Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 16:06

Pessah. La Hagada, l'être père et l'être fils


Brakhot 12 b: Mention de Yetsiat Mitsraïm le soir.
 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/pessah_la_hagada_l_etre_pere_et_l_etre_fils/cours_2

Face C

.../... 

                      Brakhot 12b

Mishnah: On [récite la 3ème Parashah du Shémâ, et ainsi on] mentionne Yetziat Mitsrayim [même] les nuits.

R. Elazar ben Azaryah dit: J’ai comme 70 ans, pourtant je n’ai pas été capable de prouver que nous devons mentionner Yetzi'at Mitsrayim les nuits jusqu’à ce que Ben Zoma explique:

1. "Lema'an Tizkor Es Yom Tzeischa me'Eretz Mitzrayim Kol Yemei 'Hayekha" -- "Yemei 'Hayékha" se réfère à la journée, "Kol Yemei 'Hayeikha" inclut les nuits;
2. ‘Hakhamim ont dit : "Yemei ‘Hayeikha" renvoie aux temps historiques Olam Hazeh, "Kol Yemei ‘Hayekha" inclut Yemot HaMashia'h les temps messianiques.

(Beraïta - Ben Zoma): Mentionnera-t-on Yetsi'at Mitsrayim dans les temps messianiques Yemot HaMashia'h?! Il est dit (Jérémie 23.7) : "Hineh Yamim Ba'im... v'Lo Yomru Od... Asher He'elah Benei Yisrael me'Eretz Mitzrayim Ki Im... Asher He'elah... me'Eretz Tzafonah umi'Kol ha'Aratzos"!

‘Hakhamim: On mentionnera toujours Yetsi'at Mitsrayim, cela sera seulement secondaire à la rédemption finale.

1. De même : "Lo Yikarei Shimkha Od Yakov Ki Im-Yisrael" – il est toujours nommé Yaaqov (parfois), mais son nom principal est Yisraël.
2. [Dans le futur] (Isaïe 48.18) "Al Tizkerou Rishonot" – on ne mentionnera plus Shiabud Malkhouyiot  la délivrance des impérialismes (de Bavel, Madai et Yavan), "v'Kadmoniyot Al Tisbonénou" on ne réfléchira plus à Yetsiat Mitsrayim (mais on le mentionnera).

 

 

Brakhot 13b

Rav Yosef - Beraïta: "Hineni ôsseh ’hadashah âtah Titsma’h" ceci se réfère à la guerre de Gog et  Magog;

1. C’est comme un homme qui se promène sur la route, un loup vient et il en est délivré; il raconte l’incident. Un lion vient et il en est délivré; il raconte l’incident avec le lion. Un serpent vient, et il est en sauvé; il oublie les incidents précédents, et il  raconte le dernier incident.

2. De même, les nouveaux malheurs d’Israël lui font oublier les premiers.

 

Avant d’aborder l’étude de détail de la Guémara nous aurons une série de préfaces au sujet.

Une fois l’étude suffisamment avancée nous essayerons de réfléchir sur la motivation de cette liturgie qui consiste à mentionner le souvenir de la sortie d’Egypte pendant la liturgie du soir.

Nous aurons donc à dégager les implications historiques entre le rapport de la commémoration liturgique et ce que représente l’événement que l’on veut commémorer pour l’histoire d’Israël elle-même. J’aborde tout de suite le texte de la Mishna. La Mishnah commence par une proposition qui est enseignée d’autorité. Vous retrouverez là un thème très important de la Hagadah de Pessa’h.

 

Mishnah Brakhot 12b:

« On (récite la troisième partie du Shéma et ainsi on) mentionne le fait de la sortie d’Egypte (même) les nuits » 

 

C’est-à-dire même pendant la liturgie des nuits.

Pourquoi le problème se pose-t’il ?

Tout se passe comme si il n’y a pas controverse quand au fait d’avoir à mentionner le souvenir de la sortie d’Egypte dans la liturgie du jour. Et effectivement, il s’agit là d’obéir à une Mitsvah de la Torah. C’est donc que l’événement de la sortie d’Egypte a une importance telle que la mention doit en être faite chaque jour. Le jour dans le calendrier juif a deux parties, deux moments : la nuit qui précède et ensuite la journée.

 

Le verset qui institue cette liturgie qui va être repris dans la controverse à venir dit [Devarim – Deut. 16.3]: לְמַעַן תִּזְכֹּר אֶת-יוֹם צֵאתְךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם, כֹּל יְמֵי חַיֶּיךָ

« Lemaan Tizkor Et Yom Tsetkha Meeretz Mitzrayim Kol Yemei ‘Hayeikha » (Devarim 17:3).

« il est important de mentionner l’événement qui a eu lieu au jour de la sortie d’Egypte au temps historique où l’événement s’est passé et de se souvenir de cet événement tous les jours de notre vie ».

 

Par conséquent, dans le temps même du calendrier la place légitime de la mention de cet événement est dans la liturgie de la journée semble-t’il.

 

Nous avons en particulier, la place de cette liturgie dans la lecture du Qriat Shéma. Elle se fait à deux moments de la journée : le soir et le matin. Il est important de se rendre compte de l’ordre, du rythme du temps, de commémoration au point de vue liturgique et calendaire, dans la conception de la Torah le temps est orientée : d’abord le temps de la nuit et ensuite le temps de la journée qui ensemble forment le jour. Chaque jour l’obscurité, la nuit, précède la clarté. Il y a là toute une conception de l’histoire qui est déjà enfermée dans cette première prescription de l’ordre du rythme de la durée dans la journée. C’est une conception optimiste du monde qui passe d’abord par la nuit et finit par le jour. Le jour commence donc le soir et se termine le lendemain.

 

Tout se passe comme si pour la Mishnah, cette proposition qui consiste à mentionner la sortie d’Égypte dans la liturgie du matin ne fait pas problème parce que la commémoration est homogène à l’événement. Dans la journée nous nous situons après la nuit. L’événement de la sortie d’Egypte du point de vue historique a eu lieu pendant la nuit du 14 Nissan. Par conséquent, dans le temps liturgique au matin nous sommes dans un temps homogène à l’événement que nous voulons commémorer. C‘est un événement de délivrance. Au matin nous nous trouvons après la nuit, si j’ose dire délivré de la nuit. Par conséquent il est normal dans la liturgie du matin de rappeller l’événement de délivrance qui a mené au matin.

 

Je crois indispensable d’entendre à la fois les différents registres de significations de ces termes, tant du point de vue de l’événement positif que de la signification qu’il représente.

 

Lorsque nous sommes dans le temps et l’expérience de la clarté, c’est spirituellement compatible, il est normal de rappeler l’événement qui a fait passer de l’obscurité à la clarté.

 

La question se pose dans le temps de commémoration du soir : Est-il normal de rappeller la sortie d’Egypte au temps liturgique du soir dans le rythme de la journée ?

 

Il semble que cela fasse problème. Nous verrons la discussion à ce sujet. Et cependant d’autorité la Mishnah a décrêté que l’on doit mentionner la sortie d’Egypte (aussi) pendant les nuits. Et pas seulement pendants les jours.

 

Et il s’agit très précisément d’abord, dans cette mention de la sortie d’Egypte, de la lecture de la 3ème parashah du Qriat Shéma.

Le texte du Qriat Shémâ a trois paragraphes et la 3ème parashah se termine par un verset qui rappelle la sortie d’Egypte et nous fait déboucher sur la Brakhah qui suit et qui est le soir « Emet veEmounah » et dont tout le contenu consiste à se référer à l’expérience historique du fait qu’il y a eu délivrance en Egypte.

 

En tout cas, pour la liturgie du soir et celle du matin, la Mitsvah du Qriat Shémâ précède directement celle de la Tefilah.

 

Voilà donc notre problème :

la Mishnah a décidé : mazkirin yetsiat Mitsraïm baleilot

Et ensuite, dans la Mishnah même, va suivre l’énoncé de la controverse à ce sujet.

Je crois que nous pouvons aborder directement cette controverse qui nous ménera à d’autres introductions avant d’aborder la lecture de la Guémara elle-même.

Immédiatement après la reshah la proposition du début de la Mishnah : « on mentionne la sortie d’Egypte – sous entendu aussi - dans la liturgie de la nuit » -  voici ce que la Mishnah enseigne :

 

Rabbi Eleazar ben Azaria (qui à la suite des événements du Sanhédrin avait été nommé à la tête du Sanhédrin ce jour-là) a déclaré : me voici comme si j’étais âgé de 70 ans et je n’ai pas eu ce mérite de pouvoir fondé le fait que la sortie d’Egypte doit être dite pendant les nuits ».

