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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 20:44

Pourim cours 9b (1979)

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/pourim/cours_9

338 02

Durée : 46,2 minutes
Face B

 

 

Par exemple, dans la théorie des ensembles, on a d’abord un premier ensemble qu’on appelle le genre prochain qui est l’ensemble des êtres vivants, qui comporte l’homme et d’autres êtres. Par conséquent le mot « animal » ou « vivant » ne suffit pas à définir l’homme. C’est trop large, c’est le genre prochain. On procède donc par approximations. On va dire plus et ensuite on va dire moins. Donc dans cet ensemble des êtres vivants il faudra caractériser le sous-ensemble propre uniquement à l’homme : quelle est la différence spécifique à l’homme que l’on ne trouve pas chez les autres êtres vivants.  C’est là que vient l’adjectif. Et en général, la philosophie a préféré le caractère spécifique de « pensant » ou « raisonnable », c'est-à-dire doué de raison.

Cette définition n’est pas fausse. Il est bien évident que ce qui différencie l’homme des autres vivants c’est la catégorie de la pensée qui est chez l’homme d’une envergure considérable par rapport aux autres êtres vivants. Mais elle n’est pas suffisamment exacte. Parce que finalement, on sait bien que les animaux pensent ! Il ne suffit pas de dire le « vivant pensant » pour établir la caractéristique spécifique de l’homme par rapport aux animaux.

Les philosophes ont pris pour postulat que la pensée chez l’animal n’est pas de la pensée. Mais aujourd’hui, on tend à modifier un peu cette affirmation.

Qu’est-ce que la pensée à l’échelle la plus rudimentaire ?

Ce n’est pas la prise de conscience, avoir conscience de quelque chose : se représenter un objet de représentation…  avecune distance entre le sujet qui pense et l’objet de sa pensée. C’est la définition du phénomène de la conscience : quand j’ai conscience de quelque chose, en même temps je prends conscience de moi. La pensée n’est pas la conscience. Prendre conscience d’une douleur d’une piqûre d’aiguille par exemple, ce n’est pas de la pensée. On la caractérise comme une pensée rudimentaire par façon de parler, mais ce n’est pas vraiment de la pensée dans le sens logique. C’est de la conscience. Avoir en tant que sujet conscience d’une représentation qui m’affecte. Et dans le fait de se représenter cette représentation il y a présence à soi-même. C’est le phénomène de la conscience. Etre conscient de quelque chose et par ce biais-là être conscient de soi-même. Cela n’a rien à voir avec la pensée parce que c’est beaucoup plus large. Une émotion est un phénomène de conscience.

 

On sait aujourd’hui que l’animal pense, pas dans la même envergure que l’homme.

Qu’est-ce que la pensée ?

Penser c’est établir des relations entre des représentations.

C’est pourquoi on a l’habitude de dire en logique que la forme élémentaire de la pensée c’est le jugement. Un jugement c’est la pensée d’une relation entre deux termes. Lorsque je dis : « le ciel est bleu » : Je juge que le ciel est bleu, j’ai établi une relation entre l’idée/l’image de ciel et l’idée/l’image de bleu… Il y a ainsi toute une série de jugements de natures différentes.

 

Je vous donne un conseil : si vous voulez approfondir quoique ce soit dans la sagesse commencez par apprendre la logique. Vos études seront ensuite beaucoup plus précises et riches et ordonnées. Il suffit de se procurer un manuel de logique. Comment établir un jugement, un raisonnement, de quelle nature sont les jugements, et les raisonnements, quelles sont les hypothèses que l’on peut avoir par rapport à certains postulats… les hypothèses à priori fausses ou vraies… comment vérifier une hypothèse vraie dans un raisonnement… l’étude des syllogismes et des raisonnements…

C’est ce qu’il faut apprendre au niveau de la structure de la pensée.

 

Or, il est évident que les animaux sont capables d’établir des relations entre des termes de connaissances. La pensée existe chez l’animal bien que de façon extrêmement rudimentaire. D’une certaine manière, il suffit d’avoir un cerveau. On apprend en biologie que la structure d’un cerveau même à l’échelle la plus rudimentaire de ganglions comme chez les insectes, il y a deux lobes reliés par un faisceau de fibres dénommées le corps caleux. Le cerveau est une sorte de machine qui permet de sérier la représentation dans le sens de relation entre les termes. Et par conséquent d’une certiane manière la pensée est une fonction biologique qui se rattache au cerveau, et donc le corps à un certain niveau d’évolution est une machine qui permet de penser. Ce n’est donc pas ce qu’on cherche dans la définition spécifique de l’homme. Le fait que la pensée chez l’homme est d’une tout autre envergure que chez l’animal vient d’ailleurs.

 

Question subsidiaire : ne peut-on pas dire que l’animal parle ?

En fait, l’animal est capable d’exprimer des signes. C’est beaucoup plus large que la parole puisque n’importe quoi peut-être signe. La danse des abeilles par exemple est un langage par signes, mais ce n’est pas le langage par la parole. Qu’y a-t-il de spécifique dans la parole ? Pourquoi en fin de compte la  tradition juive a-t-elle choisi la définition de vivant parlant plutôt que celle de vivant pensant ? Une fois compris ce qu’est le vivant parlant on comprendra pourquoi la pensée chez l’homme est d’une telle envergure par rapport à la pensée rudimentaire chez l’animal. 

 

Je vous avais cité d’ailleurs ce que dit le midrash à propos de Amaleq. Du point de vue de la Kaballah dans l’étude du lashone haqodesh chaque leyttre a une signification, mais dans le langage parlé, il n’y a que trois lettres dans l’alphabet hébraïque qui ont un sens pour elles-mêmes dans le dictionnaire :

Beit qui signifie avec, dans, par le moyen de. Kaf qui signifie comme. Et Lamed qui signifie pour, vers. Ce sont les trois opérations de jugement dont le chien Kélev est capable. La pensée est donc présente dans le chien qui est réputé être un animal intelligent. C’est cela Amaleq, dès que l’on commence à faire ces opérations-là le doute apparait…

 

Q : Le Shin ?

R : Dans l’hébreu biblique c’est Asher. C’est le Shin de l’hébreu rabbinique qui remplace le Asher.

Q : Le Mem ?

R : C’est l’abréviation de Min. Comme Shin pour Asher.

 

Q : Toute parole implique pensée !?

R : C’est sûr, il y a une sorte apparemment d’histoire de la poule et l’œuf : qui a commencé de la parole ou de la pensée... On réglera ce problème tout à l’heure. Mais la pensée de l’être de doué de parole est d’une autre nature que la pensée de l’être non douée de parole. Par conséquent, il y a là un facteur à part. Je reprendrais ce point tout à l’heure, je vaids dire que la parole exprime la pensée. Mais y aurait-il pensée sans capacité de parole ?

Il nous est difficile d’arriver à la véritable définition de la pensée qui est au-delà de toute image. Même des images verbales. Lorsqu’on pense et qu’on entend en nous la voix qui dit et formule les paroles que nous pensons, c’est de la parole et non pas de la pensée, c’est l’image verbale de la pensée. La pensée pure est au-delà de toute image, même verbale. Si par exemple lorsque je pense « table », j’entends en moi le mot table, c’est l’image verbale de l’idée de table. Mais je suis beaucoup plus occupé à imaginer un appui dans le monde des images à l’idée de table qu’à penser l’idée de table.

Vous voyez que la fabrication d’un dictionnaire est très difficile.

Comment peut-on définir une table ?

L’objet de la science est d’arriver à trouver des définitions exactes des choses, des objets, des substances, des corps... Si on en a la définition exacte on en connait les propriétés puisque la définition exacte enferme les propriétés.

En général, dans la civilisation contemporaine on s’est habitué en fin de compte sous l’influence anglo-saxonne à définir par l’usage de l’objet. Nous sommes dans une civilisation pratique, et finaliste dans le sens de l’usage de l’objet. Mais l’essence de chaque objet, sa définition vraie, son nom vrai, qu’implique-t-il et que renferme-t-il ? C’est l’objet de la science d’arriver à définir les essences. Mais la science occidentale a renoncé à ce projet de définir les essences, et l’a rejeté comme métaphysique et comme inaccessible. Elle est devenue une science positive, à la limite positiviste, c'est-à-dire qui essaie de définir par l’aspect pratique.

 

Par exemple, la meilleure définition d’une table c’est une définition qui me permettra de construire la table. Mais on est au niveau des images. Et en fin de compte des images pratiques.

 

Un jour j’ai cherché la définition de « juif » dans le dictionnaire Larousse.

Au-delà des définitions péjoratives, « usurier »… etc., on y trouve à « juif » : membre d’une religion qui est le judaïsme. J’ai cherché à « judaïsme » : religion des « juifs » !

C’est cela le dictionnaire ! Et on ne sait toujours pas ce que c’est !

L’entreprise de la définition est vraiment quelque chose de très difficile.

 

Je reviens à ce principe : la pensée pure est au-delà de toute image. Cela fait partie de l’interdiction des images dans le Décalogue. Tant que je pense à l’aide d’une image ce n’est pas encore de la pensée mais de l’image.

 

Par exemple, si je dis l’idée de cercle et quej’ai dans ma représentation la définition du rond, c’est une image et ce n’est pas l’idée de cercle. Cela vient déjà de Platon : l’idée de cercle n’est pas ronde ! C’est une définition.

 

C’est lorsqu’on n’est pas capable de penser qu’on est obligé de s’appuyer sur des images.

C’est un être de raison alors que l’image est dans la réalité. L’image est déjà du côté du ‘homer.

Il n’y a que dans la conscience hébraïque que se trouve cette option de foi de l’unité absolue entre le monde de la réalité et le monde de la vérité. Partout ailleurs on pense un dualisme entre vérité et réalité. Et on y consent, et s’y abandonne dans le renoncement. Avec toute la gravité que cela implique pour le domaine de la morale : la vérité morale est simplement contemplée mais ne peut être appliquée dans la réalité à cause du décalage supposé entre le monde de la réalité et de la vérité. C’est le drame de la conscience grecque.

L’option de l’existence d’une loi unique entre la vérité et la réalité est le monothéisme. En fait, pour direl es choses plus exactement, on appelle cela une pensée moniste. Et tout monisme est dérivé du monothéisme.

Par exemple, la science n’a été possible que sur ce postulat que la vérité mathématique qui est une vérité de pensée soit applicable dans la réalité. A partir de la découverte de ce postulat alors la science a été possible : qu’une formule mathématique rende compte d’une loi physique. La science moderne n’a pu être fondée qu’à partir de cette intuition moniste. Que l’ordre des choses de la réalité corresponde à une vérité mathématique. Un savant fait des équations sur papier et finalement on fabrique une locomotive et cela marche ! C’est un mystère.

 

Je reviens au principe :

La pensée authentique est au-delà des images, c’est une intellection, c’est une opération de l’intelligence qui consiste à établir des rapports vrais entre des termes de représentation.

Je vous reprends cet exemple de Platon : dans la réalité, il y a des choses rondes et j’ai l’image de la chose ronde, et puis au niveau de la vérité, il y a l’idée de cercle. Mais l’idée de cercle n’est pas ronde, elle est la loi de l’objet qui est rond, et c’est une idée. Une idée n’est pas ronde.

Bergson est allé plus loin dans l’analyse pour mieux éclairer ce problème : j’ai l’idée de chaleur, mais l’idée de chaleur n’est pas chaude. On peut dire que l’idée de chaleur est chaude dans la poésie.

 

Q : Comment peut-on attribuer à Dieu 13 attributs ?

R : Justement, ils ne peuvent être pensés qu’au niveau de la pensée sans image. C'est-à-dire que l’idée de l’unité a 13 dimensions. Et l’idée de l’unité c’est l’affirmation de l’unité de ces 13 dimensions. Et au niveau de l’unité, il n’y a plus de différence entre ces différentes dimensions. Plus bas, lorsque chacun de ces dimensions est isolée, abstraite l’une de l’autre, alors elles se concrétisent en fin de compte dans un facteur de la réalité à laquelle elles correspondent.

Le règne de la réalité c’est la diversité, la pluralité. Alors que le règne de la vérité c’est l’unité.

Il y a une très jolie phrase d’une des poèmes de Victor Hugo : « Dieu ne compte que jusqu’à un ».

Justement, le drame de la conscience est lorsqu’elle est écartelée entre deux mondes : le monde de la vérité, qui est la pensée sans image et le règne de l’unité, et le monde de la réalité qui est précisément le monde de la représentation des images et la multiplicité. Ribouï, A’hdout.

 

Je reviens à notre problème de la définition de la pensée : c’est d’établir des liens entre des termes et l’animal en est capable. Il y a le conditionnement de Pavlov par exemple qui met en évidence des réflexes de pensée chez l’animal. Même au niveau plus ou moins inconscient et automatique, il s’agit finalement de comportements de l’ordre de la pensée ou qui mime la pensée. Par exemple, la conduite de l’instinct mime la conduite de l’intelligence.

 

Quelle est la grande différence entre la pensée la plus élaborée et la parole ?

Derrière la parole, il y a toujours quelqu'un alors que derrière la pensée reste l’impersonnel !
Nous savons aujourd’hui que la pensée la plus élaborée peut être impersonnelle. Par exemple, l’ordinateur qui a des comportements de pensée extrêmement élaborée. Mais il n’y a pas quelqu’un dans l’ordinateur tandis que dans la parole il y a quelqu'un. Et la raison pour laquelle la tradition juive a préféré la définition de « vivant parlant » à la définition de « vivant pensant » c’est une raison d’ordre morale : parce que cela fonde la dignité de la personne. C’est un sujet qui parle alors que l’impersonnel pense. Le sujet qui est doué de pensée va donner à la pensée une dimension d’envergure radicalement différente que celle de la pensée naturelle la plus élaborée, fut-elle de l’ordinateur, qui reste impersonnelle.  

Chez l’animal évolué on peut trouver une personalisation par l’affection provenant du lien entre l’homme et l’animal. Comme une individualité chez l’animal qui resemblerait déjà à une personne, mais c’est une humanisation, une projection de l’homme chez l’animal. En réalité, l’espèce animale toute entière est quelqu'un. Il y a un sujet de chaque espèce animale. Un nefesh.

Et chaque animal n’est qu’un individu impersonnel représentant l’espèce en question. Tandis que le cas de l’homme, en théorie, est que chaque individu est une personne ou quasi-personne. Il y a des niveaux, mais en principe chaque individu humain est une personne, d’envergure radicalement différente. A la limite on trouve des individus tellement bruts dans lesquels peut-être la personne s’est évanouie et ne reste que l’individu qui ne serait qu’un exemplaire de l’espèce, et donc interchangeable et impersonnel (le golem). Ce serait un individu humain sans sujet, sans personnalité. Ce qui s’exprime dans la parole c’est le quelqu'un de la personne. Voilà pourquoi les animaux ne parlent pas. S’il y avait chez l’animal comme chez l’homme le fait que chaque individu est un sujet alors l’animal parlerait. Mais c’est l’espèce animale s’exprime à travers des signes et non pas tel ou tel animal qui parle. Voilà si vous voulez grosso modo la différence.

 

La raison pour laquelle on a préféré le vivant-parlant au vivant-pensant c’est pour désigner la dignité du sujet du quelqu'un de chacun qui est génial en lui-même et qui renvoie à une neshamah individuelle, alors qu’il n’y a pour les animaux qu’une neshamah de l’espèce. Et cette neshamah de l’espèce à sa racine, en haut, est de très grande envergure, dépassant par certains côtés l’être homme. A l’échelle collective c’est une neshamah considérable. Dans l’antiquité, il y avait des cultes qui adoraient ces êtres-là. Les modernes ont perdu cette science que la tradition connait. Je ne vous en parle pas puisque c’est traditionnel donc caché !   

Chez l’homme chaque individu est en principe doué d’un sujet spécifique, d’une personne. C’est cela qui s’exprime à travers la parole.

Buffon disait : le style c’est l’homme. Je coris qu’on pourrait inverser l’expression. L’homme c’est son style. Le quelqu'un de chacun s’exprime dans sa façon de parler.

 

La 5ème catégorie des êtres selon Judah Halévi est l’être dont la parole est une parole de vérité, et cela définit le prophète.

 

Q : Comment accéder à cette pensée sans image ?

R : Par l’exercice de l’abstraction. C'est-à-dire par le fait de s’attacher à la compréhension des significations et non pas des images.

J’ai passé des études d’éthnologie et en particulier en éthnographie, on avait un examen qui consistait à faire la fiche signalitique d’un objet de société primitive. De façon à pouvoir reconnaitre l’objet donné uniquement à travers la définition donnée dans la fiche.

On m’a donné un shofar. J’étais un peu compétent ! J’ai même réussi à dire qu’il s’agissait d’un shofar du Yémen et non pas du Maroc. J’ai eu une conversation avec ce grand savant Leroi-Gouran sur la pensée sans image. Il m’a avoué être incapable de savoir ce que c’est. Sans fiche signalétique, ne serait-ce qu’en images verbales, il ne pouvait pas manier des concepts. On peut dire à la limite que c’est une affaire de tempéraments. Il y a une option de l’être hébreu, qui quelque soit les apparences, il porte en lui le postulat que le monde de la vérité abstraite, au-delà des images, est la loi du monde de la réalité. Alors que dans le monde de la pensée naturelle, ce sont deux registres radicalement différents, il a fallu faire une option méthodologique colossale, avec sans doute les Hébreux derrière, pour arriver à travers les siècles à l’idée que c’est la mathématique qui est la loi de la réalité. Chez les Grecs par exemple, la science a été bloquée parce qu’on n’arrivait pas à faire le lien entre l’ordre mathématique et l’ordre de la réalité.

 

Et cette poussée s’est faite en Occident à travers Descartes, elle a été préparée par les philosophes du Moyen-Âge mais c’est à partir de Descartes que la science a pu démarrer et faire les progrès colossaux que vous connaissez, à partir de ce postulat que il y a un seul ordre : que l’ordre de la vérité c’est l’ordre de la réalité. Et cela c’est une option.

Et je pense que c’est une affaire de tempérament.

 

Q : Et le goy qui accède à cette pensée sans image, Platon et les autres philosophes ?

R : Je n’ai pas dit que Platon y ait accédé, il en a parlé, Par exemple, les idées de Platon ne sont pas celles de Hegel ou celles de Kant… chaque catégorie de philosophes… Les idées de Platon sont des entéléchies comme dirait Leibniz, c'est-à-dire ce sont des réalités que l’on connait sous forme d’image. C’est encore ce que j’appelerais dans le registre théologique une pensée idolâtre.

A la rigueur chez Plotin qui est un platonicien postérieur et qui est juif alexandrin d’origine, un peu comme Philon. Mais chez Platon il n’est pas évident qu’il s’agisse d’une pensée sans image.

Le goy peut en avoir l’option. A l’échelle individuelle n’importe quel goy peut être Béseder, ‘Hassidei Oumot HaOlam. Il y a à l’échelle individuelle, énormément de goyim qui fonctionnent comme des Juifs. Ce que moi j’appelle la pensée naturelle livrée à ses propres forces n’arrive pas à fonctionner au-delà. Elle est alors bloquée par sa propre expérience de la dualité radicale entre le monde de la vérité et le monde de la réalité.

A l’échelle individuelle, énormément de goyim ont eu l’intuition de l’unité dernière. C’est un tempérament qui joue.

 

Q : A quoi sert la parole, puisque vous avez expliqué qu’on peut vivre sans parler et penser aussi sans parler ?

R : Chez les animaux et non chez l’homme ! La parole a deux fonctions. La parole c’est l’expression de l’identité, ce que j’appelerais la parole de vérité. Mais très peu d’hommes s’expriment à ce niveau.  D’autre part, la parole a la fonction de communication. C’est la parole qui fonde le fait social. Ce phénomène de la communication a énormément d’handicaps. Il y a phénomène moral qui soutend ce problème. Si on est en paix on se parle. Et si on ne se parle pas, c’est parce qu’on n’est pas en paix. A la limite, la seule parole authentique c’est la parole de paix !

Un verset des Psaumes où le roi David dit « Ani Shalom… je suis la paix, mais dès que je parle, ils sont pour la guerre.» La parole authentique c’est pour dire le seul mot de Shalom. Quand on se parle c’est pour dire une parole de paix. On ne se parle pas par peur l’un de l’autre et par absence de paix. On fait alors énormément de bruit avec la bouche pour ne pas se parler… C’est la difficulté de la communication, cette espèce de bavardage qu’on appelle le psitacisme qui consiste à faire énormément de bruit avec la bouche, dire énormément de mots, mais pour cacher ce qu’on veut dire vriament et rester sur la défensive. Il n’y a de parole possible que si on est en état de paix. Il en résulte que la seule parole authentique est la parole de paix. C’est du problème de la paix dont ont parlé tous les prophètes. 

Entre Qayin et Hevel il n’y a pas de parole !

A propos du problème du repentir, finalement, n’importe qui ayant fait n’importe quelle faute, est capable de se reprentir si on le met dans une situation où il peut parler. Et finalement il parle… et le repentir est possible.

 

Q : C’est un risque énorme de donner la parole à l’homme...

La différence entre la pensée et la parole ?

R : Lorsque Dieu a créé l’homme avec le problème qu’Il lui pose, c’est un risque colossal que le mal se déchaine sur terre, car l’homme est par définition la créature la plus dangereuse. Guémara Baba Qama : un homme même endormi est dangereux.

C’est à la racine : avoir créé un tel être qui doit faire la preuve, acquérir un mérite d’être, et pour cela il doikt être libre, c’est prendre tous les risques. Par conséquent, le tiqoun doit être l’état de paix. Le problème du langage qui est parole (parce qu’il y a d’autres langages comme le chant) à proprement parler a deux fonction : l’expression de la vérité et la communication. Mais la communication est empêchée ou handicapée à cause d’un problème moral. Parce que finalement c’est la parole qui créé le fait social. Et le problème du fait social c’est la paix ou la guerre. Parce que dès qu’il y a deux sujets il y a la tentation de l’agressivité. Cf. ce qu’on a étudié avec Qayine et Hevel. La seule parole authentique est une parole d’amour. Lorsque quelqu'un demande d’une autre une parole elle demande qu’elle lui dise qu’elle l’aime. Aujourd’hui, à notre stade de la civilisation le problème est un problème de communication ! Chacun a son propre discours et la signification du discours de chacun n’arrive pas à recouvrir la signification du discours de l’autre bien qu’on emploie les mêmes mots. Raison pour laquelle la communication au plus haut niveau s’appelle la communion, qui ne peut se faire que dans un langage au-delà de l’image. Parce que ce sont les images qui nous divisent, et seule la signification peut nous unir. Lorsque nous avons les mêmes implications dans les mêmes mots on se comprend. Mais c’est au-delà des images qui nous bloquent.

Il n’y a donc pas de doute que la cachérisation du langage c’est l’effort d’abstraction. La vraie pensée est la pensée abstraite. Abstraite de toute image. Et vous voyez en général à quel point nous sommes incapables de penser. On fait sembler de penser, mais en général on imagine. « Tu ne te feras pas d’image !»

 

Présent à un congrès inter-religieux de toutes les religions du monde à Paris, j’y ai été envoyé par le ministère des Affaires étrangères qui voulait quelqu'un parlant français. J’ai rencontré les sages du monde, et j’ai été particuliérement impressioné par les bouddhistes tibétains : impossible de se parler tant qu’on s’en tient aux implications avec les images. Tous les idolätressont encombrés d’images. Les Chrétiens en particulier. La communication est possible au niveau de la pensée sans image. Lorsque le bouddhiste voulait expliquer une catégorie en tibétain il me faisait demander d’abord par son interprète quel était le mot hébreu correspondant. Il est clairement ressorti que les différents intervenants qui parvenaient à se parler au niveau de la pensée sans image disaient la même chose en fin de compte à la limite.

Il y avait un shintoïste qui est venu me parler et ce qui’il m’a dit me semblait un peu hérétique. Il m’a dit que les shintoïstes sont d’anciens hébreux d’avant Abraham ! Un délire. Et que leur message devait être révélé à la fin des temps, d’après eux la mission du peuple juif s’était achevée et avait réussi ! J’ai compris de ce qu’il m’a dit que la mission du peuple juif était l’exil et que c’était donc fini ! Il connait un peu d’hébreu. Il m’a expliqué que leur message devait venir à la fin des temps parce qu’ils sont la fin de l’alphabet : Shin Tao ! Le Tao est la dernière lettre.

A côté de lui se trouvait un abbée, lui c’était le début de l’alphabet… (Rires)

   

…/…

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Published by Phil O'Semith - dans CALENDRIER & FÊTES
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