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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 19:39

Séminaire sur la création (1979) - Cours 3c

 

Séminaire sur la création (1979) - Cours 3c

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_3

Face C

 

 

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Vu au 1er cours de lundi matin une difficulté de compréhension de la notion de création ex-nihilo qui est pourtant la notion de base du récit de la Bible et de toute la tradition juive à ce sujet. Nous allons reprendre ce problème et commencer aujourd’hui à apprendre la réponse que nous donne la tradition de la Kaballah à ce sujet.

 

Cette notion de Beriah signifie donc dans sa définition de base : Beriah yesh mi ayin – ce qui est apparait à partir de rien – ayin - néant : « il y a à partir de il n’y a pas ». Cela correspond en français à l’expression latine ex-nihilo.

 

Une telle expression ne fait pas partie des données de la raison ni non plus de l’expérience de la mentalité culturelle contemporaine, c’est-à-dire scientifique ou scientiste.

 

J’aborde maintenant la notion que va substituer la tradition de la  Kaballah et qui sera Beriah Yesh Mi Ayin.

 

Ce qui nous est incompréhensible du point de vue d’évidence des catégories de la raison c’est l’apparition de l’être à partir du néant – ce qui contredit fondamentalement le principe d’identité. C’est parce que nous n’avons pas de référence dans une illustration d’expérience d’une telle réalité : quelque chose – le monde tout entier - apparaissant dans le néant.

 

Nous verrons que nous avons en réalité une telle expérience.

En vérité, il y a une expérience qui peut nous être une illustration suffisament familière c’est la disparition de l’être. Même si nous n’avons pas l’expérience de l’apparition de l’être, nous pouvons avoir référence de l’expérience de disparition de l’être. Peut-être avons nous quand même expérience de l’apparition de l’être. Cest ce que nous appellons la néantisation. Nous avons expérience de cette disparition de l’être.

 

A moins d’admettre que la personne humaine n’est rien et se borne à la vie biologique de son corps, il est évident que la disparition d’une personne nous donne un exemple fondamental de néantisation. Dans la tradition juive, il ne s’agit que de la néantisation de la manière d’être dans ce monde-ci. Pour la tradition juive, la mort n’existe pas comme terme définitif de l’existence d’une personne vivante. Nous savons que la tombe n’est pas un terminal mais la porte qui ouvre sur autre chose. Mais il est bien évident que nous avons expérience dans l’histoire de notre monde, ce monde-ci , refermé sur lui-même, de néantisation qui se dit en hébreu Beriah ayin mi yesh. Néant à partir de l’être.

Alors que notre notion de Beriah yesh mé’ayin est incompréhensible à la raison, la raison cependant doit accepter l’évidence de l’expression Beriah ayin mé’yesh parce que de cela nous avons expérience. Et il suffit de se référer à toute expérience de mort.

 

Selon la tradition juive, la mort n’est pas ce que l’on croit être, c’est un changement de vêtement, un changement de manière d’être. Mais comme ce n’est pas expérimentable nous le relierons à ce principe sous forme d’article de foi. Et dans tous les cas, dans l’expérience brute, il y a disparition d’être. Pas seulement au sens de l’expression de Lavoisier « Rien ne se perd, rien ne se crée » qu’une synthèse se défait en éléments et donc il n’y rien qui a disparu, les éléments sont là. En réalité, la personne, elle, a disparu de ce monde-ci.

 

Les notions qui sont objets de connaissance par la foi ne peuvent pas se décrire en analyse objective puisque ce sont des expériences subjectives.

 

Je vous cite simplement une des prescriptions du rite de la tradition juive par rapport  à la mort : il est interdit de pleurer à côté d’un mort. C’est permis dans une aute pièce ou maison, mais pas à côté de lui. Parce que cela signifierait que l’on réagit comme s’il était mort, or il ne l’est pas. Son corps est mort sa personne ne l’est pas. Or, comme il y a des étapes dans le temps, l’éloignement ne se fait pas tout de suite mais par étape.

Autre rite : il est interdit de parler à côté d’un mort avant l’enterrement d’autre chose que lui ne connaitrait pas dans sa mémoire ou s’il s’agit des problèmes pratiques de l’enterrement. Car c’est un mépris pour cette personne qui est là mais ne peut pas intervenir et s’exprimer. 

Selon la tradition la seule différence entre un vivant et un mort c’est que le mort ne peut pas parler dans notre monde. C’est une mitsvah, une bonne action, de citer une parole en son nom, ce qui lui permet de parler au moment où celui qui le cite parle.

 

Et donc cette notion-là de néantisation nous sera beaucoup plus évidente rationnellement que la première. Et c’est de là que l’analyse de la Kabalah va partir.

Nous allons prendre comme postulat que cette expression « Beriah ayin mi yesh » « néant à partir de l’être » - la néantisation de l’être par rapport à la manière d’être dans notre monde, cela est une notion expérimentable dont la raison  peut garder l’évidence.

 

A partir de Beriah yesh me’ayin qui nous est incompréhensible on va nous proposer une notion transitoire qui est Beriah ayin me-yesh. Et cette notion de  Beriah ayin me-yesh va nous mener à la notion fondamentale de la Kabalah qui est Beriah yesh me-ayin.

 

Le point de départ sur lequel nous devons réfléchir attentivement :

Ce n’est pas le néant qui précéde l’être mais c’est l’être qui précéde le néant. La création est un processus qui apparait dans l’être absolu qui est là de toute éternité. C’est le monde qui a un  commencement et pas l’être. Le monde en tant qu’être recevant l’être, en tant qu’être qui ne peut être qu’en tant qu’il reçoit l’être qui le fait être. Mais l’Être qui donne l’être, Lui, est non seulement préexistant au monde, mais de toute éternité pré-exitant à tout monde. 

Voilà l’évidence de laquelle l’hébreu parle et qui est l’évidence radicalement opposée, inverse, de l’évidence de la philosophie grecque parlant de cette notion de création, et pour qui le néant précède l’être.

 

Je formule d’abord ce postulat : c’est l’être qui précède le néant.

 

[Et un être de tel infini, absolu qu’on appelle néant par rapport à l’être qui va apparaître dans le monde, c’est une donnée d’ordre mystique claire d’ailleurs et évidente. Mais du point de vue de l’analyse rationelle que nous essayons de recupérer, il est évident que ce néant antérieur n’est plus le néant dont nous parlons habituellement (rien) mais un être tellement total que par rapport à moi créature il est tellement au-delà de ma manière d’être que pour moi c’est mon néant d’être à moi. Ce n’est pas contradictoire. Que cet être antérieur au néant d’où procédera le monde soit appelé parfois chez les mystiques « néant », nous pouvons le comprendre, mais par commodité je l’appellerais être. Et c’est plus que Yesh c’est Havayah. Le terme qui dit l’être absolu qui précède le processus que je vais décrire.

 

Et voilà pour qu’il y ait place pour un monde, il faut donc que Dieu en tant que l’être absolu antérieur au processus de création, se retire d’un point de son être pour laisser place au monde. Si Dieu existe comment penser la possibilité d’existence d’un monde ? Si Dieu existe, il est tout, et donc où loger un tel monde ? 

 

Dans la cohérence du récit biblique qui nous parle de Dieu en tant que Créateur, qui précède la création. Par conséquent, si Dieu précède la création, où loger la création puisque par définition Dieu est l’être absolu et il n’y a pas de place pour autre chose ?

 

[On voit ce que les Chrétiens ont fait de cette notion de retrait de Dieu en un point de son être, ils en ont fait finalement ue notion absolument idolâtre de la mort de Dieu pour le salut du monde. On fait toujours cette expérience de voir qu’à la racine de la conscience chrétienne que nous repoussons comme idolâtre, il y a toujours une parole juive enfermée dans une piété idolâtre. Nous ne sommes pas chargés nous d’expliquer aux Chrétiens ce en quoi ils sont censés croire, mais je vous indique ce que la pensée humaine non informée de l’expérience hébraïque de ce qui est dit à l’origine de la tradition hébraïque, peut arriver à formuler des cathéchismes complétement idolâtres à partir du judaïsme lui-même. Ce n’est malheureusement pas que le christianisme qui est sorti du judaïsme mais pratiquement toutes les idolâtries. Les Chrétiens seraient étonnés que l’explication de leur « mystères » se trouve à la racine dans la tradition juive mais dans un tout autre sens. D’un côté, il y a la prophétie hébraïque et de l’autre des idolâtries dans le sens païens (des réalités spirituelles « incarnées » comme ils disent).]

 

Cette notion du retrait de l’être de Dieu d’un point de son être est un ‘Hidoush de  la tradition de la Qabalah et s’appelle le Timtsoum. De la racine Letsamtsem.

Ce terme de Letzamtzem – tzimtzoum – a deux sens en hébreu :

ð   le sens qu’il a dans le vocabulaire talmudique.

ð   le sens qu’il a dans le vocabulaire de la Kabalah.

 

ð   Letsamtsem => contracter : rendre plus dense et faire un espace plus restreint.  Tzmatzit un concentré de... dans le sens de l’hébreu talmudique – compresser, contracter. La Shekhinah fera un Tsimtsoum pour occuper un endroit dans l’espace du monde. Cet infini de la Shekhinah qui se contracte (metsamtsem) pour pouvoir se mettre entre les deux chérubins.

 

[L’étude des mesures du temple montre que cet espace dans lequel est situé l’arche n’existe pas dans notre monde bien que il existe dans les mesures. Ce point de contact entre l’infini, l’éternité et notre monde spatio-temporel n’a pas d’espace, ni d’épaisseur... Les mesures du temple montre l’absence de place pour la largeur de l’arche. L’arche est présente dans ce point de jonction entre ce que serait l’infini qui se contracte dans ce sens-là et est en contact avec notre monde des trois dimensions. C’est ce fameux mystère sur lesquels les philosophes et en particulier Descartes se sont penchés : comment comprendre le point de l’insertion de l’esprit humain avec le corps humain ?  L’esprit est de l’ordre de l’infini, de l’ordre de la qualité, et il y a point de contact point de jonction avec le corps, mais où et comment cela se passe t’il ? Il y a eu différentes hypothèses sous forme de la réflexion philosophique : Descartes le situait dans la glande pinéale. Lorsqu’elle est excitée elle déclenche des émotions dans l’âme, des mouvement de l’esprit, et inversément lorsqu’elle est atteinte, ce que l’esprit a à communiquer au corps ne passe plus... C’est pour Descartes le point de jonction de ce que les moderrnes appelle parallélisme psycho-physiologique, c’est-à-dire les rapports entre l’esprit et le corps.

Seuls ceux qui étaient présents voyaient dans notre espace cet espace sans espace qui était l’endroit  de l’arche. En mathématique on utilise des images. Des lignes, des plans, des droites, des points... Nous savons très bien qu’au niveau de la réalité mathématique un point n’a pas d’épaisseur. Et pourtant il existe. Voilà donc une réalité qui existe sans épaisseur.  C’est lorsque ces êtres mathématiques s’incarnent dans l’être physique que je parlerais de l’épaisseur. Mon corps a une épaisseur, mon âme a une dimension spirituelle autre. Mais il est bien évident que cela fonctionne puisque je parle. Et quand je parle quelqu’un s’exprime à travers mon corps, ce quelqu’un c’est moi... Et donc ce moi qui suis moi est accroché quelque part dans le corps. Selon la tradition juive dans tout le corps. Et bien sûr, il y a des endroits privilégiés qui sont le foie, le coeur, le cerveau.   Sous forme mnémotechnique : Moah-Lev-Kaved qui par acrostiche donne Melekh. L’insertion de ce monde que j’appelle mon esprit, mon âme, se fait à travers tout mon corps, mais à travers des niveaux différents de dignités qui sont finalement ce MeLeKh, et qui indiquent la fonction royale de l’âme par rapport au corps. Lorsque je suis maître de mon foie, de mon cœur, et de mon cerveau, je suis Melekh mais si ce sont mon cerveau, mon cœur, mon foie, qui sont maîtres de moi je suis Eved. (Kloum)

 

La Kabalah va utiliser un 2ème sens du mot de Tsimtsoum complétement  opposé pour répondre à la question : comment faire apparaître la place du monde (place non spatiale mais en tant que place d’être) pour que soit logé ce monde que Dieu veut créé ? Se rappeler la difficulté de départ : C’est l’existence du monde qui est l’impossibilité pour la problématique de la pensée de la Kaballah. Qu’un monde existe c’est ce qui pose problème !

 

Le problème du philosophe c’est de savoir à quelle condition l’idée d’homme doit répondre pourqu’il soit vraisemblable qu’un homme existe. C’est tout le problème de la philosophie.

Le problème de la théologie c’est de savoir à quelle condition l’idée de Dieu doit répondre pour qu’elle soit vraisemblable et que nous puissions admettre qu’un Dieu existe.

 

La Kaballah ne connait aucun de ces problèmes. Elle peut, étant donnée sa propre connaissance, aider le philosophe ou le théologien à y voir clair dans leur problème respectif mais ce n’est pas le problème de la Kaballah. La perplexité du Kabaliste n’est pas la perplexité du philosophe ou la perplexité du théologien. En d’autres termes, la tradition de la Kabalah considère les  problèmes de la philosophie et de la théologie comme des problèmes infantiles, de pré-sagesse. Son problème à elle est beaucoup plus sérieux : comment se fait-il qu’un monde existe ? Que l’homme existe cela va de soi pour le kabaliste puisque c’est l’homme qui pose les questions... Qu’un Dieu existe cela va de soi aussi. Si moi j’existe, à plus forte raison, c’est que Dieu existe. (Cf. l’expérience d’Abraham)

Une fois ces deux évidences intégrées (l’homme existe - Dieu existe) alors le vrai problème apparait : comment se fait-il qu’un monde existe ? Parce que ou bien ce monde c’est Dieu ou bien ce monde c’est l’homme ! 

 Ou bien ce monde c’est aussi Dieu et alors il s’agit du panthéisme qui a suprimé la question en l’évanouissant. Le panthéisme sait très bien que le monde en tant que Dieu ce n’est pas Dieu en tant que Dieu. Spinoza n’est pas vraiment panthéisme mais pananthéisme c’est la même famille spirituelle, qui sera obligée de parler de « nature naturante » et de « nature naturée ». Il sait très bien que Dieu c’est la nature mais qu’il y a un aspect de la nature qui n’est que la nature. La « nature naturée ». C’est finalement une évacuation verbale du problème. Dieu en tant que nature qui n’est pas la même chose que la nature en tant que Dieu.

 

Ou bien le monde fait partie de Dieu : on a supprimé le probléme en renvoyant à un mystère supérieur, la philosophie : alors comment se fait-il que l’homme existe si tout est Dieu ? Or, l’homme existe puisqu’il pose ces problèmes ! Ou bien le monde fait partie de l’homme et c’est ce qu’on appelle la philosophie idéaliste, pour qui le monde extérieur…

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans KABALAH
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