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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 10:16

Pessah. La Hagada, l'être père et l'être fils (1987)

 

Mei maron - Commentaire du rav Harlap – 2ème partie

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/fetes_et_calendrier/pessah_la_hagada_l_etre_pere_et_l_etre_fils/cours_2

Face A

…/…

La formule de la constitution de la révolution française. « les hommes naissent libres et egaux en droit ». Si on admet que cela concerne l’égalité de dignité de la valeur de la personne humaine en chacun c’est très bien. Au niveau moral, il y a égalité de dignité. Mais au niveau existentiel, aucune personne n’est égale l’une à l’autre. Il n’y a qu’égalité de dignité avec la notion morale. Sinon pas d’égalité possible entre les hommes tous différents. Exemple : les estomacs ne sont pas égaux en capacité. Certains doivent manger plus…

La formule de la révolution russe d’octobre 1917 est beaucoup plus proche de la justice que ce que vise cette formule théorique de la révolution française : « A chacun selon ses besoins !» C’est déjà autre chose. Et les besoins de chacun ne sont jamais égaux aux besoins des autres.

 

Un exemple dans le vocabulaire hébreu donne une indication :

ShaVeH (shin vav hé ) qui signifie égal et ShaVÉ (shin vav aleph) qui signifie vain.

La langue hébraïque dévoile ici que chaque fois que deux choses sont égales, l’une des deux est vaine. Même au niveau de la quantité on ne peut pas toujours établir des relation d’égalité. 10x1 diffère de 1x10 dans beaucoup de domaines. C’est encore plus vrai dans l’ordre de la qualité. Rien n’est égal à rien d’autre.  

 

C’est pourquoi la seule manière de réintégrer la dignité de l’autre en tant que sujet est de le considérer comme supérieur de manière réciproque : alors il y a égalité. Sinon c’est l’échec permanent de la formule de la révolution française.

 

L’échec vient lorsqu’il n’y a pas réciprocité. C’est ce que la pensée chrétienne en général reprochait précisément au judaïsme. La réciprocité. On ne peut se conduire en paix qu’avec celui qui est en paix. עִם-חָסִיד תִּתְחַסָּד (Tehilim 18.25) Cette erreur de croire que la vertu consiste dans le fait de reconnaître et considérer l’autre sans exiger de lui la réciprocité est une conduite de suicide. Il faut exiger la réciprocité. C’est la notion même du contrat social. On est en contrat (contrat social) lorsque les deux parties sont dans l’attitude de la réciprocité. Il faut reconnaitre la dignité de l’autre que chez celui qui est prêt à la réciprocité, sinon c’est l’échec.

 

En Espagne à Cordoue, il y a eu un symposium des univesités de langue espagnole sur le nouvel humanisme de l’avenir. Cela a été un des principaux sujet de l’analyse. J’ai mis plusieurs heures à faire comprendre cette notion de la réciprocité. Une fois compris, ils ont vu la différence entre le judaïsme et toutes les autres idéothéoriques qui mène à l’échec. Sans réciprocité, ce problème n’a aucune solution. Il y a actuellement dans la philosophie contemporaine une espèce d’idole de « l’autre » en tant qu’autre. C’est devenu une idole moderne. Mais tous savent que sans cette réciprocité c’est le suicide. Je ne fais en aucun cas allusion à la philosohie de Monsieur Lévinas, mais enfin cela va dans ce sens-là.  S’il n’y a pas réciprocité c’est l’échec !

 

Q : Mais cette réciprocité doit aussi tendre vers HQB’H ? sans cela on arrive à la philosophie humaniste ?

R : C’est ce que dit le verset : Véahavtah léréakha kamokha Ani Hashem Eloheikha. C’est-à-dire qu’il faut qu’il y ait un garant de cette réciprocité.

 Mais je crois que cela revient au même : si pratiquement deux humanistes résolvent le problème, dans l’ordre de la réciprocité, c’est le judaïsme au niveau pratique. Et effectivement, il faut leur laisser le temps de découvrir qu’il y a un troisième pôle. Nous sommes la religion des deux triangles inversés !

 

Q : Si j’appelle l’autre mon supérieur et que ensuite j’exige la réciprocité finalement il y a un peu d’hypocrisie ?

R : Non. Il faut toute une science, c’est pourquoi le Shoulkhan Aroukh est très détaillé pour savoir comment on se conduit avec autrui en toute situation. Autrui étant le père ou la mère, le frère ou le cousin, le concierge, le facteur, le ministre. Chaque fois il y a un ordre des choses à respecter. Ce  sont les grandes catégories : à qui doit-on kavod ? ou à qui doit-on Yirah ? Je pense que la notion de réciprocité est à la base de ce problème. Bien sûr, chacun étant à sa place. La manière dont le fils doit se conduire envers le père est corrollaire de la manière dont le père se conduit envers le fils... Sans réciprocité tout est bloqué ! Nous sommes en plein dans le sujet avec l’exemple du Rashâ et la question de savoir pourquoi il y a un Rasha ? C’est parce que la réciprocité n’a pas joué et c’est pourquoi le prophète Elie doit venir pour arranger cela.

Le probléme de la civilisation est dévoilé dans ce verset.

La civilisation fait du surplace au niveau moral parce que le coeur des pères et le coeur des fils est séparé. Alors le rôle d’Elie le prophète dit la Guémara qui parle de ce verset, n’est pas de dire ce qui est permis ou interdit, mais de rapprocher le coeur des pères et le coeur des fils. C’est le fondateur des mouvements de jeunesse, Elie le prophète.

 

Et donc je reviens à cette situaiton de parallèle entre ces deux notions : la Haftarah de Shabat HaGadol et le dialogue des pères et des fils.

 

Commentaire du rav Harlap.

 

 « La Torah a parlé par rapport à 4 sortes d’enfants. »

 

Rav Harlap commence en soulignant qu’il y a énormément de  catégorisation par 4 dans la Hagadah : 4 questions, 4 enfants, 4 verres de la délivrance, 4 coupes de vin qui commémorent la délivrance... Mais nous savons que ces 4 sont 5 en vérité.

 

« Il y a 5 niveau dans l’âme » 

 

Ces 5 niveaux sont nommés de noms différents que j’explique briévement :

- Nefesh = les forces de l’âme qui animent la personne au niveau de la vie corporelle.

- Roua’h = les forces de l’âme qui animent la vie intérieur, au niveau à la fois artistique, affectif... tout ce qui est Reguesh.

- Neshamah = les forces qui anime l’âme au niveau intellectuel, de la connaissance.

- ‘Hayah = le niveau où l’âme est appellée la vivante, la force de l’âme au niveau des valeurs de la personnes humaine

- Yehidah = l’unique, le 5ème niveau de la Neshamah, la spécificité géniale du sujet de chacun que personne d’autre ne peut être, ce qui est nommé du nom propre à chacun, littéralement.

 

Je vous dirai tout de suite, c’est un sujet très vaste, l’immense majorité des hommes ont déjà intégré le Néfesh et le Roua’h, et une toute petite étincelle de la Neshamah. Ce ne sont que les êtres exceptionnelle - on les appelle d’ailleurs les Yé’hidim - qui sont arrivés à intégrer tout les niveaux de la Neshamah. Ils sont à eux tous seuls une Neshamah. Alors que pour nous autres, il faut se mettre ensemble pour faire une Néshamah dans le mystère du miniane. Tout homme possède le Nefesh et le Roua’h et une petite étincelle de Néshamah.

Seuls les hommes capables de la pensée vraie - ie. la pensée sans image - se trouvent au niveau de la Neshamah vraiment. Alors que l’immense majorité des hommes ne pensent qu’à travers des images. Et c’est un commandement important de la Torah. « Tu ne te feras pas d’image ». Au niveau de la pensée, toute pensée qui est encore obligée de s’appuyer sur des images pour penser, d’abord ce n’est pas de la pensée, et si c’était de la pensée ce serait de la pensée idolâtre.

 

L’étincelle de Néshamah est présente pour nous faire savoir que cela existe.  Seuls les grands les Gdolim, les Yé’hidim sont arrivés à intégrer la Neshamah, la ‘Hayah et la Yé’hidah.

 

La Kabalah enseigne que toute cette quantité d’âme qui n’est pas encore intégrée, elle est autour de la personne, et non pas encore intégrée. C’est un peu ce que les anciens représentaient avec la aura. En hébreu c’est Orah (aleph-vav-resh-hé) l’auréole. Certains êtres privilégiés arrivent à percevoir l’auréole autour de la silhouette de chacun, et je voudrais pas vous donner des cauchemards, mais en regardant cette auréole, ils arrivent à voir s’il est malade, s’il a des mauvaises pensées, à quoi il a rêvé la nuit... Je referme la parenthèse.

 

Voilà donc ce que voulais dire le Rav Harlap : cette catégorisation des 4 enfants, est parrallèle à cette catégorisation des 4 niveaux de la Néshamah, 4 qui sont 5.

 

« 4 d’entre elles marchent 2 par 2 (zougot couple)

 

Je vous dis tout de suite que Nefhesh est parallèle de Neshamah et Roua’h est paralléle de ‘Hayah

 

« la 5ème n’a pas de couple, c’est pourquoi elle est Yé’hidah unique.   

Or, le service d’Israël, est d’élever…

 

Pas seulement la Yé’hida unique et génialement unique de chacun, mais l’ensemble de ces forces qui par rapport à la Yé’hidah sont des forces inférieures de la Néshamah ; et l’objectif de la vie spirituel est d’élever, de  transfigurer le Nefesh, le Roua’h, la Neshamah, la ‘Hayah, et que tout cela soit sous le profil de la spécificité géniale de l’âme de chacun qui nous est donnée au début de notre histoire comme un projet à réussir et que l’on arrive à réussir que très rarement au sein d’une même vie, et que finalement l’on est condamné à réussir. Et on revient avancer l’ouvrage là où on l’a laissé chaque fois qu’on l’a laissé. Vous avez compris ce à quoi je ne fais pas allusion.

 

« C’est pourquoi, bien des choses dans le rite de Pessah, sont sous le signe du nombre 4, les 4 enfants, les 4 questions, les 4 verres de la délivrance, et les 4 Parashiot lues (depuis la veille de Roch ‘Hodesh du mois de Adar...) Et tout cela est une préparation au dévoilement de la spécificité ultime de l’identité d’Israël.

 

Les 4 enfants-là sont définis par rapport aux 4 points de vue dont nous assurons l’élévations dans cette nuit spéciale de Pess’ah, (une nuit avec une protection spéciale sur Israël à la sortie d’Egypte).

 

« Le ‘Hakham quel est sa catégorie ? C’est le sujet de l’ascension de tout Israël, de façon à être tous ‘hakhamim, de façon à connaitre toutes les lois de témoignages, les statuts et les ordonnances que Hashem Eloheinou nous a ordonné. »

 

Cela veut dire qu’il ya une bé’hinah ‘Hakham qui est un idéal à atteindre pour tout Israël. Il s’agit de la connaissance.

 

« Rasha mah hou omer - La 2ème catégorisation, celle du Rashâ, c’est le sujet de la séparation absolue de toute sorte d’attitude de Rashâ ». 

 

L’objet de cette seconde Mishnah qui concerne le Rashâ est une exortation à nous séparer de toute sorte d’attitude de non conformité avec l’authenticité.

 

 « qui sont les scories de l’identité humaine que l’on trouve chez les Nations. »

 

Chaque nation c’est une manière d’être homme, et précisément, ce qui caractérise la spécificité de chq manière d’être homme, les Nations, est ambivalent. D’une part il y a le génie propre et irremplaçable de la manière d’être homme de chaque nation, et d’autre part il y a le défaut qui fait que l’on est pas l’homme universel. La différence qui fait que telle nation est différente des autres, est en même temps son génie et le piège de l’identité humaine en elle. Cela définit l’ensemble des nations. Chaque nation est une manière géniale d’être Rashâ, c.à.d. non conforme à l’identité humaine universelle et absolue.

 

Comme j’ai dit une fois : « Toutes les manières d’être non-juifs sont honorables, mais nous avons nos préférences ! Nous nous préférons la manière France, d’autres la manière Irlande…etc.

Toutes les manières d’être Goï sont honorables. Etre Goï signifie être non-juif : être en dehors de ce projet juif de retrouver l’authenticité humaine à l’échelle universelle. Alors que chaque Goï est une manière bien précise d’être homme et ne sera jamais que celle-ci. Avec l’histoire de son développement propre. Mais un français ne sera jamais allemand. Un allemand ne sera jamais français. Alors qu’un juif peut-être allemand ou français ou ce que vous voulez... L’exil montre et dévoile, paradoxalement, l’identité universelle de l’être hébreu. C’est un cas particulier. Un peuple qui est capable d’être n’importe quel Goï à tour de rôle, n’importe quelle nation à tour de rôle.

 

« Tam mah hou omer ? Le simple que dit-il ?

C’est le sujet de l’élévation jusqu’au niveau où était Jacob notre père. Ish Tam Yoshav Ohalim. Le verset qui en parle définit Jacob comme « un homme paisible habitant les tentes » (ce sont les maisons d’études).

 

Il faut le lire en hébreu comme c’est dans le verset. On oublie de mentionner que Tam (simple, idiot du village) est associé au nom Ish : Ish Tam. Tam cela veut dire simple. Seul, Tam c’est l’idiot du village. Mais le verset dit « Ish Taam »  La manière dont le verset définit Esaü est « homme de chasse ». Jacob c’est « l’homme paisible ». Il aurait pu être l’homme de la vertu guerrière. Il a préféré être l’homme de la vertu paisible. Il est Ish tam et il n’est pas simplement Tam.

Là il y a ici un problème très important : c’est l’ambiguité de toute vertu. La vertu n’est authentique que chez celui qui est capable du contraire. Sinon, s’il n’est pas capable du contraire sa vertu ressemble beaucoup à une impuissance.

 

Exemple linguistique à partir de 2 mots proches en hébreu. Aani pauvre - Aanav humble. Le Talmud dit : Seul un riche peut être humble, parce que s’il est pauvre peut-être ne sait-il pas qu’il est humble mais il sait qu’il est pauvre. Seul celui qui a vraiment un Yetser hara peut être félicité de son Yetser hatov. S’il n’a pas de Yetser Hara son Yetser Hatov ressemble plutôt à une impuissance à la limite.

 

Ici se dévoile quelque chose d’inattendu.

 

« Que signifie que Yaakov était Taam ? (traduit par paisible) Le mot est proche de celui de tamim intègre.

 

Le Rav explique que Jacob a reçu ce privilège d’être appelé Tam parce qu’il a connu la vie humaine d’avant la faute. Donc c’est un niveau très haut. Il y a là place pour une analyse de ce qu’on appelle simple. Il y a chez les grands une profondeur de simplicité qui n’est pas la simplicité de l’idiot du village mais qui est la profondeur de l’envergure humaine ; alors elle se dévoile au niveau de la simplicité.

 

Je me souviens d’un enseignement de Martin Buber. Juste après la guerre nous venions de fonder l’école d’Orsay. Martin Buber invité un vendedri soir, il était un peu théatral mais il nous impressionnait beaucoup. Quand il eut fini son exposé, il y eut un grand silence: il a dit qu’il y a deux sortes de silence : les silences pleins et les silences vides. C’est la même chose pour la simplicité. Il y a des simplicités vides et des simplicités pleines.

 

Taam c’est la profondeur de l’homme non secondarisé. On l’appellera « simple » mais, encore une fois dans le sens de cette simplicité simple. Il n’y a rien de plus sophistiqué qu’un homme  secondarisée. Les hommes qui n’arrive pas à coïncider avec eux-mêmes. Ils assistent à leur propre vie. On ne sait jamais avec qui on a à faire, avec l’acteur ou le spectateur. Il y a toujours deux personnes qui s’entremêlent… Alors que le Taam est primaire, non pas primitif mais primaire, non secondarisé. Je crois que cette secondarisation de la conscience c’est « le malheur de la conscience ». L’expression est de Jean Wahl dans son analyse à propos de Leibniz, il me semble, où il a formulé cette expression. « Le malheur de la conscience » c’est cette espèce de poison d’une intelligence secondarisée. Et cela ne trompe personne d’ailleurs lorsqu’on voit quelqu’un qui finalement joue le théatre de sa propre existence. Vous voyez pourquoi le théatre est très suspect dans la tradition juive.

 

 « Et c’est pourquoi on a pu dire que Yaaqov avinou n’est pas mort »

 

Met c’est l’anagramme de Taam.

Effectivement, le verset qui décrit la fin de la mort de Jacob n’utilise pas le terme Vayamot – il mourrut. Il y a Vayiva - il expira, il rejoint les âmes de son peuple dans l’au-delà, mais on ne trouve pas Vayamot. La Guémara enseigne « Yaakov avinou lo met »  il n’est pas mort, on n’a pas dit de lui qu’il est mort, il est toujours vivant. Et la Guémara explique « de même que ses enfants sont vivants, son histoire continue à travers ses enfants… A travers cela on comprend ce que signifie « Yaaqov avinou lo met ».

 

Le Rav Harlap a relié cela à un enseignement extrêmement important du Talmud : c’est que la mort est conçue comme conséquence de la faute du 1er homme. Et par conséquent, un homme qui a vécu du niveau d’avant la faute est dit « Lo mét ». Il n’est pas dans le cas de la mort. Donc, c’est une Madréga un niveau tout à fait autre que ce que l’on pourrait croire. Sa vie intérieure était du type de la vie intérieure du 1er homme d’avant la faute. Des personnes exceptionnelles qui dans la 1ère partie de leur vie n’ont jamais goûté le goût de la faute. Après, entrée dans la vie d’adulte, toutes les compromissions sont possibles et sont inévitables, mais c’est cette espèce d’innocence dans le sens étymologique du terme de la vie  intérieure. Cela existe. C’est rare mais cela existe. Des hommes et des femmes, si vous en connaissez vous le savez.

 

 « Et par conséquent à ce niveau-là (de très grande valeur) même les choses pour lesquelles nous n’avons pas de mots pour les dire et les interroger et uniquement quoi ? Qu’est-ce que c’est ça ? mah zot ? »

 

C’est dire que ce sont des valeurs telles qu’on n’a pas de mots pour les interroger, les interpeller.

On ne peut que dire comme le Tam : « mah zot ? que se passe t’il ? »

C’est à dire qu’il y a un niveau de la connaissance de soi qu’Israël doit atteindre et qui a été le propre de Jacob en tant que le verset dit de lui : « Yaaqov ish taam ». A ce niveau de très grande valeur alors la pensée humaine n’est même pas outillée pour pouvoir formuler son interrogation. Elle est obligée de demander stam : « mah zot ? »

 

« Ces paroles indicibles-là se révèlent à nous cette nuit-là jusqu’à ce que nous puissions les exprimer et les raconter. « Et tu lui diras » (à celui qui t’a posé la question au niveau du taam) : Be’hozek yad hotzi'anu Hashem m'Mitzrayim.

 

Ce qui se dévoile ici c’est un peu ce à quoi j’ai fait allusion précédemment, en disant : Il a fallu une intervention de la force de Dieu pour que cet événement du salut soit possible.

J’essaierai d’expliquer cela un peu quand même : Cela pourrait nous étonner - Dieu est tout puissant Kol Yakhol. Pourquoi la Torah met-elle en avant le caractère prodigieux de Dieu lorsqu’il intervient ? Il peut tout ! Mais est-ce vraiment une louange de dire du Kol Yakhol du Tout-Puissant qu’il est puissant ? A la limite, c’est le contraire d’une louange. Cela impliquerait qu’il aurait pu ne pas ?

 

C’est un problème important, en particulier le problème des attributs négatifs chez Maïmonide.

En schématisant, Maïmonide pose le problème de la manière suivante: n’est-ce pas une insolence de dire que Dieu est grand ? N’est-ce pas blasphématoire ? Dire que Dieu est grand c’est vouloir dire qu’il n’est pas petit ! C’est pourquoi, schématiquement, Rambam a tendance à enseigner: quand nous disons de Dieu qu’il est grand cela veut dire précisément qu’il n’est pas petit... mais ce n’est pas une indication positive car toute grandeur a une limite. En réalité, étant donné que les attributs de l’unité divine sont contradictoires, si on les affirme comme positif, on reste dans la contradiction. Alors on les affirme comme négatifs pour renvoyer à l’infini. Exemple au niveau de 2 attributs fondamentaux: de la charité et la justice. Nous affirmons qu’en Dieu cela est un. Cela veut dire Charité = Justice et Justice= Charité. Pourtant dans la réalité c’est contradictoire : la charité c’est la charité et la justice c’est la justice ! Si j’affirme la charité à l’indice positif, c’est contradictoire avec la justice à l’indice positif. Tandis que si j’affirme l’indice négatif, alors cela se résorbe dans l’unité de l’infini.

Cela est-il assez obscur pour être clair ? Alors on passe au sujet suivant.]

 

Je reprends la phrase.

Véamarta elav : Be’hozek yad hotzi'anu Hashem m'Mitzrayim

 En quoi cela est-il une louange de dire que Hashem est intervenu avec force ? 

Il a fallu qu’Il intervienne pour rendre le salut possible. Mais en quoi est-ce une louange de dire que Dieu intervient avec force ? Est-ce que Dieu a besoin de faire des miracles pour être Dieu ? 

[Gn. 18.14] : הֲיִפָּלֵא מֵיְהוָה, דָּבָר

Le Pshat du verset serait : Y a t’il un miracle trop grand pour que Dieu ne le fasse pas ?

Mais peut-être dans ce verset quelque chose de plus profond: Est-ce que Dieu a besoin de faire des miracles pour intervenir ? Un Dieu qui a besoin de faire des miracles pour intervenir c’est suspect !

 

Je reprends le problème car la quesiton est importante.

Dieu a institué un fonctionnement du monde à l’origine de la création. Le monde fonctionne d’après les lois instituées par Sa volonté. Et il faut qu’il en soit ainsi pour que la liberté de l’homme soit possible. Si les lois qui gérent les phénomènes étaient capricieuses, la liberté s’évanouit. Par conséquent, il y a une garantie que Dieu a donné pour que le monde fonctionne comme il fonctionne. Cela ne peut être qu’exceptionnel lorsqu’Il suspend ce fonctionnement et cela s’appelle un miracle. Je vous donne une analogie en terme de familiarité juive : Les lois du Shabat s’inversent lorsqu’il y a Pikoua’h Nefesh lorsqu’il y a danger. Or, dès l’origine du commencement de l’histoire, il y a une loi de Shabat entre Dieu et le monde. Dieu a façonné le monde et l’a installé dans le l’état du Shabat du commencmeent. S’Il juge que le monde est en danger, Il intervient. Donc Il viole ce Shabat. C’est le miracle. C’est le problème extrêmement difficile de l’intervention divine. Comment Dieu juge qu’il y a danger et Il intervient ? Quels en sont les critères ? Pourquoi là et pas là... ? ON ne voit pas pourquoi. Cela nous échappe. Ce n’est pas entre nos mains. Mais il est bien évident que la Torah nous enseigne à ne pas attendre de miracle. Cela oblige Dieu a violer son Shabat. Le Talmud n’aime pas le miracle et nous enseigne à ne pas attendre le miracle qui force Dieu à violer son Shabat. S’il y a miracle, Baroukh Haba le miracle ! C’est une sensibilité religieuse inversée. Les idolâtres n’attendent que cela. Mais on n’attend pas le miracle. Mais s’il en faut il en faut…

 

Je donnerai un type d’explication en faisant appel à une Mishnah utilisée fréquemment.

Nous définissons Dieu aussi dans la qualité de la Gvourah – la Vaillance. C’est dans la 2ème Brakhah de la Téfilah  : Atah Guibor Leolam Adonaï… En quoi est-ce un louange ?

 

Mishnah de Avot : Qu’est-ce qu’un Guibor un vaillant ? Ce n’est pas quelqu’un qui est plus fort que quelqu’un d’autre, sinon s’il est plus fort que l’autre cela signifie juste que l’autre est moins fort. Ce n’est donc pas une vraie force. Le vrai Guibor c’est quelqu’un qui est plus fort que lui-même.

 

Pour pouvoir intervenir pour sauver Israël il faut que Dieu protecteur d’Israël s’oppose à lui-même comme Dieu créateur des Égyptiens. Nous sommes en plein monothéisme et la difficulté du monothéisme c’est cela. Dieu doit lutter contre sa propre volonté pour pouvoir intervenir et sauver Israël. Sa volonté pour sauver Israël doit s’opposer à Sa volonté en tant qu’il est le Dieu créateur des Egyptiens.  Il faut découvrir cela : Le monothéisme n’est pas une monolâtrie ! Il ne s’occupe pas que de moi. Il est aussi le Dieu créateur des Égyptiens. Il en est la providence en tant que Dieu Un, qui doit intervenir contre Lui-même pour pouvoir sauver les Hébreux. C’est inouï cette Force en Dieu Lui-même qui se dévoile. Nous n’avons aucune comparaison dans notre expérience humaine sinon très lointaines. Arriver à être plus fort que soi-même.

 

Mishnah Abot 4.1

איזה הוא גיבור--הכובש את יצרו

 ezeh hou gibor de qui dit on qu’il est gibor ? de celui capable de réprimer ses propres instincts ! Mais ces instincts c’est moi ! Donc il faut que je sois plus que moi pour être déclaré fort. Qui est capable de cela ? C’est là la véritable Gvourah !

 

Dans le Talmud au début de Massekhet Sotah en page 2 :

Pour dire que quelque chose est très difficile on dit « comme le passage de la mer rouge ».

On y parle en particulier de Zivoug.

Qashé Zivougam Shélélou KéQriat Yam Suf - Des mariages sont aussi difficile que le passage de la mer rouge. 

Il y a des mariages aussi difficiles à faire que le passage de la mer.

Ce sont ce qu’on appelle des Zivoug Shéni.

Le Zivoug Rishone c’est le Zivoug idéal mariage idéal depuis la création du monde. Untel pour untel. Mais il arrive qu’on ne prenne pas le même ascenceur. L’un nait un 14ème siècle et l’autre n’est pas encore né... Comment vont-ils se rencontrer ? Alors intervient le Zivoug Shéni, une approximation.

Un psycholoque hongrois Zondi a établi des tests à ce sujet : Un de ces test montre que les hommes ont l’habitude d’aimer le même type de de femmes.  Ce sont des exemplaires possibles, des approximations de la femme idéale qui aurait été le Zivoug Rishone. En général, nos mariages sont des Zivoug Shéni. Le Zivoug Rishon est très rare, surtout dans les dernières générations depuis la destruction du Temple..

 

La Guémara en parlant des Zivoug Shéni dit :

« Leurs accouplages est aussi dur pour Dieu que le passage de la mer rouge qriat yam souf - le déchirement de la mer rouge »

Un des grands commentateurs Olelot Efraïm (Kli Yakar) a posé la quesiton suivante: la comparaison n’est pas claire, un zivoug c’est au contraire unir. Mais le passage de la mer rouge c’est diviser ? Réponse : Pour réaliser un Zivoug Shéni, il faut le faire au détriment du partenaire originel de chacun. Lorsque le Zivoug Shéni se fait, on va assassiner le mari ou la femme éventuel du Zivoug Rishone. Pour pouvoir sauver Israël, Dieu a dû sacrifier les Égyptiens, c’est comme un Zivoug Sheni. Et c’est aussi difficile pour Lui. Les Égyptiens sont aussi Ses créatures.

Cela reste un mystère. Poruquoi a-t’il créé les araignées, et les crabes, et les nazis, et les Égyptiens…

Par cons´quent le ‘hzoeq yad prend ici toute sa force : C’est encore beaucoup plus fort qu’on ne pouvait l’imaginer.

 

C’est encore bcp plus fort que l’on pouvait l’imaginer.

 

Sur ce verset :

 

« Et tu lui diras, c’est avec un main forte que D nous a fait sortir d’Egypte.

 

Je me rappelle de mon Melamed, mon Rabbin qui nous disait en nous prenant fortement par l’épaule :  Véamarta elav Be’hozek yad hotzi'anu Hashem m'Mitzrayim

C’est-à-dire que le Taam il faut le réveiller : et tu lui diras à main forte ! comprends ce que je te dis : nous sommes sortis d’Egypte!

 

« La force de la main, c’est le secret qui traverse, tous ces niveaux supérieurs et nous éclaire... »

 

Et on arrive au 4ème :

 

« Et celui qui ne sait pas questionner ? C’est le niveau très haut des choses auxquelles nous n’avons même pas de question à poser se dévoilent dans cette nuit-là dans ce qu’a dit la Michnah : Toi ouvre pour lui... (toi prend l’initiative de poser pour lui la question) et de la même manière qu’au moment de la délivrance d’Égypte, Dieu a ouvert devant eux les 7 cieux et leur a dévoilé les choses très grandes qui n’ont été dévoilées à aucun prophète.

 

La Guémara insiste beaucoup là-dessus : La génération de la sortie d’Egypte a eu le privilége d’une révélation supérieure à celle d’Ezechiel. « ra'atah shif'ha al hayam mah shelo ra'ah Ye'heskel ben Bouzi : Et une servante a vu, ce que même Ezekiel ben Bouzi lui-même n’a pas vu dans sa capacité de prophétie....

 

Je ne peux pas ne pas le réidentifier pour nous de nouveau: n’importe quel petit juif qui a vécu ces événements de la Shoah et d’en être rescapés et la délivrance qui a suivi pour rejoindre Israël a eu le privilége de vivre des événements que les plus grands d’Israël pendant 2000 ans n’ont eu aucune idée de quoi il pouvait s’agir.

Mais les contemporains sont toujours défavorisés pour percevoir ce qui leur arrive. Je suis persuadés que dans les temps futurs, les historiens de l’avenir parleront de nous comme le temps des héros. On ne se rend pas compte que nous sommes ces zéros-là, enfin ces héros-là.

 

« Même des évidences des valeurs à propos desquelles on arrive pas à formuler de questions, de mêmes à chaque année, ces lumières-là se dévoilent à tout Israël. »

 

…/…

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****

 

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Published by Rav Yéhouda Léon Ashkénazi (Manitou). - dans CALENDRIER & FÊTES
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  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
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