Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 16:58

VAYECHI (1985)

 

 

Parasha - Vayehi 1985

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/vayehi_serie_1985/cours_1

Face A

 

Le problème qui se pose à Jacob est d’arriver à trouver un gendre, c’est-à-dire un mari pour cette fille. Cette fille Dinah est la charnière entre l’identité d’Israël et l’universel humain. C’est à travers elle que se fonde la 13ème tribu d’Israël qui fonde l’unité d’Israël mais en même temps le lien avec l’universel humain. C’est difficile de marier Dinah

 

Jacob cherche un type d‘homme et croit le trouver. Mais finalement c’est un échec. Mais du viol de Dinah par Shkhem (cf. chapitre 34) est née une fille dont le Midrash nous dit qu’elle est descendue en exil en Egypte bien avant Joseph, il s’agissait d’Asnat bat Poutifera, servante de la femme de Poutifar dont on nous parle dans la Parashah. Finalement, la 1ère stratégie de Jacob échoue puisque Shkhem a échoué, mais Joseph va épouser Asnat et de ce mariage vont naître Ephraïm et Menaché.

 

Et donc finalement la 13ème tribu apparait par le fait que Joseph quitte le niveau des fils pour être rattaché au niveau des pères ; et ses deux enfants sont au niveau de Reouven et Shimon, c’est-à-dire des enfants de Jacob. Et donc il y a de nouveau les 13 tribus.

 

Ensuite, nous verrons que 12 de ces 13 tribus ont été disqualifiées au moment de la faute du veau d’or. Et donc la tribu de Lévi sort du compte et il n’en reste que 12, mais avec la tribu de Lévi il y a bien les 13.

 

Selon le récit de la Torah, la différence de manières d’être Israël à travers les différentes tribus est légitime, mais elle a à construire une tâche commune, elle a un problème d’identité. Il suffit que  l’inimitié qui apparait dans ce conflit entre les différences tendances - alors qu’elles ne sont pas encore complètement réalisées – soit dissoute pour que se dévoile que cette unité souterraine est une unité réelle. C’est arrivé qu’à de très rares moments dans l’histoire. Nous avons été contraints dans l’histoire.

 

A mon sens, il y a deux fois où l’unité d’Israël s’est dévoilée : 

 Au Sinaï et cela nous a été obligé par en haut par la révélation.

 Au moment de la guerre des 6 jours cela nous a été obligé par en-bas, par les nations.

 

Il y a un clin d’œil : derrière cette diaspora à l’infini intériorisée dans le peuple juif, est apparue une dimension d’unité qui est en soi quelque chose d’extrêmement étonnant. Mais elle est là bien qu’incognito et ne se dévoile qu’à la fin des temps comme le dit le Maharal.

 

Le Juif a traversé l’histoire en disant systématiquement : tous les Juifs sont frères en sachant très bien qu’il n’aimait pas son propre frère.

 

A. Neher à la fin de son livre sur Jérémie : il y parle de l’histoire comme d’une pièce qui se joue et dans laquelle chaque acteur a un rôle à jouer et pendant que la pièce se joue les acteurs s’affrontent, mais à la fin de la pièce on se prend par la main et on salue le public. Cela veut dire qu’il ne faut pas que les acteurs se prennent au sérieux. Quand l’acteur se prend au sérieux cela ne marche pas.

 

Ce qui s’affronte entre Joseph et Juda est important et légitime. L’échec survient lorsque Juda à l’échelle individuelle n’aime pas Joseph individu, et réciproquement. Et nous sommes en plein dans ce problème-là. J’ai compris, grâce à ma formation d’éclaireur, le pluralisme ; et le phénomène français en Israël a beaucoup étonné les autres originaires : une espèce d’équipe avec de gens de tendances différentes !

 

Un certain nombre d’indications sur l’identification de cette Parashah dans la tradition de la massorète.

 

Je commencerais par un 1er sujet, la 1ère scène que la Torah nous décrit est le fait que au moment où Jacob sent qu’il va mourir il rassemble ses enfants et leur fait promettre, en particulier centralement Joseph, de ne pas l’enterrer en Egypte mais qu’ils ramèneront son cercueil en Erets Kenaan

 

Le pays sera nommé Erets Israël après la sortie d’Egypte lorsque le peuple des Bnei Israël - descendants d’Israël - sera constitué en nation et que par conséquent l’ensemble des conditions nécessaires pour obtenir la terre qui a été promise-donnée aux Patriarches sont réunies. Jusque-là on appelle la terre Erets Kenaan du nom de la peuplade Kenaan issue de ‘Ham, qui l’avait occupée et prise de force aux descendants de Shem dont elle était l’héritage à travers la lignée de Ever, la lignées des hébreux.

 

Nous voyons que cette scène se reproduit 2 fois.

La Sidra commence au chapitre 47 verset 28.

 

וַיְחִי יַעֲקֹב בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם, שְׁבַע עֶשְׂרֵה שָׁנָה; וַיְהִי יְמֵי-יַעֲקֹב, שְׁנֵי חַיָּיו--שֶׁבַע שָׁנִים, וְאַרְבָּעִים וּמְאַת שָׁנָה

Vayechi Ya'akov be'erets Mitsrayim

Et Jacob vécut dans le pays d’Egypte…

shva esreh shanah dix sept ans

vayehi yemey-Ya'akov shney chayav sheva shanim ve'arba'im oume'at shanah.

la durée de la vie de Jacob fut donc de cent quarante-sept années.

 

On nous raconte les derniers moments de sa vie dans le pays d’Egypte et on a récapitulé les temps de sa vie en particulier 17 ans vécus après être descendu en Egypte en compagnie de Joseph et ensuite on récapitule l’ensemble de sa vie.

Ce 1er passage se termine au verset 31.

Dans ces 4 versets nous trouvons le 1er thème où Jacob va faire promettre, faire adjurer ses enfants, mais centralement Joseph, de ne pas le laisser enterrer en Egypte et de ramener son cercueil en Erets Kenaan dans la caverne de Makhpelah où sont déjà enterrés selon le texte lui-même qui le rappelle ici, Abraham et Sarah, Yits’haq et Rivqah et, nous le savons par le Midrash, Adam et ’Havah.

 

Nous savons que ’Hévron (cf. Parashat ‘Hayey Sarah) est appelé dans la Torah, Qriat Arba pour deux raisons dont l’une concernant notre sujet : c’est là que sont enterrés les 4 couples fondateurs de l’humanité : Adam et ‘Havah, Abraham et Sarah et Yits’haq et Rivqah et Yaaqov et Leah.

Problème annexe : la raison pour laquelle c’est avec Léah que Jacob est enterré dans la caverne de Makhpelah et non pas avec Ra’hel.

 

Raison pour laquelle ‘Hévron est appellé Qriat Arba la cité des 4 - Les 4 Zvougot.

Il y a un autre midrash à ce sujet qui ne concerne pas notre sujet.

 

Cela est relié d’ailleurs à la racine du mot ’Hévron qui a cette idée soujacente de couple - ce qui relie – ’Haver.

 

Dans ces 4 1ers versets nous voyons cette exhortation de Jacob à ses enfants pour ne pas être enterré en Egypte et être ramener dans la caverne de Makhpelah.

 

Dans toutes les Sidrot précédentes, le fait de plus en plus explicite que Jacob qui a reçu entre temps le nom d’Israël, deux fois, une fois à l’issu de sa lutte contre l’ange - cet ange qui représente le génie de la descendance d’Esaü dans l’histoire – et une 2ème fois confirmé par Dieu lui-même dans deux formules différentes. Il y a d’abord le fait que le principal rival de Jacob pour l’identité Israël – point culminant de ce faisceau de rivalités qui accompagne l’identité d’Israël depuis le début de son histoire, depuis le fait que Abram va devenir Abraham et que l’histoire des Hébreux va commencer et recommencer ; et cette rivalité-là finalement a un aboutissement dans le fait que Jacob est capable de triompher de ce que représente le génie de cette manière d’être homme rivale de Jacob qui se nomme Esaü, Essav-Edom.

 

Ce n’est pas n’importe quelle lignée humaine qui pourrait prétendre à porter cette identité. Tous les récits historiques de la Torah dans ce livre de Bereshit, depuis le début jusqu’à la fin, mettent en évidence en fin de compte que la lignée la plus approximativement proche de Jacob et en cela qui s’instaure en rivalité inexpiable, c’est finalement Esaü. C’est d’ailleurs un des descendants d’Esaü qui récapitule toutes les autres rivalités : Amaleq.

 

Il y a d’ailleurs un Midrash de la Guémara qui raconte que lorsque les enfants de Jacob ont ramené son cercueil à la caverne de Makhpelah, Esaü qui entretemps avait entendu parler de la mort de Jacob, revient du pays d’Edom et attend les enfants de Jacob à la caverne de Makhpelah pour réclamer la caveau pour lui-même. Il veut empêcher qu’on y enterre Jacob.

 

A un certain niveau d’identification dans l’histoire on pourrait dire que le 1er acte d’acquisition de cette terre a été précisément le fait qu’Abraham a acheté cette terre BéKessef Maleh en argent non dévaluable.

 

Les Benei ’Heth reconnaissant le prince d’Elohim sont prêt à lui offrir le caveau mais Abraham refuse le don et tient à ce qu’il y ait un contrat d’acquisition par vente pour pouvoir se référer à des droits plus forts qu’un cadeau qui peut être repris.

 

Il est significatif que la contestation sur le commencement de droit légal - en dehors de ce que la Torah dit du lien entre la terre et le peuple d’Israël -  est contesté par Esau revendiquant la place de Jacob dans le caveau.

 

Le Midrash (Sota 13a) continue en disant que ‘Houshim fils de Dan a décapité la tête d’Esaü tombée en même temps que le cercueil de Jacob.

 

Pour prendre l’image d’un génie particulier d’une manière d’être homme on pourrait utiliser l’image du profil humain du Partsouf – le visage – pas seulement Panim mais l’ensemble de la silhouette - profil d’identité humaine. Jacob et Esaü sont jumeaux et le Midrash insiste que extérieurement ils se ressemblaient comme des sosies. Mais intérieurement il y a une différence de nature radicale. Le Midrash concernant l’épisode de la caverne de Makhpelah commence par dire que c’était Juda qui a voulu empêcher Esaü de prétendre prendre la place de Jacob mais qu’il ne pouvait pas arriver à le combattre parce qu’Esaü ressemblait trop à son père Jacob. Alors c’est finalement un des petits-fils de Jacob - ‘Houshim fils de Dan – ‘Houshim signifie les sens.

 

Il y a un profil de civilisation qui va être issue d’Esaü et dans laquelle la descendance de Jacob sera en exil. C’est finalement le 3ème grand exil que l’on appelle l’exil de Edom puisque pour la tradition  ce que représente le génie de cette manière d’être homme qui est nommé Esaü dans le récit c’est finalement réalisé à travers l’histoire dans la civilisation romaine. En fait, il y a une filiation très directe qu’indique le Midrash par un des fils d’Esaü qui s’appelle Magdiel - Alouf Magdiel - qui a été fondateur de Rome d’après le Midrash.

 

’Houshim intervient et la tête de Esaü tombe dans le caveau de Makhepalah. On y trouve donc pour le Midrash non seulement les 4 couples fondateurs mais aussi la tête d’Esaü.

 

Une explication que j’ai étudiée dans le Shla’h et qui se base sur le Zohar à travers le nom de ‘Houshim: Cela signifie que dans le génie de cette manière d’être homme qui finalement se réalisera dans le type, le modèle, de civilisation que représente la civilisation romaine – il faut de nouveau mettre en évidence là l’élément fondamental de définition de ce que la tradition entend par Rome opposée à Israël. La Galout de Edom opposée au Royaume d’Israël – c’est une civilisation basée sur la primauté du droit sur la morale. Étant donné qu’en français le mot de « droit » a une signification morale positive, on doit changer de terme. Il s’agit donc de la primauté de la légalité sur la moralité. Dans la mentalité où la légalité prime sur la moralité et se prétend à la limite être la moralité elle-même, alors on exprime de cette manière que le droit c’est la moralité. C’est pourquoi en français le mot de droit signifie la moralité. Alors que sémantiquement il signifie la légalité.

 

Nous sommes branchés sur une culture extérieure, la culture contemporaine, où finalement on a tendance à prendre la légalité – c’est-à-dire la lettre du code décidée par tel ou telle instance, à la  limite contingente, un parlement ou instance législative quelconque – comme l’expression de la moralité elle-même. Ceci résulte d’un principe fondateur de la tradition juridique du droit fondé par Rome que la légalité c’est la moralité.

 

Ce qui fait que nous avons deux expériences de la conscience morale très différentes :

- l’évidence d’obligation par rapport aux valeurs morales,

- l’évidence d’obligation par rapport à la légalité juridique.

 

En fin de compte si on n’y prend pas garde, en tant que juif plongé dans la civilisation romaine et la civilisation contemporaine est toute entière d’origine romaine sur ce point, étant donné que la civilisation occidentale est de droit romain, bien que l’empire de Rome ait éclaté en autant de sous-empires, il n’en reste pas moins que pour la tradition tout cela a commencé à Rome et continue à être Rome jusqu’au bout de la fin de Rome...

 

Il y a énormément de chose que Rome a fait passer dans la civilisation contemporaine en ouvrant la porte a beaucoup de choses venant de Grèce. Mais c’est finalement le même mouvement humain à deux étapes différentes. C’est Rome qui a fait que la Grèce est devenue la civilisation occidentale à travers toutes ses époques et finalement contemporaine. Ce qui est très frappant et c’est un problème auquel nous sommes confrontés en tant que fidèles à la tradition des Hébreux, c’est ce problème là de la distinction entre la moralité et la légalité.

 

On peut analyser la difficulté de la société israélienne contemporaine sous cet aspect-là.

La référence à ce qui est légal comme valeur suprême n’est absolument pas juive.

 

Dans la Guémara à propos de Tisha Bé-Av une des raisons avancées pour lesquelles Jérusalem a été détruite au temps de la deuxième destruction, c’est parce qu’on jugeait d’après la légalité de façon méticuleuse. On trouve dans le parlement israélien énormément de tendances de ce type qui proviennent d’ailleurs  de la Galout, de l’humanisme occidental.

On a tellement été imprégné de cette évidence que la seule garantie à la moralité c’est la légalité que finalement on projette sur la légalité la dignité de la moralité. On trouve toutes ces interventions d’indignations profondes dès que la légalité semble être mise en question. On arrive à des conclusions immorales pourvu que la légalité soit sauve.

 

Un des héritiers de Rome à ce niveau-là est évidemment la démocratie britannique. C’est très significatif.

 

Cela ne veut pas dire que la légalité pour elle-même sous certaine conditions ne soit pas une des valeurs morales et qu’il n’y ait pas valeur morale dans le respect de la légalité, c’est entendu.

C’est le minimum des minimums. Mais lorsque la légalité comme telle se substitue à la moralité alors c’est une catastrophe.

 

Il peut arriver qu’il y ait coïncidence entre le comportement moral et le comportement légal.

L’établissement de la légalité formelle procède d’une instance contingente, et d’ailleurs l’instance législative se reconnait comme telle et reconnaîtra suivant les critères de l’élection de l’instance un changement de légalité si c’est décidé légalement. Il n’en reste pas moins que tout ce processus légal est d’essence contingente. Alors que les valeurs de la moralité sont d’essences permanentes et absolues.

 

L’idée forte de ce thème :

Le conflit entre la tradition hébraïque et la civilisation romaine a porté là-dessus essentiellement et a conduit à un renversement des évidences :

 

  Pour la tradition hébraïque à travers l’enseignement des Prophètes, c’est la moralité elle-même qui s’érige en légalité.

 

  Alors que pour la civilisation romaine c’est la légalité qui devient la moralité. Et la relation à la moralité, à la loi morale absolue y est d’un ordre de connaissance radicalement différent. C’est la coutume qui fait que la loi est ainsi et pas autrement. Il peut y avoir coïncidence mais c’est d’un arbitraire absolu.

 

Finalement, l’antisémitisme romain tel qu’il s’est exprimé par la suite à travers la civilisation chrétienne est arrivé à ce tour de force d’accuser la tradition juive du défaut même du légalisme romain, en établissant l’équation antisémite calomnieuse hypocrite et fausse de Pharisiens = légalistes.

 

Cela a été facilité parce qu’effectivement dans la société juive rabbinique elle-même, il y a des tendances au légalisme. Mais ces tendances au légalisme ont toujours été dénoncées comme hérétiques et saducéennes. Le saduccéisme fait une erreur de diagnostic et se relier à la tradition orale de l’élaboration de la loi morale comme si c’était la tradition écrite. C’est pourquoi les saduccéens nient l’existence d’une tradition orale.

 

La civilisation chrétienne a hérité de cela. C’est finalement la conscience chrétienne qui a le plus contribué à brouiller les cartes  dans ce problème. En ce sens que, partant de l’exigence hébraïque de la moralité face à la légalité, elle a adopté le principe romain de la séparation entre le légal et le moral qui n’est qu’un cas particulier de la séparation entre le politique et le moral.

Cela s’enracine dans le principe (dualiste) de l’Evangile, « rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu » – la morale – « et rendez à César ce qui appartient à César » – la légalité.

 

Q:

R: « Tsedek tsedek tirdof » dans Parshat Shoftim.

Tu rechercheras-poursuivras la justice :

Il faut faire un chasse à la chose juste qui se cache, il faut la chercher la dépister la débusquer...

Le verset emploie une répétition du terme Tsedek. C’est au second degré une justice de justice

Tu rechercheras la justice dans ce qui est juste

 

Dans notre vocabulaire : tu rechercheras ce qui est moral dans ce qui est légal.

La Guémara dit que Jérusalem a été détruite parce que l’on jugeait suivant la lettre de la légalité. 

Ce Midrash avait sûrement en vue cette imprégnation de la culture romaine qui se faisait en ce temps-là au temps de la destruction de Jérusalem par Rome.

 

Exemple d’une famille juive qui a construit une villa sur une colline sans régulariser les papiers administratifs du cadastre. On s’est aperçu que ce n’était pas en règle avec les règlements municipaux et les instances légales ont décidé de faire détruire la maison...

 Exemple du mur supplémentaire ajouté dans la maison pour cause d’enfant supplémentaire et détruit car illégal...

 

Sans parler des discours d’indignation vertueuse à la Knesset quand un comportement quelconque enfreint un règlement établi du temps de l’empire britannique. Il y a là un souci de moralité qui s’est dénaturé et s’est porté sur la légalité. En général, cette espèce d’orthodoxie de la légalité dévoile une coupure avec la tradition morale. C’est un substitut. Je pense que c’est bien clair.

 

Etude d’un cas compliqué auprès du Rav Roubisteïn za’l, né dans les cours ‘hassidiques de Pologne : Une question difficile est traditionnellement soumise à trois Rav qui constituent ensemble un tribunal rabbinique et on tranche d’après la majorité. D’après ce que j’avais étudié, la décision conduisait à défaire une famille.

1er rabbin : on n’intervient pas !

2ème rabbin : oui on devrait intervenir dans ce sens-là mais tu n’es pas le rabbin de cette communauté donc on n’intervient pas

3ème rabbin Rav Roubinsteïn : ré-étude du cas ensemble pendant plusieurs heures pour conclure vers une décision de séparation.

Après les conclusions, il me dit : Et qui es-tu toi pour détruire une famille en Israël ?  

Il m’adonné une leçon de Talmud : la loi est ainsi mais on ne l’applique pas : il y a une tradition de moralité qui peut s’opposer à la légalité la plus vraie. Cela veut dire qu’il y a d’autres critères et ce n’est pas simplement l’analyse formelle et rationnelle utilisant toutes les ressources de l’intelligence juridique qui peut résoudre un cas.

 

D’ailleurs une des premières Mishnayot des Pirqey Avot (qui s’adresse aux juges et dont l’objectif est d’enseigner la morale aux juges au tribunal) :

« Soyez Matoum circonspect (modérés, pondérés) dans le jugement ».

 

Commentaire :

Un juge n’a pas le droit si on lui présente un cas qui présente même des analogies totales avec un cas déjà jugé d’en tirer les conclusion pour le cas présent, même pour arriver a posteriori  à la même décision,  c’est pour empêcher qu’une mécanique de légalité s’installe.

 

Ce problème est plein de dimensions de difficultés car finalement qui décide où est la moralité et où est la légalité ?

 

Le principe est : « ainsi est la loi mais on ne fait pas ainsi » 

Au nom de quoi ?

Au nom de la moralité ! Parce qu’il y a d’autres critères et d’autres circonstances que la légalité.

 

***

 

Q : pour Israël qui vit selon la Torah où la loi c’est la moralité, faut-il toujours faire cette distinction entre moralité et légalité ?

 

R : Absolument, et l’exemple que je vous ai donné en fait foi. A propos de ‘Hanoukah on a parlé du grand conflit entre les Pharisiens et les Saducéens. Le saducéisme a disparu de l’histoire avec les circonstances historiques qui l’avaient fait naître : la symbiose  avec la culture grecque des Grecs occupant la Judée et avec la métropole d’Athènes à l’époque très forte dans le monde méditerranéen tout entier. Il s’est constitué une tendance dans la société judéenne de l’époque sur laquelle nous avons très peu de renseignements parce qu’elle a disparu et n’a pas laissé de traces structurelles mais étant donné ce que nous en savons et la manière dont en parle le Talmud (tout entier la tradition pharisienne), c’est caractérisé pour ce qui concerne notre problème de cette manière : il y a dans les rivages de la société juive judéenne les livres sacrés, on ne peut nier cet héritage, et d’ailleurs on est renforcé dans la relation de fidélité  de cet héritage culturel spirituel et religieux par le respect que le monde entier commence à avoir vis-à-vis de la Bible et à prendre acte d’un fait culturel important qui est l’héritage des Prophètes mis par écrit. Les Prophètes parlent d’une tradition orale qu’on a mise par écrit. Seulement, pour les raisons que nous connaissons d’autre part, historiquement cette révélation orale a cessé et il n’est resté d’elle que la trace mise par écrit de cette révélation orale.

 

Très rapidement dans le temps culturel qui se creuse entre la fin de la prophétie et le moment dont on parle, le temps de la relation à la culture grecque, tout se passe comme si on va mettre entre parenthèse le fait fondamental qu’il s’agissait d’une révélation qui se perpétue par une tradition indépendamment des livres où elle est mise par écrit pour aider la mémoire et qui n’ont rien à voir. 

(Normalement, il ne devrait pas y avoir de livre puisqu’il s’agit d’une parole).

 

La Torah elle-même l’indique, dans un verset où Dieu demande à Moïse : « mets cela par écrit », donc c’est un ‘Hidoush : Il y a des raisons pour lesquelles il faut la mettre par écrit. Normalement, il ne faudrait pas la mettre par écrit. Si nous avions été capables de véhiculer cette tradition orale en tant que tradition orale alors la tradition juive aurait été une tradition sans livre.

 

Le peuple Israël n’est pas « le peuple du livre » ce qui en ferait un peuple de libraires et ferait croire que  Dieu a créé le monde pour créer une imprimerie et imprimer des livres...

 

La véritable formule n’est pas « peuple du livre » mais le « peuple de la parole mise par écrit dans le livre ». C’est par incapacité à véhiculer la parole en tant que parole qu’elle est mise par écrit dans un livre.

…/…

lire la suite ici

 

 

*****

Partager cet article

Repost 0
Published by Rav Léon Ashkénazy - dans PARASHAT HASHAVOUA
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche