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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 12:30

CHEMOT (1995)  2ème Partie.

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/chemot_serie_1995/cours_1

Face B

 

…/…

C’est certainement en Amérique que c’est le plus visible. Je ne sais pas si vous suivez la littérature américaine : à quel point les personages des romans américains sont enjuivés parfois jusque dans des expressions passées dans le langage américain.

 

Je reviens en tout cas au sujet :

Voilà que Moïse est installé au palais du Pharaon comme responsable des camps de travail des Hébreux.

 

Chapitre 2 Verset 11

וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם, וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו, וַיַּרְא, בְּסִבְלֹתָם; וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי, מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו

Vayehi bayamim hahem vayigdal Moshe vayetse el-e’hav

Et il arriva en ces jours-là Moïse grandit et il sortit vers ses frères.

 

Nous connaissons la suite et nous avons donc tendance à lire וַיֵּצֵא אֶל-אֶחָיו vayetse el-e’hav et il sortit vers ses frères les Hébreux parce que nous savons que Moïse est hébreu. Mais objectivement nous ne savons pas du tout qui sont ses frères. On va le savoir à la fin de verset. Le piège c’est la familiarité de lecture. Comme nous connaissons la suite nous sommes souvent empêché de découvrir ce que l’ordre des versets nous dévoile. Le lecteur sait que Moïse est un hébreu mais sait d’autre part que Moïse est le chef de la civilisation égyptienne. Alors qui sont ses frères ? 

Moïse peut considérer les Hébreux comme ses frères et les Égyptiens comme ses frères. Pour le moment, à l’instant de ce verset, il n’a pas encore choisi.

 

Les Juifs français se considèrent très sincèrement français et très sincérement aussi juifs. C’est le drame de l’identité de Moïse. Si on ne s’en sort pas, c’est la schizophrénie. C’est un thème très important et très passionnant pour les sociologues qui ont du mal à cerner comment cette identité juive peut être elle-même et n’importe quelle autre manière d’être homme à la fois : totalement égyptien et totalement hébreu.

 

וַיַּרְא, בְּסִבְלֹתָם

vayar besivlotam

Il vit (considéra) les corvées (les fardeaux)

 

En hébreu moderne Sevel c’est « la souffrance »

Sivlot = les fardeaux – Saval = un portefaix.

Là aussi le midrash continue : il y a un contrat de travail entre la civilisation et les étrangers qui travaillent dans la civilisation en question. Alors il y a les maîtres et les esclaves : les deux ont une tâche dans ce contrat de travail. Moïse vit les Sivlot des égyptiens, et il vit les Sivlot des Hébreux. Il y a les patrons et les ouvriers. Mais les deux sont occupés à leurs propres tâches. Alors il a diagnostiqué, il a considéré les uns et les autres. Et voilà ce qu’il découvre. 

 

וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי, מַכֶּה אִישׁ-עִבְרִי מֵאֶחָיו

vayar ish Mitsri makeh ish-Ivri me'e’hav

Et il vit un homme égyptien frappant un homme hébreu de ses frères.

 

C’est à la fin du verset que l’on voit que Moïse a choisi qui sont ses frères.

Ce n’est pas du tout pour des raisons d’ordre culturelles que Moïse a choisi la culture hébraïque plutôt que la culture égyptienne. C’est pour des raisons d’ordre morales ! Il a vu un homme égyptien frappant un homme hébreu de ses frères.

 

Beaucoup de juifs de notre temps sont revenus au judaïsme de notre temps par ce même diagnostic, ou en tout cas par un diagnostic analogue. Ils ont voulu être solidaires des persécutés et non pas des persécuteurs. Au-delà et apriori de la différence qu’il peut y avoir entre être goy européen et être juif.

 

C’est le cas exemplaire de Jules Isaac par exemple. Il était un juif français très assimilé qui a d’abord réagi au drame de la persécution juive au niveau moral d’abord et cela l’a mené à une identification avec la communauté juive, alors qu’il en était complètement dehors. Il a beaucoup été aidé en cela je crois par son amitié avec Edmond Fleg, qui lui était dans la communauté juive (la communauté libérale de Copernic).  

