Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 11:38

Séminaire sur la création (1979) - Cours 3

 

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_3

Face A

 

…/…

Qu’est-ce que la Kabalah ? C’est la science de l’être, mais pas comme la philosophie. Lisez l’Ethique de Spinoza, c’est l’utilisation du verbe être en grec. Il préférait quand même le latin au grec mais le grec est derrière. C’est la fameuse grammaire hébraïque en latin de Spinoza. Mais qui projette les catégories de l’être latin  dans le verbe être hébreu.

Ce que j’ai ajouté comme nuance c’est la science de la réception de l’être. Dans la tradition juive on va prendre au sérieux l’écrit de la bible, cette parole mise par écrit dans la bible. Mais j’y reviens tout à l’heure.

La différence fondamentale me semble être-là. Il y a ici une rupture avec la perspective de la métaphysique philosophique. Nous ne pouvons pas employer le mot être dans le même sens si nous parlons de l’Être-Créateur et de l’être-créature. Et vous voyez que s’il y a confusion, finalement, on arrive à la théologie chrétienne. Confusion de substance entre l’Être-Créateur et l’être-créature. L’homme-Dieu, le Dieu-homme. C’est une notion radicalement idolâtre pour la tradition juive. (Plus exactement, pour la tradition hébraïque dont la tradition juive est l’histoire de fidélité. Les Juifs sont ceux qui sont fidèles aux Hébreux.)

A partir d’une vision du monde métaphysiquement radicalement différente, on véhicule les mêmes mots traduits de l’hébreu, mais on a une toute autre théologie. Cette notion de l’incarnation telle qu’elle est entendue par les églises chrétiennes, quelque soit leurs nuances, est radicalement extérieure à la tradition. Cela ne peut pas sortir des Juifs, cela a été projeté par les Grecs, parce qu’il y a cette mentalité que le mot de « être » a le même sens pour le Créateur ou la créature. Si nous pensons hébreu nous devons partir de cette remarque. 

 

Q : Havayah ?

R : ce terme Havayah, ce n’est pas déjà aujourd’hui que l’on doit le découvrir, c’est le nom de Celui qui est Dieu par excellence, c’est le nom de l’Être.

 

Ma manière d’être, moi créature, et Sa manière d’être, Lui Créateur, sont deux substances radicalement différentes. Toutes les analogies peuvent être pensées mais à condition de partir de ce postulat qu’il y a une différence  radicale entre l’Être du Créateur et l’être de la créature que nous venons de découvrir. Parce qu’être en tant que mon geste d’être consiste à donner l’être, et être en tant que mon geste d’être consiste à recevoir l’être sont radicalement différents, il n’y a pas de passage sinon par la paternité ou la maternité. Nous savons ce que le christianisme a fait de cela... Mais notre sujet n’est pas le christianisme mais la Qabalah.

Nous n’avons pas la même grammaire d’être parce que le propre de la tradition hébraïque est de mettre en évidence la signification morale et c’est cela l’important des termes apparemment métaphysique, alors que les Grecs sont au niveau de la contemplation métaphysique du concept éthique.

 

Q : est-ce que vous considérez que Buber dans la relation « Je et Tu »... ?

R : certainement, il exprime là quelque chose qui vient de la Qaballah à travers la ‘Hassidout. Je ne peux pas considérer Buber, un des grands que j’ai eu le privilège de connaître personnellement, comme un porte-parole de la tradition juive elle-même. Alors que je le peux avec n’importe quel kabaliste. Mais ce qu’il véhicule comme intuition procède de la tradition juive. Il s’inscrit dans la bibliothèque de la pensée des Juifs. Il exprime la tradition ‘hassidique qu’il a connu étant enfant, il y a une énorme controverse chez les spécialistes surtout en Israël : son ‘hassidisme n’est pas authentiquement ‘hassid, c’est hindouïste. N’oubliez pas cela. C’est la grande querelle entre Sholem et Buber, sur Buber. Et dans ce cas-là, Scholem a raison. C’est mélangé de façon très subtile avec l’atmosphère hindouïste. Ceci dit la pensée de Buber a véhiculé cela. Dans sa dialectique du Je et du Tu apparait le sens moral de la révélation créationnelle, en ce sens que l’acte créateur et l’acte moral fondamental fait exister autrui. Toute la moralité commence-là, alors que le philosophe lui va se préoccuper d’une analyse métaphysique du geste créateur, il ne rencontrera l’acte moral que très loin et encore sous forme de contemplation éthique. Ce qui n’est pas le propos de la tradition juive.

 

Q : inaudible

R : Ce que nous voulons élucider maintenant c’est ce concept nouveau qui est apparu : il y a une signification radicalement différente dans le mot être entre Être-Créateur qui donne l’être et être-créature qui reçoit l’être. Ce que vous avez signalé c’est une des limitations de l’être recevant l’être. Qu’est-ce qui fait ma finitude ? C’est la définition infinie de ma finitude en tant qu’être recevant l’être. Mais l’objectif du Créateur est de me donner un être sérieux, absolu. 

La tradition juive avec un fondement traditionnel absolu : d’où différence radicale entre l’être présent, qui est le processus d’acquisition de l’être pour l’être recevant l’être, et l’être espéré qui est l’être absolu du projet du Créateur et que nous appelons le Olam Haba.

 

Au niveau même de l’être de créature il y a deux niveaux radicalement différents :

ð   Olam Hazeh : dans le processus historique de l’acquisition du mérite d’être,

ð   Et d’autre part, l’être promis par le Créateur qui au niveau de son être de Créateur ne peut qu’être un être absolu, mais de créature.

 

Nous voyons que l’utilisation de tous les termes, substantifs ou adjectifs, traduits de l’hébreu au grec nous font passer à un registre théologique radicalement différent.

 

Vous comprenez pourquoi, à beaucoup de niveaux, celui-là en particulier, un dialogue judéo-chrétien est impossible. Parce que dans le trait d’union on a changé d’univers mental.

 

Q : inaudible

R : Le Mékoubal en tant qu’il est Mékoubal accomplit la volonté du Créateur. Entendez maintenant ce qu’il y a dans cette formule : Quelle est la volonté du Créateur ? C’est de donner !

 

La piété c’est d’accomplir la volonté du Créateur et la Kabalah va nous dire tout de suite de quoi il s’agit. Qelle est la volonté du Créateur ? Donner l’être !

Par conséquent, comment accomplir cete volonté du Créateur ? En recevant l’être : en me faisant tel que l’Être qui donne l’être puisse me donner l’être. Il y a donc un comportement dynamique parce que je reçois de plus en plus d’être. C’est l’objectif de la prière : pouvoir recevoir de plus en plus d’être. Ce plus d’être, ce surplus d’être, ce supplément d’être, s’appelle la bénédiction. Et c’est l’objectif de la prière. C’est pourquoi dans la prière nous nous adressons à Dieu en tant qu’Il est source des bénédictions. « Baroukh Atah Hashem… » Et non pas à l’idée du Créateur de l’idée métaphysique. Mais à l’idée du Créateur en hébreu : Celui qui donne l’être.

L’expérience par laquelle je perçois l’être-Créateur c’est l’expérience de la bénédiction.

Chaque fois que je rencontre cette expérience de bénédiction, de « plus être », je suis en relation avec Celui qui donne l’être, un peu plus. Et celui qui tient cet objectif entre ses mains c’est la créature.

 

Vous voyez que va se recomposer pour notre esprit toutes les données habituelles qui sont véhiculées dans les formules de la tradition juive, mais dans une constellation autre. J’ai moi-même mis des années, recevant l’enseignement de mes maîtres à pouvoir élucider cette notion qui allait de soi dans ce qu’ils me disaient, mais en tant qu’oreille recevant la parole pour élucider cela pour pouvoir entrer dans l’univers de la Qabalah il faut radicalement renoncer au souci métaphysique et au souci éthique et moral. Déplacer l’accent de signification de l’univers où le grec est chez lui, la métaphysique, à l’univers moral où l’hébreu est chez lui. Le sens métaphysique du terme « créer » n’a aucune importance. C’est son sens moral qui est important parce que l’objectif est de faire réussir et de réaliser le projet du Créateur.

