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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 19:54

Vayishlah (1986) 3ème Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/vayichlah_serie_1986/cours_1

Face C

 

…/…

Le Nom d’Israël

Nous verrons que cela nous est retraduit par deux fois, ce sont deux scènes différentes: la 1ère fois c’est un ange qui nomme Jacob Israël et la deuxième fois c’est Dieu lui-même qui confirme ce changement de nom. Cela pose toute une série de problèmes : en premier lieu comprendre ce qu’est un ange. La Sidra en parle beaucoup. On n’a jamais pris le temps d’étudier cela à fond. Je ne sais pas si on aura le temps de le faire ce soir. Quelque soit les implications c’est surtout la cohérence du récit que nous allons suivre. Et le Midrash que Rashi cite explique que cette ange qui la première fois change le nom de Jacob pour le nom d’Israël, c’est l’ange d’Esaü. C’est le 1er thème que nous étudierons.

 

Et ensuite, Dieu confirme ce changement de nom. Après cette introduction nous lirons le 1er verset de la Sidra puisqu’il s’agit de l’initiative que prend Jacob au moment où il revient de son exil chez Laban d’offrir la paix à Esaü. Or, cette offre de paix est sans suite et il va donc y avoir une lutte. C’est à la suite de cette lutte entre Jacob et l’ange d’Esaü que finalement Jacob aura pour nom Israël.

 

D’après les versets eux-mêmes, il semblerait que le nom « Israël » est déjà préparé : tout se passe comme si tant l’ange en question, qui est l’ange d’Esaü, à l’issu de ce combat, que Dieu lui-même, attendent depuis toujours l’occasion de pouvoir donner ce nom d’Israël à quelqu’un.

 

La logique d’explication de ce nom d’Israël et le changement de nomination que cela représente par rapport à Jacob nous est donné par le contexte  du verset, mais il semble que ce nom d’Israël en tant que titre était au fond le nom attendu depuis le début de l’histoire de l’homme de telle sorte d’identifier la manière d’être homme, le type d’homme qui aurait réussi à mériter de le recevoir.

 

Il ne s’agit pas tellement d’une fonction précise à l’intérieur de l’histoire humaine – ce qui est le cas précis pour chacun des récits où l’on voit qu’un certain personnage, héros du récit biblique, se trouve être nommé de tel nom parce que c’est telle ou telle fonction à l’intérieur de la société humaine en général. Nommer quelqu’un c’est lui donner sa fonction, son programme, sa destinée au sens de destination, une fonction dans le métier d’homme.

 

Israël a une portée plus générale : c’est vers lui que converge tous ces efforts pour engendrer la créature, l’homme, que Dieu voulait créer lorsqu’il a créé le monde. C’est à l’intérieur de cette cohérence que finalement apparait ce personnage de Jacob dans l’histoire qui lui est propre et il reçoit le nom Israël.

 

Midrash et Baal HaTourim : c’est pour Israël que le monde a été créé ; dès l’origine, Dieu a vu qu’Israël acceptait la Torah alors il a créé le monde.

 

Effectivement, ce terme d’Israël est censé désigner, apriori de toute histoire, l’être que Dieu a voulu créer. Et puis voilà que le monde a été créé à un certain point de départ de l’histoire, du temps, de la durée, et puis il est arrivé qu’une des manières d’être homme a coïncidé avec ce modèle « transcendant » par rapport à l’immanence de l’histoire proprement dite.

 

Nous vivons aujourd’hui dans une ambiance culturelle qui est allergique aux catégories de la transcendance et qui essaie de rendre compte du mystère de l’existence uniquement dans les perspectives de l’immanence. Il faudrait réfléchir pourquoi l’homme moderne a peur de la notion de transcendance. Il y a plusieurs réponses possibles : la principale réponse juive est que la notion de transcendance implique celle d’un jugement.

 

S’il y a une transcendance ou une perspective transcendante, apriori de l’histoire, c’est donc qu’il y a un modèle par rapport auquel on est confronté : une certaine essence qu’il faut arriver à incarner. Et que bien sûr toute cette tentative pour rejoindre ce modèle qui existe apriori, cette tentative elle-même c’est l’histoire et elle se fait dans une immanence permanente et quotidienne.

Il y a un modèle qu’il faut arriver à rejoindre. Que ce modèle se façonne en tant que modèle transcendant lui-même, que son visage se figure, au fur et à mesure de la tentative dans l’immanence c’est vrai aussi. Mais il n’en reste pas moins qu’il y a un but à atteindre et à rejoindre.

 

Ce que nous dit le Midrash qui nous dit que le nom du Messie - Shmo Shel Mashia’h – donc la figure du Messie - préexiste à l’histoire du monde.

Il faut comprendre ce que cela signifie. Cela ne signifie pas que tout est joué à l’avance. Cela signifie qu’il y a un projet qu’il faut arriver à rejoindre. Ce projet ce n’est pas l’homme qui l’invente. C’est le fait de réussir le projet qui est le mérite de l’homme. Le projet, c’est le Créateur qui le propose.

 

Ce projet, cette figure du Mashia’h, figure de l’homme réussi, cette authenticité humaine, celle dont au fond chaque individu posséde l’exigence au fond de lui, préexiste à toute histoire.

 

Est-ce que cela voudrait dire que l’histoire n’a pas de sens, puisque cela préexiste ? Est-ce que cela serait prédéterminé ? Pas du tout ! Le projet existe mais il faut le réaliser. Cela est vrai de toutes les valeurs. Il est bien évident que l’effort de l’homme en tant que créature est de réaliser les valeurs. Ces valeurs l’homme ne les invente pas.

 

A la limite on peut dire qu’il y a eu des archétypes de l’humanité – les Avot – qui ont réussi à être les premiers à deviner quel était ce projet qu’il fallait réussir et réaliser. Et par conséquent en ce sens-là on peut les considérer comme les inventeurs, non du projet lui-même, mais des moyens de le réaliser pour la première fois. On pourrait citer n’importe laquelle des valeurs.

 

L’effort moral est par exemple d’être bon. Mais la bonté n’a pas été inventée par l’homme. Il y a une trancendance qui fait que la bonté est ce qu’elle est. Mais l’effort moral n’en garde pas moins sa logique puisqu’il s’agit d’inventer les moyens de l’être.

 

Ceci vaut pour toutes les valeurs et pas seulement pour les valeurs morales. Mais aussi tout ordre de valeurs. La philosophie contemporaine en parle : tout un conflit entre les philosophies de l’essence et les philosophies de l’existence : c’est un conflit que ressemble un peu à celui de l’immanence contre la transcendance...

 

Le fond du problème est qu’il y a des essences et que c’est l’existence elle-même qui arrive à les incarner, et qu’il y a une transcendance mais que c’est dans l’immanence qu’elle doit s’exprimer. Cela n’a pas beaucoup de sens de nier l’un par rapport à l’autre. 

 

Midrash : la figure du Mashia’h existe avant l’histoire puisque c’est elle qu’il faut arriver à réaliser. De la même manière le Midrash cité : tout se passe comme si dans ce texte le nom d’Israël était préparé à l’avance.

 

2 références :

 

La première lorsqu’il s’agit de l’ange de Essav qui nomme Jacob du nom d’Israël, et nous expliquerons ce que représente cet ange d’Essav pour le Midrash. Chapitre 32 verset 29. C’est au moment où dans la luttte entre Jacob et l’ange d’Essav, Jacob est victorieux, alors l’ange lui dit :

 

וַיֹּאמֶר, לֹא יַעֲקֹב יֵאָמֵר עוֹד שִׁמְךָ--כִּי, אִם-יִשְׂרָאֵל:  כִּי-שָׂרִיתָ עִם-אֱלֹהִים וְעִם-אֲנָשִׁים, וַתּוּכָל

Vayomer lo Ya'akov ye'amer od shimkha

Ce n’est pas Jacob que sera nommé ton nom

Ki im Israël

Mais Israël

ki-sarita im-Elohim ve'im anashim vatuchal.

Parce que tu as rivalisé lutté (vaincu) avec Elohim et avec les hommes et tu as pu.

 

C’est là ensuite l’explication selon laquelle Jacob mérite ce nom Israël. La fin du verset ne vient pas expliquer pourquoi Jacob est nommé Israël. C’est le nom d’Israël qui est donné à Jacob, et ensuite le verset explique pourquoi Jacob a pu l’obtenir. L’explication  ki-sarita im-Elohim ve'im anashim vatuchal n’explique pas le nom Israël. Jacob a été nommé Israël, nom qui est préparé pour l’homme qui aura éussi à être le Tsadik. Ensuite le verset explique pourquoi c’est Jacob qui a réussi à être ce Tsadik.

 

Cette double lutte à deux niveaux contre les réalités divines d’une part et contre les realités humaines d’autre part, est une sorte de clef de lecture de tous ces textes de la Sidra écrivant cette rencontre entre Jacob et Esaü.

 

 On pourrait dire d’ailleurs que ki-sarita im-Elohim c’est au niveau de la transcendance ve'im anashim vatuchal c’est au niveau de l’immanence.

 

Deuxième référence 35:10 :

Lorsque Dieu confirme à Jacob que cette réussite est effective, définitive et irréversible :

 וַיֹּאמֶר-לוֹ אֱלֹהִים, שִׁמְךָ יַעֲקֹב:  לֹא-יִקָּרֵא שִׁמְךָ עוֹד יַעֲקֹב, כִּי אִם-יִשְׂרָאֵל יִהְיֶה שְׁמֶךָ, וַיִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ, יִשְׂרָאֵל

Vayomer-lo Elohim shimkha Ya'akov lo-yikare shimkha od Ya'akov

ki im-Yisra'el yihyeh shmekha

vayikra et-shmo Yisra'el.

Et Dieu lui dit ton nom de Jacob ne sera plus nommé Jacob

Mais Israël sera ton nom

Et il nomma son nom Israël.

 

Au sens Pshat, le nom d’Israël est Yashar El : celui qui a réussi à réaliser la droiture de Dieu.

On a l’habitude de citer une autre explication : celui qui peut lutter avec/contre Dieu d’après le sens du verset, mais c’est une explication partielle, inexacte, puique le verset dit deux choses : celui qui peut lutter contre l’ange et les hommes. Mais dans Israël il n’y a pas la notion de lutte contre les hommes, alors on ramène la dimension du nom d’Israël à Yashar El pour dire l’homme qui a réussi à incarner littéralement « la droiture divine ».

 

Et cela s’oppose à Yaaqov : dont la racine est interprêtée par Essav lui-même dans les textes précédents [27:36] lorsqu’Esaü a perdu d’une part la Berokhah – l’aînesse – et d’autre part la Brakhah – la bénédiction – alors il dit en se plaignant à son père Isaac.

וַיֹּאמֶר הֲכִי קָרָא שְׁמוֹ יַעֲקֹב, וַיַּעְקְבֵנִי זֶה פַעֲמַיִם

Vayakveni zeh fa'amayim il m’a trompé…

 

Isaïe dans une de ses prophéties éclaire cela. « Il arrivera un jour où ce qui est tortueux deviendra droit ». וְהָיָה הֶעָקֹב לְמִישׁוֹר[Isaie 40:4].

 

On passe de Yaaqov à Yeshouroun, à travers Israël.

Yashar El c’est l’effort qui va de Jacob à Yeshouroun - nom ultime d’Israël qui indique l’idée de droiture.

 

Ce que dit le prophéte : tant que nous sommes dans les efforts de l’histoire immanente, il y aura des chemins tortueux. Mais finalement lorsque le but est atteint, alors le nom de Israël apparait, et de façon ultime le nom de Yeshouroun.  

 

Donc effectivement il arrive un certain stade où Jacob dans les apparences s’appelle Yaaqov dans le sens de Yéaqov ce qui est tortueux se voit confirmé dans son nom d’Israël, c’est-à-dire la droiture dans sa Midah du Emet, juste le contraire.

 

Cette phrase וַיַּעְקְבֵנִי זֶה פַעֲמַיִם  « vayakveni zeh fa'amayim et il m’a trompé celui- ci par deux fois » est dite par Esaü au moment où il arrive pour recevoir la bénédiction d’Isaac. Il avait demandé à son fils de lui préparer un repas pour le bénir à travers le goût de ce repas. Et voilà que Jacob sur les conseils de Rivqah a déjà préparé ce repas et le lui a apporté. Le texte dit que juste au moment où Jacob sort, Esaü est entré. Alors la marmite du repas de Jacob était encore là. Le Midrash dit qu’en disant  וַיַּעְקְבֵנִי זֶה פַעֲמַיִם  vayakveni zeh fa'amayim Esaü a désigné le chaudron, la marmite, par Zeh.

Effectivement, c’est par deux fois qu’il s’est fait avoir au cours d’un repas.

La première fois par le plat de lentilles.

La deuxième fois avec le chevreau.

 

Dans la division des tâches et objectifs d’Esaü et de Jacob dans le plan de Isaac, il fallait qu’un des deux jumeaux, qui à eux deux portent l’identité humaine, s’occupe des tâches matérielles. Ce sont les valeurs matérielles et terrestres qui nous donnent l’existence. Par conséquent, c’est en principe  Esaü qui devait savoir préparer à manger et donner un goût à la vie terrestre.  C’est ce goût-là qu’Isaac avait dans la bouche et qu’il imputait à Esaü.

Isaac pensait donner les bénédictions matérielles à Esaü parce qu’Esaü sait préparer à manger : une vie terrestre qui ait du goût. Or, on voit qu’Esaü a été disqualifié à ce niveau-là à cause du fait que Jacob a dû lui-même préparer à manger une deuxième fois. Il s’est avéré encore une fois que Jacob était aussi capable donc de donner ce goût de la vie terrestre et matérielle, qui était la prérogative en principe d’Esaü.

 

Il y a dans tout ce conflit deux équations possibles, indiquées par le fameux verset :

« La voix de Jacob et les mains d’Esaü »...

 

un homme du monde de la matière qui s’occuperait des tâches de l’esprit et c’est l’échec parce que le Shoresh ‘Homri rend impur le Roua’h. C’est l’homme des évidences matérielles qui s’occupe des tâches de l’esprit et donc l’esprit est rendu impur.

 

Alors qu’à l’inverse si l’homme de la vocation spirituelle qui s’occupe aussi des tâches matérielles alors la matière est sanctifiée, transfigurée. Et c’est Jacob qui a réussi à faire cette preuve qu’il est capable de faire à manger même pour Esaü. Esaü arrive à un stade où il ne peut plus avaler mais survient Jacob pour lui redonner le goût de la vie terrestre, matérielle.

 

Nous reverrons une autre péripétie de cette lutte entre Jacob et Esaü à deux niveaux : terrestre et céleste dans l’épisode suivant.

 

Il faut d’abord retenir ce passage important : il y a un apriori du critère de la victoire de l’homme en tant que créature, et finalement Jacob qui arrive à en faire la preuve qu’il est capable de s’affirmer dans son mérite d’être tant face aux réalités célestes et divines, qu’aux réalités terrestres proprement 

humaines. Et ceci finit par se cristalliser avec le génie d’Esaü. Pendant tout le temps de cette histoire il s’appelle Yaaqov et Yaaqov cela veut dire Aqov le talonneur celui qui attrapait déjà au moment de la naissance son frère au talon, et c’est effectivement ce que nous avons vécu : ce dont toute  l’histoire nous a accusé, mais en fin de compte il y a habilitation que c’est Jacob qui est Israël.

 

Jacob-Israël :

D’après le Méfarshim, alors que la mutation d’identité en Abraham par exemple est irréversible à partir du moment où Abram devient Abraham, celle de Jacob en Israël n’est pas forcément irréversible. Il peut y avoir des péripéties où Israël est de nouveau nommé Jacob. C’est en partie ce que dit le verset où « Dieu appelle Israël dans les visions de la nuit et lui dit : ‘Jacob, Jacob’ ». 

 

46 :2

וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים לְיִשְׂרָאֵל בְּמַרְאֹת הַלַּיְלָה, וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב יַעֲקֹב; וַיֹּאמֶר, הִנֵּנִי

Vayomer Elohim le-Yisra'el bemar'ot halaylah

Et Dieu dit à Israël dans les visions de la nuit

vayomer Ya'akov Ya'akov vayomer hineni.

 Et il dit Jacob, Jacob...

 

A propos de ce verset la Guémara enseigne que lorsque Jacob retombe de nouveau dans les péripéties+ de ce qui est traduit par les visions de la nuit alors il ne s’appelle plus Israël mais Jacob.

C’est dire qu’il peut y avoir dans le déroulement de l’histoire postérieure à cette réussite à l’échelle individuelle, de nouveau des péripéties où Israël se nomme de nouveau Jacob.

 

En particulier, le nom d’Israël en Galout c’est Jacob, et le nom de Jacob en Erets Israël c’est Israël.

 

Jacob est obligé d’entrer dans cette stratégie tortueuse, comme toute stratégie de lutte, contre l’adversaire représenté par Esaü.

 

A la limite, le thème qui apparait là et qui est très important, c’est tout ce débat qu’il y a déjà de notre temps entre juifs et israéliens qui se trouve cristallisé dans la tension et l’opposition entre ces deux termes : Jacob d’un côté et Israël de l’autre.

 

Mais il faut quand même lire le Pshat : c’est Jacob qui est Israël et non pas n’importe qui d’autre.

Et cet Israël peut avoir de nouveau les péripéties de ce que représente Jacob, bien qu’à l’échelle individuelle ce soit irréversible. Et cela signifie que tant que le conflit entre Israël comme nation et ce que représente Esaü, n’est pas achevé, alors il y a nécessité que Israël de nouveau prenne l’apparence de Jacob quand il est dans la lutte. Ce n’est que lorsque la lutte contre l’ange d’Esaü est achevée que le verset dit (32:32) : וַיִּזְרַח-לוֹ הַשֶּׁמֶשׁ « Et le soleil brilla pour lui » et qu’il est nommé Israël de façon définitive et irréversible.

 

Nous retrouvons là le fameux principe des péripéties des Avot, des patriarches, comme préfiguration de l’histoire d’israël dans son monde.

 

***

 

Caïn et Abel:

 

Nous allons finir le 1er verset de la Sidra, puisque le Midrash porte un jugement sur cette initiative prise par Jacob. C’est un jugement assez ambigu.

 

On va mettre en évidence d’une part la vertu d’humilité de Jacob qui s’adresse à Esaü en prenant l’initiative de la paix, alors que nous apprenons d’autre part qu’il y a un véritable conflit - qui deviendra conflit d’identité entre, d’une part, l’être issu de l’identité issue des Patriarches et qui peut réussir à devenir Israël, et puis d’autre part, l’être issu de cette même sélection d’identité mais qui lui représente l’échec.

 

Il y a deux tâches à résoudre ensemble, mais il y a une attitude de la volonté, une attitude de l’âme, qui fait qu’on est soit Esaü soit Jacob. C’est le problème de tout homme d’avoir simultanément à résoudre le mérite d’être au niveau matériel, au niveau du Kéli de l’être, au niveau du corps, et le mérite d’être au niveau de la vie spirituelle.

 

Et puis, cette tâche est déjà proposée au 1er homme : l’histoire humaine toute entière commence par ce problème : c’est le problème de Qaïn et de Hevel qui sont aussi des frères jumeaux qui ont eu à se répartir les tâches spirituelles (celles du berger) et les tâches matérielles (celles de l’agriculteur) au niveau où l’on prend le récit comme point de départ de l’histoire.

 

Mais cela est repris à l’intérieur de l’identité de la famille d’Abraham dans la perspective d’une solution. Au niveau de l’homme en général qui est Caïn ou Abel, il n’y a pas de solution, c’est le meurtre perpétuel. Mais au niveau de cette même histoire reprise dans l’identité de la famille d’Abraham, c’est alors dans la perspective d’une solution

 

Mais cette solution devient effective dans le récit à la génération postérieure au moment de l’histoire de Joseph.

 

C’est un Klal qu’ont enseigné les Kabalistes : il n’y a qu’une seule histoire que raconte toute la Torah dans ses Sipourim : le fait que l’on cherche un type d’homme où il n’y aurait pas cet échec permanent qu’il y a à partir de Caïn et d’Abel lorsque le frère tue le frère. Parce qu’il y a deux tâches contradictoires à résoudre ensemble, celle de la vie spirituelle et celle de la vie matérielle, et c’est cette équation-là qui est à l’origine de tous les conflits.

 

Et finalement, on voit qu’il y a échec perpétuel, on arrive à une humanité dont la régle est la violence perpétuelle et où le frère tue le frère : c’est l’histoire des guerres.

 

Jusqu’au moment où commence à émerger cette identité d’Israël avec Abraham. Avec Abraham et Loth, les deux frères antinomiques ne se massacrent pas. C’est la première fois qu’il n’y a pas de massacre avec le problème de Caïn et Abel. Cela commence déjà à s’arranger un peu.

 

A la génération suivante, l’histoire de Isaac et Ishmaël qui finalement arriveront à se reconcilier. C’est dire qu’il y a la Ra’hmanout déjà qui intervient entre les hommes. Mais ce n’est pas encore cela.

 

Et puis Jacob et Esaü au stade suivant...

 

Et puis au terme de toute cette sélection, on comprend pourquoi la bible fouille ce problème : elle a raconté le meurtre de Abel par Caïn très rapidement. C’est le problème de l’humanité, c’est le probléme qu’il y a à résoudre. Arrivé au niveau des patriarches, elle donne beaucoup plus de détails parce qu’il y a une solution qui se cherche. On sent que quelque soit les motifs de haine, et ils sont inexpiables, alors il y a déjà tentative. C’est cela le ‘Hidoush de l’identité humaine à partir d’Abraham. On commence déjà à entrevoir la possibilité d’une solution par l’amour du frère par le frère. Tous les problèmes humains se retrouve dans cette équation.

 

Ce n’est pas pour rien que Rabi Akiba a été le premier à dire, en citant Moïse, « Véahavtah léréakha kamokha, zeh klal gadol baTorah »

‘Hidoush: zeh klal shel gadol baTorah.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même, c’est un grand principe de Torah »

« Il faut être un grand dans la Torah pour arriver à aimer son prochain comme soi-même ».

 

Ce n’est pas simplement un grand principe dans la Torah parce qu’avec de grands principe on arrive nulle part. L’enfer est pavé de ces grands principes. Pour arriver à vivre, à réussir, ces grands principes, il faut être un grand dans la Torah.

Targoum : « Tu ne feras pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse ».

Mais on oublie toujours la fin de la citation qui nous apprend comment il faut faire cela. On oublie la fin de la citation par antisémitisme parce que la fin de la citation c’est toute la Torah et le Shoukhan Aroukh y compris, mais on se borne à citer le principe…

 

C’est à la génération de Joseph que l’on voit vraiment que la solution est arrivée et qu’il s’agit bien d’Israël. La haine qu’il y avait entre Joseph et ses frères était beaucoup plus grave que celle entre Caïn et Abel parce qu’elle était fondée sur le droit. C’est au nom de la vérité et au nom du droit, et non pas la haine qui procède de la méchanceté et du vouloir supprimer autrui, c’était vraiment la haine des Tsadikim entre eux. Chacun accusait l’autre d’être Rashâ au nom de la Torah ! C’est un procès. Chacun prend acte qu’en réalité il devrait être condamné à mort. C’est Yehoudah qui le dit lorsque Benjamin est attrapé par le piège que lui tend Joseph, alors Judah dit à Joseph : « la faute de tes frères a été dévoilé, met nous à mort c’est ton droit ». Alors Joseph ne peut pas et se met à pleurer : nous sommes arrivé au stade de la Ra’hamanout des frères pour les frères...

 

C’est parti à l’origine de l’agressivité pure et simple entre les personnes lorsqu’il n’y en a que deux pour que l’histoire commence et s’en suit toute une recherche pour arriver à fabriquer cette identité d’Israël où le problème trouvera sa solution au niveau des enfants de Jacob.

 

On voit comment la figure de Jacob apparait en gros plan pour indiquer cela : Jacob prend donc l’initiative de faire la paix avec son frère Esaü, quelque soit la haine qu’il y avait entre eux.

 

Le Midrash juge cette initiative comme ambigüe. Les uns louent la noblesse et l’humilité de Jacob et d’autres disent l’inquiétude de Dieu : la Shekhinah s’est mise à pleurer lorsque Jacob prend l’initiative de s’incliner devant Esaü, fusse pour obtenir la paix. Parce que ce qui est en jeu derrière le sort des personnes c’est le sort des valeurs. Et si Jacob qui est le héros de la vérité morale s’incline devant Esaü, fusse pour faire la paix, alors, et c’est l’autre partie du Midrash, la Shekhinah se met à pleurer parce que c’est risqué, c’est périlleux, c’est grave…

 

Il va s’agir d’une stratégie pour faire la paix, qui comme toute statégie est à deux niveaux, et c’est celle que Jacob adopte tant qu’il n’est pas reconnu du nom de Israël.

 

1er point :

Jacob veut faire la paix avec Esaü, et c’est très périlleux, dangereux.

 

32:4

וַיִּשְׁלַח יַעֲקֹב מַלְאָכִים לְפָנָיו, אֶל-עֵשָׂו אָחִיו, אַרְצָה שֵׂעִיר, שְׂדֵה אֱדוֹם

Vayishla’h Ya'akov mal'akhim lefanav

el-Essav a’hiv artsah Se'ir sdeh Edom.

Et Jacob envoya des malakhim devant lui

à Essav son frère, et direction de Séir champ de Edom.

 

32:5

וַיְצַו אֹתָם, לֵאמֹר, כֹּה תֹאמְרוּן, לַאדֹנִי לְעֵשָׂו:  כֹּה אָמַר, עַבְדְּךָ יַעֲקֹב, עִם-לָבָן גַּרְתִּי, וָאֵחַר עַד-עָתָּה

Vayetsav otam lemor koh tomrun ladoni le-Esav koh amar avdecha Ya'akov im-Lavan garti va'echar ad-atah.

 

Vayetsav otam lemor

Il leur ordonna en disant

koh tomrun ladoni le-Esav

ainsi vous direz à mon maitre à Esaü

koh amar avdekha Ya'akov

ainsi a dit ton serviteur Jacob

im-Lavan garti va'e’har ad-atah.

J’ai séjourné chez Laban et j’ai tardé jusqu’à présent

 

On remarque de suite le parallélisme puisque tout est répété deux fois.

 

32:6

וַיְהִי-לִי שׁוֹר וַחֲמוֹר, צֹאן וְעֶבֶד וְשִׁפְחָה; וָאֶשְׁלְחָה לְהַגִּיד לַאדֹנִי, לִמְצֹא-חֵן בְּעֵינֶיךָ

Vayehi-li shor vachamor

J’ai pour moi taureau et âne

tson ve'eved

troupeau et serviteurs

veshifchah va'eshlechah lehagid ladoni

et j’ai envoyé (sous-entendu une délégation) pour expliquer à mon seigneur

limtso-chen be'eyneycha.

Pour trouver grâce à ses yeux.

 

On voit bien qu’il y a une statégie de Jacob qui, comme le dit le Midrash, inquiète la Shekhinah.

Que fait Jacob ? Il risque de tout faire échouer. C’est périlleux.

 

32:7

וַיָּשֻׁבוּ, הַמַּלְאָכִים, אֶל-יַעֲקֹב, לֵאמֹר:  בָּאנוּ אֶל-אָחִיךָ, אֶל-עֵשָׂו, וְגַם הֹלֵךְ לִקְרָאתְךָ, וְאַרְבַּע-מֵאוֹת אִישׁ עִמּוֹ

Vayashouvou hamal'akhim el-Ya'akov lemor

banou el-a’hikha el-Essav

vegam hole’h likratkha

ve'arba-me'ot ish imo.

Et les anges sont revenus

Chez Jacob en disant 

Nous sommes allés chez ton frère chez Esaü

Et lui aussi vient à ta rencontre

Avec 400 hommes (de guerre) avec lui.

 

32:8

וַיִּירָא יַעֲקֹב מְאֹד, וַיֵּצֶר לוֹ; וַיַּחַץ אֶת-הָעָם אֲשֶׁר-אִתּוֹ, וְאֶת-הַצֹּאן וְאֶת-הַבָּקָר וְהַגְּמַלִּים--לִשְׁנֵי מַחֲנוֹת

Vayira Ya'akov me'od vayetser lo

vayachats et-ha'am asher-ito

ve'et-hatson ve'et-habakar vehagmalim lishneh machanot.

Et Jacob eut très peur et fut dans l’angoisse

Et il divisa le peuple qui était avec lui

Et les troupeaux en deux camps.

 

32 :9

וַיֹּאמֶר, אִם-יָבוֹא עֵשָׂו אֶל-הַמַּחֲנֶה הָאַחַת וְהִכָּהוּ--וְהָיָה הַמַּחֲנֶה הַנִּשְׁאָר, לִפְלֵיטָה

Vayomer im-yavo Essav el-hama’haneh ha'a’hat vehikahou

vehayah hama’haneh hanish'ar lifleytah.

Et il dit : « si Esaü vient sur le 1er camp et le frappe

Le camp restant sera rescapé ».

 

Le premier camp est désigné par le féminin הַמַּחֲנֶה הָאַחַת  Ma’haneh ha-a’hat, alors que le 2ème est donné au masculin : הַמַּחֲנֶה הַנִּשְׁאָר hama’haneh ha-nish'ar.

Rashi explique qu’en hébreu Ma’haneh peut se mettre au féminin ou au masculin. Il va plus loin et il dit que c’est le cas pour un certain nombre d’autres mots comme Shemesh, Roua’h...etc. des mots comme cela, on verra pourquoi.

  

32 :10

וַיֹּאמֶר, יַעֲקֹב, אֱלֹהֵי אָבִי אַבְרָהָם, וֵאלֹהֵי אָבִי יִצְחָק:  יְהוָה הָאֹמֵר אֵלַי, שׁוּב לְאַרְצְךָ וּלְמוֹלַדְתְּךָ--וְאֵיטִיבָה עִמָּךְ

Vayomer Ya'akov Elohey avi Avraham ve'Elohey avi Yitschak

Adonay ha'omer elay shouv le'artsekha oulemoladetekha ve'eytivah imakh

Et Jacob dit:

Dieu de mon père Abraham et Dieu de mon père Isaac

Hashem qui m’avait dit reviens à ton pays et à ta patrie

Et je ferais du bien pour toi. 

 

32 :11

קָטֹנְתִּי מִכֹּל הַחֲסָדִים, וּמִכָּל-הָאֱמֶת, אֲשֶׁר עָשִׂיתָ, אֶת-עַבְדֶּךָ:  כִּי בְמַקְלִי, עָבַרְתִּי אֶת-הַיַּרְדֵּן הַזֶּה, וְעַתָּה הָיִיתִי, לִשְׁנֵי מַחֲנוֹת

Katonti mikol ha’hasadim

oumikol-ha'emet

asher assita et-avdekha

ki vemakli avarti et-haYarden hazeh

ve'atah hayiti lishney ma’hanot

Je suis trop petit pour toutes les charités

Et pour toutes les vérités

Que tu as faites avec ton serviteur

Car c’est avec mon bâton que j’ai traversé ce Jourdain

Et maintenant je suis deux camps.

 

32 :12

הַצִּילֵנִי נָא מִיַּד אָחִי, מִיַּד עֵשָׂו:  כִּי-יָרֵא אָנֹכִי, אֹתוֹ--פֶּן-יָבוֹא וְהִכַּנִי, אֵם עַל-בָּנִים

Hatsileni-na miyad a’hi

 miyad Esav

ki-yare anokhi oto

pen-yavo vehikani em al-banim.

Sauve-moi de la main de mon frère,

De la main d’Esaü ,

Car j’ai peur de lui,

De peur qu’il vienne et ne me frappe mére sur les enfants.

 

32 :13

וְאַתָּה אָמַרְתָּ, הֵיטֵב אֵיטִיב עִמָּךְ; וְשַׂמְתִּי אֶת-זַרְעֲךָ כְּחוֹל הַיָּם, אֲשֶׁר לֹא-יִסָּפֵר מֵרֹב

Ve'atah amarta

heytev eytiv imakh

vessamti et-zar'acha kekhol hayam

asher lo-yisafer merov.

Alors que Toi Tu avais dit

Faire du bien Je ferai avec toi

Et je rendrai ta postérité comme le sable de la mer

Qui ne pourra pas être comptée en nombre.

 

Voilà le 1er texte, il y a toute une série de problèmes qui se pose même à la simple lecture.

Question centrale : dans le changement de nom entre Jacob et Israël, l’événement, la péripétie, était la lutte avec l’ange d’Esaü. Que représente cet ange d’Esaü ?

 

Un enseignement de la tradition nous enseigne que chaque génie humain posséde un correspondant dans le monde céleste qui est son représentant dans le tribunal d’En-haut. Toute cette histoire qui se déroule sur terre et qui est racontée dans les journaux, se développent en même temps dans le ciel pour ainsi dire, c’est-à-dire qu’il y a une récapitulation  au niveau des réalités divines de tout ce qui se passe dans l’immanence terrestre.

 

Cet enseignement nous vient d’un Midrash au sujet de l’éclatement de l’unité humaine après la civilisation de Babel : l’humanité qui était une a éclaté en 70 nations. En même temps apparait dans les réalités célestes divines ce qu’on appelle Familia Shel Maalah  la famille d’en-haut – ou le Beit Din Shel Maalah le tribunal céleste, suivant les textes, qui décrit à peu près la même réalité.

Un verset dit par exemple : véhaElohim ou véhaHashem suivant les cas au lieu de Elohim ou Hsahem directement, le Midrash nous dit  Hou ouBet Din : Dieu et son tribunal.

Le terme rabbinique Familia Shel Maalah désigne « la famille d’en-haut », l’ensemble des Sarim – les princes célestes - qui sont les génies des nations qui ont apparu sous formes partielles lors de l’éclatement de l’humanité en nations.

 

Il y a donc une espèce de providence pour les nations du monde qui passe à travers le génie propre à chaque nation. Il faut entendre ce terme de génie dans le double sens qu’il a en français : à la fois le génie au niveau des catégories immanentes, le génie d’un peuple, d’une ethnie, d’une culture et d’autre part le Génie au sens de prince céleste, le Sar de la Oumah (le prince du nation).

 

Le Midrash explique par exemple que lorsqu’une guerre éclate entre deux nations, leurs Sarim se font la guerre en-haut. C’est celui qui est le plus fort dont la nation triomphe sur le champ de bataille.

 

Il y a les paradoxes des petites nations résistant et tenant tête aux plus grandes nations. Cela dépend de la force du Sar céleste. Lorsqu’une nation a le droit pour elle-même, elle finit par triompher quelque soit sa force ou sa faiblesse réelle sur le terrain. Il y a ces guerres qui sont gagnées ou perdues pour des raisons d’ordre morale, quelque soit d’autre part la puissance militaire.

L’Indochine contre l’Amérique par exemple.

 

Le génie correspond à la nation elle-même mais au niveau de sa valeur spirituelle, au niveau de son génie propre.

 

En sociologie contemporaine, il y a une théorie suivant laquelle chaque nation se définit par un centre et une puissance. Un centre, un projet, une signification. Et une puissance. Le drame c’est que les nations ne se connaissent plus qu’au niveau des puissances et non plus au niveau des projets d’êtres, au niveau du centre de chaque manière d’être.

 

Dans notre problème, Jacob a à lutter avec Esaü et donc il doit lutter avec le génie d’Esaü.

…/…

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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