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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 10:37

Séminaire sur la création (1979): Cours 2

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/cabale/seminaire_sur_la_creation/cours_2

Face A

 

…/…

Alors on ne peut plus dire que la caractéristique différentielle de l’homme c’est la pensée. La pensée peut renvoyer à l’impersonnel. La pensée de l’homme est incommensurablement plus grande que la pensée chez l’animal, mais la pensée existe déjà chez l’animal, même de façon rudimentaire élémentaire pour établir des relations. Et si déjà la pensée est déjà chez l’animal alors on ne peut pas se servir de ce critère pour définir la caractéristique différentielle de l’homme en tant qu’être vivant parmi les autres êtres vivants.

 

C’est donc le ‘Hay Hamédaber que la tradition juive a choisi plutôt que ‘Hay Hamaskil. Et si la capacité de l’homme d’être Maskil d’être Ma’hshev est si grande chez l’homme c’est parce qu’il est d’abord Médaber. C’est là qu’apparait l’énorme aventure contemporaine du structuralisme qui essaie d’évacuer de la parole elle-même la présence de la personne et renvoyer la parole elle-même à l’impersonnel. Et au fond, on pourrait dire que ce n’est peut-être qu’avec le structuralisme que l’antagonisme du judaïsme est apparu dans l’histoire des cultures ; et que le matérialisme classique n’était rien à côté de ce qu’annonce comme assassinat de l’homme la philosophie du structuralisme.

 

Je dis cela parce que je sais que beaucoup d’étudiants juifs sont fascinés par ce qu’ils découvrent dans les structures du langage avec le stucturalisme, et cela leur tient lieu de Kaballah si j’ose dire. Et il y a là un danger très grave de ne pas se rendre compte, qu’en fin de compte il y a une tentative d’évacuer ce pour quoi la tradition juive avait préféré la définition de l’homme en tant que ‘Hay Hamédaber. Et que s’il y a capacité créatrice de l’homme, ce serait beaucoup plus, dira la tradition juive, dans sa capacité de parole que dans sa capacité de pensée.

 

Pour revenir à l’image de Dieu, c’est plus en tant que l’homme est capable de parole plutôt que capable de pensée que l’homme serait donc à l’image du Dieu Créateur. Et ici il faudrait donner à l’expression de la parole créatrice un sens beaucoup plus que littéraire et poétique, et peut-être beaucoup plus que mystique même, puisqu’en fin de compte il s’agit de la réalité. Alors que d’une certaine manière, la tentation mystique serait peut-être de se détourner de la réalité. Pour trouver compensation ailleurs parce que la réalité serait décevante. Mais le récit de la création nous renvoie à la réalité. Dieu a voulu rendre réel un monde qui était vrai.

C’est l’objet du Créateur en tant que tel.

 

Donc j’ai cité par hypothèse, on la trouve aussi chez Maïmonide d’ailleurs, cette définition du théologien philosophe : c’est par la pensée que l’homme serait à l’image de Dieu.

 

Le Rav ‘Hayim de Volozine nous enseigne tout à fait autre chose : il nous dit que toutes les créatures incarnent et réalisent une certaines manière d’être.

Seul l’homme est cette créature qui les récapitule toutes à la fois. Comme Elohim, l’homme est l’unité de toutes les forces. C’est en l’homme que tous les niveaux d’êtres sont récapitulés. Ce qui fait apparaître la personne, le sujet, C’est pourquoi les rabbins avaient préféré la définition de la spécificité de l’homme en tant que ‘Hay Hamédaber vivant-parlant à la définiton de ‘Hay Hamaskil vivant-pensant qu’ils connaissent aussi.

 

Maïmonide lui-même dans un petit passage des Shmoneh Prakim va finalement rejoindre le schéma kabaliste et cette définition de l’homme par sa capacité de parole plutôt que par sa capacité de pensée. Parce que derrière la parole il y a quelqu’un qui parle alors que derrière la pensée il peut y avoir l’impersonnel du « il pense... » dans le sens de « ça pense »…      

 

C’est la que nous rejoignons le structuralisme qui est à mon sens une tentative d’achever d’évacuer le message biblique, en éliminant la personne du discours lui-même et de la parole elle-même. En mettant en évidence les mécanismes et les structures de la parole en cela on assassine celui qui parle dans la parole.

 

Rav Hayim de Volozine:

En quoi l’homme est-il à l’image de Dieu ?

En tant que créature, il est lui aussi, et seule créature à l’être, l’unité de toutes les manières d’être.

 

Je reprends le schéma classique qui est derrière l’enseignement du Rav ‘Haïm de Volojine que nous trouvons surtout exprimé dans le Kouzari de Judah Halévi : il y a 4 niveaux d’êtres récapitulés dans un 5ème.

 

ð   le Domen - l’inerte. Retenez pour les hébraïsant que c’est déjà formulé en terme de parole : l’hébreu dit l’inerte en disant Domen – le silencieux.

ð   le Somea’h le végétal : les mêmes termes en hébreu disent la végétation et le murmure des lèvres : sia’h.

ð   le ‘Haï – le vivant : et tout vivant aurait dû être vivant-parlant : le problème n’est pas pourquoi l’ânesse de Bilaam a parlé, c’est pourquoi les autres ânesses et les autres animaux ne parlent-ils pas ?

ð   le ‘Haï hamedaber- l’homme le vivant-parlant.

ð   Le Navi : le prophète qui est le vivant-parlant en paroles de vérité qui récapitule les autres.

 

Rav ‘Hayim de Volozine nous indiquera dans l’économie de ce schéma que seul l’homme est l’unité de tous ces « niveaux d’être » pour reprendre l’expression de E. Amado-Valensi. Il est comme celui qui est le vrai Dieu, l’unité de toutes les forces divines Ha ELohim, de la même manière l’homme est Betselem Elohim, en ce sens-là qu’il est en tant que créature, à l’image de Dieu comme Dieu, mais en tant que créature, l’unité de tous les niveaux d’être. Il y a dans la personne humaine la récapitulation de toutes les manières d’être.

C’est pour prendre une idée banale un microcosme. Mais cette idée à travers le Rav ‘Hayim de Volozine a pris une dimension théologique énergique. Les mots ayant leur sens simple, un microcosme est un résumé de l’univers entier qui fait apparaître le sujet, la personne humaine. 

 

Nous avançons un peu dans notre problème.

Vous vous souvenez de la structure du récit de l’oeuvre de chaque jour :

ð   1- l’énoncé du projet => Yehi Or.

ð   2- le récit de l’effectuation dans la réalité. Et c’est dans la réalité que la part de liberté, de décision, d’autonomie et donc éventuellement d’invention créatrice de création de l’homme apparaitrait.

ð   3- Le jugement => Et Dieu vit que cela était bon... qui revient comme un refrain dans l’oeuvre  des 6 jours à l’exception de l’oeuvre du 2ème jour mais cela est repris deux fois dans l’oeuvre du 3ème jour.

ð   4-Le bilan => Et ce fut soir, et ce fut matin, jour un, jour 2ème , jour 3ème , ... jour 6ème ... et il n’y a pas encore écrit : « Et ce fut soir ce fut matin jour 7ème. » Et donc, la part de l’homme serait dans la réalisation du 7ème jour. Or, un jour il sera écrit « Et ce fut soir ce fut matin jour 7ème  » et nous passerons au 8ème jour. Le 7ème jour étant accompli.

 

Je vous indique en passant que c’est un peu relié à ‘Hanoukah. Nous attendons Eliyahou Hanavi qui doit nous annoncer la fin du 7ème jour. On chante les chants d’Eliyahou Hanavi pour la Havdalah, à la fin du 7ème jour. Parce qu’on attend qu’il vienne à la fin d’un 7ème jour pour nous annoncer le 8ème jour messianique dans son sens profond. J’indique très rapidement à propos de ‘Hanoukah que c’est une fête messianique par le fait qu’elle dure 8 jours. Regarder la magie du mot « huit » en hébreu « Shmini » adjectif de Shémen – l’huile. L’huile de l’onction. Le Shemini c’est donc le jour de l’onction, le jour où l’on emploie l’huile. ‘Hashmonayim : commence par un ‘het = 8 et après Shemen... C’est le jour de la réinauguration du Temple. C’est le jour de la préfiguration messianique. Alors on allume une Ménorah à 8 lumières et non pas à 7.

 

Et il n’y a pas encore écrit : « Et ce fut soir ce fut matin jour 7ème. » Et donc ce sera dans ce 7ème  jour que sera formulé le projet pour l’histoire de l’homme. L’homme est créé au 6ème et commence son histoire au 7ème . Alors, tant que l’avénement messianique n’est pas encore venu, la Torah ne peut pas écrire: « Et ce fut soir, et ce fut matin jour 7ème ».

Ce verset qui formule ce projet pour l’histoire de l’homme, se trouve au chapitre 19 verset 2 du Lévitique. On pourrait résumer toute la Torah en tant que chartre du projet du 7ème jour par ce verset.

 

Kedoshim 19:2 :

דַּבֵּר אֶל-כָּל-עֲדַת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם--קְדֹשִׁים תִּהְיוּ:  כִּי קָדוֹשׁ, אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם.

Daber el-kol-adat beney-Yisra'el

ve'amarta alehem kedoshim tiheyou ki kadosh ani Adonay Eloheykhem

Parles à toute l’assemblée des Bnei-Israël

Et tu leur diras vous serez-soyez saints car Je suis Moi votre Dieu saint

 

La lecture juive ici est très claire : Vous serez saints Qedoshim en tant qu’homme parce que Je suis Moi Qadosh en tant que votre Dieu.

Il n’y a pas analogie de substance, mais il y a dans l’ordre de l’enseignement du Rav ‘Hayim de Volojine : de même que Dieu est le vrai Dieu, soyez vous des vrais hommes. Vous serez saints en tant qu’homme comme Moi Je suis saint en tant que Dieu. Et alors un jour il sera écrit « Et ce fut accompli « Vayehou Qedoshim et ils furent saints... » « Et ce fut soir, et ce fut matin jour 7ème ».

Et on passera au 8ème jour.

 

Alors ce serait-là la place de la part de l’homme en tant que créateur : inventer la sainteté de l’homme. Lui seul peut le faire. C’est dans le projet de sainteté qu’est sa vocation de créateur.

 

Je terminerai cette analyse par une référence à un tout autre texte.

 

Au moment du sacrifice d’Isaac, mais rappelez-vous que le sacrifice n’a pas eu lieu, on dit en hébreu « Aqédat Its’haq », Dieu dit à Abraham :

Bereshit Vayera 22:12 :

וַיֹּאמֶר, אַל-תִּשְׁלַח יָדְךָ אֶל-הַנַּעַר, וְאַל-תַּעַשׂ לוֹ, מְאוּמָה:  כִּי עַתָּה יָדַעְתִּי, כִּי-יְרֵא אֱלֹהִים אַתָּה, וְלֹא חָשַׂכְתָּ אֶת-בִּנְךָ אֶת-יְחִידְךָ, מִמֶּנִּי

Vayomer al-tishlach yadcha el-hana'ar ve'al-ta'as lo me'umah ki atah yadati ki-yere Elohim atah

velo chasachta et-bincha et-yechidecha mimeni.

II dit: "Ne porte pas la main sur ce jeune homme, ne lui fais aucun mal!

car maintenant Je sais que tu es craignant Dieu…

 

Tu n’a pas refusé ton fils que Je t’ai demandé puisque toi tu étais prêt à me le rendre et lui était prêt à se rendre, si j’ose dire, il s’est acquis, tu l’as acquis, garde-le.

On n’obtient que ce qu’on est prêt à sacrifier, mais ce n’est pas le sacrifice que Dieu demande. Dieu n’a pas créé un homme pour lui demander de disparaître. Il a créé un homme pour que cet homme puisse mériter d’être par lui-même. Et dès que cet homme est prêt à renoncer à lui-même il s’acquiert. C’est la nature de l’épreuve. L’intention de la lecture de ce texte est tout à fait différente de ce que l’on pouvait penser. Ce n’est pas un sacrifice manqué mais un sacrifice réussi en ce sens qu’il n’a pas eu lieu. Et, en tout cas, à ce moment-là Dieu dit Dieu à Abraham : Atah yadati maintenant Je sais que tu es craignant Dieu Ki-Yere Elohim Atah, c’est la traduction habituelle

velo chasachta et-bincha et-yechidecha mimeni.

Et tu ne M’a pas refusé ton fils premier-né de Moi.

 

Enseignement attribué au Ramak (Rabi Mosheh Kordovero, contemporain du Ari qui a suivi l’enseignement du Ramak avant de devenir le grand maître de Safed).

 

[Vayera 22:12] :

כִּי עַתָּה יָדַעְתִּי, כִּי-יְרֵא אֱלֹהִים אַתָּה

Ki Atah Yadati

car maintenant Je sais

Ki-Yere Elohim atah

parce que toi tu es craignant Dieu

 

« Maintenant Je sais ce que c’est qu’être craignant Dieu ». Jusque-là Dieu ne savait pas. C’est un ‘Hidoush d’Avraham.

 

Quelle est la part de l’homme dans l’histoire de l’homme ?

Dieu a inventé tout notre monde. Sauf une chose qu’Il attend que nous inventions : qu’est-ce qu’être saint dans le projet de sainteté pour l’homme ? Car Lui est saint dans le projet de sainteté pour Dieu. Et tout se passe comme si cette aventure de l’histoire du monde, faire passer l’infini à travers la création, c’est pour faire apparaître la sainteté de l’homme. C’est l’homme qui est créateur de la sainteté de l’homme.

 

C’est la lecture du Ramak :

[Vayera 22:12] :

כִּי עַתָּה יָדַעְתִּי, כִּי-יְרֵא אֱלֹהִים אַתָּה

ki atah yadati

car maintenant Je sais

ki-yere Elohim atah

ce que c’est qu’être « Yéré Elohim » parce que toi tu es « Yéré Elohim »

 

Tous les attributs de la divinité qui nous sont donnés en modèle d’imitation nous viennent de Lui. Un seul ne peut pas nous venir de Lui : la crainte de Dieu. Elle ne peut pas nous venir de Dieu.

Par conséquent, Dieu ne sait pas ce qu’est la crainte de Dieu tant que Abraham ne l’a pas inventée.

C’est ce que dirait ce verset.

 

D’une certaine manière, ce que Dieu invente dans l’histoire c’est comment être vrai dans la réalité.

Ce que Dieu a inventé c’est comment être vrai dans la vérité. Et puis, il a créé une réalité et c’est à l’être de la réalité à inventer comment être vrai dans la réalité.

 

Donc cette part de créativité de l’homme est incommensurable mais elle est au niveau des valeurs morales, elle est au niveau du projet de sainteté. Elle n’est pas au niveau de l’invention du monde. Le monde est déjà inventé et notre ingéniosité consiste – et c’est notre vocation d’homme - à faire coïncider la réalité à la vérité. Il n’y a rien à inventer à ce niveau-là sauf une chose : être celui qui fait cela. Et  cela, seul le génie de l’homme peut le faire. Ce trait-d’union entre vérité et réalité.

 

Et c’est l’enseignement que l’on prête au Ramak. Cependant il y a une suite à cet enseignement:

En réalité, Dieu Lui-même à sa manière possède cette même vertu. C’est un peu paradoxal. De la même manière qu’il y a Yirat Elohim venant de l’homme, c’est-à-dire le respect des valeurs divines, la valeur peut tout contre moi, sauf une seule chose, que je la respecte ou pas ; et cela est ma part.

 

C’est la part de l’homme :

Hakol biyedei shamayim ‘houtz me-yirat Shamayim [Berakhot 34a] 

« Tout est dans les mains des cieux sauf la crainte des cieux »

 

Les Kabalistes nous disent dans la foulée de cet enseignement que Dieu possède une vertu corollaire : le respect de la créature qui s’appelle la Midah de El Shadaï que le Midrash interpréte comme étant : « She Amar le Olamo Daï » : Il a dit à son monde, sa divinité :  « Daï ! jusque-là et pas plus ! »

De telle sorte que le monde soit préservé, que l’existence du monde soit préservée. Si Dieu laissait se déployer l’expansion de Son absolu, il n’y aurait plus de place pour le monde. Le monde serait englobé, annulé. Cette force qui consiste à laisser place au monde, et en fin de compte à l’homme, cette force s’appelle en hébreu El Shadaï.

 

Même cela Dieu le connait sans sortir de la connaissance de Lui-même, mais cependant une chose de nouveau créé par l’homme, c’est cette vertu de l’homme.   

 

Je reprends le verset : [Vayera 22:12] :

כִּי עַתָּה יָדַעְתִּי, כִּי-יְרֵא אֱלֹהִים אַתָּה

ki aatah yadati

car maintenant Je sais

ki-yere Elohim atah

parce que toi Abraham tu as été capable de cette valeur de sainteté...

 

Et c’est là que la création du monde trouve son sens et son accomplissement dans la création de la vertu par l’homme. La vertu étant au fond, dans sa définition juive, d’exprimer la vérité en terme de réalité. Vous retrouvez-là l’atmosphère du judaïsme élémentaire fondamental : Mitsvot Maassiot.

 

Le génie de l’homme est de pouvoir effectuer les vertus au niveau des actes. Et pas seulement dans l’intention de vérité. C’est ce que nous appelons en termes hébraïques « le projet de sainteté ». là l’homme est créateur, c’est lui qui invente la vertu. Pour tout le reste nous serons en controverse avec toutes les théories prométhéennes de l’usurpation illusoire de la capacité de créer par la créature. 

 

Voilà donc l’analyse de préparation à notre problème que je voulais vous communiquer ce soir.

 

***

 

Q : Qu’est-ce qui est Tov Meod ?

R : C’est un problème qui nous ouvrirait une tangente par rapport au sujet.

 

Q : L’homme est pareil à Dieu par la parole, qui est-il quand il se tait ?

R : Dans la parole, il y a deux temps: le temps du dire et le temps du non-dire, le temps de parole et le temps de silence. Le temps du silence, qui fait partie de la parole.  Ceux d’entre vous qui savent chanter savent que les temps de silence du rythme du chant font les chants autant que les sons.

Entendu de Martin Buber : « il y a des silences vides, et il y a des silences pleins ». Et on dit plus dans le silence qui donne un sens à la parole que dans la parole elle-même.

Seul un artiste du chant pourrait le formuler.

Psaume 65:2: « לְךָ דֻמִיָּה תְהִלָּה   lekha doumiah téhila - Pour Toi le silence est louange » la vraie louange est un silence.

« וידם אהרן    Vaydom Aharon », [Lev. 10:3] l’essentiel de ce qu’Aaron avait à dire était de se taire.

 

Q : Le monde de la vérité c’est Olam haEmet ?

R : Non, attention, je n’ai pas employé le terme de Olam HaEmet parce qu’en hébreu traditionnel cela a pris un autre sens : le monde après la mort. J’ai employé le mot de vérité dans le sens philosophique grec.

 

Q : prière de Yotser…  progression dans le temps … ?

R : selon l’enseignement de la tradition juive, le déroulement des grandes étapes de l’histoire du monde sont à peu près celles-ci : c’est d’abord l’histoire de Olam Hazeh qui est l’effort d’engendrement à travers l’histoire humaine du fils de l’homme, c’est-à-dire de l’identité de l’homme réussi, de l’identité messianique selon la tradition juive. Au terme de l’histoire de cet effort d’engendrement qu’on appelle les Toladot – c’est pourquoi c’est ce terme de Toladot qui signifie histoire en hébreu, beaucoup plus que « Divrei Hayamim » ou « Historia » mot grec hébraïsé. Divrei Hayamim veut dire ce que dit Historia : ce qui se passe dans le temps. Mais Toladot c’est la modification du sujet de l’histoire, l’homme, jusqu’à ce qu’il arrive à l’identité ultime du fils de l’homme, c’est-à-dire de l’homme engendré par l’homme, et au-delà des contradictions du Adam Ben Adam, dans le langage des prophètes d’Israël, Ben Adam...  Cela c’est Olam Hazeh. Au terme de ce Olam Hazeh il y a une époque qui s’appelle Yemot Hamashia’h – les temps du Mashia’h. Cette époque a deux limites : elle débute par Mashiah Ben Yossef  - le rassemblement des exilés, et elle s’achève par Mashia’h ben David, la transfiguration de l’homme, la résurrection des morts. Le rassemblement des exilés, pendant 2000 ans on ne savait pas ce que c’était maintenant on le voit, on sait ce que c’est. La résurrection des morts qu’est-ce que c’est ? Je ne sais pas. On verra quand on y sera. En hébreu « Ni’hyeh veniré : nous vivrons et nous verrons » peut-être faudrait-il dire « Niré veni’hyeh nous verrons et nous vivrons...

Et après commence Olam Haba dont la Guémara dit : eïn orah ata personne ne l’a vu, même pas les prophètes. Mais nous en avons le pressentiment : c’est ce monde-ci comme il aurait dû être pour satisfaire l’enfant qui est le prophète en nous, ou celui en nous qui est capable de lire les prophètes.

 

Enseignement de Jacob Gordin : au fond le génie des Prophètes c’est de confirmer que le rêve de l’enfant est vrai, qu’il y a une monde qui est le nôtre mais tel qu’il aurait dû être pour être à l’honneur de Dieu en tant que Créateur. C’est le Olam Haba. La foi hébraïque c’est que ce monde de Olam Haba existe plus que ce monde de Olam Hazeh qui est nécessaire mais provisoire.

 

C’était ma question : Où dans l’histoire de ce monde-ci est la place de la capacité créatrice de l’homme ? La vertu ! Tout le reste est éphémère et passe comme une ombre. Y compris toutes les civilisations. Mais c’est la vertu qui s’invente.

 

Q: une découverte de l’utilisation possible de l’hydrogène dans le monde contemporain serait analogue à ce qui s’est passé au passage de la mer rouge ? …/…

R: il s’agirait d’ouvrir les eaux ? Le mot hébreu de Mayim reproduit fidèlement la formule de l’eau H2O...Mayim l’ouverture des eaux.

L’idée est importante parce que l’essentiel de l’expérience du passage de la mer rouge c’est que les lois de la nature peuvent être subjuguées et que notre planète peut connaître un temps paradisiaque  par une réussite des sciences et des techniques : à une condition, c’est que la moralité soit fondée. Je pense effectivemeent que dans la capacité de l’ingéniosité humaine dans les sciences et techniques – et nous ne sommes plus dans le projet prométhéen de dérober le feu et la parole créatrice qui n’appartient pas à l’homme mais qui appartient au Créateur - il y a suffisamment de capacité pour que la planête soit transformée en paradis terrestre. Qu’est-ce qui l’empêche ? Le manque de morale ! Si la morale était fondée, il y aurait suffisamment de capacité pour transformer en une génération notre monde en paradis terrestre par les sciences et les techniques. On corrigerait aussi les anomalies de la nature, et on réaliserait le rêve de l’enfant dont ont parlé les prophètes, les temps messianique. C’est-à-dire un monde où le problème économique serait supprimé.

 

Q : Mashia’h ben Yossef, concept ou personnalité ?

R : c’est un sujet pour lui-même. Succintement, en me référant à la phrase de la liturgie cité par monsieur tout à l’heure : elle énumère les différentes étapes : Olam Hazeh qui mène à Olam Haba mais par la transition de Yemot HaMashia’h et Te’hiyyat Hamétim : il y a la phrase suivante :

Efess Zoulatekha Goalenou Limot HaMashia’h

Rien hors de Toi Notre Libérateur au temps du Mashia’h.

Cela veut dire qu’au temps du Mashia’h c’est Davka précisément qu’on retiendra la souveraineté de Dieu et non pas du Mashia’h. Le Mashia’h c’est l’homme réussi. Au temps de l’homme réussi : que Toi ! et le Mashia’h ? Efess !

 

Cela veut dire qu’il faut se garder d’une tentative d’idolâtrie, mais cela ne veut pas dire que Mashia’h ne fonctionne pas. Il fonctionne ! A Jérusalem nous mangeons des tomates juives et des bananes saintes !!! C’est la preuve que le Mashia’h fonctionne.

 

Au moment de la guerre des 6 jours, arrivés au Kotel, il n’est pas survenu cet homme habillé de blanc assis sur sur âne rouge et disant « c’est moi »... C’est un signe de bonne santé du peuple juif 2000 ans après. 2000 ans d’exil nous ont peut-être vacciné contre cette tentation d’idolâtrie du Messie. Il fonctionne. C’est bien quelqu’un qui fait cela et il est aidé par tout un peuple. Il se cache pour éviter qu’on l’adore. Il n’y a pas de culte à Mosheh Dayan ! Pourtant c’est lui qui a atteint le pied de la montagne en 1967 ! C’est ce que nous dit la phrase du Yotser. Bien sûr que ce sont des hommes qui agissent et qu’il y en a un à la tête et qu’il fonctionne, c’est l’essentiel. Savoir qui c’est, ne nous regarde pas, tant qu’on est pas vacciné contre l’idolâtrie. De notre temps, le peuple juif a donné une leçon de monothéisme hébreu considérable : nous vivons des événements messianiques sans qu’il y ait de culte messianique. C’est très important.

…/…

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****

 

 

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Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans KABALAH
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