Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 17:08

Vayeshev (1984) - 2ème Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/vayechev_serie_1984/cours_1

Face B

 

1er Midrash : Toladot = engendrements

« Ces engendrements de Jacob, tous les autres frères, ne sont venus au monde que pour le mérite de Joseph. Jacob n’est allé chez Laban que pour Ra’hel ».

Vous avez compris le raisonnement : puisque toute l’histoire de Jacob c’était pour Ra’hel.

Par conséquent, toutes les autres Toladot sont Tafel par rapport à Yossef qui est Yikar.

 

Une difficulté de ce Midrash : « Jacob n’est jamais allé chez Laban que pour Ra’hel » :

Objection : quand il est allé chez Laban, il ne savait pas que c’était pour Ra’hel ! C’est à postériori que nous savons que c’était pour Ra’hel, que Jacob a aimé Ra’hel et non Léah !

L’argument du Midrash est très important : Si on voit la perspective de continuation de l’histoire des Patriarches, alors Jacob, son engendrement c’était Joseph, aîné de Ra’hel, et les autres sont venus en plus. D’ailleurs dans la fonction de Joseph, Binyamin est relié à Joseph. Dans cette 1ère lecture les autres tribus et les fonctions qu’elles véhiculent semblent être secondes par rapport à Joseph. Il y a là une indication de prééminence évidente à priori. Cela explique pourquoi Jacob se voit chez Joseph plus que chez les autres. Ce qui nous sera dit plus en détail par le second Midrash.

 

Le 1er Midrash considère Toladot dans le sens des engendrements. Son argument est que Jacob n’a été chez Laban que pour Ra’hel.

 

Vayetse Chapitre 29:1:

 

Lorsque Jacob est parti du pays de Kenaan, dans son voyage il est arrêté par la vision de l’échelle qu’il a eu à Bethel et après le contrat d’alliance qu’il a eu à son réveil, la Torah nous dit qu’il a repris son chemin et qu’il est allé en direction du pays de Bénei Qedem

 

29 :1

וַיִּשָּׂא יַעֲקֹב, רַגְלָיו; וַיֵּלֶךְ, אַרְצָה בְנֵי-קֶדֶם

Vayissa Ya'akov raglav vayele’h artsah veney-kedem.

Et Jacob rapidement, et il se diriga vers la terre des fils de l'Est.

 

Deux traductions de l’expression Bnei Qédem : « ceux qui habitent à l’orient »

Mais Qédem s’appelle l’orient en dérivée d’un sens plus fondamental du terme Qedem qui veut dire « ce qu’il y avait avant » : Jacob va donc se ressourcer dans l’avant, l’antérieur, et cela se passe en Orient.

 

29 :2

וַיַּרְא וְהִנֵּה בְאֵר בַּשָּׂדֶה, וְהִנֵּה-שָׁם שְׁלֹשָׁה עֶדְרֵי-צֹאן רֹבְצִים עָלֶיהָ--כִּי מִן-הַבְּאֵר הַהִוא, יַשְׁקוּ הָעֲדָרִים; וְהָאֶבֶן גְּדֹלָה, עַל-פִּי הַבְּאֵר

Vayar vehineh ve'er basadeh

Et voilà il vit un puit dans le champ

vehineh-sham shloshah edrey-tson

Et voilà qu’il y avait là bas trois troupeaux

 rovtsim aleyha

Qui étaient accroupis autour

 ki min-habe'er hahi yashku ha'adarim

Car de ce puits-là devaient s’abreuver les troupeaux

veha'even gedolah al-pi habe'er.

Et la pierre était grande sur la bouche du puits.

 

Il y a ici une indication très importante : Ha-éven un article défini => on est censé savoir ce qu’est la pierre. Il y a un puits où s’abreuvaient les troupeaux, Jacob ne va pas n’importe où, et on est donc dans cette région qui est le reste de l’antérieur, et il y a un puits pour qu’on puisse s’abreuver mais la pierre est là qui l’empêche.

 

 29:3

וְנֶאֶסְפוּ-שָׁמָּה כָל-הָעֲדָרִים, וְגָלְלוּ אֶת-הָאֶבֶן מֵעַל פִּי הַבְּאֵר, וְהִשְׁקוּ, אֶת-הַצֹּאן; וְהֵשִׁיבוּ אֶת-הָאֶבֶן עַל-פִּי הַבְּאֵר, לִמְקֹמָהּ

Vene'esfu-shamah khol-ha'adarim

Se rassemblaient là tous les troupeaux

vegalelu et-ha'even

Et il faisait rouler la pierre

 me'al-pi habe'er

Depuis la bouche du puits

vehishkou et-hatson

Et ils abreuvaient le troupeau

veheshivu et-ha'even al-pi habe'er limekomah.

Et ils ramenaient la pierre en son endroit sur l’ouverture du puits.

 

Entre autres, l’expression importante est khol-ha'adarim, il fallait que tous les troupeaux soient là pour que tous les bergers à la fois aient la force d’enlever la pierre.

Donc, c’est là où l’on s’abreuvait lorsque tous étaient présents sinon il fallait remettre la pierre.

 

29:4

וַיֹּאמֶר לָהֶם יַעֲקֹב, אַחַי מֵאַיִן אַתֶּם; וַיֹּאמְרוּ, מֵחָרָן אֲנָחְנוּ

Vayomer lahem Ya'akov

Et leur dit Jacob:

A’hay me'ayin atem

Mes frères, d’ou êtes vous ?

vayomerou me’Haran anakhnou

Ils dirent nous sommes de ‘Haran.

 

‘Haran est précisément l’endroit où la famille d’Abraham va quitter définitivement la civilisation antérieure d’Our-Kasdim qui a échoué pour se diriger et commencer l’histoire des Patriarches en Erets Israël. C’est là-bas en cet endroit qu’à différents niveaux il faut retourner chercher la suite des engendrements : un ressourcement dans l’antérieur.

C’est la 1ère lecture :

- Jacob : Mes frères d’où venez-vous ?

- Ils dirent de ‘Haran.

 

29 :5

וַיֹּאמֶר לָהֶם, הַיְדַעְתֶּם אֶת-לָבָן בֶּן-נָחוֹר; וַיֹּאמְרוּ, יָדָעְנוּ

Vayomer lahem hayedatem et-Lavan ben-Nachor

vayomerou yadanou

Et il leur dit: connaissez-vous Laban fils de Nahor ?

Ils dirent : nous connaissons !

 

29:6

וַיֹּאמֶר לָהֶם, הֲשָׁלוֹם לוֹ; וַיֹּאמְרוּ שָׁלוֹם--וְהִנֵּה רָחֵל בִּתּוֹ, בָּאָה עִם-הַצֹּאן

Vayomer lahem hashalom lo

vayomerou shalom

vehineh Ra’hel bito ba'ah im-hatson

Il leur dit Est-ce que la paix est avec lui ?

Ils dirent : Paix !

Et voici Ra’hel sa fille qui vient avec le troupeau…

 

C’est un dialogue extrêmement concis mais quel en est l’essentiel ?

Jacob retourne au pays d’où Abraham était parti pour ne pas revenir, et puis la 1ère chose qu’il dit c’est « mes frères », en s’enquérant d’un problème de paix, leur demandant d’où ils sont ...

Indépendamment de cette lecture Pshat du texte qui nous raconte l’événement : à un autre niveau de lecture : 

 

29:4

וַיֹּאמֶר לָהֶם יַעֲקֹב, אַחַי מֵאַיִן אַתֶּם; וַיֹּאמְרוּ, מֵחָרָן אֲנָחְנוּ

Vayomer lahem Ya'akov

Et leur dit Jacob :

A’hay me'ayin atem

Mes frères, d’ou êtes-vous ?

 

C’est très étrange de trouver ce terme de « mes frères » dans la bouche de Jacob qui vient de vivre l’expérience de l’échec de la fraternité avec son frère Esaü.

D’où vient justement qu’Esaü est ce qu’il est ? Cela vient précisément de la-bàs, de là-bas on ne sait pas qui sort : le Rashâ ou le Tsadik.

 

מֵאַיִן אַתֶּם

Me'ayin atem

D’où êtes-vous ?

 

Si j’enlève le point d’interrogation cela peut se lire aussi comme une exclamation, une affirmation:

מֵאַיִן אַתֶּם : Vous venez du néant !

Il s’agit donc d’une déclaration théologique : « Mes frères, vous venez du néant ! »

 

וַיֹּאמְרוּ, מֵחָרָן אֲנָחְנוּ

vayomerou me’Haran anakhnou

Ils dirent : nous sommes de ‘Haran.

 

Nous sommes de cet endroit-là : ’Haran, le point où il y a simultanément l’échec de la civilisation antérieure mais où sont restées les traces qui ont données naissance à la famille d’Abraham et qui sont le point de départ de l’histoire d’Israël. Or, ’Haran en hébreu signifie l’endroit de la colère.

 

Il y a là, à ce deuxième niveau de lecture, un dialogue théologique important et non un simple dialogue de bergers : « Mes frères, vous êtes des créatures, vous venez du néant ».

 

Nous avons appris dans le détail que l’épreuve donnée à la créature c’est la relation à l’autre créature.

 

Par conséquent, une fois que nous sommes créés, le problème à résoudre c’est de devenir frère.

Voilà son programme. Ils dirent : non, notre histoire s’explique autrement. Nous venons d’une grande colère. A l’origine, il y a eu une grande colère. Le problème à résoudre est d’exorciser la colère. C’est le thème du péché originel ! Ce sont donc deux programmes radicalement différents. Celui de l’hébreu et la réponse de l’araméen. C’est l’affrontement de deux perceptions de la vocation d’Israël. La vocation d’Israël dite par Jacob tient en trois mots : A’hay me'ayin atem.

 

וַיֹּאמְרוּ, מֵחָרָן אֲנָחְנוּ

vayomerou me’Haran anakhnou

Ils dirent : non, non, nous sommes de ‘Haran.

 

Il y a donc deux conceptions complètement différentes de la vocation d’Israël pour le Tiqoun la rédemption du monde.

 

La 1ère à travers Jacob c’est - Al Pi HaTorah - résoudre le problème de la fraternité.

La 2nde est païenne et consiste à exorciser magiquement la colère antérieure, la colère de l’origine.

 

Alors Jacob va s’expliquer :

Vous parlez de ‘Haran la colère ? Ne restent-il pas des restes de cette famille d’Abraham à ‘Haran ?

Connaissez-vous Laban fils de Na’hor frère d’Abraham ? 

 

Ils dirent : Oui nous connaissons…

vayomerou yadanou

 

 29:5

Vayomer lahem hayedatem et-Lavan ben-Nachor

vayomerou yadanou

Et il leur dit: connaissez vous Laban fils de Nahor

Ils dirent nous connaissons

 

29:6

Vayomer lahem hashalom lo

Il leur dit : Est-ce que la paix est avec lui ?

Le problème de cette identité c’est le problème du Shalom.

vayomerou shalom

Ils dirent Paix !

vehineh Ra’hel bito ba'ah im-hatson

Et voici Ra’hel sa fille qui vient avec le troupeau

 

C’est dire que ce qui se cherche dans ces engendrements, c’est finalement l’homme capable de fraternité, l’homme capable d’unifier en lui les valeurs qui font que la fraternité est construite. 1ère étape Abraham. 2ème étape Isaac, et 3ème étape Jacob.

 

Pour que les enfants d’Israël puisse être engendrés (on revient à notre Midrash) cela commence avec Ra’hel. On ne connait pas la suite. Il faut que Jacob ait son bat zoug. Comment est-il défini dans ce contexte ? Comme une femme qui est capable de porter le message de la paix. Cela ne peut sortir que de la famille d’où est sorti Abraham, famille encore isolée en ghettos ceux qui sont restés à ‘Haran parmi  « les gens de la colère » si j’ose dire. Voilà qu’apparait cette fille Ra’hel.

 

Midrash :

Lorsque Jacob est parti chez Laban c’est pour une Ra’hel, il n’y a donc pas d’anachronisme dans le Midrash.

 

Retour à notre Midrash du Chapitre 37 Verset 37:2

Eleh toldot Ya'akov Yossef

 

1ère dimension :

Voici les engendrements de Jacob c’est Joseph, et il a dit que tous les autres engendrements sont seconds par rapport à Joseph puisqu’il est allé là-bas que pour Rachel.

 

2ème dimension :

Ha-Toladot ces engendrements des frères de Joseph attendaient dans l’exil jusqu’à que soit né Joseph. C’est ce qui est écrit - chapitre 30 verset 25:

וַיְהִי, כַּאֲשֶׁר יָלְדָה רָחֵל אֶת-יוֹסֵף; וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב, אֶל-לָבָן, שַׁלְּחֵנִי וְאֵלְכָה, אֶל-מְקוֹמִי וּלְאַרְצִי

« Et il arriva quand Ra’hel a enfanté Joseph alors Jacob a dit à Laban : le temps de mon exil prend fin, je rentre... »

 

Comme si Jacob n’était allé chez Laban que pour ramener Joseph avec lui.

Le Midrash va nous donner une précision importante. En fait, entre temps les autres tribus sont nées et ont leur importance radicale avec comme autre polarité Yéhoudah.

 

Les autres Toladot, les autres engendrements de Jacob, attendaient la naissance de Joseph puisqu’ils ne sont revenus en Erets Israël que lorsque Joseph est né. Joseph est défini ainsi par le Midrash :

« Il arriva lorsque Ra’hel enfanta Joseph, lorsqu’est né l’antagoniste de ce Rashâ qui était Esaü – c’est la force de Joseph qui aura raison de la force de Esaü comme antagoniste à Jacob. La naissance de Joseph est le signe de la fin de l’exil : il est capable de mettre fin à la domination d’Esaü sur Jacob.

 

Chapitre 30 verset 25:

וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב, אֶל-לָבָן, שַׁלְּחֵנִי וְאֵלְכָה, אֶל-מְקוֹמִי וּלְאַרְצִי

vayomer Ya'akov el-Lavan shalkheni ve'elchah el-mekomi ule'artsi.

Et dit Jacob à Laban : Renvoie-moi et j’irais vers mon endroit vers ma terre.

 

La Torah nous dit qu’ayant eu Joseph, Jacob va pendre acte que la fin d’exil est terminée. Jacob doit demander à Laban pour mettre fin au contrat de travail qui les lie. C’est le même scénario à chaque fin d’exil, étant donné qu’il y a un contrat de travail entre Israël et les nations, il faut donc prendre congé des Nations. Shalkheni donne-moi congé.

 

A la sortie d’Egypte, nous retrouvons le même scenario : il faut que le Pharaon consente pour qu’Israël puisse partir. La finalité centrale et essentielle des plaies d’Egypte c’était pour que Pharaon consente à laisser partir les Juifs. Il se ravise mais c’est trop tard.

 

De la même manière à la fin du 2ème exil, la possibilité de quitter l’exil a été donné par Cyrus qui était la puissance politique de ce temps.

 

De notre temps, il a fallu que la providence suscite la S.D.N. pour enregistrer la déclaration Balfour et invente l’ONU pour fonder l’Etat d’Israël. Ils se sont ravisés tout de suite après mais c’est trop tard...

 

On retrouve cela dans l’épisode de Moïse chez Jéthro : lorsque Moïse qui avait passé 40 ans chez Jéthro après la vision du buisson ardent sait qu’il va quitter Jéthro chez lequel il s’était installé en attendant doit prendre congé de Jéthro. Un Midrash sur le verset qui parle de l’installation de Mosheh chez Yitro dit que Jethro lui a fait promettre un certain nombre de conditions dont celle-ci : l’avertir pour prendre congé. C’est un thème important : comment se fait-il qu’il faille attendre le bon vouloir des nations du monde ?

 

La  2ème lecture parait aussi très significative:

Chapitre 30 verset 25 :

וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב, אֶל-לָבָן, שַׁלְּחֵנִי וְאֵלְכָה, אֶל-מְקוֹמִי וּלְאַרְצִי

vayomer Ya'akov el-Lavan shalkheni ve'elchah el-mekomi ule'artsi.

Et dit Jacob à Laban : Renvois moi alors  je m’en irai vers mon endroit vers ma terre.

Renvois moi alors je m’en irai...

Remarquez l’ordre et comment la fin de l’exil est définie.

 

Le Midrash continue :

« Qui les a fait descendre en Egypte (les autres Toladot de Jacob) ? Yossef !

« Qui les nourrit ? Yossef ! »

« La mer des joncs ne s’est ouverte que par le mérite de Yossef. »

 

Le Midrash raconte que la mer ne voulait pas s’ouvrir pour laisser les Hébreux quitter l’Egypte, mais c’est le mérite de Moïse d’avoir emporté les ossements de Joseph et le mérite de Joseph qui a fait s’ouvrir la mer.

 

Comme il est écrit : Versets 16-17 du Psaume 77 :

גָּאַלְתָּ בִּזְרוֹעַ עַמֶּךָ;    בְּנֵי-יַעֲקֹב וְיוֹסֵף סֶלָה

Gaalta Bizroa amékha Bénei YAaqov véYossef Sélah

« Tu as délivré par ta force, ton peuple les enfants de Jacob et de Joseph Benei Yaaqov véYossef »

רָאוּךָ מַּיִם, אֱלֹהִים--רָאוּךָ מַּיִם יָחִילוּ;    אַף, יִרְגְּזוּ תְהֹמוֹת

Raoukha Mayim Elohim, Raoukha Mayim Ya’hilou, Yirgzou Tehomot

« Les eaux t’ont vu (Elohim Dieu), les eaux t’ont vu et ont tremblé de peur et se sont effrayés... »

 

C’est une allusion au passage de la mer rouge.

Et comment est appelé le peuple d’Israël traversant la mer rouge ? Bnei Yaaqov véYossef !

 

L’explication est simple : tous les enfants de Jacob sont ses enfants, mais son identité de Jacob se voit plus chez Joseph que chez les autres, parce que c’est pour Joseph qu’il a eu tous les autres.

Joseph est le 1er né de Ra’hel qui est la préférée de Jacob. Jacob, et non Israël, car Jacob est la dimension d’Israël de la vocation de l’exil. Jacob se voit dans Joseph, plus que dans ses frères.

 

A partir des Patriarches, il y a deux vocations messianiques, toutes deux légitimes, mais qui lorsqu’elles n’arrivent pas à trouver leur point d’équilibre et leur ordre de préséance se combattent et se contredisent.

Il y a dans l’identité d’Israël une spécificité absolue. Il y a donc une tendance messianique de la spécificité absolue d’Israël à travers Judah et les frères de Joseph. Retenez l’expression : les frères de Joseph avec Yehoudah à leur tête.

 

Alors que l’autre tendance de la messianité dans la relation à l’universel est représentée par Joseph. C’est ce qui se passe dans son histoire : on va quitter l’identité hébraïque pour la garder clandestinement pour se déguiser en égyptien pour être le sauveur de l’Egypte parce que l’Egypte c’est l’humanité. 

 

Lorsque l’on considère ces deux stratégies chacune pour elles-mêmes, séparées l’une de l’autre, elles sont exclusives l’une de l’autre et contradictoires. Leur conflit est en travail dans toute l’histoire d’Israël. Ce n’est qu’en fin de compte que cela va se mettre en place. Il ya d’abord la tentative Joseph et ensuite celle de Judah.

 

La dimension Jacob, se voit plus dans Joseph que dans Judah.

Cela fait partie du procès que les frères de Joseph font à Joseph.

 

Quelle est la motivation de cette décision de Judah et ses frères par rapport à Joseph, de rompre avec ce rêve qui est permanent chez les Patriarches ? Parce que finalement, Jacob se voit dans les rêves de Joseph. Joseph rêve les rêves de Jacob : Jacob berger chez Laban. Donc, effectivement Jacob (de nouveau nommé Jacob dans ce texte) quittera Erets Kenaan pour l’Egypte.

 

Joseph ne savait pas ce qu’était l’exil. C’est quand il est né lui que Jacob est parti avec ses autres frères. Tandis que ses frères adultes ont fait le diagnostic de ce qu’était l’exil et que cette tentative à la Joseph, de Jacob berger de Laban pour transfigurer la civilisation de Laban mène à l’échec. Ils ont fait le diagnostic que cette tentative-là mène à l’échec. Ce diagnostic-là est déjà fait définitivement par Juda et ses frères à l’origine de notre histoire. Joseph est celui qui reprend ce rêve là. Cela est versé au dossier de son procès.

 

Tous les récits historiques de la Torah sont pour nous expliquer ces deux tentatives-là et nous montrer que celle de Joseph mène à l’échec. Puisque l’explication en gros plan de cela, c’est la sortie d’Egypte. Joseph a tenté de transfigurer la civilisation égyptienne elle est devenue ce qu’elle devenue : l’empire le plus totalitaire qui puisse exister avec les camps de concentration des Hébreux et c’est pourquoi il a fallu la sortie d’Egypte comme elle a eu lieu.

Tous le livre de l’Exode et tous les 5 livres sont complices de ce récit  pour nous expliquer que la tentative de Joseph, quelque soit sa légitimité de principe, mène à l’échec.

 

C’est quand Juda prend le relai que la messianité commence.

Nous sommes ici tout au début de cette histoire et par conséquent le conflit est encore obscur.

 

2ème Midrash :

Cela nous conduit au 2ème texte du Midrash : Quel est le sujet ? Comment Jacob se voit chez Joseph ! Israël se voit chez Juda mais Jacob se voit chez Joseph !

 

[Parenthèse sur la messianité chrétienne : les généalogies que les Evangiles donnent du Messie des chrétiens pose un problème dont aucun des théologiens chrétiens n’arrive à se sortir : le mélange des généalogies. Généalogie de Matthieu (juif Matatias avant de se convertir). 1er chapitre. Depuis Abraham 14 générations jusqu’à David. « Jacob engendra Juda et ses frères ». L’histoire du judaïsme. 14 générations de l’exil jusqu’à la fin du 1er temple et ensuite 14 générations qui mène au messie chrétien. Un certain Jacob qui engendre un certain Joseph dont on dit qu’il est le mari de Marie. On tient à donner à ce messie des chrétiens comme père terrestre historique un certain Joseph. On retrouve dans ce mythe, comme antagoniste du fils de Joseph  un certain Juda comme par hasard...

Le thème historique de la famille des Patriarches est repris sous forme mythique avec des options opposées. La 1ère fois c’est de l’histoire mais la 2ème fois c’est du mythe. Et nous sommes anti-ce-mythe. Cela signifie que le christianisme a voulu pousser à la limite la tentative de la messianité de Joseph. Ce que Joseph n’a pas fait in extremis : il s’est sauvé du danger d’être chrétien avant la lettre. Il est resté hébreu. Et lorsqu’il a diagnostiqué l’échec de sa tentative, il reçoit ses frères et leur demande de ramener ses ossements lorsqu’ils repartiront…

 

Alors que l’identité judéo-chrétienne, à sa racine, a opté pour devenir Rome, l’Eglise catholique apostolique et romaine. Le postulat : Jusque-là, l’ancien testament nous a raconté la tentative du  « juda-ïsme » et maintenant nous fondons le « Joseph-isme », mais vraiment, jusqu’à Napoléon et Joséphine...

 

En disant en clair que l’adversaire, le traitre, c’est un certain Juda comme par hasard et que les Apôtres était 12 comme les enfants de Jacob... Cela veut dire que les fondateurs du christianisme savaient ce qu’ils faisaient et quel mythe ils racontaient. Ils ont fait ce en quoi ils ont cru. Aller en Rome pour judaïser Rome et ils se sont fait romaniser. Les rabbins ont interdit cette stratégie d’utiliser l’uniforme de l’ennemi pour le vaincre.

 

C’est là le danger de la tentative Joseph. Et la Torah nous raconte ce danger. Pendant tout ce temps, il y a une éclipse, on ne sait pas ce qu’il fait : n’est-il pas devenu le pape du Pharaon ?

En fin de compte il se reconnait et s’affirme comme hébreu et l’exil est fini.

Dans la 1ère étape il y a le danger de cette culbute dans l’échec.

Tout le récit de la Torah n’est que pour nous faire savoir cela : la tentative de Joseph quelque soit sa légitimité n’est qu’un échec en fin de compte. Cela nourrit le propos de Juda et ses frères contre Joseph à ce niveau. Finalement, Joseph va être sauvé on va le gracier. Après l’attente, tous ses frères vont le rejoindre et s’adjoindre à sa stratégie de messianité. Et même avec tous ses frères avec lui, cela mène à l’échec quand même, les barbares restent de barbares.

 

Midrash : comment Jacob se voit dans Joseph:

Verset 37 :2

אֵלֶּה תֹּלְדוֹת יַעֲקֹב

Eleh toldot Ya'akov Yossef

 

Il s’agit ici de Toldot – événements.

 

« Le verset n’avait pas à dire cela mais Eleh toldot Ya'akov Reouven... » « Que veut dire Joseph ? » « Tout ce qui est arrivé à celui-là Jacob est arrivé à celui-là Joseph » « De même que Jacob est né Maoul circoncis, de même celui-ci Joseph est né Maoul...etc »

 

On apprend que Jacob est né circoncis car le verset dit « Ish Taam » et on apprend d’Abraham que « sois Taamim » c’est la circoncision.

 

« De même que la mère de celui-là (Jacob) était empêchée (Rivqah) d’avoir des enfants, de même la mère de celui-ci (Ra’hel) était empêchée. »

 

Tout de suite dans l’histoire d’Abraham – cf. les derniers versets de la Parashah Noa’h – on nous apprend que Saraï était la femme d’Abraham et un verset nous dit « c’est Saraï qui était Akarah empêchée d’enfanter ». Le thème est le suivant : les lignées humaines se développent, les lignées de l’échec, de l’impasse, se démultiplient, sans avoir ce problème si spécifique de l’histoire des Patriarches hébreux que la matrice qui doit enfanter n’enfante pas !?

Par là où cela ne passe pas on ne s’en occupe pas, mais là où cela passe vraiment, alors on empêche  pour éviter toute approximation tant qu’il n’y a pas la maturité nécessaire pour que l’enfant attendu soit vraiment lui-même et pour éviter tout risque de l’approximation qui est dangereuse.

D’où ce que dit le Midrash.

 

De même que sa mère enfanta deux (Yaaqov et Essav), de même sa mère enfanta deux (Joseph et Benjamin) 

De même l’aîné Jacob, de mène l’aîné Joseph...

De même pour Jacob sa mère a des difficultés d’enfantement, de même pour Joseph sa mère

De même que Jacob est haï de son frère, de même Joseph est haï de ses frères

De même que son frère a voulu le tuer…

De même que Jacob est berger...

...etc.

 

Cela veut dire que Jacob se voit dans Joseph plus que dans les autres.

 

Rashi : sur verset 3

 

Vayeshev 37:3:

וְיִשְׂרָאֵל, אָהַב אֶת-יוֹסֵף מִכָּל-בָּנָיו--כִּי-בֶן-זְקֻנִים הוּא, לוֹ; וְעָשָׂה לוֹ, כְּתֹנֶת פַּסִּים

VeYisra'el ahav et-Yosef mikol-banav

Et Israël aima Yossef plus que tout ses autres fils

ki-ven-zekounim hou lo

Car il est pour lui un fils de la vieillesse

ve'asah lo ktonet passim.

Et il lui fît une tunique (différentes des autres)

 

בֶּן זְקֻנִים

שֶׁנּוֹלָד לוֹ לְעֵת זִקְנָתוֹ וְאוּנְקְלוּס תִּרְגֵּם בַּר חַכִּים הוּא לֵיהּ כָּל מַה שֶּׁלָּמַד מִשֵּׁם וְעֵבֶר מָסַר לוֹ. דָּבָר אַחֵר שֶׁהָיָה זִיו אִקּוּנִין שֶׁלּוֹ דּוֹמֶה לוֹ

Le fils de sa vieillesse (zeqounim) Il lui était né à l’époque de sa vieillesse. Le Targoum Onqelos traduit par : « un fils intelligent ». Tout ce qu’il avait appris auprès de Chem et ‘Evèr, il le lui avait transmis (Beréchith raba 84, 8). Autre explication : Il avait les mêmes traits de visage (ziv iqounin) que lui-même (ibid.).

Rashi ki-ven-zekounim qui  lui a été enfanté au temps de sa vieillesse : le sens Ppshat

La traduction d’Onqelos donne: bar ‘hakim un fils sage = Ben ’Hakham

On apprend d’autre par que Zaqen ne veut pas dire « vieux » mais signifie « vieillard » dans le sens de sage. Le Midrash interprète le terme de Zaqen : Zeh Qanah ‘Hokhmah – celui-là a acquis la sagesse.

 

Il y a deux sortes de sagesse : celle  du contenu des connaissances et celle qui vient de l’âge que l’on appelle Ziqnah.

 

Si on veut dire qu’il est une personne âgée, on dit Sevah ou en araméen Savah grand-père – le plus vieux, tandis que Zaqen signifie cette sagesse-là qui vient avec l’âge.

 

Rashi

Ben Zqounim : cela nous explique pourquoi il est préféré : il est l’enfant de son expérience de la  vieillesse mais aussi l’enfant sage. 

Tout ce que Jacob avait appris à l’école de Shem et de Ever, il lui a transmis à Joseph. (Beréchith raba 84, 8)

Autre explication : she hayah zivo ikounin shelo domei lo.

Il avait les mêmes traits de visage (ziv iqounin) que lui-même (ibid.).

Ce Ziv= la lumière dans la nuance de luminescence...

 

.../...

< fin >

***

Partager cet article

Repost 0
Published by Rav Léon Ashkénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche