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30 décembre 2009 3 30 /12 /décembre /2009 19:53

Parasha - Vayehi + Shemot (1985)

 

Parasha Vayehi - 3ème Partie.

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/vayehi_shemot/cours_1

Face A

 

.../...
Celui qui peut vraiment faire cela.

Pourquoi était-il nécessaire de faire jurer Joseph qui est tout puissant dans l’Egypte ? Ne suffisait-il pas qu’il le souhaite et que cela va de soi ? L’Egypte l’en aurait empêché pour préserver la momie de Jacob, ses « richesses culturelles nationales », ses « chose saintes »…

Il faut donc faire jurer Joseph qui a le pouvoir de le faire. D’où les circonstances très circonstanciées du récit qui nous montre la stratégie de Jacob envers Joseph et il l’obtient quand même ce qui prouve que cela ne va pas de soi.

 

Plus profondément que cela, c’est de Joseph qu’il doit exiger cela, parce que c’est avec Joseph que l’exil a commencé. C’est donc Joseph qui doit se charger de mettre fin à l’exil.

 

Ceci est dit en toutes lettres dans le Midrash :

Sur le verset 47.29 où il s’adresse à Joseph : אַל-נָא תִקְבְּרֵנִי בְּמִצְרָיִם ne m’enterre pas en Egypte. L’identité d’Israël ne peut pas être enterrée en Egypte. Le Midrash lui fait dire : c’est à cause de toi / pour toi que je suis descendu en Egypte, mais ne m’enterre pas là-bas. Et donc, c’est la raison pour laquelle c’est Joseph qui doit prendre sur lui cette mission.

 

Ce qui se passe là est très important, parce que comprenant ce que Jacob lui fait compendre dans cette promesse que Jacob lui arrache, le serment qu’il lui fait faire, Joseph s’identifie lui-même et dis lui-même :

 

47:30

וְשָׁכַבְתִּי, עִם-אֲבֹתַי, וּנְשָׂאתַנִי מִמִּצְרַיִם, וּקְבַרְתַּנִי בִּקְבֻרָתָם; וַיֹּאמַר, אָנֹכִי אֶעֱשֶׂה כִדְבָרֶךָ

« Quand je dormirai avec mes pères, tu me transporteras hors de l'Égypte et tu m'enseveliras dans leur sépulcre." Il répondit: "Je ferai selon ta parole." »

 

וַיֹּאמַר, אָנֹכִי אֶעֱשֶׂה כִדְבָרֶךָ

vayomer anokhi e'esseh khidvarekha

Ce qui ne veut pas dire seulement « je ferais ce que tu m’as demandé » littéralement « comme ta parole » mais cela veut dire encore : « moi aussi je ferai comme tu as dit », moi aussi je demanderai qu’on ramène mes ossements d’Egypte. On le voit dans la suite du récit.

 

Finalement, toute l’histoire que nous avons étudiée dans le livre de Bereshit, commence par un exil et finit par un exil. Cela commence par l’exil du 1er homme exilé du Gan Eden, le jardin d’Eden et cela finit par l’exil d’Israël en Egypte.

 

Ce stade est provisoire et l’histoire d’Israël va commencer à la sortie d’Egypte.

Entre le moment où le texte de Béreshit s’achève et le moment où le texte de Shémot commence il y a une interruption du récit, une espèce de cessation de la révélation : la parole qui parle à Israël n’a plus rien à lui dire quand il est en exil.

 

Le récit se termine un peu à la manière des contes de fée : ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants : ils se multiplièrent…

 

Parashat Shemot (04:15)

 

Je vais simplement vous rappeler un 1er thème qui va nous introduire la 1ère étape de la vie de Moïse. On assiste dans le récit - surtout au début du chapitre 2, versets 11-12 et 13 pour commencer - au fait que la sortie d’Egypte est à  l’initiative de Moïse à priori de toute révélation.

 

Nous lisons dans cette Sidra le récit des événements de la sortie d’Egypte.

Le 1er thème d’introduction qu’il est nécessaire de mettre en évidence c’est que l’on s’attendrait à l’idée que si la sortie d’Egypte est déclenchée à travers Moïse, c’est parce qu’il y a d’abord une intervention de Dieu qui lui demande. En fait ce n’est pas ainsi que le récit s’introduit. Nous avons une 1ère étape où Moïse prend lui-même l’initiative de la fin de l’exil en Egypte, et donc de ce que nous avons appelé la sortie d’Egypte à proprement parler. Et ce n’est que bien plus tard que survient la révélation à Moïse qui lui confirmera  sa propre initiative.

 

Nous vivons dans les temps contemporain une occurrence de cet ordre, la fin des temps de l’exil. Vous comprenez par vous-mêmes les implications.

La question se pose ainsi : est-ce qu’il faut attendre une révélation qui nous donne le feu vert ou bien ne sommes-nous pas renvoyés à des modèles déjà existant dans l’histoire précédente qui nous éclaire à ce sujet, que il y a d’abord un diagnostic à faire par l’homme : l’initiative doit être prise par l’homme à partir de ce diagnostic et ce n’est qu’ensuite que la confirmation est donnée ?

 

Nous avons déjà un premier exemple qui est donné dans le livre de Bereshit : la sortie d’Abraham d’Our-Kasdim.

 

La Torah est très claire : à la fin de la Parashah de Noa’h avant la Parashah de Lekh Lekha, on nous raconte cette sortie de l’une des familles des hébreux de cette civilisation d’Our-Kasdim et ce n’est qu’après cette initiative prise par la famille d’Abraham – le sujet du texte est Térah lui-même le père d’Abraham - et continuée par Abraham ; et ce n’est qu’ensuite que survient la confirmation avec Lekh Lekha.

 

Il était peut-être nécessaire dans ce 1er modèle de la sortie d’Abraham de la civilisation d’Our-Qasdim de préciser que le but du voyage de l’exode (le terme est utilisé pour nommer le livre Shemot mais il est employé ici dans son sens originel : quitter son propre pays, être expulsé, déporté... Il y a une inversion des catégories dans la traduction. Ils sont sortis d’Egypte mais ils sont rentrés chez eux. ) 

 

L’expression traditionnelle :

« Galnou meartsénou »

Nous avons été exilés de notre pays.

 

Par exemple dans la phrase : « c’est à cause de nos fautes que nous avons été exilés de notre pays »

La faute comme explication de l’exil : c’est un sujet pour lui-même.

Au point que nous avons une autre lecture qui n’est pas le Pshat :

A cause de nos fautes => avant d’avoir fauté nous avons été exilés...

Lorsque les Juifs allemand sont arrivés dans le pays au moment de Hitler dans les années 30, ils disaient: Galenou Béertsénou « Nous avons été exilés dans notre pays »

C’est très significatif.

 

En fait, il s’agit de la fin de l’exil, et dans le récit comme préfiguration de modèle qui nous décrit la famille d’Abraham sortant d’Our-Kasdim il était peut-être nécessaire puisque c’était la 1ère fois de préciser que le but du voyage de retour c’était de revenir dans le pays de Kenaan (comme il s’appelait au temps des Avot) et malgré cela la Torah ne l’indique pas tellement : comme si cela allait de soi que ce voyage devait les ramener dans le pays de Kenaan. 

 

Nous allons voir que de façon extrêmement explicite qu’il était nécessaire - comme si cela avait été oublié entre temps – d’expliquer qu’à partir du moment où il est devenu nécessaire de quitter la civilisation d’Egypte, c’est bien vers le pays de Kenaan – le pays donné aux Avot – qu’il faut se diriger. Comme si on avait séparé deux éléments qui vont ensemble : le fait que la fin d’exil a pour objet une Guéoula qui doit nous ramener de nouveau sur la terre.

 

L’étude du thème de l’exil pour lui-même montre qu’en fait il y a deux types d’exil que le peuple d’Israël a vécu dans son histoire :

 

L’exil qui consiste à quitter le pays d’Israël pour aller ailleurs.

 

Et puis les exils antérieurs à ce 1er exil lorsqu’une communauté, ou une partie du peuple, est obligé de quitter un pays d’exil pour un autre pays d’exil, c’est un exil au second degré.

 

Tout se passe comme si avec le temps, la tendance à l’exil au second degré est en train de prendre le pas sur l’équation 1ère Galout-Guéoula : à partir du moment où l’exil est fini il s’agit du retour. 

 

Il est important de voir que le texte va nous mettre cela en évidence : il ne faut pas que les hébreux d’Egypte qui se révoltent finalement in extremis, pour décrocher de la civilisation égyptienne, pensent qu’on va quitter l’Egypte pour aller ailleurs. Mais Il s’agit bien du retour dans le pays des ancêtres.

 

On étudiera pourquoi, au moment de la sortie d’Egypte il était nécessaire de le préciser mais l’essentiel du ’Hidoush, de la chose nouvelle, qui est donnée dans la confirmation que Dieu donne à Moïse c’est que son initiative était bien ce qu’il fallait faire.

Ce n’est pas encore impliqué dans l’initiative de Moïse lui-même. La 1ère initiative que Moise prend par lui-même est de mettre fin à l’esclavage des hébreux en Egypte au stade où cela en était arrivé après le changement de dynastie auquel il y a une allusion dans le début de la Parashah de Shémot.

 

Nous allons tenter de mettre en évidence les raisons qui ont poussé Moïse à prendre cette initiative et la nature de son diagnostic qui met fin à toute une période de l’histoire d’Israël dont la bible ne parle que par allusion (les dernier versets de la Parashah précédente : les enfants de Jacob sont arrivés dans la civilisation d’Egypte et se sont mis à son service et puis ils se sont multipliés. C’est pratiquement tout ce qu’on nous dit. Le texte s’arrête à la fin du livre de Bereshit et ne va reprendre qu’au moment de cette initiative de Moïse afin de mettre fin à cette installation dans le paysage culturel égyptien bien que Goshen n’était pas l’Egypte même mais une sorte de protectorat sous la souveraineté de l’Egypte, Joseph étant lui dans l’Egypte même au palais du Pharaon.

 

Retenons le fait essentiel. Il n’y a eu aucune révélation qui a demandé quoique ce soit à Moïse qui a pris l’initiative par lui-même. Ce n’est que bien plus tard 40 ans après que Moise se sera enfui de l’Egypte après sa 1ère initiative qui a été empêchée pour s’être heurtée à toute une série d’obstacles de la part des Hébreux d’un côté et de la part des Egyptiens de l’autre, qu’il y aura la 1ère révélation à Moïse qui est la révélation du buisson ardent. C’est pour la Torah Shébéalpé: soit Midrash Guémara ou Kaballah : Moïse n’a encore aucune révélation avant la vision du buisson ardent.

 

Dans la scène que nous allons étudier où Moïse prend cette décision nous mettrons en évidence les raisons de son diagnostic.

 

Il y a une Malhoquet dans le Midrash :

Une opinion nous dit qu’il était âgé de 20 ans et une opinion nous dit qu’il était âgé de 40 ans.  

 

C’est l’opinion la plus classique, 40 ans, et à ce moment-là fils adoptif du Pharaon, il était à l’apogée de sa puissance, véritable maître de l’Egypte, et tout se passe comme si on enchaine sur le niveau de l’identité de Joseph. Moïse nous apparait comme un Joseph quelques générations après.

 

Cette histoire commencée avec Joseph comme le véritable maître de l’Egypte on va la retrouver plus tard, au moment où il va falloir décrocher et nous voyons de nouveau un personnage que nous savons être hébreu mais que le texte n’a pas encore désigné comme tel puisqu’il est simultanément l’héritier du trône de l’Egypte, ou l’héritier de son père qui est le chef de la tribu de Lévi, c’est-à-dire de l’identité des Patriarches – les Avot de l’identité d’Israël.

 

J’approfondirai immédiatement ce 2ème point.

 

Le découpage historique :

A l’âge de 40 ans il va intervenir dans la forme qu’avait finit par prendre la relation de l’Egypte à l’Israël de ce temps, c’est une relation d’asservissement et d’esclavage qui est, semble-t’il de façon inévitable, l’étape ultime de l’histoire d’un exil quel qu’il soit.

 

Nous en avons eu le modèle des Hébreux à Our-Kasdim (au niveau des Midrashim) et nous en avons ici un modèle beaucoup plus explicite. On retrouve les différentes étapes du profil de l’histoire d’un exil en 3 stades :

 

On s’installe dans la gloire, en se rappelant que l’on est hébreu en voyage. La formule « l’année prochaine à Jérusalem » a encore toute sa force. 

On s’installe, c’est l’assimilation

L’assimilation, et corollairement l’antisémitisme

 

Cela est clair dans l’histoire de Jacob chez Laban :

Il sait qu’il est le fils de Rivqah et Its’haq en voyage de mission simple pour ramener un matrice d’engendrement.

Il s’installe.

A la fin de cette installation, la Torah nous dévoile le 3ème volet de ce profil : Lavan et les fils de Lavan réagissent et il est obligé de s’enfuir.

 

Midrash : A l’âge de 40 ans, Moïse à l’apogée de sa gloire va intervenir dans la forme qu’avait fini par prendre la relation entre les maîtres et les esclaves, les Egyptiens et les Hébreux, ce qui est la définition typique de la situation d’exil. Même lorsque l’aliénation est insidieuse et lorsqu’elle se cache, elle n’en est que plus grave, il s’agit toujours d’une relation d’aliénation.  

 

On essaiera de comprendre pourquoi Moïse se heurte à un obstacle radical, tant de la part des Hébreux que de la part des Egyptiens. Alors il est obligé de s’enfuir, et il s’enfuit pendant 40 ans dans le pays de Midian.

 

Le fondateur de Midian est un des fils d’Abraham engendré après Its’haq lorsque Abraham a épousé Qétourah qui a engendré des enfants dont Midian.

 

Il n’est pas un inconnu mais il est d’une certaine manière un héritier de l’identité d’Abraham. Pendant 40 ans, pas de révélation et Moïse est à Midian un peu comme Jacob était chez Laban le berger de ses troupeaux.

 

D’après cette lecture, c’est à l’âge de 80 ans qu’il a la révélation du buisson ardent. Il retourne en Egypte et prend la tête de la révolte.

 

Pendant 80 ans, il n’a pas eu de révélation, il a une expérience de chef politique de ce que sont censés être les Hébreux, alors qu’officiellement il s’agit de l’héritier du trône du Pharaon de la civilisation de l’Egypte. Il y a là une indication de profil d’identité qui est très importante.

 

L’autre opinion du Midrash selon laquelle il avait 20 ans, il faut la comprendre comme cela que l’expérience qui nous est décrite dans cette scène que nous allons étudier, Moïse a mis 20 ans pour en tirer les conclusions.

 

Il a commencé à avoir l’expérience de ce dont nous allons parler au verset 11 et 12 à l’âge de 20 ans et finalement il va n’en tirer les conclusions au niveau historique qu’à l’âge de 40 ans.

 

Explication furtive :

Vers la fin des Pirqey Avot, il y a une Mishnah expliquant le niveau de sagesse par rapport à l’âge.

 Il y a un certain niveau de sagesse à 20 ans et il y en a un autre à 40 ans. S’y référer.

 

On appelle dans toute cette période de l’histoire de Moïse qui couvre les 2 1ères étapes de sa vie, 40 ans en Egypte, 40 ans à Midian, et ensuite 40 ans de la sortie d’Egypte avec la génération du désert, 3x40 ce sont les 120 ans qu’a vécu Moïse.

 

Les deux 1ères étapes on désigne Moïse par une expression disant de lui qu’il était « tiron banévouah » - « apprenti-prophète » et donc Moïse prophète recevant la révélation explicite c’est à l’âge de 80 ans.

 

Un parallèle est dressé avec l’histoire de Rabbi Akiva qui pendant 40 ans était un berger ignorant, pendant 40 ans il a étudié, et pendant 40 ans il a enseigné. Il y a donc une analogie très importante entre Moïse le médiateur de la Torah Shebikhtav et Rabbi Akiva le médiateur de la Torah Shébéalpeh.  

 

La question qui se pose est de savoir ce qui s’est passé réellement dans cette scène qui semble être pour Moïse l’occasion de prendre une décision qui finalement a une importance considérable pour l’histoire de l’humanité telle qu’en parle la Torah.

 

Revenons au profil d’identité de Moïse: il est l’image même de ce qu’on pourrait appeler en bonne part et en toute bonne foi, le juif de diaspora. Un juif de diaspora, par quelque degré que ce soit, participe à cette double appartenance d’identité de Moïse. Mais Moïse la représente de façon totale, absolue, limite, extrême. Il est simultanément, le fils adoptif du Pharaon, c’est-à-dire c’est par lui que passait l’avenir de la civilisation égyptienne au service de laquelle il se trouve, et d’autre part il est le chef de la tribu de Lévi, c’est-à-dire l’hébreu essentiel.  Mais il est l’hébreu essentiel dans son intimité de vie privée et officiellement, dans son déguisement officiel, il est l’égyptien en chef.

 

On peut avec ce schéma diagnostiquer énormément d’analogies dans l’histoire des civilisations, où l’on voit énormément de personnages du peuple juif de l’exil représenter un peu ces profils à la manière de Moïse, mais Moïse en est la manière la plus accusée, la plus absolue, comme l’était précédemment Joseph.

 

Nous savons nous que Moïse était hébreu. Mais pour le moment tout ce que le lecteur est censé savoir c’est que Moïse est le fils adoptif de l’égyptien. 

 

Je crois que l’argumentation la plus fondamentale qui peut appuyer cette expression de « profil d’identité » c’est de se rappeler de Joseph-Moïse. Ils ont la même identité mais elle se déroule en sens inverse. Joseph est l’hébreu qui va s’habiller en égyptien – ou se déguiser, bien que Joseph a aimé ces habits-là – l’hébreu qui s’exprime comme un égyptien. Au niveau de l’expression de son identité, il a adopté l’équation culturelle égyptienne au service de laquelle il s’est mis.

 

Le juif de l’exil est très sincèrement de très bonne foi quelque soit son intérieur de vie privé hébreu, dans son profil d’identité au service de la civilisation du temps qui l’adopte en tant que Joseph.

 

C’est un type de personnage que les non-juifs ont toujours eu une énorme difficulté à comprendre.

Ce n’est pas possible, mais essayons, par imagination, de nous mettre à la place d‘un goy assistant au phénomène juif de diaspora. 

 

Midrash : une graine de pommier (un juif) apporté un jour par le vent de l’exil tombe dans un jardin de sapin. La graine a poussé et donne un pommier qui pousse au milieu des sapins.

Entouré de sapins il finit par se prendre pour un sapin.

Les sapins un jour lui demande :

- Qui es-tu ?

Il répond :

-  Je suis un sapin !

- Tu ressembles à un pommier !

- Mais c’est parce que je suis un pommier...

 

Comment voulez vous qu’un sapin comprenne qu’un pommier c’est un sapin ?

Au niveau du Midrash, il y a peut-être une allusion par analogie, parce que les fruits des deux sont des pommes... comme les hommes sont des hommes… Mais il y a différentes  manière d’êtres hommes comme il y a différentes manières d’être pomme...

 

Il arrive inévitablement qu’il y ait une question d’identité, un ultimatum, une interpellation : pommier ou sapin ?

 

Cela va un peu dans le sens de notre histoire : il y a une très grande difficulté pour le goy de comprendre. Il faut noter l’infini patience et l’infinie générosité d’admettre cette histoire de fous. Elle est incompréhensible mais ils l’admettent. Mais il y a des limites à la patience et il arrive inévitablement un stade où cela éclate...

 

On peut imaginer les trésors de stratégie qu’un Joseph ou un Moïse dans le commencement de sa vie doit déployer pour pouvoir, comme dirait Spinoza, se maintenir dans l’être. Parce que c’est une situation impossible. Et pourtant cela a été la très longue histoire et souvent héroïque de la fidélité à soi-même dans cette stratégie compliquée : hébreu à l’intérieur, égyptien à l’extérieur.  

 

Le 1er point, ce Joseph, c’est l’hébreu s’exprimant ainsi, en toute sincérité, et en toute bonne foi, et le Pharaon l’a bien diagnostiqué que le salut de son empire passait par ce type d’homme qui est l’hébreu égyptianisé.

 

Moïse est le même profil mais dans le sens inverse : L’hébreu qui va enlever le déguisement égyptien. Retenir une clause importante qui se relie à cette analyse : le Midrash va mettre l’accent sur le récit biblique : Moïse ne quittera l’Egypte qu’en emportant avec lui les ossements de Joseph.

 

C’était le dernier serment, la promesse que Joseph avait fait faire à ses frères que lorsque le moment de décrocher arriverait qu’on emporte ses ossements comme Jacob l’avait lui-même demandé. En emportant les ossements de Joseph, Moïse réhabilite l’aventure de Joseph. Il la légitimise.

 

Au temps de Joseph, le Tsadik, c’est Joseph. 

Au temps de Moïse, le Tsadik, c’est Moïse.

 

Ce sont deux manières opposées d’être Tsadik par rapport au sujet traité. Si Moïse avait fait sortir le peuple sans emporter les ossements de Joseph, cela aurait voulu dire qu’il accusait Joseph d’être traitre à l’identité hébraïque. Alors qu’en rapportant les ossements de Joseph avec lui il l’incère dans un mouvement en deux temps Galout-Guéoula, en redonnant à postériori une légitimité au temps de la Galout qui était ce qu’il était au temps où il s’est produit.

 

Du dedans de cette analyse qui est importante pour elle-même parce qu’elle nous donne, encore une fois, le modèle de cette identité très ambivalente très difficile à percevoir que nous appelons le juif de diaspora. Deux modèles : Joseph-Moïse.

 

Cette histoire de Moïse à Midian va nous éclairer sur le profil très ambigu du type de juif assimilé dans la diaspora contemporaine.

 

Moïse porte en lui la possibilité de faire bifurquer l’avenir de l’histoire, soit à travers l’équation de l’Egypte, s’il reste fidèle à son identité d’adoption, soit ce qu’il a fait, de la faire bifurquer dans l’avenir hébraïque en donnant un futur au passé des Avot.

 

On ne refait pas l’histoire à l’envers, mais si Moïse avait choisi pour l’Egypte, la Torah n’aurait pas parlé de ce Moïse-là. Il y a du avoir beaucoup de para-Moïse qui se sont perdus dans le paysage égyptien tout comme il y a eu énormément de juifs qui aurait pu être le juif redevenu hébreu mais qui se sont perdus dans le paysage de leur exil. La Torah n’en parle pas mais y fait allusion.

 

A chaque génération de l’histoire de l’humanité, depuis le commencement de l’histoire de l’humanité, elle y fait allusion dans un autre chapitre du livre de Bereshit, il y a un personnage capable d’être Moïse. Nous avons le récit historique de celui qui a réussi à l’être.

 

Bereshit 6:3

וַיֹּאמֶר יְהוָה, לֹא-יָדוֹן רוּחִי בָאָדָם לְעֹלָם, בְּשַׁגַּם, הוּא בָשָׂר; וְהָיוּ יָמָיו, מֵאָה וְעֶשְׂרִים שָׁנָה

Vayomer Adonay lo-yadon ruchi va'adam le'olam beshagam hou vasar

vehayou yamav me'ah ve'esrim shanah.

Dieu dit : ne jugera pas mon esprit...

 

Au moment de la génération du déluge, il y a avait un Moïse possible qui aurait pu sauver cette humanité-là mais il n’a pas réussi. C’est en allusion dans ce verset.

 

La Guémara a été très lucide à ce niveau : à chaque génération l’équation d’identité Israël-les Goyim existe plus ou moins occultée, celle dont il nous est parlée c’est celle qui commence à l’époque d’Abraham et qui a son apogée ici avec Moïse. Ce Moïse-là est un Moïse authentique. Il est possible qu’il y ait eu des personnes de l’histoire d’Israël qui auraient pu jouer ce rôle mais qui ont fait le choix inverse...

 

Parmi les grands juifs de la civilisation contemporaine qui se sont assimilés de façon intentionnelle, c’est l’exemple de Raymond Aaron : mettre le potentiel de l’hérédité hébraïque, les valeurs hébraïques, au service de la civilisation du temps dans une générosité universaliste absolue qui est un raté du messianisme, il dit lui-même que son appartenance à l’identité juive, donc hébraïque, il ne la nie pas, mais qu’elle est vouée au mystère, c’est un Moïse non élucidé. Il est mort dans des circonstances assez exceptionnelles. Mort d’une syncope en sortant de témoigner en faveur de son ami Bertrand de Jouvenel accusé de collaboration.

 

Des exemples pour essayer de situer le sérieux de ces difficultés d’être avec ce modèle Joseph-Moïse, et à la limite les 2 fidélités sont sincères (avec toutes les nuances possibles dans l’équation personnelle de chacun à partir du modèle en lui-même) mais il s’agit d’une double fidélité impossible. Malraux : « une double fidélité est toujours une double infidélité »

 

Ce que je dis de Moïse c’est la même chose pour Joseph, il y a eu énormément de para-Joseph, pseudo-Joseph, qui se sont perdus. Moïse ajoute un élément à ce profil d’identité. Il arrive à un moment où il est nécessaire de faire un diagnostic, et ce diagnostic est important pour l’histoire de l’humanité au service de laquelle il est censé être en tant que goï et en tant que juif, et l’erreur dans ce diagnostic serait une catastrophe.

 

C’est ce qu’ajoute l’histoire de Moïse dans ce problème d’identité de Joseph. 

 

Shémot 2 verset 11-13

וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם, וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו

2 :11

Vayehi bayamim hahem

Et il arriva en ces jours-là

vayigdal Moshe

Moïse grandit

vayetse el-e’hav

Et il sortit vers ses fréres

 

Cela demande une attention de lecture :

Nous qui savons qu’il est hébreu, nous avons tendance à lire immédiatement qu’il sorti vers ses frères les Hébreux. Or, le texte n’a pas donné cette précision-là, et tel que nous avons défini le profil d’identité Moïse ce n’est pas encore évident : nous savons que « ses frères » peuvent être les Égyptiens ou les Hébreux. Imaginons la perplexité d’un juif de diaspora si on lui demandait : « qui sont tes frères ? » « Les uns et les autres ! » comme le déclare Raymond Aron dans sa fidélité aux deux identités. On ne sait pas encore qui sont ses frères. C’est la méthode de lecture qui ne préjuge pas, qui ne connait pas la suite. Il va se dévoiler a postériori que ses frères sont les Hébreux mais on ne le sait pas encore.

 

וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו

Vayetse el-e’hav et il sortit vers ses frères…

 

Arrive le moment où il doit décider qui sont ses frères. Pendant tout ce temps-là de 40 ans il a porté cette problématique d’identité difficile qu’il a assumé des deux côtés à la fois : du côté des Égyptiens en tant que fils du Pharaon et du côté des Hébreux en tant que fils du chef de la tribu de Lévi. Il adhère aux uns et aux autres, il a collaboré au travail de l’Egypte et au travail des Hébreux au service de la civilisation du temps. Et lorsqu’il y a un service de ce type c’est sous le modèle maître - serviteur qui dans l’échec évolue sous sa forme tyran - esclave.

 

Midrash : on savait déjà que Mosheh avait grandit du verset [Shémot 2.10] וַיִּגְדַּל הַיֶּלֶד  vayigdal hayeled et l’enfant grandit.

Pourquoi était-il nécessaire de dire encore ici [Shémot 2.11] וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה vayigdal Moshe Et Moïse grandit ?

Rashi sur le verset 11 :

וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה

וַהֲלֹא כְּבָר כָּתַב וַיִּגְדַּל הַיֶּלֶד

אָ"ר יְהוּדָא בְּר"א הָרִאשׁוֹן לְקוֹמָה וְהַשֵּׁנִי לִגְדֻלָּה שֶׁמִּנָּהוּ פַּרְעֹה עַל בֵּיתוֹ

Mochè grandit 

Mais le verset précédent ne disait-il pas déjà : « l’enfant grandit » ?

Rabi Yehouda bar Il‘aï explique le premier comme s’appliquant à sa stature לְקוֹמָה , le second à sa dignité לִגְדֻלָּה, Pharaon l’ayant nommé à la tête de sa maison (Midrach tan‘houma Wayèra 17).

…/…

lire la suite ici

 

***

 

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Published by Rav Léon Askénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
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commentaires

Paracha Vayehi 12/12/2010 22:17



Sublime pirouch. En voici une autre : http://www.torah-box.com/chavoua-tov/vayehi-5771,52.php



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