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15 mars 2010 1 15 /03 /mars /2010 20:54

Vayikra + Ha'Hodesh (1985)

 

Parasha - Vayikra + Ha'hodesh (1985) 2ème Partie


http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/vayikra_hahodesh/cours_1

Face B

 

  .../...

C’est apparement très simple. C’est pourquoi certains des commentateurs de Rashi disent qu’il y a eu une erreur chez l’éditeur, et qu’en réalité il faut lire sans rien changer dans l’ordre des mots mais en enlevant la ponctuation : Il faut lire “Vaera el haavot beElShadaï : …” et que là seulement commence le commentaire de Rashi. Ce serait tout simplement que Rashi a voulu citer le verset. Mais comme le verset était trop long il l’a résumé en disant : Et Je me suis révélé aux patriarches en tant que Dieu tout puissant . Ce que Rashi veut expliquer c’est Bé-El-Shadaï : en tant que Dieu Tout-Puissant, c’est-à-dire le Dieu des promesses. C’est l’explication habituel de ce Rashi intrigant.

 

Objection du Maharal dans le Gour Arié sur ce verset :

Rashi a voulu nous révélé ici quelque chose de très profond

Vaéra – le fait que la Torah puisse dire que « Je Me suis montré El haAvot », cela concerne les Avot. Les Avot étaient capables de cela, pas nous ! C’est une toute autre explication. Pourquoi ? A cause justement de ce qui est dit à Moïse lui-même [33:20] :

כִּי לֹא-יִרְאַנִי הָאָדָם, וָחָי

ki lo-yir'ani ha'adam va’hay. 

Ici Rashi intervient en disant : nous avons un verset pour les Avot comme exceptions qui eux étaient capable de cela.   

 

***

 

Nous ne pouvons pas comprendre Panim El Panim face-à-face dans le sens purement littéral que Dieu révèle Sa face à Moïse – et qu’il s’agirait de la face de Moïse et de la face de Dieu – non parce qu’à priori ce ne serait pas possible - Vaéra el haAvot – c’est donc possible – mais précisément parce que le verset lui-même nous dit que ce n’est pas le cas. C’est donc dans un autre sens qu’il faut le comprendre. Et je vais étudier l’expression Panim El Panim dans les catégories de la Kaballah elle-même.

 

Pour la Kaballah, les Middot, c’est-à-dire les attributs à travers lesquels Dieu se révèle, se rangent en deux côtés, deux axes, deux dimensions.

 

Le Kav ha ’Hessed c’est-à-dire toutes les modalités d’être de la révélation de Dieu à travers la ligne centrale qui est le principe de la grâce et de la charité, et d’autre part,

Le Kav HaDin, toutes les révélations qui ont comme dimension principale la vertu de stricte justice absolue.

 

Or, il y a le principe disant Midah kenegued Midah : chaque attribut est pour ainsi dire face à un attribut de l’axe opposé. L’attribut de charité face à l’attribut de rigueur dans toutes les vertus.     

 

Panim El Panim, cela veut dire que ce n’est pas une révélation tronquée, il ne s’agit pas de la révélation uniquement par la Midat ha ’Hessed ou de la révélation uniquement par la Midat haDin, mais la révélation des Panim face aux Panim. C’est une révélation de l’unité des valeurs. Ce que révéla Dieu à Moïse, c’est Ses propre Panim El Panim et non pas comme on peut le croire a priori Panim de Dieu et Panim de Moïse...

 

Dieu se révèle à Moïse dans Sa présence intégrale. Cela ne veut pas dire qu’il y ait la forme d’un visage qui se soit révélé, il ne s’agit pas de cela. C’est l’idée de la présence : l’idée de la bouche c’est qu’il y a quelqu’un, l’idée de Panim c’est l’idée qu’il est présent, mais il est présent de manière intégrale. Ce n’est pas une captation sélective de celui qui cherche à entendre, de celui qui cherche à voir, de celui qui cherche à comprendre, et qui ne peut à chaque fois capter qu’une seule Midah. Mais il s’agit ici de la révélation de la Présence à Moïse qui, elle, est intégrale et qui par conséquent, se révèle Panim El Panim, des deux côtés à la fois.

