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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 11:48

Parasha - Shemot + Vaera (1985)

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/chemot_vaera/cours_1

Face C

 

La rencontre de Moïse et Aaron : Chapitre 4 à partir du verset 13.

Dans tout ce dialogue où Moïse résiste à sa vocation, il essaie que cette mission ne passe pas par lui.

 

Midrashim : Moïse a été jusqu’au bout, atteint par ce scrupule qu’il n’arriverait pas à mériter que par lui la sortie d’Egypte puisse se faire vraiment.

C’est l’ambiguïté d’identité qu’il avait qui lui laisse ce scrupule : « Cela ne marche pas bien parce que c’est par moi que cela passe ». Alors que Aaron qui est son frère aîné et était hébreux à la tête de la communauté des hébreux dans le ghetto. On retrouve cette dialectique de perplexité dans le Midrash très systématiquement. Elle se trouve dans ce verset 13.

 

4:13

וַיֹּאמֶר, בִּי אֲדֹנָי; שְׁלַח-נָא, בְּיַד-תִּשְׁלָח

Vayomer bi Adonay shla’h-na beyad-tishlach

Et Moïse pria Adonaï : envoies je t’en prie par qui tu enverras.

 

Midrash : De qui parle-t’il ? Il pense à Aaron son frère.

[Pour notre temps contemporain : La fin de cet exil s’est faite par un profil d’identité juive qui n’était pas évidemment celui de la tradition. Alors imaginons un sioniste du temps de Herzl pris de scrupule et se disant si ce ne serait pas mieux avec un juif de tous les jours...]

Moïse pense que c’est difficile parce que cela passe par lui. Alors il doute que ce soit par lui. Le Midrash l’apprend qu’il pense à Aaron par le fin du verset :

 

4 :14

וַיִּחַר-אַף יְהוָה בְּמֹשֶׁה, וַיֹּאמֶר הֲלֹא אַהֲרֹן אָחִיךָ הַלֵּוִי--יָדַעְתִּי, כִּי-דַבֵּר יְדַבֵּר הוּא; וְגַם הִנֵּה-הוּא יֹצֵא לִקְרָאתֶךָ, וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ

Vayichar-af Adonay beMoshe vayomer halo Aharon achicha haLevi yadati ki-daber yedaber hu vegam hineh-hu yotse likratecha vera'acha vesamach belibo.

 

וַיִּחַר-אַף יְהוָה בְּמֹשֶׁה

Vayichar-af Adonay beMoshe

Et la colère de Hashem s’enflamma contre Moïse…

 

C’est toujours ce dialogue que nous retrouvons souvent quand Dieu dit à l’homme : « C’est toi ! »

Et l’homme répond à Dieu : « tu es sûr que c’est moi ? »

Nous trouvons cette perplexité d’abord chez Abraham.

 

 

וַיִּחַר-אַף יְהוָה בְּמֹשֶׁה

Vayichar-af Adonay beMoshe

Et la colère de Hashem s’enflamma contre Moïse…

 

וַיֹּאמֶר הֲלֹא אַהֲרֹן אָחִיךָ הַלֵּוִי--יָדַעְתִּי, כִּי-דַבֵּר יְדַבֵּר הוּא;

vayomer

Et Il dit

halo Aharon a’hikha haLevi

N’est-ce pas que ton frère Aaron le Lévi

yadati ki-daber yedaber hou

Je sais que lui peut parler

 

Parce qu’un des arguments de Moïse c’est qu’il ne sait pas parler…

C’est un autre thème d’étude : Moïse le porte-parole par excellence ne peut pas parler !

On peut le diagnostiquer rapidement déjà : Moïse sait très bien parler en égyptien (il était à l’université du Caire). On peut imaginer un juif à l’identité ambivalente. Très à l’aise pour écrire un livre magnifique en français sur la condition juive mais devant l’expliquer à un juif du ghetto en yiddish il se met à bégayer. Comment parler aux Hébreux du dedans de la culture égyptienne ? Cela ne veut pas dire que Moïse, enfant adoptif de l’Egypte, ne connaissait pas l’hébreu. Il le connaissait  puisque c’est sa vraie mère qui l’a allaité. Sa modestie consiste à dire : peut-être ne serais-je pas à la hauteur de ma mission puisque je ne saurais pas leur parler.

Imaginez Moïse de notre temps, pour ce même événement mais de notre temps, venant de la cour du prince et allant dans le ghetto subitement et puis se mettant à leur parler en termes de culture générales de problèmes de traditions familiales ancestrales ? Il avoue son incapacité.

Aaron, lui, le sait...

 

Alors Dieu lui répond : Aaron je sais qu’il sait parler…

 

וְגַם הִנֵּה-הוּא יֹצֵא לִקְרָאתֶךָ, וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ

vegam hineh-hou yotse likratecha

Et le voilà même allant à ta rencontre

vera'akha vessama’h belibo.

Il te verra et se réjouira en son cœur.

 

Cette expression demande un commentaire.

Dans une lecture simple : Tu as besoin d’aide, d’interprète, de porte parole ? Aaron va te traduire...

« Il vient à ta rencontre et il te verra et se réjouira en son cœur... »

 

« Il vient à ta rencontre… ». C’est important et Dieu rassure Moïse : il y a quelque chose qui vient du côté des Hébreux, de l’aide, ce qui n’était pas le cas 40 ans avant. Cf. l’épisode avec Datan et Aviram.

 

Dans le chapitre 12, la 1ère des Mitsvot concernant le calendrier est mise sous le nom de Moïse et Aaron. Rashi cite d’ailleurs un Midrash : parce que Aaron a participé aux miracles de la sortie d’Egypte.

 

Shémot 12:1:

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה וְאֶל-אַהֲרֹן, בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם לֵאמֹר

L'Éternel parla à Moïse et à Aaron, dans le pays d'Égypte, en ces termes.

 

וַיֹּאמֶר ה' אֶל מֹשֶׁה וְאֶל אַהֲרֹן

בִּשְׁבִיל שֶׁאַהֲרֹן עָשָׂה וְטָרַח בַּמּוֹפְתִים כְּמֹשֶׁה חָלַק לוֹ כָּבוֹד זֶה בְּמִצְוָה רִאשׁוֹנָה שֶׁכָּלְלוֹ עִם מֹשֶׁה בַּדִּבּוּר

Hachem dit à Mochè et à Aharon Etant donné que Aharon avait travaillé durement, tout comme Mochè, à l’accomplissement des miracles, Hachem lui rend ici hommage, au moment de proclamer la première de toutes les mitswoth, en l’associant à Mochè au moment où Il va l’annoncer.

 

Il y a une rencontre entre Moïse et Aaron. Vous comprenez par vous même ce que cela représente dans notre expérience contemporaine.

 

Moïse prend l’initiative politique de l’événement et personne ne sait que la parole de Dieu s’adresse à Moïse et que Dieu a finalement confirmé que son initiative politique est la bonne. Et voilà que depuis le ghetto juif en pays de Goshen, Aaron le chef de la communauté qui est son frère vient à sa rencontre...

 

וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ

vera'akha vessama’h belibo.

Il te verra et se réjouira en son cœur.

 

Pourquoi cette indication supplémentaire ?

La réponse habituelle : une des perplexités de Moïse du dedans de sa modestie. Le problème est clair : il y a deux entités sociopolitiques qui peuvent être l’une ou l’autre à la tête de ce mouvement de libération. C’est soit le juif assimilé qui redevient hébreu dans la figure de Moïse, soit le juif fidèle traditionnel dans sa vie intérieure et dévoilé sous la figure d’Aaron. 

Nous vivons cette tension entre ces deux entités de notre temps.

C’est là qu’intervient le fait qu’Aaron était l’aîné chef de la tribu de Lévi.

Moïse pense qu’Aaron mérite plus que lui d’autant plus qu’il est l’aîné…

C’est à cela que répond le verset :

 

וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ

vera'akha vessama’h belibo.

Il te verra et se réjouira en son cœur

Rassure-toi : tu crains de l’humilier, mais quand il te verra il se réjouira ...

 

Enseignement du Rav Tsvi Y. Kook au nom de son père :

A ce propos, un enseignement du Rav Tsvi Yehoudah Kook avec beaucoup de pudeur au sujet de son père comme ce Kohen Gadol rencontrant un chef politique sioniste et s’en réjouissant....

Lorsque le Rav Kook rencontrait ben Gourion, il se réjouissait en son cœur.

 

Finalement Moïse se décide à y aller et il se heurte à des difficultés graves au point d’envisager peut-être que pourquoi par l’Ouganda… ?

Surtout le fait que la persécution s’aggrave.

