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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 07:54

Shemini (1993)

 

Shemini (1993) 1ère partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/chemini/cours_1

Face A

 

Vayiqra

Shemini chapitre 9 jusqu’à la fin du chapitre 11, il y a entre autres 2 sujets très différents et l’étude devrait consister normalement à comprendre pourquoi ils sont reliés.

D’abord, le récit du sacrifice d’intronisation des Kohanim, après les 7 jours de préparation mentionnés à la fin de Parashah précédente.

 

Le titre de notre Parashah est : 

 

וַיְהִי, בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי

Vayhi vayom hashmini :

et il arriva le 8ème jour

 

Au niveau du pshat que nous allons d’abord étudier c’est que ce 8ème jour est le lendemain de la semaine des 7 jours de préparations des Kohanim qui devaient se préparer à commencer à officier dans le culte du tabernacle qui a préfiguré le temple de Jérusalem durant les 40 ans du désert.

 

C’est assez caractéristique que le terme de « milouïm » est employé par la Torah. Ce sont les périodes de réserves, d’entrainements, pour l’armée dans le vocabulaire contemporain. 

Entrainer – trainer.

C’est une racine qui signifie « faire le plein de » d’expériences d’entrainement...

 

Après cette période des 7 jours des Shivat Milouïm, les 7 jours de préparation, c’est une période de préparation que l’on retrouve pour une Halakhah très importante du jour de Kipour : le grand-prêtre était préparé pendant 7 jours jusqu’à la veille de Kipour à la Avodah qu’il devait réaliser et c’était au temps du 2nd Temple surtout où il y a eu un schisme entre ceux que j’appelerais les tenants de la tradition du 1er temple qui était les Pharisiens, et d’autre part la secte (qui a disparu) des Saduccéens qui avait le pouvoir religieux au temps du 2ème temple.

La majorité des grands-prêtres du temps du 2nd temple étaient des Saduccéens, donc en fait des hérétiques. C’est une situation extrêmement paradoxale : toute la Torah qui nous est restée de ce temps-là  du 2ème royaume de Judah il y a plus de 2000 ans, nous est transmise par les Pharisiens qui etaient une minorité opprimée par le pouvoir Saduccéen qui tenait le temple.

C’est une situation assez analogue que nous sommes peut-être en train de vivre où l’authenticité traditionnelle était minoritaire dans la société judéenne de l’époque.

 

Nous avons un modèle qui nous permet de savoir nous repérer dans des situations aussi paradoxales. Par crainte des hérésies qu’introduisaient les Saduccéens, surtout dans le culte du Temple, lorsque les Pharisiens en avaient le pouvoir, ils préparaient leur grand-prêtre pour le prévenir du risque de changer le rite.

 

L’ensemble de la Torah comporte 3 catégories de Mitsvot. C’est un plan très familier du Talmud mais que le Maharal a mis en évidence de façon systématique :

 

ð   Les Mitsvot Bein Adam le’havero qui régissent les rapports d’autrui à autrui nommées dans la culture moderne la morale,

ð   les Mitsvot qui régissent la vie spirituelle se disent en hébreu « Bein Adam Leatsmo » entre l’homme et l’identité humaine en lui,

ð   les Mitsvot qui régissent les rapports entre le Créateur et la créature « Bein Adam Lamaqom » nommées dans la culture moderne, la religion.

 

On apprend du Talmud (des Pharisiens car on ne sait des Saduccéens que ce que le Talmud en dit par allusion et dans les Evangiles) que

 

ð   dans l’ordre des Mitsvot des rapports entre l’homme et autrui, c’est-à-dire la morale, la régle du tribunal doit être l’allégement de la loi. Car du point de vue de la nature des choses, les rapports sociaux sont terribles, et donc il faut donc compenser la compensation que la Torah introduit du point de vue de la loi, c’est la Koulah.

 

ð   Dans l’ordre des rapports entre l’homme et soi-même c’est l’inverse. Dans la vie spirituelle au contraire la règle c’est l’exigence la plus grande : l’homme est complaisant avec lui-même, c’est dans sa nature donc la loi compense en intégrant l’autre valeur d’exigence. La réalité de la société est une réalité terrible. Mishnah : « Il faut prier pour la paix du royaume car n’était-ce la crainte du royaume (la police), l’homme avalerait son prochain vivant. » La régle de la société est une règle impitoyable et donc la Torah réintègre la Koulah. Dans la vie spirituel c’est l’inverse, l’homme est complaisant pour lui-même. C’est dans sa nature et par conséquent la Torah demande la plus grande exigence dans les Mitsvot de la vie spirituelle.

 

ð   Dans les Mitsvot concernant le rapport entre l’homme et Dieu, c’est ni l’allégement, ni l’exigence, mais c’est la loi comme elle est, de manière stricte.  On ne change rien. Il n’y a qu’a voir comment à partir des nuances de formulations, dans le passage des grandes catégories de la foi, de l’hébreu au grec, le christianisme est apparu. Cela y ressemble, mais cela ne fait que ressembler, donc ce n’est pas la même chose. Cela commence par des nuances : l’expression de « fils de Dieu » est authentiquement biblique mais cela  signifie la créature aimée du Créateur, qui devient en grec « Dieu le fils »... on voit bien comment un petit changement dans les formulations liturgiques fonde autre chose...

 

On raconte qu’un des grand-prêtres saduccéens a été condamné pour avoir voulu enjoliver le culte en effectuant le sacrifice de Kipour avec des gants blancs, blancs comme la tunique le jour de Kipour...  Il a été comdamné à mort.  Ceux qui étudient la symbolique de tous les rites savent à quel point on ne peut rien changer.

 

Explication du terme Koulah que l’on traduit par « allégement de la loi ».

 

Une Mishnah des Pirqey Avot dit :

« Empresse-toi à une Mitsvah légère (Mitsvah Kalah) comme avec une Mitsvah lourde (‘Houmkhah) parce que tu ne connais pas la rétribution des commandements ».

 

Tu ne sais pas si une Mitsvah qui te parait légère n’est pas très importante, car au fond, la seule règle que tu pourrais avoir c’est la sanction et une Mitsvah qui te parait lourde tu ne sais pas si elle a moins d’importance que la 1ère .

 

Il faut bien comprendre que la Koulah n’est pas du tout un allégement de la loi. On croit apparement que c’est une Mitsvah plus facile à faire que l’autre, plus légère, car chacun possède son registre d’expérience des Mistvot et donc de facilité apparente ou non.

 

La seule règle objective possible serait de mesurer la gravité d’une Mitsvah par rapport à la sancction, mais comme on connait pas la sanction, il ne vaut pas mieux d’essayer de jouer à l’évaluer.

 

Très souvent on a affaire à une Mitsvah extrêmement importante que l’on croit être une Koulah un allégement de la loi tout simplement parce que le privilège de la familiarité avec la Mitsvah fait qu’elle est facile à accomplir apparement.

 

Exemple : on parle souvent de Beit Shamaï qui serait dur dans la loi et Beit Hillel qui serait au contraire léger dans la loi. On ne se rend pas compte qu’en realité c’est l’inverse. Dans la Halakha selon Beth Shamaï on prend plus de précautions car on a affaire à des gens moins pieux que dans la Halakha selon Beth Hillel où l’on prend moins de précautions.

 

Exemple de la question du Mouktsé le Shabat.

Il y a des utilisations de biens que l’on s’interdit le Shabat parce que cela risque de mener à la violation du Shabat. Beit Shamaï ne connait pas le Mouktsé qui est très important pour Beth Hillel.

Beth Hillel est Makhmir et apparemment Beth Hillel est Mékhil. Les hommes de l’école de Shamaï sont tellement scrupuleux dans l’observance du Shabat qu’ils n’ont pas besoin du Mouktsé, alors que les hommes de Hillel ont besoin d’un échafaudage qui s’appelle le Mouktsé


Dans le repas de Shabat : les Qlipot des amandes : pas le droit de les débarrasser parce qu’on n’a pas le droit de débarasser de la nappe quelque chose qui n’est pas de la nourriture.

 

Principe : la Torah est plus coulante avec les gens plus scrupuleux (Shamaï) et elle est plus scupuleuse avec les gens plus coulant (Hillel)

 

En général, dans le secteur des rapports de la vie sociale lorsque le Beit Din a décidé et a choisi plutôt du côté de la Koulah c’est à cause de la nature du problème à résoudre, et non pas parce qu’on fait des amènagements avec la loi.  La Koulah ne signifie pas prendre des libertés avec la loi.

 

***

 

Il y a un récit qu’au moment de l’intronisation des Kohanim, le 8ème jour des Milouïm au terme des 7 jours de préparations à leur service, il est arrivé une catastrophe.

Les fils de Aharon sont intervenus dans le rite en apportant ce que la Torah va appeller « Esh Zara » un feu étranger sur l’autel : cela signifie un excès de zèle et ils ont été frappés de mort par un feu descendu du ciel qui les a froudroyé.

 

Et donc Aharon a été en deuil.

Un homme en deuil ne peut pas réaliser le sacrifice comme il aurait dû être fait.

Il y a donc une catasptrophe qui va changer la course du temps qui est mis à l’indice וַיְהִי, בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי

 « vayhi bayom hashmini » parce qu’il y a eu un manquement au rite.

 

=> Il y a donc un 1er récit :

La faute des fils de Aharon suivi du deuil de Aharon et du changement de rite dans le sacrifice.

S’en suit une controverse entre Mosheh et Aharon après cet évènement. Moïse questionne Aharon sur l’acte du sacrifice. Il s’agissait du sacrifice d’intronisation de l’ensemble du culte des Kohanim D’où l’importance de l’événement.

 

Il y a quelques citations du Malbim sur les sources du Talmud et du Midrash qui précisent de quelle nature était la faute des enfants d’Aharon. Formellement, c’est une sorte d’enthousiasme subjectif apportant sa propre flamme à la lumière de la foi. La motivation subjective était très positive. On peut se demande pourquoi une punition sanctionne ce surcroit de ferveur ? C’est pourquoi j’ai rappelé en introduction que dans les rapports entre l’homme et Dieu, on ne doit rien changer car ce n’est pas entre nos mains.

 

=> 2nde partie de la Parashah:

les régles de la cacheroute qui vont apparaitre dans le livre de Vayiqra, qui en principe est le livre de l’ensemble des dispositions pour les Kohanim et la tribu de Lévi, c’est pourquoi on l’appelle en français le « Lévitique », qui fait apparaitre une série de dispositions concernant tout Israël : comment manger cachère ?

 

On a l’habitude d’étudier cette Parashah en se demandant quel lien il y a entre ces deux faits relatés dans la Parashah de Shmini ? L’habitude fait que l’on ne s’étonne plus de leur proximité.

Mais c’est très étonnant que les deux choses soient liées dans le récit de la Torah ?

En quoi ce récit de la catastrophe du huitième jour, après la semaine de Milouim, est-il lié à cette nécessité de manger cachère ?

 

Autre exemple dans le livre de Beréshit où des choses analogues vont survenir : une allusion à la kashroute est lié à un récit de catastrophe dans l’ordre des engendrements dans l’histoire.

 

Texte du récit de la faute d’Aaron :

Le chapitre 9 est la description du sacrifice qui devait être fait pour que la Shekhinah apparaisse sur l’autel.

 

Chapitre 9 Verset 24

וַתֵּצֵא אֵשׁ, מִלִּפְנֵי יְהוָה, וַתֹּאכַל עַל-הַמִּזְבֵּחַ, אֶת-הָעֹלָה וְאֶת-הַחֲלָבִים; וַיַּרְא כָּל-הָעָם וַיָּרֹנּוּ, וַיִּפְּלוּ עַל-פְּנֵיהֶם

Vatetse esh milifney Adonay vatochal al-hamizbe'ach  et-ha'olah ve'et-hachalavim  vayar kol-ha'am  vayaronu vayiplu al-pneyhem.

« Et un feu sorti de devant Hashem et consuma ce qui se trouvait sur l’autel, l’holocauste et les graisses de la olah et tout le peuple vit et ils chantèrent et ils se prosternèrent. »

 

Ce feu du ciel qui descend est le signe que Dieu agréé ce culte. Et voilà que les fils d’Aharon vont apporter en plus un feu étranger au feu qui vient du ciel.

Il y a une confirmation par la transcendance, cela vient d’en-haut, et voilà qu’on juge qu’il est nécessaire d’y apporter quelque chose de l’ordre de l’immanence.

 

1er verset chapitre 10

וַיִּקְחוּ בְנֵי-אַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא אִישׁ מַחְתָּתוֹ, וַיִּתְּנוּ בָהֵן אֵשׁ, וַיָּשִׂימוּ עָלֶיהָ, קְטֹרֶת; וַיַּקְרִיבוּ לִפְנֵי יְהוָה, אֵשׁ זָרָה--אֲשֶׁר לֹא צִוָּה, אֹתָם

Vayik’hou veney-Aharon Nadav va'Avihou ish makhtato vayitnou vahen esh vayasimou aleyha ketoret vayakrivou lifney Adonay esh zarah asher lo tsivah otam.

« Et les enfants d’Aharon Nadav et Avihou prirent chacun son encensoir et ils placèrent dans les encensoirs du feu et ils placèrent sur le feu de l’encens et en cela ils ont approché devant Hashem un feu étranger qui ne leur avait pas été prescrit. »

 

Cette expression אֲשֶׁר לֹא צִוָּה אֹתָם   asher lo tsiva otam est très importante :

La gravité vient du fait que cela ne leur avait pas été demandé et non que la chose soit un mal en soi. Mais dans le contexte où cela intervient, cela détruit un certain ordre.

 

Dans l’histoire de la philosophie on retrouve ce problème ainsi :

Est-ce que les idées vraies sont vraies parce que Dieu l’a décidé ou est-ce parce qu’elles sont vraies que Dieu les considère comme vraies ? C’est un problème difficile en philosophie.

 

Il y a cette clause de gravité : c’est grave parce que ce n’est pas ce que la loi a demandé. Autrement ce n’est pas grave : ceux qui ne sont pas soumis à la loi on va les féliciter de faire ce que Nadav et Avihou ont fait. Mais Nadav et Avihou sont soumis à la loi de la Torah : ils sont en faute pour avoir fait ce que la Torah n’a pas demandé. Ils se sont substitués à la Torah. Ce qu’ils ont fait en soi n’est pas mal puisque c’est bien : c’est bien de faire participer son enthousiasme, sa ferveur, au culte demandé à Israël. Mais comme ce n’est pas le culte demandé à Israël, cela devient un mal. Si un non-Israël fait cela on le félicite. Mais Israël n’a pas à le faire puisqu’il n’a à faire que ce que la loi d’Israël lui demande...

 

Exemple :

Talmud (Kidoushin 31a): « Gadol Ha'metsuveh v’osseh yosser mi’im She’eino Metzuveh v’osseh... plus grand est celui qui a obligation de faire quelque chose et qui le fait que celui qui fait la même chose sans obligation ». On pourrait penser d’après la culture générale que c’est l’inverse. Celui qui de lui-même de façon autonome fait ce que la loi demande sans que la loi le lui demande est plus grand que celui qui ne fait que son devoir ? Explication du Talmud : La nature humaine est ainsi faite qu’il suffit que le loi demande quelque chose pour que l’instinct s’y oppose. On a donc plus de mérite quand on a reçu l’obligation de la faire quand même que lorsqu’on le fait sans obligation.

 

Cela se rattache au problème général: lorsque la Torah et l’instinct demande la même chose cela est très suspect. A qui obéit-on réellement ? A la vertu ou à la nature ? On est à l’aise que lorsque la Torah demande des choses contraires à l’instinct. C’est la vertu. Lorsque la nature et la vertu vont dans le même sens c’est très suspect. Il n’y a pas d’ambiguité lorsque la Torah prescrit des choses auxquelles l’instinct s’oppose.

 

Exemple : Le Taam de la Mitsvah de manger du poisson le vendredi soir.

Qui va être capable de mettre la Kavanah adéquate dans la Mitsvah du poisson du vendredi soir ?

Celui qui n’aime pas le poisson ou celui qui mange un mauvais poisson !

Dans les autres cas c’est ambigu.

C’est pourquoi très rapidement dans l’histoire les Rabbins ont décidé que l’accomplissement des Mitsvot même sans Kavanah est valide.

 

Exemple au niveau de la sémantique : 2 mots hébreux qui se ressemblent beaucoup : Aani = pauvre et anav = humble. Presque le même mot. La Guémara va dire qu’un homme n’est vraiment humble que s’il est riche parce que s’il est pauvre on ne pourra pas savoir s’il est vraiment humble par humilité ou humble par pauvreté.

 

Le problème général est très important : A quelle condition la vertu est-elle authentique ? Nous n’avons aucun critère sauf lorsqu’elle s’oppose à l’instinct. Mais tant qu’elle s’oppose à l’instinct ce n’est pas encore la vertu que le Créateur a demandé. La véritable Qédoushah c’est quand la vertu est naturelle. Mais quand la vertu est naturelle, est-ce la vertu ou est-ce la nature ?

 

Cela s’étudie.

Et à ma connaisance le maître qui a le plus étudié le problème est Maïmonide dans les Shmoneh Prakim lorsqu’il se pose la question « qui a le plus de mérite ? »

Celui qui doit faire violence à sa nature pour faire le bien ou celui qui fait le bien naturellement ?

Qui a le plus de mérite ? Maïmonide cite là une controverse entre les philosophes et la Torah. Au Chapitre 4 des Shmoneh Prakim.

 

***

 

Retour au sujet :

1er verset chapitre10

וַיִּקְחוּ בְנֵי-אַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא אִישׁ מַחְתָּתוֹ, וַיִּתְּנוּ בָהֵן אֵשׁ, וַיָּשִׂימוּ עָלֶיהָ, קְטֹרֶת; וַיַּקְרִיבוּ לִפְנֵי יְהוָה, אֵשׁ זָרָה--אֲשֶׁר לֹא צִוָּה, אֹתָם

Vayik’hou veney-Aharon Nadav va'Avihou ish makhtato vayitnou vahen esh vayasimou aleyha ketoret vayakrivou lifney Adonay esh zarah asher lo tsivah otam.

« Et les enfants d’Aharon Nadav et Avihou prirent chacun son encensoir et ils mirent dans l’encensoir du feu et ils placèrent sur le feu de l’encens et (en cela) ils ont approché devant Hashem un feu étranger qui ne leur avait pas été prescrit. »

 

On voit en quoi le feu est « étranger », en ce qu’il ne leur a pas été prescrit. C’est une très belle chose qu’ils ont faite mais qui n’a rien à voir avec ce que la Torah demande. Un bel enthousiasme qui ne leur a pas été demandé. La Torah a elle des raisons de demander ce qu’elle demande. Le problème a de nombreuses dimensions.

 

Exemple du Kouzari sur la faute du veau d’or :

Le fait de se représenter par un symbole la transcendance divine n’est pas une faute, une véritable idolâtrie, il ne s’agit que de la représentaiton par un symbole. Ce n’est pas l’idolâtrie, c’est le vrai Dieu que l’on veut représenter. Le paganisme érige une force du monde créé en divinité. Lors de la faute du veau d’or, ils voulaient représenter symboliquement la manifestation du Dieu vrai.

Où était la faute ? Dans le choix d’un symbole que la Torah n’a pas demandé.

 

C’est d’ailleurs un problème très vaste. S’y trouve l’essentiel de ce qu’on peut appeller la théologie juive concernant le problème de la représentation de la souveraineté de Dieu.

 

Premièrement : il est interdit d’avoir quelque représentation que ce soit. Et voilà qu’on trouve dans les synagogues des représentations ! La seule représentation cachère du point de vue de la Torah sont les lettres de l’alphabet hébraïques car elles sont les éléments du discours de la Torah, les outils de la création avec lesquels Dieu a créé le monde d’après le Midrash. Sur les deux tables dans la plupart des synagogues se trouvent inscrites les lettres Alef, Beit... Youd. C’est la seule symbolique autorisée. C’est la Parole qui a été la seule manifestation de la présence de Dieu dans le monde qui est autorisée par la Torah : Il y a un verset très clair :

 

Devarim Vaet’hanane 4:12

וַיְדַבֵּר יְהוָה אֲלֵיכֶם, מִתּוֹךְ הָאֵשׁ:  קוֹל דְּבָרִים אַתֶּם שֹׁמְעִים, וּתְמוּנָה אֵינְכֶם רֹאִים זוּלָתִי קוֹל

 Vayedaber Adonay aleykhem mitokh ha'esh kol devarim atem shom'im outmounah eynechem ro'im zoulati kol.

« ....Vous n’avez vu aucune figure seulement la voix »

 

Donc ce sont les lettres de l’alphabet seules qui sont autorisées pour représenter la manifestation de Dieu dans le monde. Certaines synagogues représentent les signes du zodiaque reliés aux 12 tribus et ce n’est pas interdit.

 

Par conséquent, ce n’est pas la chose en elle-même d’avoir pris le signe du zodiaque du temps qui était une faute mais c’était le fait de l’avoir fait alors que la Torah ne l’avait pas demandé. Ce symbole dans leur pensée devait remplacer Moïse et non pas Dieu lui-même ; et leur faute a d’abord été de diviniser Moïse. Nous avons dans le récit de la faute du veau d’or toute la naissance du christianisme avant la lettre. L’adoration du médiateur... etc.

 

C’est ce qu’on peut ajouter sur ce « Lo tsiva Hashem ». 

 

Pour notre culture contemporaine c’est ce que j’appellerais le subjectivisme ou l’immanentéisme dans l’approche de la Torah. Beaucoup de l’élite juive contemporaine tombent dans ce défaut en s’imaginant qu’ils embellissent la Torah par leur subjectivité. C’est idéal lorsque cela coïncide avec ce que la Torah demande : c’est un ‘Hidoush. Mais un ’Hidoush c’est un ’Hidoush de quelque chose qui existe déjà. Un Shinouï, un changement, c’est interdit. On félicite pour le ’Hidoush mais le Shinouï est interdit. Le ‘Hidoush c’est le renouvellement d’une valeur qui fait qu’elle reste elle-même (E’had). Mais le Shinouï-changement est interdit. Shinouï c’est l’altération et le changement de cette valeur qui devient deuxième - Shnéiah.

Shinouï = Assour

‘Hidoush=Tsarikh

Rav Kouk : Tsarikh leqadesh et e’hadash vele’hadesh et heqadosh

Mais le shinouï est interdit.

‘Hidoush c’est le temps de la lune. Shinouï c’est le temps du soleil.

Avec le Shinouï on devient autre, avec le ‘Hidoush on reste soi-même.

 

Il y a deux choses dont il faut se garder : le Shinouï et refuser le ‘Hidoush.

Celui qui refuse le ’Hidoush reste préhistorique : en son temps il avait raison, mais il est décalé, anachronique. Celui qui fait un Shinouï est anachronique dans l’autre sens et est peut-être préfiguriste - avant-gardiste  mais c’est un risque énorme.

 

Verset 10:2

וַתֵּצֵא אֵשׁ מִלִּפְנֵי יְהוָה, וַתֹּאכַל אוֹתָם; וַיָּמֻתוּ, לִפְנֵי יְהוָה

Vatetse esh milifney Adonay vatokhal otam vayamoutou lifney Adonay.

« Et un feu sortit de devant Hashem et les a dévoré. Et ils moururent devant Hashem».

 

On va retrouver ce thème dans la Parashah de Aharei-Mot : on y apprend par liaison de textes ce qui les a amené à apporter ce « Esh Zara ». On apprend qu’ils étaient ivres alors qu’il est interdit au Kohen de boire du vin. Je pourrais vous faire toute un analyse sur l’ivresse du vin qui se fait prendre pour l’ivresse spirituelle. Il y a 2 types d’ivresses du vin :

ð   celle qui mène à la joie de l’esprit et,

ð   celle qui mène à l’ébriété.

 

Cf. Shir hashirim où beaucoup d’expressions de versets montrent cela : l’ivresse du vin est d’ordre religieuse mais risque d’être de l’ordre de l’ébriété. Quoiqu’il en soit, c’est l’ivresse du vin positive,  la vraie ivresse de la joie que donne le vin, lorsqu’on a bu le vin de la joie, on a la joie de vivre.  C’est le plus grand acte de foi que l’on peut faire devant le Créateur : être heureux de vivre. Le vin plus que tout autre alcool révèle cette joie de vivre religieusement authentique. Cela est interdit au Kohen car il risque de basculer dans cette faute : l’ivresse mène à la faute rituelle.

 

Cela se rattache à la fête de Pourim où il faut avoir l’expérience de l’ivresse jusqu’au moment où l’on risque de confondre le bien et le mal et s’arrêter là. Confondre Mardochée et Haman, jusque-là et pas au-delà.  

 

A retenir les 2 fautes :

ð   Avoir apporter un feu étranger.

ð   Avoir bu avant le service.

 

C’est pourquoi c’est interdit au Kohen après tout cet épisode, Dieu se révèle à Aaron pour donner ce commandement. Les Kohanim ne devront pas boire de vin avant le service. Au point qu’on ne dit pas la Birkat Kohanim à l’office de Min’hah, parce qu’on a mangé à midi et qu’on a risqué de boire du vin. Même pas le jour de Kipour un jour de jeûne pour pas qu’on en déduise que l’on pourrait dire Birkat Kohanim à Min’hah. A Min’hah de Kipour non plus on ne dit pas Birkat Kohanim de telle sorte de ne pas avoir l’air de soupçonner le Kohanim d’avoir bu du vin à Kipour...

 

Cela donne deux explications de cette faute et nous verrons qu’ils en existent 2 autres tirées des versets (cf. Malbim)

 

Verset 8 chapitre 10 :

Juste après cet épisode la Torah révèle que les Kohanim ne doivent pas boire de vin, d’où l’induction que c’était parce qu’ils avaient bu du vin qu’ils sont tombés dans la faute du « Esh Zara » d’avoir apporter le feu étranger.  

 

Le Pshat de la faute c’est le feu étranger mais ce qui mène à la faute « yeder averah » - ce qui mène à la transgression – c’est le vin.

 

10:8

וַיְדַבֵּר יְהוָה, אֶל-אַהֲרֹן לֵאמֹר

Vayedaber Adonay el-Aharon lemor.

Et Dieu dit à Aharon :

יַיִן וְשֵׁכָר אַל-תֵּשְׁתְּ אַתָּה וּבָנֶיךָ אִתָּךְ, בְּבֹאֲכֶם אֶל-אֹהֶל מוֹעֵד--וְלֹא תָמֻתוּ:  חֻקַּת עוֹלָם, לְדֹרֹתֵיכֶם

Yayin veshekhar al-tesht atah ouvaneykha itakh bevo'achem el-Ohel Mo'ed velo tamoutou ’houkat olam ledoroteykhem.

le vin et l’alcool tu ne boiras pas toi et tes fils avec toi lorsque vous vous approcherez de la tente d’assignation vous ne mourrez pas. décret permanent pour toutes vos générations

וּלְהַבְדִּיל, בֵּין הַקֹּדֶשׁ וּבֵין הַחֹל, וּבֵין הַטָּמֵא, וּבֵין הַטָּהוֹר

Oulehavdil beyn hakodesh ouveyn ha’hol ouveyn hatame ouveyn hatahor.

pour pouvoir différencier le saint du profane et l’impur du pur.

 

וּלְהוֹרֹת, אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל--אֵת, כָּל-הַחֻקִּים, אֲשֶׁר דִּבֶּר יְהוָה אֲלֵיהֶם, בְּיַד-מֹשֶׁה

Oulehorot et-beney Yisra'el et kol-ha’houkim asher diber Adonay aleyhem beyad-Moshe.

 Et pour enseigner aux enfants d’Israël tous les statuts et les décrets

que Dieu leur a transmis par l’entremise de Moïse ».

 

C’est-à-dire que le fait de boire du vin rend inapte, non seulement au culte, mais à l’enseignement du culte. Parce que le vin est un véhicule d’un intoxication qui fait mélanger les valeurs.

 

Il y a 2 sortes de vins :

ð   Yayin hamessamea’h le vin qui rend joyeux,

ð   yayin hamishtakekh le vin qui rend îvre

 

Nous allons étudier ce que les sources disent sur le titre de la Parashah pour trouver le lien entre cette catastrophe et la Kashroute.

C’est la distinction des espèces entre espèces interdites à la consommation et espèces permises à la consommation. Il s’agit de règnes entiers. Il ne s’agit pas d’animaux totem, par analogie avec le totémisme, que l’on interdit de consommer ici à cause du respect que l’on devrait au totem.

 

Dans les explications universitaires concernant la kashroute sous cette appellation des « interdits alimentaires », on rattache la plupart du temps des interdits de ce type au totémisme.

 

C’est-à-dire que, dans toute société, il y a des choses inconsommables par respect pour l’ancêtre supposé. Ou inversèment les animaux consommables pour pouvoir s’approprier les vertus de l’ancêtre ou du Totem... Ce sont les explications de types universitaires qui ne fonctionnent pas car il s’agit de classes entières de règnes entiers d’êtres vivants et si la Torah énumère certains animaux c’est parce que les critères risquent d’être confondus avec d’autres  règnes, alors on a ici une table d’animaux qui serait suspecte. On ne saurait pas décider à quelle classe ils appartiennent alors on les nomme individuellement.

 

J’ai étudié une thèse structuraliste sur la kashroute mise en forme par un des anciens attachés culturel français à Tel Aviv du nom de Sollers. [ndlr. J.Soler  73 - Sémiotique de la nourriture dans la Bible ?]

…/…

lire la suite…

******

 

 

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
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