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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 21:12

Vayakhel (1994)

 

 

Vayakhel (1994) 1ère Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/vayakhel_serie_1994/cours_1

Face A

 

 

La 2ème partie du livre de Shemot est consacrée à l’ensemble des Mitsvot concernant la construction du Mishkane, le Tabernacle, qui pendant les 40 au désert a été la préfiguration de ce que sera le Beit Hamiqdash à Jérusalem.

Il s’agit d’un ensemble de 5 Parashiot qui sont Teroumah, Tetsaveh, Ki-Tissa, Vayaqhel et Péqoudei.

Or, les deux premières et les deux dernières Parashiot ont précisément comme sujet la construction du Mishkane et ce groupe de deux Parashiot est entrecoupée par la Parasha de Ki Tissa qui raconte l’épisode de la faute du veau d’or.

 

Il y a une répétition apparente dans Vayaqhel et Péqoudei de ce qu’a été le contenu de la Parashah de Teroumah et Tetsaveh avec tout de même une série de différences.

 

Dans Teroumah et Tetsaveh la Torah institue les commandements où Moïse  se trouve être chargé de faire que Israël prenne l’initiative d’apporter les offrandes nécessaires pour construire le tabernacle. Et dès que ces offrandes sont apportées, il y a toute une série de prescriptions pour savoir comment constuire ce tabernacle. Ensuite, dans la Parashah de Ki Tissa nous est donné le récit de la faute du veau d’or. Dans les Parashiot de Vayakhel et Pékoudei, il y a la récapitulation de la manière dont le Tabernacle a été construit. Finalement, le contenu est le même mais la forme est différente.

 

Dans les premières Parashiot on trouve les commandements de la construction du Mishkane et dans  les dernières se trouve le récit de la manière dont cela a été construit.

 

Il y a une deuxième différence plus importante et qui introduira l’étude que nous allons aborder au début de Vayaqhel. Pour cela je vais vous rappeller un thème que vous avez sûrement rencontré : le fait que la révélation de la Torah a été donnée simultanément à Moïse et Aaron.

 

Des textes du Midrash et de la Guémara indiquent en citant un certains nombres de versets que la Torah a pris la précaution pour certains commandements de rappeller que Dieu s’est adressé simultanément à Moïse et Aaron, parfois dans cet ordre et parfois dans l’ordre Aaron et Moïse.  Ceci pour indiquer, nous dit le Talmud, qu’ils sont équivalents.

 

Et pourtant nous sommes habitués à l’expression Torat Mosheh et non pas Torat Aharon.

 

C’est qu’il y a une différence qui nous amène à réfléchir à un thème très important : L’objectif de la Torah dans la mesure où c’est Moïse qui est le véhicule de la révélation de la Torah c’est ce qu’on appelle en hébreu le Tiqoun HaOlam, la restauration du monde.

Alors que l’objectif de cette même Torah (aucune différence entre ce que Moïse et Aaron ont entendu et ont été chargé de transmetttre au peuple) Pouquoi cela passe-t’il officiellement par Moïse sans être rappellé que cela passe aussi par Aaron ?

 

=> Torat Mosheh : l’expression qui nous est la plus familière a pour objet le Tiqoun HaOlam.

Dieu a créé le monde, et il l’a donné à l’homme pour qu’il en parachève la plénitude, le Tiqoun (réparation, restauration, mise au point... de Tiqoun, Létaqen) il y a encore des traces de chaos dans le monde tel que l’homme le prend en charge. L’homme prend en charge le monde à la fin du 6ème jour et doit le parachever : Letaqen oto.

 

[Chaque fois qu’il y a un commandement de Assiah – Laassot -  faire quelque chose – Laassot s’explique toujours dans les commentaires par Létaqen. « Assiah zeh tiqoun » pendant tout le temps du 7ème jour. Et comme vous le savez le Maharal en particulier a enseigné la signification très importante de ce rite du temps selon l’ordonnance du récit de la Torah. Les 6 jours sont les 6 jours de l’oeuvre du commencement et cela nous renvoit au monde de la création. Chacune de ces catégories désigne le monde dans une nature dans une essence différente. Le temps des « 6 jours du commencement » « Sheshet Yemei Bereshit »  Sheshet Yemei HaMaassei ». et donc le chiffre 6 se relie au monde tel que Dieu l’a créé et c’est un monde qui postule, dès que nous en avons représentation, de manière évidente et immédiate l’existence de son Créateur. C’est le monde des 6 jours.

Maharal :

Dans le monde du 7ème jour qui suit, c’est le monde de la nature. A la fin des 6 jours, Dieu se cache derrière l’apparence de la nature, et l’histoire de l’homme commence.

Les 6 jours sont le monde de la Création, le 7ème jour c’est le monde de la nature. Lorsque l’oeuvre de l’homme à travers toute l’histoire du monde dans le grand jour du 7ème jour est achevé, alors apparait le 8ème jour qui est le jour à l’indice messianique.

Jusqu’au 6ème jour c’est le monde de la création, le 7ème jour est celui de la nature, et le 8ème jour est le temps messianique. C’est le grand rythme tel que le Maharal l’a enseigné.

Retenez de cette première analyse le fait que c’est le 7ème jour que l’homme est occupé au Tiqoun HaOLam. Il prend en charge le monde que Dieu a créé et qu’Il a préparé pendant les 6 jours pour qu’il soit habitable par l’homme. Dès que le monde est suffisamment agencé pour être habitable par l’homme, l’homme entre dans le récit et dans le monde, et commence l’oeuvre de l’histoire humaine dont l’objectif est le Tiqoun haOlam. Suivant le verset « ...Asher Bara Elohim laassot ». Et « Laassot » c’est « Letaqen ». Lorsque le temps du Tiqoun est achevé on passe dans le temps du 8ème jour. Comme vous le savez de manière plus que symbolique à la fin de chaque semaine dans le temps de l’histoire, c’est à la fin du 7ème jour qu’on attend  Eliyahou HaNavi qui doit annoncer le 8ème jour  qui est le jour messianique.]

 

=> Alors que la Torah selon Aaron a pour objectif la Kaparah des fautes : c’est-à-dire l’expiation des fautes.

 

La Avodah a donc deux finalités :

Une finalité a priori qui est le Tikoun HaOlam. Et c’est à l’indice de Torat Mosheh et c’est a priori de la faute. Si pendant cettte heure de Tikoun HaOlam, il y a eu faute, alors il faut la Kaparah de la faute. Et c’est là le rôle de Aaron. Aaron enseigne la Torah dans la perspective de la Kaparah, alors que Moïse enseigne la Torah dans la perspective du Tiqoun. La difficulté c’est que c’est la même Torah. L’une nous est donnée a priori de la faute. L’autre nous est donnée a posteriori de la faute.

 

C’est exactement ce thème que nous allons retrouver dans notre problème de la différence entre la Parashah de Teroumah-Tetsaveh où les Mitsvot de la construction du Mishkane sont données dans la perspective d’une Avodah qui a pour objectif le Tiqoun haOlam – ensuite survient le récit de la faute dans Ki-Tissa – et donc toutes ces Mitsvot sont reprises dans la perspective de la Kaparah de la faute – Vayaqel-Peqoudei.   

 

A priori, le culte n’est pas un culte d’expiation. Le culte est a priori un culte « d’adoration ». C’est le terme que les théologiens emploient en français. Je lui préfère le terme de « service du Créateur », « service divin ». « Etre au service de »... dans le sens de Tikoun haOlam.

 

Si on réflèchit à l’état sociologique des communautés religieuses, on s’aperçoit effectivement qu’il y a une double polarité de l’expérience religieuse et de la réalité des comportements religieux qui s’expliquent d’après ce schéma. Avec le temps, il semble que la perspective de la Kaparah ait envahi les sociétés religieuses. Spontanément, l’homme considère que l’objectif de ce qu’on appelle la religion c’est l’expiation des fautes, alors que a priori il s’agit de Torat Mosheh c’est-à-dire du Tiqoun haOlam.

 

On peut pousser plus à fond cette analyse qui a des implications importantes. Le thème est très clair, il y a un chapitre dans Jérémie (Chapitre 7) où il s’adresse à Israël : Moïse à Israël : « lorsque je vous ai sorti d’Egypte au nom de Dieu, je ne vous ai pas prescrit des sacrifices, je vous ai demandé d’écouter ma voix... » C’est un texte utilisé par les théologiens chrétiens dans leur controverse contre le culte des sacrifices.

 

Raisonnement de Jérémie :

Au temps de la sortie d’Egypte, lorsque Dieu s’est révélé à Israël, dans Torat Mosheh l’objectif n’est pas de faire des sacrifices – c’est-à-dire de faire des fautes pour avoir à les réparer par des sacrifices - l’objectif est d’écouter sa voix. Mais s’il y a des fautes de faites il faut les réparer. C’est la grande différence. Le texte de Jérémie ne laisse aucune ambiguïté, d’autant plus que Jérémie était Kohen.

 

Dans Troumah, l’objectif de la Avodah est dans le sens du service. Après Ki Tissa et le récit de la faute du veau d’or, à la finalité de la Avodah de ce service va être ajoutée une Kavanah, une intention, d’expiation.

 

Nous allons voir maintenant une 3ème différence à partir du texte :

Jérémie chapitre 7 verset 21 :

 

7:21

כֹּה אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת, אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל:  עֹלוֹתֵיכֶם סְפוּ עַל-זִבְחֵיכֶם, וְאִכְלוּ בָשָׂר

Ainsi parle Yahvé Tsebaot, le Dieu d'Israël :

Vos sacrifices d’holocaustes ajoutez-les à vos sacrifices de zva’him et mangez-en la chair!

 

Les Zva’him sont les sacrifices de convivialité que l’on consomme en commun dans la famille.

Olah est complètement consumé sur l’autel, alors que le Zevah, une partie donnée au Kohen et une partie donnée à la famille qui offre.

 

Il y a ici un peu d’ironie dans le verset de Jérémie : cette déperdition de biens qui se fait – c’est un peu la  notion occidentale moderne du terme de « sacrifice ». Sacrifice signifie détruire un bien en vue d’une réparation. Ici il dit : « ajoutez vos holocaustes à vos Zva’him au moins vous pourrez manger de la viande ! »

 

כִּי לֹא-דִבַּרְתִּי אֶת-אֲבוֹתֵיכֶם, וְלֹא צִוִּיתִים, בְּיוֹם הוציא (הוֹצִיאִי) אוֹתָם, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם--עַל-דִּבְרֵי עוֹלָה, וָזָבַח

« Car je n'ai pas parlé à vos pères et ne leur ai rien prescrit, quand je les ai fais sortir du pays d'Egypte, concernant l'holocauste et le sacrifice. »

כִּי אִם-אֶת-הַדָּבָר הַזֶּה צִוִּיתִי אוֹתָם לֵאמֹר, שִׁמְעוּ בְקוֹלִי--וְהָיִיתִי לָכֶם לֵאלֹהִים, וְאַתֶּם תִּהְיוּ-לִי לְעָם; וַהֲלַכְתֶּם, בְּכָל-הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר אֲצַוֶּה אֶתְכֶם, לְמַעַן, יִיטַב לָכֶם

« Mais voici ce que je leur ai ordonné : Ecoutez Ma voix, alors Je serai votre Elohim et vous serez mon peuple. Suivez en tout la voie que je vous prescrirais afin que vous ayez du bien ».

 

Le raisonnement est simple : l’intention de Jérémie n’est pas de dire qu’il ne faut pas de sacrifice s’il y a eu des fautes, ce qu’il veut dire est plus important : il est demandé de ne pas faire de faute pour faire des sacrifices, car il y a une tendance de la sensibilité religieuse qui consiste à percevoir une culpabilisation de l’être : le fait d’exister serait une culpabilité, et la religion serait là pour expier cette culpabilité d’être... Il faut extrêmement se méfier de cette névrose religieuse.

 

Ceci dit, tout se passe comme si avec le temps, il y a une telle accumulation de remords des fautes, fussent-elles vénielles, qu’elle finit par encombrer la conscience de remords, et cela est l’indice qu’on n’a pas pratiqué le comportement de la Teshouvah qui a pour objectif précisément de nous déculpabiliser de ces fautes que les sacrifices déculpabilisaient dans le Temple. Alors avec le temps, il y a une tendance à voir dans le comportement religieux essentiellement une comportement de Kaparah, un comportement d’expiation, alors que l’objectif de Torat Mosheh est tout autre. Ceci dit, il est bien évident que s’il y a des fautes il faut bien entendu les réparer.

 

Vayaqhel 35:1-3

וַיַּקְהֵל מֹשֶׁה, אֶת-כָּל-עֲדַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל--וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם:  אֵלֶּה, הַדְּבָרִים, אֲשֶׁר-צִוָּה יְהוָה, לַעֲשֹׂת אֹתָם

Vayakhel Moshe et-kol-adat beney-Yisra'el

Et Moïse assembla toute l’assemblée des Bnei Israël (c’est l’ensemble des tribunaux d’Israël)

vayomer alehem eleh hadevarim asher-tsivah Adonay la'asot otam.

Et il leur a dit : voici les paroles que Hashem a prescrit pour les faire…

 

שֵׁשֶׁת יָמִים, תֵּעָשֶׂה מְלָאכָה, וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי יִהְיֶה לָכֶם קֹדֶשׁ שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן, לַיהוָה; כָּל-הָעֹשֶׂה בוֹ מְלָאכָה, יוּמָת

Sheshet yamim te'asseh melakhah

Pendant 6 jours le travail sera fait. (Melakhah = il s’agit de l’oeuvre de la construction du Mishqane.)

ouvayom hashvi'i

et le 7ème jour

 yihyeh lakhem kodesh

vous sera consacré

Shabat Shabaton l'Adonay

Shabat de Shabat pour Hashem

kol-ha'osseh vo melakhah youmat.

Tout celui qui travaillera en lui mourra.

 

En particulier :

לֹא-תְבַעֲרוּ אֵשׁ, בְּכֹל מֹשְׁבֹתֵיכֶם, בְּיוֹם, הַשַּׁבָּת

Lo-teva'arou esh behhol moshvoteychem beyom haShabat

Et vous ne brûlerez pas de feu dans toutes vos demeures le jour de Shabat.

 

Etant donné que dans la culte du Temple, on va brûler le feu pendant les sacrifices du Shabat on pourrait croire que l’usage du feu est permis pour le culte et cela pourrait conduire à considérer cela permis ailleurs que dans le Temple.

 

En général on pose la question suivante : quelle est la nécessité de mettre cette interdiction du feu le Shabat en évidence ?

 

Un des enseignements donnés et qui peut sembler paradoxal, c’est l’interdiction  qu’un tibunal se réunisse le jour du Shabat : il ne faut pas faire de jugement le jour de Shabat. En général, la calomnie est interdite, mais surtout le jour du Shabat. Il ne faut pas juger. Il s’agit de Esh Ha-Ma’hloquet.

 

Nous avons-là très clairement l’indication qu’il y a un lien entre la construction du Mishqane et le jour du Shabat : on a jugé nécessaire de mettre en évidence le fait qu’il faut interrompre le travail de la construction du Mishkane le jour de Shabat, et en particulier de l’usage du feu.

 

Un des thèmes qu’enseigne la tradition (sans donner de réfèrences trop précises) vient d’un des commentateurs du Zohar qui est le Shla’h : toute l’histoire du grand 7ème jour, toute l’histoire du monde depuis la fin du 6ème jour du commencement, jusqu’à l’achèvement de l’histoire du 7ème jour, lorsqu’on arrivera à la fin du 6ème millénaire, au 8ème jour peut être considérée comme la construction du Beit Hamiqdash.

La diffèrence qu’il y a entre le monde des 6 jours et le monde du 7ème jour c’est que dans le monde des 6 jours, Dieu est présent. Lorsque l’on lit attentivement le récit des 6 jours du commencement on voit que c’est un monde où Dieu est présent, Sa présence est dévoilée, le fait qu’il agit pour modifier le monde pour l’agencer nous est formulé par le texte de manière directe, immédiate, « expérimentable », mais il n’y a pas d’homme, l’homme arrive à la fin du 6ème jour.  Et dès que l’homme arrive dans le monde selon le récit, Dieu se cache. Donc la différence entre le monde des 6 jours et le 7ème jour est la suivante : dans le monde des 6 jours c’est la présence de Dieu et l’absence de l’homme, dans le monde du 7ème jour c’est l’homme qui est le maître de l’histoire mais Dieu est caché. Nous avons le problème d’une impossiblité de présence réciproque de Dieu et de l’homme. Précisèment la définition du Beit Hamiqdash ou du Mishkane c’est d’être la maison où Dieu et l’homme peuvent être simultanément en présence.

 

Le Zohar explique cela de la manière suivante : Dans le monde de Dieu il n’y a pas de place pour l’homme. Il donne alors l’image qui est plus qu’une image : dans le soleil, il n’y a pas de place pour la lumière d’une bougie, et inversèment dans le monde de l’homme, pour la même raison, il n’y a pas de place pour Dieu : dans le monde de la bougie, il n’y a pas de place pour le soleil.

 

Par conséquent, il y a une impossibilité à priori de la construction du monde lui-même. C’est dire qu’un monde où Dieu et l’homme seraient présents est impossible !

 

Le secret de la Torah c’est qu’il y a une alliance entre le Créateur et la créature pour tenter de dépasser cette impossibilité et de construire quand même un monde où Dieu et l’homme seraient présents l’un à l’autre : c’est cela le Beit Hamiqdash.

 

Alors, le secret de la Torah pour que la présence de l’homme et de Dieu soit possible sans danger pour l’homme pour les deux raisons vus précèdemment (dans le monde de la bougie pas de place pour le soleil et dans le monde du soleil pas de place pour la bougie) c’est la sainteté.

C’est pourquoi le Beit Hamiqdash s’appelle la « maison de sainteté ». S’il y a sainteté, la présence réciproque de l’homme et de Dieu est possible. S’il n’y a pas sainteté, elle est impossible.

 

Il y a là un thème qui explique l’ensemble du récit de la bible. Plus il y a sainteté, plus  la Shekhinah se dévoile. Moins il y a de sainteté, plus la Shekhinah est cachée. L’objectif de la construction du monde c’est donc de construire le Beit Hamiqdash.

 

Le Beit Hamiqdash dont la Torah parle est d’une certaine manière, le modèle, la préfiguration de ce que doit être le monde pour que l’homme et Dieu, Dieu et l’homme, soient présents l’un à l’autre dans le même monde, ce qui est le monde du 8ème jour.

 

Par conséquent, toute l’histoire du monde est vue de ce point de vue–là comme la construction du Beit Hamiqdash.

 

On comprend donc le lien entre le 7ème jour et le Beit Hamiqdash. C’est pourquoi la Halakhah va déduire des travaux nécessaires pour la construction du Mishkane, ce qu’on appelle un travail interdit le jour du Shabat. On voit pourquoi c’est directement de cet exemple que la Halakhah va déduire la définition des travaux interdits le jour du Shabat. Parce qu’en fin de compte, le travail, quelque soit le travail, la Avodah, c’est la construction du monde comme Beit Hamiqdash.

 

Alors la Torah nous a expliqué quels sont les travaux types de l’homme normal, authentique.

Ce sont les travaux de l’homme authentique qui sont les 39 travaux dont on parle dans l’interdiction du travail le Shabat.

 

Nous retrouvons-là un problème de vocabulaire très simple : c’est le même mot qui en hébreu signifie Avodah le travail : le travail qui a pour objectif de transformer la nature en monde cultivé : la culture. Le 1er travail c’est la culture, dans le sens de l’agriculture, c’est même le 1er culte.

Le travail par excellence de l’homme est d’être agriculteur. Lorsque Dieu a donné le monde à l’homme, le texte dit [Bereshit 2 :15] : לְעָבְדָהּ וּלְשָׁמְרָהּ leâvdah ouléshamra. Pour travailler et garder.

Lorsque Noa’h a recommencé l’histoire de l’humanité il est appelé « נֹחַ, אִישׁ הָאֲדָמָה Noa’h Ish Adamah ». [Noa’h 9:20]

Lorsque l’état d’Israël a recommencé cela a commencé par les ’Haloutsim.

Je crois dans toutes les sociétés on a gardé de manière très profonde ce fait que le 1er travailleur est l’agriculteur. C’est le paysan. C’est d’ailleurs le même mot « paysan » qui signifie « païen » dans l’étymologie latine. Le païen est l’homme du paysage, l’homme du pays.

 

La Avodah, le travail de l’homme est de faire du monde un Beit Hamiqdash. Nous avons alors dans le récit de notre propre histoire d’Israël, ce  modèle qui est donné à l’humanité que, une fois sur un point de l’histoire, sur un point du monde, sur un point de l’humanité cela a été réalisé. C’est le Temple de Jérusalem !

 

D’où l’impact, très mystérieux par ailleurs, que le Temple de Jérusalem a pour l’humanité entière.

Comme vous le savez, nous sommes de nouveau en plein maelström de contestations sur Jérusalem. Le simple intitulé « Temple de Jérusalem » fait rentrer en transe l’humanité entière...

Bien sûr, cela s’explique historiquement à travers la chrétienté d’un côté et l’histoire de l’autre mais cela ne change rien au mystère de ce fait qu’un événement passé dans un tout petit peuple, sur un tout petit point du monde, dans un tout petit moment de l’histoire des hommes à Jérusalem, il y a un peu moins de 4000 ans ait fini par devenir le symbole de la maison commune entre Dieu et l’homme pour l’humanite entière.

 

Et vous savez à quel point c’est là le sujet de la rivalité contemporaine tant du côté de l’islam que du côté de la chrétienté d’ailleurs, et à quel point les principaux alliés des adversaires d’Israël sont très paradoxalement d’Israël lui-même...

 

Le 1er sens du mot Avodah est le travail humain : tout geste du travail humain a pour objectif de transformer le monde de la nature et d’en faire premièrement un monde qui serait vivable pour l’homme et où Dieu peut habiter.

 

Edmond Fleg emploie l’expression « la terre que Dieu habite » en parlant d’Erets Israël, la Palestine puisque c’était avant la création de l’état d’Israël.

  

Ce n’est pas un hasard que ce mot de Avodah qui signifie le travail est employé par la Torah et va servir pour dire le culte :

 

ð  Avodah signifie premièrement le travail ; et tout travail, même si cela n’est plus perceptible dans la vie moderne, a pour objectif de faire du monde un monde habitable. 

 

ð  Avodah dans le sens de Avodat HaQodesh c’est le culte : le geste de l’homme dans la limite du parfait.

 

Le Mishkane est la maison parfaite où l’homme parfait habillé des vêtement parfait va manger le repas parfait : c’est cela la Avodah du Tiqoun haOlam.

 

Avant la faute du 1er homme, pour prendre des sources plus anciennes dans le Zohar, le culte c’est le geste de la vie humaine dans la perspective du parfait. Vivre authentiquement c’est être au service du Créateur, et par conséquent, tout geste de travail qui est fait Lishmah c’est cela la Avodah.

 

Le Shoulkhan Aroukh établit que chaque matin on doit se réveiller « Liyov HaEved HaBoré pour être au service du Créateur ». Le Créateur a créé un monde et nous sommes au service du projet du Créateur pour l’histoire de ce monde. Par conséquent, tout travail quelqu’il soit – il n’y a aucune différence profane et non profane – a pour objectif de transformer le monde en Beit Hamiqdah.

 

Cf le verset des Psaumes [84:5] :

אַשְׁרֵי, יוֹשְׁבֵי בֵיתֶךָ--    עוֹד, יְהַלְלוּךָ סֶּלָה

Ashrei yoshebei beitekha...

« Heureux ceux qui habitent ta maison

Ils disent constamment ta louange »

 

Le Pshat pour ‘Ta maison’ c’est le Temple.

Mais on peut bien comprendre qu’il s’agit du monde.  

Dans le mot Bereshit, la dernière lettre est Tav, au milieu c’est Youd : Bayit.

C’est-à–dire que tout l’objectif du monde est de construire une maison.

Une maison qui pourra être commune à Dieu et à l’homme.

 

Je reprends le schéma du début pour que ceci soit bien clair : Pendant les 6 jours cette maison est vide de l’homme : ce n’est donc pas la maison que Dieu voulait. Le 7ème jour c’est apparemment vide de Dieu et ce n’est donc pas la maison que l’homme veut.

 

Enseignement de Rabbi Na’hman de Braslav dans la formulation ’hassidique :

On parle de Olam Hazeh et de Olam Haba. [Olam hazeh traduit par « ce monde-ci », Olam Haba traduit par « le monde à venir ».] Olam haba on comprend mais Olam Hazeh, où est-il ? Ici c’est le Guéhinam !

 

L’objectif est de construire un Olam Hazeh qui serait vivable. C’est cela Olam Haba.

[Ne pas traduire par « au-delà » le « Olam là-bas » mais c’est le Olam HaBa, le monde qui est en train de venir, en train de se faire. C’est le Olam Hazé qui deviendra le Olam haba.]

 

L’idée importante : Tant Dieu de sa part, ce qu’il a exprimé à travers la parole des prophètes, que l’homme pour la sienne, ne sont pas satisfaits du monde parce que c’est soit le monde de Dieu sans l’homme, soit le monde de l’homme sans Dieu.

 

Le Talmud (Sanhédrin 97b) formule la certitude de l’avènement messianique de la manière suivante :

Dayo léevel méevlo.
Celui qui est en deuil finira par saturer (de son deuil)

 

Inévitablement le deuil prendra fin. Un deuil permanent n’existe pas. A relier à ce que j’ai dit en passant en définissant la Torah comme Torat Aharon. Une religion qui serait une religion de deuil. Ce n’est pas juif en tout cas.

 

Toutes les communautés qui basculent dans ce profil de la religion triste de la cérémonie de deuil où la cérémonie religieuse se passe entièrement dans des prières de deuils, finissent par disparaître.

 

Moi, de tradition séfarade j’ai été impressionné par cette tendance du judaïsme séfardi originel, espagnol et portugais, parce que c’est la définition même de la religiosité de l’âme espagnole et portugaise pour laquelle l’expérience religieuse est l’expérience du deuil. Un deuil inouï dans cette religion vécue en tant que deuil. La formule la plus direct c’est de dire cela : il y a une espèce de prise de conscience que exister c’est un mal. Et par conséquent la vie revient à expier le fait d’exister. C’est la culpabilité d’être... Méfiez-vous ! La névrose religieuse, même de ce genre, guette même les juifs.

 

C’est contre cela que la ’Hassidout a voulu réagir en basculant du côté de Torat Mosheh par le chant, la danse, la joie, le rire, l’étude heureuse... mais je crains que même au sein de la ’Hassidout ce danger de la religion de deuil est toujours présent.

 

***

 

Lien entre le rappel du Shabat et le fait de la construction du Mishkane.

Il y a là un 1er principe très important : on pourrait croire que pour l’heure qui consiste à construire le Temple, on puisse utiliser le feu le Shabat de même que ce sera possible lorsque le Temple sera construit. Alors la Torah vient nous prévenir de l’alliance du Shabat : pendant le 7ème jour de la construction du Mishkane, lorsque le Mishkane sera enfin construit, dans le Mishkane le feu est autorisé. Comprenez par vous-mêmes les implications de cela.

 

Question :

 

Quoiqu’il en soit les commentaires se demandent pourquoi ce rappel de l’alliance du Shabat en tête de la Parashah de Vayqhel ?

 

Réponse :

La faute du veau d’or est une faute d’idolâtrie, mais ce n’est pas n’importe quel idolâtrie : d’après les versets du récit de Ki Tissa, la partie du peuple qui a induit  la faute du veau d’or, ne voulait pas remplacer Dieu par une idole mais Moïse. La faute est celle de l’idolâtrie du médiateur. Lorsque Moïse a tardé de redescendre de la montagne, le peuple qui a réclamé une idole à Aaron a dit très clairement :

 

KiTissa 32 :1

וַיַּרְא הָעָם, כִּי-בֹשֵׁשׁ מֹשֶׁה לָרֶדֶת מִן-הָהָר; וַיִּקָּהֵל הָעָם עַל-אַהֲרֹן, וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו קוּם עֲשֵׂה-לָנוּ אֱלֹהִים אֲשֶׁר יֵלְכוּ לְפָנֵינוּ--כִּי-זֶה מֹשֶׁה הָאִישׁ אֲשֶׁר הֶעֱלָנוּ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, לֹא יָדַעְנוּ מֶה-הָיָה לוֹ

Vayar ha'am ki-voshesh Moshe laredet min-hahar

Et le peuple vit que Moïse tardait à redescendre de la montagne

vayikahel ha'am al-Aharon

et le peuple s’est assemblé sur Aharon

vayomrou elav koum

et lui dit «lève-toi » !

aseh-lanou elohim

fais-nous des dieux

asher yel’hou lefaneynou

qui marcheront devant nous

ki-zeh Moshe ha'ish

car celui-là l’homme Moïse

asher he'elanou me'erets Mitsrayim

qui nous a fait monter du pays d’Egypte

 lo yadanou meh-hayah lo.

Nous ne savons pas ce qu’il est advenu de lui.

 

 L’intention de cette idolâtrie était de remplacer Moïse. Or, précisément

.../...

 

nous avons énormément d’enseignements du Talmud qui enseignent que celui qui pratique le Shabat comme il faut même s’il est idolâtre comme au temps d’Enosh cela lui est pardonné.

 

Talmud [Shabbat 118B]:

(R. Chiya bar Aba): Shomer Shabat kéhilrato afilou oved avodah zara kélo Enosh moralim lo shene emar shomer shabat me’halelo : tout celui qui pratique correctement un Shabat même s’il pratique la Avoda Zara comme Enosh il lui est pardonné. Comme il est écrit :  Kol Shomer Shabat Mechalelo. (Isaïe 55.7) Al tiqrei mechalelo ela machul lo.

 

 [Isaïe 55-7 : כָּל-שֹׁמֵר שַׁבָּת מֵחַלְּלוֹ, וּמַחֲזִיקִים בִּבְרִיתִ tous ceux qui observent le sabbat et ne le profanent point, qui persévèrent dans mon alliance.]

La Guémara dit : Al tiqré me’halelo Aval Ma’houl lo : Ne lit pas « Me’halélo il ne le profane pas » mais « il est pardonné ».

 

Un verset d’Isaïe dit avec qui Dieu contracte alliance : une des définitions du Tsadik avec qui Dieu contracte alliance c’est : celui qui est Shomer Shabat Me’halelo : celui qui observe le Shabat avec scrupule pour éviter de le profaner.

"kol shomer Shabbat mechalelo" (Yishayahou 55:7)

Al tikrei mechalelo elah, machol lo

Le Talmud nous demande de lire : Shomer Shabat ma’hol lo

Celui qui observe vraiment le Shabat comme il faut il lui est pardonné.

 

Que lui est-il pardonné ? La faute qui concerne l’alliance du Shabat qui est la faute d’idolâtrie.

En effet, l’alliance du Shabat c’est de reconnaitre que le monde a un Créateur. Et si je reconnais quelque réalité que ce soit, autre que le Créateur comme divinité, c’est cela l’idolâtrie.

Il y a donc contradiction absolue entre le Shabat et l’idolâtrie. En conséquence, celui qui pratique vraiment le Shabat est dégagé de toute idolâtrie. Même s’il est engagé dans une idolâtrie KéDor Enosh comme du temps de la génération de Enosh, on lui pardonne.

 

Il est important de savoir ce lien entre l’alliance du Shabat et l’interdiction de l’idolâtrie.

 

Ce qui s’est produit, c’est la faute d’idolâtrie ; et par conséquent, en introduction à la reprise des commandements concernant la construction du Mishkane on va nous rappeller le principe de l’alliance du Shabat.

 

Il y a plusieurs fois le rappel de l’alliance du Shabat dans la Torah mais je vous parle de ce texte-là.

 

Vayaqhel 35.1:

וַיַּקְהֵל מֹשֶׁה, אֶת-כָּל-עֲדַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל--וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם:  אֵלֶּה, הַדְּבָרִים, אֲשֶׁר-צִוָּה יְהוָה, לַעֲשֹׂת אֹתָם

Vayakhel Moshe et-kol-adat beney-Yisra'el

Et Moïse assembla toute l’assemblée des Bnei Israël (c’est l’ensemble des tribunaux d’Israël)

vayomer alehem eleh hadevarim asher-tsivah Adonay la'asot otam.

Et il leur a dit : voici les paroles que Hashem a prescrit pour les faire

 

35 :2

שֵׁשֶׁת יָמִים, תֵּעָשֶׂה מְלָאכָה, וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי יִהְיֶה לָכֶם קֹדֶשׁ שַׁבַּת שַׁבָּתוֹן, לַיהוָה; כָּל-הָעֹשֶׂה בוֹ מְלָאכָה, יוּמָת

Sheshet yamim te'asseh melakhah

Pendant 6 jours le travail sera fait. (Melakhah = il s’agit de l’oeuvre de la construction du Mishqane.)

ouvayom hashvi'i

et le 7ème jour

 yihyeh lakhem kodesh

vous sera consacré

Shabat Shabaton l'Adonay

Shabat de Shabat pour Hashem

kol-ha'osseh vo melakhah youmat.

Tout celui qui travaillera en lui mourra

 

Q : … (?)

R : On pourrait croire que puisque dans le temple le 7ème jour, le feu est permis alors par induction on aurait pu penser que dans certaines conditions de culte dans la maison même on aurait pu l’employer en dehors du  Beit hamiqdash…

C’est la différence entre le Réshout haya’hid (privé) et le Réshout harâbim (public).

Il n’y a que dans le Réshout haya’hid de Yi’houd shel Olam que c’est possible et pas dans le Réshout harabim.

 

Je profite de votre question pour vous parler des 39 travaux reliés à l’interdiction du travail le Shabat, le 1er sens du mot Avodah – le travail – c’est la construction de la maison parfaite où l’homme parfait - le grand-prêtre – habillé des habits parfaits mangera le repas parfait et respirera le parfum parfait. Un vrai repas s’accompagne de parfums...

…/…

lire la suite

 

***

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans PARASHAT HASHAVOUA
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