 

Ceci nous éclaire le 2ème point de comparaison différentielle entre la prophétie de Moïse et celle de Bilaam.

 

3-Troisièmement :

« lorsque Moïse prophétise, il prophétise debout… »

 

Et cela signifie en toute lucidité. Tandis que lorsque Bilaam prophétise il le fait couché à terre : et le verset dit (Balak 24.4) : נֹפֵל וּגְלוּי עֵינָיִם Nofel Ouglouï Enayim, il faut qu’il se couche à terre pour pouvoir avoir les yeux ouverts, c’est-à-dire dans un état de transe. C’est la grande différence.

Cela nous corrige d’emblée toute l’atmosphère de ce problème. Dans la culture générale on a tendance à croire que plus une prophétie procéde d’un état extatique troublée et plus la prophétie est claire, mais c’est tout le contraire. Plus il y a enthousiasme dans le sens étymologique, et moins la prophétie est claire. La prophétie authentique est perçue debout, c’est-à-dire en toute lucidité.

 

Rashi sur cette caractéristique de Bilaam : « נֹפֵל וּגְלוּי עֵינָיִם celui qui se jette à terre pour ouvrir les yeux » : Bilaam pouvait voir mais ne pouvait pas être vu parce qu’il était incirconcis. Il avait honte de son impureté. Voir le Midrash que cite Rashi. 

 

נֹפֵל וּגְלוּי עֵינַיִם

פְּשׁוּטוֹ כְּתַרְגּוּמוֹ, שֶׁאֵין נִרְאֶה עָלָיו אֶלָּא בַּלַּיְלָה כְּשֶׁהוּא שׁוֹכֵב. וּמִדְרָשׁוֹ: כְּשֶׁהָיָה נִגְלֶה עָלָיו לֹא הָיָה בּוֹ כֹּחַ לַעֲמֹד עַל רַגְלָיו, וְנוֹפֵל עַל פָּנָיו, לְפִי שֶׁהָיָה עָרֵל וּמָאוּס לִהְיוֹת נִגְלֶה עָלָיו בְּקוֹמָה זְקוּפָה לְפָנָיו

Il tombe et les yeux sont découverts: Le sens littéral est celui proposé par le Targoum Onqelos : « Couché il a des révélations », c’est-à-dire qu’Il ne lui apparaît que la nuit, lorsqu’il est couché. Quant à l’explication midrachique, elle consiste à dire que lorsqu’Il se révélait à lui, il n’avait pas la force de se tenir debout et il tombait face à terre parce qu’il était incirconcis et trop méprisable pour être digne de recevoir Ses révélations en étant debout devant Lui (Targoum Yonathan).

L’idée centrale est importante : Celui qui voit mais qui ne peut pas être vu, c’est-à-dire qui ne peut pas être jugé, parce qu’il voit ce qu’il voit mais cela n’engage pas du tout au projet de sainteté « Halakhah lémaasséh » du projet de sainteté, alors il a donc honte de son impureté, et il se cache pour voir. Tandis que Moïse c’est debout, en toute lucidité, il peut voir et être vu.

 

Analogie dans un domaine différent :

Après le schisme dans la nation d’Israël, il y a eu deux séries de dynasties royales. Celles qu’on appelait Malkhei Israël, les rois du royaume du Nord qui groupaient la majorité des tribus et avaient pour capitale Samarie, et qui très rapidement pour pouvoir appuyer leur schisme politique l’ont appuyé sur un schisme théologique, avaient abandonné la Torah et repris un culte d’idolâtrie, le culte du veau d’or (dans le temple de Samarie deux veaux d’or). Cette royauté était appelée la royauté des Malkhei Israël, les rois d’Israël qui concerne le royaume du nord qui a pris le nom de royaume d’Israël. Alors que le 2ème royaume, le royaume du Sud s’appelait le royaume de Judah et donc la dynastie s’appelait Malkhout Ben David - les rois de la maison de David.

La Guémara établit que les prérogatives, et les droits et devoirs, des rois d’Israël et des rois de Judah de la maison de David, n’étaient pas les mêmes.

Le roi en principe est hors la loi. C’est le cas pour les rois d’Israël, la formule du Talmud est « lo dan ve lo dan li noté : il ne juge pas et on ne le juge pas ». Alors que pour le roi de Malkhout Ben David : « dan ve dan li noté : il juge et on le juge ». Cela veut dire : Il peut jugé parce qu’il peut être jugé !     

 

En revenant au problème de la prophétie, on voit comment cela disqualifie cette prophétie à mi-mot, comme l’avait dit le Midrash, où l’on peut voir mais pas être vu par rapport à la prophétie debout, c’est-à-dire la prophétie lucide.

 

Je continue dans ces différences :

 

« Bilaam savait à l’avance ce que Dieu avait à lui dire »

 

Cela semble paradoxal, le Midrash explique en disant :

 

« Cela ressemble au cuisinier du roi qui sait ce qu’il y a sur la table du roi. »

 

Cela semble dire que Bilaam est plus grand prophète, alors que Moïse ne sait pas du tout à l’avance ce que Dieu va lui dire. Mais l’exemple, le Mashal, donné par le Midrash nous éclaire suffisamment : Bilaam projette dans l’événement de révélation ce que lui-même s’attend à recevoir comme révélation. En réalité, l’événement de révélation chez Bilaam est immanent. Bilaam sait à l’avance ce que Dieu va lui dire parce que c’est lui qui parle lorsque Dieu lui parle, alors que pour Moïse la révélation authentique, Moïse ne sait pas à l’avance ce que Dieu va lui dire et c’est le signe que c’est bien Dieu qui lui parle.

 

« Bilaam parlait avec Dieu à tout instant »,

 

Alors que Moïse lui était appellé dans des circonstances particulières.

C’est-à-dire que La révélation à Moïse est sélective parce qu’authentique alors que la révélation de Bilaam peut être permanente parce qu’elle n’implique pas des conditions de sainteté.

 

Pour récapituler ces 6 points de diffèrences, nous retrouvons ce principe cité au nom de Judah Halévi qui est le principe d’individualisation.

 

Beaucoup de Midrashim tirent des enseignements moraux de cela : lorsqu’on s’adresse à quelqu’un il faut s’adresser à lui vraiment, en l’appelant par son nom. Le dialogue authentique doit être comme la révélation authentique : quelqu’un qui parle à quelqu’un et donc tenant compte de la dignité particulière de chacun, puisqu’en fin de compte le projet de toute révélation est de fonder la dignité de la personne.

 

*** 

Reste en filigrane une question qui se pose :

La lettre qui différencie la prophétie Moïse de la prophétie de Bilaam, au lieu d’être écrite en grand est écrite en petit ? On risque donc par mégarde de lire Vayiqar au lieu de Vayiqra, étant donné la petitesse de la lettre Alef ! Puisque c’est la lettre Alef qui fait la différence entre Vayiqra et Vayiqar on devrait s’attendre au contraire à ce que la lettre soit très grande ? Pourquoi la Torah a-t’elle indiqué cette lettre ainsi qui fait apparaître une analogie au lieu de faire apparaître une différence entre Vayikar et Vayikra ?

 

Réponse :

C’est Moïse qui écrit sous la dictée de Dieu. Et le Midrash nous dit que Moïse n’arrivait pas à admettre cette différence par modestie. Il a donc écrit le Alef mais en tout petit.

 

Autre exemple de réaction de Moïse au moment de l’écriture de la Torah au nom du Rav Tsvi Yehoudah Kouk za’l: Le Midrash nous dit que Joseph a mérité que ses ossements soient enterrés en Erets Israël parce qu’il n’a pas caché son origine hébreu lorsqu’il est arrivé chez Pharaon qui lui a demandé qui il était, il a déclaré je suis « naar ivri », alors que Moïse a laissé dire de lui qu’il était égyptien quand il a rencontré les filles de Jéthro qui parlaient de lui comme « ish mitsri ». Sa punition c’est d’être enterré en dehors d’Israël. Rav TS.Y.Kouk : c’est un Midrash difficile car ce n’est pas Moïse qui a dit qu’il était égyptien mais les filles de Jéthro !? Réponse : lorsque Dieu lui a dicté ce passage de la Torah « ish mitsri », Moïse n’a pas réagi ! 

 

***

 

Parashat Ha’Hodesh:

Shémot Chapitre 12.

Commentaire basé sur le Maharal chapitre 35 de « Gvourot Hashem ».

 

Bo 12:1

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה וְאֶל-אַהֲרֹן, בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם לֵאמֹר

Vayomer Adonay el-Moshe ve'el-Aharon be'erets Mitsrayim lemor.

Hashem parle à Moïse et Aaron dan sle pays d’Egypte en disant

הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם, רֹאשׁ חֳדָשִׁים:  רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם, לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה

Ha’hodesh hazeh la’hem rosh ’hodashim rishon hou la’hem le’hodeshey hashanah.

”Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois; il sera pour vous le premier des mois de l'année.”

C’est de cette manière que Rashi justifie tout le texte historique depuis le commencement de Bereshit jusqu’à ce moment de la 1ère Mitsvah donnée à Israël dans son 1er commentaire sur la Torah. Rashi se pose une question importante : pourquoi la Torah comporte-t’elle une préface historique à la Loi en tant que loi ? Car si nous prenons comme définition de la Torah, la volonté de Dieu au niveau de la loi, alors toute cette préface historique - importante pour elle-même - pourrait se trouver dans un tout autre livre, par exemple dans le 1er des livres historiques dont le 2ème serait Josué...etc.

 

Nous sommes nous tellement habitués et familiers avec cette coexistence dans le même livre de deux genres radicalement différents : la révélation du sens de l’histoire depuis l’origine jusqu’à la sortie d’Egypte et d’autre part le code, que nous ne voyons plus l’importance du fait que ce soit ensemble précisément. Il y a bien là deux genres différents. La question du Midrash que cite Rashi consiste à dire : En réalité la Torah en tant que Torah devrait commencer ici puisque c’est la première Mitsvah donnée à Israël.

 

Je vais vous expliquer très brièvement la formule de Rashi dans sa manière de poser la question:

Rashi sur Bereshit :

 

בראשית: אמר רבי יצחק לא היה צריך להתחיל [את] התורה אלא (שמות יב ב) מהחודש הזה לכם, שהיא מצוה ראשונה שנצטוו [בה] ישראל, ומה טעם פתח בבראשית, משום (תהלים קיא ו) כח מעשיו הגיד לעמו לתת להם נחלת גוים, שאם יאמרו אומות העולם לישראל לסטים אתם, שכבשתם ארצות שבעה גוים, הם אומרים להם כל הארץ של הקב"ה היא, הוא בראה ונתנה לאשר ישר בעיניו, ברצונו נתנה להם וברצונו נטלה מהם ונתנה לנו:

 

« Il était nécessaire de faire débuter la Torah-code, que par ce verset-là  Ha’hodesh hazeh lakhem qui est la 1ère des Mitsvah du code qu’Israël a reçu en tant qu’ordre...

Et puis il continue en disant « ומה טעם פתח בבראשית ».  Et pour quelle raison il a ouvert Pata’h le texte de la Torah à Bereshit ? »

 

Le verbe a changé : Pata’h !

Avec l’idée qu’il y a une Peti’hah : une préface, une introduction.

Et pourquoi l’introduction commence à Béreshit ? Mais cette introduction est nécessaire.

Pourquoi ?

Si la Torah comme code commençait par ce verset :

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה וְאֶל-אַהֲרֹן, בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם לֵאמֹר

Vayomer Adonay el-Moshe ve'el-Aharon be'erets Mitsrayim lemor.

Hashem parle à Moïse et Aaron dans le pays d’Egypte en disant...

 

Cela va concerner les lois du calendrier, le fait que les mois de l’année soient comptés par la nouvelle lune, et d’autre part que le mois de Nissan est le 1er mois de l’année,

 

C’est la première des Mistvot qu’Israël constitué en nation à la sortie d’Egypte commence à recevoir, et donc si la Torah comme code commençait par ce verset, nous aurions besoin d’une préface pour nous expliquer qui est Hashem qui parle ici, qui sont Moïse et Aaron, que font-ils en Egypte... ? Et par conséquent toute la préface historique à postériori est justifiée. C’est pourquoi Rashi a localisé sa question sur le 1er chapitre de la cosmogonie.

 

On comprend que ce verset à lui-même justifie le nécessité qu’on nous explique depuis l’origine de qui et de quoi il s’agit pour que la Torah puisse être entendue. Cela rejoint ce que nous avons étudié précédemment : cela veut dire que cette Torah a une adresse, elle est personalisée et individualisée.

 

On dit d’abord qui parle à qui, et ensuite on dit ce qu’il y a à dire... Tandis que n’importe quel code de sagesse ne commencerait que par des définitions théoriques avec l’impersonnel de la sagesse. Tandis qu’ici il y a « Vayiqra el Mosheh... ». On nous raconte  l’histoire avant de nous dire la loi...

הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם

 

Rashi en profite ici pour nous dire l’importance très considérable d’Aaron dans la révélation.

 

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה וְאֶל-אַהֲרֹן, בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם לֵאמֹר

Vayomer Adonay el-Moshe ve'el-Aharon be'erets Mitsrayim lemor.

Hashem parle à Moïse et Aaron dans le pays d’Egypte en disant...

 

Rashi :

ויאמר ה' אל משה ואל אהרן: בשביל שאהרן עשה וטרח במופתים כמשה, חלק לו כבוד זה במצוה ראשונה שכללו עם משה בדבור:

Parce que Aharon s’est préoccupé de faire les miracles comme Moïse, alors la Torah a partagé avec Aharon d’être le porte-parole de la révélation de la 1ère Mitsvah puisqu’il l’a inclu avec Moïse dans l’énoncé de la parole. »  

 

Moïse et Aharon représente 2 profils de l’identité d’Israël au moment de la sortie d’Egypte très différents. Moïse représente le chef politique alors que Aharon représente le chef religieux. On voit toute les implicaitons de ce fait : il fallait les deux et il fallait l’alliance des deux pour que la révélation soit possible. Et la révélation à Moïse concerne aussi Aharon parce que la libération d’Egypte concernait aussi Aharon qui y a participé. Ces deux forces qui aujourd’hui opérent séparément et parfois en conflit d’opposition, en réalité au temps de la sortie d’Egypte coopéraient fraternellement. Ce que représentait Moïse, l’identité politique de ce peuple candidat à sa libération et ce que représente Aharon, l’exigence de sainteté nécessaire pour qu’Israël soit Israël, cela marche ensemble.

 

Bien que la Torah soit Torat Mosheh, Rashi cite un Midrash qui dit qu’il faut donner sa part à Aaron parce qu’il a aussi participé avec Moïse à l’événement de nature politique.

 

הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם, רֹאשׁ חֳדָשִׁים:  רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם, לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה

Ha’hodesh hazeh la’hem rosh ’hodashim rishon hou la’hem le’hodeshey hashanah.

Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois; il sera pour vous le premier des mois de l'année

 

Ce mot de ‘Hodesh ici que l’on traduit par le mois désigne la nouvelle lune. Cette manière pour la lune de renouveller sa lumière c’est pour vous le commencement des mois. Cela veut dire : alors que l’année sera comptée par la révolution du soleil, les mois seront comptés par les révolutions lunaires. Il y a donc ici un enseignement très important concernant le calendrier hébraïque qui apparait comme le calendrier du monothéisme absolu.

 

Je vous l’explique à partir d’un Midrash assez connu en quoi le calendrier nous apparaitra comme le calendrier monothéiste absolu.

 

C’est ce qui se passe dans le Midrash sur Abraham enfant reconnaisant la souveraineté du Créateur unique : il se trouvait dans une caverne et il est sorti la nuit voyant briller la lune et les étoiles. Il s’est mis à adorer la lune et les étoiles. Puis la nuit a disparu et le jour est arrivé avec le soleil : il s’est donc mis à adorer le soleil qui paraissait être une divinité beaucoup plus grande. Mais le soir la lune est revenue. Alors il a compris qu’au-delà de la lune et du soleil il y avait un Dieu unique.

 

Lorsque Abraham a eu trois ans, il est sorti de la caverne et s'est mis à réfléchir. Qui a créé le Ciel, la Terre, et moi-même ? Il a prié toute la journée en se tournant vers Soleil. Le soir, le Soleil s'est couché à l'Ouest et la Lune s'est levée à l'Est. Lorsqu'il vit la Lune et les Etoiles qui l'entouraient, il s'est dit : c'est la Lune qui a créé le Ciel, la Terre et moi-même et les Etoiles en sont les ministres et les serviteurs. Il s'est levé et a prié toute la nuit en direction de la Lune. Le matin, la Lune s'est couchée à l'Ouest et le Soleil a brillé à l'Est. Abraham dit : ils n'ont donc aucune puissance et il y a un Maître au dessus d'eux. C'est à lui que je prierai et à qui je me prosternerai.

 

Midrash plein de mystères : que faisait Abraham dans une caverne ? Que signifie le fait que la 1ère fois qu’il ait vu la nuit il ne savait qu’après venait le jour ? et après le jour il y aurait la nuit ?

 

Je ne veux pas approfondir le Midrash pour lui-même, il y a ici dans une concision extrême un résumé de l’expérience d’Abraham qui a d’abord voyagé dans les civilisations où la divinité était connue comme étant de type lunaire, ensuite dans des civilisations où la divinité était connue comme étant de type solaire, et finalement c’est au-delà de ces deux types de calendrier et de ces deux types de perception du temps, qu’il fonde le monothéisme. 

 

Le père d’Avraham est Terah de racine analogue avec Yareah.

Le beau-père de Yaaqov est Lavan ce qui ressemble beaucoup à Levanah.

 

Le Midrash précise là que dans cette civilisation-là on divinisait le principe du temps lunaire, alors que dans d’autres civilisations, en particulier l’Egypte, on divinisait le principe du temps solaire.

 

On voit que Avraham sort de la civilisation de la Mésopotamie, de rythme lunaire, et il fait des voyages dans la civilisation de l’Egypte de rythme solaire… mais le pays de Kenaan est au-delà.

 

C’est frappant de voir ce qui arrive dans la descendance d’Avraham : Ishmaël va revenir à un calendrier purement lunaire. Essav va prendre un calendrier purement solaire.

 

Pour Ishmaël, les mois sont normaux mais les années complétement anormales, alors que dans le calendrier chrétien de Essav, les années sont normales mais les mois anormaux... Seul Yaaqov-Israël a conservé le calendrier de l’unité des rythmes de la lune et du soleil, c’est-à-dire ce que j’ai appelé « le calendrier monothéiste».

 

On pourrait parler de cela à l’infini.

Le mois sera donc compté d’après la révolution lunaire et tout se passe comme si jusque-là la tradition hébraïque elle-même ne connaissait pas cette manière de compter le temps ?

 

En tout cas ce qui est certain c’est par rapport à la 2ème partie du verset:  

רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם, לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה

rishon hou la’hem le’hodeshey hashanah

 

Cela ne désigne plus la noénémie, la nouvelle lunaison, mais cela désigne le mois du printemps, le mois de Nissan, où nous nous trouvons au moment de la sortie d’Egypte, qui lui sera défini comme étant le 1er mois de l’année.

 

Et là nous avons beaucoup plus d’indications par les sources.

Jusque-là, dans le calendrier des Patriarches le commencement des mois de l’année était Tishri. C’est à partir de l’événement de la sortie d’Egypte que le commencement des mois de l’année sera Nissan. Rosh hashanah est commémoré au début du 7ème mois selon les paroles de la Torah elle-même et on l’a gardé comme le premier mois de l’année à Rosh hashanah. Et c’est la différence de l’année qui commence à Tishri et de l’année qui commence à Nissan dont je vais vous parler très rapidement.

 

Nissan & Tishri

 

L’année qui commence à Tishri, c’est l’année de commémoration des événements à l’échelle de l’universel du monde. Rosh hashanah commémore la création du monde, et par conséquent c’est le principe d’une année où viennent s’inscrire les événements de commémoration de ce qui concerne la création toute entière. Alors que le Rosh ‘Hodesh de Nissan c’est l’année qui concerne l’histoire d’Israël. Et l’année qui commence à Nissan est le commencement de l’année où s’inscrivent les commémorations de l’histoire propre à Israël. le décalage entre Nissan et Tishri c’est ce décalage entre la particularité de l’histoire d’Israël et de l’universel de l’histoire du monde.

 

Il y a une grande Ma’hloqet dans la Guémara pour savoir si le monde a été créé à Tishri ou à Nissan. Le sens de cette Ma’hloquet consiste à dire que l’intention de la création du monde c’est l’universel humain avec Israël qui est récessif par rapport à l’universel humain, ou bien si l’intention de la création du monde c’est Israël et l’universel humain a été créé pour qu’Israël existe...

 

Réponse : le monde a été créé à Tishri mais la pensée de création a eu lieu à Nissan.

Le projet de création est le 1er Nissan et la réalisation est en Tishri. Il y a donc une relation de solidarité très étroite entre Nissan et Tishri.

 

12:3

דַּבְּרוּ, אֶל-כָּל-עֲדַת יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר, בֶּעָשֹׂר, לַחֹדֶשׁ הַזֶּה:  וְיִקְחוּ לָהֶם, אִישׁ שֶׂה לְבֵית-אָבֹת--שֶׂה לַבָּיִת

Daberou el-kol-adat Yisra'el lemor

Parlez à toute l’assemblée d‘Israël en disant :

be'assor la’hodesh hazeh

le 10ème de ce mois

veyik’hou lahem ish seh leveyt-avot seh labayit.

ils prendront pour eux chacun un agneau pour sa maison paternelle un agneau par maison.

 

Cela veut dire que jusque-là les enfants d’Israël se trouvaient en Egypte comme à l’échelle individuelle, comme des individus agglomérés dans des groupes non-organisés. A partir du moment où la collectivité nationale doit être structurée, alors chacun doit s’identifier par maison paternelle, et chaque groupe doit équivaloir à un agneau du sacrifice.

 

12:4

וְאִם-יִמְעַט הַבַּיִת, מִהְיוֹת מִשֶּׂה--וְלָקַח הוּא וּשְׁכֵנוֹ הַקָּרֹב אֶל-בֵּיתוֹ, בְּמִכְסַת נְפָשֹׁת:  אִישׁ לְפִי אָכְלוֹ, תָּכֹסּוּ עַל-הַשֶּׂה

Ve'im-yim'at habayit miheyot miseh

Et si chaque maison paternelle est moindre (que équivalent à une agneau tout entier)

Velaka’h hou oushcheno hakarov el-beyto

Et chacun prendra avec son voisin proche de sa maison

(Karov = proche parent. Il s’agit des liens de parenté et pas seulement de voisinage)

bemi’hsat nefashot ish lefi ochlo tachosou al-haseh.

Une équivalence de la capacité de nourriture de chaque personne pour que l’ensemble équivale à un agneau.

 

Il y a ici une définition de la personne humaine en relation au fait de nourriture qui est importante à désigner. C’est dire que la première indication de l’organisation de la société est d’ordre économique, et c’est important à souligner : chacun se définit comme capacité économique : ensemble on équivaut à ce qui représente la capacité de nourriture d’un agneau et c’est ainsi que cela se forme les ‘Havourot lors du Seder de Pessa’h. 

 

Il y a un parallèle entre le mois de Tishri et le mois de Nissan :

Par exemple : Le 1er mois de Nissan correspond au Rosh hashanah du 1er Tishri.

La fête de Pessa’h est le 14 Nissan et la fëte de Soukot est le 14 Tishri.

Il y a un parrallèle très étroit. Le parallèle va très loin : 49 jours après c’est le 50ème jour après la  fin de Pessa’h nous avons Shavouot qui est Matan Torah.

Mais immédiatement après la fin de Soukot nous avons Sim’hat Torah qui correspond à Shavouot sans ce décalage. Et il y a quand même le jour de Kipour qui est le 10 Tishri qui va trouver sa correspondance dans ce qui est dit au verset 3.

 

12:3

דַּבְּרוּ, אֶל-כָּל-עֲדַת יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר, בֶּעָשֹׂר, לַחֹדֶשׁ הַזֶּה:  וְיִקְחוּ לָהֶם, אִישׁ שֶׂה לְבֵית-אָבֹת--שֶׂה לַבָּיִת

Daberou el-kol-adat Yisra'el lemor

Parlez à toute l’assemblée d‘Israël en disant :

be'assor la’hodesh hazeh

le 10ème de ce mois-ci

(donc c’est le 10 de Nissan qui correspond au 10 Tishri qui est le jour de Kipour)

veyik’hou lahem ish seh leveyt-avot seh labayit.

ils prendront pour eux chacun un agneau pour sa maison paternelle un agneau par maison.

 

Et nous commencerons à préparer l’agneau du sacrifice de Pessa’h le 14 au moment de la pleine lune.

 

Le Midrash que cite le Maharal que j’ai cité brièvement nous dit ceci :

Pourquoi la Mitsvah d’avoir à préparer cet agneau du sacrifice est-elle donnée 4 jours avant la sortie d’Egypte elle-même ?

 

Le Maharal donne 2 raisons :

 

ð  Dieu décide de sauver Israël et il faut qu’Israël ait un mérite quelconque de telle sorte de pouvoir ouvrir cette porte de la décision de la délivrance. Alors Dieu a donné deux Mitsvot à Israël et c’est par le mérite de ces deux Mitsvot que la Guéoula la délivrance sera possible. Ce qui est prévu dans les lois de Pessa’h : seuls ceux qui sont circoncis participeront au sacrifice de Pessa’h. Par conséquent, il fallait au moins 4 jour avant car le temps de guérison de la cironcision est de trois jours. Il y a là un appel à l’identification. Israël se trouvait dans l’état dans lequel il se trouvait : une assimilation à la culture égyptienne, sauf la tribu de Lévi, et puis finalement le moment de s’identifier arrive et alors il y a cet appel à l’identification. Seuls ceux qui seront circoncis, c’est-à-dire ceux qui confirmeront l’alliance d’Avraham participeront de la Guéoula, avec le sacrifice de Pessa’h.

 

ð  La 2ème raison encore beaucoup plus profonde dans le courage de cette identification. La raison du choix de l’agneau comme sacrifice : les Égyptiens avaient l’habitude de représenter leurs divinités par des formes animales. Or, en ce temps-là c’était la figure du zodiaque de ce temps-là, ils représentaient leur divinité dominante dans la figure de l’agneau du bélier. Et c’est précisément ce sacrifice qui est demandé à Israël pour faire la preuve de son engagement d’identité : avoir le courage de préparer pour sacrifice de Pessa’h, précisément ce qui est le symbole de la divinité de l’Egypte. Raison pour laquelle le Shabat qui précède Pessa’h est cette année-là le 10 Nissan qu’on appelle Shabat Hagadol, parce que dit le Midrash c’est Ness Gadol un grand miracle : un engagement d’identification qui implique un courage sans limite de la part d’un peuple d’esclaves au sein de cet Egypte totalitaire. 

 

A travers ces deux Mitsvot, la Mitvah de la Milah et la Mitsvah de la préparation de l’agneau du sacrifice, il y a eu à l’échelle individuelle l’engagement d’identification pour savoir qui est d’Israël et qui n’en est pas. Ceux qui ont participé au sacrifice de Pessa’h vont être sauvé et ceux qui n’y ont pas participé vont se perdre dans le paysage de l’Egypte. Et c’est exactement cela le problème de l’assimilation…

 

En fin d’exil le peuple se trouve dans un état indifférencié. On ne voit plus de différence entre hébreu et égyptien. Et puis finalement arrive le moment du rendez-vous de l’interpellation d’identité, et c’est là que se dévoile ce courage extraordinaire qui est le jour de Kipour du mois de Nissan et qui correspond au jour de Rosh hashanah du mois de Tishri.

 

< fin >

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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