 

Il faut mettre en évidence le changement de terme employé dans la proposition de la Mishnah et dans la formule qu’emploie Rabbi Eleazar ben Azaria. Nous expliquerons ensuite ce que fait Rabbi Eleazar ben Azaria dans ce problème et pourquoi il nous dit cette chose apparemment difficile à comprendre et le rapport avec ce problème.

 

La Mishna a dit : mazkirin yetsiat Mitsraïm baleilot – on mentionne la sortie d’Egypte aussi pendant la liturgie de la nuit - mais Rabbi Eleazar ben Azaria a dit qu’il avait été difficile même pour lui comme âgé de 70 ans de démontrer que l’on devait dire – shétéamer-  la sortie d’Egypte.

Il y a une différence entre les termes.

 

Dans tous les cas une Mitsvah n’a à être réalisée qu’une seule fois. S’il y a ‘Hovah obligation de mentionner la sortie d’Egypte chaque jour, à partir du moment où on l’a mentionné une fois, l’obligation a été satisfaite. Par conséquent, une des explications possibles, la Mishnah parle de cette Mistvah qui consiste à mentionner es-qualité l’événement, alors que finalement dans la  liturgie de la journée, le matin, si cette mention a déjà été faite, on a déjà réalisé l’obligation et nous savons pas encore pourquoi on tient à rappeller aussi l’événement de la sortie d’Egypte la nuit, mais il suffirait de le dire, d’en parler, et non plus de le mentionner avec l’intention d’être quitte de l’obligation qui consiste à le mentionner puisque cela a déjà été fait une fois dans la journée.

 

C’est une des explications possibles, qui n’est pas entièrement satisfaisante puisque la Mishnah a dit mazkirin baleilot. Dans tous les cas, la koushiah, la difficulté, reste.

 

Tout se passe comme si il suffit de réaliser cette Mitsvah une fois, c’est-à-dire chaque jour. Donc dans l’ordre liturgique de l’importance d’une idée qui a à être répêter chaque jour de la même manière que chaque jour on affirme l’unité de Dieu dans le Qriat Shémâ lui-même. Et il est nécessaire de le répêter chaque jour parce que chaque jour porte en lui-même la raison pour laquelle il faut affirmer cette affirmation. Chaque jour porte avec lui le risque de l’expérience de la dualité des souverainetés dans le monde. Et par conséquent il est nécessaire chaque jour de faire que cette liturgie lutte contre l’éventualité de l’expérience de la dualité des souveraintés dans le monde.

 

Nous savons d’autre part qu’il est normal que chaque affirmation de la liturgie soit répétée chaque jour parce que dans chaque journée, l’ensemble des mêmes problèmes qui se posent à la conscience  de l’homme, dans sa vie spirituelle en particulier, ont à être résolus.

 

C’est une chose de savoir que Dieu est un, et c’est une autre chose au niveau de la liturgie que d’avoir à lutter par cette affirmation BéKavanah, avec l’intention de l’affirmer, contre ce risque de ce que l’expérience de la vie porte avec elle, ce risque d’expérimenter que dans le monde sont en travail deux souverainetés et pas une seule. 

 

L’expérience directe, la relation avec le monde tant du point de vue de notre représentation mentale que du point de vue de l’expérience des valeurs, nous renvoie à un dualisme. Si vous voulez, la religion naturelle serait le dualisme. Parce que tout dans la nature semble être disposé de telle sorte de nous convaincre que il n’y a pas un Dieu mais au minimum deux.

 

Au niveau de formulation de la liturgie pure et simple : le jour c’est la journée et la nuit. Au niveau moral, c’est le mal et le bien. Et en toute valeur, il y a toujours l’une et l’autre... Par conséquent, l’expérience naturelle de l’existence semble avoir mené les hommes au dualisme. Ce qu’on appelle en hébreu Shtéi Réshouyot, c’est-à-dire l’expérience d’un monde qui serait soumis à deux souveraintés. C’est chaque jour, et à la limite chaque moment du temps qui porte avec lui cette expérience, et par conséquent il est nécessaire que la liturgie soit une liturgie de répétition. 

C’est-à-dire qu’à chaque jour la réalisation spirituelle de l’expérience qui représente l’affirmation de l’unité de Dieu doit être recommencée. Il ne s’agit pas du tout d’une religion philosophique ni d’une sagesse au niveau du savoir mais d’une sagesse qui se réalise au niveau de l’expérience spirituelle. Or, au niveau de l’expérience spirituelle, chaque temps de vie porte avec lui l’ensemble des problèmes.

 

C’est le problème de la Kavanah de la lecture qui n’est pas uniquement la Kavanah de l’étude, de la connaissance ou du savoir, mais un véritable acte de réalisation spirituelle de ce que d’autre par on connait au niveau de la sagesse et au niveau du savoir.

 

De la même manière que nous voyons pour les rites fondamentaux comme par exemple l’affirmation de l’unité de Dieu dans le Qriat Shémâ c’est ainsi aussi pour les rites du Zekher. L’importance de la sortie d’Egypte est à réaliser de nouveau chaque jour. Mais il suffit que ce soit réalisé une fois pour que semble-t’il la ‘Hovah l’obligation soit satisfaite elle-même.

 

Donc il aurait suffit de faire cette mémorisation, cette actualisation par le souvenir, une fois.

Donc la Mishnah a des raisons de nous demander de le faire aussi la nuit mais il aurait suffit – c’est la formulation de  Rabbi Eleazar ben Azaria – de le dire, de le mentionner.

 

Voilà l’explication proposée mais qui n’est pas satisfaisante puisque la Mishnah emploie le terme maskirin et non pas le terme employé par Rabbi Eleazar ben Azaria – simplement en « parler ».

 

D’autre part pourqoi Rabbi Eleazar ben Azaria nous dit : « je me trouve comme si j’étais âgé de 70 ans et je n’ai pas pu avoir ce privilège de pouvoir donner le fondement de ce qui se cherche là – le fait d’avoir parler de l’événement de la sortie d’Egypte dans la liturgie de la nuit et pas seulement dans le temps liturgique du matin.

 

Ailleurs dans Massekhet Brakhot on voit qu’il y a eu tout un ensemble de discussions dans le Sanhédrin, au temps de Rabban Gamliel comme son chef, sur la liturgie de la nuit.

 

En particulier, le problème qui a divisé les ‘Hakhamim et qui a commencé une controverse dans le Sanhédrin et qui a abouti au fait de demander à Raban Gamliel de ne plus être chef du Sanhédrin pour qu’on puisse prendre des décisions au sujet de tous ces problèmes qui tournaient autour de la liturgie du soir.

 

Et en particulier, la question la plus grave qui était agitée c’est de savoir si d’une façon générale et dans les principes mêmes, la prière du soir était obligatoire ou simplement facultative.

Tefilat arvit reshout o ‘hovah ? La prière du soir permission ou obligation?

C’est dire qu’on s’est posé à cette époque dans l’académie, l’étude d’une question qui finalement a été tranchée : Il y a trois prières dans la journée qui sont toutes toris considérées comme obligatoires : matin, après-midi et soir, et cependant on apprend qu’il y a eu toute une controverse à ce sujet, déclenchée par la question d’un élève de la Yeshivah du Sanhédrin de l’époque : Rabi Shimon Bar Yo’haï encore jeune, qui a déclenché cette discussion qui a abouti entre une controverse entre Raban Gamliel et Rabi Yehoshouah .  Et le sujet de cette question : est-ce que la Tefilah de la nuit est une obligation ou bien simplement un Reshout qui donnerait un mérite de bonne action supplémentaire sans obligation ?

Finalement la Halakhah a tranché que Tefilat Arvit est ‘Hovah. mais il faut d’abord essayer de comprendre quelle était la signification de ce problème parce que c’était le thème générale sur lequel vient se greffer cette question qui par rapport au thème général pouvait même apparaître comme une question de détail.

 

Alors c’est une introduction que nous devons maintenant essayer de comprendre. 

 

Mais d’autre part, de façon plus précise dans le Qriat Shémâ du soir, il y a avait aussi une controverse de savoir si le soir, la 3ème Parashah du Qriat Shémâ devait être dite ou pas. Et ceci, indépendament de la question de Tefilat arvit reshout o houvah ? ou indépendament de maskirin yetsiat Mitsraïm baleilot ou pas dans le sens que nous aurons ici à étudier.

 

Trois pages plus loin dans la Guémara on s’aperçoit que les communautés juives de Babel avait l’habitude de dire la 3ème parashah du Qriat Shémâ le soir, et que les communautés juives de Palestine de l’époque (désignés dans le Talmud comme béMaarba « en Occident » - parce qu’on se situait à Babel qui était donc l’Orient par rapport à la Palestine qui était l’Occident) ne disaient pas cette 3ème parashah du Qriat Shémâ le soir.

 

Je voudrais aller tout de suite à la signification de cette indication là concernant cette formule de la Mishnah: maskirin yetsiat Mitsraïm baleilot. En tant que cette mention de la sortie d’Egypte est désignée par déjà Rashi et par le commentaire autorisée comme étant la lecture de la 3ème  paragraphe du Qriat Shema. L’objectif est de rappeler la sortie d’Egypte, mais il suffit donc de lire le verset qui termine la 3ème parashah du Qriat Shémâ le soir.

Donc voilá comment la controverse apparait : Dans les communautés de Babel, donc de l’exil, on lisait le 3ème parashah du Qriat Shémâ tandis que dans les communautés d’Israël  on ne la lisait pas. On ne lisait que le 1er verset :  

Daber el Benei Israël VéAmarta lehem Ani Hashem Eloheikha.

 

Quelle est la signification de cette controverse ? C’est une différence importante.

C’est le fait que l’intention général ce rite de la lecture du Qriat Shémâ est d’affirmer d’une part Ol Malkhout Shamayim le joug de la royauté divine – la souveraineté de Dieu sur sa propre conscience, et ensuite Ol Mitsvot - la souverainté des commandements de la loi. 

Kabbalat Ol Malkhout Shamayim – l’affirmation de la souveraineté de Dieu c’est l’objet de la Kavanah de la 1ère parashah du Qriat Shémâ. Ensuite nous avons deux autres Parashiot : la seconde qui commence par Vehaya im shamoa tishmeou...

C’est le Ol Mitsvot qui doivent être réalisées et le jour et la nuit, alors que la 3ème parashah ce sont les Mitsvot qui ne doivent être réalisées que le jour.

 

Et nous avons d’ailleurs cette indication dans la Mishnah qui suit qui est la 1ère Mishnah du 2ème chapitre : c’est l’enseignment de Rabbi Yehoshouah ben Kor’hah.

 

Le commentaire précise que la 3ème parashah qui implique aussi la Mitsvah de Tsitsit porte l’expression : our'item oto – vous les verrez – et par conséquent ce n’est pas le temps de la nuit de réaliser le geste liturgique qui consiste à voir.

 

Je vais de suite plus vite à une signification plus générale :

Les communautés qui habitaient en Israël ne se considéraient pas comme étant en exil, et par conséquent une liturgie qui concerne le temps de la nuit ne les concernait pas. Tandis que dans les communautés de Babel qui se considéraient comme en exil, la liturgie que se réfère aussi au temps d ela nuit les concernait.

 

C’est en effet un grand thème du Midrash que le temps de la nuit est comparé au temps de l’exil, ou inversément, alors que le temps de la journée et de sa clarté est comparé au temps de la délivrance.

 

Nous avons donc bouclé la boucle du raisonnement et nous sommes donc renvoyés au problème précédent : il est donc normal que pendant le temps de la clarté soit réalisée une liturgie de la délivrance, une commémoration de l’événement de délivrance. Mais si de nouveau nous sommes entrés dans la nuit, y a-t’il un sens à commémorer pendant la nuit  l’expérience qui est celle de la sortie de la nuit ? C’est-à-dire une expérience d’un moment de délivrance ? Cependant la Mishnah enseigne d’autorité que il faut quand même mentionner la sortie d’Egypte pendant la nuit.

