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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 10:27

Vayishlah (1971) 1ère Partie

 
http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/vayichlah_serie_1971/cours_1

Face A

 

Le sujet général concerne les événements de la rencontre entre Jacob et Esaü.

Nous savons déjà par le récit précédent qu’il y a plus qu’une querelle, une rivalité entre Jacob et Esaü qui sont les 2 fils d’Isaac et chacun d’entre eux représente, du point de vue d’une typologie du récit biblique, un conflit de civilisation dont un des deux termes est Israël.

Puisque nous savons que c’est Jacob qui va devenir.  Et plus précisément l’objet de ce conflit est de savoir qui sera nommé Israël. Nous reviendrons sur la définition de ces deux types humains, Jacob et Esaü, qui apparaissent comme 2 frères jumeaux à l’intérieur de l’engendrements des identités dans la famille d’Abraham, et par conséquent il y a une racine commune et nous tenterons de comprendre à quel niveau on peut dire que Jacob et Esaü sont frères. Le texte revient sur cette dénomination de fraternité mais en réalité ils sont rivaux dans l’histoire de la famille d’Abraham, rivaux avec pour objectif l’identité d’Israël. Et ensuite cette rivalité telle qu’elle nous est décrite au niveau de l’histoire de ces personnages, rivalité en fin de compte qui s’est incarnée dans l’histoire des civilisations et cela a été pour notre période le conflit entre la civilisation occidentale telle qu’elle a été dominée par la chrétienté,  et que les commentateurs nomment dans l’équation Rome égal Edom, et puis Israël tel qu’il a vécu pendant 2000 ans l’exil de Jacob chez Esaü littéralement, et dont finalement nous sommes en train de vivre les dernières péripéties de cette histoire.

 

Nous aurons à découvrir dans ce récit comment toute cette histoire est précisément préfigurée dans le récit de ces chapitres, et en particulier dans la lutte entre Jacob et Esaü.

 

Ces termes Jacob et Esaü signifient simultanément d’une part les personnes qui ont été à l’origine de ces deux grand ensemble de civilisations d’identité humaine en général, et puis d’autre part, les deux génies culturels que cela représente, et leurs conflits et leurs combats.

 

Je rappelle très briévement que ces analyses de la Parashat Hashavoua ont pour principe de méthode une formule du Midrash, reprise par les grands commentateurs du moyen-âge, et en particulier par Na’hamanide, qui dans ces analyses nous sert de guide en général : c’est le principe que l’histoire des Patriarches est, jusque dans le détail même des péripéties du récit biblique, préfigurative de l’histoire de leur descendance, c’est-à-dire les  histoires des nations et des éthnies qui en sont issues.

 

Cette formule du Midrash est très importante et est citée souvent par les commentateurs notamment Na’hmanide, l’un des plus grands d’entre eux,  dans son introduction à son commentaire de la Bible et à propos des identifications qu’il nous invite à faire entre le texte et la manière dont il rend compte de ce qui s’est passé à l’origine de notre identité, et puis d’autre part les événements que en tant que société nous avons à vivre.

 

Pendant des siècles cette perspective de la lecture des textes et des événements, et de leur confrontation réciproque, a été plus ou moins occulte, indéchiffrable. Mais les événements que nous vivons ont maintenant une telle densité que ce dévoilement est évident.

 

Ce principe en hébreu est « kol mah shéirar laavot siman labanim » « tout ce qui est arrivé aux pères est un signe pour les enfants ».

 

Cela est vrai aussi au niveau de la psychologie élémentaire que ce qui arrive aux enfants est en germe dans ce qui arrive chez le père. On sait maintenant de façon beaucoup plus claire qu’il y a un passage de l’identité psychique à travers et autour de l’hérédité, entre ce qu’à été l’expérience des pères et ce que sera le destin des enfants. Au-delà de cette évidence contemporaine qu’effectivement le destin des enfants est en germe dans les événements que vivent les pères.

 

Mais au delà de cela il ne s’agit pas de n’importe quel père et de n’importe quel enfant dans cette formule: « kol mah shéirar laavot siman labanim »

 

Les Banim dont il s’agit c’est Israël dont le verset dit [Deut.14:01] :

בָּנִים אַתֶּם, לַיהוָה אֱלֹהֵיכֶם

 Banim atem laHashem Elohekhem.

 

Ils sont les enfants du Créateur lui-même. Et par conséquent les Avot les Pères les Patriarches sont appelés dans le vocabulaire traditionnel Avot haolam : les principes mêmes de l’identité humaine, « les pères du monde ».

 

En particulier, nous nous trouvons dans les récits de la Sidra de cette semaine dans l’événement d’une rencontre entre Jacob et Esaü qui comporte deux étapes.

 

Une étape où Jacob qui revient  à peine de l’exil de chez Laban où il a été exilé à cause de la haine d’Esaü, ce sont là les textes précédents, et Jacob revenant de cet exil de chez Laban propose la réconciliation et la paix à Esaü.

 

Ce sont les premiers textes de la Sidra. Nous y voyons que la 1ère chose que Jacob fera en rentrant de son exil est d’envoyer des émissaires à Esaü pour lui proposer la paix. Or, au lieu d’une réponse de réconciliation et de paix, Jacob doit se préparer à une lutte. Il y a une lutte, et c’est au terme de cette lutte que Jacob se trouve être nommé Israël.  

 

Ce 1er théme semble central dans le récit. Tout ce qui précède converge vers cela et tout ce qui suit en découle : c’est le texte où Jacob va être nommé dans son titre et ensuite confirmé une 2nde fois dans son nom d’Israël.

 

Ensuite nous reviendrons un peu en arriére en étudiant ce verset où Jacob reçoit son nom Israël, la structure du verset même nous renverra à cette 1ère étape où Jacob va préparer sa double stratégie décrite dans ces deux étapes : premièrement, tenter la paix et lorsqu’il devient évident que la réconciliation est impossible, alors c’est la lutte. Et au bout de cette lutte Jacob est déclaré être Israël.

 

Nous partirons de ce 1er thème : Je vous donne d’abord deux références :

 

1ère référence :

 

Le 1er verset dans lequel Jacob est nommé Israël, c’est le verset 29 du chapitre 32.

 

32:28-29

וַיֹּאמֶר אֵלָיו, מַה-שְּׁמֶךָ; וַיֹּאמֶר, יַעֲקֹב

Vayomer elav mah-shmekha vayomer Ya'akov.

Et Il lui dit quel est ton nom

Et il dit Jacob

 

Ce « Il » d’après le contexte, cet être qui va nommer Israël, c’est l’ange protecteur d’Esaü avec lequel Jacob était en lutte et cet ange finalement ne peut pas vaincre Jacob, seulement le blesser, et il avoue sa défaite dans le verset 32:29.

 

וַיֹּאמֶר, לֹא יַעֲקֹב יֵאָמֵר עוֹד שִׁמְךָ--כִּי, אִם-יִשְׂרָאֵל:  כִּי-שָׂרִיתָ עִם-אֱלֹהִים וְעִם-אֲנָשִׁים, וַתּוּכָל

Vayomer lo Ya'akov ye'amer od shimcha ki im-Yisra'el ki-sarita im-Elohim ve'im anashim vatukhal.

 

Vayomer

Et il dit

lo Ya'akov ye'amer od shimcha

Ce n’est plus Jacob que sera dit encore ton nom

ki im-Yisra'el

Mais Israël

(Et c’est la première fois que ce nom d’Israël apparait dans le récit biblique)

ki-sarita im-Elohim ve'im anashim vatoukhal.

Parce que tu as lutté avec/contre la divinité et avec/contre  les hommes et tu as pu.

 

Nous le verrons plus en détail, il y a là le raccourci de ce qu’a été l’histoire d’Israël peuple des descendants de Jacob à travers l’histoire universelle et le jugement qui finalement a été porté sur Israël que c’est la seule identité humaine capable de se mesurer avec des puissances divines et humaines et de pouvoir les vaincre.

 

En réalité, dans ce combat, lorsque l’homme lutte contre Dieu, il y a de la part de l’homme le désir d’être vaincu, parce que si l’homme arrivait à être plus fort que Dieu imaginez la catastrophe. Mais c’est surtout le sens de ce combat qu’il faut arriver à comprendre.

 

Dans le contexte de ce verset, c’est l’ange protecteur d’Esaü qui reconnait à Jacob le nom d’Israël dont c’est la première occurence dans le texte biblique mais comme si c’était quelque chose d’attendue.  

 

Pour nous aposteriori nous savions que c’est le nom qui devait lui être donné. Mais il faut suivre le texte en oubliant ce qu’il y a après -  c’est la méthode la plus saine de lecture – sinon on ne peut plus comprendre le sens d’un verset. Bien entendu, on ne peut pas oublier, mais il faut faire semblant : lire le texte comme si on n’avait pas encore lu la suite, sinon on ne peut comprendre le sens des rencontres que l’on fait pas à pas. C’est pourquoi nous lisons ces textes chaque année en les redécouvrant chaque année de façon radicalement nouvelle. On ne peut saisir la cohérence d’une péripétie si on la lit compte tenu de ce qui va se passer après.

 

Par conséquent, ici c’est la première fois que le nom d’Israël apparait : D’où sort ce nom ?

Il semble que dans un apriori du récit c’est ce nom-là qui est enfin attendu et qui est attribué à Jacob. Nous reviendrons plus en détail sur cet aspect de la chose. Voilà donc le premier contexte, le deuxième se trouve plus loin au chapitre 35 verset 10.

 

2ème référence :

Chapitre 35 verset 10

וַיֹּאמֶר-לוֹ אֱלֹהִים, שִׁמְךָ יַעֲקֹב:  לֹא-יִקָּרֵא שִׁמְךָ עוֹד יַעֲקֹב, כִּי אִם-יִשְׂרָאֵל יִהְיֶה שְׁמֶךָ, וַיִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ, יִשְׂרָאֵל

Vayomer-lo Elohim shimcha Ya'akov lo-yikare shimcha od Ya'akov ki im-Yisra'el yihyeh shmecha vayikra et-shmo Yisra'el.

 

C’est Dieu lui-même qui se révèle à Jacob (et il n’y a aucune différence avec l’ange protecteur d’Esaü bien entendu)

 

Vayomer-lo Elohim shimkha Ya'akov

Dieu lui dit ton nom Jacob

lo-yikare shimkha od Ya'akov

Ton nom ne sera plus appellé Jacob

ki im-Yisra'el yihyeh shmekha

Mais Israël sera ton nom

vayikra et-shmo Yisra'el.

Et il nomma son nom Israël.

 

C’est surtout le 1er verset que nous étudierons car nous avons ces deux niveaux qui nous éclairent sur la portée de ce terme Israël.

 

:  כִּי-שָׂרִיתָ עִם-אֱלֹהִים וְעִם-אֲנָשִׁים, וַתּוּכָל

ki-sarita im-Elohim ve'im anashim vatoukhal.

Parce que tu as lutté avec/contre la divinité et avec/contre  les hommes et tu as pu

 

Il y a deux combats de la part de Jacob : l’un vis-à-vis de forces de puissance divine et l’autre vis-à-vis des hommes. Ce principe nous aidera à comprendre l’exégèse des premiers versets de la Sidra lorsque Jacob se prépare à rencontrer Esaü après ces 20 ans d’exil et lui offre la paix. Il y a là un dialogue à deux niveaux.

 

3ème référence :

 

Il y a encore un autre verset, au milieu de ces deux chapitres-là, c’est au chapitre 33 verset 20, que je me bornerais à vous citer avec les commentaires de Rashi.

 

Lorsque Jacob après sa rencontre avec Esaü a acquis pour son compte le premier droit de possession d’Erets Israël en achetant un champ près de la ville de Shkhem (qui est maintenant la ville de Naplouse). Abraham avait commencé le processus de droit d’acquisition du pays de la promesse. Il y a tout un thème sur le fait que le pays de la promesse doit être acquis : Israël a dû acheter un pays qui était son héritage ! C’est du jamais vu ! Des héritiers qui achétent leur héritage. De nos jours, nous avons racheté à prix d’argent ce pays. D’après une promesse dans un verset de Jérémie, qui vivait au temps d’une débacle et où tout le monde croyait tout perdu, a prophétisé une consolation qu’il y aurait encore des tractations d’acquisition de la terre. La prophétie s’est réalisée à la lettre que les champs devraient être rachetés à prix d’argent, ce qui fut fait par le Kren Kayemet le-Israel...

Abraham avait acquis ses droits en achetant ’Hévron et Jacob en achetant Shkhem.

Chaque fois qu’il y a des tractations entre les notables de ‘Hévron et les notables de Shkhem, ils sont coincés des 2 côtés, c’est ou Abraham ou Jacob. Ce n’est pas la même position politique mais de toutes les façons notre dossier est le même.

 

Lorsque Jacob a commencé à être possesseur d’Israël, il a installé une stèle qu’il a consacrée à Dieu et le verset dit :

 

33:20

וַיַּצֶּב-שָׁם, מִזְבֵּחַ; וַיִּקְרָא-לוֹ--אֵל, אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל

Vayatsev-sham mizbe'ach vayikra-lo El Elohey Yisra'el

Il a installé là un autel et il l’a nommé El Dieu d’Israël

 

La Pshat est très clair et Rashi d’ailleurs en trois lignes (chez Rashi c’est très long) explique que le Pshat c’est que Jacob a donné, à la consécration de cet autel, l’invocation de Dieu devenu le Dieu d’Israël : El Elohey Israël  אֵל, אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל .

La péripétie est importante, c’est à l’occasion de la première acquisition par droit irréversible du pays de la promesse.

 

Je reviens en arrière : Je vous rappelle la scène chez Abraham : il avait besoin d’un caveau pour enterrer Sarah et il était déjà reconnu nous dit le contexte comme un prince divin. C’est rare que les contemporains arrivent à comprendre qui est un contemporain. Ils l’ont reconnu comme Abraham, celui qui restera dans l’histoire par la suite, et lui ont dit : « personne ne va te refuser un caveau, c’est cadeau ! »

Abraham s’entête et veut absolument acheter le caveau. Il y a là un thème important sur lequel la Guémara revient à plusieurs reprises : bien qu’il s’agisse de la terre de la promesse et qu’il aurait été normale de la recevoir en cadeau, Abraham a tenu que ce soit acquis, de telle sorte que les droits soient définitifs et irréversibles, à quelque niveau de juridiction que ce soit.

 

Dans la juridiction rabbinique par exemple, un cadeau reçu pour habiliter les droit de possession nécessite un Shtar matanah – un contrat de donation. Une autre procédure s’appelle Shtar quinian le contrat d’acquisition qui implique un achat, min. une Proutah. Même pour une prouta symbolique mais juridiquement une Shtar qinian est plus fort qu’un Shtar matanah.

 

Cela renvoit par ailleurs à une théologie tout à fait différente : croire que ce qui est promis doit être reçu en cadeau sans aucun effort est une théologie typiquement Goï. Croire que ce qui est promis doit être reçu grâce à un mérite fut-ce un mérite aussi symbolique qu’une Prouta est déjà d’un tout autre ordre de conception du monde.

 

Par conséquent, on apprend que Jacob a acquis Shel Kat Hassadeh Al Penav Al Sheynei Shkhem, le champ qui est devant Shkhem. C’est un thème important – comprendre pourquoi c’est à Shkhem que cette acquisition s’est faite. 

 

Quoiqu’il en soit, c’est là que Jacob commence le culte de reconnaissance du Dieu Créateur devenu le Dieu d’Israël et le Gorem de cela c’est le fait que Jacob devient le Baal de Erets Israël par cet acte juridique.

 

Ne pas croire que nous n’avons acheté seulement ‘Hevron avec Abraham et Shkhem avec Jacob, nous avons tout acheté et même un peu plus, et on nous doit encore des terres payées à l’avance.

 

C’est le Pshat du verset : Jacob a invoqué Dieu sous le nom de Elohei Israël - Dieu d’Israël, mais Rashi nous dit qu’il y a un Midrash : « nos maîtres ont expliqué ce verset que c’est Dieu qui a nommé Jacob, El, Dieu, divin ».

 

On relit le verset différemment à la suite du Midrash :

וַיַּצֶּב-שָׁם, מִזְבֵּחַ; וַיִּקְרָא-לוֹ--אֵל, אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל

Vayatsev-sham mizbe'ach

vayikra-lo El Elohey Yisra'el

Il (Jacob) a installé là un autel

Et Dieu d’Israël Elohey Israël l’a nommé El

(Elohey Yisra'el vayikra-lo El)

C’est dire que Jacob représente effectivement une force redoutable, cette force dont nous avons déjà pris connaissance du verset qu’elle est capable de lutter contre Dieu et contre les hommes [32:29]:

כִּי-שָׂרִיתָ עִם-אֱלֹהִים וְעִם-אֲנָשִׁים, וַתּוּכָ

ki-sarita im-Elohim ve'im anashim vatoukhal.

Parce que tu as lutté avec/contre la divinité et avec/contre  les hommes et tu as pu.

 

Et voici d’autre part que le texte à travers ce Midrash nous enseigne que Jacob s’appelle El.  

Cela nous explique comment Dieu a nommé Jacob « El » : en le nommant « Isra- El ».

C’est donc le nom d’Israël que l’on doit maintenant comprendre.

 

1er thème :

 

La différence de sens entre le nom Jacob et le nom Israël avant d’entrer plus profondément dans l’exégèse du sujet.

 

Ben Ish ‘Haï grand commentateur kabaliste du siècle dernier à Bagdad et qui a donné l’enseignement suivant. Il explique la différence entre Jacob et Israël en s’appuyant sur un verset d’Isaïe.

 

Jacob 186 + Mosheh 345 + David 20 = Israël

 

Jacob n’est qu’une des forces, une des fonctions, qui vont faire l’être d’Israël.

Jacob est l’engendreur du peuple d’Israël : il y a une sélection d’identité au niveau des pères d’Israël. D’Abraham cela passe à Isaac et non à Ishmaël, d’Isaac cela passe à Jacob et non à Esaü. Jacob devient donc l’engendreur de cette manière d’être homme qui dans l’histoire sera Israël.

Mais ce n’est qu’une des catégories de l’être d’Israël.

 

Il y a d’autre part Mosheh. Lorsque les descendants de Jacob après leur propre pérégrinations  en Egypte et leur propre histoire deviendront une nation au moment de la sortie d’Egypte, Mosheh leur révèle la Torah. Mosheh fait apparaître une toute autre catégorie que celle du Av que celle du père l’engendreur. C’est la catégorie non seulemenet du prophète mais également celle du maître. Celui qui révéle la Torah. Et David plus tard est celui qui, premier roi d’Israël, rendra la Torah de Mosheh souveraine dans la société d’Israël. C’est la 3ème catégorie : le père, la maître, le roi..

 

Ben Ish ‘Haï nous dit, d’une façon préfigurative de nos problémes contemporains, qu’Israël est à la fois Jacob, Moïse et David.

 

Par conséquent, le fait qu’à notre Jacob, celui dont nous parlons, soit déjà donné, reconnu, et destiné donné ce nom d’Israël, signifie qu’il est, à son niveau, déjà investi de ces deux autres fonctions qui authentifient l’identité d’Israël.

 

Ces trois forces sont indispensables pour que l’être qui se nomme Israël dans le récit biblique depuis l’origine ; c’est-à-dire l’être pour lequel Dieu a voulu créé le monde. Puisque tous ces récits depuis le 1er homme finalement arrivent en gros plan à se fixer sur une manière d’être homme qui a rejoint ce projet qui se nommait Israël. C’est pour Israël que le monde a été créé.

 

Tout ce que l’on sait à l’origine du récit c’est qu’il y aura un Israël. Mais qui sera cet Israël ?

Et voilà que depuis le premier homme, toutes les lignées humaines sont plus ou moins consciemment ou volontairement, tendues vers cette exigence de devenir l’être pour lequel le monde a été créé, c’est-à-dire de devenir Israël.

 

C’est le sens de ce terme-là qui en fin de compte est reconnu à Jacob.

Cela veut dire que parmi toutes les lignées humaines possibles, une a émergé, celle d’Abraham. Et tout le reste est par ce jugement-là disqualifié. Ensuite pour rejoindre l’élan central il faut passer par le chemin d’Abraham et après celui d’Isaac et après celui de Jacob, cette sélection a un sens important. Et par conséquent, non seulement on arrive à Jacob - l’approximiation la plus proche de ce que pourrait être Israël – mais voilà qu’à un certain moment Dieu lui-même nomme et identifie Jacob comme étant Israël, et puis c’est reconnu préalablement par le rival le frère jumeau qui aurait voulu l’être à sa place.

 

Or, il faut trois conditions, trois forces, trois catégories, trois fonctions :

 

- Jacob :

D’abord celle de l’engendreur, il faut d’abord fabriquer cette manière d’être homme au niveau des corps, C’est l’histoire des engendrements qu’on nous raconte. On cherche quelle mère pourra donner aux père les fils qu’on attend. C’est tout le sens des récits, fabriquer d’abors les Kélim.

 

- Moïse :

Il faut ensuite insuffler une âme dans ce Kéli. Moïse va apporter cette Neshamah avec la Torah

 

- David :

Ensuite il faut réussir la souveraineté de vivre la Torah.

Et cela c’est David qui le fait puisqu’il est le premier qui a rendu la Torah souveraine en Israël, dans le peuple de Jacob.

 

L’authentification de Jacob en Israël est déjà annoncé à Jacob lui-même mais n’est réelle que grâce à Moïse et David.

 

Ben Ish ‘Haï nous montre qu’effectivement ce résultat se trouve dans la Guématria :

Jacob 186 + Mosheh 345 +David 20 = Israël 541

 

Or, un verset d’Isaïe nous dit, prophétisant pour les temps à venir, si ces trois forces sont disjointes alors c’est la catastrophe.

 

Si on a d’un côté un peuple qui se reconnait uniquement dans la catégorie Jacob, c’est la multiplication par copie conforme, uniquement au niveau de l’engendrement à l’état civil.  

Moïse c’est la vie enfermée dans les yeshivot loin du monde.

David la vie exclusive politique de la Knesset.

Trois forces radicalement différentes.

Le peuple c’est Jacob, Mosheh les Yéshivot, et David le Nassi.

 

Il faut que les trois forces soient unies pour que ce soit vraiment Israël.

C’est ce qu’enseigne cette Guématria : Jacob + Mosheh +David = Israël 541

Mais un David coupé de Jacob et de Mosheh que peut-il faire ? C’est Ménélik : David, sans Moïse ni Jacob, se prenant pour le descendant de David le roi des rois. Le Négus.

Un Mosheh, une religion juive, coupée du peuple juif et de la terre Israël ?

Un peuple juif coupé de Moïse et de David ?

 

Il cite le prophéte Isaïe (40:4) qui dit en parlant de la fin des temps:

 

וְהָיָה הֶעָקֹב לְמִישׁוֹר

« Vehayah héaaqov lemishor :

« Et il arrivera que ce qui est tordu/tortueux deviendra droit » 

 

Alors on compare ces deux notions Aaqov et Mishor aux deux notions de Yaaqov et Yisraël

 

Qu’apporte de plus le nom Israël à l’identité de Jacob ?

Le terme de Israël est expliqué par le Midrash comme étant « Yashar El » cela veut dire « la droiture divine ». Finalement, la tentative a rejoint le modèle : Yisraël = Ysahar El

 

Or, pendant tout le temps de l’histoire, Jacob apparait comme littéralement, et étymologiquement d’ailleurs, comme le talonneur Eqov le talon. Il est sorti en tenant le talon de son frère au moment de la naissance. Dans toute l’histoire de cette rivalité avec Esaü, Jacob apparait au fond jusqu’à la fin des temps, comme ce personnage du juif dans la littérature antisémite : celui employant des statégies tortueuses pour arriver à ses fins.

Isaïe prophétise et a déjà prévu cela :

 וְהָיָה הֶעָקֹב לְמִישׁוֹר « Vehayah héaaqov lemishor : « ce qui était tordu/tortueux deviendra droit » 

ce qui apparaissait comme tordu (la stratégie de Jacob qui est la stratégie de survie dans le monde terrestre de l’existence) deviendra droit.

 

Et le texte ne se gène pas, la Torah est imperturbable qui nous raconte une histoire invraisemblable, le « vol » du droit d’aînesse pour un plat de lentilles... A qui peut-on faire avaler une histoire pareille ? Le plat de lentilles on peut avaler. Mais que Jacob ait obtenu le droit d’aînesse de Esaü grâce à un plat de lentilles ? C’est donc qu’il y a autre chose… 

 

Je vous dirais simplement : On vient d’apprendre dans le texte précédent qu’Isaac était très riche et qu’il aimait son fils Esaü. Imaginez Esaü revenant de la chasse, comme le dit apparemment le texte et qu’il a besoin de manger, il n’aurait qu’à faire un signe pour que des dizaines de serviteurs lui apportent de quoi manger ! Mais que fait précisément Jacob à ce moment-là ? Un plat de lentilles !

Et c’est précisément cela qu’Esaü voulait manger sinon il va mourir ? C’est qu’il y a autre chose, en tout cas cela nous apparait comme tordu. 

 

D’autant plus que le texte [25:29] ne nous dit pas qu’il était affamé mais qu’il était « Ayef » qui en hébreu biblique signifie « fatigué de vivre ». Ce roux c’est donc un elixir de vie.

 

Le texte dit de  Esaü « fais-moi manger de ce rouge » Et il s’appelle Edom.

 

Et puis la 2ème fois avec l’aide et la complicité de Rivqah, Jacob obtient la bénédiction...

 

Voyez, tout cela c’est וְהָיָה הֶעָקֹב לְמִישׁוֹר « vehayah héaaqov lemishor :

 

Si on fait un court-circuit dans l’histoire on retrouve le jugement des Goyim sur Israël dans la pire littérature antisémite  avec cette image d’Israël félon, traitre, parjure, tortueux, parasite… répandue par l’antisémitisme.

 

Tout cela se révélera en réalité comme étant la droiture. Le tordu deviendra droit, et c’est le nom ultime d’Israël qui s’appelle Yeshouroun. On y retourve la même racine.

 

On peut dire que le nom d’Israël c’est le passage, l’effort, qui va de Jacob à Yeshouroun. Nous  retrouvons-là notre verset וְהָיָה הֶעָקֹב לְמִישׁוֹר Vehayah héaqov lemishor. 

 

Israël :

 

Tout se passe comme s’il y a une sorte de prototype de l’homme réussi, qui est la vision que Dieu lui-même a eu de son projet lorsqu’il a voulu créer l’homme. Et ce protype-là a le nom d’Israël apriori.

 

Et puis il faut que dans l’histoire, par le biais de l’acquisition du mérite par la créature qui se fait elle-même, une manière d’être homme rejoigne ce projet et le réalise. C’est cette manière d’être homme-là qui est nommé du nom d’Israël.

 

Chaque fois que l’on trouve dans la Bible cette expression qu’un homme a été nommé d’un nom, cela signifie qu’il est destiné à une certaine fonction, à une certaine destination. Liqro béshem cela veut dire destiner à… Un nom c’est le nom d’un métier dans le métier d’homme.

 

Aujourd’hui on a perdu cette ’Hokhmah qui consiste à nommer quelqu’un, ou quelque chose même. C’est d’ailleurs la définition de la science : la science pure et simple consiste à connaître le nom d’une chose ou d’un corps. Si je connais le vrai nom d’une chose ou d’un corps j’en connais les propriétés et j’en connais la science.

 

C’est identique avec le nom de l’homme. Le nom de l’homme désigne son essence, son rôle, sa fonction. Aujourd’hui on nomme de façon conventionnelle. Une Guémara dit que bien que de nos jours on ait perdu cette ‘Hokhmah, nommer son enfant c’est lui donner une destinée ou une destination.

 

S’il y a une manière d’être qui est, avant même que l’histoire du monde commence, définie par le projet du Créateur, c’est au niveau d’une transcendance absolue, et il faut que l’histoire qui se fait y arrive. Par conséquent, on comprend ces catégories de l’alliance et de la bénédiction avec le Créateur : par là par où cela passe, passe également la Brakhah et l’alliance. On pourrait dire l’inverse : l’alliance et la bénédiction ne sont confirmées que par là où passe cette rencontre entre l’effort historique qui se déroule dans l’existence et le projet.

 

Il faut dire par conséquent que cet être qui finit par devenir Israël - et nous somme à l’étape ultime où la descendance d’Abraham devient Jacob qui après cette rivalité et cette lutte avec Esaü est confirmé du nom d’Israël -  est donc doué d’une capacité de divination, dans le sens de deviner, ce que Dieu voulait. Et c’est ce qu’on appelle la prophétie. Tout se passe comme si à chaque fois à l’étape précédente on devine où il faut aller. Et ce n’est que si on y est arrivé que c’est confirmé.

 

C’est vraiment une capacité de divination absolue. Savoir quel est l’effort à faire pour devenir Israël à chaque étape, c’est une invention radicale. Il faut réinventer ce que Dieu voulait et ce n’est que si on tombe juste que Dieu ce révèle pour dire que c’était cela : Vayomer Elohim Ki Tov !

 

C’est cela le mystère d’Israël : une manière d’être homme qui devine ce que Dieu veut !  

C’est pourquoi la Bible à son niveau, et surtout les Midrashim nous disent : Rabbi untel a dit voilà ce que Dieu a dit... Comment Rabbi untel peut-il savoir ce que Dieu a dit ? C’est parce qu’il est Rabbi Untel, c’est-à-dire d’Israël…

 

Nous allons prendre le problème tout à fait au début :

Lecture des 1er versets de la Sidra : Chapitre 32 verset 4 :

 

וַיִּשְׁלַח יַעֲקֹב מַלְאָכִים לְפָנָיו, אֶל-עֵשָׂו אָחִיו, אַרְצָה שֵׂעִיר, שְׂדֵה אֱדוֹם

Et Jacob a envoyé Malakhim des envoyés des missionnaires des chargés de mission. Une Melakhah c’est un travail à faire. Les Malakhim sont des « chargé de mission »…
.../...
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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
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