Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 16:28

TETSAVEH (1996)

 

Tetsaveh (1996) 1ère Partie.

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/tetsave/cours_1

Face A

 

Chapitre 27 à partir du verset 20

וְאַתָּה תְּצַוֶּה אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְיִקְחוּ אֵלֶיךָ שֶׁמֶן זַיִת זָךְ כָּתִית--לַמָּאוֹר:  לְהַעֲלֹת נֵר, תָּמִיד

Ve'atah tetsaveh et-beney Yisra'el veyik’hou eleykha shemen zayit zakh katit lama'or

leha'alot ner tamid

Et quant à toi, tu ordonneras aux enfants d'Israël de te choisir une huile pure d'olives concassées, pour le luminaire, afin d'alimenter les lampes en permanence.

 

Au début de la Parashah nous avons un enseignement qui va dans le sens de ce que nous avons étudié la semaine dernière.

En particulier en ce qui concerne toutes les prescriptions concernant la construction du Tabernacle Mishkane qui préfigure le Beth Hamiqdash, il y a une relation entre Moïse et le peuple qui est mise en évidence par la manière dont les prescriptions transmises à Moïse ont été faites.

 

J’en rappelle brièvement le principe :

Dieu ne demande pas à Moïse d’ordonner au peuple l’ensemble des Mitsvot concernant le fait d’avoir à rassembler les matériaux pour la construction du tabernacle. Parce qu’il n’y a de valeur dans la construction de ce tabernacle que dans la mesure – et cela est dit très clairement dans le verset – où il y a de manière autonome et spontanée une Nédavah – un acte qui consiste à donner à partir de la générosité du coeur – Neidvat Lev - c’est-à-dire que la vertu en fin de compte n’a de valeur ultime, réelle et essentielle que dans la mesure où elle est voulue par l’homme lui-même.

 

Or, voilà que Moïse est l’homme qui est censé être chargé de transmettre les prescriptions de la loi à Israël. Et c’est très important de comprendre pourquoi cet enseignement d’obéissance à la loi ne trouve sa valeur ultime que dans la mesure où il y a quelque chose qui est au-delà de l’obéissance : le fait de vouloir par soi-même ce que la loi veut. Pourquoi ce principe qui nous montrera la grandeur de Moïse est transmis précisèment à travers les lois de construction du Mishkane ?

 

Je vous rappelle brièvement le verset pour revenir à cette mise au point :

Cf. 1er Verset de Teroumah:

25:1

 וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר

Vaydaber Hashem el Mosheh lémor

«Dieu parla à Moïse lémor pour dire…

 

Regardez bien les mots employés. Ce que Dieu a dit à Moïse n’est pas indiqué ici d’après ce que dit ce verset. Il lui a parlé lémor pour dire…

 

Bien entendu le sujet de Lémor est apparemment pour que Moïse dise. Mais il y a une lecture plus fine d’après les accents, à partir des Taamim. 
http://en.wikipedia.org/wiki/Cantillation 

 

Vaydaber Hashem el Mosheh… lémor…

Et Dieu parla … C’est une unité de lecture

à Moïse pour dire : …

 

Sous « Vaydaber Hashem » il y a en Askénaze מֵרְכָ֥א  Mereikha et sous Hashem il y a טִפְחָ֖א Tif’ha. En Séfarde Vaydaber comporte מַאֲרִ֥יךְ Maarikh et Hashem comporte טַרְחָ֖א Ta’ha, ce qui fait une unité de lecture de ces deux mots, « et Dieu parla ».

  

 

El Mosheh Lémor :

[Maarikh - Sof passouk :]

A Moïse pour dire…

 

Il y a deux lectures possibles : 

ð  Dieu dit ce qu’il a à dire à Moïse pour que Moïse dise ce qu’il a à dire aux enfants d’Israël qui fait l’objet de cette révélation. Donc il s’agit du contenu de la révélation des lois concernant la construction du tabernacle... Je vais y revenir.

ð  Dieu a parlé à Moïse jusqu’à ce qu’il puisse dire ce qu’il avait à lui dire et que Moïse comprenne. Dieu a parlé à Moïse jusqu’à ce qu’il puisse dire Lémor : jusqu’à ce qu’il puisse direדַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל,  Daber el benei Israël Parles aux enfants d’Israël et qu’ils t’apportent ... Il s’agit des matériaux pour la construction du tabernacle.

 

Ce qu’on a appris la semaine dernière c’est que Moïse se trouve devant une mission très difficile qui est en général, je banalise un peu,  celle de l’éducateur : il doit s’effacer complétement entre la loi et et celui à qui il donne la loi ; et son génie consiste à faire que celui à qui il s’adresse veuille par lui-même de façon autonome faire ce que la loi demande.

 

Il y a là deux niveaux complétement différent de la relation à la valeur. La valeur se présente d’abord à nous comme hétéronome, c’est-à-dire s’exprimant à nous du dehors de notre conscience, comme quelque chose qui est un commandement qui vient d’ailleurs.  

 

On peut utiliser le terme de « trancendant » mais je préfère le vocabulaire et le terme de hétéronome. Cela veut dire : ce n’est pas moi qui ait inventé la Torah, elle s’adresse à moi dans la perspective du commandement qui vient de l’extérieur. Et cependant Moïse qui me transmet cette Torah a pour objet, a pour fonction, de faire que je veuille de moi-même ce que la loi veut.

 

C’est à ce deuxième niveau seulement que la vertu prend sa valeur réelle. Lorsque c’est moi qui veut ce que veut la loi. Il y a là toute une dialectique extrêmement importante à comprendre pour les éducateurs.

 

Il y a un 1er stade où la loi est transmise de l’extérieur comme commandement. Mais il y a un 2ème stade ou la loi est transmise, et c’est ce qui va nous être enseigné dans la Parashah de cette semaine en suite à ce principe, où la loi est transmise comme une formation, comme un enseignement, qui fait qu’en conséquence celui qui reçoit cet enseignement, cette formation, veut par lui-même ce que la loi veut…

 

Il y a là le mystère de la relation entre Israël et la Torah. Parce que d’une certaine manière cela consiste à dire qu’Israël est une manière d’être homme capable de réinventer par lui-même ce que la Torah va lui révéler.

 

C’est un enseignement du Or ha’Hayim qui indique cela. Le mystère de la Torah c’est qu’elle s’adresse à Israël. Le mystère d’Israël c’est qu’Israël est capable de recevoir la Torah. Cela veut dire à la limite qu’il est capable par lui-même, s’il était au niveau où était Moïse, de comprendre ce qu’on lui dit, donc de savoir ce qu’on va lui dire à l’avance.

 

Or Ha’hayim sur ‘Houkat:

‘Houkat - Bemidbar 19:2 :

זֹאת חֻקַּת הַתּוֹרָה, אֲשֶׁר-צִוָּה יְהוָה לֵאמֹר:  דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְיִקְחוּ אֵלֶיךָ פָרָה אֲדֻמָּה תְּמִימָה אֲשֶׁר אֵין-בָּהּ מוּם, אֲשֶׁר לֹא-עָלָה עָלֶיהָ, עֹל

Zot ‘houkat hatorah asher-tsivah Hashem lemor daber el-beney Yisra'el veyik’hou eleykha farah adoumah tmimah asher eyn-bah moum asher lo-alah aleyha ol.

[Voici le statut de la Torah qu'a prescrit l'Éternel, en disant: Parles aux enfants d'Israël de te choisir une vache rousse, intacte, sans aucun défaut, et qui n'ait pas encore porté le joug].

זֹאת חֻקַּת הַתּוֹרָה

Zot ‘houkat hatorah

Voici le statut de la Torah…

 

‘Houka c’est l’ordre des chose qui est le fondement, le postulat de la législation de la Torah.

Cela veut dire que la Torah a un principe que le Or ha’Hayim va expliquer en terme de mystère.

 

זֹאת חֻקַּת הַתּוֹרָה, אֲשֶׁר-צִוָּה יְהוָה לֵאמֹר

Zot ‘houkat hatorah asher-tsivah Hashem lemor

Voici le principe de la Torah que Dieu a ordonné en disant :

« Parle aux enfants d’Israël et qu’ils prennent...Para Adoumah

 

On retrouve d’ailleurs la même forme qu’avec la Teroumah.

Apparemment la lecture est simple :

Voici le principe de la Torah que Dieu a ordonné en disant : Parle aux enfants d’Israël et qu’ils réalisent le souhait que J’ai formulé.

 

Or Ha’hayim explique: quel est ce principe de la Torah, la ’Houka de la Torah ?

C’est que Dieu a ordonné en disant « Parles aux enfants d’Israël ».

C’est cela le mystère de la Torah ! 

 

Cf. le Kadish du Rav Its’haq de Berditchev formulé au moment des persécutions en Europe : il convoque Dieu devant le Bet Din en disant : qu’est-ce que tu as avec ton peuple Israël ? Dans ta Torah il est écrit « parle aux enfants d’Israël », « demande aux enfants d’Israël », « ordonne aux enfants d’Israël »...etc ! Et les autres ? Ils n’existent pas ?

Dieu lui répond : « tu veux finalement que je m’occupe des autres ? »

Le Rav : « Non, non, non, occupe-toi de nous. Je n’ais pas compris pourquoi mais occupe-toi de nous... ! »

 

Effectivement, il y a un mystère. C’est ce qu’indique le Or ‘Hayim : on peut tout comprendre dans la Torah mais une chose qui reste un résidu à expliquer : pourquoi c’est à Israël que la Torah s’adresse ? Ce verset refrain auquel on est tellement habitué : « Parles aux enfants d’Israël » enveloppe un mystère. Il faut expliquer chaque mot, mais surtout l’indication du verset lui-même : cela concerne les enfants d’Israël.

 

Il y a un enseignement de base du Rav Kook :

Dans la culture contemporaine on est habitué à l’idée du mérite en relation avec les actes, les bonnes actions. Le Zekhout vient d’un certain comportement et on a perdu complétement de vue une catégorie de mérite propre à l’enseignement de la Torah qui est un mérite d’être, qui s’attache à l’être et non pas à une manière d’agir.

 

La raison de cette réticence c’est que dans la culture contemporaine cela ressemble trop à ce qu’on pourrait appeler le racisme : une identité particulière d’Israël qu fait que Israël a ce mérite d’être Israël et les autres pas ? C’est cette réticence qui est refoulée car on a peur d’employer un vocabulaire que la Torah emploie de manière très claire, à cause de cette mode culturelle qui veut nier les différences des manières d’être dans l’humanité. Il y a une seule manière d’être homme c’est d’être homme, mais à l’intérieur de cette identité universelle, il y a différentes manières d’être homme qui sont personalisées.

 

A ma connaissance, dans la culture contemporaine, un seul penseur s’est attaqué à ce problème : c’est Emmanuel Mounier [fondateur de la revue Esprit, revue assez antisémite quand elle l’est] dont la philosophie s’appelle « le personalisme ». Il n’y a que chez lui que j’ai trouvé la reconnaissance de cette réalité.

 

Il y a, dit le Rav Kook, une sainteté naturelle dans la manière d’être Israël que nous devons aux Patriarches et qui n’a rien à voir avec les comportements, quelque soient les niveaux des comportements, y compris moral, spirituel, religieux.

 

Dans la littérature française contemporaine, un seul auteur a parlé de cela de manière très claire et brillante, c’est Abraham Livni, grand Talmid ’Hakham venu du christianisme européen et qui a eu le courage de parler de cela : il y a une sainteté naturelle de l’identité d’Israël qui n’a rien à voir avec les catégories habituelles de la notion de mérite que nous avons dans la culture contemporaine – c’est-à-dire une certaine manière de se relier à des idéaux, à des valeurs... que la plupart du temps on ne pratique pas : mais il suffit d’y croire, de s’en réclamer…

 

Ce qui est en général l’idéalisme contemporain qui dérive de la conception grecque du problème moral : la morale ne peut pas être réalisée, elle ne peut qu’être contemplée, la vertu c’est de savoir ce qu’est le bien même si on ne le pratique pas... etc. Un verset des Evangiles de Saint-Paul le dit en clair. « Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas. »

 

Une espèce de fatalité de la faute, de la chute qui fait que la morale ne peut pas se pratiquer. Il faut savoir qu’avant de trouver cela dans la conscience chrétienne, elle est dans l’âme grecque qui a hésité entre l’optimisme hébreu et le pessimisme (qui est très bien formulé chez Pascal). Et c’est ce qui est le propre de la conscience chrétienne qui est une conscience déchirée entre l’espérance apprise de la Bible des Hébreux et le pessimisme de la nature de l’homme.

 

Ceci pour dire que cette conception que la morale ne peut pas être pratiquée mais la vertu consiste dans le fait de la contempler, cela s’appelle « l’éthique ». 

 

La 1ère fois que j’ai rencontré le Rav Kook avant les années 50, il m’a fait étudier une seule chose : ce qu’est la Qédoushah Tivéit – la sainteté naturelle. J’arrivais avec ma mentalité de Torah diasporique pour laquelle la sainteté c’est les Mitsvot, c’est les actes, qui l’acquièrent. C’est d’ailleurs vrai, il y a un 1er niveau de sainteté dévoilée qui est acquise par les Mitsvot. C’est un sujet où Maïmonide a enseigné de manière très claire : l’objectif des Mitsvot c’est la sainteté. La confirmation de cela c’est la bénédiction que l’on dit avant de pratiquer chaque Mitsvah : 

Asher qideshanou bemitsvotav « qui nous a sanctifié par ces commandements ».

 

Il y a une lecture plus profonde qui lit : « qui nous a sanctifié en donnant ses commandements... avant même qu’on les pratique ».

 

C’est ce niveau de sainteté naturelle dont le Rav Kook nous a parlé ce soir-là. Et toute la Torah que j’avais apprise jusque-là s’est complétement transformée en une nuit. Il suffit parfois d’une catégorie pour remettre en place énormément de choses qui restent à l’état de chaos ou d’associations assez arbitraires... 

 

Alors effectivement là c’est quelque chose qui nous dépasse. Mais il y a un texte très clair dans Devarim où Dieu dit à Israël :

« Ne croyez pas que c’est à cause de votre nombre que Je vous ai choisi... etc ».

Rav de Berditchev : Ne croyez pas que vous êtes un empire, une grande culture, une des Malkhouyiot... Il y a d’énormes empires et des traditions culturelle colossales... ce n’est pas pour cela que Je vous ai choisi.. Ne croyez pas que c’est pour votre vertu... mais Je vous ai choisi parce que vous êtes les descendants des Avot.

 

Et à ce propos, il y a énormément de sources qui vont mettre cela en évidence en comparant Noa’h à Abraham.

 

Par coïncidence, qui n’en est pas une, j’ai entendu ce matin à la radio en me trompant de poste une Drashah du Rav Perets dans le Qol HaNeshamah qui est la voix des ’Harédim. Il a fait une Drashah extraordinaire, d’une beauté magnifique, et cela m’a donné la référence que je cherchais en pensant à cette idée.

 

La comparaison entre Noa’h et Avraham : la Torah nous dit les vertus de Noa’h avant de nous dire pourquoi Dieu le sauve. Il s’en suit toute une discussion chez les commentateurs : ses vertus sont-elles suffisantes ici pour le sauver ? C’est un problème assez vaste et je vous conseille de l’étudier dans le commentaire du Shnei Lou’hot HaBrit, et en particulier le Or ‘Hayim aussi.

 

Pour Avraham, il n’y a aucune indication et subitement le texte nous parle de ce qu’on pourrait appeler – mais je refuse l’expression que je mets entre guillements : « l’élection  d’Abraham ». Le fait qu’Abraham a été élu, choisi comme s’il s’agissait d’un arbitraire dans le texte. Il n’y a aucune indication dans le texte indiquant pourquoi Dieu a choisi Abraham. En réalité il y en a une, mais cela ne va de soi que pour ceux qui la vivent. Dieu a choisi Abraham parce qu’Abraham  était prêt à choisir Dieu. L’alliance entre Dieu et Abraham, c’est Dieu qui la décide, mais Il ne la décide pas avec n’importe qui. Précisèment avec celui qui est prêt à contracter alliance avec Dieu. Cela le Midrash le restitue. Et d’où cela vient-il qu’Abraham est prêt à cela ?

 

C’est parce qu’il est hébreu ! C’est cela que le texte dévoile : il est le descendant de Ever. Il faut savoir qui sont les Hébreux et qui est ce Ever, l’ancêtre de cette identité dont il va être parlé dans l’histoire d’Israël ? Je ne rentre pas dans ce sujet mais je vous l’indique.

 

La préface historique à la Torah est très claire : elle raconte tout simplement l’histoire des Hébreux. Parmi toutes les familles humaines, il y en a une qui ne fait pas partie du nombre et qui ne se préoccupe pas du nombre des Goyim, c’est Israël. Cela vient de l’identité hébraïque d’Avram.

Donc ce n’est pas arbitraire, il y a bien une raison

 

Il y a d’autre part un consensus dont nous profitons nous qui sommes à la fin de cette histoire de 4000 ans – un consensus de l’universel humain qui est plus qu’étonnant, qui est massif : le verset dit :  « Et seront bénit en toi toutes les familles de la terre »

Je suis toujours stupéfait de voir à quel point c’est devenu une évidence. Comment l’Ociddent d’un côté avec le chrétienté et l’orient de l’autre avec l’islam, et tout ce qui va avec, cela va de soi que Dieu c’est le Dieu d’Abraham et que la bénédiction, c’est la bénédiction grâce à Abraham !

 

Mais au moment où Abraham apparait dans l’histoire, qu’est-ce qui va de soi ? Je crois que c’est une épreuve de la révélation. Ce que dit la révélation se vérifie vraiment 4000 ans après bien que cela soit déjà vérifié avec l’expansion du christianisme et de l’islam.

 

Mais malgré tout, nous qui sommes à la fin d’une histoire très longue n’avons aucun mérite de le percevoir ou d’y croire. Mais c’était les premiers qui ont entendu ces promesses qui ont le mérite de s’engager dans cette histoire. C’est tellement vertigineux de voir le nombres de consciences à travers les siècles et les millénaires qui sont en consensus de ce verset :

« Et seront bénit en toi toutes les familles de la terre »

C’est plein de rivalités, plein d’ingratitudes… mais c’est cela qui se réalise. 

 

Il y a une identité humaine particulière et spécifique des Juifs qui sont les héritiers des Hébreux et en tant que tels c’est l’identité hébraïque qui est en question ici. Et le monde entier reconnait que c’est vrai. Mais il le reconnait dans la défigure, il le reconnait en mauvaise part, il le reconnait dans l’antisémitisme, il le reconnait dans l’universalité de l’antisémitisme...

 

Tout cela reste pleins de mystères. Quand les Juifs s’interrogent : pourquoi moi ? il n’y a pas de réponse. Il faut comprendre comment cela a commencé. C’est-à-dire qu’il faut savoir qui est Abraham, comprendre qui est Isaac, comprendre qui est Jacob pour comprendre de quoi il s’agit  dans ces expressions : « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob ».

 

Alors je tenais à rappeler cela : Il y a une manière d’être qui par essence est sensible au fait de la Torah. C’est Israël. Et c’est une ligne de démarcation, ou un rideau de séparation très ténu, mais absolu, entre Israël et les Nations. Puisque là aussi à l’intérieur de ce consensus dont je vous parle, il y a un branchement de l’universel humain sur la Bible des hébreux. Direct par la chrétienté et indirect par l’islam, mais ce consensus a toujours été un consensus de contestation, en dénaturant le message de la prophétie hébraïque. Et essentiellement sur ce point. Ce qui est en question dans la différence à tous les niveaux, théologique, culturel, politique, historique, entre le judaïsme et le chritianisme d’un côté et entre le judaïsme et l’islam de l’autre, c’est ce problème-là de la spécificité de l’identité d’Israël. Et elle est d’ailleurs un problème intérieur à Israël. Cf. le nombre à l’échelle individuel des membres du peuple d’Israël, les Juifs que nous sommes, qui sont imperméables et insensibles à cela, et qui ne le sont que de manière négative en réclamant d’être comme les autres.

 

Il y a des grands passages dans Ezéchiel en particulier qui en parlent. Une délégation qui  vient vers Exechiel pour lui dire : « va dire à ton Dieu que nous voulons être comme les autres... »

Aujourd’hui cette même attitude se passe à la Knesset.

Dieu répond « Je serais votre roi que vous le vouliez ou pas !» Et vous verrez comment cela se passe quand vous ne le voulez pas...

 

Quel est ce mystère ?

Ce mystère il est là et il est surtout représenté par Moïse. C’est-à-dire la capacité d’entendre la Torah et cette capacité ne vient pas de l’intelligence, ni des fonctions de la pensée, mais de l’âme, de la manière d’être, de cette Qedoushah Tivit - cette sainteté naturelle que nous perpétuons depuis le temps des Patriarches et qui agit à la racine de l’âme hébraïque..

 

Je répète cela de différentes manières parce que c’est tellement étranger à la culture contemporaine qu’il faut récupérer cela pour comprendre les enseignements qui seront importants par la suite et qui sans cela apparaîtraient comme conventionnels, une espèce de sermon pieux, de connivence de croyants comme si cela allait de soi alors que cela ne va pas de soi...

 

Je vous cite ces 2 réfèrences :

La première concerne ces différences entre Noa’h et Avraham.

Le choix d’Abraham n’est pas arbitraire, la Torah a expliqué qui est Abraham en disant tout simplement qu’il est hébreu. Cela suffit si nous avons gardé la mémoire. Mais l’humanité a gardé la mémoire pour savoir qu’il y avait un cas particulier dans l’histoire des sociétés humaines : le cas particulier de la société hébraïque.

 

Et puis l’analyse qui vient du Maharal : la situation des fiançailles.

La relation entre les fiançailles et le mariage : on ne marie que des fiancés, mais le mariage est une contrainte. Les fiancés se choisissent librement et c’est parce qu’ils se choisissent librement que leur est imposé le mariage et son contrat. De telle sorte qu’il n’y ait pas de caprice à cause de la nature humaine capricieuse et la querelle de ménage. Il y a le contrat de mariage pour tenir durant le temps de la colère. Dans l’islam la colère du mari suffit pour jetter la femme au diable... elle reste soumise aux caprices de la nature humaine.

 

Nombres d’époux s’aiment réellement et au moment de la colère ils veulent réellement se séparer

[Cf. Traité talmudique Guittin au chapitre 3 avec une espèce de prescience d’une science de la psychologie extrêmement profonde du couple et son diagnostic des formules avec lesquelles on se sépare, et qu’il faut prendre au sérieux et celles qu’il ne faut pas prendre au sérieux. En particulier tout ce qui ressemble à de la colère.]

 

Il faut bien comprendre qu’on s’est donné sa confiance : c’est ce qui s’appelle les fiançailles. L’acte des fiançailles est libre mais à partir du moment où Dieu sait que c’est vrai, alors il impose le contrat. Le mariage c’est un contrat. C’est la loi. C’est la loi hétéronome qui n’est imposée qu’à ceux qui sont prêts à la vivre de manière autonome.

 

C’est Dieu qui a jugé qu’à un certain moment de l’histoire cette société humaine là était prête à recevoir la Torah par contrainte, alors il la leur a imposé. Mais ce n’est pas à n’importe qui qu’on impose le mariage : on impose le mariage qu’aux fiancés. C’est un ‘Hidoush du Maharal qui est très simple et très profond : C’est parce qu’Israël était prêt à être l’Israël de la Torah que c’est à Israël que la Torah a été donnée.

 

Donc il y a bien un mystère de la Qdousha Tivit la sainteté naturelle qui s’attache à l’identité d’Israël et qui est indélébile quelque soit le degré d’assimilation.

 

C’est ce que je voulais ajouter en vous citant cette fois la 2ème réfèrence de la Drashah du Rav Perets.

 

J’ai été depuis tout enfant toujours habitué à cette idée que j’ai apprise du scoutisme. C’est Baden Powel, fondateur du scoutisme qui disait : « Dans tout homme il y a 5 % de bien enfouis dans son coeur, il suffit de réveiller la flamme ».

C’est tellement vrai par rapport à l’identité juive, je crois que ce qui s’est passé pour les Juifs du monde entier après la Shoah, mais surtout évident pour les Juifs de Russie. Après le rouleau compresseur de 40-50 années de régime soviétique, cela s’est réveillé de manière spectaculaire. Même en France nous avons vécu cela. Il y a malheureusement des dérives parfois. L’indice du retour au judaïsme cela se calcule au nombre de boucherie kashères.

 

Quelque soit le degré d’assimilation, il reste donc quelque chose d’inexplicable et qui n’est pas de l’ordre du mérite réalisé par les actes et les commandements de la Torah. C’est quelque chose qui est de l’ordre du mérite d’être. C’est quelque chose que perçoivent les non-juifs. Ils savent très bien qu’un juif complètement assimilé est plus juif qu’un archevèque ! A un « collègue » chrétien, j’ai dit un jour : « Un juif, même athée, est plus d’Israël, qu’un cardinal même pieux !»

C’est assez stupéfiant de voir à quel point c’est une réalité.

 

Le Rav Perets a parlé de cette Mishna de la Massekhet Souka sur le Temple à Hoshaanah Raba : fête de l’autel du Mizbéa’h avec des Aravot coupées en ’Hotsa. Il donne une citation du ‘Hafets ‘Hayim : il y a 4 espèces dans le Loulav :

ð  loulav - le coeur du palmier.

ð  étrog  - le cédrat.

ð  hadass - le myrte.

ð  aravah – le saule.

 

ð  étrog = représente la partie d’Israël qui possède la connaissance et la pratique de la Torah,

ð  loulav = le palmier dont le fruit la datte a bon gout mais n’a pas d’odeur,…

…/…

lire la suite

 

******

Partager cet article

Repost 0
Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche