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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 15:05

Parasha - Vaera 95

 

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/vaera_serie_1995/cours_1

Face A

 

On va étudier plusieurs thèmes du début de la Parashah et il faudra se référer aux derniers versets de la Parashah précédente. Avant cela je commence par une question du corps de la Parashah :

1ère étude : Etude du thème du milieu de Parashah.

 

Chapitre 6 Verset 13 :

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה וְאֶל-אַהֲרֹן, וַיְצַוֵּם אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאֶל-פַּרְעֹה מֶלֶךְ מִצְרָיִם--לְהוֹצִיא אֶת-בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Vayedaber Adonay el-Moshe ve'el-Aharon vayetsavem el-beney Yisra'el ve'el Par'oh melekh Mitsrayim lehotsi et-beney-Yisra'el me'erets Mitsrayim.

Alors l'Éternel parla à Moïse et à Aaron; il leur donna des ordres pour les enfants d'Israël et pour Pharaon, roi d'Égypte, afin de faire sortir les enfants d'Israël du pays d'Égypte.

 

Un dénombrement inachevé :

 

Il y a souvent un rappel du dénombrement d’Israël, pour savoir à la fois s’il y a un nombre minimum suffisant par tribus et dans l’ensemble parce qu’il est nécessaire qu’il y ait un nombre minimum – mispar - comme véhicule de la présence de la collectivité pour que la Shekhinah puisse résider sur Israël. Chaque fois qu’il y a nécessité d’un dénombrement bien que d’une façon générale la Torah interdit les dénombrements.

Chaque fois qu’il y a un événement dont le résultat est le risque d’une diminution du nombre des personnes en Israël et dans l’ensemble, risque de la disparition du nombre des familles porteurs de noms particuliers de l’ensemble des noms d’Israël, alors il est nécessaire de provoquer quand même un dénombrement. Et ce dénombrement se fait par le biais de l’offrande des Shekalim qui permettait d’entretenir le culte des sacrifices d’expiation au temple. 

 

La Torah considère que le fait de dénombrer au niveau de la quantité un groupe humain consiste à prendre le risque d’évacuer la dignité de la personne humaine individuelle. C’est un problème que j’ai étudié la 1ère fois avec Monsieur Néher, qui étudiait la notion de masse. Tout ce vocabulaire moderne parle des ensembles humains en les objectivisant, en en faisant des objets : la notion de masse et de foule... Le fait de risquer d’évacuer la dignité géniale de la personnalité individuelle de chacun. C’est un des graves dangers de la civilisation moderne. Mr. Néher l’avait étudié (Cf. son livre « l’existence juive ») à propos de la civilisation de Babel. Lorsqu’une société arrive à ce niveau de société fonctionnelle, il y a ce risque de perte de l’attention qu’il y a à porter à la personne dans sa qualité propre, et la Torah l’interdit.

 

Mais lorsqu’il y a nécessité de  procéder à un dénombrement alors il ne se fait pas en comptant les personnes mais en comptant le ‘hetsi-shekel le demi-shekel qui sont donnés, et la Torah le définit comme étant le substitut d’expiation de chaque personne « אִישׁ כֹּפֶר נַפְשׁוֹ  ish kofer nafsho ».

 

Un dénombrement :

Le fait de dénombrer un groupe humain revient en fin de compte à poser la question : combien d’individus sont dignes de porter l’identité du groupe ?

Or, en cours d’histoire, chaque individu entre dans l’histoire de sa propre destinée comme un parmi les autres. Et puis nous avons tout le temps de la vie pour mériter le nom qui nous a été donné.

Par conséquent, lorsqu’il y a un dénombrement, c’est une mise en jugement de chaque personne de chaque individu qui se fait. C’est la raison pour laquelle le dénombrement est dangereux.

 

Le fait de dénombrer c’est interpeller chacun qui fait partie d’un groupe, le sortir de l’abri de l’anonymat du groupe, de la collectivité, l’interpeller à l’échelle individuelle et le faire passer en jugement : mérite tu ce nom qu’on t’a donné de Israël ?

 

Bien évidemment, avant la fin de la destinée de chacun on n’a pas atteint ce niveau de mérite ; et le fait d’être interpellé par ce jugement avant, est dangereux. 

 

En termes plus populaires : dénombrer apporte le mauvais œil. La formule n’est pas fausse dans le contenu employé par les sages de l’antiquité, mais dans la bouche des modernes avec ce sens de superstition incompréhensible c’est à évacuer. Cela ne veut pas dire que ce n’est pas vrai. La notion de « Ayin hara » correspond à une réalité. 

 

Le dénombrement est le fait de faire passer en jugement les individus que l’on dénombre voir s’ils équivalent déjà au mérite du nom qu’on est censé leur attribuer...

 

Il y a ici un dénombrement avec cette caractéristique qu’il s’arrête en plein milieu. C’est vraiment un des mystères du texte biblique. J’ai souvent pris le temps de chercher des sources qui indiqueraient une explication, je n’en ai pas trouvé. 

 

Je n’ai pas de sources à ce que je vais dire :

 

Pendant les 1ères révélations que Dieu donne à Moïse et Aharon au moment où ils sont chargés d’aller trouver en Egypte, et Pharaon et ses serviteurs, et les Hébreux pour leur annoncer que le temps est venu de mettre fin à l’exil d’Egypte. Nous sommes dans les 1ères péripéties de ces révélations.

 

Chapitre 6 verset 13

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה וְאֶל-אַהֲרֹן, וַיְצַוֵּם אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאֶל-פַּרְעֹה מֶלֶךְ מִצְרָיִם--לְהוֹצִיא אֶת-בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Vayedaber Heshem el-Moshe ve'el-Aharon

Et Hashem a parlé à Moïse et Aharon

vayetsavem el-beney Yisra'el ve'el Par'oh melekh Mitsrayim

Et les a recommandé par rapport aux enfants d’Israël et à Paro roi d’Egypte 

lehotsi et-beney-Yisra'el me'erets Mitsrayim.

Pour être capable de sortir les enfants d’Israël du pays d’Egypte

 

L’objectif étant de faire sortir les enfants d’Israël du pays d’Egypte.

 

Ce verset est important d’autre part par le fait qu’il nous indique qu’il va y avoir deux obstacles à cette mission : de la part des Hébreux eux-mêmes et de la part de l’Egypte.

 

De la part des Hébreux eux-mêmes : Dieu ordonne Moïse et Aharon de faire des efforts pour convaincre les Hébreux de sortir d’Egypte. Nous sommes familiers à l’histoire une fois accomplie, alors on à l’habitude d’imputer le mérite de la sortie d’Egypte au désir des Hébreux de mettre fin à l’exil, il y a toujours une élite, une avant-garde qui a toujours existé mais l’immense majorité des Hébreux d’Egypte a résisté au message de Moïse et Aharon. C’est la raison pour laquelle il y a eu tant de difficultés pour cette sortie d’Egypte. Le Midrash compare la fin d’exil à l’accouchement. Le Midrash explique qu’il y a trois manières d’accoucher :

ð  Sans douleur.

ð  Avec douleur.

ð  Césarienne : intervention du César, le Hitler contemporain… 

 

Effectivement, à chaque fin d’exil on s’aperçoit que c’est un accouchement, le peuple d’Israël sort de la civilisation de ce temps-là à la manière d’un enfant qui va naître  sort de la matrice maternelle. Mais la plupart du temps cette matrice est la matrice d’une marâtre, c’est la raison pour laquelle cela ne va pas et cela se passe dans les difficultés.

 

Ce qu’il faut comprendre, c’est que la plupart du temps cette matrice devient marâtre parce que l’enfant ne veut pas naître. L’enfant empoisonne la mère qui empoisonne l’enfant...

 

Ce sont les grandes crises d’antisémitisme de la fin des périodes d’exil. Pourquoi ? Le verset nous l’explique  en faisant allusion à ces deux obstacles : l’enfant ne veut pas naître et la mère ne veut pas le laisser naître.

 

Il y a une interaction dans cette espèce d’obstacle de l’événement.

L’ordre de la difficulté vient d’abord des Bnei-Israël et ensuite du Pharaon.

Cela éclaire un peu mieux d’une part le récit de la sortie d’Egypte et d’autre part ce qui s’est passé de notre temps à la fin de l’exil de 2000 ans dont nous sortons avec l’état d’Israël en relation avec tous ces événements de persécutions commencées il y a une centaine d’année et les retentissement qu’il y a dans la réciprocité de la responsabilité entre le peuple juif et ses persécuteurs et cet énorme chose qui s’est passé qu’on appelle la Shoah mais qui n’a été que le point culminant d’un processus qui commence il y a à peu près 150 ans en Europe.

 

Ce verset va donc introduire ce dénombrement dont je vous parle.

 

6:14

אֵלֶּה, רָאשֵׁי בֵית-אֲבֹתָם:  בְּנֵי רְאוּבֵן בְּכֹר יִשְׂרָאֵל, חֲנוֹךְ וּפַלּוּא חֶצְרֹן וְכַרְמִי--אֵלֶּה, מִשְׁפְּחֹת רְאוּבֵן

Eleh rashey veyt-avotam beney Re'ouven bechor Yisra'el

Voici les chefs des maisons paternelles des enfants de Reouven 1er né d’israël

‘Hanokh ouFalou ‘Hetsron veKharmi

‘Hanokh et Falou, ‘Hetsron et Kharmi

eleh mishpe’hot Re'ouven.

Ce sont les familles de Ruben

 

6 :15

וּבְנֵי שִׁמְעוֹן, יְמוּאֵל וְיָמִין וְאֹהַד וְיָכִין וְצֹחַר, וְשָׁאוּל, בֶּן-הַכְּנַעֲנִית; אֵלֶּה, מִשְׁפְּחֹת שִׁמְעוֹן

Ouveney Shim'on

Yemou'el veYamin ve'Ohad veYakhin veTsochar veSha'ul ben-haKna'anit

Fils de Siméon: Yemouel, Yamîn, Ohad, Yakhin, Çôhar et Chaoul, fils de la Cananéenne

eleh mishpechot Shim'on.

Ce sont les familles de Shimon

 

6 :16

וְאֵלֶּה שְׁמוֹת בְּנֵי-לֵוִי, לְתֹלְדֹתָם--גֵּרְשׁוֹן, וּקְהָת וּמְרָרִי; וּשְׁנֵי חַיֵּי לֵוִי, שֶׁבַע וּשְׁלֹשִׁים וּמְאַת שָׁנָה

Ve'eleh shmot bney-Levi letoldotam

Et voici les noms des enfants de Lévi selon leurs engendrements

 

La formule a changé, pour la tribu de Lévi elle est beaucoup plus précise parce qu’il va s’agir de l’ordre même des engendrements.

 

Gershon ouKehat ouMerari

oushney ‘hayey Levi sheva oushloshim oume'at shanah.

Et les années de vie de Lévi 137 ans

 

6:17

בְּנֵי גֵרְשׁוֹן לִבְנִי וְשִׁמְעִי, לְמִשְׁפְּחֹתָם

Beney Gershon Livni veShim'i lemishpe’hotam

Les enfants de Guershom, Livni et Shmi selon leur familles

 

Un élève du Rav Kook, un des grand maître de la génération, français converti au judaïsme Abraham Livni qui s’appelait Leblanc. Quand il a cherché un nom il a pris Livni.

 

6:18

וּבְנֵי קְהָת--עַמְרָם וְיִצְהָר, וְחֶבְרוֹן וְעֻזִּיאֵל; וּשְׁנֵי חַיֵּי קְהָת, שָׁלֹשׁ וּשְׁלֹשִׁים וּמְאַת שָׁנָה

Ouveney Kehat Amram veYitshar ve’Hevron ve'Ouziel

Et les enfants de Qehat Amram et Yitshar et ‘Hevron et Ouziel

oushney chayey Kehat shalosh oushloshim oume'at shanah

Et les années de vie de Qehat 133 ans.

 

6:19

וּבְנֵי מְרָרִי, מַחְלִי וּמוּשִׁי; אֵלֶּה מִשְׁפְּחֹת הַלֵּוִי, לְתֹלְדֹתָם

Ouveney Merari Machli ouMoushi

eleh mishpechot haLevi letoldotam.

Et les enfants de Merari, Ma’hli et Moushi 

Voici les familles de Lévi selon leurs engendrements

 

6:20

וַיִּקַּח עַמְרָם אֶת-יוֹכֶבֶד דֹּדָתוֹ, לוֹ לְאִשָּׁה, וַתֵּלֶד לוֹ, אֶת-אַהֲרֹן וְאֶת-מֹשֶׁה; וּשְׁנֵי חַיֵּי עַמְרָם, שֶׁבַע וּשְׁלֹשִׁים וּמְאַת שָׁנָה

Vayika’h Amram et-Yocheved dodato lo le'ishah

Prit Amram Yokheved sa tante pour lui pour femme

vateled lo et-Aharon ve'et-Moshe

elle lui enfanta Aharon et Moïse (Myriam n’est pas mentionnée ?)

oushney ‘hayey Amram sheva ushloshim oume'at shanah.

Et les années de vie de Amram 137 ans.

 

6 :21

וּבְנֵי, יִצְהָר--קֹרַח וָנֶפֶג, וְזִכְרִי

Ouveney Yitshar Kora’h vaNefeg veZikhri

Fils de Yiçhar: Coré, Néfeg et Zikri.

 

6 :22

וּבְנֵי, עֻזִּיאֵל--מִישָׁאֵל וְאֶלְצָפָן, וְסִתְרִי

Ouveney Ouziel Misha'el ve'Eltsafan veSitri

Fils d'Ouzziel: Michaël, Elçafân et Sithri.

 

6 :23

וַיִּקַּח אַהֲרֹן אֶת-אֱלִישֶׁבַע בַּת-עַמִּינָדָב, אֲחוֹת נַחְשׁוֹן--לוֹ לְאִשָּׁה; וַתֵּלֶד לוֹ, אֶת-נָדָב וְאֶת-אֲבִיהוּא, אֶת-אֶלְעָזָר, וְאֶת-אִיתָמָר

Vayika’h Aharon et-Elisheva bat-Aminadav a’hot Na’hshon

Aharon prit Elishevah, fille de Aminadav, soeur de Na’hshon

lo le'ishah

pour lui pour femme

vateled lo et-Nadav ve'et Avihou et-El'azar ve'et Itamar.

Elle lui enfanta Nadav et Avihou, Eleazar et Itamar.

 

La Torah tient à mettre en évidence le nom de Elisheva femme de Aharon mais par ce biais-là elle cite Na’hshon ben Aminadav parce qu’il va jouer un rôle très important lors de la sortie d’Egypte. Au moment du passage de la mer rouge, les Hébreux sont dans une impasse totale : devant, la mer et derrière, l’armée égyptienne ! 

 

Il est impossible d’envisager un salut quelconque au niveau des lois de la nature. Moïse entreprend de prier et Dieu le stoppe en lui disant que ce n’est pas le temps de la prière.

 

Beshala’h 14 :15

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה, מַה-תִּצְעַק אֵלָי; דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, וְיִסָּעוּ

« Vayomer Adonay el-Moshe mah-titsak elay daber el-beney-Yisra'el veyissaou ».

Pourquoi cries-tu vers Moi ? Parles aux enfants d’Israël et qu’il avance-voyage ».  

 

Le Midrash enseigne sur cette scène importante: Il y a 4 parties qui sont apparus dans le peuple d’Israël qui ressemblent énormément aux 4 partis permanents à travers lesquels la société juive se divise chaque fois qu’il faut prendre une grande décision pour la survie d’Israël – c’est un peu ce qui se passe actuellement :

ð  les uns proposent de se préparer à la prière.

ð  les uns proposent de se préparer à la guerre.

ð  les uns sont découragés et veulent retourner en Egypte.

ð  les uns sont prêts au suicide dans la mer.

Cela s’étudie dans le texte de la Parashah de Beshala’h, Moïse y choisit aussi la prière et Dieu lui dit que ce n’est pas le temps de la prière

 

Le Midrash donne les 4 attitudes qui sont non pas légitimes mais objectivement naturelles chaque fois qu’il y a confrontation d’une société en tant que collectivité a un destin de survie on s’aperçoit qu’il y a ces 4 réactions.

 

Or, le problème c’est qu’il y a division, chacun choisissant une stratégie indépendamment des autres. Si les 4 stratégies étaient vécues ensembles alors il n’y aurait pas de danger ; et ces 4 stratégies, étant vécues ensemble, se modifieraient chacune d’entre elles. C’est lorsqu’elles sont séparées l’une de l’autre qu’elles deviennent inefficaces et même nocives.

 

Je vous donne un exemple : lorsque Jacob devait rencontrer Esaü, il s’est préparé à 3 stratégies :

la guerre, la prière, les concessions.

 

C’est exactement ce que nous sommes en train de vivre : une partie du peuple préfère prier et se taire, une autre partie préfère se préparer à la guerre, et une autre partie est prête aux concessions jusqu’à la concession perpétuelle. Le défaut de chacune d’entre elles est de s’isoler. Si c’est les 3 à la fois elles sont efficaces. Pour Jacob, elles furent efficaces car il fut capable à lui seul de ces trois stratégies à la fois.

 

Rassurez-vous, ceux qui connaissent bien la société israélienne savent qu’il y a un courant central en Israël discret vis-à-vis des médias qui est cependant capable de ces trois stratégies à la fois. Les médias ne parlent que des courants isolés, marginaux, représentant une seule dimension, depuis la sortie d’Egypte c’est le même problème.

 

A ce moment-là, Dieu dit à Moïse : « Je ne peux pas intervenir donc ce n’est pas la peine de prier parce qu’il n’y a pas un surplus de mérite pour Israël vis à vis de ces ennemis ». (J’interprète et ce ne sont pas les mots exacts du Midrash).

 

Au moment où Dieu s’apprête à sauver Israël de l’armée égyptienne, l’ange tutélaire de l’Egypte intervient contre la complaisance divine envers le peuple d’Israël. (La notion de « peuple élu » n’est pas traditionnelle c’est une invention de la théologie chrétienne. Mon ami André Chouraqui a dit un jour: « ce soi-disant « peuple élu » est depuis longtemps en ballotage ». En ballotage c'est-à-dire balloté…) C’est un invention chrétienne, c’est tout à fait autre chose. Parce que cela voudrait dire qu’il faut mériter l’élection. Alors qu’il s’agit de tout à fait autre chose.).

L’ange intervient  en soulignant qu’Israël est capable des défauts reprochés aux Égyptiens (idolâtrie-débauche-meurtre). Dieu dit à Moïse : il n’y a pas de surcroit de mérite ! Si vous acquérez un mérite supplémentaire, Je peux intervenir. Ce mérite c’est la Emounah. C’est l’épreuve colossale de la Emounah.

 

14:15 

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה, מַה-תִּצְעַק אֵלָי; דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, וְיִסָּעוּ

Daber el-beney-Yisra'el veyissaou 

Parles aux enfants d’Israël et qu’ils avancent.

 

[Talmud Bavli, traité Sota, page 37A

Rabbi Meir disait : quand les enfants d’Israël arrivèrent devant la mer, les tribus se disputèrent. L’une disait : «Je descendrai en premier dans l’eau», tandis que l’autre lui répondait : «Non ! C’est moi qui descendrai en premier !». La tribu de Benjamin s’élança et descendit en premier dans la mer comme il est dit : «Là-bas, c’est Benjamin le plus jeune, qui les domine» (Ps 68), ne dit pas rodem (qui les domine), mais rad yam (il a affronté la mer).

Les princes de la tribu de Juda l’attaquèrent, comme il est dit : «Les princes de Juda s’avancent avec leurs frondeurs» (Ps 68). C’est pour cette raison que Benjamin le juste mérita d’être l’hôte de la divine Majesté, comme il est écrit «L’Eternel réside entre ses épaules» (Deutéronome 33).

Rabbi Yéhouda lui dit : cela ne se passa pas ainsi. En fait aucune des tribus ne voulait descendre dans la mer, jusqu’à ce que Na’hshon fils d’Aminadav s’élança et se jeta dans la mer, comme il est marqué «Ephraim m’a entouré de mensonges et de duplicité la maison d’Israël. Mais Juda est soumis à dieu et attaché au très haut» (Hochea 12) (…) Au même moment, Moïse s’alanguissait dans sa prière. Le Saint béni soit-Il lui dit : «Les miens se noient dans la mer, et toi tu t’alanguis dans ta prière ? Il lui répondit : «Que puis-je faire d’autre?» il lui dit : parle aux enfants d’Israël et qu’ils avancent ! Et toi lève ton bâton, étends

ta main sur la mer et fends-la. C’est pour cela que Juda mérita le pouvoir royal comme il est

dit «Juda devint son sanctuaire, Israël fut son domaine». Qu’elle en est la raison ? Parce que

«la mer vit (Nah’shon rentrer dans l’eau) et se retira».]

 

Un a eu le courage de se jetter dans la mer et l’a ouvert pour tous les autres, il s’appelait  Na’hshon ben Aminadav.

 

En hébreu moderne israélien pour dire ces avant-gardistes pionniers, les premiers de cordées qui défrichent, ont les nomment les na’hshonim.

 

6 :24

וּבְנֵי קֹרַח, אַסִּיר וְאֶלְקָנָה וַאֲבִיאָסָף; אֵלֶּה, מִשְׁפְּחֹת הַקָּרְחִי

Ouveney Kora’h Assir ve'Elkanah va'Aviassaf Eleh mishpe’hot haKorkhi.

Fils de Coré: Assir, Elkana et Abiasaf. Voici les familles de Korkhri

 

6 :25

וְאֶלְעָזָר בֶּן-אַהֲרֹן לָקַח-לוֹ מִבְּנוֹת פּוּטִיאֵל, לוֹ לְאִשָּׁה, וַתֵּלֶד לוֹ, אֶת-פִּינְחָס; אֵלֶּה, רָאשֵׁי אֲבוֹת הַלְוִיִּם--לְמִשְׁפְּחֹתָם

Ve'El'azar ben-Aharon Laka’h-lo mibenot Poutiel lo le'ishah vateled lo et-Pin’has

eleh rashey avot haLevi'im lemishpe’hotam.

Quant à Éléazar, fils d'Aaron, il choisit pour femme une des filles de Poutïel et elle lui enfanta Phinéas. Telles sont les souches paternelles des Lévites, selon leurs familles.

 

On entreprend ici semble-t’il l’énumération du dénombrements des tribus d’Israël à partir du fils aîné d’Israël, Réouven, on arrive à Shimon puis Lévi, c’est fait en détail, et on y met en évidence des noms importants comme Na’hshon, comme Pin’has qui va jouer un grand rôle par la suite…

 
Verset 26

הוּא אַהֲרֹן, וּמֹשֶׁה--אֲשֶׁר אָמַר יְהוָה, לָהֶם, הוֹצִיאוּ אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, עַל-צִבְאֹתָם

Hou Aharon ouMoshe asher amar Adonay lahem

hotsi'ou et-beney Yisra'el me'erets Mitsrayim al-tsiv'otam.

C’est lui Aharon et Moïse à qui Dieu a dit:

Faites sortir les enfants d’Israël du pays d’Egypte en ordre de combat

 

6 :27

הֵם, הַמְדַבְּרִים אֶל-פַּרְעֹה מֶלֶךְ-מִצְרַיִם, לְהוֹצִיא אֶת-בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם; הוּא מֹשֶׁה, וְאַהֲרֹן

Hem hamedabrim el-Par'oh melekh-Mitsrayim

lehotsi et-beney-Yisra'el miMitsrayim hou Moshe ve'Aharon.

Ce sont eux qui parleront à Pharaon roi d’Egypte

Pour faire sortir les enfants d’Israël d’Egypte luiMoïse avec Aharon

 

6 :28

וַיְהִי, בְּיוֹם דִּבֶּר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה--בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם

Vayehi beyom diber Adonay el-Moshe be'erets Mitsrayim

Et il arriva à partir du jour ou Hashem parla à Moïse au pays d’Egypte

 

Et commence le récit de l’intervention de Moïse et Aharon chez les Pharaon et chez les Hébreux. Et là s’arrêtent le dénombrement.

 

Question :

 

Pourquoi la Torah arrête-t’elle le dénombrement en plein milieu ?

S’il s’agissait de dire qui est Moïse et Aharon, alors la formule aurait pu être autre, mais pas forcément ce dénombrement qui apparemment devrait être exhaustif mais qui s’arrête à Moïse et Aharon.

 

Revenez au premier verset cité:

 

14:13

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה וְאֶל-אַהֲרֹן, וַיְצַוֵּם אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאֶל-פַּרְעֹה מֶלֶךְ מִצְרָיִם--לְהוֹצִיא אֶת-בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

Vayedaber Heshem el-Moshe ve'el-Aharon

Et Hashem a parlé à Moïse et Aharon

vayetsavem el-beney Yisra'el ve'el Par'oh melekh Mitsrayim

Et leur prescrit par rapport aux enfants d’Israël et à Paro roi d’Egypte 

lehotsi et-beney-Yisra'el me'erets Mitsrayim.

Pour être capable de sortir les enfants d’Israël du pays d’Egypte

 

Il y a là la nécessité d’identifier Moïse et Aharon car jusque-là on n’en a parlé que incidemment. Il manque à les identifier du point de vue des engendrements d’Israël.

 

On pourrait expliquer qui sont Moïse et Aharon sans les insérer dans un dénombrement !

Ici, à deux reprises, il s’agit d’identifier Moïse et Aharon.

 

Q : est-ce parce que les enfants de Moïse ne seront pas à la hauteur que le dénombrement s’arrête ?

R : non, c’est vrai mais c’est un tout autre contexte.

 

[En général, pour bien comprendre la réponse à une question il faut comprendre la logique de la question. Si la question est bien formulée, la réponse est dans la question. Il y a deux types de questions : question d’ignorance et question d’objection. Les questions d’objection doivent toujours être selon le Hiniane, le sujet. Vos réponses sont exactes pour elles-mêmes mais ne se rattachent pas au Hiniane, il faut comprendre la cohérence de la logique de la question.]
 

Je simplifie la question : s’il s’agissait d’identifier Moïse et Aharon, il était possible d’avoir une forme de texte beaucoup plus simple identifiant Moïse et Aharon, mais pas ce que nous avons-là qui commence à entreprendre le dénombrement systématique depuis Réouven et qui s’arrête avec Moïse et Aharon ?

 

On pourrait croire que l’on vient de citer tous les personnages important pour la sortie d’Egypte ? Mais non puisque dans le reste des tribus d’Israël se trouvent d’autres personnages tout aussi importants.

 

Cherchez de votre côté, il n’y a rien chez les commentateurs. C’est un ’Hidoush que l’on attend depuis 2000 ans.

 

***

 

Bo chapitre 12

 

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה וְאֶל-אַהֲרֹן, בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם לֵאמֹר

Vayomer Hashem el-Moshe ve'el-Aharon be'erets Mitsrayim lemor.

Et Hashem dit à Moïse et à Aharon dans le pays d’Egypte en disant

 

Une particularité que je ne veux pas étudier :

Il faudrait s’attendre à Vaïdaber... lemor, mais ici il y a Vayomer...lémor. 

 

הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם, רֹאשׁ חֳדָשִׁים:  רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם, לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה

Ha’hodesh hazeh lakhem rosh ‘hodashim

Ce mois-ci (est) pour vous tête des mois

rishon hou lakhem le’hodeshey hashanah.

Il sera le premier des mois de l’année pour vous.

 

La 1ère des Mitsvot qui est donnée à Israël, la Torah d’Israël, il y a eu quelques Mitsvot qui ont déjà été données depuis le 1er homme jusqu’aux patriarches. Mais ces Mitsvot n’ont pas forces de loi. Même celles données aux Patriarches ne prennent obligation et force de loi comme commandement  pour Israël qu’à partir de la révélation du Sinaï.

Mais la 1ère des Mitsvot  données et qui fait partie de la Torat Mosheh c’est ce verset-là qui institue l’ordre nouveau du calendrier à partir de la sortie d’Egypte.

 

Nous avons une 1ère période dans l’histoire d’Israël qui est la période des Pères depuis Abraham jusqu’à Moïse. La période des Avot. Les 3 Avot sont Abraham-Isaac-Jacob mais cette période d’Israël dans l’être-père d’Israël va jusqu’à la sortie d’Egypte.

 

Différence de catégories entre les Avot et les Banim :

 

A partir de la sortie d’Egypte, ce sont les Bnei-Israël qui se constituent en collectivité de la descendance des Avot. Retenez bien cela parce que c’est une donnée qui a pratiquement disparu de l’étude, je ne sais pas pourquoi. Sans cette clef-là on ne peut pas comprendre beaucoup de choses dans la Torah.

 

Lorsque Dieu s’adresse aux Avot, Il ne s’adresse pas dans la dimension du commandement ou de l’obligation à réaliser une Mitsvah, Il s’adresse à eux dans un projet de promesse qui concerne précisément la descendance des Avot, la descendance des pères, lorsqu’elle se constituera en société, en collectivité. La révélation aux pères, c’est la révélation de la promesse. Tandis que la révélation aux fils, c’est la révélation de la loi.

 

Ce qui explique l’importance de ce verset qui revient si souvent : « Daber el Benei Israël » « Parle aux enfants d’Israël ».

 

La révélation de la loi concerne les enfants d’Israël en tant que peuple, en tant que société, alors que la révélation de Dieu aux pères nous dépasse infiniment. L’être-père, l’identité des pères, nous dépasse infiniment. C’est l’identité des Patriarches, et Dieu se révèle à eux dans une toute autre dimension. C’est la dimension de la Midah. Alors que celle des fils est la dimension de la Mitsvah.

 

La collectivité d’Israël comme peuple, et donc chaque individu au sein de la société réalise la parole de Dieu en réalisant des commandements d’obligations. Tandis que ces mêmes valeurs sont transmises aux patriarches dans la dimension de Midot, de qualités, de vertus. Les pères-engendreurs, les Avot, ont vécu d’après la Torah. Abraham à sa manière, Isaac à sa manière,  Jacob à sa manière, chacun d’entre eux était le juste de trois vertus différentes. Abraham la vertu de ’Hessed, Isaac la vertu de Din, et Jacob la vertu de Emet. Chacun à sa manière a vécu d’après la Torah mais c’est leur manière d’être, c’est leur vertu.

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Published by Rav Léon Askénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
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