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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 14:31

Séminaire sur la création (1979) - Cours 6d

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_6

Face D

   

.../...

coupable de ne pas l’avoir encore accomplie mais il n’y a eu aucune faute. Mais lorsque que la Mishnah veut l’indiquer en voulant évacuer complétement l’harmonique de sens de culpabilité, elle ne dit pas ‘Hayav elle dit ‘Hav pour indiquer que c’est l’accent de ‘Hovah auquel il faut se référer et non pas du tout l’accent de culpabilité.

 

En hébreu nous disons « soumis à obligation » avec le même mot qui signifie « coupable ».

Etre coupable de quoi ? D’une faute ?

 

La réponse est très simple : être coupable de n’avoir pas encore accompli cette obligation. C’est une culpabilité innocente. Qui est très proche de la notion de responsabilité, mais pour qu’elle soit vécue en tant que Tikoun, il faut évacuer la dimension de culpabilité. Il y a ici un thème de réflexion important : distinguer entre la culpabilité et la responsabilité. Etre responsable de quelque chose ne signifie pas forcément être coupable. Ce problème touche le tempérament juif de façon très profonde puisque la conscience juive est très sensible à la notion d’obligation et de loi et il y a énormément d’erreurs de la conscience qui basculent dans ce problème, de la responsabilité à la culpabilité. Peut-être est-ce là le commencement d’explication de tant de névroses juives : une erreur de la conscience. Occupé à une conduite de responsabilité, on tombe dans une névrose de culpabilité alors qu’elle n’est pas fondée.

 

Nous sommes-là au bord de cette découverte du souci du Tikoun. Il y a quelque chose à réparer. Quoi ? Quelque chose de très fondamental : le fait que je ne suis que dans la mesure où je reçois l’être qui me fait être.  Mais cet être que je reçois et qui me fait être je ne l’ai pas encore mérité.

Alors c’est pourquoi dès le début, il est en état de Shevirat Hakelim, en état de chaos et d’obscurité et de diaspora intérieure et d’éclatement de l’unité... enfin, de désordre de la conscience.

 

Zakaï :

 

De la même manière, lorsque l’on veut dire de quelqu’un qu’il est innocent on dit qu’il est Zakaï. Et lorsqu’on veut dire de quelqu’un qu’il a acquis un mérite on dit qu’il est Zakaï avec le même mot.

 

Etre Zakaï c’est donc être innocent de cette culpabilité innocente, mais à postériori de l’acquis du mérite.

 

L’expérience montre que si on n’a pas élucidé ce vocabulaire, la relation à la loi morale risque d’être une conscience malheureuse. Parce qu’on confond ces deux ensembles de catégories. Et on croit qu’avoir une obligation c’est être coupable et que finalement avoir accompli l’obligation c’est être acquitté d’une dette. Ce vocabulaire-là encombre les écoles juives, et c’est la soucre d’énormément de névroses. Cette confusion conduit à une relation à la loi qui créé ce mythe du « péché originel ». A l’origine du désordre, non la faute mais Shevirat Hakélim. Et quant il y a faute cela complique la Shevirat Hakélim mais pas plus.

 

Nous allons partir de cette notion : il y a dès le début un Tikoun à faire de cette manière d’être qui consiste à être dans la mesure où je reçois l’être qui me fait être. Et donc le Tikoun que j’ai à faire c’est le Tikoun de ma condition de créature. Etre en condition de créature c’est être au niveau du mal, dans ce sens de culpabilité innocente : avoir reçu avant d’avoir mérité. Il y a là une contradiction qu’il faut faire éclater, et dépasser.

 

Je dirais que là, l’expérience nous le montre dans la confrontation des cultures, qu’il y a là place pour une différence de sensibilité entre l’hébreu et le non-hébreu, entre les juifs et les non-juifs.