 

Avant même d’aborder la Guémara on peut donner l’explication suivante : la sortie d’Egypte est considérée comme une événement irréversible, on ne revient pas en arrière. Israël s’est constitué en nation, et cette nation d’Israël au temps de Moïse est sortie de l’exil. Et cette constitution du passage de la servitude à la liberté, nous dirions aujourd’hui à l’indépendance – cette mise au monde littéralement suivant la comparaison que donne le Midrash : tout se passe comme si le peuple Israël a été littéralement mis au monde comme une mère met au monde un enfant au moment de la sortie d’Egypte avec toutes les péripéties de la difficulté de l’accouchement : la mère, la matrice, c’était l’Egypte. Il s’est dévoilé qu’il s’agissait plus d’une marâtre que d’une mère. Quoiqu’il en soit l’événement en lui-même est là, et c’est un événement irréversible. Israël est né et a accédé à l’existence en tant que nation.

 

Mais la commémoration de la sortie d’Egypte commémore le moment de délivrance. Or, voilà, que entretemps on est retombé de nouveau en exil et qu’entretemps le temple a été détruit, et qu’Isaraël est de nouveau en exil : est-ce que cela a un sens à la limite de commémorer la sortie d’Egypte alors qu’historiquement on est retombé dan la situation antérieure à la situation de délivrance ?    

 

C’est la raison pour laquelle le problème se pose.

 

Pour aller plus loin : est-ce que la destruction du temple, le retour en exil, n’aurait pas effacé  l’effectivité même de l’événement de la sortie d’Egypte ?

 

C’est cependant d’autorité que la Torah Shébéalpeh a enseigné que quoiqu’il en soit on doit quand même mentionner la sortie d’Egypte, même revenus dans le moment de la nuit ou dans la situation de la nuit. On aurait pu penser qu’il n’y aurait même plus à commémorer la sortie d’Egypte par le Séder une fois retombés dans l’exil mais là encore la décision est prise.

 

Allons encore plus loin :

D’un façon générale, nous savons que les ‘Hakhamim de la Mishnah et de la Guémara se sont posés trés sérieusement la question : A partir du moment de la destruction et de la perte de l’identité nationale d’Israël, la pratique des Mitsvot quelqu’elles soient a-t’elle toujours un sens ? 

 

La décision vous la connaissez : il faut continuer à pratiquer les Mitsvot exactement comme elles ont été fixées dans tous les modèles anciens, ceux du moyen-âge y compris. Le véritable problème est celui de la finalité de la pratique de la Mitsvah dans l’exil et la diaspora. Il va s’y ajouter une finalité pédagogique : la pratique doit continuer pour préserver l’identité juive. Elle ne reprendra son effet absolu et total que dans la présence physique en Erets Israël mais malgré tout la décision a été prise. Et ce fut une décision de survie. Bien que l’exil soit advenu, et bien que le temple soit détruit, Israël a décidé de se survir à lui-même. Mais il s’agit bien de survie, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un temps provisoire qui est ce temps du retour à la nuit et qu’il s’agit de surmonter pour arriver à la délivrance du matin.

 

Je vous cite de suite une autre phrase tirée d’une autre Mishnah : « jusqu’à ce que le temps du Qriat Shémâ arrive ».

 

C’est cet autre passage où les ‘Hakhamim ont discuté pendant tout le temps de la nuit jusqu’à ce que leur élèves soient venus leur dire que le temps de dire la lecture du Qriat Shémâ du matin était déjà arrivée. Sans même approfondir le thème en lui-même, cela doit nous apparaître comme très clair : alors que l’on continue encore de discuter comment commémorer l’événement ancien de la délivrance, voilà déjà que le temps de la délivrance nouvelle est arrivée. Ce n’est pas un ‘Hidoush ce que je vous dis là mais c’est très certainement l’intention des éléves de Bnei Braq, puisque cela se passait à Bnei Braq..

 

Pour revenir à notre probléme : il est bien évident qu’on a pris au sérieux la relation de signification  spirituelle de l’événement de commémoration.

 

Je reviens à Rabbi Eleazar ben Azaria :

Lorsque la tradition raconte que lorque Raban Gamliel a dû quitter sa place de chef du Sanhédrin, la courtoisie de la politesse talmudique fait qu’on ne l’a pas remplacé par un collègue de même envergure (ce qui aurait signifié qu’on le remplace), alors on a demandé au plus jeune des membres du Sanhédrin de prendre sa place : c’était Rabbi Eleazar ben Azaria. La tradition nous dit qu’il avait 18 ans, et lorsqu’il dit : voici je suis comme âgé de 70 ans c’est tout simplement parce que c’est l’âge de la Ziqnah, l’âge de la sagesse et que c’est l’âge du zaqen qui était à la tête du Sanhédrin : je suis comme si j’étais Rosh Yeshivah mais en réalité il était dernier à qui a été donné la prérogative de prendre les décisions concernant la liturgie du soir et voilà : « je n’arrive pas moi-même à donner la preuve de cela que quoiqu’il en soit il faut mentionner l’événement de la sortie d’Egypte aussi pendant la nuit... »

 

***

 

Voilà la première idée que je voulais mettre en évidence.

C’est d’autant plus frappant par rapport au sujet général qui était discutté au temps de la ma’hloqet entre Rabbi Yehoshouah et Raban Gamliel. Donc ce jour qu’on appelle dans le Talmud Bo Bayom – ce jour-là. On a pu prendre toutes les décisions concernant les questions restées en suspend parce que tant que Raban Gamliel était à la tête du Sanhédrin on ne pouvait pas décider, mais on lui a demandé de laisser sa place pendant quelques temps au plus jeune de la Yeshivah pour pouvoir prendre ces décisions. Une fois prises, Raban Gamliel a repris sa place comme l’enseigne la Guémara. Et pour ne pas peiner Rabbi Eleazar ben Azaria on lui a demandé un fois tous les 15 jour le Shabat de dire la Drashah. (Vous voyez qu’il a existé une politesse talmudique qui savait y faire).

 

Nous savons que la tradition relie chacune des 3 prières aux 3 patriarches.

ð  Sha’harit la prière du matin est relié à Abraham, son identité, sa vie son histoire et sa middah – sa maniére d’être Israël.

ð  Min’hah est reliée à Yits’haq

ð  Arvit est reliée à Yaaqov.

 

Il y a un Remez dans la deuxième lettre dans chacun des 3 noms des Patriarches :

ð  Abraham => Beit => Boqer => le matin.

ð  Yits’haq => Tsadei => Tsa’horayim => l’après-midi.

ð  Yaaqov => Ayin => Erev => le soir.

 

Le principe de l’invocation à la prière est que le matin nous prions le Dieu d’Israël en dominante en tant qu’Il est Dieu d’Abraham. Tout se passe comme si le matin nous sommes dans la situation d’Abraham. Abraham est le patriarche du matin dans toute son histoire. Et toute son histoire se place au niveau du matin. Je vous cite un verset en passant ( Gen. 22.3):

וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר  Vayashkem Avraham baboqer...

C’est le matin que Abraham a réalisé ce propres vertus. Tout se passe comme si nous prions le matin le Dieu d’Abraham. Nous nous adressons à Dieu dans la dominante de la relation d’Abraham à Dieu. A midi, de la relation avec Yits’haq et le soir de la relation avec Yaaqov.

 

D’autre part est établie une correspondance entre les 3 exils et les 3 Patriarches :

ð  l’exil de Mitsraïm est relié à l’histoire d’Abraham.

ð  l’exil de Babel est relié à l’histoire de Yits’haq.

ð  l’exil de Edom est relié à l’histoire de Yaaqov.

 

La question posée est la suivante : on prie toujours au Dieu du père, on prie toujours à Dieu en tant qu’Il s’est révélé à l’étape précédente. Tant qu’un homme est encore vivant, il ne pas peut dire que Dieu est le Dieu de lui-même, mais qu’Il est le Dieu de ses pères : le Dieu révélé et habilité par le Tsadik de la génération précédente. C’est une grande règle de la liturgie de la prière.

Au niveau de la vie des patriarches par exemple, Issac prie le Dieu d’Abraham et non pas le Dieu d’Isaac. Jacob prie le Dieu d’Abraham et de Isaac et non pas le Dieu de Jacob.

 

Il y a une Guémara de Pessa’him qui raconte la question de David posée à Dieu : « Dieu d’Abraham, de Isaac et de Jacob » et pourquoi pas « Dieu de David » ?

Dieu lui a répondu par un verset des Psaumes : « Je les ai éprouvés et ils ont surmontés l’épreuve ». Veux-tu que Je t’éprouves ? David accepte mais ne surmonte pas l’épreuve.

C’est à partir de là que la Guémara nous fait comprendre l’invocation « Dieu de qui ? » On ne dit pas encore « Dieu de David », alors qu’ont dit Dieu d’Abraham, Dieu de Isaac, Dieu de Jacob.

 

Par conséquent, la question s’est posée à une certaine période : si nous sommes occupés à l’expérience de Jacob, est-ce que Tefilat Arvit Reshout ou ’Hovah ?

Si nous sommes en tant qu’Israël dans l’historie de Jacob, si nous sommes encore occupés à tenter de faire réussir cette étape de l’histoire d’Israël qui est celle de Jacob alors Sha’harit c’est Abraham et on peut le faire, Min’ha c’est Isaac et on peut le faire, mais Arvit ce serait encore notre propre identité qui serait en question d’où le fait que la question se pose : est-ce que le fait de la Tefila de Arvit a un fondement tant que notre histoire en tant que Jacob continue de durer ?

 

Quelles sont les positions dans cette Ma’hloqet, cette controverse ?

Certains pensent que quoi qu’il en soit le fait que Jacob soit Yisraël est irréversibe et par conséquent on doit faire la prière de Arvit. D’autres pensent au contraire que nous ne sommes pas encore arrivés à cette Madréga où Jacob ayant réussi son histoire et mérité le nom Yisraël, la prière de Arvit est possible.  

 

C’est pourquoi on va décider de donner la possibilité chacun selon son envergure. C’est là la thèse de celui qui dit : Tefilat Arvit reshout

 

Mais pour ceux qui  ont pensé que bien que nous soyons de nouveau en exil malgré tout l’étape de Jacob devenu Israël est irréversible alors c’est la décision qui a été prise : Tefilat Arvit ‘Hovah.

 

Cette discussion a eu lieu il y a près de 2000 ans. On est là entré dans une période historique où toute la question de la liturgie du soir est en jeu et il s’agit de savoir si la communauté va s’engager dans son identité comme si elle était déjà certaine de la fin de son exil et surtout de sa réussite.

 

On comprend pourquoi il y a pu avoir hésitation et scrupule lorsqu’on est entré dans une période de ce genre. On voit comment les choses sont reliées presque comme en faisceau, et par rapport à la référence à la sortie d’Egypte, et par rapport à ce long exil qui commence à la destruction du 2ème temple et où Israël risque d’avoir un doute quant à sa propre identité.

 

C’est la Midah de Yaaqov qui est en jeu dans ce 3ème exil: a-t’on le droit ou pas de faire comme si cette Middah est déjà réussie ? Réponse de la Torah shébéalpeh : non seulement c’est un droit mais c’est un devoir, mais on ne trouve pas l’argumentaiton pour le fonder.

 

C’est le problème qui se pose à la Mishna et nous revenons au point précise de la mention de la sortie d’Egypte :

 

Rabbi Eleazar ben Azaria a dit : « me voici à la tête du Sanhédrin comme si j’avais 70 ans, et voici que je n’ai pas réussi à fonder cette décision que nous voulons prendre de faire mentionner la sortie d’Egypte, même et aussi, dans le temps liturgique de la nuit.

 

C’est-à-dire bien que revenus dans l’exil, que nous ayons à considérer la référence de la sortie d’Egypte comme étant un acquis irréversible.


Et Rabbi Eleazar ben Azaria continua de parler jusqu’à ce que Ben Zoma donne les indications suivantes concernant le verset qui avait institué la Mitsvah qui consiste à mentionner la sortie d’Egypte chaque jour
:

 

Afin que tu mentionnes le jour de ta sortie du pays de l’Egypte tous les jours de ta vie. Kol yeimei ‘hayeykha: Afin que cette mention tu la fasse tout les jours de ta vie.

 

Ben Zoma a mis en évidence le fait suivant :

Le verset dit : kol yemey ‘hayeykha. tous les jours de ta vie. Or, du point de vue du compte des jours, l’expression Yemei ‘Hayeikha aurait pu suffir. Parce que tous les jours de ta vie et les jours de ta vie…

…/…

lire la suite

 

****

Partager cet article

Repost 0
Published by Rav Yéhouda Léon Askénazi (Manitou). - dans CALENDRIER & FÊTES
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche