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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 12:59

VAYESHEV (1984) - 1ère Partie

 


http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/vayechev_serie_1984/cours_1

Face A

 

 

Chapitre 37.

 

Une Parashah longue en péripéties, c’est là que commence l’histoire qui va mener à l’exil d’Egypte, et cela commence par un récit concernant la situation de Joseph parmi ses frères. 

Toute le Parashah s’occupe centralement de l’histoire de Joseph mais celle-ci à un certain moment est entrecoupée du chapitre 38 qui s’occupe de façon particulière de l’histoire de Judah l’autre polarité de la descendance de Jacob.

 

2 points :

 

Thème à étudier à travers le Midrash : la préférence de Jacob pour Joseph qui concerne le projet d’identité de Jacob lui-même. En particulier, le fait que Jacob a privilégié Joseph dans son amour paternel, et c’est apparemment la cause immédiate de la rivalité entre frères et de tous ces processus dont les récits nous donne abondamment les détails qui vont déclencher la descente de la famille de Jacob en Egypte. Evénement qui sera en fin de compte la préface de l’exil d’Egypte.

 

Thème de la suite des engendrements. Différence de situation avec les temps des Patriarches où il était radicalement impossible de prendre femme dans le pays de Kenaan. Et les deux  stratégies différentes pour la suite des Toladot entre les engendrements de Joseph et de Judah.

 

 

Chapitre 37 Verset 1 :

וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב, בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו--בְּאֶרֶץ, כְּנָעַן

Vayeshev Ya'akov be'erets megurey aviv be'erets Kna'an.

Et Jacob s’installa dans le pays où son père avait séjourné dans le pays de Canaan.

 

La méthode habituelle de l’interrogation du Midrash sur ce verset : apparemment il y a des informations déjà connues, quel est donc le ‘Hidoush qui nous est transmis dans la formulation de ce verset ?

 

וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב, בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו--בְּאֶרֶץ, כְּנָעַן

Vayeshev Ya'akov be'erets megurey aviv

 

Premièrement : le texte va nommer Jacob « Jacob ». Or, il a déjà été nommé Israël !

Par conséquent, malgré son nom Israël, le terme Jacob est utilisé dans ce contexte, ce n’est pas sans raison. La dimension d’identité de Jacob lorsqu’il est nommé Jacob est en relation avec l’exil. Et la dimension d’identité de Jacob lorsqu’il est nommé Israël est en relation avec Erets Israël.

La règle, après le fait que Jacob ait été nommé Israël, lorsque le texte de nouveau le nomme Jacob c’est qu’il y a une perspective de vocation de l’exil.

 

וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב, בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו--בְּאֶרֶץ, כְּנָעַן

Vayeshev Ya'akov be'erets megourey aviv

…dans le pays où ont séjourné ses pères

 

Le Midrash souligne la contraste de sens entre Vayeshev s’installer et Mégourim ils ont séjourné comme des étrangers (racine Guer).

 

Cela veut dire d’une certaine manière que Jacob fait le diagnostic que le temps est venu de mettre fin aux Mégourim dans le sens strict (c’est-à-dire qu’ils ont séjournés dans le pays, Abraham, Isaac et Jacob, et le peuple, dans la modalité d’un être étranger chez soi : Cf. 23:4

גֵּר-וְתוֹשָׁב אָנֹכִי, עִמָּכֶם

Guér Vétoshav Anokhi Imakhem.

Etranger et séjouranant je suis avec vous.

 

L’exil :

 

Très rapidement sur ce thème : L’annonce de l’éventualité de l’exil a déjà été donnée à Abraham – la fonction, la raison, la finalité de l’exil est un problème pour lui-même qui doit être étudié séparément. L’hypothèse d’explication de l’exil la plus connue étant que l’exil est une punition. C’est presque un cliché.

 

L’étonnement devant cette hypothèse vient du fait que l’annonce de l’éventualité de l’exil est donnée à Abraham a priori de toute histoire d’Israël qui n’a pas encore commencée. Il faut donc changer de terme puisqu’en hébreu il y a les différentes implications dans le même terme de Galout mais en français le terme d’exil est connoté avec les idées de persécution, d’oppression...etc.

 

L’éventualité d’une relation à la civilisation extérieure, à l’universel humain contemporain de ce temps, où la relation est privilégiée avec la société qui est la figure de prou de la civilisation de ce temps - et en ce temps-là c’est l’Egypte - cette éventualité d’une relation n’est pas forcément vue à priori comme la punition de quelque chose.

 

Elle est en soi une fonction de finalité d’Israël au sein des nations. Israël au sein des nations ne veut pas dire forcément que la métropole d’Israël est détruite, et que les juifs vivent en ghettos pris au piège chez les nations.

 

Si à postériori il arrive qu’il y a une faute d’identité, alors cette relation vers l’extérieur ne se passe dans l’honneur, dans la gloire beKhaved veTiferet. Comme nous en avons des exemples dans l’histoire des Patriarches lorsqu’Abraham arrive en Egypte on le reçoit comme « Nessi Elohim » un prince connu du Pharaon. Et lorsque Jacob arrive en Egypte, le Pharaon se souvient d’Abraham et reporte sur Jacob l’honneur d’Abraham. Et dans certains épisodes de l’histoire de Joseph, la présence des hébreux en Egypte, se déroule dans la gloire et l’honneur. Joseph est le Pharaon réel de l’Egypte... Malgré cela on s’est habitué finalement à connoter négativement cette notion d’exil.

 

Le fait est qu’il y a cette éventualité de la dispersion, et c’est très différent lorsque la métropole existe ; alors il y a des « mais » si c’est nécessaire chez les nations. Quoique les prophètes ont une vision globale de la relation d’Israël à l’universel humain. Mais inversement il y a le pèlerinage des nations à Jérusalem. Quand la métropole existe, il n’est pas fatale, ni inévitable que l’exil soit persécution et oppression. C’est à postériori que cette relation de dispersion en tant que « Mamlekhet kohaninm vegoï qadosh » pour l’humanité se passe dans la dimension d’exil.

 

A priori la forme même de ce qui est indiqué à Abraham indique que si Israël est Israël, il a une fonction de relation avec l’humanité entière. S’il y a faute, cela devient exil dans le sens négatif. C’est-à-dire que cette fonction dans tous les cas sera remplie, mais dans les pires conditions cela se fera dans l’exil. Même de façon clandestine, souterraine, non reconnue par l’universel humain, dans un climat de jalousie et d’ingratitude totale. Même de façon défigurée, même de façon caricaturée,  le peuple juif, même dans l’exil, joue quand même le rôle qu’il devrait jouer comme peuple de prêtres de l’humanité. Mais de façon tortueuse, de façon masquée, caricaturée... etc.

C’est un thème pour lui même qui est très important.

 

On apprend d’autre part qu’étant donné le risque que l’exil soit effectivement l’exil de l’oppression, les Patriarches, les Avot, ont pris sur eux d’économiser le temps d’exil éventuel de leur descendance.   

 

C’est pourquoi ils ont pris sur eux le fait de vivre chez eux comme étrangers dans la terre qui leur a été donnée par promesse.

 

[J’utilise l’expression donnée par promesse parce que l’expression « terre promise » n’est pas traditionnelle et est à la limite une expression antisémite : c’est une terre qui est en promesse qui ne sera jamais donnée… etc. Haarets hamoushtarat cela veut dire « la terre assurée ». En réalité c’est « Haarets asher natat » « la terre que je vous ai donnée »]

 

Durant tout ce temps des Avot, ils vont prendre sur eux d’être Guérim là où ils devraient être Toshavim. 1ère raison dans notre analyse : c’est pour économiser le risque de perdition de toute manière que représente l’histoire de l’exil.

 

Midrash :

Dieu a proposé à Abraham, Isaac et Jacob de choisir pour leur descendance entre l’enfer Guehinam ou l’exil Galout. Le Midrash avec beaucoup d’humour dit qu’ils ont réfléchi et ont préféré l’exil… Ils ont réfléchi ! Comme s’il y avait une différence ! Alors qu’on sait que la situation de l’exilé c’est l’enfer ! Mais il semble qu’il y a en ait une… L’explication est la suivante : Si Israël - descendance des Patriarches – a un  rôle à jouer au sein de l’humanité, alors s’il ne joue pas son rôle, l’humanité risque de tomber en enfer et Israël devra aller dans l’enfer pour s’en occuper... alors ils ont préféré quand même l’exil...

 

Dans le verset qui annonce à Abraham cette éventualité d’extra-territorialité de relation à l’universel (cela s’appelle finalement la diaspora, l’exil) cela a duré 400 ans. (Bereshit 15:13 )

 

 

En fin de compte la sortie d’Egypte a eu lieu bien avant la fin de ces 400 ans : si nous comptons le commencement de ces 400 ans à la naissance Jacob et de ses enfants pour rejoindre Joseph, quittant complétement le pays de Kenaan pour s’installer en Egypte avec Joseph, il n’y a que 210 ans. Il y a donc une période de temps de 190 ans qu’il faut expliquer.

 

Elle s’explique de cette manière :

Etant donné que 2 causes de risque de perte du peuple d’Israël en exil d’Egypte ont joué de façon accéléré, il y a toujours une cause extérieure et une cause intérieure :

La cause extérieure c’est l’accélération de la persécution qui visait la destruction physique d’Israël en Egypte.

 

Et parallèlement, la cause intérieure c’est l’accélération de l’assimilation (il y a d’ailleurs un lien entre les deux, l’assimilation est aussi cause de persécution...)

 

Alors il a fallu intervenir de façon anticipée. Un des obstacles auxquels Moïse s’est heurté lorsqu’il a pris l’initiative de mettre fin à l’exil d’Egypte, c’était qu’il manquait 190 ans.

 

Tant les Hébreux que les Egyptiens étaient alors en droit de dire que leurs traditions donnaient un temps de 400 ans et donc que le temps n’était pas venu. (Vous entendez les rabbins  contemporains antisionistes.)

 

C’est Moïse qui prend l’initiative de mettre fin à l’exil et le Midrash explique cela abondamment: l’état de saturation de l’assimilation et de la persécution était tel que le peuple d’Israël risquait de disparaitre purement et simplement. Il a donc fallu anticiper la fin.

 

J’ouvre une parenthèse : nous avons là un modèle que je vous ai signalé dans l’exil de Jacob chez Laban qui est le modèle des modèles dans les textes précédents : un modèle des trois grands moment de temps de l’exil :

1- l’exil : Israël en exil a encore conscience d’être Israël en exil et puis très rapidement cela se sublime cela devient mythique et/ou mystique et alors c’est   

2- L’installation dans l’exil

3- L’assimilation qui déclenche la persécution.

 

Il n’y a pas d’exception cela c’est toujours passé comme cela.

Premier moment, on est en voyage,

deuxième moment, on est situé loin du pays ,

troisième moment on s’assimile, et on est persécuté.

Il n’y a aucune exception jusqu’à l’exil présent duquel on est en train de sortir, cela s’est passé comme ça à tous les niveaux.]

 

Le fondement que le Midrash donne à cette explication : c’est qu’étant donné que l’annonce de cette éventualité de la relation à l’universel extérieur, ambiant, qui risque de devenir exil pour des causes qui sont analysées très en détail dans le modèle de la persécution en Egypte qui a provoqué la sortie anticipée de l’exil en Egypte sous la forme de la persécution, étant donné que cette annonce concernait la postérité d’Abraham – le verset dit :

 

Bereshit 15:13

וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם, יָדֹעַ תֵּדַע כִּי-גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם, וַעֲבָדוּם, וְעִנּוּ אֹתָם--אַרְבַּע מֵאוֹת, שָׁנָה

Vayomer le-Avram yadoa teda ki-ger yihyeh zar'akha

be'erets lo lahem va'avadum ve'inu otam arba me'ot shanah.

Et Il dit à Abram sache que ta postérité sera étrangère dans un pays qui ne leur appartient pas pendant 400 ans

 

Le verset ne dit pas qu’il s’agira de l’Egypte, mais finalement il s’avéra que c’est en Egypte que cela se passe parce que c’est l’Egypte qui est la figure de prou de la civilisation de ce temps-là.

 

Quoique dès les premiers récits des Patriarches nous avons un certain nombres d’indication que cela se passera en Egypte, puisque les Patriarches ont tendance à faire des voyages préfiguratifs en Egypte. Ils avaient quitté la civilisation d’Our-Qasdim, disqualifiée par son niveau moral. C’est pourquoi la famille d’Abraham avait quitté cette civilisation. Et donc la civilisation de ce temps-là qui n’est plus Our-Kasdim devient donc l’Egypte.

 

Et donc l’annonce concerne le Zérakh, la postérité d’Abraham. Or, la postérité d’Abraham commence à la naissance d’Isaac. Il pourrait y avoir une objection d’analyse avec la naissance d’Ishmaël entre temps. Mais le verset dit clairement Ki beIts’haq kikaré lekha zar c’est en Isaac que sera nommé ta postérité.

Il est important de savoir qu’Ishmaël n’est pas concerné par la dimension de l’exil parce que la promesse de l’héritage de la terre est toujours liée à l’éventualité de l’exil. Retenez qu’il s’agit d’une éventualité. Si l’exil avait commencé avec Abraham, alors Ishmaël aurait été concerné. Si l’exil avait commencé avec Isaac, Esaü aurait été concerné. L’exil commence à Jacob car Jacob seul est concerné par la promesse de la terre.

 

Il y a là un thème très important : qui a le droit de revendiquer Erets Israël ?

C’est celui qui revient d’exil, c’est-à-dire celui qui a pris sur lui, dans sa destinée historique, l’éventualité de la situation d’exil. Or, nous savons qu’Ishmaël a voyagé partout, mais partout en conquérant. Nous savons que Essav, Rome a voyagé partout mais partout en colonisateur. La seule descendance d’Abraham qui a connu l’histoire de la situation d’exil c’est Jacob.

 

Effectivement, depuis la naissance d’Isaac jusqu’à la sortie d’Egypte, il y a 400 ans. Parce que depuis la naissance d’Isaac jusqu’à la descente de Jacob en Egypte il y a 190 ans, plus les 210 ans de temps vécus en Egypte jusqu’à Moïse, cela fait bien les 400 ans annoncés.

 

Voilà donc le 1er thème, ce qui renforce d’autant plus le contraste des termes :

 

Chapitre 37 Verset 1:

וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב, בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו--בְּאֶרֶץ, כְּנָעַן

Vayeshev Ya'akov be'erets megourey aviv be'erets Kna'an.

Et Jacob s’installa dans le pays où ses pères avaient séjourné dans le pays de Canaan.

 

«… dans le pays des pérégrinations de ses pères.»

Cela veut dire dans le pays où ses pères se sont considérés comme étant en exil pour prendre sur eux, éponger, une partie de cet exil.

 

Les Patriarches, les Hébreux fondateurs de l’identité hébraïque, auraient pu s’engager pour eux-mêmes à résister dans l’exil mais ils ne savaient si leur descendance en aurait la force. Cela dépend de la mère.

 

Cela signifie que Jacob a fait le diagnostic que l’éventualité de l’exil est achevée. Il a pris sur lui cette prophétie donnée à Abraham que sa descendance aura à connaître l’exil, mais l’ayant connu lui-même dans son histoire (l’exil de chez Laban dont il revient) il a pu pensé comme le dit le Midrash très clairement que c’est lui qui avait accompli dans les 20 années d’exil chez Laban l’annonce de l’éventualité de l’exil qui serait donc finie et qui rendrait le retour et l’installation possible :

וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב, בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו--בְּאֶרֶץ, כְּנָעַן

Vayeshev Ya'akov be'erets megourey aviv be'erets Kna'an.

 

Nous verrons que Jacob va être bousculé nous dit Rashi par l’intrusion de l’impétuosité de l’identité de Joseph qui commence là à se manifester dans l’enchainement des versets.

 

Le Midrash cité par Rashi dit:

Bikesh yaakov avinou lashevet beshalvah

Jacob a recherché à s’installer dans la tranquilité.

 

L’histoire de Joseph arrive et le bouscule. Et l’exil d’Egypte va commencer là. C’est la préhistoire de l’exil d’Egypte.

 

Q: (inaudible)

R: Ce n’est pas difficile à comprendre : un mérite à un certain niveau peut récapituler une éventtualité qui, les choses étant laissées à ellse-mêmes, prendrait plus de temps.

« HKBH gozeh Hatsadik Mevakesh »

Le mérite du Tsadik fait que ces 400 ans peuvent se résorber en 20 ans

En fait la période d’exil jusqu’à la sortie d’Egypte elle-même pour ces 400 ans, va commencer à la naissance d’Its’haq.

 

Rappelez-vous la phrase de la Hagadah de Pessa’h : « shé HQB’H shirei et haqets que Dieu a compté la fin » en fixant le commencement. Pour les 400 ans, la fin arrive 210 ans après la naissance de Jacob. J’ajouterais un principe à cela : la fin de l’exil est méritée grâce à Isaac qui n’a jamais quitté Erets Israël. En se réclamant d’Isaac, alors on a droit de revenir, se réclamant uniquement d’Abraham et de Jacob, nous serions des Hébreux de l’exil. Abraham est né dans l’exil et Jacob né en Erets Israël est mort dans l’exil. Seul Isaac n’a pas quitté Erets Israël : cela veut dire que le mérite de la Guéoula est relié au mérite d’Isaac.

 

C’est pourquoi cette phrase de la Hagadah s’enracine sur le Midrash cité précédemment: C’est par le mérite d’Its’haq que le Qets de la Guéoula arrive. C’est par le mérite d’Its’haq qu’il y a une fin à l’exil.

 

On étudiera ce thème au moment de Parshat Vaye’hi, dernière parashah du livre de Béréshit : A la fin de sa vie, Jacob, en Egypte va rassembler ses enfants pour leur dévoiler la fin. Chapitre 49 verset 1. Et la prophétie le quitte et il ne peut leur dévoiler la fin. Et il se borne à les bénir. Profondément, al pih ha sod, les bénir signifie les définir et cela signifie donc leur révéler leur histoire jusqu’à la fin… Mais il faut chercher profondèment car cela est caché.

 

Un des Midrashim raconte cela comme ça :

Lorsque Jacob s’est aperçu que la prophétie de la fin de l’exil le quittait, il a eu une crainte que ses enfants ne soient pas concernés par cela ! Alors il leur demande : Shéma yesh bahem h’eth ? Peut-être  y a t’il une faute parmi vous ?  Une faute qui empêcherait la prophétie et donc la fin de l’exil...

Les 12 fils ont répondu: prends nos noms, épelle-les et tu verras qu’il n’y a pas de lettre ’heith dans nos noms.

La lettre ‘Heit s’écrit ‘Het Tav. Le mot ‘Heit faute s’écrit ‘Het Tet.  

 

Le raisonnement du Midrash est le suivant : donner un nom à quelqu’un c’est désigner son identité. Au niveau de la nomination des personnages de la bible rien n’est conventionnelle. Abraham est une manière d’être homme et un projet d’identité nommé de ce nom-là et ainsi de suite... pour tous les noms des personnages bibliques. Par conséquent, le fait qu’il n’y ait pas de lettre ‘Het dans les noms des enfants d’Israël  signifie qu’Israël est innocent.

 

Dit d’une autre manière:

Une règle du Talmud : quelqu’un condamné à l’unanimité est innocenté immédiatement. Car c’est impossible d’être condamné á l’unanimité. Or, c’est le cas d’Israël qui est condamné à l’unanimité, donc il est innocent ! Il y a une accumulation d’accusations qui ont traversé l’histoire. Aucune autre manière d’être homme n’a été autant interpellée, accusée et condamnée à l’unanimité. De façon tellement hypertrophiée que cela prouve que l’humanité manque d’humour.

 

Quand un tribunal de vérité fait unanimité pour condamner quelqu’un, cela veut dire que le jugement dépasse la justice humaine. Parce qu’il n’est pas possible que dans un tribunal de vérité il n’y ait pas une voix pour plaider pour, même si la majorité décidera qu’il est coupable, mais s’il n’y a pas une seule voix pour mettre en évidence le côté du bien, c’est qu’il s’agit d’un cas qui dépasse la justice humaine.

 

Par analogie, Israël est condamné à l’unanimité, ce qui prouve son innocence.

C’est un peu ce que dit le Midrash : « Scrutte notre identité, épelle nos noms et tu ne trouveras pas la lettre ‘Heit… » 

 

Le Midrash continue : pendant que Jacob était occupé à trouver la lettre ‘heth qu’il n’a pas trouvé, il a découvert également l’absence des lettres Qouf et Tsadik qui ensemble font Qets.

Il n’a pas trouvé Qets chez ses enfants : pas de ‘Het mais pas de Qets !

Cela veut dire deux choses :

 

un sens négatif : Il y a là un jugement que l’on attend la fin mais en réalité on ne l’attend pas vraiment… L’exil n’a pas de fin : « l’année prochaine à Jérusalem... » Il y a un sérieux doute sur la sincérité de l’espérance messianique de ce peuple qui dit qu’il attend sans attendre la fin qui est constamment repoussée... 

 

un sens positif : cette dimension de l’identité de Jacob en tant que fils de Jacob qui va se réaliser dans l’histoire dans la dimension de l’exil, n’a pas de fin. C’est une force, un élan, un flux de vie qui n’implique pas de fin en lui-même. Je reprends la même analyse négative mais dans un sens positif : une insatisfaction permanente qui repousse l’échéance...   

 

En tant que fils de Jacob il n’y a pas de Qets, Jacob n’a pas de fin, c’est un thème très important : Yaaqov avinou lo met. Le Midrash établit que dans le verset relatant la mort de Jacob le mot de « il mourrut » - Vayamot - n’est pas employé  alors qu’il l’est pour les autres Patriarches.

Il y a d’autres termes : Vayira il expira  ... mais pas Vayamot. Le Midrash en conclu :

Yaaqov avinou lo met.

 

Objection d’un des rabbins du Midrash : mais il est écrit qu’il fut embaumé ?

Mais dans le verset c’est l’absence de Vayamot...

 

L’explication a différents niveaux :

tant que nous fils de Jacob sommes vivants Jacob est vivant : c’est une lecture littéraire.

Jacob incarne la dimension d’exil : c’est ce qu’il a vu que dans cette dimension d’exil, de cette force de résistance dans l’exil, il n’y a pas de fin. A postériori des 2000 ans d’histoire de nos exils, ce Midrash a raison : les Juifs n’ont jamais vu de fin à leur exil qui leur a toujours été imposé. De notre temps, nous avons été privilégiés : un personnage qui s’appelle Herzl a écrit un livre et cela a suffit...

 

Le Shla’h sur le Zohar nous donne une explication qui nous ramène à Isaac: Youd Tsadik ‘Het Qouf

Deux de ces 4 lettres donne le mot de ‘Hay et les deux autres donnent le mot de Qets.

 

Il y a en Its’haq ces deux forces qui sont contradictoires : la vie sans fin et la fin sans vie.

Qets et ‘Haï s’entremêlent et font Its’haq.

 

C’est une des lectures du nom de son identité : il ne devait pas naître et il est né, il devait mourir et il n’est pas mort. Qets et ‘Haï sont constamment complètement entremêlés dans l’identité d’Its’haq. Il a donné tout ‘Haï à Jacob (Yaaqov koulo ‘Haï) et tout Qets à Esaü (Essav koulo Qets). Et c’est la raison pour laquelle le Midrash dit Yaaqov avinou lo met.

 

Si on essaie de comparer la messianité de Jacob donc d’Israël, c’est koulo ‘haï

Si on compare la messianité selon Esaü, la chrétienté, c’est koulo Qets : C’est déjà arrivé donc cela n’arrivera pas. C’est toujours en arrière, c’est toujours au passé…

 

Isaac a délégué une de ses forces à Jacob. Et par conséquent, tant que Jacob n’est que Jacob il n’y a pas de fin à la fonction de Jacob. Et retenons que la fonction de Jacob par rapport au nom Israël est la fonction de l’exil. Cela éclaire énormément de choses d’ailleurs. Mais en tant que fils d’Isaac, on est relié à la certitude de la fin de l’exil. C’est pourquoi le Midrash cité sur la Hagadah de Pessa’h impute au mérite d’Isaac la Guéoula lors de la sortie d’Egypte.

 

Je rappelle simplement l’implication qu’il faut mettre en évidence pour notre sujet :

Le mérite particulier d’Isaac dans ce sujet-là c’est qu’il est le seul des Patriarches à n’avoir jamais quitté Erets Israël. Dans l’identité d’Its’haq il n’y a pas l’ambiguïté diaspora-Israël. Cette ambiguïté n’existe pas pour Isaac. Lorsqu’arrive le temps de la nécessité de mettre fin à l’exil, c’est le mérite d’Isaac qui joue. En clair : cela veut dire que les droits que les Juifs de l’exil ont à revenir sur leur terre proviennent d’Isaac.

 

Voilà donc ce Midrash classique habituelle, choisi parmi d’autres, sur ce verset :

Jacob a diagnostiqué que le temps d’exil prévu pouvait être considéré comme achevé par lui. Alors il s’installe.

 

Rashi, et ses commentateurs après lui, indique cela de la manière suivante :

Les Patriarches en exil en Egypte faisaient des Guérim « convertis, naturalisés à l’identité d’Israël »

Et tant Abraham que Jacob, le Midrash cite des versets très précis qui montrent ces Patriarches occupés à cette tâche.

 

Et puis la question se pose dans le Midrash pour Isaac ?

Il nous donne alors ce verset : « beerets megourey aviv » « Dans le pays où Isaac faisait des Guérim » : « Mégayerei aviv » lit le Midrash.

 

Cela veut dire d’une certaine manière que Jacob met fin à l’histoire et que les temps messianiques vont commencer, il n’y a plus de Guérim. Alors que nous verrons Joseph reprendre ce rêve de continuer à faire de Guérim.

 

Verset 37:2

אֵלֶּה תֹּלְדוֹת יַעֲקֹב, יוֹסֵף בֶּן-שְׁבַע-עֶשְׂרֵה שָׁנָה הָיָה רֹעֶה אֶת-אֶחָיו בַּצֹּאן, וְהוּא נַעַר אֶת-בְּנֵי בִלְהָה וְאֶת-בְּנֵי זִלְפָּה, נְשֵׁי אָבִיו; וַיָּבֵא יוֹסֵף אֶת-דִּבָּתָם רָעָה, אֶל-אֲבִיהֶם

Eleh toldot Ya'akov Yosef ben-shva-esreh shanah hayah ro'eh et-echav batson vehu na'ar et-beney Vilhah ve'et-beney Zilpah neshey aviv vayave Yosef et-dibatam ra'ah el-avihem.

Eleh toldot Ya'akov Yossef

 

On serait tenté de traduire ici les engendrements de Jacob, mais on est obligé étant donné le contexte de traduite les mots Eleh Toldot par : « Voici l’histoire » les Meoarot les événements de l’histoire de Jacob. Et cela commence par Joseph.

 

ben-shva-esreh shanah

âgé de 17 ans

hayah ro'eh et-echav batson

Faisait paître le troupeau avec ses frères

vehou na'ar et-beney Vilhah ve'et-beney Zilpah

neshey aviv vayave Yossef et-dibatam ra'ah el-avihem.

 

Et c’est là que l’histoire va se déclencher et cela mène à l’exil d’Egypte.

Une énorme parenthèse qui va s’installer entre le Vayeshev « il a voulu s’installer » et puis finalement il va en Egypte jusqu’à la sortie d’Egypte.

 

On va isoler l’expression Eleh toldot Ya'akov Yossef.

On y est aidé d’ailleurs par les Taamim de la Massorah

 

Deux Midrashim différents :

Lorsque Toldot signifie les engendrements et lorsque Toldot signifie l’histoire. Je m’appuierais sur ces deux midrashim pour expliquer le problème de savoir pourquoi Jacob préfère Joseph.

 

Verset 37 :2

אֵלֶּה תֹּלְדוֹת יַעֲקֹב

Eleh toldot Ya'akov

On pourrait traduire engendrements mais comme on ne va pas du tout nous parler de ses enfants mais nous raconter l’histoire de Joseph, il faut donc traduire par les Meoarot, les événements de l’histoire de Jacob.

Et une autre phrase commence : 

יוֹסֵף בֶּן-שְׁבַע-עֶשְׂרֵה שָׁנָה הָיָה רֹעֶה אֶת-אֶחָיו בַּצֹּאן

Yossef ben-shva-esreh shanah

Joseph agé de 17 ans

hayah ro'eh et-echav batson

faisait paître le troupeau avec ses frères...

vehu na'ar et-beney Vilhah ve'et-beney Zilpah neshey aviv vayave Yosef et-dibatam ra'ah el-avihem.

 

Délaissons cette lecture Pshat pour monter au niveau Drash en isolant l’expression : 

אֵלֶּה תֹּלְדוֹת יַעֲקֹב

Eleh toldot Ya'akov Yossef

Voici les engendrements de Jacob: Joseph…

 

Les autres sont évacués. Cela va être d’ailleurs une des principales contestations des frères de Joseph contre Joseph, reliée à la préférence de Jacob pour Joseph. Comme si les engendrements sélectifs continuaient : après Abraham, Isaac, après Isaac, Jacob, après Jacob, Joseph et les autres seraient rejetés dans l’approximation…

Dans le procès que ses frères vont faire à Joseph il y a ce 1er élément important. C’est pourquoi ils le condamnent à mort pour avoir été traître à l’unité d’Israël.

 

En fin de compte, il s’avèrera que Joseph travaillait pour l’unité d’Israël mais cela se révèle à la fin de sa vie car pendant tout le temps où il était en exil, tout se passe comme s’il avait pris fait et cause pour le Pharaon d’Egypte contre Israël. Ce n’est qu’en fin de compte que cela se dévoile.

 

Je vais isoler cette unité de lecture אֵלֶּה תֹּלְדוֹת יַעֲקֹב Eleh toldot Ya'akov Yossef

…/…

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Published by Rav Léon Askénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
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