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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 13:32

Terouma (1996)

 

Terouma (1996) 1ère Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/terouma_serie_1996/cours_1

Face A

 

Parashat Teroumah c’est la 1ère des Parashiot  qui va transmettre les prescriptions nécessaires pour la construction du Mishqane.

 

Analyse de vocabulaire :

Mishkane littéralement l’endroit de la résidence, Meshakhene.

La Shekhinah - la résidence de la présence divine – est reliée à la notion de Mishkane. Meshakhene.

Shakhene peut vouloir dire aussi le voisin, un autre mot de la même famille.

En hébreu moderne Shkhounah.

Mais le sens fondamental de la racine c’est résider quelque part.

Il y a d’autres termes pour désigner résider quelque part, mais c’est résider de manière dévoilée.

 

Notion de Shekhinah :

 

Dès le début de l’histoire du monde on est averti que le Dieu dont parle la Bible est un Dieu caché. Et c’est exceptionnel lorsqu’Il se dévoile. Et bien entendu, il y a différentes médiations, différentes manières par lesquelles Dieu se dévoilent, mais la manière la plus privilégiée c’est bien sûr la prophétie. Il faut bien y réfléchir parce que dans la sensibilité religieuse générale, l’apriori positif c’est que Dieu est dévoilé. Ce qu’il faut alors expliquer c’est pourquoi il est caché.

 

Alors que dans l’atmosphère de la Torah, c’est l’inverse. C’est exceptionnel, je ne veux pas dire anormal parce qu’il y a une alliance entre Celui qui se dévoile et ceux à qui Il se dévoile, c’est un cas particulier, inattendu. Il ne faut pas s’attendre à ce que Dieu se dévoile. Les conditions pour lesquelles la créature mérite ce dévoilement, sont toujours des conditions exceptionnelles.

Je vais reprendre cette idée en la simplifiant, la sensibilité religieuse, à la limite, le paganisme, trouve sa preuve dans le miracle ; alors que le miracle dans l’enseignement de la Torah est quelque chose d’exceptionnel.  

 

On va trouver dans cette Parashah les prescriptions de la construction du Mishkane que l’on traduit par « tabernacle » en français mais qui signifie le lieu de la résidence. Bien entendu, il s’agit de la  Présence de Dieu dévoilée. Dévoilée à certaines conditions et à certains niveaux de dévoilement. En tout comme dans ce problème il y a des niveaux – des Madrégot.  

 

C’est une des 1ères leçons que nous recevions du Rav Tsvi Yehoudah Kook : « en toutes choses, il y a des niveaux ». Nous sommes habitués en culture occidentale, à des catégorisations de différences de nature, mais en réalité il y a une unité profonde du tout, et bien sûr à un certain niveau, cela devient d’une nature différente, mais ce sont malgré tout des différences, parfois imperceptibles, de niveaux d’être.

 

« Niveaux d’être » est une expression empruntée à Mme Amado E. Valensi qui a écrit une thèse sur les niveaux de l’être, mais je ne parle pas ici du point de vue philosophique mais du point de vue de l’existence. Dieu a créé le monde et l’un des principes de ce monde sont les Madrégot, les niveaux d’existences dans ce monde.

 

Schématiquement :

Etudié dans Parashat Beshala’h pour les 5 niveaux de l’âme : 5 niveaux et en chacun de ces niveaux il y a aussi 5 niveaux, et donc le schéma de base des niveaux de l’être sont 25 niveaux.

Le mot qui indique ce schéma des 25 degrés de l’être à mériter pour se trouver face à face avec le Créateur – c’est la fin du programme Olam HaTikoun – l’achèvement de restauration du monde, il n’y a pas vraiment de traduction française au mot Tiqoun, il y a des raisons philosophiques à cela d’ailleurs. Tikoun c’est le fait que le monde soit réussi, mis au point, restauré. Chacun de ces termes implique toute une philosophie des causes du chaos et donc je ne voudrais pas entrer dans ce problème. Mais comprenez-le en hébreu.    

 

Le Tiqoun de la Neshamah doit se faire à ses 25 degrés. En principe, il suffit d’une vie pour le réussir. Vous devinez que ce sont des cas exceptionnels qu’on appelle les Yé’hidim. Ceux qui sont seuls à avoir réussi cela : Ya’hid. Mais nous avons 1000 chances de retour dans l’histoire de telle sorte d’améliorer le dossier. Avec une grande consolation : on ne redescend jamais en arrière. Il n’y a que absence de progrès.  

 

Cela me rappelle ce que Benno Gross nous a dit hier soir : dans le sens du caractère irréversible de l’optimisme qui va faire le progrès.

 

Deut. 5:10

וְעֹשֶׂה חֶסֶד, לַאֲלָפִים--לְאֹהֲבַי, וּלְשֹׁמְרֵי מצותו

« Et fais grâce par milliers pour ceux qui l’aiment et observent Ses commandements ».

Et les Kabalistes observent que ces milliers sont les milles chances données à chaque Neshamah de revenir en cours d’histoire de telle sorte de s’améliorer.

 

Midrash du Tamud Nidah :

A chaque naissance un ange vient et ferme les lèvres pour faire oublier ce qui s’est passé avant. C’est très dangeureux de savoir ce qui s’est passé avant dans les vies antérieures. C’est un consigne des rabbins qui est très claire. Les magiciens ont des procédés pour essayer de se souvenir mais c’est interdit.

C’est à la dernière fois, la millième fois après la 999èmefois qu’on sait de quoi il s’agit. C’est très rare aussi ceux à qui ont dévoile que c’est la dernière fois. Mais quand c’est la dernière fois il faut vraiment être très scrupuleux parce que c’est parfois sur un geste apparemment anodin qu’on peut avoir réussi ou échoué. Le scrupule moral doit être absolu. Il n’y a rien qui soit petit devant le problème de la destinée. Toutes choses égales, il est bien entendu que cela nous est caché. 

 

On l’apprend d’un des versets de HaAqedat Its’haq (Gen. 22:5) lorsqu’Abraham dit à Ishmaël et Eliezer :

22:5

וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם אֶל-נְעָרָיו, שְׁבוּ-לָכֶם פֹּה עִם-הַחֲמוֹר, וַאֲנִי וְהַנַּעַר, נֵלְכָה עַד-כֹּה; וְנִשְׁתַּחֲוֶה, וְנָשׁוּבָה אֲלֵיכֶם

Vayomer Avraham el-ne'arav shvou-la’hem poh im-ha’hamor

va'ani vehana'ar nelchah ad-koh venishtachaveh venashouvah aleykhem.

Abraham dit à ses jeunes gens « restez ici avec l’âne, 

Et moi et l’enfant nous iront à cet endroit...  »

 

De là va apparaître l’essence du mot כֹּה Koh = Kaf Hé qui est 25.

Il y a deux types de sainteté :

 

la sainteté naturelle dans le monde, elle est rattachée au Créateur qui a créé la nature, et l’a créé saine. Rav Tsvi Yehoudah Kook : Bereshit Bara qu’il faut lire Bereshit Bari : « au début tout est sain ». C’est quand on tente de transformer le sain en saint que les problème commencent… Il y a les saints et les saufs. Il y a donc une sainteté naturelle, et dans la Galout, il nous a été empêché de l’apprécier, cette sainteté de la nature que Dieu a créé. Bien sûr, la vie entraine les déchêts et la nature est encombrée de déchêts de son propre fonctionnement de nature. Mais les hommes ont compliqué tout cela en salissant le monde. Un des arguments lorsque les anges s’opposent à ce que Moïse prenne la Torah, ils disent :  « Tu leur as donné le monde et ils l’ont sali, Tu vas leur donner la Torah que vont-ils en faire ? » C’est un Midrash important. Il faut que Moïse argumente avec les anges pour leur arracher la Torah du ciel. Versets des Psaumes 68 :19 : « עָלִיתָ לַמָּרוֹם, שָׁבִיתָ שֶּׁבִי tu es monté en haut et tu as pris une proie » : la Torah est une prise de guerre de Moïse parmi les anges. Je reviens à notre sujet. Il y a donc une sainteté naturelle et elle est reliée au mot qui désigne Dieu comme Créateur Elohim.

 

La sainteté au-delà de la nature qui doit nous mener au Monde-à-venir. Celle-ci est reliée au nom de Hashem. Alors dans ce récit de Aqedat Ist’haq, Abraham dit très exactement : [Vayera 22.5] שְׁבוּ-לָכֶם פֹּה עִם-הַחֲמוֹר shvou-lakhem poh Restez ici פֹּה Poh Pé-Hé = 85 - contre Elohim = 86 -  c’est les niveaux de sainteté naturelle atteignable par l’homme moins un.  

וַאֲנִי וְהַנַּעַר, נֵלְכָה עַד-כֹּה  va'ani vehana'ar nelchah ad-koh et moi et l’enfant qui est Its’haq nous irons jusqu’à Koh 25 qui est 26-1 (Shem Havayah = 26)

 

Poh et Koh auraient pu s’écrire Peh-Vav et Kaf-Vav. Et là il y a un problème que l’on retrouve avec le Mishkane, c’est le problème de la transcendance.  Quoiqu’il en soit, devant Dieu, il y a toujours un décalage entre la sainteté de la créature et la sainteté de Dieu.

 

Et la mesure de la sainteté naturelle c’est le chiffre de 85 et c’est écrit Peh-Hé.

La mesure de la sainteté de Torat Hashem, pour l’avenir du monde réussi, c’est le mot de Koh = Kaf-Hé d’indice 25. Et c’est une phrase très importante de la révélation à Israël : chaque fois qu’apparait dans un verset Koh Tomar El Benei Israël ... Koh Tomar Leveit Yaaqov…

La révélation par Koh, tant la révélation de la Torah que la Brakhah.

 

C’est ce qu’Abraham va dire. Nous allons monter au lieu de la rencontre, mais vous, Ishmaël et Eliezer, restez ici. Rappellez-vous qu’on était ici sur le chemin de Damas - ce qui donne une résonnance avec la filiation du Christianisme qui était de Damas. Vous resterez au niveau de la sainteté naturelle... C’est dit en clair dans une explication très profonde du Maharal :

שְׁבוּ-לָכֶם פֹּה עִם-הַחֲמוֹר  ‘Hamor ‘homer vous êtes au niveau de la matière.

 va'ani vehana'ar nelchah ad-koh et moi et l’enfant qui est Its’haq nous iront jusqu’à 25.

 

Et là va se poser le problème important de la mystique et de l’ascétisme.

Nous allons arriver jusque là-bas mais pas pour y rester. On va se prosterner et on va revenir vers vous… C’est là la différence entre la mystique juive et toutes les autres mystiques (Aller vers l’horizon de l’idéal et y rester, en général dans le désert. Alors que pour la Torah ce verset est très clair : il faut avoir l’expérience de ce que les ‘Hassidim appellent Hitbodenout - Bitoul hayesh ...

Le devoir d’un ‘Hassid lorsqu’il a eu l’expérience de ce niveau de Koh c’est de revenir  là où il y a Poh de telle sorte que cela serve à quelque chose.

 

La fin du verset est très claire : 

וְנִשְׁתַּחֲוֶה, וְנָשׁוּבָה אֲלֵיכֶם

venishtachaveh venashouvah aleykhem.

Nous effecturons le service et nous reviendrons vers vous.

 

Or, on a appris la semaine dernière avec notre Guémara de Baba Batra quelque chose de ce niveau de sainteté naturelle. Nous avons parlé des 7 Sifrei Torah et de la reconnaissance d’un Sefer avec un minimum de 85 lettres. C’est le niveau de la sainteté naturelle qui est d’un degré avant la sainteté elle-même qui est 86 la valeur numérique de Elohim qui est Hatevah parce qu’il faut garder le principe de la transcendance.

C’est l’ivresse, que l’on retrouve chez Spinoza par exemple, de croire que l’on peut s’identifier jusque par contemplation avec cette sainteté naturelle. Elle reste transcendante à la créature.

 

Quel est le verset concernant Moïse ?    

Sifro shel Mosheh : 85

 

Psaume 8:6

וַתְּחַסְּרֵהוּ מְּעַט, מֵאֱלֹהִים

« Tu l’as fait méat un peu moindre que Elohim »

 

Mais Moïse a hérité de cette dénomination de Elohim et c’est lui, parce qu’il a réussi à être à ce niveau de la sainteté naturelle, qui a été le porte-parole de Torah Hashem.

 

Quel est le verset au Maamad Har Sinaï ?

Yitro Chapitre 19 verset 3

וּמֹשֶׁה עָלָה, אֶל-הָאֱלֹהִים; וַיִּקְרָא אֵלָיו יְהוָה, מִן-הָהָר לֵאמֹר, כֹּה תֹאמַר לְבֵית יַעֲקֹב, וְתַגֵּיד לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל

OuMoshe alah el-ha'Elohim

Et Moïse monta vers Elohim

vayikra elav Adonay min-hahar lemor

l’appella Hashem depuis la montagne pour dire

koh tomar leveyt-Ya'akov vetageyd livney Yisra'el.

 

Il n’y a que celui qui réalise d’abord la sainteté naturelle - elle s’appelle le Derekh Erets la morale – qui est appelé à Torat Hashem. S’il n’y a pas Yirat Elohim on ne peut pas monter de degré et s’occuper de Torat Hashem. On comprend l’inquiétude des anges : « Tu ne peux confier ta Torah qu’à ceux qui sont déjà au niveau Elohim et il faut faire un examen pour savoir si Moïse est à ce niveau-là... L’examen s’avèra positif et Moïse a pu prendre la Torah.

 

C’est caractéristique que toute la tradition va dénommer cette réception de la Torah par Moïse d’un mot inverse : elle est « prise ». Comme le dit le verset : « C’est le fait que tu étais vraiment Adam qui t’a permis de recevoir les dons que les anges t’ont faits. »

 

****

 

Nous allons lire le 1er verset de la Parashah et je voudrais mettre en évidence la grandeur de Moïse en tant qu’il est chargé de transmettre au peuple la consigne de fabriquer le Mishkane et à quelle condition le Mishkane est-il authentique et est-il vraiment ce qu’il doit être ?   

 

Teroumah 25 :1

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר

Vayedaber Hashem el-Moshe lémor

Et Hashem a parlé à Moïse pour dire.

דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְיִקְחוּ-לִי תְּרוּמָה: 

Daber el-beney Yisra'el

Parle aux enfants d’israël

 Veyik’hou-li troumah

Et ils prendront pour moi une offrande

מֵאֵת כָּל-אִישׁ אֲשֶׁר יִדְּבֶנּוּ לִבּוֹ, תִּקְחוּ אֶת-תְּרוּמָתִי

me'et kol-ish asher yidevenou libo

de la part de tout homme porté par son coeur

tik’hou et-troumati.

Vous prendrez Mon offrande.

 

La notion de la Nédavah - la générosité - un mouvement qui vient du coeur lui-même. Je vais parler de notion philosophique : l’autonomie du sentiment moral de la conscience. Pour que le Mishkane ait la valeur qu’il doit avoir il faut que cela vienne de leur coeur. Ici, une particularité du style même des versets qui va poser notre problème. On pourrait s’attendre à ce qu’il soit écrit comme habituellement :

 

Vayedaber Hashem el-Moshe lémor

Et Hashem a parlé à Moïse pour dire.

Daber el-beney Yisra'el

Parle aux enfants d’israël

Veamarta lehem ke’hou li troumah

Et dis leur : Prenez pour Moi une offrande.

 

Mais le texte dit :

וְיִקְחוּ-לִי תְּרוּמָה

Veyik’hou-li troumah

Et ils prendront pour moi une offrande.

 

Il y a là tout le problème de la pédagogie de Moïse, et le mystère de sa réussite comme porte-parole de la loi. Pour qu’une offrande soit une offrande elle ne peut pas être commandée. Par conséquent Moïse est devant une mission impossible. Il est chargé de demander aux enfants d’Israël, ce qu’ils devraient faire par eux-mêmes.

 

C’est certainement une des raisons pour lesquelles il y a :

וְיִקְחוּ-לִי תְּרוּמָה

Veyik’hou-li troumah

Et ils prendront pour Moi une offrande – et là c’est Dieu qui parle.

Et Rashi va dire Li Shmi pour Mon Nom à Moi. Pour pas que les enfants d’Israël aient la tentation d’apporter l’offrande à Moïse, tout en sachant que c’est l’offrande que Dieu lui a demandé mais c’est à Moïse qu’ils l’apportent...

 

Nous sommes au bord d’un problème extrêmement important qui est celui de l’autenthicité des vertus et des accomplissements des devoirs.  

 

Je vous dis tout de suite comment on pose ce problème en philosophie générale surtout chez E. Kant qui a séduit beaucoup de Juifs, mais qui est telllement proche de la sensibilité juive - il était protestant - qu’il en est très loin. Et comme j’ai l’habitude de le dire à Pourim, « chacun a son Kant à soi ». C’est le problème de l’hétéronomie de la loi morale. Hétéronomie, cela veut dire lorsque le devoir m’est transmis du dehors de ma conscience. La loi s’adresse à moi comme transcendante.

Et le fait que j’adhère ou non à ce qu’elle me demande c’est un autre problème, mais je perçois le devoir comme une loi qui me parle de l’extérieur de mon âme ou de ma conscience. C’est l’hétéronomie : la loi extérieure de moi. Or, on perçoit bien, l’éducation biblique et talmudique elle-mêmes nous ont habitué à cela : une vertu n’a vraiment de valeur que si elle vient de moi et non pas tant qu’elle est au stade où j’obéis à une discipline. Cela possède sa vertu propre mais c’est un niveau qu’il faut dépasser.

 

Moïse va se trouver devant une problème de mission impossible : ordonner aux Bnei Israël ce qu’ils doivent faire par eux-mêmes...

 

La Mishnah dans le 1er chapitre des Pirqey Avot dit :

…Hevu KaAvadim Hamishamshim Es HaRav Shelo Al Minas Likabel Pras

« Ne soyez pas comme les serviteurs qui servent le maître en vue d’une gratification, mais soyez plutôt comme les serviteurs qui servent le maître pas en vue de recevoir une gratification »

 

[Dans certaines Yeshivot de type ‘hassidique de type Midat hadin, on enseigne : en vue de ne pas recevoir de gratification.]

 

Pourquoi un style si indirect ? Pourquoi ne pas avoir dit : server le maître pas en vue de recevoir un salaire ? Quel est le problème qui oblige le Tana à se formuler de manière aussi indirecte ?

Et beaucoup de philosophes Juifs sont tombés dans le piège.

 

Parce que tu risques de penser qu’il n’y a pas de salaire ! C’est l’hérésie des Saduccéens. Tsadok ouBaïtous. Il y a un salaire sinon le monde n’a pas de sens ! Mais méfiez-vous : ne servez pas en vue du salaire, parce que si vous servez en vue du salaire, et il y aura salaire, mais le salaire n’est pas pour ce monde-ci, sauf des cas particulier qu’on étudie...

Et puis la 2ème partie : « mais soyez comme ceux qui servent pas en vue d’un salaire » – mais ils ont tort puisqu’il y a un salaire.

 

Donc il y a une consigne pratique : si vous attendez le salaire vous allez vous décourager, et cela va échouer. Parce que (je cite le Professeur Baruch) la sanction morale n’est pas comme la sanction de la loi de la nature qui est immédiate et inéluctable. Tandis que la sanction de la loi morale est toujours différée.

 

Alors si l’impact de la ferveur est dans cette impatience d’attente à ce niveau, cela s’effondre.

Qu’y a-t-il derrière ? Des choses très importante, il y a un salaire.

Vous vous rappelez tout à l’heure que je n’ai pas parlé de salaire mais de gratification. La question du salaire n’est même pas mise en jeu dans le vocabulaire de la Mishna.

L’expression pour les Tsadikim :  « She Matan Shkharan Shé léTsadikim Léatid lavo » Le don du salaire des Tsadikim c’est le monde à venir »

On voit la collision des concept : Matan Shkharan.

Si c’est un Shkhar c’est pas un Matan, et si c’est un Matan c’est pas un Shkhar !

 

C’est encore un autre sujet. Je reviens au sujet important : C’est cela qui a induit à l’erreur de Tsadok et Baïtous, l’enseignement des Pharisiens, de leurs maîtres, qu’ils ne faut pas servir en vue du salaire, les mène à déduire : parce qu’il n’y a pas de salaire !

Que la vertu c’est quand il n’y a pas de salaire : donc pas de monde à venir, pas de providence... C’est le début de l’hérésie totale et absolue qui commence par cela.

 

Toute une série de philosophes juifs contemporains, en Israël ou ailleurs, qui écrivent la vertu de l’acte gratuit.

 

Les deux consignes ne sont pas contradictoires : il y a un salaire, mais gare à vous si vous servez en vue du salaire.

 

D’où la forme indirecte de la Mishnah :

Gare à vous si à force d’être vertueux de l’acte gratuit, vous en arrivez à penser qu’il n’y a pas de salaire, parce que c’est le blasphème le plus épouvantable à l’opposé du Bereshit Bara Elohim et hashamayim veet haarets. Cela nous renvoit à des mythes extrême-orientaux du type : Qu’est-ce que le monde ? C’est un rêve de Dieu. Dieu rêve et nous sommes les images du rêve et il arrive qu’Il ait des cauchemards... C’est cela l’histoire du monde. Ils vivent cela et y croient, c’est leur sagesse. Ils n’ont pas trouvé d’autres moyens d’expliquer le rapport entre la vertu et le sort dans la nature. Il y a en philosophie idéaliste anglaise du grand philosophe Berkeley ce qu’on appellle en  philosophie le sollipsisme : Nous sommes des images dans la représentation de Dieu...

 

Fin de la mishnah :

Vihi morah shamayim al lekhem

Et que la crainte du ciel soit sur vous

C’est la motivation des Mitsvat lo taassé : la Yirah.

Mais la motivation des Mitsvot taassé c’est la Ahavah.

 

Toute l’explication du début de la Mishna c’est : « servez Dieu avec amour... mais n’oubliez pas d’avoir la crainte de Dieu »

 

Pourquoi ?

Réponse entendue du Grand Rabbin Jaïs au nom de son maître : La motivation de ce qu’il faut faire c’est l’amour, et la motivation de ce qu’il ne faut pas faire c’est la crainte. Donc il faut les deux vertus. Si l’amour n’a pas le filtre, la retenue que donne la crainte, le respect des valeurs, c’est du cannibalisme.

 

L’explication de la Kaballah :

Si vous servez Dieu avec amour alors Vihi morah shamayim al lekhem la crainte du ciel sera sur vous – cela veut dire « on vous craindra comme on craint Dieu », Yirat shamayim sera sur vous comme une couronne. Ce sera une conséquence de la conduite avec Ahavah.

 

J’ai trouvé dans mes études une confirmation de cela très étonnante : il y avait une prérogative des premières générations de l’humanité de savoir domestiquer les animaux sauvages, et cette prérogative s’est perdue.

 

J’ai appris en éthnologie que les animaux, mêmes sauvages, ont peur des Tsadikim. Ils savent d’instinct qu’ils ont à faire à un Tsadik. Le lion se couche devant le saint... etc.

Au contraire, s’ils sentent que c’est un Rashâ, ils chargent...

Et cela je l’ai appris de mes maîtres Goï au musée de l’homme.

…/…

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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