Il y a une différence de sensibilité dès l’origine. Il faut comprendre ici l’analyse de la notion de la grâce. C’est dire que l’être nous est d’abord donné à priori de toute histoire, de tout effort de mérite, en grâce. Et la réaction de la sensibilité hébraïque c’est qu’il faut dépasser cela. Tant que je suis dans cet état de grâce, je suis encore dans cet état de culpabilité. Je n’ai pas encore mérité ce qui m’a été donné en grâce. Alors, il ne faut  pas oublier la grâce du don de grâce, mais tant que je suis dans l’état de grâce, je suis dans l’état de ‘Hovah. J’ai une dette à acquitter. Ce Tikoun de la transformation de l’être qui reçois l’être en être qui donne l’être.

 

Et là nous aurions une impossibilité de dialogue avec la sensibilité chrétienne qui a complétement inversé les données du problème, et pour qui le bien est précisément cet état de grâce. Alors que pour la sensibilité juive c’est un état spirituel de la première enfance.

 

Nous avons reçu, en tant que créature, l’être qui nous fait être, par grâce. Et la maturité spirituelle c’est lorsque la conscience morale arrive au souci du Tikoun, c’est-à-dire mériter ce qui arrive par grâce. Et c’est là que le juif aborde la majorité spirituelle, stade que le chrétien n’atteindra jamais puisqu’il désigne comme summum de la vie spirituelle, « l’état de grâce ». Et d’ailleurs, dans son vocabulaire, c’est le stade de l’enfance, le stade de l’innocence de l’état de grâce, en-deça du niveau du problème moral. Et en conscience chrétienne lorsqu’il faut « être sauvé », cela veut dire « être sauvé » du problème moral...

 

Sur quoi va porter le Tikoun ?

Sur la Shevirat Hakélim, mais cette entreprise du Tikoun n’est pas du tout dans une atmosphère de « péché originel ». Elle est la prise en charge de l’état du monde à son commencement, et cet état est ontologiquement nécessaire. Il ne peut pas en être autrement et personne n’en est responsable.

Sinon le projet d’un Créateur de créer un monde. Et cela commence comme ça. Alors ce n’est que lorsque le Tikoun sera achevé qu’on comprendra que cela valait la peine. Entretemps alors on supporte l’état de chaos et la tentation de se révolter (Cf. la différence entre Nimrod et Avraham)

 

Je vais alors vous proposer un schéma simple comme point de départ de l’analyse : 

Le vide d’être où sera logé le monde part d’un point. Un point qui apparait comme le centre d’un cercle. Il faut comprendre que le point au centre désigne la manière d’être en tant que recevant l’être. Alors que la périphérie de la sphère désigne la manière d’être en tant que donnant l’être.

 

Si l’être est sous forme de sphère, tous les points de cette sphère convergent vers le centre, et le point est le centre qui reçoit l’être de partout. Les points qui sont à la périphérie se dirigent vers le centre qui est le Kéli de Kaballah.

 

Cette notion de Kéli est au centre : voilà pourquoi chaque créature est au centre du monde.

Et c’est pourquoi le Tikoun doit se faire au centre. Il se fait dans cette manière d’être qui se définit de nouveau ainsi : « être en tant que recevant l’être » et qui est le point central.

 

C’est le Tikoun du point central. C’est le Tikoun de la Neqoudah Haemtsaï. Le point qui se touve au milieu qui doit être restauré. C’est lui qui désigne cette manière d’être en tant que recevant l’être qui est la racine de tout mal. S’il y a une faute cela vient de là.    

 

Dans l’analyse de ce qui est défini par quelque éthique que ce soit, et en particulier dans la loi de Moïse, si je fais l’analyse de toute conduite qui est définie comme conduite de mal, je m’aperçois que au fond de toute conduite de ce type dite mal, il y a une motivation qui est toujours la même et qui est de recevoir l’être sans l’avoir mérité. C’est là le minimum commun de toute faute.

 

On comprend pourquoi l’exposé théologique de la compréhension de l’histoire en tant qu’histoire du Tikoun par la tradition juive demande l’option préalable d’une sensibilité morale très précise : celle de l’hébreu. Il n’est pas forcément évident pour d’autre manière d’homme que l’on a le droit de posséder que ce qu’on a mérité.

 

L’inversion qui se fera en vocabulaire de théologie chrétienne est tout le contraire. Pour la sensibilité juive la vertu c’est précisément cet état de grâce. Le commencement de la vertu c’est le stade Abraham mais il faut passer par le stade Isaac. Et cette grâce que nous avons reçue doit être mise en jeu dans l’effort du mérite. Alors seulement le projet du Créateur est accompli. Parce que si je me borne au 1er stade : l’être qui reçoit l’être, le projet du Créateur est amorcé (l’être qui reçoit l’être que le Créateur veut donner) mais ce projet en tant que créateur c’est que cet être qu’Il veut donner soit vraiment acquis par la créature. Tant qu’il n’est que donné par grâce, il n’est pas encore acquis et le projet du Créateur n’est pas encore accompli.

 

C’est pourquoi après Abraham vient Isaac. Après cette ascension nous parvenons au 3ème terme où la contradiction est évacuée comme nous le verrons tout à l’heure.     

 

Mais il faut d’abord effectuer cette vertu qui consiste en cette connaissance de recevoir l’être par grâce. Fils d’Abraham. Comme le Midrash le dit : Qui était Abraham ? Celui qui a reconnu qu’il avait un Créateur. Et que signifie Créateur ? Celui qui donne ! Que signifie être serviteur de Dieu pour Abraham : je reçois ! C’est en cela que je reconnais Dieu comme Créateur. Je reconnais Dieu comme étant Celui qui donne. Que signifie le service ? Accepter de recevoir ! C’est là le service d’Abraham au Dieu d’Abraham.

 

Mais apparaît le 2ème stade :

Lorsque je comprends que Dieu a voulu me donner l’être, me le donner vraiment, pas en grâce seulement, pour que je devienne moi, alors il faut donc que j’acquiers le mérite de ce que j’ai reçu en grâce. C’est l’épreuve d’Isaac : cet être que tu as reçu  en tant que fils d’Abraham -  et d’ailleurs l’épreuve est commune à Abraham et Isaac – mérite-le !

 

Au 1er stade de « Elohei Avraham » la vertu c’est d’expérimenter cela : c’est par grâce que j’ai reçu l’être. Puis arrive le 2ème stade : cet être que j’ai reçu par grâce il faut en faire le Tiqoun. C’est-à-dire le Qiniane. Il faut que je l’acquiers. Ceux qui savent l’hebreu entendent le lien sémantique. Le Tiqoun mène au Qiniane. Il faut que je l’acquiers. Et  pas seulement par la grâce de Dieu mais par mon propre mérite. Et ici l’interpellation est très serieuse : d’où sortir ce mérite qui va être le prix à payer pour l’être que j’ai reçu ?    

Il ne s’agit pas seulement d’être mieux, dans un mieux être,  il s’agit plus fondamentalement d’être.

Il n’y a dans aucune de mes vertus au niveau de l’avoir de mes vertus, une monnaie suffisante pour payer l’être. Je peux payer ce que j’acquiererais une fois existant : un mieux être. Mais comment payer cet être qui reçois ? Avec quelle monnaie prise en moi ? Il n’y en a pas ! Sauf moi-même !

 

Et c’est l’épreuve du sacrifice d’Isaac :

Le seul prix à payer dans cette interpellation (« l’être que je t’ai donné mérite-le !») c’est l’être lui-même !

 

D’une certaine manière, la conscience chrétienne reste à ce stade des enfants d’Abraham et est terrifiée à l’idée qu’il faut passer au 2ème stade, celui des enfants d’Isaac. Laisser cela aux justes. C’est grâce à ce sacrifice des Juifs que le monde est sauvé. On raconte alors un mythe du Tiqoun de l’histoire faite par Israël. Ceux qui ont étudié ces correspondances savent que cela va jusque dans le détail le plus précis jusqu’à l’âge d’Isaac au moment du sacrifice...  La première fois c’est l’histoire, la 2ème c’est le mythe. Donc la conscience chrétienne a dit très clairement ce qu’elle voulait dire, seulement on ne sait pas lire ou on ne sait pas écouter...

 

C’est cela la notion de Tiqoun. 

Le Tiqoun porte sur moi en tant que Kéli, en tant que créature, le côté d’être qui n’est qu’en tant qu’il reçoit l’être qui le fait être. Le Kéli. En hébreu « ‘Hokhmat hakaballah ».

 

Q : Les Hébreux dans le désert tant qu’ils n’avaient pas reçu la révélation étaient ils en train de faire ce Tikoun qui n’a été réalisé que lorsqu’ils ont reçu la Torah ?

R : Baal Shem Tov sur la calomnie de cette génération du désert qui voulait de la viande alors qu’ils avaient la manne : la manne prenait le goût de toute nourriture expérimentée dans le passé. La mémoire en projetait le goût dans la manne. Mais quand les lois de la Kashrout ont été données, les Hébreux ne pouvaient se rappeller que des nourritures non kashères. Ils ont donc dit : « nous nous souvenons du poisson que nous mangions en Egypte, donne nous de la viande ! » On ne comprend pas ?  Baal Shem Tov explique: nous nous souvenons uniquement du poisson, donne-nous de la viande que nous puissions connaître le goût de la viande kashère et après nous pourrons la goûter dans la manne...  Il n’y a pas de faute la première fois. C’est d’ailleurs la définition du châtiment de toute faute. Punis non pour avoir demandé de la viande mais pour en avoir demandé beaucoup. La loi ne punit jamais le 1er comportement, elle punit la répétition du comportement fautif. Ces comportement de réception d’être nous sont imposés. Or. ils sont mal en eux-même. On n’a pas mérité et il faut apprendre à recevoir. Et ce n’est que lorsqu’on reçoit pour recevoir en restant à ce niveau de la jouissance que les problèmes de culpabilité commencent. La première fois c’est la première fois. La deuxième fois c’est encore la 1ère fois. A la troisième fois, cela compte....

 

Qu’est-ce qui est puni ?

Ce n’est pas tellement le comportement d’avoir à recevoir l’être, mais c’est d’avoir à recevoir l’être et de recommencer rien que pour recevoir et non pas pour le donner. C’est là que la faute devient faute.

 

En particulier un Midrash extraordinaire lorsque Dieu interpelle le 1er homme lui disant :

-       « tu as mangé ? »

-       « oui j’ai mangé et je mangerais… »

 

La Kaballah dans l’enseignement du rav Ashlag ici est très profonde : j’ai mangé pour savoir ce que c’était que recevoir, mais je mangerais encore, avec le Tiqoun c’est-à-dire pour savoir comment donner ce que j’ai reçu...

 

****

 

Cette Neqoudah Emtsaï désigne en tout être le côté qui reçoit l’être. C’est elle qui est mise en jeu dans l’histoire du monde parce qu’elle doit faire son Tiqoun. D’une certaine manière ce n’est pas un caprice d’avoir créé le monde. Il faut mettre en question dans une histoire d’un monde, ce côté de l’être qui consiste à être en tant qu’il reçoit l’être. Par definition, c’est ce Tikoun-là qu’il faut faire.

Tout Tikoun de l’homme créature dans son comportement d’acquisition de la vertu a donc un prolongement ontologique et métaphysique total. Ce n’est pas seulement son Tikoun propre auquel l’homme est occupé mais le Tikoun de l’univers, des Olamot, des mondes. 

 

La Neqoudah Haemtsaï est mise en jeu dans une histoire parce qu’elle est cette manière d’être qui consiste à être en tant que recevoir. Alors au niveau de la créature cela s’appelle le Yetser Harâ.    

Nous sommes créés avec une capacité de Yetser Harâ capacité de recevoir l’être et c’est ce qu’a voulu le Créateur. Voyez dans quelles conditions apparemment dramatiques nous sommes situés. Nous sommes condamnés au mal ! Mais un mal que l’on n’a pas voulu. C’est le Créateur qui a voulu que nous soyons créature. Ce mal d’être créature et non pas celui de faire des fautes.

Tout le vie du Olam Hazeh consiste à en faire le Tikoun. Une seule solution possible.

 

Premièrement, je suis donné en tant que créature à un Yetser Harâ – la tendance à recevoir l’être. Si le Tikoun du Kéli qui reçoit n’est pas fait alors il est le Yetser Harâ.

Je n’existe que tant que j’ai le Yetser Harâ.

 

Cf. l’enseignement, enseigné à propos d’Isaac :

« Celui qui n’a plus de Yetser Harâ est comme mort ».   

 

Midrash de la Guémara au temps de Ezra qui fait une prière à Dieu pour que le Yetser Harâ de l’idolâtrie disparaisse. Dieu accepte. Il est indiqué ici le fait que nous sommes obligés de découvrir  cela de façon massive : pendant tout le temps des prophètes existait aussi l’idolâtrie. Le temps de la prophétie cesse et celui de l’idolâtrie aussi.  Commence le temps du Talmud. Pendant le temps de la Mishnah, il n’y a plus d’idolâtrie.  Qui sont les plus grands ? Les Hébreux du temps des prophètes ou les juifs du temps de la Mishnah ? Dès qu’on passe du temps des prophètes au temps de la Mishnah, quelque chose disparait – l’idolâtrie -  alors la Guémara explique cela ainsi :

Le temps du retour était arrivé, alors Ezra fait une prière : on va revenir, on risque de nouveau d’être idolâtres ! Alors, Tu nous fais revenir mais au moins suprime le Yetser Harâ de l’idolâtrie...

Et c’est arrivé ! Pendant tout le temps des prophètes, il y avait Avodah Zara, qui disparait au temps de la Mishnah.

 

.../...

 

Plus un seul oeuf au marché !

Alors Ezra demande : rend-le, rend-le... !

On a quand même gagné quelque chose dit la Guémara : Ce Yetser Harâ de la débauche était comme un lion aux yeux ouverts, il nous a été rendu comme un lion aux yeux crevés. C’est dire que la science de la débauche a disparu. La ‘Hokhmah de la débauche a disparu. La tendance est restée.

 

L’être de créature est attaché au Yetser Harâ. C’est le Yetser Harâ qui me fait être. Sans Yetser Harâ, je n’aurais qu’une seule tendance : remonter là d’où je viens. C’est le Yetser Harâ qui m’attache en-bas et me fait être l’être de créature. Il n’y a pas de culpabilité accomplie. Il n’y a de culpabilité accomplie qui si j’ai accompli et que si je reçois pour recevoir, que si je fais la faute, alors il y a une faute. Je tente par-là d’évacuer la mythologie du péché originel. C’est le péché de l’origine de tout péché si je le fais. Mais si je ne le fais pas, je ne le fais pas...

 

Bar-Mitsvah :

 

Ce péché de recevoir est permis aux enfants qui doivent apprendre à recevoir. C’est pourquoi ce n’est qu’à un certain âge qu’on est Bar-Mitsvah. C’est-à-dire soumis à obligation. On est juif avant la Bar-Mitsvah même avant la circoncision, ne vous y trompez pas ! On est juif car né de mère juive. La circoncision c’est l’alliance d’Abraham, l’une des Mitsvot, mais ce n’est pas cela qui rend juif. Mais on n’est soumis à l’obligation des Mitsvot à la naissance. Il faut attendre la Bar Mitsvah. Alors avant d’expliquer la Bar-Mitsvah, il y a tout ce stade d’apprentissage à la moralité, mais qui commence par une première étape qui est nécessaire : Dieu m’a créé en vue que je reçoive pour donner. Mais cette première étape « en vue que je reçoive », nécessite que j’apprenne à recevoir. Mais, si occupé à recevoir je fais le mal, c’est l’impasse. On nous donne donc tout un temps d’apprentissage jusqu’à la Bar-Mitsvah pendant lequel revoir pour recevoir n’est pas un mal. C’est permis aux enfants.

 

Peut-être est-ce que c’est cet état-là, de suspension de la loi, que la conscience chrétienne recherche. Le retour à l’enfance.

 

Et le moment où j’ai obligation de commencer le Tiqoun - c’est-à-dire le Tiqoun de cette capacité de recevoir – et qui est la Bar Mitsvah – apparait le Yetser HaTov.

 

Guémara : jusqu’à la Bar-Mitsvah je ne suis censé qu’avoir un Yetser HaRâ et c’est permis parce que je suis en apprentissage de recevoir. Et c’est au moment de la Bar-Mitsvah qu’apparait le Yetser HaTov.

 

Qu’est-ce que le Yetser Hatov ?

C’est la tendance à me faire à l’imitation du Créateur, Celui qui donne. Et c’est dans cette contradiction que je suis plongé, en tant que créature, dans le problème moral. Être vraiment c’est être celui qui donne, mais pour être moi créature, il faut que je sois celui qui reçois. C’est cette contradiciton que le Tiqoun doit évacuer.

 

J’explique rapidement la règle de la Bar-Mitsvah ou Bat-Mitsvah selon le Shoulkhan Aroukh : quel est le jour où l’enfant est Bar-Mitsvah ? C’est le jour où il est pubère, c’est-à-dire le jour où il est à son tour capable de donner la vie. Alors il est soumis à obligation. C’est pourquoi la Bat-Mitsvah se fait un an avant pour les filles qui sont pubères avant les garçons.

 

La règle fondamentale lorsque le judaïsme était vécu à l’échelle familiale – maintenant il n’est plus vécu qu’à l’écehlle communautaire – ce n’est pas 13 ans et un jour comme selon la Halakhah mais c’est le jour de la puberté. Même si cela se fait à 11 ans et deux mois... C’est la mère ou le père qui savent que c’est ce jour-là.

 

Le jour où l’on est à son tour capable de donner la vie, alors on est soumis à obligation.

 

La différence entre la notion de majorité dans une tradition – c’est resté dans la tradition juive mais c’était ainsi dans toutes les traditions d’initiations des sociétés dites primitives des sociétés tradtionnelles – c’est le jour où l’on peut donner la vie, alors que dans les sociétés modernes c’est précisément le jour où l’on peut la prendre à un autre – l’aptitude au service militaire – le jour où l’on peut défendre sa patrie. Comme si la société n’accorde la majorité qu’au moment où l’on peut être assassin. Alors que la tradition donne la majorité au moment où l’on peut être père ou mère.

 

Et donc voilà cette équation d’impossibilité qu’il faut dépasser.

 

Vont se mettre en place 4 possibilités, et vous verrez que ce schéma nous explique à la fois les âges à l’échelle individuelle et l’histoire des civilisations. Je commence par en-bas, l’état de chaos le plus inférieur, là où le Yetser Harâ est vraiment Yetser Harâ : c’est l’attitude de

 

ð   Ratson lekabel al menat lekabel - Recevoir pour recevoir. Là est la malignité et la ruse de la conscience : c’est ce que le Créateur a voulu : que je reçoive. Alors je m’installe dans la jouissance du recevoir pour recevoir. Ratson lekabel al menat lekabel. Volonté de recevoir en vue de recevoir. C’est Râ. Nous voyons pourquoi il faut le stade de l’enfance parce qu’il faut apprendre à recevoir et c’est être situé dans un temps d’apprentissage de culpabilité innocente. Jusqu’à l’âge de 13 ans de la puberté on ne laisse pas tout passer à l’enfant ses caprices mais très rapidement l’enfant devient Bar ‘Hinoukh donné à l’apprentissage de la vertu – il a déjà l’âge de l’étude, de l’éducation. Déjà il va apprendre que c’est en vue de donner. Mais l’effectuation de l’attitude de recevoir est déculpabilisée. C’est très important à ce moment-là que l’enfant apprenne à recevoir. Parce que toute sa vie, il ne pourra recevoir que suivant la capacité de réception de son véhicule de réception. Alors, il faut le lui faire le plus grand possible. Il ne faut jamais brimer les enfants lorsqu’ils disent « je veux », car ils veulent préparer des capacités de recevoir, les plus grandes possibles pour être au plus grand niveau  possible serviteur du Créateur qui Lui veut donner.  Ces fermetures par anorexie – refus de manger – sont l’illustration du premier blasphème. Il faut faciliter aux enfants ce vouloir vouloir. Ce vouloir vouloir c’est d’abord vouloir recevoir. Si cela est brimé, il y a blocage, on ferme, et toute la vie on refuse de recevoir l’être du Créateur à cause des parents qui ont bloqué l’envie de vouloir vouloir... Cela s’arrange. Il y a Tiqoun pour cela. Recevoir en vue de receovir c’est être Rashâ. Voir tous ces Midrashim qui parlent de la nécessité des Reshayim dans le monde : Pour qu’ils  nous apprennent à avoir envie de recevoir. Il ne faut pas faire comme eux mais ils sont indispensables au monde. La capacité de construire des frigidaires vient des Reshayim. C’est cette civilisation de cette production-consommation et son cycle infernale. Et grâce à eux on a envie de recevoir. Recevoir pour recevoir c’est le stade de l’enfance et c’est aussi le stade dans l’histoire des civilisations de la civilisation matérialiste avec pour seul objectif la jouissance : recevoir pour recevoir. Et dans chaque étape, il y a tous les niveaux d’âge, tous les niveaux de sophistication et de complexité. Apparait-là dans l’histoire du Tiqoun une révolution. Et c’est là qu’apparait, encore une fois, ce principe dont j’ai parlé précédemment qu’on ne peut comprendre le judaïsme qu’à travers la sensibilité juive. Préalablement à une théologie juive, il y a une  antropologie juive. Une manière d’être homme. Je ne sais pas s’il est possible de s’expliquer par les mots et les idées  avec quelqu’un d’une autre sensibilité. Il faut conversion de l’être. Jamais un dialogue théologique entre l’état de grâce et l’état de mérite ne pourra être posé entre Juifs et Chrétiens, parce que l’on part d’une sensisbilité morale radicalement différente. Arrive donc une révolution : que ce souci de recevoir pour recevoir c’est le mal. La jouissance renonce à elle-même comme un peu dans l’expérience de la désespérance d’Esaü dans le récit de l’histoire de Essav. Cela veut dire que du trop plein de jouissance arrive l’ennui et la désespérance. Et puis quelque chose se produit et on découvre qu’il faut donner. Apparait-là un stade très ambigü où la formule est :

 

ð   Ratson leashpiâ al menat lekabel – je ne mérite de recevoir que si je donne – c’est ici l’attitude des religions païennes. C’est vouloir donner en vue de recevoir. Il y a déjà progression avec l’attitude du donner mais c’est en vue de recevoir. Au niveau des âges de l’individu, c’est la crise religieuse. Je serais vertueux pour avoir le paradis. J’ai découvert que je reçois et que cela ce n’est pas joli. Il faut que je donne. En vue de quoi ? En vue de recevoir. Alors, ce stade-là est très ambigü. Pourquoi ? Parce que le point de chute c’est encore en vue de recevoir... Et au stade de l’histoire des civilisations, ce sont les religions païennes. La formule de la prière païenne en latin c’est « Do ut des » - « Je donne en vue que tu donnes ». Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de vertu. Je donne donc c’est de la vertu mais en vue que tu donnes... Le Tikoun n’est pas encore fait. Au niveau des actes de l’individu, c’est disons grosso-modo la crise religieuse de l’adolescence. Ce sentiment qu’il faut que je donne de ma vertu pour mériter de recevoir. Au niveau de l’histoire des civilisations c’est le stade des théologies païennes. Il y a effectuation d’un rituel de vertu mais en vue d’avoir le paradis... Je n’ai pas dit que cela n’était pas kasher mais c’est à ce stade-là...

 

ð   Ratson leashpiâ al menat lehaspiâ -  Et alors arrive une deuxième révolution. Ce que j’appellerais la crise mystique de l’adolescent, au-delà de la crise religieuse précédente. Ce sont les stades des spiritualités désincarnées dans l’histoire des sociétés. Le point de chute précédent c’est encore de recevoir, ce qui est perçu comme mal, alors on va avoir une aventure utopique absolue : l’art pour l’art au niveau de la morale. Je donne pour donner, je ne reçois pas... C’est le moment le plus vulnérable de l’histoire de la conscience et de l’histoire des civilisations. C’est là qu’apparaissent les religions mystiques où l’homme de foi se présente comme s’il était Dieu lui-même. Qui est celui qui donne et que cela ? C’est le Créateur ! La créature qui découvre la vertu à ce stade-là – donner pour donner – se prend pour le Créateur ! C’est pourquoi je vous dis que cette crise mystique est un passage obligatoire car pour donner il faut apprendre à donner. Et de qui apprend-on à donner ? De ceux qui donnent et que cela. Nous savons qu’ils sont fous mais c’est d’eux qu’il nous faut l’apprendre. Mais il faut savoir qu’ils sont fous. C’est une autre manière d’être Rashâ, corollaire à la première : recevoir pour recevoir. Laquelle des deux est la plus grave ? Dieu seul le sait.

 

ð   Ratson lekabel al menat lehashpiâ. Et alors finalement on arrive au 4ème niveau. Vous devinez que c’est là que le judaïsme va se situer. Jusqu’à ce qu’on comprenne – c’est la définition de la sagesse - qu’il faut satisfaire aux deux obligations. Il faut être serviteur du Créateur. Chaque matin on se lève prêt à Avodat haBoré. Que signifie servir le Créateur ? Cela veut dire recevoir l’être. En tant que  je reçois je sers le Créateur. Parce que Créateur signifie donner, et servir le créateur signifie accepter de recevoir, et c’est cela Avodat haBoré. Expression qui a un sens religieux très précis. C’est le rituel du Shoulkhan Aroukh qui nous définit ce service : comment recevoir du Créateur sans que cet acte de recevoir soit le mal ? Il faut recevoir. Mais tant que je suis au stade de recevoir c’est le mal. Un mal sans culpabilité. Et je suis donc à l’état de chaos… etc. Mais finalement je découvre qu’il n’y a qu’une seule manière de satisfaire à ces deux obligations – le Yetser HaRâ et le Yetser HaTov : c’est recevoir en vue de donner. Ce n’est plus Avodat HaBoré qui est Léqabel = Yetser Harâ. Je sers le Créateur (Celui qui donne l’être) avec mon Yetser Harâ (la capacité à recevoir). C’est ici l’effectuation de la piété : j’accepte d’exister. Comment ? En recevant ! Avec mon Yetser Harâ ! Cf. Rashi sur le Qriat Shemâ : « Véahavtah et Hashem Eloheikha Bekhol Levavekha » : Im shnei yetsarekha. Avec tes deux instincts. Que ce soit le Yetser Hatov cela va de soi que je serve Dieu avec mon altruïsme mais avec le Yetser Harâ cela ne va pas de soi. D’où le ‘Hidoush ramené par Rashi. Avec aussi le Yetser Harâ.  

 

…/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans KABALAH
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