 

Ce diagnostic est très important. C’est une réaction de type morale et non de type culturel. Si les Egyptiens n’étaient pas tombés à ce niveau de barbarie – on ne refai jamais l’histoire à l’envers - peut-être que l’histoire serait passée par la civilisation égyptienne. Mais voilà que c’est l’échec d’une civilisation devenue totalitaire, et le geste de Moïse va faire basculer l’histoire à travers les Hébreux et va renvoyer l’Egypte dans les sables.

 

Et c’est ce qui s’est passé. Je crois que nous sommes très privilégiés de pouvoir diagnostiquer cela de manière facile. Imaginons que nous étions contemporain de cette époque. Comment comprendre qu’une petite poignée d’esclaves avec à sa tête un transfuge du palais royal allaient faire basculer l’histoire de manière aussi radicale ?

 

Pour ceux qui suivent le cours d’histoire générale depuis le début, voyez comment le critère moral prime tout les autres critères. Le Midrash dit que Moïse a choisi d’être avec les frappés et non avec les frappants. C’est pourquoi il a frappé le frappant. Il n’a pas opté pour une solution suicidaire mais pour une solution active de destruction de l’Egypte.

 

C’est donc un moment très important : Moïse s’est déconnecté et désolidarisé d’avec la destinée de l’Egypte. Il est donc en danger par rapport à l’Egypte. Si le Pharaon apprend qu’il a pris partie pour les Hébreux c’est grave pour lui.

 

Chapitre 2 Verset 12-13:

וַיִּפֶן כֹּה וָכֹה, וַיַּרְא כִּי אֵין אִישׁ; וַיַּךְ, אֶת-הַמִּצְרִי, וַיִּטְמְנֵהוּ, בַּחוֹל

Vayifen koh vakhoh vayar ki eyn ish vayah et-haMitsri vayitmenehu ba’hol.

Il se tourna ça et là (dans toutes les directions) et il vit qu’il n’y avait personne

Il frappa l’égyptien et l’enfouit dans le sable.

 

La forme du verset est importante, le fait d’avoir pris partie pour l’hébreu contre l’égyptien va enfouir cette civilisation égyptienne dans le sable. ‘Hol signifie en hébreu le sable mais aussi ce qui est profane. La civilisation égyptienne de ce temps-là est une civilisation du sacré et elle alors va entrer dans le profane. C’est dire que la sainteté va passer ailleurs.

 

2ème scène au verset 13

וַיֵּצֵא בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי, וְהִנֵּה שְׁנֵי-אֲנָשִׁים עִבְרִים נִצִּים; וַיֹּאמֶר, לָרָשָׁע, לָמָּה תַכֶּה, רֵעֶךָ

Vayetse bayom hasheni vehineh shney-anashim Ivrim nitsim

Et il arriva le 2ème jour, et voici que deux personnages hébreux se querellaient

vayomer larasha lamah takeh re'ekha.

Et il dit au méchant : pourquoi frappes-tu ton prochain ?

 

La 2ème scène est en contraste absolue avec la 1ère pour laquelle c’est clair : l’hébreu est persécuté et l’égyptien a tort. Mais voilà que le lendemain il s’aperçoit que les Hébreux entre eux se querellent.

 

וַיֹּאמֶר, לָרָשָׁע, לָמָּה תַכֶּה, רֵעֶךָ

vayomer larasha lamah takeh re'ekha.

Et il dit au méchant : pourquoi frapperas-tu ton prochain ?

 

           Rashi לָמָה תַכֶּה

אַעַ"פ שֶׁלֹּא הִכָּהוּ נִקְרָא רָשָׁע בַּהֲרָמַת יָד

Pourquoi frapperas-tu ton prochain

Il ne l’avait pas encore frappé, mais il est appelé rach‘a (« scélérat ») simplement pour avoir levé la main (Sanhèdrin 58b).

 

Le Midrash s’interroge : comment savait-il lequel des deux était méchant ? Celui qui avait la main levée ! C’est ce même Moïse qui sera chargé du message « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

 

Shemot 2:14:

וַיֹּאמֶר מִי שָׂמְךָ לְאִישׁ שַׂר וְשֹׁפֵט, עָלֵינוּ--הַלְהָרְגֵנִי אַתָּה אֹמֵר, כַּאֲשֶׁר הָרַגְתָּ אֶת-הַמִּצְרִי; וַיִּירָא מֹשֶׁה וַיֹּאמַר, אָכֵן נוֹדַע הַדָּבָר

Vayomer mi samekha le'ish sar veshofet aleynou Halehorgeni atah omer

Il dit : Qui t’a placé comme prince et juge sur nous ?Parles-tu de me tuer ?

ka'asher haragta et-haMitsri Vayira Moshe vayomar akhen noda hadavar.

Comme tu as tué l’Egyptien ? Mosheh eut peur Et il dît : ainsi est connue la chose.

 

L’étonnement ici provient du fait que Moïse est tout-puissant. De quoi a-t’il donc peur ?

Ce n’est pas qu’il ait tué un égyptien mais c’est donc qu’il a pris parti pour l’hébreu.

Donc, le Pshat du verset c’est « la chose est connue » : on sait que Moïse a pris parti pour les hébreux contre les Égyptiens et Moïse risque ici d’être dénoncé par un des Hébreux lui-même.

 

Rashi :

וַיִּירָא מֹשֶׁה

כִּפְשׁוּטוֹ. וּמִדְרָשׁוֹ דָּאַג לוֹ עַל שֶׁרָאָה בְּיִשְׂרָאֵל רְשָׁעִים דְּלָטוֹרִין אָמַר מֵעַתָּה שֶׁמָּא אֵינָם רְאוּיִין לְהִגָּאֵל

Mosheh eut peur : A expliquer selon le sens littéral. Selon le midrach, il a été saisi d’angoisse à l’idée qu’il y avait en Israël des « scélérats » et des délateurs, et il s’est demandé : « Peut-être ne méritent-ils pas d’être délivrés ! »

אָכֵן נוֹדַע הַדָּבָר

כְּמַשְׁמָעוֹ. וּמִדְרָשׁוֹ נוֹדַע לִי הַדָּבָר שֶׁהָיִיתִי תָּמֵהַּ עָלָיו מַה חָטְאוּ יִשְׂרָאֵל מִכָּל ע' אוּמוֹת לִהְיוֹת נִרְדִים בַּעֲבוֹדַת פֶּרֶךְ. אֲבָל רוֹאֶה אֲנִי שֶׁהֵם רְאוּיִים לְכָךְ

Certes la chose est connue : A expliquer selon le sens littéral. Selon le midrach, il s’est dit : « L’énigme qui me tourmentait est maintenant résolue : en quoi Israël a-t-il péché plus que toutes les soixante-dix nations pour être ainsi accablé sous une servitude aussi cruelle ? Je m’aperçois qu’il le méritait! »

 

Il faut comprendre le sens direct que Moïse a pris partie contre les Égyptiens mais le Midrash explique : « maintenant je comprends cette chose qui m’étonnait tellement, en quoi Israël est plus coupable que les 70 nations pour être tellement poursuivi par la persécution ? Mais je vois qu’il le mérite ». Vous voyez, ce Rashi est terrible !

 

Que dit Moïse ? Je n’avais jamais compris pourquoi ce peuple est si malheureux, et maintenant je comprends : Ce peuple est censé porter le message du frappé contre le frappant et ils se frappent entre eux ? C’est la Sinat ’Hinan que tous les maîtres du Talmud vont mettre en évidence comme étant la cause de tous les maux d’Israël. Israël chargé de porter le message « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ne le vit pas lui-même !

 

Ce qu’il faut dévoiler c’est qu’il y a un danger de la haine gratuite chez les Juifs entre eux qui est beaucoup plus grand que dans n’importe quelle autre société. Du point de vue de l’idéal de la société juive c’est l’unité et la fraternité. C’est ce que Moïse dévoile : Il a pris parti pour l’hébreu parce que l’hébreu était frappé par l’égyptien. Mais le lendemain il voit que les Hébreux se frappent entre eux ! Comme nous le verrons, il est déjà déçu de l’Egypte et ensuite déçu d’Israël, il s’enfuit.

 

Commentaire d’un rabbin américain d’après la Shoah qui a écrit un commentaire du Talmud qui comportait l’enseignement suivant :

Il y a eu deux calomnies qui ont accompagnées Israël pendant toute son histoire, en tout cas pendant ces 2 milles ans de l’exil :

 

ð  Israël est un peuple traitre à sa propre foi. Ce qui est faux : aucun peuple au monde n’est resté plus fidèle à sa foi après avoir traversé 4000 ans d’histoire et revenu avec la Torah en bandoullière, si j’ose dire, malgré toutes les tentatives imaginables des Goyim pour nous détacher de la Torah. Il y a eu un attachement à la Torah énorme dans ce peuple-là. N’importe quel autre peuple se serait complètement détaché de sa propre identité spirituelle et religieuse. Première calomnie : un peuple infidèle à son identité. C’est vrai que des juifs sont infidèles à leur identité mais le peuple juif ne l’a jamais été en tant que collectivité.

 

ð  2ème calomnie : Les Juifs se tiennent entre eux. Ce qui est faux aussi.

 

Ce Rabbin explique cela de la manière suivante :

Nous avons un enseignement dans le Talmud qui dit que l’exil qui a suivi la destruction du 1er temple a un temps prévu, un temps connu, de 70 ans parce que les fautes qui ont causé la destruction du 1er temple ont été connues (idolâtrie-meurtre-débauche) alors que les fautes ayant causé la destruction du 2nd temple n’étant pas connues, la longueur de l’exil n’est pas connue...

Il objecte lui-même : on connait la faute responsable de cette destruction : Sinat ’Hinan la haine gratuite. Mais elle n’était pas dévoilée : les Goyim ne savaient pas que les Juifs ne s’aimaient pas entre eux. Alors Dieu a fait venir la persécution. Et dans la persécution, les Juifs ont été solidaires et donc l’exil a pris fin… 

 

C’est une explication à laquelle je n’adhère pas totalement mais qui est terrible.

Effectivement, pendant les temps de persécution de la Shoah, il y a eu une solidarité extraordinaire des Juifs entre eux. A tel point qu’il y a eu des Goyim solidaires des Juifs également. Mais tout cela a disparu juste après. Il reste des mouvements d’actions sociales juives exemplaires mais ce sont les cas particuliers.

 

Cela a été également le cas dans la société d’Israël durant la guerre des 6 jours : il y a eu une société solidaire de manière extraordinaire. A partir de la guerre des 6 jours, c’est de nouveau la jungle, et les loups entre eux : Sinat ’Hinan.

 

Il y a une pudeur qui fait qu’on cache cela. Si vous vous balladez dans Méa Shearim et à Bnei Braq vous voyez des affiches des différents chefs de sectes qui s’interpellent dans un langage haineux, et ce sont tous des grands rabbins ! Il faut dévoiler ce problème. Ceux qui lisent les journaux ’Harédim du vendredi peuvent voir comment ils se traitent les uns les autres dans ces sectes-là. Ce n’est là qu’un exemple, mais de façon générale quand la rivalité s’installe entre les frères alors elle s’installe. Voilà ce qui se passe chez Moïse.  

 

De manière phénoménologique :

Moïse est déçu de la civilisation égyptienne et se trouve tout à fait dans la situation dans laquelle les nouveaux philosophes (majoritairement juifs d’ailleurs) se sont trouvés il y a quelques années en France par exemple, déçus du mouvement socialiste. La tendance naturelle serait de chercher dans la société juive le contre-poids d’idéal. Il rentre dans la communauté juive, dans la réunion du Consistoire par exempl, et y rencontre la même désillusion. C’est la deuxième déception. Déçu de la société égyptienne et déçu de la civilisation hébraïque il s’enfuit. Il va se chercher un peuple dont il sera le guide. Fin de la 1ère scène. Les deux déceptions.

 

C’est analogue avec ces nouveaux philosophes juifs déçus de la société européenne et de son idéal d’humanisme européen mais ils ne sont pas du tout rentrés dans la communauté juive, sauf un ou deux. Les autres sont complètement assimilés. Ils cherchent à être les inspirateurs et les guides d’une révolution culturelle qui se passerait ailleurs ; ce n’est en tout cas pas en Europe qu’ils en cherchent les modèles et surtout pas dans la communauté juive ou en Israël. C’est un peu le drame de Moïse à ce niveau-là.

 

Verset 2:15

  וַיִּשְׁמַע פַּרְעֹה אֶת-הַדָּבָר הַזֶּה, וַיְבַקֵּשׁ לַהֲרֹג אֶת-מֹשֶׁה; וַיִּבְרַח מֹשֶׁה מִפְּנֵי פַרְעֹה, וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ-מִדְיָן וַיֵּשֶׁב עַל-הַבְּאֵר

Vayishma Par'oh et-hadavar hazeh vayevakesh laharog et-Moshe

Et Paro entendit cette chose, et il chercha à tuer Moïse

vayivrakh Moshe mipney Far'oh vayeshev be'erets-Midyan vayeshev al-habe'er

Et Moïse s’enfuit de devant Pharaon, et il s’installa dans le pays de Midian, et il s’assit auprès du puits.

 

Alors on peut se demander pourquoi la Torah nous donne ces détails de manière aussi directe.

On sent que Moïse sait où il va. M’appuyant sur le Midrash, je vous explique les mots de ce verset.

 

On sait qu’Abraham, après Ishmaël et Isaac, a eu d’autres enfants de Qétourah. L’un d’entre eux est Midian qui a fondé une civilisation d’origine abrahamique. Dans celle-ci, il y avait un prêtre qui était Jethro. Et le Midrash explique, d’après les péripéties que nous lisons là dont je vous livre l’essentiel, que les filles de Jethro faisaient paître le troupeau de leur père.

 

Le Midrash intervient : comment ? Il est le grand-prêtre de cette société et ses filles seraient bergères ? Réponse : il avait rejeté l’idolâtrie qui avait court á Midian et donc son peuple l’avait mis en quarantaine. Et ses filles furent ainsi obligées d’être bergères. Que se passe-t’il avec Jethro ? Exactement comme avec Abraham : il rejette les idoles de la société où il vivait et devient donc disponible pour la révélation du vrai Dieu.

 

Donc Moïse sait où il va, il va directement chez ce descendant d’Abraham à partir duquel on pourrait refaire un peuple d’Israël puisque dans la pensée de Moïse le peuple d’Israël qui est en Egypte est disqualifié. On verra qu’ensuite 40 ans après Dieu va se révéler à Moïse pour lui dire qu’Israël est unique et se trouve en Egypte... Mais on voit que pendant toute une période il y a black-out des relations entre Moïse et son peuple : pendant les 40 ans qu’il passe chez Jethro à Midian. Il devient le berger des troupeaux de Midian.

 

En fin du verset  וַיֵּשֶׁב עַל-הַבְּאֵר vayeshev al-habe'er et il s’assit auprès du puits.

Rashi nous apprend qu’il va faire comme Jacob rencontrant Rachel pour fonder Israël.

 

וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ מִדְיָן

נִתְעַכֵּב שָׁם כְּמוֹ וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב

Il demeura (wayéchèv) dans le pays de Midyan: Il s’y installa à demeure, comme dans : « Ya‘aqov demeura (wayéchèv) dans le pays des pérégrinations de son père » (Beréchith 37, 1).

וַיֵּשֶׁב עַל הַבְּאֵר

לָשׁוֹן יְשִׁיבָה לָמַד מִיַּעֲקֹב שֶׁנִּזְדַוֵּג לוֹ זִוּוּגוֹ עַל הַבְּאֵר

Il demeura (vayéshev) sur le puits [Le second vayéshev du verset signifie: «il s’assit».] Mochè a retenu la leçon de l’expérience de Ya‘aqov : C’est près d’un puits qu’il avait rencontré celle qui allait devenir sa femme (Mekhilta 10).

 

C’est dire que la tentation de Moïse ici est de fonder un nouvel Israël à partir de la fille de Jethro.

Schématiquement : déçu de l’Egypte, déçu d’Israël en Egypte, Moïse se cherche un ersatz. Il va avoir tendance à le prendre dans Midian. Au bout de 40 ans :

 

Verset 2:21-22

וַיּוֹאֶל מֹשֶׁה, לָשֶׁבֶת אֶת-הָאִישׁ; וַיִּתֵּן אֶת-צִפֹּרָה בִתּוֹ, לְמֹשֶׁה

Vayo'el Moshe lashevet et-ha'ish vayiten et-Tsiporah vito le-Moshe.

Et Moïse accepta de résider chez l’homme (Jethro. Et il donna Tsiporah sa fille à Moïse.

 

וַתֵּלֶד בֵּן, וַיִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ גֵּרְשֹׁם:  כִּי אָמַר--גֵּר הָיִיתִי, בְּאֶרֶץ נָכְרִיָּה

Vateled ben vayikra et-shemo Gershom ki amar ger hayiti be'erets nokhriyah

Elle enfanta un fils. Il appela son nom Guerchom, Car il avait dit j’ai été étranger dans un pays étranger.

 

Lorsque Moïse diagnostique qu’il est étranger à l’Egypte et à Midian alors Dieu se révèle à lui, c’est la vision du buisson ardent qui suit. Il y a une identification par filiation et c’est là que commence la révélation à Moïse. Jusque-là il n’y a aucune révélation. Tout ce qu’il a fait c’est de sa propre initiative. Lorsque Moïse diagnostique qu’il est étranger chez les autres, c’est alors là que Dieu se révèle à lui pour le charger de la mission de sauver Israël.

L’enchainement des versets montre que c’est lorsqu’il nomme son fils Guershom qu’il avoue qu’il est étranger ailleurs que chez lui que Dieu se révèle à lui.

 

Chapitre 3 verset 6 :

Voilà comment Dieu se révèle à lui.

C’est là que nous allons avoir le thème de l’identification de Moïse :

 

וַיֹּאמֶר, אָנֹכִי אֱלֹהֵי אָבִיךָ, אֱלֹהֵי אַבְרָהָם אֱלֹהֵי יִצְחָק, וֵאלֹהֵי יַעֲקֹב

Vayomer anokhi Elohey avikha Elohey Avraham Elohey Yitschak ve'Elohey Ya'akov

Et Il dit :Je suis le Dieu de ton père, Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac et Dieu de Jacob

 

Le Midrash intervient: Abraham n’est pas son père mais son ancêtre !

Rabbi Yehoushouah Hakohen dit : « lorsque Dieu s’est révélé à Moïse, Moïse était un apprenti dans la prophétie (« …tiron Hayah Mosheh lanévoua » Cf. le mot de Tiron en hébreu pour dire « un bleu » dans l’armée) Dieu s’est dit : Si Je me révèle à lui avec une voix forte, Je vais l’épouvanter, avec une voix faible, et il va s’écarter de la prophétie. Qu’a-t’il fait ? Il a pris la voix de son père. »

 

Lorsque Moïse reconnait sa filiation avec son père, alors Dieu peut se révéler à lui. Moïse a été soumis à ce risque de perdition d’identité en Egypte, soumis à cette tentation de chercher un remplaçant de la société d’Israël, mais lorsqu’il nomme le nom de son fils d’après l’aveu qu’il est étranger partout chez les autres, alors Dieu se révèle à lui avec la voix de son père. C’est cette filiation de Moïse à sa nation, et qui commence par son père, qui fait que Moïse sera chargé de prendre la tête d’Israël.

 

Maharal :

Une question que le Maharal se pose dans Tiferet Israël : Pourquoi la Torah n’est-elle pas révélée au début de l’histoire de l’humanité ? Il répond : il faut que se constitue une nation capable de recevoir la Torah à titre de collectivité.

 

Parce que ce qui caractérise le judaïsme de la Torah par rapport à toute autre religion, c’est qu’il ne s’agit pas d’une expérience individuelle mise en commun. Il s’agit d’une alliance avec une collectivité que chaque individu réalise chacun à son niveau. C’est la grande différence du problème religieux avec les autres religions, quelques soient les analogies possibles dans les sociétés anciennes comme par exemple ce qu’il reste dans l’islam. Dans les autres religions, c’est un fait d’église, c’est à dire une expérience individuelle que l’on met en commun dans une communauté. Alors que pour Israël, c’est une alliance entre Dieu et le peuple d’Israël. Et chaque individu du peuple d’Israël, qu’il y croit ou pas, fait partie de cette alliance.

 

Un juif même athée reste juif membre d’Israël, alors qu’un cardinal même pieux n’est pas un juif, le Pape y compris d’ailleurs. C’est difficile pour eux d’intégrer cela parce qu’ils sont vraiment croyants de la Bible, mais ils n’ont rien à voir avec le peuple juif. Tandis qu’un juif même athée c’est Israël. Pour les Juifs qui sont surtout de culture occidentale, cela commence aussi à être difficile à comprendre.

 

J’ai une fois dit à ce sujet : un juif n’est pas celui qui croit en Dieu mais celui en qui Dieu croit. Parce que lorsqu’un juif croit qu’il croit en Dieu, on ne sait pas en qui il croit...il n’y a que Dieu qui sait… C’est Dieu qui a décidé de choisir Israël. Les membres du peuple Israël sont ces hommes en qui Dieu a cru. Ce n’est pas imitation des Goyim que les Juifs se définissent dans de critères de confessions religieuses qui sont païennes. Parce que le phénomène religieux en Israël ne va pas de l’homme à Dieu, mais il va de Dieu à l’homme. Lorsque c’est l’homme qui cherche Dieu on ne sait pas où il arrive ! Il arrive en général à la sublimation de son propre être comme mythe d’idole. Le Dieu des Goyim c’est le Goï à l’échelle du parfait. Chacun à son image. Quand les Juifs tombent dans ce travers, ils se fabriquent des idoles juives, auxquelles ils donnent le nom du Dieu d’Israël. C’est exactement l’inverse : Dieu qui se révèle à Israël en le choisissant.

 

Cela ne veut pas dire que les Juifs ne connaissent pas l’expérience religieuse individuelle qui va de l’homme à Dieu, mais elle reste privée. C’est l’affaire privée de chacun qui ne fait pas partie de l’expérience de la collectivité. Car l’expérience de la communauté c’est l’expérience de la relation entre Dieu et cette communauté. La manière dont chacun, dans sa vie intérieure et sa vie spirituelle, se relie au Dieu d’Israël, c’est l’affaire de chacun.

 

Il n’y a pas dans le monde juif des récits mystiques où les Juifs racontent leur foi. C’est indécent. On trouve cela chez les Goyim. Il n’y a pas de source où les Juifs racontent ce qui se passe dans leur trip spirituel. C’est indécent. La mystique juive, c’est privé.

 

Chez les Goyim c’est l’inverse : Saint Ignace de Loyola, Sainte Thérèse de Avila... On lit des choses indécentes, ils mettent leurs tripes spirituelles sur la place publique. Cela ne se fait pas chez les Juifs. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de mystique juive mais elle est privée. C’est une affaire intérieure, privée, secrète, subjective et délicate. Dès qu’un juif commence à parler de sa foi, il devient hérétique.

 

Pour revenir au sujet :

Demandez-vous comment on dit « religion » en hébreu ? Cela n’existe pas !

 

Maharal : pourquoi ne pas révéler la Torah au 1er homme ?   

Il faut une société parce que Dieu confie la Torah et le salut du Monde à une collectivité. Parce qu’il s’agit du salut collectif de l’universel humain. Ce n’est pas un individu qui peut être le modèle du salut de l’universel, mais c’est une collectivité. C’est un peuple et non pas une église !

 

C’est pourquoi dans le phénomène de l’assimilation, c’est quand les synagogues commencent à imiter les églises. Quand c’est le cas elles se vident, parce que les Juifs ne se sentent plus chez eux. D’ailleurs, les synagogues où les Juifs vont ne ressemblent pas à des églises mais ressemblent au souk. Dés qu’on y rentre on reçoit un souk !

 

Le culte hiératique est en dehors de la sensibilité juive. La synagogue est le Beit Haknesset. On est dans la maison et non pas à l’annexe du cimetière. Quand une synagogue commence à ressembler à une sacristie i y a des choses qui ne tournent pas rond. Et d’ailleurs elle se vide…

 

Maharal particularise sa question en disant : on comprend qu’il fallait un peuple pour que la Torah soit révélée parce que c’est le peuple qui prend en charge l’universel et non pas l’individu. Mais pourquoi pas avec Abraham ? La réponse concerne l’identité de Moïse : Mosheh ben Amram.

Am ram cela veut dire le peuple élevé, alors que Ab ram signifie le père élevé.

 

Abraham a fondé le peuple, mais c’est celui qui représente le peuple qui reçoit la Torah. Cela ne veut pas dire qu’Abraham n’est pas capable de recevoir la Torah, mais ce n’est pas sa fonction en tant que père. En tant que père, il fait le peuple d’Israël, il engendre les fils d’Israël.

 

Le maître d’Israël c’est Moïse car il représente le peuple et non pas sa propre histoire. Mosheh s’appelle Mosheh Ben Amram.

 

Et dans tous les Midrashim où l’on parle de Mosheh comme étant celui ayant reçu la Torah on l’appelle Mosheh Ben Amram.

 

Chapitre 2 verset 19:

וַתֹּאמַרְןָ--אִישׁ מִצְרִי, הִצִּילָנוּ מִיַּד הָרֹעִים; וְגַם-דָּלֹה דָלָה לָנוּ, וַיַּשְׁקְ אֶת-הַצֹּאן

Vatomarna ish Mitsri hitsilanou miyad haro'im

Et elles dirent : Un homme égyptien nous a sauvées des bergers

vegam-daloh dalah lanou vayashk et-hatson.

bien plus, il a même puisé pour nous et a fait boire le bétail."

 

Cela va encore renforcer le diagnostic d’identité fait tout à l’heure. Avant de voir le Midrash je vais situer le probléme.

 

Un Midrash dit que Joseph qui a dit de lui qu’il était hébreu a été enterré en Israël. Alors que Moïse qui a laissé dire de lui qu’il était égyptien n’a pas été enterré en Israël. C’est important car on a vu que c’est une histoire qui commence à Joseph et s’achève à Moïse. Moïse est un Joseph qui en fin de compte va laisser dire de lui qu’il est égyptien.

 

Tous les nouveaux Ôlim ont eu cette expérience. On vient tous d’un pays et on est désigné comme juif et une fois arrivés en Israël on est désigné par le nom du pays de provenance. Vous allez à Ashdod et vous demandez votre chemin en hébreu on vous répond en français !

 

L’objection contre ce Midrash est que Moïse ne l’a pas dit de lui-même, et qu’il n’était même pas là lorsque les filles de Jethro l’ont mentionné. En quoi serait-il responsable ? En quoi cela peut-il être une faute ? Une seule réponse : lorsque Dieu a dicté la Torah à Moïse et qu’Il lui a dicté ce verset, Moïse n’a pas réagi et a laissé dire Dieu « l’homme égyptien » au moment oú il a reçu la Torah.

 

C’est exactement l’expérience que chacun d’entre nous peut avoir. Quand je suis dans un milieu israélien de tsabarim et qu’on s’adresse á moi comme si j’étais français. C’est flatteur pour ma culture française…

 

…/…

 

וַתֹּאמַרְןָ--אִישׁ מִצְרִי, הִצִּילָנוּ מִיַּד הָרֹעִים

Vatomarna ish Mitsri hitsilanou miyad haro'im

Et elles dirent : Un homme égyptien nous a sauvé de la main des bergers.

 

Midrash :

« Est-ce que Moïse était égyptien ? Son habit était égyptien et lui était hébreu ».

« 2ème explication : « Ish Mitsri Un homme égyptien nous a sauvé » à quoi cela ressemble-t’il ? Mashal - cela ressemble à quelqu’un mordu par un ârod (lynx?) et il courrait pour rafraichir le pied dans l’eau. Il a mit son pied dans le fleuve et il a vu un tinog un bébé qui se noyait, il a envoyé sa main et l’a sauvé. Alors le tinog le bébé lui a dit : sans toi je serais mort. Il lui dit : Ce n’est pas moi qui t’ai sauvé. C’est l’animal qui m’a mordu qui t’a sauvé parce que je me suis enfui de lui. C’est cela que les filles de Jethro ont dit à Moïse : « nous te remercions de nous avoir sauvé des bergers ». Moïse leur a répondu : « Ce n’est pas moi qui vous ai sauvé. C’est cet égyptien que j’ai tué qui vous a sauvé ». Et c’est pourquoi elles ont dit à leur père « Ish Mitsri » un homme égyptien nous a sauvé. Qui a fait que Moïse est venu chez nous ? C’est l’égyptien qu’il avait tué... »

 

Voyez comment le Midrash raconte l’enchainement des causes et des effets c’est grâce à la persécution des Hébreux par les Égyptiens que les Hébreux ont été sauvées. < fin >

 

***

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Published by Rav Léon Askénazi - dans PARASHAT HASHAVOUA
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