à Malkhout. Et par conséquent, la restauration, le Tiqoun doit se faire de bas en haut : il faut d’abord reconnaître le Créateur comme Melekh (Malkhout). Et ensuite on monte à Yessod jusqu’à restituer le ciel qui a disparu.

 

Un peu ce qu’indique le verset de la Torah (Nitsavim 29:28) : 

הַנִּסְתָּרֹת--לַיהוָה, אֱלֹהֵינוּ; וְהַנִּגְלֹת לָנוּ וּלְבָנֵינוּ, עַד-עוֹלָם

« Hanistarot lashem eloheinou vé haniglot lanou oulevanenou ad olam »

Hanistarot ce sont les trois supérieures, Haniglot ce sont les 7 inférieures.

Cela c’est notre travail.

Hanistarot – nistar.

L’homme n’invente pas ce qui se passe-là c’est le Créateur qui l’a émané : la vérité ne s’invente pas, elle se redécouvre. Mais l’homme construit ce qui se passe-là : la Qedoushah, le mérite moral...

D’une certaine manière, à ce niveau du monde, tous les hommes sont enracinés. La mathématique est universelle. A ce niveau-là Israël est radicalement différent de tous les autres hommes.

Vous trouverez ce texte disant que les Oumot Haolam sont enracinés dans Binah. Mais ils n’ont aucune participation à ce qui se passe dans le ciel...

 

Q : inaudible

R : Je disrais ceci que la communication avec ces trois Sefirot supérieures est coupée à un certain niveau de saturation d’immoralité. C’est ce qui peut-être est en train d’arriver à la nôtre... Imaginez que la saturation d’immoralité fasse qu’il y ait destruction des bibliothèques. Il faudrait tout recommencer à zéro. Toute l’élaboration sophistiquée des connaissances des bibliothèques finalement disparaitront.

…/…

 

***

 

Q : Pourquoi cette correspondance de Hod avec Aharon ?

R : ‘Hod : la splendeur : ici vous avez l’irruption de l’esthétique dans la Sefirah de ‘Hod qui a comme doublet Hod vé hadar. C’est la notion de splendeur, et pour la tradition c’est la splendeur qui s’exprime dans les habits du grand-prêtre.

 

Q : Je ne comprends pas que Aharon soit-là ?

R : Oui, Moïse sans Aharon ne peut pas mener à l’unité des valeurs. Aharon sans Moïse ne peut pas mener à l’unité des valeurs. Voilà pourquoi la Torah a donné les deux ensemble. De la même manière, qu’Abraham et Isaac sont indispensables pour que Jacob naisse. Et pour que Jacob devienne Israël et naisse il faut traverser Moïse, Aharon, Joseph et David... Vous avez toute la vie pour vous habituer à la cohérence des détails. Découvrez maintenant les schémas. Rappelez-vous qu’ils sont simples et que ce sont les schémas du monothéisme.

 

Q : Ce Kav qui est entré dans l’espace et le temps c’est un schéma qui ressemble extraordinairement à ce qui se passe au moment de la fécondation.

R : Nakhon, c’est ce schéma-là, aussi. Gastrula... etc.

Vous vous rappelez du mythe de l’oeuf de Léda.Vous savez ce que signifie Lédah en hébreu…

 

Q : Pourquoi dans les Sefirot l’ordre chronologique n’est pas respecté : Jacob et puis Yossef...

R : Très bien, il y a une controverse entre le Ramak et le Ari là-dessus.

Je vais rapidement, ceux qui peuvent attraper le Kéli attrapent, les autres… une autre éternité…

Je vous mets un tout autre schéma en vous citant un enseignement du Shla’h le Rav Halévi de ‘Horowitz qui explique comment à partir de ce point central dont je vous ai parlé et que le Ari apelle la Neqoudah Emtsaït le point central - et vous vous rappelez que c’est toute la quantité d’être qu’il y avait dans ce point qui n’a pas d’épaisseur qui est en jeu dans l’histoire du monde. Et de même lorsque nous parlons du Tiqoun, je reprendrais le problème - le Shla’h nous montre les lettres du Tétragramme, c’est-à-dire de Shmo et non pas de Hou qui Lui est informulable. Shmo va exprimer la relation entre Lui et le monde que nous appelons l’être. C’est la relation entre le Eïn-Sof et le monde qui est appelé l’être, la Havayah. Il nous montre comment se constitue la Havayah, l’être qui fait être le monde.

 

A partir du Youd, il y a Koutso Shel Youd et puis Youd.

Ce petit bout du commencement du Youd fait allusion à Keter. Parce que c’est par-là que la Havayah s’accroche au Eïn-Sof, le Tsinor. Si on enlève cela, alors de bas en haut vous avez Spinoza, et de haut en bas vous avez Bergson, mais ce n’est plus du judaïsme si on enlève Kousto shel youd...

 

Ensuite apparait le Youd. On écrit Youd comme cela.

Ici nous avons Keter, là nous avons ‘Hokhmah.

Ce qu’il y avait intérieur au Youd, c’est ce Vav et ce Dalet qui ensemble font Youd. (Vav + Dalet = 10 du Youd)  Alors, ce qu’il y a dedans se met dehors. D’abord par le Dalet, et ensuite le Vav rentre dedans. Lettre Hé.

Ensuite ce Vav qui est en gestation dans ce Dalet, descend ici, et il n’a encore pas de tête. Ensuite le Dalet descend. Après ce Vav descend ici et c’est là qu’il prend une tête et le schéma est achevé. Youd-Hé-Vav-Hé. C’est là la Hitpashtout des Olamot.

 

Ici nous avons un problème, ce sont ces 6 Sefirot-là : Vav .

Je suis en train de répondre à la question de savoir pourquoi on s’occupe de Moïse et Aharon avant Joseph puisque nous avons un verset qui dit : Eleh Toldot Yaaqov Yossef. Tout de suite !

 

Mais comment écrit-on Vav ? On l’écrit ainsi. Le Vav dévoilé qui est Yaaqov, comporte tout de suite le Vav caché qui est Yossef. Dès que ce Vav se dévoile, il y a aussi ce petit Vav (Eleh toldot Yaaqov Yossef) de Yessod. Mais il faut attendre Moïse et Aharon pour que ce Vav grandisse, soit capable de venir dans Malkhout. Et c’est grâce à Pin’has qui est Eliyahou...

Je suis allé vite pour vous montrer que la réponse existe. Et vous avez toute la vie pour l’expérimenter.

 

***

 

Je vous donne un exemple :

 

Ce Vav-là fait allusion à ces 6 Sefirot.

Les 3 Sefirot supérieures sont appelées Shmei Hashamayim cieux des cieux, qui ne veut rien dire en français, sinon poétiquement, mais qui a un sens très précis en hébreu. Ces 6 Sefirot-là s’appellent Shamayim. Et la 7ème s’appelle Haarets. Malkhout c’est Erets, et on donne le nom de Tiferet à l’ensemble des 6 parce qu’elle est la principale. 

 

Au fond il y a 5 Sefirot et pas 10 :

 

                                           Keter

                        Binah                        ‘Hokhmah                                     

                                           Tiferet

 

                                        Malkhout

 

Mais Tiferet a elle même 6 Sefirot. 6 +4 = 10.

On voit que Vav c’est 6, mais comme Vav s’écrit avec 2 Vav ce 6 c’est 12, et pour en faire l’unité c’est 13.

 

Alors on va faire un peu d’hébreu « sortilège », simplement pour vous indiquer une perspective de réflexion. Parce qu’on ne sait pas encore assez d’éléments pour comprendre en détail ce que je vous ai expliqué ici. Cela sera un peu rapide mais retenez-en l’impression générale.

 

Comment la Torah appelle-t’elle l’état originel des éléments du monde en jeu dans le chaos ?

Elles les appelle les Mayim !

 

וְרוּחַ אֱלֹהִים, מְרַחֶפֶת עַל-פְּנֵי הַמָּיִם

Veroua’h Elohim mera’hefet al-peney hamayim

Et l’esprit de Dieu planait à la surface des eaux...

 

On sait que le milieu originel de la vie c’est bien les eaux, mais c’est la manière dont l’hébreu se sert pour dire les éléments du monde donnés dans cette lumière. Et en hébreu, Mayim, est toujours un duel qui est un pluriel particulier. Il n’a pas de singulier. S’il y en avait un ce serait le mot Mah  quoi ? Le mot Mayim au duel est donc l’ensemble des quois.

 

Quand au Youd, le monde dans son état de projet et donc de perfection absolu en tant que projet, s’appellera Mayim. Mais quand ce Youd descend dans l’espace et le temps, il devient un Vav. Et on obtient un Moum qui signifie le défaut. Quand les choses d’en-haut descendent en bas, le défaut apparaît.

 

Cf. le verset des sacrifices d’ascension, Olah (‘Houkat 19:2):

אֲשֶׁר אֵין-בָּהּ מוּם, אֲשֶׁר לֹא-עָלָה עָלֶיהָ, עֹל

asher ein bah moum asher lo âlah âleiha ôl   

 

On ne fait remonter en haut que ce qui en bas n’a plus de Moum, c’est-à-dire là où il y a un Tiqoun.

La valeur numérique du mot Moum 86 qui est précisément la valeur du mot qui signife la nature Hatévah.

 

Cela veut dire que lorsque les Mayim d’en-haut descendent en bas c’est Moum. C’est-à-dire les choses de la nature, là où il y a le chaos.  C’est relié au fait que ce sont ces Sefirot-là qui sont objet de la Shevirat Hakelim.

 

Le verset qui nous formule le projet de l’histoire des Mayim – les Mayim sont donnés à la Shevirat hakélim et cela devient Moum. Donc, le Tikoun est de restituer le Moum en Mayim. Et nous verrons demain ce qu’il y a d’acquis dans ce jeu apparemment gratuit de l’aller et du retour de la lumière.  

 

S’il s’agit de refaire ce qui a été défait il n’y aurait aucun acquis ou avantage. Il faut comprendre ce qu’il y a d’acquis dans ce Tikoun de Shevirat haKélim, sinon nous nous retrouverions dans une mentalité de type extrême-orientale d’une espèce de jeu gratuit de l’être qui se fait et se défait ; mais ce n’est pas du tout l’atmosphère de la Kabalah juive : il y a un acquis, il y a un projet du créateur. Il se passe quelque chose.

 

Dès qu’il y a le projet d’un monde qui apparait, c’est un monde à l’état de chaos qui est donné au Tikoun. Et cela ne peut être autrement. Nous avons vu comment le Vav s’évanouit. 

 

Quel est le verset qui donne le projet de la destinée des Mayim ?

 

וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים, יִקָּווּ הַמַּיִם מִתַּחַת הַשָּׁמַיִם אֶל-מָקוֹם אֶחָד, וְתֵרָאֶה, הַיַּבָּשָׁה; וַיְהִי-כֵן

1:9 Vayomer Elohim yikavou hamayim mita’hat hashamayim el-makom e’had

vetera'eh hayabashah vayehi khen.

Et que les eaux se rassemblent sous les cieux en un seul endroit et que la terre apparaisse..

 

Et la terre c’est le projet du Créateur.

Yikavou c’est la même racine que Qav, le Kav étant ce qui unit.

Yikavou hamayim : Cela veut dire littéralement qu’il y ait un Kav entre les eaux et les eaux.

 

Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est ce mot de Mayim (Mem-Youd-Mem) qui est formé d’un lien (Youd) entre deux lettres Mem.

Le Youd (point) qui descend forme le Vav (ligne verticale) et c’est là le Qav (Qouf-Vav)

Et si je mets un Mem là et puis un Mem là autour du « Qav » cela donne le mot Maqom (Mem-Qouf-Vav-Mem). L’objectif c’est précisément que le Moum devienne Maqom.

Le Vav y est remplacé par un Qav.

 

Derrière cela apparait un mot très important « Tiqvah » C’est l’objectif de l’histoire du monde.

Comment s’appelle un Maqom où les Mayim se sont rassemblées ? La Miqveh !

 

Nous arrêtons, demain on apprendra le processus du Tiqoun, et dimanche récapitulation.

 

***

 

Q : inaudible

R : Le verset cité parlent des Mayim d’en-bas. « Que les Mayim d’en-bas qui sont en état de dispersion, de chaos, se rassemblent, s’unifient ». C’est pour cela que j’ai relié cela à ce qu’on a dit précédemment : l’objectif c’est l’unité des valeurs.

 

Q : est-ce que le mot Sefirah existe dans le Tanakh.

R : On trouve le mot Sapir dans le Tanakh de la même racine.

 

Q : Où se trouve Adam harishone vous avez commencé par Avraham et ‘Hessed ?

R : Cela se trouve avant, dans un monde antérieur à celui des 6 Sefirot et qui a été détruit, en particulier effacé par le déluge. C’était cette tentative-là qui a échoué complétement. Il a fallu parvenir à Abraham qu’on appelle le nouveau 1er homme pour que cela entre dans l’espoir d’une réussite.

 

Q : Des exemples dans l’histoire biblique de ces Kélim qui éclatent ? L’histoire de Loth ?

R : Cf. ce shéma des personnages du Tikoun depuis Abraham jusqu’à David qui est accompagné par deux lignes de rivalités : les antagonistes et les rivaux. Prenez l’histoire de Lot comme caricature de la vertu d’Abraham mais qui bascule dans l’impureté à cause d’anticipation messianique accélérée. Dans l’histoire de Lot se passe une imitation de la vertu d’Abraham mais dans l’impureté. Voyez la scène de l’hospitalité chez Avraham -tahor-qadosh- et chez Lot – toumah absolue... guilouï arayot... Après, il arrive une catastrophe de l’inceste du père avec les filles. L’aînée et la cadette ne sont d’ailleurs pas au même niveau de vertu. L’ainée est vertueuse et la cadette est débauchée suivant le Midrash. La famille se croit la seule respacée du déluge de feu dans l’humanité. Il y a une tentation messianique dans l’impureté. Ce qu’il y avait de pur dans cette tentative va être préservée dans le récit biblique, jusqu’à ce qu’il se transfigure et cette même scène va revenir dans la purté et se reproduire entre Boaz et Ruth descendante de Moav donc de Loth dont David va descendre... On veut forcer le destin mais dans l’impureté, alors il y a Shevirat Hakelim...

 

Q : Et l’histoire des fils d’Aharon qui sont morts offrant le sacrifice trop remplis de lumière ?

R : Oui et le feu est remonté, cela peut l’être aussi mais cela n’est pas dans l’impureté ! C’est cela que je ne voulais pas vous citer : Il ne faut pas chercher les court-circuits. Les courts-circuits c’est  des auto-suicides. Même le suicide dans la gloire reste un suicide. La mystique juive reste accrochée à la terre. Il faut s’accrocher à la terre pour regarder dans le ciel, sinon c’est le blasphème : on refuse le processus de la création. On veut remonter en haut, sans le mériter, sans attendre. Que veut-on ? Être une étoile dans le ciel ? Dieu en a beaucoup, Il a besoin d’étoiles sur terre ! Ceux qui cherchent le court circuit de la msytique se perdent, même si l’embrasement est dans la gloire. C’est pourquoi bien que ce soit Qadosh avec les enfants d’Aharon, ils sont condamnés. Ce n’est pas à faire…

 

Q : inaudible

R : pour comprendre les textes de la tradition juive qui nous ont gardé cette tradition humaine qui s’appelle la Kaballah, il faut les lire au niveau des valeurs morales pour commencer à y comprendre quelque chose. Tout le reste vient après. D’abord, il faut faire le Tikoun des valeurs morales.

 

Q : la matière au niveau cosmique a-t’elle été créé libre avant que l’homme n’apparaisse ?

R : Tout ce qui est liberté dans le monde du créé (6 jours) de l’origine se réfugie dans l’homme et au niveau de son vouloir. Il y a un niveau de l’âme humaine qui est libre c’est sa volonté. On voit à quel point l’homme peut se donner à la perte de liberté lorsqu’il se considère un être de nature. Cela commence par des idées et cela devient la réalité. Il se complait alors dans l’insertion d’une généalogie animale : l’évolutionnisme. C’est une caractéristique d’un trauma de la civilisation contemporaine. Se définir avec véhémence comme n’étant qu’un être de nature. Et donc privé de liberté. C’est cette obsession de l’homme moderne à se prétendre descendant de l’animal. Alors ce n’est pas le récit biblique. Je reviendrais sur ce point.

 

Q : C’est une démission ?

R : Oui mais que cache t’elle ? La panique devant le projet moral !

 

Q : Cette panique n’est-elle pas la résultante d’une ignorance culturelle ?

R : J’ai une réponse depuis 40 ans : ce que cela chache c’est l’antisémitisme parce que finalement   l’obstacle c’est l’âme, et que la morale vraie il faut l’apprendre des Juifs...

 

Q : à propos d’Esaü la seule Mitsvah supplémentaire qu’on lui demande à part les Sheva Mitsvot c’est (?)

R : Vous lisez approximativement des sources qui se mélangent dans votre mémoire. Si vous voulez utiliser un raisonnement personnel, un ‘hidoush, un renouvellement de sens sur des bases traditionnelles, il faut commencer par les citer exactement comme elles sont sinon c’est de la pseudo-pensée. Ce qu’on demande d’Esaü c’est d’être Jacob, c’est d’être Israël, puisqu’il est le frère jumeau. On ne lui demande pas une Mitsvah supplémentaire mais d’avoir le courage d’être ce que Jacob est.

 

Q : Peut-il l’être ?

R : Il y a des personnes dans la salle qui ont fait la preuve que c’est possible. Et le 1er dans l’histoire fut Abraham : un Goï qui est devenu juif. Donc c’est possible.

 

Q : Concernant l’unité des valeurs est-ce que dans toutes les notions du Un, à travers toutes les contradictions, c’est l’individu retrouve une unité par la morale ?

R : C’est cela. C’est cela qu’on appelle l’accès à la sainteté. Je vous dis un secret pratique : à l’échelle individuelle chacun d’entre nous dans sa lignée de réincarnations n’y arrivera qu’au bout. Mais entre temps nous y arrivons à chaque instant dans la communauté. Pour toutes les Mitsvot. Le fait d’être lié à la communauté nous assure à l’échelle individuelle alors qu’on n’a pas encore intégré individuellement cette sainteté de l’unité. Les niveaux de vertus sont indiqués dans le nom de Yits’haq : Yashar - Tsadiq - ‘Hassid - Qadosh et plus haut que cela le niveau collectif d’Israël.         

Tout cela est l’abri de la communauté comme telle. Celui qui se déconnecte de la communauté comme telle perd toute chance d’assurer son cheminement jusqu’à sa sainteté individuelle. Il la perd en route. Le vrai problème est de savoir où se trouve la communauté. 

D’après ce schéma-là, un enseignement d’un très grand kabaliste le Ben Ish ’Hay de Bagdad sur Parashat Vayishla’h où il met en évidence ce changement de nom de Yaaqov en Israël. Pour que Jacob devienne Israël il faut deux autres dimensions et c’est ensemble les trois qui font ce qu’on appelle la communauté d’Israël : à travers la Guematria : Jacob + Mosheh + David = Israël .

Jacob => c’est le peuple hébreu.

Pour arriver au niveau Israël dont parle la bible en s’adressant à Israël « Daber el benei Israël », il faut ajouter la dimension de Mosheh et de David. Jacob c’est le peuple, Mosheh c’est la Torah, et David c’est la terre, la nation.

Yaaqov 182 + Mosheh 345 + David 14 = Israël 541

Un Yaaqov sans Mosheh ni David c’est un candidat à être Israël (le congrés juif mondial)

Un Mosheh sans Yaaqov ni David .../...

…/…

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*****

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans KABALAH
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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 10:36

Séminaire sur la création (1979) - Cours 5a

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_5

Face A

  

…/…

Rappel : Ce qui fait une Kabalah en tant que telle reste toujours oral.

Chaque mise par écrit est de l’ordre du Kéli, l’essentiel de la Torah shebéalpeh reste shébéalpeh.

 

Nous avons vu qu’est apparu un ‘Halal comme résultat de la décision de créér un monde, c’est-à-dire conséquence du processus du Tsimtsoum – la rétractation de l’être antérieur sur le point de son être. Et un Tsinor, un Qav pénètre dans ce ‘Halal. Ce Tsinor rerésente la lumière rejetée à l’extérieur et qui a tendance à revenir avec impétuosité, parce qu’il ne peut pas y avoir compléxité à l’exterieur du ‘Halal. Le Or est Pashout, la substance est simple. Et donc le projet de créer un monde autre que le Créateur fait apparaître la dualité donc la multipicité, et donc la complexité qui est impossible pour la substance simple. Ce Or rejeté à l’extérieur de la sphère du ‘Halal a tendance à revenir avec Tokef impétuosité. S’il revenait ce serait le ‘Hourban du ‘Halal. D’où une force qui est Gvourah qui joue ici à la périphérie des mondes pour empêcher l’absolu d’entrer dans le monde. Si l’absolu entre dans le monde, le monde est détruit.

Une des images que donne la Kabalah est celle de la bougie dans le soleil... kal va’homer si le soleil vient dans la bougie...

 

Donc nous devons être protégés de l’être. C’est pourquoi notre être relatif de créature est tellement protégé de l’être absolu. La dualité ici n’est pas « esprit et matière », ce serait l’équation « l’être et le néant », dans le sens où la matière nous protège du néant. Comme si nous devions être protégés par une matière qui nous empêcherait de nous dissoudre dans le néant. Notre corps protége l’esprit. Tout en le protégeant il l’enferme et le limite, c’est un autre problème, mais comprenez que la dialectique de dualité est ici très différentes des perspectives occidentales dans l’opposition entre l’esprit et la matière. Il y a au contraire alliance entre l’esprit et la matière contre le néant : la dissolution dans le néant...

 

Un Kav va pénétrer dans le ‘Halal.

C’est là que s’exprime la volonté de l’être absolu de créer un monde.

C’est pourquoi on va appeller Tsinor ce Qav qui signifie un rayon qui pénètre dans le ‘Halal.

Tsinor, c’est-à-dire Ratson : c’est là qu’est figurée la volonté du Créateur de créer un monde, par le fait qu’un Qav rentre dans le ‘Halal. Alors on appelle ce Kav « Tsinor ». Cela veut dire Ratson.

Il y a 2 dimensions du fait de cette volonté de créer un monde : qu’il y ait un ‘Halal et que dans ce ‘Halal il y ait de l’être. Alors le Tsinor exprime l’être du ‘Halal. C’est le Ratson haBoré.

 

Nous avions vu que ce Kav va pénétrer dans le ‘Halal avec une très grande force. Il joue Tsimtsoum ici dans le 1er sens : diminution. Si la force du Or qui entre par ce Kav dans le ‘Halal, était celle du Or qui avait été rejeté à l’extérieur, le ‘Halal disparaîtrait. Donc, il faut un Tsimtsoum considérable de cette 2ème Gvourah.

 

La 1ère Gvourah c’est cette force-là que l’on appelle El-Shadaï. 

La 2ème Gvourah est là, venant rappetisser le torrent d’être qui veut repénétrer dans le ‘Halal.  

C’est pourquoi dans l’ordre des Sfirot, Gvourah intervient après ‘Hessed, pour diminuer ‘Hessed. Car ‘Hessed risquerait d’être dévastatrice. Celui qui veut vraiment donner donne tout. Le véritable don donne tout, mais tout c’est trop ! La Gvourah doit de nouveau intervenir pour diminuer ce ‘Hessed Elion qui est à l’origine de la construction des mondes.

 

Or, ce Kav aurait tendance à revenir jusqu’au centre du ‘Halal. S’il revient au centre le ‘Halal est détruit. La tendance du Kav est d’arriver jusqu’au centre du ‘Halal. 

 

Comprenez que ce centre-là fait allusion à la créature achevée réussie, constituée comme être recevant l’être.

 

En réalité, il y a une tendance à arriver au centre, mais il faut qu’il y ait un empêchement sinon si ce Kav parvient jusqu’au centre, le ‘Halal est empli de lumière et est annulé et on recommence tout.

 

C’est pourquoi dès que le Kav va arriver au centre, de nouveau, là se reproduit l’événement de Tsimtsoum, à l’infini, jusqu’à notre monde. Et dans notre monde où nous sommes logés cela continue.

 

Ce OR là va être appelé OR EÏN SOF qui est différent de Eïn-Sof. Du Eïn-Sof on ne dit rien.  Sinon que c’est l’être absolu préxistant à tout. Nous n’en n’avons aucune perception possible nous n’avons perception que de Shmo=Ratson, Son Nom mais pas de Lui.

Cette lumière qui va donner l’être au monde ne s’appelle pas le Eïn-Sof (le croire serait une erreur panthéiste) mais le OR EÏN-SOF.

Pourquoi Or Eïn-sof ? parce que le Sof serait qu’il atteigne le centre, mais il n’y a pas de Sof pour lui. il n’arrive pas au Sof, c’est pourquoi on l’appelle OR EÏN-SOF...

 

Eïn-Sof est exactement le sens de Reshit. C’est-à-dire une manière d’être qui consiste à être constamment commencement. Il n’y a pas de fin c’est-à-dire que c’est constamment comme cela... Vous voyez l’allusion au 1er verset.

 

C’est avec une réalité dont la manière d’être est d’être constamment commencemeent que Dieu a créé le ciel et la terre. Avec un Reshit. Qu’est-ce qu’un Réshit ? C’est une manière d’être qui s’appelle Eïn-Sof. Alors c’est le OR qui vient de Eïn-Sof.

Notez bien la différence absolue entre le EIN-SOF et le OR EÏN-SOF.

 

Lorsque ce Kav revient dans le ‘Halal il va rencontrer des niveaux de vie.

Quels sont–ils ? En termes ontologiques, métaphysiques, ce sont les situations différentes de proximité ou d’éloignement de la source de l’être qui est à l’extérieur du ‘Halal mais qui se manifeste à nous à travers le Kav du OR EIN-SOF.

 

Ces niveaux sont à l’infini, et on les récapitule schématiquement par 10 niveaux. C’est pourquoi on parle de 10 Sefirot.

 

Constitution d’une Séfirah :

il y a le KELI qui est un Tsinor, sorte de conduit ; à l’intérieur duquel il y a du OR que l’on appelle le OR PNIMI (le Or intérieur au Kéli) c’est-à-dire le Or que le Kéli peut déjà contenir. Et il y a le OR MAKIF, le Or qui entoure le Kéli – c’est le Or qui est promis à ce Kéli, mais que le Kéli ne peut pas encore contenir. Paradoxe apparent, mais pensé en hébreu le Or le plus précieux est le Or Makif : il a une plus grande valeur, c’est pourquoi il est à l’extérieur parce que le Kéli n’est pas encore capable de le contenir.

 

C’est pourquoi le mot de Sefirah équivaut à Or et Kéli :

ð   Or Pnimi.

ð   Or Makif.

 

Il y a des noms qui désigneront les Kélim, des noms qui désigneront les Orot et des noms qui désigneront les Sefirot qui forment l’ensemble du Kéli et du Or.

 

Dans les textes que vous aurez en main, il faut bien distinuer les mots qui désignent les Sefirot et qui sont données à trois registres différens selon que je parle du Or de la Sefirah, c’est un vocabulaire, si je parle du Kéli de la Sefirah, c’est un autre vocabulaire, et si je parle de la Sefirah en tant que Or et Kéli c’est encore un aurtre vocabulaire.

 

[Toutes ces traditions lorsqu’elles sont mises par écrit par nécessité à travers les siècles, le sont dans le désordre absolu, intentionnellement, pour tromper l’ennemi, de telle sorte que ne comprenne que celui qui peut comprendre. Tout est en chaos comme dans l’état de commencement.

Ce n‘est que arrivé dans les temps très contemporains que nous commençons à avoir quelques petites synthèses de clarification de gens de grande charité qui ont écrit au 17ème siècle pour le 20ème siècle. Mais il faut des commentaires de ce qui avait été écrit pour nous de telle sorte que les gens du 21ème siècle comprendront ce que devaient comprendre ceux du 20ème … etc.

Tout est en désordre. Un livre de Kabalah ne peut pas se lire tout seul. Pas plus qu’un livre de Torah quelconque d’ailleurs. Par exemple, le Talmud Esser Sfirot du Rav Ashlag sur la Kabalah du Ari fut écrit il y a une trentaine d’années, et déjà il nous faut des commentaires pour nous dire ce qu’il voulait dire... Finalement, malgré les écrits, tout ce qui est Torah shébéalpeh reste Torah shébealpeh]

 

Le nom d’un Kéli d’une Sefirah n’est pas le nom du OR de la Sefirah et le nom de la Sefirah c’est un autre registre. Faites très attention á cela : c’est un chemin tout droit qui est encombré de fausses pistes, et c’est intentionnel.

 

Nous allons apprendre un autre terme pour bien comprendre comment se constitue le Kéli.

Nous abordons enfin l’identité de la créature en tant que telle.

Lorsque la lumière s’était retirée, elle avait traversée en se retirant des niveaux de vides. Ces niveaux de vides que ,lorsqu’elle revient en tant que Kav, elle va recontrer.

La lumière en se retirant, se retire, mais par le force du Tsimtsoum - Gvourah – elle traverse ces niveaux de vides dont elles se retire. Elle dévoile ce qui reste lorsqu’elle se retire. Ce qu’elle dévoile et ce qui reste lorsqu’elle se retire, je pourrais l’appeller en français dans un sens assez analogue auquel l’emploi Lévinas qui le prend du Rav ‘Hayim de Volozine et qui est l’idée de « trace ». En araméen Réshinou. Le Reshinou : en hébreu le mot de Roshem - impression- trace.

 

Qu’est-ce que c’est qu’une trace ?

C’est ce dont nous avons parlé hier : il y avait et il n’y a plus. C’est la trace de cela. Cette manière d’être de la trace est une manière d’être en n’étant pas. Mais c’est quelque chose une trace.

 

C.à.d.que la lumière a quitté le ‘Halal mais elle a laissé en traversant ces niveaux de vide à chaque niveau, la trace d’elle-même correspondant à ce niveau. Lorsque le Kav revient, il rencontre ces traces – cet être en creux qui est la trace, qui est le Reshinou – et il abandonne dans cette trace, une lumière revenue, des étincelles, et cela constitue le Kéli de chaque Sefriah.

 

Lorsque le Qav revient, à chaque niveau il s’irradie dans le Kéli d’une Sefirah. Comment ? Il rencontre ce Reshinou, à un infini de niveau, qui est déjà une structure de tous ces niveaux en manque d’être, en creux d’être.  Et alors il y a quelque chose qui n’est rien mais qui est quelque chose déjà : la trace de ce qu’il y avait et qui n’est plus...

 

Quand de l’être a été quelque part, même s’il quitte totalement la place où il se trouvait il reste quelque chose. Ce n’est pas de l’ordre de la mémoire mais de l’ordre de la trace. C’est cette trace-là que le Kav rencontre et s’irradie en elle en y abandonnant (Messirout Nefesh, d’ailleurs ce Or s’appelle le Or des Nefesh) des étincelles de lumières qui vont constituer l’être du Kéli.

 

Il y a une sorte de collaboration entre le ‘Halal et le Reshimou et les Nitsotsot, les étincelles du Kav, qui font exister le Kéli, ce que nous appellons la matière – c’est-à-dire la manière d’être de l’être recevant l’être dans le stade où elle ne le reçoit pas mais où elle se constitue comme celui qui recevra l’être. Et alors le OR revient dans le Kéli et ensemble forment la Sefirah. 

 

Un exemple dans un tout autre registre du Midrash :

On apprend qu’Abraham est descendu en Egypte, et lorsqu’il revient au pays de Kenaan, il revisite toutes les auberges où il a séjourné. C’est le même phénomène de la lumière qui revient de là où elle était partie. Elle reconnait son chemin.

Vous voyez que le logos du Midrash ne peut se décrypter qu’aun niveau de la Kabalah. Les Baalei HaMidrash étaient les 1ers maîtres de la Kaballah.

 

Q : Cela vaut-il pour l’oeuvre ou est-ce que cela vaut aussi pour le monde physique ?

R : Pour tout être. Tout ce qui existe en tant que créature : c’est le monothéisme radical. L’homme est ce niveau où la créature est devenue le quelqu’un que le Créateur voulait créer. J’ai été frappé en relisant les notes de la conférence de Monsieur Golberg du parrallèle entre ce qu’il a dit et ce que je vous disait la veille. On ne s’était pas concerté. Sauf tout le paragraphe concernant l’évolutionnisme et sur lequel je reviendrais dimanche lors de la table ronde. A part ce paragraphe, la tendance de la tradition juive est d’aller d’emblée à l’élucidation morale des notions métaphysique. C’est ce qui rend les autres cultures si différentes de la nôtre.

 

Revenons à notre problème : réflechissons bien à cela que la lumière en se retirant a dévoilé le Kéli. Et le Kéli se constitue dans la rencontre nouvelle entre la lumière et le Reshimou de lui-même. Ce qui me fait dire déjà à l’avance que la racine d’être du Kéli est plus haute et plus profonde que la racine d’être de la lumière. Il y a une dignité cachée de la matière qui est plus profonde que la dignité de l’esprit. L’objectif du Créateur c’était en fin de compte le Kéli.

 

La notion de Shevirat hakélim :

 

Quel est l’origine de l’état de chaos dont parle le 2ème verset ?

בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים, אֵת הַשָּׁמַיִם, וְאֵת הָאָרֶץ

Bereshit bara Elohim et hashamayim ve'et ha'arets

וְהָאָרֶץ, הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ, וְחֹשֶׁךְ, עַל-פְּנֵי תְהוֹם; וְרוּחַ אֱלֹהִים, מְרַחֶפֶת עַל-פְּנֵי הַמָּיִם

Veha'arets hayetah tohou vavohou ve’hoshekh al-peney tehom

Veroua’h Elohim mera’hefet al-peney hamayim.

וְהָאָרֶץ, הָיְתָה תֹהוּ וָבֹהוּ

Veha'arets hayetah tohou vavohou…

 

Ce Tohou VaVohou est le résultat de Shevirat Hakélim

Et il faut traduire Veha'arets hayetah tohou vavohou - et la terre était devenue tohou va vohou

C’est comme cela qu’elle était parce qu’elle l’est devenue vé hayitah il y a une forme atténuée, indirecte de Vav conversif ici. Ce Tohou VaVohou c’est le résultat de Shevirat Hakelim nous enseigne le Ari. Qu’est-ce que cela signifie ?

 

Si je me pose la question de savoir quelle est l’origine de l’état de chaos qui est celui du commencement non pas du monde mais de l’histoire du monde en tant que monde, il n’y a pas de faute. Il y a un processus nécessaire à priori que nous décrit la Torah. C’est ce que nous allons essayer de comprendre aujourd’hui.

La faute, et en particulier la faute du 1er homme dont on va nous raconter l’histoire est un incident qui complique l’état de chaos mais qui n’est pas responsable de l’état de chaos.

 

Dès cette analyse, nous avons une déculpabilisation colossale de l’être de créature qui nous est donnée par la Kabalah.

Il pourrait y avoir des traditions lisant la bible qui nous dirait que l’état de chaos est l’état de la faute. Mais l’état de chaos est primordial. Il s’attache au résultat du fait de créer, de façon nécessaire à priori et n’est pas le résultat d’une faute. Toute cette espèce de panique tragique de la rencontre de l’état de chaos qui rend si pessimistes les espérances religieuses des traditions extérieures à l’hébreu, est évacuée complétement du récit de la bible hébraïque.

 

La faute est grave et vient compliquer l’état de chaos mais l’état de chaos n’a pas pour cause la faute. L’homme n‘est pas capable de cela. C’est très grave de compliquer le chaos car ensuite le Tiqoun du chaos devient difficile. Mais il m’est donné un problème d’organisation du chaos à priori où il n’y a aucune culpabilité apriori. Lorsque j’y adhére, alors je deviens responsable de cette culpabilité-là, mais à priori non. Ensuite cela intervient et on va nous raconter un petit incident que la Torah raconte avec un humour  colossale et petit incident que personne ne comprend : une histoire de pomme incompréhensible rendant le 1er homme responsable du chaos et de tout ce que les hommes font...

Ce n’est pas ce récit là qui nous explique la rencontre du chaos. Le chaos est le résultat de la rencontre entre le Kav et les Kelim des Sefirot : Shevirat Hakelim.

 

Nous avons vu qu’il y a 10 Sefirot. 

Le Kav va rencontrer et s’irradier à chaque fois dans cet ensemble de niveaux du vide que l’on récapitule symboliquement à dix niveaux.

 

1er postulat : le Kav rencontrant le 1er Kéli va irradier le Kéli de la Sefirah KETER – la première par en haut, ou à l’extérieur. Ensuite, une fois qu’il a irradié (tout ceci va se faire simultanément, le processus n’est que d’exposition logique) (irradier = Hitpashtout – Bitpashet) il continue pour irradier la 2ème Sefirah Hokhmah et continue pour irradier la Sefirah Binah.

Dans ces trois niveaux ne se produit pas le processus de Shevirat Hakelim.

 

Et voilà qu’il arrive à la 1ère des 7 Sefirot extérieures qui est ‘Hessed – la seconde étant Gvourah, la troisième Tiferet, la 4ème Netsa’h, la 5éme Hod, la 6ème Yessod, et la 7ème Malkhout

 

Dès qu’il arrive à ‘Hessed, successivement tous les Kélim éclatent jusqu’à celui de Malkhout. Et la terre qui est l’allusion à l’être recevant l’être, au Kéli de tous les mondes, c’est-à-dire l’être de créature, va être emcombrée de ce qui se passe-là. Chaque fois que la lumière va rencontrer un Kéli qui se brise, car le Kéli est fragile et on verra pourquoi, la lumière remonte. Et le niveau qui lui correspondait reste vide de lumière. Mais le Kéli est brisé et c’est pourquoi la lumière remonte car elle n’a pas de Kéli pour en être le véhicule, et les débris du Kéli tombent

Et successivement, ce Tohou VaVohou, ce chaos, c’est les débris ces 7 Sefirot qui tombent au centre. Plus exactement les 6 qui tombent sur la 7ème et l’écrasent.

 

C’est dire que l’état du niveau Haarets c’est ce Tohou VaVohou dont parle le verset et ce Kéli de Haarets qui est le Kéli de Malkhout est complétement détruit par le bombardement des Shvérim, des débris de ces Kélim qui ont été éclatés. Et les 6 qui sont 7 lumières là ne sont pas dans notre monde. Elles sont remontées parce qu’elle n’avaient pas de Kéli.

 

Deux questions :

 

ð   Pourquoi ces Kélim ont-ils été détruits et pas les 3 précédents ? Que signifie l’état du monde au 2ème verset ? Veha'arets hayetah tohou vavohou ve’hoshekh al-peney tehom ..

 

ð   On ne parle plus de Shamayim qui est évanoui et a disparu du verset ? Le fait que Shamayim a disparu c’est le fait de ces lumières qui sont remontées plus haut parce qu’elle n’avaient pas de Kéli. Le problème est donc de reconstituer les Kélim de Shamayim. Et résultat, la terre reste mais encombrée de ces débris. Et nous allons nous demander ce que signifie tout cela.

 

1ère question :

Quelle est la raison de la destruction des Kélim ?

1ère explication que nous donne le Ari : les Kélim de ces 3 Sefirot, parce qu’elles sont très proches du Ein-Sof, sont capables de retenir la lumière qui leur est offerte. Nous allons de nouveau apprendre un mot d’hébreu qui va éclairer ce problème : Zakh.

Zakh signifie pur et transparent. Mais nous allons l’entendre dans son sens moral : cela renvoie à Zakout. Quelque chose qui est transparent, affiné, et qui est très proche de la notion de Zekhout qui est le mérite. De quel mérite s’agit-il ?

Première réponse donnée : les Kélim de ces trois Sefirot supérieures parce qu’elles sont proches de l’être absolu, ont suffisament de Zakout. C’est suffisament Zakh. Alors cela n’éclate pas.

L’opposé de Zakh dans ce problème c’est Av – épais – opaque, grossier. Au niveau du langage biblique Av (ayin-beit) signifie aussi un nuage.   

 

Cette lumière qui revient avec le Kav veut arriver jusqu’au bout. Donc elle veut traverser les Kélim. A chaque niveau elle laisse la lumière correspondante à telle ou telle Sefirah. Mais son intention est de traverser pour arriver jusqu’à l’être de créature.

Si le Kéli est Zakh, le OR peut traverser. Si le Kéli est Av, étant donné que ce Or vient avec force il fait éclater le Kéli.

 

Donc l’effort qu’il faut faire pour que la lumière d’une valeur considérée soit retenue dans notre monde est d’épurer le Kéli, d’obtenir un Zkhout, c’est-à-dire de réaliser une Zakout.  

 

Cette première idée est simple : tant qu’il n’y a pas suffisament de mérite, de Zekhout. La lumière vient mais elle se heurte à un obstacle d’opacité, de grossièreté, alors simultanément elle casse ce Kéli et elle remonte. Mais en-bas sont entrainées des étincelles de la valeur considérée. Et c’est l’état de chaos qui nous est donnée à l’origine de notre histoire.

 

Ce que j’essaie de vous décrire ici c’est ce processus en tant que processus nécessaire : cela ne peut pas être autrement. Que la créature soit d’abord à l’état de chaos.

 

J’aborde une 2ème forme de l’explication, qui reste la même mais dans un autre registre, celui du problème moral.

 

La lumière qui est offerte a 10 niveaux de valeur, puisqu’elle est l’unité de lumière correspondante à l’unité des 10 Sefirot. Donc ce sont les 10 Orot qui sont offertes au Kéli de Keter. Mais le Kéli de Keter est suffisamment Zakh pour retenir aussi les 9 autres.

Tandis que dès qu’on arrive à ‘Hessed qui est déjà un peu éloigné du Or Ein-Sof, le Kéli de ‘Hessed ne pourrait retenir que le Or de ‘Hessed. Comme il lui est offert aussi simultanément les 6 autres Orot inférieures à lui et qu’il ne les connait pas, alors ce sont les 6 autres qui le brisent.

  

Le Kéli de ‘Hessed ne peut pas retenir les autres valeurs qu’il ne connait pas, alors il est brisé par elles. On comprend ainsi la raison de Shevirat HaKélim et l’ordre du Tiqoun.

 

Comment va s’affiner, se restituer ce Kéli de ‘Hessed ?  En acceptant les autres valeurs. Nous sommes en plein monothéisme ! Le Tiqoun est l’unité des valeurs ! Tant que ce Kéli n’est pas capable de retenir aussi les autres valeurs, il est brisé. 

 

Je reprends l’explication qui est très simple :

Le Or qui est offert au Kéli de ‘Hessed n’est pas seulement le Or de ‘Hessed seul qu’il pourrait retenir mais c’est aussi le Or de Gvourah. de Tiferet... etc. Alors il voudrait bien retenir le Or de ‘Hessed, mais, ne supportant pas les autres, il éclate...

Comment restituer ce Kéli de ‘Hessed ?

 

Seul un homme capable de ‘Hessed et des autres valeurs en potentiel peut le restituer.

Celui-là s’appelait Abraham

Je vous donne la liste des correspondances de qui a restitué les cieux : c’est-à-dire chacun de ces Kélim de Shamayim.

On arrive finalement de nouveau à l’explication d’ordre morale.

Pourquoi y-a-t’il Shvirat Hakélim ?

C’est tant qu’on n’est pas encore capable de l’unité des valeurs.

C’est ce qu’on appelerait dans la culture contemporaine par exemple au niveau anthropologique la synthèse de la personnalité. Un homme qui ne serait que l’homme de ‘Hessed sera perpétuellement en mashbekh – en shevirat hakélim. Tant qu’il n’est pas capable d’être aussi, ne serait-ce qu’en amorce, homme de Gvourah, de Tiferet, de Netsa’h, et de Hod...etc.

 

Le mystère de l’identité hébraïque c’est que sont advenus dans l’histoire du monde les Avot. Chacun d’entre eux a restitué le Kéli d’une Séfirah perdue parce qu’ils étaient capables de l’unité des valeurs.

…/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans KABALAH
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