 

Q : Comment expliquez-vous que l’incapacité de la raison de concevoir l’acte de création ex-nihilo soit précisément ce qui reste dans l’esprit de ceux qui actuellement proclament la mort de Dieu et qui cependant pour croire en Dieu croient encore au Créateur. Exemple d’un ami ancien-prêtre qui a renié sa foi révélée mais qui croit en Dieu en se rattachant à l’argument de Voltaire « l’impossible d’une telle horloge sans horloger » ? Tout se passe comme si son exigence intérieure qu’il y ait un Dieu et une relation entre Dieu et la morale il l’a transpose au plan intellectuelle et métaphysique et il n’en n’a pas conscience ?

R : Et il en arrive à une notion radicalement différente. C’est une différence entre le Dieu fabricateur dont parle Voltaire et le Dieu-Créateur dont parle la Bible. Le Dieu de Voltaire fabrique une horloge, Il est horloger, alors que le Dieu biblique donne l’être. C’est très différent comme notion. Le Dieu de Voltaire à la limite est le Dieu-Démiurge, le Dieu-fabricant.

Paru il y a quelques années un volume en français sur Rashi : en particulier un article de Roland Goetschel sur le thème important sur le visage de l’homme. C’est tout le cours des Toladot de Monsieur Gordin que l’on retrouve-là à travers Orsay. Dans le 1er paragraphe une analyse de la différence entre le Dieu fabricant-démiurge de Voltaire et le Dieu de la Bible, l’être donnant l’être, le Boré, qui est Av-père, et non pas horloger. Un Dieu horloger ne pourrait pas s’adresser à Voltaire. Ce serait une idée incongrue.

 

Q : le rôle central de la prière démystifie complétement toute métaphysique et tout comportement magique dans le lien direct et la prière qui est reçue… ?

R : D’emblée, nous sommes passés à travers ces questions, d’un registre purement métaphysique au registre religieux. Une tradition talmudique dit de Dieu qu’il est « Shoméa Tefilah : Il est Celui qui écoute la prière » : Cela veut dire que toutes les prières qui ont été dites dans un comportement d’authenticité de l’être recevant l’être demandant plus d’être au niveau bénédiction. Dans l’authenticité du projet de la prière toutes les prières sont entendues. Mais je vais introduire un mot qui fera l’objet d’un cours pour lui-même : la notion de mérite. Tant qu’il n’y a pas de mérite d’être elles sont entendues et sont réservées. Dès que ce mérite de l’être qui reçoit l’être est apparu, tout ce qui avait été demandé et entendu est reçu à ce moment-là. Vous comprenez pourquoi il y a des prières qui ne sont pas exaucées maintenant mais qui sont entendues. Alors elles attendent le temps où le vase, le Kéli de réception, sera prêt à les recevoir. C’est là que nous introduirons la notion de mérite.  

 

Histoire :

On raconte chez les ‘Hassidim, qu’un jour un ‘Hassid voulait entrer prier à la synagogue et a été rejeté en arrière. Questionné, il répond : je ne peux pas entrer dans cette synagogue elle est pleine de prières, il n’y a plus de place. Les prières ne sont pas montées alors il ne pouvait pas rentrer…  

 

Je vous donne une indication rapide pour ceux plus avancées en hébreu du point de vue de l’une des méthode de la Kabalah qu’on appelle la Guématria :

Shema Israël Hashem Elokeinou Hashem E’had.

Je répète :

Shema Israël Hashem shéHou Elokeinou Hou Hashem E’had.

Or, la valeur numérique de Hashem c’est 26. Et la valeur numérique de E’had c’est 13, la moitié.

On apprend que l’Être qui est notre Dieu, ce n’est pas le niveau « être » dans le sens métaphysique, indifférencié, entre le Créateur et la créature, c’est l’être-Créateur. 13 c’est la moitié de 26 ! C’est lui qui est Hashem-Elokim.

Je n’en dis pas plus ! Vous avez compris ? Non vous n’avez pas compris. Ce n’est pas grave votre âme a compris et a mis cela en reserve. Le jour de la compréhension…

***

Résumé des 3 sens du terme de Qabalah :

ð   Qbalah Tradition reçue - sens très superficielle. Ce qui est reçu.

ð   Mékoubal : celui qui est reçu dans sa prière.

ð   Qabalah c’est ‘Hokhmat HaQabalah : la science de la réception d’être.

 

***

 

1ère Analyse :

De l’impossibilité rationnelle de la notion de création.

 

Je voudrais bien insister là-dessus.

Le problème des méthodes qui est important pour l’ensemble de l’approche du contenu de la tradition juive : c’est que la notion de création est un objet de la foi et non pas du tout de la raison.

Il ne faut jamais faire semblant de transmettre une notion comme rationelle alors qu’elle ne l’est pas. Un jour l’enfant va grandir et s’apercevra qu’on lui a raconté des histoire et il jettera le bébé avec l’eau du bain, c’est-à-dire la morale avec la pseudo-métaphysique. Ne jamais dire, alors qu’on n’en est pas soi-même convaincu, qu’une notion est évidente pour la raison.

On croit à tort que la notion de création va de soi pour la raison. D’où cela vient-il ? Tout simplement d’une familiarité telle avec cette donnée de la foi qu’il y a un glissement d’évidence : c’est évident au niveau de la foi et pas du tout au niveau de la raison.

 

Ce que je voudrais expliquer rapidement pour débrousailler le sujet :

On donne deux raisons pour lesquelles il faut s’attendre à ce que cette notion ne fasse pas partie de l’intelligence rationelle et donc des évidences de la culture contemporaine.

 

ð   Premièrement, parce que cette notion implique une contradiction absolue qui met en échec le principe d’identité.

ð   Deuxièmement, parce que cette notion est apparemment inexpérimentable. Or, la culture contemporaine, n’a donné comme objet de pensée que ce qui peut entrer dans l’univers scientifique, c.à.d. un phénomène qui se répète et qui est expérimentable. Et par définition, l’acte de création à l’origine ne se répète pas. Apparemment.

 

Pour le 1er argument d’ordre logique cette notion véhicule une contradiction absolue : Ex-nihilo !

Le terme de création pris au sérieux, et non pas simplement au niveau poètique, signifie que l’être apparait à partir de rien. En latin ex-nihilo. En hébreu Yesh Mi Ayin. La réponse de la raison est directe: « Ex-nihilo, nihil ! » A partir de rien : rien ! La raison ne peut pas comprendre ce que signifie l’apparition de l’être à partir du néant. Or, c’est cela que dit le terme hébreu que nous employons en disant Briah.  

 

Il y a d’autres termes qui signifie modification de l’être, et dans l’apparition d’un aspect nouveau on pourrait dire poétiquement qu’il y a « création » de quelque chose mais ce n’est pas le sens du terme de Beriah-créer.

 

Il y a contradiction dans ce concept qui met en relation l’être et le néant. Et cela met en échec le principe d’identité.

 

L’homme livré ses propres forces en tant qu’être de nature, même si sa pensée est la plus sophistiquée soit-elle, le plus haut niveau d’analyse philosophique, l’homme  livré à ses propres forces c.à.d. n’ayant pas entendu une information qui vient de l’extérieur de sa conscience c’est-à-dire la prophétie, n’est renvoyé qu’à des hypothèses dans ce domaine. Il ne peut pas trancher. Rien ne peut me confirmer ni dans le spectacle du monde, ni dans l’exercice de la raison dans la question que je me pose : est-ce que le monde est créé ou pas ?

 

A quelque qu’argument auquel je serais sensible pour répondre oui, je peux opposer un argument pour répondre non, et réciproquement. Je ne suis que devant deux hypothèses possibles. Qu’est-ce qui me fait opter pour l’une ou pour l’autre ? Ce n’est pas du tout l’exercice de la raison, c’est une information de l’âme. C’est une option qui vient de plus profond que l’intelligence. Parce que l’exercice de l’intelligence, aidée ou non par la perception de la réalité, ne peut mener qu’à deux hypothèses possibles. En termes de raisonnement : donc le monde est créé, ou, donc le monde n’est pas créé, mais sous forme d’hypothèses que rien ne vient trancher. Pas même l’argument de Voltaire. Parce que je pourrais opposer un postulat différent au raisonnement. Peut-être que tout a un ouvrier dans le monde mais que le monde n’a pas d’ouvrier ? Peut-être que tout dans le monde a une cause, mais pas le monde ? Il y a un principe de causalité pour tout dans le monde sauf pour le monde ? Même ce raisonnement ne peut être qu’hypothétique. Ne peut y adhérer que celui qui d’autre part a des raisons d’y adhérer. Mais ces raisons d’autre part, c’est une information de la foi et non pas du tout un exercice de la raison.

 

C’est-à-dire si quelqu’un qui d’autre part sait que le monde a un Créateur malgré les apparences qui expriment cette foi par un tel raisonnement, mais ce n’est pas ce raisonnement-là qui le démontre, c’est un raisonnement d’exposition. Une information que l’âme a d’autre part.

 

J’ai réfléchi un peu à ce problème philosophique de ce qu’on appelle les preuves de l’existence de Dieu. Il y a une erreur de langage. Il faudrait dire les démonstrations de l’existence de Dieu. Et toutes ces démonstrations en théologie philosophique dépendent toutes sans exception d’un postulat de départ. Et elles ne sont valables que pour l’esprit qui adhère à ce postulat de départ. Elles ne sont valables que pour une certaine école intellectuelle. Et sachez que ce n’est pas du tout le propre d’une tradition de confier son message à tel ou tel type d’école intellectuelle. La tradition s’adresse à des hommes et non pas à des écoles. Si prestigieuses qu’elles soient, toutes les écoles de pensées ont un postulat subreptice du commencement du raisonnement.

Supposons un homme non sensible au principe de causalité ou de finalité (la preuve théléologique qui se retrouve chez Descartes) en raison de son tempérament intellectuel, est-ce que cela voudrait dire que la tradition n’a rien à lui dire ? Or, elle parle de l’être créé. Tous, même ceux qui ne sont pas sensibles au principe de causalité ou de finalité sont des créatures du Créateur. 

Jamais la tradition ne confie son message à une école précise.

 

Au moyen-âge, nous étions privilégiés. Quand il fallait se confronter à la pensée philosophique il n’y avait que deux possibilités : les platoniciens, les aristotéliciens. C’était relativement simple. Mais alors on dialoguait avec Aristote ou avec Platon. Aujourd’hui, avec tant d’écoles de pensées, la tentative d’un langage de synthèse est voué à l’échec. Parce que dès qu’on aura parlé pour les existentialistes, les essentialistes n’entendent rien. Si on parle pour les essentialistes, les existentialistes n’y entendent rien…etc.

 

Vous comprenez pourquoi ce projet qui tente beaucoup d’auteurs contemporains est à priori voué à l’échec. Il n’y a que un seul discours traditionnel : celui qui exprime ce que la tradition a à dire quelque que soit l’interlocuteur ; et non pas, celui qui choisit par postulat, un certain registre de vocabulaire de dialogue qui par définition ne va s’adresser qu’à la minorité sensible au postulat du discours, et qui va se découvrir par rapport à toutes les autres.

 

Au moyen-âge, il pouvait y avoir une tentative, Judah Halévi ou Maïmonide. Peut-être que le dernier grand formulateur c’est le Maharal. Et après lui, nous ne pouvons avoir que des monographies analytiques, mais toute synthèse implique le choix de catégories de vocabulaire. Mais dans quelle école philosophique choisir ce vocabulaire qui est exclusif pour l’école choisie ?

 

On ne peut que déplorer ces livres qui paraissent et expriment les contenus d’enseignements de la Kaballah mais exprimées dans tel ou tel vocabulaire des différentes écoles philosophiques très partielles de modes x ou y contemporaines. En particulier cela travaille les structuralistes, surtout les lacaniens.

 

***

 

Je reviens sur ce 1er argument :

On n’en sort pas, c’est bouclé. La notion de création est a-rationnelle, et ne fait pas partie de la raison. Elle se trouve dans la raison mais par information de la foi. L’option d’adhésion à l’évidence d’une telle notion est préalable au raisonnement. On retrouvera dans les conférences à venir l’emploi de ce terme de « création » avec des implications esthétiques et poétiques. Ici nous tentons d’en comprendre la signification kabalistique en hébreu.

 

Premiérement la notion de création n’est pas rationelle.

 

2ème argument :

Elle ne peut pas faire partie de la pensée scientifique.

Parce que la pensée scientifique n’est sensible qu’à des phénomènes qui se répètent et dont elle peut établir la loi en analysant la répétition. Or, par définition cette notion de création prise au sérieux est un harpax. Si on prend au sérieux ce que la Torah nous en dit. « Au commencement Dieu avait créé le ciel et la terre », c.à.d. le monde.

 

Si un savant de la science de mentalité scientifique de la culture occidentale emploie le terme de création cela n’est peut être pas en tant que savant qu’il l’emploie. Parce que ce terme ne peut pas faire partie de la pensée scientifique. Premièrement, il ne fait pas partie de la raison tant que l’on pense suivant le principe d’identité que A=A. C’est la contradiciton entre l’être et le néant qui est enfermée dans ce concept de création. Et deuxièmement,. Elle ne peut pas faire partie de la pensée scientifique. Ce ne peut donc qu’être par façon de parler, par allusions verbales, qu’elle apparait chez le scientifique. Prenez par exemple l’expression de Bergson d’ « évolution créatrice » : c’est le sens poétique d’un concept philosophique car évolution et création c’est contradictoire pour la logique et la raison. Donc ce que Bergson veut dire c’est une façon de parler. C’est un autre terme que nous utilisons en hébreu pour indiquer ces nuances de la pensée, pas le terme de création, c’est le terme de Yetsirah et non pas celui de Beriah.

 

Or et Kéli

 

Alors nous sommes renvoyés à notre définition de départ : une différence radicale entre la définition de l’essence de l’être en tant que donnant l’être, et l’essence de l’être en tant que recevant l’être. Mais cependant quelque chose circule puisque de l’être est donné par l’Être donnant l’être à l’être recevant l’être. Cependant quelque chose circule. Et donc il y a un troisième terme : cet être qui circule entre l’être donnant l’être et l’être recevant l’être. C’est ce que les Kabbalistes nomment du terme général אוֹר   Or – traduit par « lumière ».

 

Entre l’être donnant l’être et l’être recevant l’être, il y a une circulation de אוֹר   Or.

Mais אוֹר   Or n’est pas l’être. C’est ce qui fait que de l’être de l’Être donnant l’être passe chez l’être recevant l’être. Il y a donc 3 termes : la Havayah l’Être du Créateur, la Havayah- l’être de la créature, et le Or qui circule entre le Créateur et la créature. Et ce terme de Or ne signifie pas seulement lumière.

 

Entendons-le en hébreu : c’est l’être manifesté, quelque soit son étant, sa manière d’être. On parlera du Or auquel les yeux sont sensibles : je reçois de l’être à travers la vision. On parlera aussi du Or auquel les oreilles sont sensibles. Je reçois de l’être à travers l’audition. Alors il y a Or eynayim et Or oznayim. En français je ne dis pas que mon oreille capte de la lumière mais qu’elle capte des sons. C’est des niveaux du Or qui est un terme générique, formel, général, que les Kabalistes emploient pour désigner la circulation d’être de l’être manifesté entre l’Être donnant l’être et l’être recevant l’être.

 

Ce qui définit l’être recevant l’être en lui-même s’appelle Kéli. Le vase, le véhicule, l’outil de réception de l’être.

 

Q : Ce Or eynayim et Or oznayim est-ce le même que Or zarua latsadik (Psaumes 97:11: אוֹר, זָרֻעַ לַצַּדִּיק  )?

R : Oui, la signification de ce terme finalement sera éclairée par l’étude kabaliste dans tous les versets où il est employé. Et vous vous rappelez comment commence le récit de la « création» :  Yéhi Or : Qu’il y ait Or !  Le véhicule de l’être recevant l’être est défini tout de suite par le récit biblique comme étant chaos - ce qui va nous renvoyant à Shévirat Hakélim - et obscurité. Et dans cet état d’obscurité apparait un désir du Créateur : יְהִי אוֹר   Yéhi Or  qu’Il y ait Or ! et le Or apparait…

וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים, יְהִי אוֹר; וַיְהִי-אוֹר

Vayomer Elohim Yéhi Or Vayhi Or.

Qui crie cette demande ? C’est l’état d’obscurité du Kéli !

Comme le dit le verset וְחֹשֶׁךְ, עַל-פְּנֵי תְהוֹם   ve’hoshekh al-peney tehom :  L’être créé en tant que tel, en lui-même, dans son essence, est privé d’être, encore. Il n’est qu’un vase, véhicule de réception mais qui est obscur car complétement privé de Or. Et alors de cet état de Keli apparait ce cri :

 יְהִי אוֹר   Yéhi or : Qu’il y ait Or !

Et ce אוֹר   Or, vient d’un Or pré-existant.

Ce Or n’est pas objet du créé. C’est ce qui circule entre l’être Créateur et l’être créé.

Le Or vient du Yesh MiYesh :

 יוֹצֵר אוֹר וּבוֹרֵא חֹשֶׁךְ  

Yotser Or ouBoré ‘Hoshekh [Yeshayah 45:7].

 

C’est la différence, c’est la notion de Yetsirah que nous verrons. Terme qui est employé en hébreu moderne pour dire la fabrication mais en réalité le Yotser c’est l’acte de la création artistique. Façonner. Yatsor = donner une forme, donner une Tsourah.

 

Q : Ces gens qui ne reçoivent pas cette information de l’âme voient une autre lumière, quelle lumière ?

R : On y arrive. Cette réaction de la métaphysique grecque est une réaction fondamentalement athée.  

 

Je vais partir d’un petit récit historique que nous avons dans l’histoire de la Bible:

Le 1er homme à retrouver la capacité de réception de cette Qabalah qui commence, c’est pourquoi les Kabalistes le disent, avec Adam Harishone, le 1er Méqoubal, c’est Adam Harishone.

 

La tradition qabaliste commence avec Adam harishone car il s’agit de la tradition de la réception de l’être qui commence avec la première créature. 

 

Mais finalement, nous verrons que la Torah nous donne de longs récits de généalogies, de génération en génération, en nous nommant d’un seul nom la génération. A chaque génération, il y a avait un initié de cette Qabalah et on nous donne son nom dans le récit des Toladot, les générations. 

 

Et en fin de compte, il y a une sorte de déperdition de cette conscience d’être créature qui véhicule une révolte contre le Créateur.

 

Et puis le 1er homme à retrouver cette tradition de Adam Harishon c’est Abraham.

Ce n’est pas du tout par un raisonnement philosophique, à la manière de Voltaire ou autre. C’est par une certaine manière de se connaître en tant que créature et qui est de l’ordre de la vertu et non pas  de l’ordre de l’intelligence.

 

Ce que le Midrash nous enseigne c’est que Abraham se découvre comme créature, c’est-à-dire se découvre comme être recevant l’être. Par là même, il connait qu’il y a un Être donnant l’être. Mais ce n’est pas à travers un raisonnement mais à travers une prise de concience de soi qui est de l’ordre des vertus morales. Parce que de deux choses l’une :

Ou bien me découvrant être, prenant conscience de moi, je me découvre comme étant moi l’être – et c’est une position athée - ou bien je me découvre comme étant uniquement parce que je reçois l’être et c’est la position religieuse d’Abraham. Se connaissant comme créature il connait son Créateur. Pas par raisonnment ou démarche intellectuelle, mais par une prise de conscience de soi qui est de l’ordre de la vertu. Une vertu qui est très proche de l’humilité – Anavah – mais entendue dans le sens de la Qabalah, c’est-à-dire la conscience de la créature comme créature. Et il y a là une expérience existentielle à l’échelle de l’universel.

Il n’est pas nécessaire d’être philosophe pour être kabaliste, pour être disciple d’Abraham.

N’importe quel être humain ayant cette manière de prendre conscience de soi est fils d’Abraham.

Ensuite, il faut régulariser, il y a un code de la science de la réception d’être. Il y a un mode d’emploi qui s’appelle la Torah. Mais cela c’est un autre problème que nous verrons par la suite,  celui du lien entre les Mitsvot et cette science de l’être. C’est le mode d’emploi : Comment recevoir l’être que le Créateur veut donner ?

 

Et nous retiendons cette Mitsvah fondamentale de la Avodah – le service du Créateur qui est la prière. Prière qui est tout autre chose que ce qu’on pourrait supposer.

 

Q : Et les Korbanot en font partie ?

R : Bien sûr. Tout ce qui est Avodah est Avodat haBoré. Que signifie être au service du Créateur ? Le culte c’est être au service du Créateur. Mais le Créateur signifie l’Être donnant l’être, le serviteur signifie l’être recevant l’être. Mais le Créateur signifiant l’Être donnant l’être, le service du Créateur ce sont les conduites de l’être recevant l’être.

 

Lorsqu’un Grec est en situation de culte, lorsqu’un Hébreu est en situation de culte, il s’agit de deux conduites radicalement différentes. Le seul temple non-juif où l’on peut rentrer c’est la mosquée.

Les Occidentaux tendent à se judaïser à travers l’Islam qui est en train de devenir une des grandes religions de l’Occident.

 

L’expérience d’Abraham est une manière de prendre concience de soi en tant que créature. Elle enveloppe premièrement la connaissance du Créateur. Une connaissance au niveau du termne hébreu de Daat. Cela ne passe pas par des raisonnements. C’est une vertu.

 

Ce que je voulais ajouter et qui est très important, c’est que c’est une expérience qui est donnée à l’universel. Par définition, n’importe quelle créature peut être fils d’Abraham. Il n’est pas nécessaire d’avoir tel ou tel tempérament intellectuel ou mystique. Il suffit d’être une créature authentique en tant que tel et ne pas ruser avec son propre Créateur.

 

Alors dans ce récit nous voyons que dès qu’apparaissent les grand personnages des étapes de la construction de l’identité de créature authentique, c’est-à-dire Israël à la limite, le projet du Créateur selon le récit biblique, apparait toujours un personnage antagoniste. 

 

C’est un schéma d’analyse important pour lire l’histoire que nous raconte la Bible. Dès que nous avons une étape de l’être d’Israël apparaissent deux personnages parallèles. L’un qui est l’antagoniste radical, et l’autre qui est une approximation d’identité qui s’instaure en rivalité.

 

Avraham a un antagoniste qui est Nimrod, et une approximation d’identité qui s’installe en rivalité qui est Loth. De Loth vont sortir deux rivalités à Israël, Ammon et Moav. L’une est déjà réglée, Ruth est déjà venue de Moav. Reste la rivalité qui vient de Ammon. La capitale Amman de la Jordanie en hébreu c’est Rabat-Amon. Avec Moav c’est réglé depuis Ruth. On attend ce qui se passera quand elle viendra de Ammon. Je ne sais pas si elle s’appellera Ruth ou Naamah…

 

A ce niveau-là, la principale rivalité d’identité avec le monde extérieur c’est la Jordanie. Ce n’est pas pour rien qu’elle s’appelle Rabat Amon la capitale de Amon. Il faut chercher très loin où commence cette rivalité-là qui dépasse les problèmes que nous avons avec Ishmaël. Cela vient de Loth.

 

A la 2ème génération, Isaac a pour antagoniste Avimelekh – roi d’une principauté qui s’appelle le territoire de Gaza, Aza en hébreu. Ishmaël est l’approximation d’identité qui s’installe en rivalité.

 

A la 3ème génération, Jacob a pour antagoniste Laban. Essav est l’approximation d’identité qui s’installe en rivalité.

 

Q : Lavan: Levanon ?

R : Nakhon !

 

C’est un schéma très simple des racines de notre histoire qui nous permettra de lire cette histoire dans la réalité historique elle-même. C’est un schéma Israël éclairant. Tout se met en place dans la réalité. Nous sommes dès le début accompagnés par l’antagoniste et le rival, à toutes les étapes.

 

Q : Quelle est la différence entre l’antagoniste et le rival ?

R : L’antagoniste est celui qui veut supprimer Israël. Le rival c’est celui qui veut y substituer sa propre identité. Et qui se prétend l’Israël authentique.

…/…

lire la suite

*****

Partager cet article

Repost 0
Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans KABALAH
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche