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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 10:44

Séminaire sur la création (1979) - Cours 2b

 

 http ://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_2

Face B

 

…/…

 

Q : Ce que nous disons à propos de la pensée peut-il être dit à propos de la parole ?

R : S’il s’agit de la pensée d’un être doué de parole, alors sa pensée est parole. Mais c’est parce qu’il est doué de parole et qu’il y a derrière un quelqu’un qui pense, et qui est derrière le quelqu’un qui parle... Je me réfère à travers votre question à l’une de mes conversations avec Monsieur Lévinas qui m’a dit être du même avis d’une certaine manière : le danger pour la tradition biblique que représente le structuralisme, c’est le dernier avatar du matérialisme. Mais celui-là est sérieux : avoir évacué la personne de la parole elle-même !

 

Q : le malaise pour un juif de la Torah à être confronté aux problème de l’acte créateur de l’homme. D’emblée par la Torah, il y a une suppression et limitation de l’acte créateur de l’homme.

Voltaire : « Dieu a créé l’homme à son image et l’homme le lui a bien rendu », cette inversion est impossible aux yeux de la Torah. 2ème il y a une limitation dans l’imitation de Dieu qui est donnée d’ailleurs dans le verset que tu as cité :

קְדֹשִׁים תִּהְיוּ:  כִּי קָדוֹשׁ, אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם

kedoshim tiheyou ki kadosh ani Adonay Eloheykhem

Soyez saints car je suis saint moi Hashem votre Dieu.

Suivant les Méfarshim en particulier le Maharal, il y a là une imitation de Dieu mais en même temps une limitation prévue par la façon dont les deux mots sont écrits : Qedoshim saints pour l’homme écrit ‘hasser sans Vav et Qadosh pour Dieu est écrit malé en entier avec un Vav. Cela veut dire qu’effectivement nous avons là une possibilité d’imitation de Dieu que la Torah nous donne mais en même temps elle nous donne les limites : nous ne pourrons  jamais faire sur terre ce que Dieu fait en tant que Créateur.

Question par rapport à la définition de l’homme en tant que ‘Hay hamédaber vivant qui parle :

Ce n’est pas par hasard d’ailleurs si un grand philosophe anti-structuraliste non-juif, Louis Parrin a été celui qui en exergue de sa thèse sur les données et les fonctions du langage avait mis en hébreu cette définition de l’homme ‘Hay hamédaber.

Tu as dit « ça pense », cela peut être une machine, en hébreu moderne « ma’hshev » et avec un mauvais jeu de mot peut-être « me’hashev » la sorcellerie. Mais les psychanalistes disent que « ça parle », alors là, il ne s’agit plus simplement de mot qui n’ont pas de sens mais qu’il y a une façon d’aborder le langage en tant que lieu de l’impersonnel : « ça parle ! ». Lacan entre autres, à la fois psychanalyste et structuraliste: « l’inconscient est structuré comme un langage ».

Alors qu’inversément, pourrait-on parler de parole créatrice, c’est ma question, en particulier puisqu’on admet que la parole est un acte, est-ce que la prière peut être considérée comme une parole créatrice (d’après la Halakhah la prière doit être pronconcée, la parole ne doit pas être seulement pensée mais parlée), et enfin dernière question : est-ce que le grand lieu de création de l’homme dans  la liberté qui lui est donnée par la Torah n’est pas dans les 4 coudées de la Halakhah. N’y-a-t’il pas justement là l’essentiel de l’acte créateur de l’homme dans la transformation de la Mitsvah - dessein de Dieu - en réalisation ?

 

R : Je pourrais répondre à tout cela par une expression : Torah shebé al peh ! C’est là le génie de l’homme. Il y a énormément de questions, je vais peut-être isoler la question concernant la psychanalyse. Je pense qu’un psy de la tradition juive dirait que c’est le cas, ça pense, lorsque le sujet est aliéné ! Et par conséquent, il n’y aurait pas de contradiction. Mais nous montrer le sujet normal de l’homme comme aliéné dans tous les cas, c’est là qu’est le danger !

Au sujet de l’indication du début: la limitation dans l’imitation, je rappelle un autre verset de Aqedat Its’haq la ligature d’Isaac : lorsque Dieu dit à Ishmaël et Eliezer qui accompagnaient Its’haq montant vers la montagne de Moriah :

 

Vayera 22 :5

וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם אֶל-נְעָרָיו, שְׁבוּ-לָכֶם פֹּה עִם-הַחֲמוֹר, וַאֲנִי וְהַנַּעַר, נֵלְכָה עַד-כֹּה; וְנִשְׁתַּחֲוֶה, וְנָשׁוּבָה אֲלֵיכֶם

Vayomer Avraham el-ne'arav

shvou-lakhem poh

im-ha’hamor

Et Avraham dit aux jeunes gens

Restez ici avec l’âne

va'ani vehana'ar nelkhah ad-koh

venishta’haveh venashouvah aleykhem.

Et moi et le jeune irons jusque-là

Nous effectuerons le service et nous reviendrons vers vous.

 

Et ceci dans les deux exposant des noms de la divinité Hashem et Elohim : voilà ce que dit le verset : שְׁבוּ-לָכֶם פֹּה עִם-הַחֲמוֹר   shvou-lakhem poh im-ha’hamor : dans cette ascension qui mène au lieu de la Aqedah à Moriah, Abraham s’adresse à ceux qui ne peuvent pas aller plus loin : Restez Poh là ici avec l’âne ‘Hamor . Et puis le Maharal intervient en nous disant qu’ils sont ligotés par l’aspect matériel du monde (‘Hamor=’Homer), ils ne peuvent pas aller plus loin ils restent avec l’âne au niveau de la matière, et  וַאֲנִי וְהַנַּעַר, נֵלְכָה עַד-כֹּה   va'ani vehana'ar nelkhah ad-koh moi et le jeune nous irons jusque là-bas וְנִשְׁתַּחֲוֶה, וְנָשׁוּבָה אֲלֵיכֶם   venishta’haveh venashouvah aleykhem et après avoir pris contact avec ce qu’il y a là-bas nous reviendrons...

 

Vous voyez tout ce processsus que j’ai décrit tout-à-l’heure en termes philosophiques nous allons le voir au niveau de l’exégèse. Poh et Koh qui signifient « ici » et « là-bas » sont écrits Peh Hé / Kaf Hé mais auraient pu être écrits aussi Peh Vav / Kaf Vav. Il y a ici quelque chose de très important qui apparait et que je voudrais mettre en évidence. C’est que l’homme peut aller très loin jusqu’à tout près de l’imitation sans limitation, mais il doit s’arrêter à un cran avant. Po = 86 c’est la divinité au niveau de la nature. L’homme ne peut aller que jusqu’à 85, Poh avec une lettre Hé. Ko c’est la divinité au-delà de la nature. Shem Havayah= 26 mais l’homme ne peut aller que un degré avant : Koh = Kaf-Hé= 25. Une transcendance reste dans tous les cas.

Ce qu’il y avait important dans cette question c’était surtout cela, le ça qui pense. Oui dans le cas où le sujet est aliéné. Mais je ne sais pa si les psychanalystes diraient que dans le discours du psychanaliste « ça pense ».

 

Q:  inaudible

R: Oui je pense que dans tout projet il peut y avoir échec. L’erreur est d’instaurer l’échec en réussite. Introduisons de nouveau le critère hébraïque : quel est l’art qui est interdit ? C’est celui qui mène à l’impersonnel ! Celui qui porte en lui la promotion de la personne n’est pas un art interdit. Il y a des musiques interdites lorsqu’elles renvoient à des expériences de dualités  irrémédiables. Par exemple, la fugue est une musique interdite par la Halakhah parce qu’elle comporte deux thèmes parallèles qui ne se rencontrent jamais. Cela renvoie à une expérience spirituelle dualiste. Comme nous ne sommes plus capables de l’expérimenter alors ces interdictions n’ont pas forces de loi, l’interdiction est alors suspendue. Mais si nous étions capables de vivre un fugue elle nous serait interdite comme musique idolâtre en tant qu’elle est dualisme irrémédiable....

 

Q: inaudible

R: l’artiste nous communique ce que Dieu a créé au niveau de l’art, comme le savant nous communique ce que Dieu a créé au niveau des sciences, comme tout artiste, au niveau étymologique, nous communique ce que Dieu a créé. Il est instrument de dévoilement de ce que Dieu a fait. Ce sont des dimensions de l’expérience prophétique. Mais là où il y a vraiment de façon radicale dans le génie créateur de l’homme c’est dans l’invention de la vertu : l’élaboration de la Torah Shébéal Peh.

 

Q: inaudible

R: Dieu nous a communiqué Sa Torah, la Torah à laquelle Lui obéit dans le monde de la vérité, et Il attend de nous comment nous pouvons la formuler au niveau de l’homme. Comment l’homme obéit à la Torah de Dieu. C’est cela qui est une invention radicale de l’homme. Et ce génie inventif, l’histoire l’atteste, a sa matrice dans l’identité Israël. C’est Israël qui formule la Torah shébé al peh.  

Un très beau Midrash de la Guémara l’exprime ainsi : lorsqu’il y a une décision nouvelle à prendre pour savoir comment se comporter dans l’ordre de la vertu, la Yeshivah d’En-haut attend la décision de la Yeshivah d’En-bas. Parce que la Yeshivah d’En-haut sait comment c’est dans la vérité, mais elle ne sait pas comment c’est dans la réalité. Elle l’attend de l’homme. 

…/…

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans KABALAH
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