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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 12:53

Toledot (1992)

 


http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/toledot_serie_1992__1/cours_1

Face A

 

 

Je suis admiratif de nos ancêtres qui étudiaient l’ensemble de la Parashah avant Shabat.

Indépendament du fait qu’il y a une Mitsvah de lire jusqu’au vendredi matin la Parashah 2 fois en hébreu et une fois dans le Targoum (ou 2 fois en hébreu et une fois Rashi, cela remplace le Targoum).

 

Avant d’aborder le récit de la Parashah à proprement parler, je voulais profiter de l’occasion du titre de la Parashah Toldot, je rappelle un certain nombres de principes suivrant lesquels la tradition a nommé et découpé les Parashiot.

 

Dans la tradition séfarade on dit Parashah pour dire le texte que l’on lit à la Torah le Shabat ou le jour de fête. Dans la tradition ashkénaze on dit Sidra. C’est à peu près le même sens, le mot est dérivé du mot Seder, l’ordre. Le texte a été divisé en 52 parashiot. Les années n’ont pas toujours le même nombres de semaines, mais on n’apprend d’autre part la manière dont cela correspond lorsqu’il y a plus ou moins de semaines, il y a un certain nombre de parashiot qui sont lues parfois ensembles dans certains shabat. La tradition a pris l’habitude de dénommer le texte que l’on appelera Sidra, en français « péricope », par le 1er mot important du 1er verset qui donne le thème général de la Paracha.

 

Pour la première Parashah, le mot de Béréshit désigne le livre de Bereshit et désigne la première Parashah du livre de Bereshit qui commence par le mot de Bereshit. Ainsi de suite pour toutes les autres sections de la semaine. Il y a un cas particulier pour la Parashah Toldot – le mot de Toldot qui est le mot important du 1er verset –

 

Toldot Chapitre 25 Verset 19 :

וְאֵלֶּה תּוֹלְדֹת יִצְחָק, בֶּן-אַבְרָהָם:  אַבְרָהָם, הוֹלִיד אֶת-יִצְחָק. 

Veeleh toldot Its’haq ben Avraham Avraham holid et-Yits’hak.

Et voici les engendrements d’Isaac fils d’Abraham Avraham engendra Isaac.

 

Il va y avoir un problème d’exégèse puisque le verset se propose de nous annoncer les engendrements d’Isaac fils d’Abraham et il commence la généalogie par le fait qu’Abraham engendra Isaac ? On attendrait que le texte dise : « Isaac engendra Essav et Esaü ». C’est d’ailleurs ce que Rashi va nous dire.

 

Rashi :

 וְאֵלֶה תּוֹלְדוֹת יִצְחָק

יַעֲקֹב וְעֵשָׂו הָאֲמוּרִים בַּפָּרָשָׁה

Veeleh toldot Its’haq, Yaaqov véEssav Haamorim baParshah :

Jacob et Esaü dont on parle dans cette parashah.

 

C’est difficile parce que il n’y a pas de place pour se tromper. Tout de suite on se rend compte que les engendrements de Isaac sont  Jacob et Esaü dont on parle dans cette Parashah.

 

Certains commentateurs de Rashi mettent en évidence que Rashi a voulu mettre l’ordre réel de ces deux frères : Il cite d’abord Jacob avant Esaü, alors que dans l’ordre du texte, Esaü nait avant Jacob.

Mais c’est un point très particulier du commentaire. En fait, le terme de Toldot, que je traduis ici par les engendrements, signifie par ailleurs en hébreu, l’histoire. Et il pourrait y avoir un doute concernant ce texte : est-ce que le texte se propose de raconter l’histoire d’Isaac fils d’Abraham. Et donc il parlerait aussi des engendrements d’Isaac ? ou bien est-ce que l’objet du texte est-il de parler des engendrement d’Isaac fils d’Abraham ?

 

Avant de retrouver ce niveau de la question, il faudait insister sur l’importance de ce terme. Ce terme de Toldot en hébreu signifie l’histoire.

 

Il y a d’autres termes pour dire le concept de l’histoire tel que le connait la culture occidentale. Il y a le mot moderne Historia qui a le même sens que le mot histoire. C’est l’histoire des événements.

 

Effectivement, suivant les écoles historiques : on choisit un ordre d’événements définis comme historiques, c’est-à-dire ayant une importance telle pour le déroulement de l’histoire humaine qu’il mérite d’être notés dans l’histoire des historiens.

 

C’est ce qu’on appelle un événement historique pour la science qui s’appelle l’histoire : c’est un événement dont l’importance a le niveau de généralité plus ou moins grand et irréversible pour l’avenir de l’histoire de l’humanité à partir du moment où cet événement a eu lieu. Par exemple on pourrait réfléchir sur l’importance relative de deux événements dits historiques comme la sortie d’Egypte ou le 14 jullet.

Le 14 juillet est un événement historique, d’ailleurs aujourd’hui il y a le drapeau français dans les rues de Jérusalem comme vous le savez, et puis la sortie d’Egypte comme événement historique.  

 

Donc chaque école historique va chercher le critère d’importance qui fait qu’un événement est réputé et dit historique.

 

En général à l’université israélienne, on se servira du terme de Historia pour définir l’histoire dans l’ordre de la synthèse d’événements reconstruite par tel ou tel historien, dans sa mentalité, à sa manière, quelque soit son objectif : restituer une atmosphère, ou une chronologie, ou les deux à la fois.

 

Mais il y a une tout autre catégorie en hébreu avant d’arriver à Toladot pour dire l’histoire, il y a  l’expression de Divrei hayamim – littéralement cela veut dire « les paroles/choses des jours ». C’est-à-dire ce qui est arrivé jour par jour. Divrei hayamim plus que l’histoire, signifie les annales.

 

Cela a une allure assez littéraire en hébreu. Lorsqu’en hébreu on veut dire l’histoire de tel ou tel peuple, on emploie l’expression de Divrei hayamim.

 

Retenez en tout cas cette nuance :

Historia : l’histoire des événements.

Divrei hayamim : les annales, la chronologie telle qu’un contemporain l’a noté et qui est restée pour l’avenir. Et non pas l’histoire au sens premier, où un savant dit historien reconstitue un passé auquel il n’a pas assisté, auquel il n’a pas vécu et le reconstitue à partir de documents qui sont des traces du passé, et lui servent de trame pour reconstituer une époque qui finalement, et là je vous donne mon point de vue de juif traditionnel, est imaginaire. Tous les livres d’histoires sont finalement une imagination historique beaucoup plus qu’une science historique lorsqu’on les confronte à ce qu’a été la mémoire d’un peuple ou d’une tradition lorsque cette mémoire a été traditionnelle et s’est vraiment transmise, perpétuée.

 

2 exemples : une impression que j’ai depuis assez longtemps et qui m’est confirmée par mes propres contemporains.

 

Avec mes propres contemporains, lorsqu’ils parlent d’événements auxquels j’ai été mêlé confondent tout, brouillent tout, tot est faux. Enfin ce n’est pas complétement faux mais c’est inexact. Et alors parfois avec des amalgames et des erreurs grosssières, des textes paraissent, des erreurs monumentales alors que les acteurs dont on parle sont encore vivant et on ne leur demande pas leur avis… Et ces textes vont rester comme documents pour les historiens de l’avenir! Ce qui rend sceptique pour l’histoire des historiens.

 

Une anecdocte de mon expérience en classe d’histoire au lycée. En 6ème il y a l’histoire de l’antiquité. On y apprend l’histoire de certains peuplesdont les Hébreux. Moi allant au talmud Torah j’avais une mémoire traditionnelle de l’histoire des Hébreux qui confrontée avec ce que j’apprenais en classe faisait contraste. Cela rendait d’autant plus suspect ce que le manuel disait des autres peuples. Parce que si ces historiens aussi sérieux étaient capables de dire de telles errueurs lorsqu’ils parlaient des Hébreux, on pouvait croire qu’ils en disaient de même lorsqu’ils parlaient des Etrusques, des Phéniciens ou des Aztèques…  

 

Donc, différence entre Historia et Divrei hayamim, pour en arriver au terme dont la tradition rabbinique se sert pour dire l’histoire qui est le mot de Toldot.

 

La racine Yalad (youd-lamed-dalet) signifie « enfanter » lorsque l’on parle de la mère, « engendrer » lorsque l’on parle du père, et cela signifie « les engendrements » de génération en génération.

 

Quelle est la différence du point de vue du concept avec Historia ?

Historia suit l’histoire à travers le développement d’événements. Tandis que Toldot suit l’histoire à travers le développement de l’identité du sujet de l’histoire, c’est à dire de l’homme qui fait l’histoire. Ce n’est pas l’événement qui prime mais c’est l’histoire des hommes. Avec le postulat que l’homme n’est pas le même (tout en restant le même dans sa nature humaine) mais que l’homme a une identité différente à chaque génération.

Dor dor védorshav dor dov vé’hakhamav

« Chaque génération et ses chercheurs, chaque génération et ses sages », expression traditionnelle juive très connue, pour dire « chaque génération et ses hommes ».

 

Cela s’est perdu dans la civilisation contemporaine, ce que la civilisation traditionnelle avait gardé,  il y a d’âge en âge, de génération en génération, d’époque en époque, le sujet humain a concrètement une personnalité différente. Bien que la nature humaine est un concept beaucoup plus large que ce que je désigne par les différentes générations. Il y a des constantes de la nature humaine, mais il y a des situations spécifiques de l’identité humaine de chaque génération. C’est ce qu’il faut récupérer.

 

Le récit historique de la Torah suit l’histoire de l’homme. Et à travers l’histoire de l’homme, elle l’illustre par un certain nombre d’événements qui mettent en évidence, qui exprime ces mutations d’identité, qui se produisent de génération en génération.

 

Mais quelque soit l’importance de l’événement, c’est le sujet qui prime. L’histoire se dit Toldot. C’est l’histoire d’un engendrement. C’est l’engendrement du fils de l’homme qui se cherche dans ce récit.

 

A partir du 1er homme Adam commence un histoire de l’homme qui est l’histoire de l’engendrement du fils de l’homme. Et il y a une différence de signification, dans l’identité même, entre Adam et Ben Adam.

 

Cela veut dire que toute notre histoire nous les humains, c’est l’histoire d’un effort d’engendrement d’un être qui serait fils de l’homme, c’est à dire l’homme réussi. L’homme qui aurait réussi à résoudre les impossibilités et les contradictions de l’identité humaine qui dure depuis Adam Harishon jusqu’au temps du Mashia’h.

 

C’est au fond l’histoire d’une conception d’un être à engendrer et qui est en train d’être engendré dans l’histoire de ceux que nous appellons des hommes, mais qui ne sont que les pères du fils de l’homme.

 

Le terme de hévreu Ivri (ayin-bet-resh) possède la même racine que le Obar qui signifie l’embryon. Tout se passe comme si l’identité hébraïque est précisément cette identité de l’embryon de l’engendrement du fils de l’homme. C.à.d., cela se passe à travers la matrice hébraïque. Et l’humanité a fini par le reconnaître. Qu’elle le veuille ou pas elle le reconnait. L’exemple le plus spéctaculaire, parce que mythifié, c’est l’exemple que représente l’objet de foi des chrétiens qui finalement adore sous forme de mythe cet engendrement du fils de l’homme, à travers la matrice hébraïque éternellement féconde et éternellement vierge.

 

Indépendamment de cet exemple particulier du mythe chrétien, on pourrait résumer la relation entre l’universel humain et l’histoire des Hébreux à travers le foyer central que représente la diffusion de la parole biblique soit en Orient soir en Occident, soit à travers toutes les philosophies qui s’en inspirent, comme étant précisément un diagnostic de ce qu’il se passe quelque chose dans le sujet humain et que cela passe par les Hébreux, cela passe par cette histoire d’Abraham que la bible a raconté et qui se prépare dans cette préface du temps qui va du 1er homme jusqu’à l’histoire d’Avraham.

 

Voilà ce que déjà nous suggère ce terme de Toladot.

Et, 3ème remarque, c’est que effectivement, il se passe quelque chose de génération en genération.

 

Nous avons deux lignées humaines. Une lignée humaine où il ne se passe rien, et où cela se démultiplie et se mulptiplie en copie plus ou moins conforme et on enfante des petits d’hommes identiques.

 

Et une lignée où il se passe quelque chose et où les engendrements passent et sont cette réalité de mutation d’identité qui a ses progrès et ses régressions mais l’option de la conscience hébraïque est que cela suit une spirale ascendante. (A l’origine on trouve la même racine spirale-espérance et respiration).

 

Avec cet option d’optimisme que cette génération finira par réussir. Et que toute l’histoire de l’humanité est dans cet effort d’engendrement où effectivement il se passe quelque chose de génération en génération. Un philosophe : « L’espérance c’est la respiration de l’esprit ».

 

Ce n’est pas pour rien que la tradition a choisi ce terme de Toladot qui signifie d’abord les engendrements, pour dire « l’histoire ». A partir de cette étymologie stricte, nous avons ce parallèle que les événements s’engendrent et ont des conséquences, de la même manière que les pères ont des fils. Av et Toladah sont parallèles à Av et Yeled. Le pére et le fils, l’événement principe et l’événement conséquence.

 

Nous avons cette option du récit biblique qu’il y a une matrice particulière de l’engendrement du fils de l’homme. Et c’est cette histoire qui nous est racontée dans l’histoire qui va du 1er homme jusqu’aux pères de l’identité d’Israël.

 

A travers les trois générations Avraham-Isaac-Jacob, les descendants de Jacob fils d’Isaac fils d’Abraham ont constitué la nation d’Israël. La nation d’Israël existe comme réalité à un autre niveau que celui des pères qui lui ont donné naissance. La nation d’Israël est Knesset Israël, elle a une réalité en soi et elle est cette matrice d’engendrement du fils de l’homme qui est perpétuellement engendré jusqu’à ce qu’en fin de compte cet enfantement réussisse.

 

L’incident de parcourt qui a donné naissance au christianisme était une des péripéties de cette espérance messianique de l’engendrement du fils de l’homme.

 

Ceci dit, bien que nous parlions français, il est extrêmement difficile d’employer les thèmes dont se sert la théologie chrétienne pour parler de choses analogues dans le registre de la théologie chrétienne. Les mots sont analogues mais le contenu de signification ne sont plus les mêmes parce que le contenu en est mythifié. Il faut faire ce décalage de vocabulaire entre les deux registres.

D’une certaine manière cette analyse montre à quel point nous sommes loin de la vision messianique chrétienne qui identifie le fils de Dieu et le fils de l’homme.

 

Indépendamment de cette mise au point linguistique, il y a ce principe que cela signifie que l’identité humaine est l’objet, et en même temps le sujet d’ailleurs, d’une mutation d’identité de génération en génération. Chacun a suffisamment expérience de sa propre famille pour savoir que le grand-père vivait en un temps différent de celui où vit le petit-fils. Et pas seulement du point de vue du folklore de culture dans toutes ses dimensions mais de la manière d’être homme. Ex : du menu du Shabat du temps de mes grands-parents et le menu du Shabat de mes petits enfants qui n’ont plus rien à voir en quantité. Je ne sais pas comment les anciens faisaient. Ils avaient une capacité supérieure. 

 

***

 

Q : Pourquoi parle-t’on de Ben Adam alors que le modèle Adam n’a pas été une réussite ?

R : Le Ben c’est le Av modifié par la mère. La matrice de l’engendrement est le facteur principal.

C’est d’abord ce qu’il faut comprendre : Le Ben c’est le Av modifé par la Em. Et dans cet effort de modification, le Av finit par engendrer le Ben. L’histoire des Bnei Adam c’est l’histoire de Adam engendrant le Ben Adam, à travers les Bnei Adam les petits de l’homme, il y a le fils de l’homme qui s’engendre dans une matrice particulière qui à une certain stade de l’histoire humaine est la société des Hébreux, et qui devient la nation d’Israël. Voilà le schéma.

Il y a les Bnei Adam et il y a le Ben Adam.

Le mot de Adam en hébreu ne se met pas au pluriel. On ne dit pas Adamim : il y a une seule manière d’être Adam !

On dit alors les Bnei Adam pour dire les hommes. Tous les hommes sont des Bnei Adam. Mais c’est une indication formelle. L’expression de Ben Adam que j’ai utilisé a un tout autre sens : c’est l’être que celui que l’on appelle l’homme, l’ensemble des Bnei Adam, est occupé à enfanter pour que le monde trouve sa justification d’avoir été créé.

 

Analyse phénoménologique :

Le projet du Créateur est de créer le fils de l’homme. Et pour que celui-ci soit engendré il a créé l’homme comme père du fils de l’homme. Cela implique une critique de la théologie chrétienne : c’est l’homme qui est le père du fils de l’homme. Chez les prophètes l’expression « Ben Adam » va prendre rapidement sa signification messianique, en particulier chez Ezéchiel : « Et toi que j’appelle le fils de l’homme... » Parmi tous les fils d’homme, il y en a un à chaque génération qui porte en lui, la mutation d’identité du « fils de l’homme ». Et à partir du moment où cette identité émerge dans une génération, elle s’étend à toute la génération. Toute la génération en profite.

J’en profite pour faire une petite parenthèse à propos d’un cours passé sur le mythe et le midrash.

 

Mythe versus Midrash:

 

La différence entre le mythe et le midrash, à propos de ce que je viens de dire précédemment :

Dans le mythe, il y a un personnage mythique qui est une figure littéraire, chargée d’affectivité mythique, et qui récapitule des traits d’identité de tout un peuple, de toute une génération. C’est une figure idéale, mythifiée qui est censée récapituler une manière d’être homme qui concrêtement existe mais à l’échelle de toute une génération et de toute une société.

Tandis que dans le Midrash c’est l’inverse : c’est un être d’exception qui apparait dans une société, et le Midrash étend à ses contemporains cette capacité d’identité qui est apparue chez lui. C’est la différence entre la figure mythique et la figure exemplaire dans le Midrash.

 

Par exemple, le Midrash qui dit lors de l’épisode de la rencontre des Patriarches et des rois de Philistie de ce temps-là, le problème de la femme qui est la sœur : le Midrash va nous dire que dans la civilisation d’Abimelekh on n’a pas compris ce que signifiait que la femme c’est la soeur, alors toute les femmes ont été frappée de stérilité. La punition du fait que Abimelekh ait pris la femme de Isaac, sous le pretexte qu’elle était sa soeur a eu pour conséquence la stérilité dans la nation d’Abimelekh. C’était déjà le cas avec Abraham, la même histoire. Et lorsque il y a guérison de cette stérilité, Sarah a pu enfanter. Le Midrash citant le verset « Sarah allaitait des fils » dit de Sarah qu’elle allaitait son fils et d’autres. Car personne ne pouvait croire que Isaac était le fils de Sarah. On prétendait qu’il était le fils d’Abimelekh et de Sarah. Il y a eu deux événements midrashiques : Isaac avait le visage d’Avraham pour que tout le monde se rende compte de la paternité d’Avraham, et plus tard Avraham a prié pour avoir la vieillesse, de telle sorte que son visage soit reconnaissable du visage d’Isaac et inversément. Les justes ont le même visage : Midat Hadin le visage de l’adolescence et Midath Ha’Hessed le visage de la vieillesse. Les adolescents sont impétueux alors que les vieillards sont sereins. Un beau vers de Victor Hugo dans  Boaz endormi évoque cela. [Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, Mais, dans l'oeil du vieillard, on voit de la lumière. Victor Hugo - La légende des siècles].

 

Alors le Midrash nous dit que lorsque Sarah a allaité Isaac, toutes les princesses ont amené leur fils pour que Sarah les allaitent. C’était la preuve que Sarah avait bien enfanté, et qu’elle allaitait les fils de toutes les princesses.

 

Cela veut dire quoi`En particulier, je me souviens d’avoir étudié ces encyclopédies qui parlent des religions, j’ai fait une remarque extrêmement désagréable : Dans l’histoire des religions, il y a un antisémitisme caché : Israël n’a rien d’original en propre et a tout emprunté de tout le monde. Même des Juifs s’y prêtent à cela. Il y a la grande controverse actuelle entre Idel et Sholem parce que Sholem dit tranquillement que toute la mystique de la Kaballe vient des hindous. C’est la tarte à la crème des universitaires : dès qu’il s’agit d’une tradition d’Israël c’est emprunté.

 

Midrash: non seulement le lait de Sarah a allaité Isaac mais c’est aussi le lait de Sarah qui allaite les fils de toutes les princesses. En réalité c’est l’invere!

 

Le mythe récapitule sur les figures mythiques des éléments d’identités qui émergent dans une société et le représente sur une maquête, alors que dans le Midrash c’est à l’inverse.  

 

Lorsque des indications d’identité du fils de l’homme apparaissent dans un individu exemplaire de la génération, cela est étendu à toute la génération : les contemporains d’Abraham ont profité de la présence d’Abraham. Les contemporains d’Isaac ont profité de la présence d’Isaac...etc.

 

Pour arriver à notre sujet, en évitant les premières générations de l’humanité, Abraham-Isaac-Jacob sont des identités de justes, mais des identités différentes : l’une engendre l’autre. Et le miracle de la famille des Patriarches c’est qu’Abraham a engendré Isaac, et qu’Isaac a engendré Jacob.

 

Je vais prendre comme 1er sujet la difficulté des engendrements dans la famille d’Abraham:

La difficulté des engendrements dans la famille d’Abraham : les mères sont « stériles » dans le sens d’empêchées d’enfanter. Un midrash indique qu’elles étaient vraiment incapables d’enfanter et que c’est par miracle qu’elles ont pu enfanter. Je reprendrais ce Midrash par la suite.

Non pas le terme « stérile » dans le sens d’« incapable d’enfanter, mais empêchée d’enfanter.

 

Il y a un thème : Sarah est « stérile » empêchée d’enfanter très tardivement, et elle enfante Isaac dans un rire général qui a 7 significations d’après le Midrash.

Premiérement c’est un rire de triomphe et une rire de joie : celle d’avoir surmonter une impossibilité.

 

Rivqah est « stérile » de naissance jusqu’à ce que la prière de Isaac arrache la naissance de Jacob et Esaü dont on nous parle dans notre Parashah.

 

Rachel, va être stérile jusqu’à ce que Joseph puisse naître.

Léah est un cas particulier.

Léa n’a aucune difficulté à enfanter.

 

Et puis ce thème de la difficulté va continuer avec la mère de Shmouel hanavi : ‘Hannah

C’est le 1er chapitre du 1er livre de Shmouel, Haftarah de Rosh hashanah, que l’on lit parallèlement au chapitre qui raconte la naissance d’Isaac. A Rosh Hashanah on lit dans la Torah la naissance d’Isaa, et dans la Haftarah, le livre de Shmouel.   

 

C’est un thème extrêmement important : la matrice des engendrements du fils de l’homme est empêchée d’enfanter jusqu’à ce que... Jusqu’à ce que cet enfantement soit réussi.

L’idée qu’il y a là est intéressante : il faut empêcher le risque d’une naissance d’une approximation d’identité qui ferait échec au projet de cet enfantement.

 

Le paradoxe, la question qui se pose à nous :

Comment se fait-il que précisément les Imaot, celles qui doivent être les mères de la fécondité de l’enfantement du fils de l’homme, soit empêchées d’enfanter ?

 

Il faut mettre en évidence cela : c’est une ligne de lecture qui traverse toute notre histoire. Et ce n’est pas seulement vrai à l’échelle de l’engendrement des générations, c’est vrai à l’échelle de l’histoire de la société d’Israël. Il y a parfois de très longues époques qui apparaissent comme de longues périodes de stérilité, et puis il ne se passe rien dans cet avancée vers un engendrement plus réussi encore du fils de l’homme. Et puis subitement, l’enfant est né.

 

Ernst Renan : « l’histoire du peuple juif », énorme ouvrage en plusieurs volumes, je ne vous le conseille pas parce que c’est du temps perdu : à la fin, il dit en parlant d’Israël, que c’était un arbre dont la sève était féconde mais que finalement la souche est devenu stérile et un surgeon a poussé de l’arbre de Jessé qui a donné celui que vous savez...

 

L’histoire contemporaine a démenti complétement cette prophétie de Renan. La société juive pendant 2000 ans a fait un surplace d’engendrement pendant lesquels il ne s’est rien passé d’autre que ce qu’on dit dans la fin des contes pour enfants : ils se marièrent et vécurent heureux avec de nombreux enfants... Mais pendant 2000 ans, les Juifs font des Juifs, qui font des Juifs qui font des juifs, pendant 2000 ans.

Sarah est stérile, et puis subitement l’enfant est né. Et le peuple juif a engendré l’état Israël.

 

C’est très paralléle à ce théme de la matrice stérile des Imaot qui est empêchée d’enfanter jusqu’à ce que... Et dans ce schéma général il y a des schémas particuliers.

 

A l’intérieur de cette longue histoire de cette diaspora juive de 2000 ans il y a eu des foyers d’identité juive qui se sont engendrés à tour de rôle dans les différents foyers de civilisation du temps. Le foyer de la culture juive suivait le foyer de la civilisation humaine universelle.

C’était tantôt à Troye en Champagne, tantôt Francfort, tantôt Varsovie... Cela dépendait où passait la civilisaiton humaine en général...

 

Ces mutations d’identités sont importantes à comprendre. Comment est-ce relié ?

Il semble bien qu’il y a une crainte très clairement dévoilée à propos des enfantements de Rachel : c’est Dieu lui même qui empêche  que l’enfantement se fasse s’il n’est pas parvenu « à maturité ». Si ce n’est pas vraiment l’enfant qui est attendu, s’il y a le risque…

…/…

lire la suite ici

 

 

*****

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou) זצ"ל - dans PARASHAT HASHAVOUA
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commentaires

Toledot 04/11/2010 21:46


Magnifique dvar torah. Une meme idée est développé ici : http://www.torah-box.com/chavoua-tov/toledot-5771,46.php


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