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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 21:18

Parasha - Vayehi + Shemot 85 - 4ème partie. 
 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/vayehi_shemot/cours_1

Face B

 
.../...

Le 1er indique c’est que Moïse a grandit - leqomah la stature - en taille

Le 2ème c’est que Moïse a grandit – gdolah - en grandeur

Le 1er indique - c’est un ’Hidoush pour lui-même - que l’enfant était viable et qu’il a grandi. On sait dans quelles circonstances très difficiles cette identité est mise à l’abri : un hébreu sauvé par la fille du Pharaon qui survit quand même malgré la décision absolue d’extermination des mâles hébreux…  

Le 2ème en grandeur : gdoulah = vayeste el e’hav = il sorti vers ses frères

La grandeur de Moïse c’est de sortir vers ses frères. Il faut se rappeler la relation avec l’identité de Joseph : comment la « grandeur » commence ?

Par la phrase :

37:16

וַיֹּאמֶר, אֶת-אַחַי אָנֹכִי מְבַקֵּשׁ

et-a’haï anokhi mevakesh

« Ce sont mes frères que je cherche ».

 

C’est cela la grandeur : être capable de la Midah de Guedoulah qui est un autre nom de la Middah de ‘Hessed. C’est dire qu’il est capable à son propre niveau de refaire le chemin des valeurs qui le méneront à son identité Israël dévoilé capable de recevoir la prophétie (cela prendra du temps mais c’est le premier moment) à ce moment-là s’impose à lui la nécessité de faire le diagnostic.

 

Donc nous avons là par ce Midrash une des définitions de ce qu’est la grandeur vraiment.

Qui est grand ?

La tradition donne plusieurs réponses mais ici la grandeur se dévoile dans le fait d’aller vers ses frères. Ce qui est important pour le profil de l’identité juive puisqu’il y a toujours la tentation du quant-à-soi, de se mettre en dehors de la communauté, d’être marginal...

C’est en effet une tentation permanente, et très forte chez les francophones.

 

A l’échelle générale de l’identité juive cela vient je crois de la force d’inertie au niveau psychologique : être juif c’est être marginal des Goyim et cela conduit à croire qu’être juif c’est être marginal chez les juifs aussi.

 

La grandeur c’est tout le contraire :

וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו

vayetse el-e’hav

Et il sortit vers ses frères.

 

Etre capable de l’équation de fraternité.

 

וַיַּרְא, בְּסִבְלֹתָם

vayar besivlotam

Il vit (considéra) les corvées (les fardeaux).

 

Il a considéré la charge des uns et des autres. Il juge et jusque-là c’était équivalent. Le jugement de disqualification de l’Egypte va survenir a postériori mais jusque-là pour Moïse fils adoptif du Pharaon d’un côté et chef des Hébreux de l’autre, il voit les charges respectives des Égyptiens et des Hébreux. Les Égyptiens ont également leur charge dans le contrat de travail entre les Hébreux et eux-mêmes, et les Hébreux ont la leur. Ce n’est pas du tout à un niveau de profil de civilisation que Moïse choisit ici, mais c’est à travers un critère d’ordre moral, Moïse collabore à la tâche des Égyptien comme il est solidaire de la tâche des Hébreux. L’une et l’autre sont légitimes dans la mesure où tout se passe authentiquement au niveau des valeurs de la moralité. La civilisation qui est en cours d’épanouissement, et un peuple « prédestiné » à en être le peuple de sanctification. Les 2 ont leur tâche dans ce contrat de travail. C’est un critère d’ordre moral qui fera que Moïse préfère le profil culturel hébreu au profil culturel égyptien, alors qu’il est capable des deux. Il choisi le folklore hébreu au folklore égyptien (dans le sens étymologique du mot folklore : manière d’être peuple).

 

Selon le Midrash tout le monde avait des fardeaux. Les fardeaux des Hébreux étaient le joug du travail qu’ils avaient à faire et le symbole en était le joug. Et les Égyptiens avaient comme insigne de fonction des jougs en bijoux. En particulier le Pharaon avait autour du cou comme symbole de sa fonction, un joug. Jusque-là les deux dossiers pouvaient être plaidés par Moïse. C’est quand le facteur moral intervient que Moïse va intervenir.

 

Jusque-là le Midrash nous dit que c’était Moïse qui était le chef des camps de travail des Hébreux.

Jusqu’à un certain stade, il y a un contrat de travail de collaboration. Inévitablement, la position du travailleur (Israël est le travailleur de ce temps) n’est pas la même que celle du directeur du travail (la civilisation de ce temps). C’est quand le critère moral a été bafoué que, le décalage moral arrivant, Moïse va choisir.... 

 

Quand il s’agit de choisir dans l’avenir, soit hébreu, soit égyptien dans ce cas, on hésite, à un certain niveau c’est équivalent. Le juif est capable de s’adapter totalement au profil de culture égyptien mais c’est quand il commence à comprendre que son frère juif est persécuté (le critère moral) qu’il intervient qu’il décroche et qu’il se remet en question.

 

C’est arrivé à énormément de juifs contemporains d’être arrivés à retrouver leurs sources à cause de la persécution des autres juifs en particulier. Ils finissent par découvrir ce que Moïse découvre là que il n’y a plus équivalence entre les deux parce que la valeur morale est d’un côté et pas de l’autre. Cela donne une forme de légitimation par la Torah elle-même qui nous dévoile que c’est tout à fait authentique. C’est arrivé à Moïse lui-même.

 

Tant qu’il n’était pas parvenu à ce niveau de grandeur qui lui permet de porter le diagnostic au niveau des valeurs morales, il est simultanément le fils adoptif de Pharaon sur le trône et d’autre part, dans la vie privé de ghetto intérieur, le fils du chef de tribu de Lévi.

Cela pourrait être reporté et différé ainsi jusqu’à la fin des temps si à un certain moment il n’arrivait ce diagnostic que la moralité est d’un côté et pas de l’autre.

 

C’est pourquoi le Midrash va mettre en évidence à propos du mot וַיַּרְא « Vayar et il vit » qu’est-ce qu’il a vu ? Il a vu essentiellement ce qui est dit dans le verset suivant : il a vu que l’égyptien frappait l’hébreu. Que l’égyptien fasse travailler l’hébreu c’est le contrat de travail, mais qu’il le frappe pourquoi ? C’est là que le diagnostic va être fait.

 

Shémot 2 :11

וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם, וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו, וַיַּרְא, בְּסִבְלֹתָם; וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי, מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו

Vayehi bayamim hahem

Et il arriva en ces jours-là

vayigdal Moshe

Moïse grandit

vayetse el-e’hav

Et il sortit vers ses frères

vayar besivlotam

Il vit (considéra) les corvées (les fardeaux)

vayar ish Mitsri makeh ish-Ivri me'e’hav

Et il vit un homme égyptien frappant un homme hébreu de ses frères.

 

Ce mée’hav de la fin du verset précédent c’est là où il découvre que ce sont ses frères.

Ce n’est qu’à la fin du verset qu’il sait (parce qu’il a choisi) que ce sont ses frères.

 

Depuis le début du récit de l’histoire selon la Torah, on voit qu’à chaque étape c’est le critère moral qui nous donne l’explication de la catégorie de diagnostic et de sélection d’identité.

 

Voilà donc un verset très important : dans ce verset, Moïse a fait basculer l’histoire de l’humanité.

Le diagnostic du critère de la moralité passe par les Hébreux quelque soit les apparences et non pas par l’Egypte quelque soit les apparences. Mais c’est au niveau des valeurs de ces civilisations qu’il y a eu choix. Ceci explique qu’effectivement le juif de diaspora est incapable de choisir au niveau des valeurs des civilisations. Il sera incapable de choisir parce qu’il privilégie le folklore officiel de la civilisation dans laquelle il est inséré. Cela peut mener à une assimilation incontrôlée.

 

1ère scène :

Moïse a pris une décision très grave et aura à en tirer les conséquences.

Il avait entre ses mains l’avenir de la civilisation égyptienne mais diagnostique que ses frères sont les Hébreux .

 

וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי, מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו

vayar ish Mitsri makeh ish-Ivri me'e’hav

Et il vit un homme égyptien frappant un homme hébreu de ses frères.

 

Ish un homme sans article : niveau Pshat : il voit que « l’homme égyptien » frappe « l’homme hébreu ». La manière d’être égyptienne est violente c’est l’être frappant et la manière d’être de l’hébreu est d’être frappée.

 

2 :12

וַיִּפֶן כֹּה וָכֹה, וַיַּרְא כִּי אֵין אִישׁ; וַיַּךְ, אֶת-הַמִּצְרִי, וַיִּטְמְנֵהוּ, בַּחוֹל

Vayifen koh vakhoh

Il se tourna ça et là (dans toutes les directions)

vayar ki eyn ish ,

Et il vit qu’il n’y avait personne

vayah et-haMitsri

Il frappa l’égyptien

vayitmenehu ba’hol.

Et l’enfouit dans le sable.

 

Il voulait être sûr que personne ne l’avait vu avant de frapper l’égyptien.

Midrash : Moïse est tout puissant en Egypte de qui a t-il peur ?

Cela veut donc dire autre chose. Rashi le cite à sa manière : il a scruté tout l’avenir de l’identité de l’Egypte, et il a vu qu’il n’y avait plus personne qui deviendrait Tsadik. Alors il mit fin à l’histoire de l’Egypte. Il a scruté les lignées de l’Egypte et il a vu qu’il n’y avait plus de Ish.

Midrash de Rashi :

וַיַּרְא כִּי אֵין אִישׁ

עָתִיד לָצֵאת מִמֶּנּוּ שֶׁיִּתְגַיֵּר

vayar ki eyn ish

Et il vit qu’il n’y avait pas d’homme 

Il vit qu’il ne descendrait de lui aucun homme qui se convertirait lehitgayer.

 (Shemoth Raba).

 

Il a vu qu’il n’y a avait plus dans cette descendance de cette manière d’être homme en Egypte de personne destinée à se convertir au Beit Din de Jérusalem. Alors il décroche.

 

Une des dimensions de fonctions de l’exil est de ramener ces étincelles dispersées : Moïse voit qu’il n’y en a plus alors il met un point final.

 

Pourtant nous allons voir que cette dimension de crainte que le Pharaon sache ce qui s’est passé existe dans le récit mais il s’agit de tout autre chose : non pas qu’il ait tué un égyptien mais qu’il a choisi pour Israël. C’est à ce niveau que l’inquiétude de Moïse doit être perçue : si Pharaon apprend son choix...

 

Midrash : Moïse a fait quand même une petite erreur de diagnostic : de cet égyptien individuel qui représente toute l’Egypte devait sortir un Guer que Moïse n’a pas vu dans sa vision.

 

Au moment de la sortie d’Egypte de tous les hébreux, un égyptien sort avec eux, marié à une israélite dit le texte « haïshah israéli » et qui devient le blasphémateur car ne descendant pas d’un hébreu il n’a pas de place dans les tribus d’Israël et va être une épine dans l’histoire d’Israël.

 

וַיִּטְמְנֵהוּ, בַּחוֹל

vayitmenehou ba’hol.

Et il l’enfouit dans le sable.

 

Pourquoi la Torah a t’elle choisi cette expression « Il l’enfouit dans le sable » ?

Différents Midrashim utilisent une unité de lecture où Israël est comparé au sable Bé’hol Hayam.

Et un autre qui donne au terme de ‘Hol son sens de profane opposé à Qadosh.

Cela veut dire que tout ce qu’il y avait de capacité de sainteté en Egypte est déjà intégré, l’Egypte en est vidée et l’Egypte est restée profane. Tout le Qodesh s’en va avec Israël et l’égyptien est enterré dans le ’Hol alors que l’hébreu est Qodesh. A la fin de verset 12, le choix de Moïse est définitif. Moïse n’a pas frappé un égyptien, il a tué l’Egypte par son choix en faisant basculer l’histoire à travers son choix.

 

Verset 13 - La 2ème scène commence :

 

2 :13

וַיֵּצֵא בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי, וְהִנֵּה שְׁנֵי-אֲנָשִׁים עִבְרִים נִצִּים; וַיֹּאמֶר, לָרָשָׁע, לָמָּה תַכֶּה, רֵעֶךָ

Vayetse bayom hasheni

Et il arriva le 2ème jour

vehineh shney-anashim Ivrim

Et voilà que deux personnages hébreux

nitsim

Se querellaient

vayomer larasha lamah takeh re'ekha.

Et il dit au méchant : pourquoi frappes-tu ton prochain ?

 

Dans une 1ère scène : les raisons de la déception de Moïse quand à l’état de la civilisation égyptienne. Avec le temps il a fini par y voir clair : il y a immoralité dans l’Egypte par rapport à  celle des hébreux.

 

Moïse est déconnecté de son adoptivité égyptienne pour redevenir hébreu mais va se heurter à une deuxième déception devant le spectacle d’un hébreu frappant un hébreu : cela même qu’il reprochait à l’égyptien, il le trouve chez les Hébreux ! Ce Moïse est déjà d’une identité bien précise en ce que c’est un Moïse qui a déjà décidé de renoncer à l’identité égyptienne parce qu’il est déçu radicalement de ce que la civilisation égyptienne peut représenter comme véhicule possible des valeurs d’Israël.

 

On peut imaginer Moïse abandonnant l’illusion égyptienne et entrant dans la communauté  juive et assistant aux réunions du Consistoire !

 

Il retrouve dans l’identité des hébreux la raison pour laquelle il avait disqualifié l’identité de l’Egypte.

 

Le juif assimilé qui décide de se dés-assimiler candidement et naïvement  croit entrer chez les anges en entrant en Israël, mais il retrouve les débats et les conflits de la Knesset, ce qui revient au même.

 

וַיֹּאמֶר, לָרָשָׁע, לָמָּה תַכֶּה, רֵעֶךָ

vayomer larasha lamah takeh re'ekha.

Et il dit au méchant : pourquoi frappes-tu ton prochain ?

 

Midrash : on l’appelle Rea’h du Rashah, c’est que les deux sont des Reshayim. On les identifie comme Datan et Aviram qui vont jouer un rôle d’anti-Moïse dans l’histoire d’Israël.

 

Après la déception quant à l’identité égyptienne la déception quant à l’identité hébraïque.

C’est aussi ce qui arrive à beaucoup de Juifs qui ont cette expérience décrite avec Moïse, et qui se refuse à entrer dans la communauté pour y avoir diagnostiqué la même chose ou pire que ce qu’ils ont diagnostiqué chez les Goyim. Le fait que ce soit Moïse qui le premier ait eu cette expérience-là montre qu’il y a de l’espoir pour tout le monde.

 

Un de ces deux Reshayim dit :

 

Shemot 2:14

וַיֹּאמֶר מִי שָׂמְךָ לְאִישׁ שַׂר וְשֹׁפֵט, עָלֵינוּ--הַלְהָרְגֵנִי אַתָּה אֹמֵר, כַּאֲשֶׁר הָרַגְתָּ אֶת-הַמִּצְרִי; וַיִּירָא מֹשֶׁה וַיֹּאמַר, אָכֵן נוֹדַע הַדָּבָר

Vayomer mi samekha le'ish sar veshofet aleynou

Il dit : Qui t’a placé comme prince et juge sur nous ?

halehorgeni atah omer

Parles-tu de me tuer

ka'asher haragta et-haMitsri

Comme tu as tué l’égyptien ?

vayira Moshe

Et Mosheh eut peur

vayomar akhen noda hadavar.