 

A partir des données de ces 1ers  versets, voici ce que le Midrash explique :

Moïse pense que peut-être il s’est trompé : peut-être cette libération n’a pas lieu par la Midat HaRa’hamim mais par la Midat HaDin ?

 

[C’est aussi la perplexité de nombreux Juifs de diaspora qui résignent à faire leur Aliah pour cette raison, ce même constat. Enseignement Rav Kook : Un Shidoukh : Un jour un jeune homme a demandé une jeune fille en mariage, la jeune fille connaissait de réputation le jeune homme et n’en voulait pas. Le jour de l’entrevue, au lieu de s’embellir elle s’est enlaidie : il y eu une réaction négative du jeune homme qui n’en voulait plus... Moralité de l’histoire c’est la jeune fille qui n’en voulait pas... Le Rav ajoutait « insistez, insistez, la fiancée est belle, c’est Erets Israël... Il faut évidemment comprendre quand on a ce genre d’expérience que c’est une épreuve]

 

Chapitre 5 verset 22

וַיָּשָׁב מֹשֶׁה אֶל-יְהוָה, וַיֹּאמַר:  אֲדֹנָי, לָמָה הֲרֵעֹתָה לָעָם הַזֶּה--לָמָּה זֶּה, שְׁלַחְתָּנִי

Vayashav Moshe el-Adonay vayomar Adonay lamah hare'otah la'am hazeh lamah zeh shlachtani.

Moïse retourna vers le Seigneur et dit: "Mon Dieu, pourquoi as-tu rendu ce peuple misérable? Dans quel but m'avais-tu donc envoyé?

 

Dans les versets immédiatement précédents, cette saturation de persécution qui s’intensifie, font que les Hébreux se révoltent contre Moïse et Aaron qui les ont mis dans cette aventure sioniste imprudente de ce temps.

 

Chapitre 5 verset 22

וַיָּשָׁב מֹשֶׁה אֶל-יְהוָה, וַיֹּאמַר:  אֲדֹנָי, לָמָה הֲרֵעֹתָה לָעָם הַזֶּה--לָמָּה זֶּה, שְׁלַחְתָּנִי

Vayashav Moshe el-YHWH

Moïse revint vers Hashem

vayomar Adonay

Et il dit Adonaï (écrit Alef Dalet Youd Noun)…

 

Retenez que le mot de Adonaï, comme le mot de Elohim, mais pas au même niveau, représente aussi la Midat HaDin.

 

On voit pourquoi le Midrash s’est basé sur les termes mêmes de la Torah pour dire que l’annonce de la délivrance se faisait par la Midat HaRa’hamim Aussi facile que la guerre d’indépendance... (Nissan). Après on s’aperçoit que ce n’est pas si facile que cela : aussi difficile que la guerre de Kippour... (Tishri). Un exemple parmi d’autres avec les deux polarités.

 

Tout se passe comme si Moïse retrouve sa perplexité : est-ce que c’est l’accomplissement des promesses parce que le temps est arrivé et donc c’est le mérite des pères et là nous n’avons pas à nous mettre en question dans un jugement de mérite, car c’est par ’Hessed HaElion.

 

Retenons la règle : La sortie d’Egypte s’est faite par ’Hessed HaElion. Et puisque c’est par ’Hessed HaElion, par grâce absolue, alors comment se fait-il qu’il faille passer par l’épreuve de la Midat HaDin ?

 

Regardez bien la précision du verset:

וַיָּשָׁב מֹשֶׁה אֶל-יְהוָה, וַיֹּאמַר:  אֲדֹנָי

Vayashav Moshe el-YHWH

Moïse revint vers Hashem

vayomar Adonay

Et il dit Adonaï (écrit Alef Dalet Youd Noun)

 

לָמָה הֲרֵעֹתָה לָעָם הַזֶּה--לָמָּה זֶּה, שְׁלַחְתָּנִי

lamah hare'otah la'am hazeh

Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ?

lamah zeh shlakhtani.

Pourquoi m’as tu envoyé ?

 

Le raisonnement est le suivant : si on ne les avait pas provoqués à la révolte contre l’Egypte pour en sortir, ils auraient continué plus ou moins bien à être les serviteurs de l’Egypte. Mais maintenant avec le fait que Tu m’as envoyé pour leur donner l’annonce de cette délivrance, cela leur a fait du mal... 

 

C’est la perplexité de Moïse croyant que c’était la Midat HaRa’hamim qui l’envoyait mais il voit que c’est (peut-être) la Midat haDin sous sa forme ADONAÏ.

 

[Précision sur la règle :

Il y a dix noms différents pour dire l’intervention de Dieu dans l’histoire dans le texte de la Torah. Ces dix noms renvoient aux 10 médiations - Sefirot - à travers lesquelles Dieu intervient dans le monde, et le nom de ADONAÏ désigne la Sefirah Malkhout alors que le nom de ELOHIM désigne la Sefirah de Gevourah. A travers ELOHIM et la Sefirah Gvourah, c’est le « Din kashé » le Din dur. A travers ADONAÏ et la Sefirah Malkhout c’est le « Din Raphé », doux.]

 

Verset 23

וּמֵאָז בָּאתִי אֶל-פַּרְעֹה, לְדַבֵּר בִּשְׁמֶךָ, הֵרַע, לָעָם הַזֶּה; וְהַצֵּל לֹא-הִצַּלְתָּ, אֶת-עַמֶּךָ

Oume'az bati el-Par'oh

Depuis que je suis allé vers Pharaon

ledaber bishmekcha

Pour parler en ton nom

(On pourrait de nouveau refaire l’analyse : en quel nom ?)

 hera la'am hazeh

Il y a eu du mal à ce peuple-là

 vehatsel lo-hitsalta et-amecha.

Et délivrer Tu n’as pas délivré ton peuple.

 

C’est énorme comme interpellation avec un peu de ’Houtspah. C’est une sorte de cri d’angoisse qui sort de l’expérience difficile du moment. On peut comprendre ce désarroi absolu. On va pour un accouchement sans douleur et on s’aperçoit des douleurs impossibles. La prière de Moïse ici porte cette interpellation d’inquiétude : Midat HaRa’hamim ou Midat HaDin ?

 

Alors Dieu se dévoile à Moïse :

 

Verset 24

וַיֹּאמֶר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה, עַתָּה תִרְאֶה, אֲשֶׁר אֶעֱשֶׂה לְפַרְעֹה:  כִּי בְיָד חֲזָקָה, יְשַׁלְּחֵם, וּבְיָד חֲזָקָה, יְגָרְשֵׁם מֵאַרְצוֹ

Vayomer YHWH el-Moshe

Dieu dit à Moïse

Atah tir'eh asher e'eseh le-Far'oh

Maintenant tu verras ce que je ferai à Pharaon

Ki veyad ‘hazakah yeshalkhem

Car c’est par une main forte qu’il les renverra

 

Le Midrash met l’accent de nouveau sur le fait qu’il y a un obstacle du côté des Hébreux. Il faut qu’il les renvoie fortement... Le Pshat habituel c’est que yad hazakah c’est celle de Dieu contre Pharaon mais ici veyadhazakah yeshalkhem

 

ouveyad ‘hazakah yegarshem me'artso.

et par une main forte il les expulsera

 

Ici c’est clair : Il faut qu’on les expulse pour qu’ils sortent.

C’est important à mettre en évidence, il ne faut pas croire que c’est simple.

Il y a deux obstacles, deux raisons :

L’obstacle venant du côté des Hébreux. Les Hébreux sont des traditionalistes : on leur a dit 400 ans, c’est 400 ans… !   

Les Egyptiens, à la suite des Hébreux, en sont également convaincus.

 

Alors Dieu explique cela à Moïse.

 

De façon plus générale :

Moïse aurait pu comprendre cela par lui-même qu’étant donné que ces évènements arrivent, en leur temps mais de façon anticipée, alors cela se passe difficilement. Comment ne peut-il comprendre cela alors que nous étudiant la Torah nous le pouvons ? La réponse donnée c’est que c’est la 1ère fois que cela arrive. Lorsque l’on possède un modèle cela nous permet de diagnostiquer. C’est cela qu’on appelle l’expérience. Mais la première fois que cela arrive, il faut le découvrir entièrement par soi-même. La sagesse des commencements n’est pas la même que celle de la suite.

 

Nous apprenons cette indication de la fin du verset qu’il y a un obstacle qui vient des Hébreux qui vont devoir être expulsés plus tard pour que cela arrive.

 

Plus tard, nous apprendrons qu’il y a 5 catégories dans la communauté des Hébreux en Egypte, et l’une des 5 est la plus difficile, celle qu’il faut expulser.

 

Au moment de l’événement, il y a :

- Ceux qui prennent l’initiative

- Ceux qu’il faut aider

- Ceux qu’il faut obliger... etc.

 

Vous comprenez les différents niveaux.

 

L’événement va arriver quand même. Cette Gvourah, cette force qui intervient pour les obliger est en fait l’expression d’un ‘Hessed supérieur : « c’est pour ton bien que tu va boire la potion amère... ». « Le ‘Hessed c’est en fait Gvourah pour pouvoir être ‘Hessed vraiment »

C’est apparemment très schématique mais c’est l’expérience fondamentale de l’histoire.

 

Reprenez surtout les chapitres 30 d’Ezéchiel qui parle pour la sortie du 2ème exil mais en préfiguration de la sortie du nôtre, la sortie du 3ème exil. Vous ne voulez pas mais vous verrez que vous le voudrez quand même... Il y a dans Ezéchiel des expressions terribles qui sont employées.

 

Il y a là qui affleure un des mystères de l’histoire d’Israël, et de l’histoire juive, que Israël est contraint à son histoire, que c’est malgré lui que cela se passe. Pas pour l’ensemble, il y a des niveaux, il y a ceux pour qui cela va de soi... il y a ceux pour qui il faut aider... il y a tous les niveaux de la contrainte. Au moment de l’accouchement pour reprendre cette image, cela se fait aussi dans la douleur. Comme c’est la première fois que cela se passe, Moïse l’expérimente et en est étonné…

 

Verset 6:1

וַיֹּאמֶר יְהוָה, אֶל-מֹשֶׁה, עַתָּה תִרְאֶה, אֲשֶׁר אֶעֱשֶׂה לְפַרְעֹה:  כִּי בְיָד חֲזָקָה, יְשַׁלְּחֵם, וּבְיָד חֲזָקָה, יְגָרְשֵׁם מֵאַרְצוֹ

Vayomer YHWH el-Moshe

Dieu dit à Moïse

atah tir'eh asher e'eseh le-Far'oh

Maintenant tu verras ce que Je ferai à Pharaon

ki veyad ‘hazakah yeshalkhem

Car c’est par une main forte qu’il les renverra

ouveyad ‘hazakah yegarshem me'artso.

Et par une main forte il les expulsera.

 

Le Pshat habituel serait que yad hazakah c’est celle de Dieu qui les renvoie mais la fin du verset nous a empêché de lire ainsi donc ici veyadhazakah yeshalkhem c’est bien Paro !

 

וּבְיָד חֲזָקָה, יְגָרְשֵׁם מֵאַרְצוֹ

ouveyad ‘hazakah yegarshem me'artso.

Et par une main forte il les expulsera

 

Cela sera repris dans Parshat Beshala’h [Ex.13:17]:

 

וַיְהִי, בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת-הָעָם

Vayehi beshala’h Par'oh et-ha'am

Il arrive lorsque Pharaon eut renvoyé le peuple

 

Pendant 10 chapitres on apprend que Dieu intervient pour sauver Israël et le texte dit ici que c’est Pharaon qui les a renvoyés ? C’est ainsi que cela se passe ! Cela aurait pu être autrement, mais c’est ainsi que cela se passe.

 

Hagadah de Pessa’h :

On le retrouve dans une étude à propos de la Hagadah de Pessa’h, à propos des 4 enfants de la Hagadah. Pour le 3ème enfant - le Taam - celui à qui il faut d’abord raconter l’histoire, la Mishnah dit ceci : Taam mah hou omer mah zot ?

Le Taam pose la question  que se passe-t’il qu’est-ce que c’est que ça Pessa’h ?

Et tu lui diras : « c’est à main forte que Dieu nous a fait sortir d’Egypte ».

 

Midrash : D’Egypte on ne sortait pas. A partir du moment où un régime totalitaire s’installe on ne sort pas. Par conséquent, on a appris cela dans la mémoire historique des Hébreux que cela va rester comme le fondement de la foi : bien que d’exil on ne sort pas, nous savons que nous Dieu nous fait sortir d’exil. Mais c’est Véyad ‘hazakah !   

 

Il faut le faire, c’est inouï, incroyable, impensable, mais cela se passe ! On va garder cela dans la mémoire, et donc la foi et l’espérance que le salut est possible vont être nourries par cette expérience impossible. On ne sortait pas de Russie, ni des camps de concentration… et pourtant on en sort... C’est cela le modèle d’expérience d’espérance... La sortie d’Egypte n’est pas possible à moins qu’un facteur « autre » intervienne. C’est cela qu’on va dévoiler à l’enfant Taam.

 

Hagadah :

Et tu lui diras : « c’est à main forte que Dieu nous a fait sortir d’Egypte».

Commentaire :

« Tu lui diras « à main forte » « en le secouant » : « Dieu nous a fait sortir d’Egypte. »

C’est le récit : Dieu nous a fait sortir d’Egypte. Mais il faut lui dire fortement et l’expérience montre qu’il en est bien ainsi. 

 

Parshat Vaera :

6:2:

וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים, אֶל-מֹשֶׁה; וַיֹּאמֶר אֵלָיו, אֲנִי יְהוָה

Vayedaber Elohim el-Moshe

Et Elohim parla à Moïse

vayomer elav Ani YHWH

Il lui dit c’est Moi Hashem.

 

Et voici alors Elohim après ce que Hashem a dit précédemment dans les derniers versets de Shémot. C’est ce que je voulais étudier ce soir.

 

Nous avons étudié la logique du changement de terme Hashem-Elohim.

En particulier à partir du verset 23 :

Vayomer YHWH el-Moshe atah tir'eh...

jusqu’à notre Sidra chapitre 6 verset 1 :

וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים, אֶל-מֹשֶׁה; וַיֹּאמֶר אֵלָיו, אֲנִי יְהוָה

Vayedaber Elohim el-Moshe vayomer elav Ani YHWH

 

Il faut découvrir que Moïse pense que peut-être c’est la Midat HaDin et non pas la Midat HaRa’hamim qui intervient, d’où les épreuves. La Midat HaRa’hamim se révèle à lui pour lui dire je m’appesantirai sur Pharaon car je suis la Midat HaDin contre le Pharaon. Ensuite la Midat HaDin s’adresse à Moïse pour dire : « c’est Moi qui suis Hashem ».

 

La perplexité de Moïse ici se renouvelle de la manière suivante : peut-être est-il nécessaire que les événements se passent à travers l’intervention de la Midat HaDin à cause de l’Egypte alors cela atteint aussi Israël ?

 

S’il y a des raisons objectives extérieures que la catastrophe s’abatte sur l’Egypte, étant donné qu’Israël est en Egypte, la catastrophe s’abat aussi sur Israël aussi.

 

A propos de la Hagadah les miracles qui ont été faits en Egypte.

« Assarah nissim...  Dix miracles ont été faits à nos pères en Egypte » c’est une Mishnah des Pirquey Avot.

Maïmonide explique qu’il s’agit des 10 plaies qui atteignaient les Egyptiens mais pas les Hébreux. En quoi est-ce un miracle ? C’est que les Hébreux étaient en Egypte !    

 

Le raisonnement est le suivant que l’on retrouve dans le Midrash : Moïse se dit peut-être que cela se fait dans la Midat HaDin à cause des Égyptiens alors si c’est le cas cela porte aussi sur les Hébreux...

 

Voilà la réponse qu’il entend qui est une leçon de monothéisme extrêmement fin dialectiquement :

La Midat HaRa’hamim dit à Moïse « Je suis la Midat HaDin », et la Midat HaDin dit à Moïse « Je suis la Midat HaRa’hamim».

La Midat HaRa’hamim pour Israël dit  « Je suis la Midat hadin » pour l’Egypte

Et la Midat HaDin pour l’Egypte dit « je suis la Midat HaRa’hamim pour Israël. »

Pour nourrir ce principe reportez vous à l’enseignement du Kli Yakar sur le 1er verset du Qriat Shema.

Si vous avez étudié ce ’Houmash avec tous les commentateurs. 

Vous y trouverez cet enseignement à propos de « Shema Israël HM Eloheinou HM e’had »

 

6:2

וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים, אֶל-מֹשֶׁה; וַיֹּאמֶר אֵלָיו, אֲנִי יְהוָה

Vayedaber Elohim el-Moshe

Et Elohim parla à Moïse ;

vayomer elav Ani YHWH

Et (ensuite) il lui dit c’est Moi Hashem.

 

Il y a deux parties.

Dans la 1ère partie on nous dit que la Midat HaDin s’adresse à Moïse personnellement, particuliérement et lui parle mais on ne sait pas ce qu’Il lui a dit.

Ensuite la Midat Hadin dit à son propos Elav pour que Moïse le révèle : Ani Hashem.

 

וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים, אֶל-מֹשֶׁה

Vayedaber Elohim el-Moshe

Et Elohim parla à Moïse ;

Avec l’explication de Rashi.

D’abord le Pshat du verset :

Elohim a parlé à Moise ;

et en plus ensuite il lui a dit : Ani HM

On ne sait pas ce qu’il y a dans ce Vaydaber . C’est ce que Dieu a dit à Moïse pour lui-même.

La 1ère expression n’introduit pas la deuxième.Ce sont deux enseignements.

Premiérement Elohim a parlé avec Moïse, s’est expliqué avec lui...

Et ensuite il lui dit « Ani Hashem – Je suis Hashem »

Avec les Taamim, il y a un Atna’h sous Mosheh qui est un accent disjonctif absolu.

C’est une unité de lecture pour elle-même.

 

Rashi : Vayedaber Elohim el-Moshe:

 

                      וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים אֶל מֹשֶׁה

                             דִּבֵּר אִתּוֹ מִשְׁפָּט עַל שֶׁהִקְשָׁה לְדַבֵּר וְלוֹמָר לָמָּה הֲרֵעוֹתָה לָעָם הַזֶּה

Eloqim parla à Mochè : Il a instruit son procès (voir II Melakhim 25, 6) pour s’être exprimé en termes durs lorsqu’il lui avait demandé : « Pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? » (supra 5, 22).

 

וַיֹּאמֶר אֵלָיו אֲנִי ה'

נֶאֱמָן לְשַׁלֵּם שָׂכָר טוֹב לַמִּתְהַלְּכִים לְפָנַי. וְלֹא לְחִנָּם שְׁלַחְתִּיךָ כִּי אִם לְקַיֵּם דְּבָרִי שֶׁדִּבַּרְתִּי לָאָבוֹת הָרִאשׁוֹנִים. וּבַלָּשׁוֹן הַזֶּה מָצִינוּ שֶׁהוּא נִדְרָשׁ בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת אֲנִי ה' נֶאֱמָן לְהִפָּרַע. כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר אֵצֶל עוֹנֶשׁ כְּגוֹן וְחִלַּלְתָּ אֶת שֵׁם אֱלֹהֶיךָ אֲנִי ה' וּכְשֶׁהוּא אָמוּר אֵצֶל קִיּוּם מִצְוֹת כְּגוֹן וּשְׁמַרְתֶּם מִצְוֹתָי וַעֲשִׂיתֶם אוֹתָם אֲנִי ה' נֶאֱמַן לִתֵּן שָׂכָר

Il lui dit : Je suis Hachem Et donc digne de confiance. Je récompense à profusion ceux qui « marchent devant moi ». Et ce n’est pas pour rien que je t’ai envoyé, mais pour accomplir les promesses que j’ai faites aux premiers patriarches. Cette expression : « Je suis Hachem », lorsqu’il s’agit de sanctionner, est à interpréter dans beaucoup de textes comme signifiant : « on peut me faire confiance pour punir ». Exemple : « tu profanerais le nom de ton Eloqim : Je suis Hachem » (Wayiqra 19, 12). De même lorsqu’il s’agit de l’accomplissement des mitswoth, comme dans : « Gardez mes commandements et pratiquez-les : je suis Hachem » : on peut me faire confiance pour récompenser.

 

 « Dieu a parlé avec Moïse Mishpat un jugement (durement), à cause de ce qu’il avait dit précédemment dans son incompréhension (Pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple… »), et ensuite (continue Rashi) il lui dit Ani Hashem – Neeman Leshalem digne de confiance pour payer-récompenser d’un bon salaire ceux qui marche devant Moi (Cf. l’expression pour Abraham « marche devant moi… »)  et ce n’est pas pour rien que Je t’ai envoyé mais pour réaliser Mes paroles que J’avais dites aux 1ers  pères. (Les promesses  aux Avot). C’est toujours par cette expression que nous trouvons que l’expression « Ani Hashem » est expliquée dans les Midrashim en beaucoup d’endroits. « Ani Hashem », chaque fois que le texte confirme en disant « Ani Hashem » cela signifie « à qui on peut faire confiance pour punir ceux qui le méritent » cela pour la punitions (on nous donne des exemples), « et qui donne un salaire lorsqu’il s’agit de récompenser une vertu » à qui on peut faire confiance pour donner le salaire.  

 

C’est dire que « Ani Hashem » ajoute dans cette explication, la dimension et le sens de celui qui accomplit la promesse. C’est le ’Hidoush supplémentaire que nous avons à travers Rashi : Ani Hashem pas seulement la Midat HaRa’hamim mais Celui qui accomplit la promesse.

 

C’est un verset difficile à traduire en français.

La Midat HaDin - Vayedaber Elohim el-Moshe- s’est adressée à Moïse pour l’admonester et après la Midat HaDin lui dit : Ani Hashem.

 

L’effort d’étude est justement de comprendre cela que la Midat HaDin peut passer par la Midat HaRa’hamim et que la Midat haRa’hamim peut passer par la Midat HaDin. Et que c’est ce « mystère » de l’affirmation du Qriat Shema de l’unité des valeurs.

 

Que celui qui est la Midat HaDin c’est Lui qui est la Midat HaRa’hamim c’est au-delà de notre entendement. Mais c’est le fondement même de la foi juive monothéiste : Hashem E’had.

Malgré l’invraisemblance que la Midat HaDin est le contraire de la Midat HaRa’hamim et que la  Midat HaRa’hamim est le contraire de la Midat HaDin.

Ne pas croire que c’est une évidence rationnelle.

Cela dépasse l’entendement. Il a fallu qu’il y ait des événements des expériences qui l’ont dévoilé pour que nous le sachions par expérience historique d’événements. C’est ce que nous gardons comme confiance de la foi. Si nous perdons cette mémoire, jamais la raison, jamais l’expérience, ne la restaurera. L’expérience du monde tel qu’il est, éclaté en absolus contradictoires, et l’expérience de la raison qui fonctionne sur le mode du principe d’identité, nous empêchent d’être monothéistes à la façon des Hébreux. Si on ne garde pas la mémoire de ces événements qui l’ont dévoilé, nous nous coupons de ce monothéisme-là. On parlera d’autre chose en croyant parler du monothéisme des Hébreux... un déisme philosphique qui n’engage à rien finalement.

 

Q :

R : oui on pourrait dire cela comme ça : Tishri c’est Nissan mais Nissan c’est Tishri…

Il faut expérimenter ce fondement de la confiance que lorsqu’on est occupé à Nissan, il faut savoir que Tishri existe et inversement. Ce n’est pas facile car tout est caché, ce dévoilement de l’unité est occulté, et il faut donc s’y rattacher par la force de la mémoire. Si cette mémoire est coupée, ni le raisonnement, ni l’expérience ne pourra la restaurer.

 

Question qui m’est souvent posée :

Finalement nous sommes obligés de nous rattacher à l’expérience d’autres : nos ancêtres sont sortis d’Egypte et toute la Torah tourne autour de cela ? Si on ne se relie pas à eux on entend les rabbins nous raconter des histoires invraisemblables, que Dieu est Un... par exemple.

Il faut donc se rattacher à cette mémoire.

 

Kli Yakar utilise ce principe du Midrash qu’au niveau de l’histoire c’est ce qui est apparu : c’est la même force qui se fait Midat HaDin par rapport au Egyptien Midat HaRa’hamim par rapport aux Hébreux. 

 

C’est aussi dans le verset Shémot 15:26 :

 כָּל-הַמַּחֲלָה אֲשֶׁר-שַׂמְתִּי בְמִצְרַיִם, לֹא-אָשִׂים עָלֶיךָ, כִּי אֲנִי יְהוָה, רֹפְאֶךָ

« …Et toute la maladie que j’ai mise dans l’Egypte, je ne les mettrai pas sur toi, car chez Moi qui suis Hashem ton guérisseur. »

 

Problème : s’il n’y a pas de maladie pourquoi avoir besoin du médecin ? C’est la définition du médicament qui fait du mal aux uns et guérit les autres. Une espèce de mystère.  On comprend pourquoi dans beaucoup de traditions anciennes la chose médicament est appelée sacrée : il y a de la divinité là-dedans. Retour au texte :

 

6:2

וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים, אֶל-מֹשֶׁה; וַיֹּאמֶר אֵלָיו, אֲנִי יְהוָה

Vayedaber Elohim el-Moshe

Et Elohim parla à Moïse ;

vayomer elav Ani YHWH

Et (ensuite) il lui dit c’est Moi Hashem.

 

C’est une leçon de monothéisme. Jusqu’au bout et à travers de grandes expériences comme celle de Job, en particulier, cela reste difficile. Nous le savons par foi.

 

< fin >

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Published by Rav Léon Askénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
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