Et il dit : ainsi est connue la chose.

 

De quelle chose s’agit-il ? Qu’il a tué un égyptien ? Ce n’est pas cela qui l’inquiète.

Qu’il a tué l’Egypte, c’est cela qui l’inquiète : Moïse a choisi Israël contre l’Egypte ! 

 

Rashi sur אָכֵן נוֹדַע הַדָּבָר

akhen noda hadavar :

Ainsi la chose est connue...

כְּמַשְׁמָעוֹ. וּמִדְרָשׁוֹ נוֹדַע לִי הַדָּבָר שֶׁהָיִיתִי תָּמֵהַּ עָלָיו מַה חָטְאוּ יִשְׂרָאֵל מִכָּל ע' אוּמוֹת לִהְיוֹת נִרְדִים בַּעֲבוֹדַת פֶּרֶךְ. אֲבָל רוֹאֶה אֲנִי שֶׁהֵם רְאוּיִים לְכָךְ

Certes la chose est connue : A expliquer selon le sens littéral. Selon le midrach, il s’est dit : « L’énigme qui me tourmentait est maintenant résolue : en quoi Israël a-t-il péché plus que toutes les soixante-dix nations pour être ainsi accablé sous une servitude aussi cruelle ? Je m’aperçois qu’il le méritait ! »

 

Ainsi la chose est connue... Quoi ? Que Moïse a choisi l’hébreu contre l’égyptien. Il ne peut être qu’inquiet de la réaction du Pharaon à ce diagnostic de Moïse :

וַיַּרְא כִּי אֵין אִישׁ

vayar ki eyn ish ,

Et il a vu qu’il n’y avait plus personne.

 

Par conséquent, la fonction de l’exil s’achève, raison de plus pour diagnostiquer qu’il faut décrocher. Dans beaucoup de milieux juifs très pieux de diaspora il y a eu cette tendance : supporter l’exil et ses dangers à cause d’une mission à accomplir plus ou moins vague. Sauver les étincelles de sainteté perdues là-bas...

 

Moïse donne le diagnostic : l’exil est insupportable et il n’y a plus rien à faire.

Lorsque c’est insupportable c’est le signe qu’il n’y a plus rien à faire : Dieu n’envoie jamais une épreuve que l’on ne peut pas supporter. C’est une grande règle.

 

Episode du Talmud dans lequel Rabbi Yo’hanan est tombé malade. Ses collègues sont venus le visiter pour lui demander : « aimes-tu tes souffrances elles t’apporteront du mérite ? ». Il eur a répondu : « Lo hem velo shkha’ham - ni elles ni leur salaires ! »

 

Au moment de la mort de Moïse le Midrash Raba sur Vezot HaBrakhah, nous raconte que lorsque l’ange de la mort est venu chercher la Neshamah de Mosheh Rabenou celle-ci n’a pas voulu être prise par l’ange de la mort. S’engage toute une argumentation, l’ange de la mort tient à faire son travail en tant que serviteur divin honnête. La Neshamah argumente pour démontrer l’absence de faute qui justifierait l’absence de mort... Dieu intervient en faveur de l’ange de la mort. Il  y a des raisons pour que Moïse quitte la scène de l’histoire sinon l’histoire ne peut pas se poursuive. La Neshamah refuse et demande pour quelle faute Moïse doit mourir. Dieu répond pour le meurtre de l’égyptien. La Neshamah de Mosheh répond : j’en ai tué un mais toi tu les as tué tous ! Dieu : oui mais moi je peux les ressusciter ! Alors quand Moïse a entendu cet enseignement il a dit : Ah !...

 

Lecture de Rashi sur אָכֵן נוֹדַע הַדָּבָר akhen noda hadavar : ainsi la chose est connue.

On comprend la panique de Moïse lorsqu’il découvre que non seulement il se heurte à l’hostilité de la société des hébreux vu que c’est pour elle qu’il a choisi...

 

Rashi cite le Midrash : אָכֵן נוֹדַע הַדָּבָר Ainsi la chose est connue.

« Maintenant je comprend ce qui m’étonnait toujours »

Le Midrash fait une sorte de diagnostic de ce thème d’identité au niveau de toute une récapitulation de l’histoire d’Israël dans l’exil. « Quelle faute a fait Israël plus que toutes les 70 nations pour être tellement persécuté de travaux forcés ? »

 

Ici le Midrash élargit l’expression qu’emploie Moïse à toute l’histoire d’Israël.

Le Midrash répond à ses propres questions en faisant parler Moïse : « Mais je vois qu’il le mérite ! Pourquoi ? Parce qu’ils ne s’aiment pas entre eux ! »

 

Par définition, les choses devraient être plus simple que cela dans une sorte d’équation Goï = Rasha et Juif = Tsadik ! Et voilà que se trouvent parmi les Juifs des Reshayim ! Alors on comprend pourquoi ils sont persécutés...

 

On comprend l’expérience que vit Moïse dans ces deux seuils successifs. Déjà se profile au niveau de l’identité du Juif dans l’exil, quelque chose de plus que ce que nous avons vu tout à l’heure.

A savoir : le juif sur le point de s’assimiler, arrêté en cela par l’immoralité de la persécution des juifs, rejoint sa communauté. Mais il est repoussé par ce qu’il y a trouvé, et alors il reste en dehors. Il n’est ni égyptien, il est déçu de l’Egypte, ni hébreu...

Alors il va être disponible pour n’importe quelle autre aventure et on y retrouvera toutes les aventures de l’humanisme juif assimilé contemporain. Le récit nous éclaire sur l’aventure de Moïse à Midian.

 

On pourrait s’étonner de cela : comment Moïse abandonne ses frères ? Il est vraiment déçu, et cherche un autre Israël plus authentique.

 

Moïse est disponible et d’après le récit, il va directement vers Midian sachant que c’est là qu’il devait aller...

 

2 :15

וַיִּשְׁמַע פַּרְעֹה אֶת-הַדָּבָר הַזֶּה, וַיְבַקֵּשׁ לַהֲרֹג אֶת-מֹשֶׁה; וַיִּבְרַח מֹשֶׁה מִפְּנֵי פַרְעֹה, וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ-מִדְיָן וַיֵּשֶׁב עַל-הַבְּאֵר

Vayishma Par'oh et-hadavar hazeh

Pharaon entendit cette chose

vayevakesh laharog et-Moshe

 et voulut faire mourir Moïse

vayivrach Moshe mipney Far'oh

Et Moïse s’enfuit de devant Pharaon

vayeshev be'erets-Midyan.

Et il s’installa dans le pays de Midian

vayeshev al-habe'er

Et il s’assit auprès du puits.

 

Il est déçu des Égyptiens et se tourne vers les Hébreux. Il est déçu des Hébreux et il s’enfuit à cause de la crainte du Pharaon et le texte tranquillement nous dit comme si cela va de soi qu’il s’enfuit à Midian ? Pourquoi Midian ?

 

וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ-מִדְיָן

Vayeshev be'erets-Midyan.

Et il s’installa dans le pays de Midian.

 

Nous rencontrons plus tard le personnage Jethro qui devient le beau-père de Moïse.

Moïse auprès du puits comme son ancêtre Jacob va rencontrer la bergère et va la marier pour tenter de fonder une nation avec elle qui serait censée dans ce 1er stade du diagnostic de remplacer la société des Hébreux disqualifiée à ses yeux... Il se cherche un ersatz : il n’a plus l’Egypte il n’a pas Israël mais reste disponible pour être le Moïse de Midian... On voit à quel point cette histoire situe l’histoire de tant et tant de juifs contemporains.

 

Le Midrash fait de Jethro le grand prêtre de la peuplade de Midian. Midian descend d’Abraham.

Un Midrash nous parle de Jethro à la manière dont un Midrash avait déjà parlé d’Abraham : Abraham avait rejeté l’idolâtrie et était disponible pour la révélation de vérité.

Le Midrash va nous dire la même chose de Jethro, et à travers Jethro, de l’identité de Midian.

Le Midrash se pose la question : comment est-il possible que Jethro grand prêtre de Midian ne dispose pas de bergers pour s’occuper de ses propres troupeaux et qu’il faille que ses filles soient bergères ? Le Midrash explique que oui Jethro était le grand prêtre de l’idolâtrie de sa peuplade mais qu’il avait rejeté toute idolâtrie et avait été mis en quarantaine (on l’avait mis en ’Hérem).

Alors  obligé de s’occuper de lui-même c’était ses propres filles qui étaient bergères.

 

Le Midrash va plus loin :

Jethro a compris qu’il fallait rejeter les idolâtries car il les a essayé toutes et les a rejeté toutes. Il est ainsi absolument disponible pour la révélation de vérité comme Abraham l’était dans sa propre vocation au début de son histoire.

 

Avec Jethro on a de nouveau un type abrahamique de la première époque d’Abraham.

Alors on comprend ainsi ce que le texte nous enseigne par rapport au choix de Moïse.

Moïse cherche une société disponible pour recevoir son message.

Ni l’Egypte, ni Israël en Egypte, donc Midian.

 

Il avait entendu que dans cette société de Midian, le phénomène Abraham avait surgit, alors il va chez lui. Et avec la fille de Jethro il a le projet de fonder un peuple qui remplacerait Israël.

On pourrait intituler ce thème, le complexe de Midian. Un Juif déçu de l’Egypte et déçu de sa communauté qui se cherche une société disponible pour en être le prophète. 

C’est l’histoire de quantités d’intellectuels juifs qui se cherche un Midian pour en être le Moïse.

 

Cuba et marxisme, Chine et maoïsme...

 

La concision du récit montre bien que ce mouvement de fuite et d’arrivée chez Midian est délibéré : c’est un thème d’identité qui s’organise.

 

Avec beaucoup d’humour, Rashi le met en évidence sur la fin du verset

 

וַיֵּשֶׁב עַל-הַבְּאֵר

vayeshev al-habe'er

et il s’assoit sur le puits.

 

וַיֵּשֶׁב עַל הַבְּאֵר

לָשׁוֹן יְשִׁיבָה לָמַד מִיַּעֲקֹב שֶׁנִּזְדַוֵּג לוֹ זִוּוּגוֹ עַל הַבְּאֵר

Il demeura (wayéchèv) sur le puits 

[Le second wayéchèv du verset signifie : « il s’assit ».] Mochè a retenu la leçon de l’expérience de Ya‘aqov : C’est près d’un puits qu’il avait rencontré celle qui allait devenir sa femme (Mekhilta 10).

 

« Il a appris de Jacob qui a rencontré son zvoug son âme-soeur près du puits ».

Il veut donc comme Jacob fonder un Israël.

Après tout on peut se dire que dans la cohérence biblique ce n’est pas grave puisque Moïse est le descendant de Jacob et c’est toujours Israël. Il diagnostique l’échec de l’Israël fondé avec Aram,  alors il tente de fonder l’Israël avec Midian.

 

Nous avons connu le phénomène de l’assimilation qui était motivée par la volonté de se détacher de l’identité et des valeurs d’Israël. Mais ici apparait un autre phénomène : le refus d’Israël au nom des valeurs d’Israël.

 

C’est une nouvelle forme d’assimilation qui apparait ici. Il n’y a qu’à lire toute la littérature contemporaine sur le judaïsme en français : le refus d’Israël au nom des valeurs d’Israël : qui présente le véritable  judaïsme comme étant celui de la diaspora...

 

< fin >

****

 

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Published by Rav Léon Ashkénazy - dans PARASHAT HASHAVOUA
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