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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 11:42

Parshat Noah 1992
 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/noah_serie_1992/cours_1
 

Les premiers textes de la Genèse sont textes des extrêmement condensés et semblent décrire l’histoire des premières tentatives de l’histoire humaine qui vont depuis la création du 1er homme jusqu’à Abraham.

 

Déjà même dans la Parashah de Bereshit avant le déluge, on voit de même que c’est une histoire extrêmement dense qui est résumée, avec des structures du récit qui sont très importantes à suivre. Je vais prendre quelques exemples pour au moins les formuler même de façon succintes sous forme de deux remarques.

 

1- La première remarque : Il semble y avoir un paradoxe sur ce récit pessimiste : dès que l’histoire de l’humanité commence, il s’agit de toute une série d’échecs qui en fin de compte vont aboutir au déluge. Le paradoxe est de trouver une telle atmosphère de récit dans un livre comme la Torah. Etant donné que la Torah est une révélation d’espérance pour l’histoire de l’humanité, alors il est paradoxal de découvrir que le récit est si pessimiste. Il faudra arriver à l’histoire d’Abraham pour que recommence un récit de l‘identité humaine, de l’histoire de la nature humaine, avec les différents problèmes d’ordre anthropologique, moral, sociétal, spirituel, que l’humanité a à résoudre. C’est l’histoire d’une nouvelle humanité qui commence à partir d’Abraham du dedans de la première, et qui elle, est une histoire optimiste qui a pour objet ce que en français on appelle « le salut » ; et que l’histoire humaine a finalement une espérance de résoudre les difficultés, les contradictions qu’elle implique.

 

L’homme depuis, le début du récit, nous apparait comme une créature extrêmement paradoxale. Des Midrashim expliquent que tout peut être expliqué dans l’histoire du monde créé. Chaque manière d’être créature peut être ramenée à des définitions simples, mais l’identité humaine est d’une telle complexité que l’on comprend pourquoi l’humanité a commencé d’être polythéiste avant d’être monothéiste.

 

Réfléchissant sur l’identité humaine on est renvoyé à des absolus contradictoires.

Je vais relier les deux problèmes important : le caractère tragique de la conscience universelle, dramatique selon la conscience biblique, de l’identité humaine, et d’autre part, le polythéisme qui a précédé le monothéisme. La pensée naturelle de l’homme cherchant à s’expliquer son histoire, son monde, est renvoyée à un « Olympe » d’absolus contradictoires : la guerre des dieux grecs rendant compte de la contradiction des absolus. Les absolus sont contradictoires ce qui est traduit par la guerre des dieux grecs....

 

Il y a un texte important du Midrash où les rabbis du Talmud discutent avec les premiers philosophes grecs qui ont un certain nombre de questions que l’on retrouve dans la sempiternelle confrontation entre la pensée naturelle et la pensée biblique avec le postulat qu’il y a une révélation du sens absolu du monde depuis le début de son histoire, jusqu’au moment de la lecture du texte par chaque lecteur. Tout ceci a un sens qui nous est caché et qu’il faut étudier pour pouvoir le révéler. Le postulat de la lecture biblique c’est qu’il y a eu révélation.   

 

Ce que j’appelle la pensée naturelle c’est la pensée humaine qui ne pense qu’à partir des limites de ses propres forces avec le postulat qu’il n’y a jamais eu de révélation, c’est la pensée de nature qui peut être extrêmement élaborée et sophistiquée, il n’en reste pas moins que c’est la pensée de l’être de nature qui se connaît sur l’écran de l’impersonnel. L’absolu ne lui a jamais parlé, c’est lui qui parle lorsqu’il parle de lui-même. Cela ne veut pas dire la pensée primitive dans le sens négative que les modernes donnent à ce terme. La pensée naturelle cela peut être Platon.

 

Je choisis intentionnellement Platon car c’est encore le temps des premiers philosophes encore imprégnés de la mémoire des mythe du temps de la révélation qui a précédé le temps de la philosophie. A la manière de chaque tradition dans chaque société, il y a pu avoir une mémoire d’un temps où les oracles parlaient : c’est un temps analogue aux temps bibliques de la révélation biblique. Le temps de la révélation biblique a duré beaucoup plus tard que le temps des mythes des autres sociétés. Mais on ne connait plus la pensée naturelle à l’état pure car ces hommes de la pensée naturelle ont finalement lu la bible, et alors il faut toujours démêler dans leur discours ce qui en provient et ce qui provient de la pensée naturelle.

 

C’est pourquoi le Midrash est important en ce qu’il se réfère à la parole des philosophes avant que la pensée biblique n’ait été diffusée dans le monde. Aujourd’hui il n’y a plus de philosophes à l´état pur. Les philosophes, même s’ils ne l’avouent pas, ont lu la bible et possédent des tas de livres d’inspirations bibliques dans leur bibliothèques dont ils citent sans citer les sources les contenus de thèmes provenant de l’enseignement biblique. Surtout chez les philosophes juifs d’ailleurs qu’on nomme « intelligentsia juive ».

 

2- On s’aperçoit au fond qu’il y a deux récits de l’humanité : celui qui commence au 1er homme et dont l’histoire se continue chez les Nations, les Goyims. Ce sera un des sujets d’étude aujourd’hui. Il semble bien que l’humanité soit vouée à un pessimisme sans issue. A chaque stade de développement des civilisations, l’humanité cherche une espérance, et on va découvrir que en général elle cherche cette espérance dans une certaine lignée de l’humanité qui est la descendance d’Abraham.

 

Il est donc un 1er récit qui décrit les problèmes de l’identité humaine, dans une perspective tragique. Et puis un 2ème récit qui du dedans du 1er , commençant avec Abraham, reprend  les mêmes thèmes d’identité humaine mais dans la perspective d’une solution de salut.

 

***

 

Il y a donc une intention au fait que jusqu’à ce qu’arrive Abraham le récit soit très condensé ; et à partir de lui et après, cela devient de plus en plus détaillé comme en gros plan. Avec les 12 enfants de Jacob, les tribus d’Israël, les problèmes de l’identité humaines tels qu’ils sont vécus par cette lignée particulière des hébreux, qui recommence son histoire à partir d’Abraham, sont donnés de façon beaucoup plus explicite.

 

Dans notre Parashah, qui va du déluge à la naissance d’Abraham, il y a un épisode très important sur lequel nous allons réfléchir : c’est l’apparition des Nations - Goyim – dans l’humanité. Et corollairement le commencement, la germination, l’apparition de l’identité d’Israël.

 

Chapitre 11 verset 1 :

וַיְהִי כָל-הָאָרֶץ, שָׂפָה אֶחָת, וּדְבָרִים, אֲחָדִים

Toute la terre avait une même langue et des paroles uniques

 

Au coeur de la civilisation occidentale, il y a l’intuition qui rejoint l’enseignement biblique que l’humanité est une. C’est l’intuition de l’universel humain. Ce n’est pas une évidence première dans l’histoire de la pensée humaine. Pour la pensée naturelle, on parle d’abord des hommes et des différentes manières d’être homme, et ensuite, à la suite d’une conquête de l’esprit humain, on arrive à la notion de l’unité de l’homme et de l’universel humain.

 

Le 1er concept est celui de la multiplicité des manières d’être homme. On a remarqué en ethnographie que dans beaucoup de langue anciennes, le mot « homme » emploie le nom propre qui désigne la nation considérée. Il y a les hommes et les autres… Le mot « barbare » qui dérive du grec « étranger ».... etc.

 

Seulement après arrive une conquête de l’esprit qui prend conscience de l’homme universel humain.

 

En hébreu c’est l’inverse. Le nom Adam  qui désigne l’homme ne se met pas au pluriel. On dit les fils de l’homme « Bnei Adam » pour indiquer qu’il y a une unique manière d’être homme. Ensuite, l’hstoire fait que cette manière d’être homme unique, malgré les formes qu’elle prend, s’est différenciée de différentes manières d’être homme. Mais c’est un phénomène second. La langue nous oblige à dire « les fils de l’homme ». C’est pareil en arabe.  

 

Il y a d’autre expressions qui indiquent cette multiplicité plurielle des maniÈres d’être homme mais il y a d’abord la notion d’un unique « Adam » et ensuite des « Bnei Adam » différents mais qui sont tous des « Bnei Adam ».

 

Par ailleurs, la notion de fils aîné, notion biblique très importante. Jusqu’à très récemment il y a discussion entre juifs et chrétiens pour savoir qui était « le fils aîné ». Assez récemment on a entendu du Vatican que le fils aîné c’était quand même les Juifs. Ce fut quand le pape s’est déplacé dans la synagogue de Rome pour le dire au grand rabbin de Rome, 2000 ans après ! Ce que les chrétiens avaient oublié dans cette compétition au titre de fils aîné: Il y a un fils ainé ce qui signifie que les autre aussi sont des fils ! Les écclésiastiques non-européens reconnaissent ce fait sans problème et même avec la fierté d’être les petits-frères.

 

Pour en revenir au sujet, je voulais mettre en évidence cette intuition de l’humanisme contemporain, mais probablement la source de cette idée provient du temps de la découverte de l’Amérique, avec les encyclopédistes qui découvrent d’autre sociétés d’hommes sans les dévaloriser. Mais dans le discours biblique, l’ordre des propositions est radicalement inverse : premiérement il y a Adam, et après les Bnei Adam. Il n’y a aucune ambiguïté. Ensuite, on rencontre le problème des lignées humaines pour savoir comment sont nés les Goyim, les nations, c’est-à-dire les différentes manières d’être homme.

 

Depuis des années je me suis habitué à employer cette expression de « manière d’être homme » pour éviter tout un vocabulaire comme celui de « race » qui renvoit au racisme, « nation » qui renvoit au nationalisme... etc.

 

Il y a toute une espèce de réticence de l’intelligentsia contemporaine tout ce qui pourrait représenter l’affirmation d’une spécificité de chaque peuple, de chaque manière d’être homme. Comme si tout le monde avait le droit d’affirmer sa spécificité sauf Israël. Dès que Israël affirme sa spécificité, alors on l’accuse de racisme. Nous sommes victime d’un terrorisme intellectuel raciste.     

 

***

 

Pour le récit de la Bible, il y a d’abord l’humanité qui est une à l’échelle universelle, et ce n’est que de façon seconde que les nations sont apparues comme une sorte d’éclatement, de brisure, de l’unité humaine, et les nations sont le résultat de cet éclatement.

 

J’ai l’habitude de cite une image du Zohar qui est beaucoup plus qu’une image : Imaginez un miroir où Dieu s‘est regardé pour créer l’homme et le miroir s’est brisé. Alors chaque éclat du miroir ne renvoit qu’une défigure du miroir de l’homme : c’est différentes manières d’être hommes, très partiales parce que partielles, défigurées parce que issues d’un miroir brisé... On voit le visage de l’homme chez tout homme, mais à la manière de chacun. Et donc le visage de « l’homme » a disparu derrière les visages des hommes.

 

Vous approfondirez cette intuition du Midrash du Zohar par vous–même. Cela ne veut pas dire que c’est l’image de Dieu. Ce serait la lecture chrétienne.  

 

Le miroir où Dieu s’est regardé pour créer l’homme. Cela veut dire où il a imaginé le projet qu’il avait pour l’homme. L’homme a été créé - Betselem Elohim - à l’image de l’idée que Dieu s’est faite de l’homme. Il  y a une image idéale de l’homme idéal que Dieu a projeté, et c’est à l’image de cette image que l’homme a été créé. Je vous explique l’expression si mal comprise, parfois même dans le discours rabbinique que l’homme a été créé Bétselem Elohim.

 

Beaucoup de textes rabbiniques de bonne foi nous laissent entendre que c’est très mystérieux : il y a quand même quelque chose dans le modèle puisque l’image est ce qu’elle est : il y a quelque chose dans l’image qui viendrait du modèle....   

 

Un remarque du Rav ’Hayim de Volozine (Talmid ‘Haver du Gaon de Vilna) dans Nefesh Ha‘hayim.

 

Il y a en général chez les commentateurs une tendance à 2 systèmes. Le premier de Maïmonide :   Quelle est la ressemblance entre l’homme et Dieu, la créature et le Créateur ? Il y a un abîme de différences : le Créateur existe en donnant l’être, la créature existe en recevant l’être. C’est une mentalité païenne qui nous fait comprendre cette idée de ressemblance dans ces catégories simplistes de modèle et image.  

 

Dans la philosophie rationaliste on aurait tendance à dire que c’est le privilège de la pensée que Dieu en tant que Créateur a donné à sa créature humaine.

Pour Descartes, l’essence de l’homme c’est la pensée et c’est en cela que l’auteur a mis la trace de son génie dans son ouvrage humain en en faisant un être pensant.

 

Pour les rabbins kabalistes, c’est le fait d’être doué de volonté - Ratson – être capable d’avoir un projet, qui définit, parmi toutes les créatures, la specificité de l’homme.

 

Et le Rav ‘Hayim de Volozine met bien en évidence que dans le Betselem Elohim c’est le nom de Elohim qui est employé et non pas celui de Hashem. On traduit Tselem par « image » comme une image d’une photographie « Tsalam ». En français on l’entend dans le terme de « dessin » mais il faudrait l’entendre dans le sens de dessein au sens de projet.

 

De même que Elohim renvoit à l’idée de dignité de toutes les valeurs à la fois - « Hashem Hou ha Elohim » - de même l’homme récapitule tous les absolus à la fois. L’homme comme « créature impossible » (Jankelevitch) mais existant nécessairement. Il est tous les contraires à la fois. Dès que je dis quelque chose de l’homme, je peux dire le contraire. C’est un monstre philosophique, un être impossible qui pourtant existe nécessairement. 

 

Rav ‘Hayim de Volozine a eu le génie de mettre cela en évidence : de même que celui qui est Dieu est tous les absolus à la fois, de même l’homme est aussi l’unité de toute les valeurs à la fois, les valeurs et les contre-valeurs...

 

Réfléchissons simplement sur cette formule : On peut dire de l’homme chaque chose et son contraire.  De beaux textes du Talmud décrivent le caractère dramatique d’une telle identité.

Dès qu’on dit de l’homme qu’il est l’un, il est aussi l’autre…

 

La Torah décrit cette équation fondamentale de contradiction : le bien et le mal à la fois. Il s’est nourri du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et mal mélangés. Non pas le fruit de l’arbre du bien ET du mal.

 

Il n’y a pas écrit : Ets Ha Daat Ha Tov VaRâ : un fruit qui donnerait connaissance de la problématique morale ; mais il y a écrit Ets hadaat tov varâ. : la connaissance du bien et mal mélangés, l’ambiguïté des choses qui sont cet ensemble des contraires.

 

Tout l’effort de la Torah est un effort à tous les niveaux de l’être, à tous les niveaux dans la connaissance et dans la pratique pour séparer le bien du mal. « Leavdil beïn tov varâ ».

 

Lorsqu’on a séparé le bien du mal on peut commencer à se situer : est-ce que je préfère être du côté du bien ou du côté du mal ? L’homme de nature est l’homme qui vit dans l’ambiguïté et donc dans l’ambivalence des choses pas claires et floues.

 

Ce qui spécifie l’homme c’est le fait qu’il est à l’image de l’unité des valeurs. Les poètes parviennent à décrire la geste de l’identité tragique de l’homme, les romantiques s’y sont essayés, d’être à la fois le produit d’une antithèse. L’homme est à la fois très grand et très petit, très lumineux et très obscur, très bon et très mauvais. Le même homme va tricher avec cette découverte : c’est ainsi que nous sommes constitués et nous sommes donnés à un problème de tri des valeurs, de telle sorte d’être positionné par rapport à une valeur donnée et c’est là qu’intervient un jugement. « Dis-moi ce que tu as l’habitude de vouloir et je te dirais ce que tu es ». Alors que pour Descartes c’est « Dis-moi ce que tu penses et je te dirais ce que tu es », parce que son équation est « Je pense donc je suis ».

 

Nous avons donc deux positions :

=> La possition philosophique générale : ce qui spécifie l’homme c’est la pensée,

=> La position de la tradition biblique : c’est sa volonté.

 

Tout de suite on est situé dans une problématique de jugement :   

C’est la volonté qui est jugée et non pas la pensée. La pensée fonctionne plus ou moins bien chez chaque individu. Ce que dit Descartes avec un sourire ironique si je l’entends parler : « le bon sens est la chose la mieux partagée au monde » c’est faux contrairement à l’affirmation de Descartes. Il y par exemple le chaos et le désordre des synthèses des valeurs que chaque doctrine représente. La chose la mieux partagée au monde, c’est la capacité de bonne ou mauvaise volonté. La capacité de volonté. Nous sommes jugés en tant qu’homme sur notre manière de préférer vouloir ce que nous voulons. C’est un certain positionnement par rapport aux valeurs et pas du tout par rapport aux  connaissances. [Il y a dans cette thèse philosophique l’orgueil de la philosophie d’Epicure : il n’y a que les philosophes qui seraient vraiment des hommes].

 

Dans l’atmosphère de la tradition biblique, nous avons des catégories différentes. La volonté définit la spécificité de l’homme.

Et chez le Rav Hayim de Volozine la notion de « Tselem Elohim - à l’image de Dieu » fait référence à ce point précis de sa capacité à rassembler l’unité des valeurs.

 

***

 

Nous allons lire ce 1er verset du chapitre 11 qui est la préface de l’épisode connu sous le nom de la tour de Babel. L’humanité une va éclater en nations. Comment cela s’est-il produit ?

 

***

 

Q : l’homme qui est BéTselem Elohim a le bien et le mal en lui, alors comment cela se passe-t’il au niveau de Dieu ?

R : l’homme carrefour rencontre entre 2 forces contradictoires la tendance au bien et la tendance au mal, les des 2 Yetsarim (Yetser Tov et Yetser Hara : « la tendance bonne » et « la tendance au mal » avec une nuance entre les deux expressions qui exprime le souhait que la tendance à vivre, le Yetser, est bonne en elle-même et qu’elle peut porter sur l’objet du désir du mal. Mais nous sommes constitués des deux.

 

וַיִּיצֶר יְהוָה אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם

« Vayyitser Elohim et haAdam Et Dieu forma l’homme »

au verset 7 chapitre 2 avec deux Youdim, alors que pour les animaux, au verset 19, il n’y a qu’un seul Youd:

 

וַיִּצֶר יְהוָה אֱלֹהִים מִן-הָאֲדָמָה, כָּל-חַיַּת הַשָּׂדֶה

L’Éternel-Dieu avait formé de matière terrestre tous les animaux des champs

 

Pour l’homme 2 Youdim pour 2 Yetsarim.

Dire que l’homme est un carrefour, une rencontre de ces deux pulsions, et chaque grande philosophie a sa manière d’exprimer cela, j’ai en tête Spinoza qui dit de l’homme qui est le lieu de 2 tendances : la tendance de l’être à persévérer dans son être et la tendance de l’être à détruire son être que Freud a remise au goût du jour. Il y a une dualité constitutionnelle tragique, s’il n’y a pas de solution.

 

On le comprend au niveau de l’homme : ce qui fait du bien et ce qui fait du mal. Mais comment comprendre cette unité en Dieu où le bien serait le bien et le mal serait le mal ?  

 

La seule réponse claire est chez les Qabalistes : à la racine, Béshorshav, les valeurs du mal sont bien mais arrivant en bas elles sont mal. La racine de ce que nous connaissons comme mal est un bien absolu. Mais il ne s’agit pas d’oublier qu’à notre niveau, le mal fait mal.

 

Je vous donne la formulation du Rav Ashlag, grand maître contemporain : pour bien comprendre le bien et le mal dans le discours biblique il faut bien comprendre le couple altruiste-égoïste. Ce que nous désignons comme le bien, c’est tout ce qui est de l’ordre de la tendance à donner à autrui. Le modèle étant le Créateur. Créer signifie donner l’être à autre que soi. L’acte de création est l’acte moral positif par définition. Ce Yetser Tov c’est le Ratson Léhashpia’h, la volonté de donner. C’est cela le bien. Qu’est-ce que le mal ? C’est complétement l’inverse c’est vouloir recevoir. C’est recevoir qui est mal et donner qui est bien. Cela s’appelle Ratson Leqabel.

 

L’analyse phénoménologique de tout ce qui sera nommé mal, quelque soit la doctrine morale, le définit finalement comme une appétit de jouissance qui fait qu’on fait le mal : « l’envie de... ». Si je ne peux pas obtenir sans voler, alors je vole. Le vol a pour origine un Ratson Lékabael : vouloir avoir une jouissance. C’est le cas pour toute faute. Je ne vous donne pas d’autre exemple vous ferez l’analyse par vous-même.

 

Or, nous ne pouvons exister que grâce à cette volonté de recevoir l’être. Par conséquent, l’identité de créature se définit dabord par la tendance au mal avant de se définir par la tendance au bien.

 

Ce qui définit le bien c’est le vouloir donner. Par conséquent, le modèle du bien c’est le fait d’être créateur puisqu’être créateur c’est donner l’être à autrui. La notion de création dans le discours biblique n’est pas que métaphysique mais c’est l’acte moral par excellence. Par conséquent, la créature est condamnée au Yetser Harâ par la volonté du Créateur.

 

Il y a une sorte de péché originel de la créature qui n’est pas du tout d’avoir fauter mais qui est de risquer de fauter pour pouvoir exister : il faut manger pour vivre ! Mais nous ne nous sommes pas inventer comme cela. L’effort consiste à manger sans voler, manger sans tuer, manger sans envier...etc.

 

Mais puisqu’il faut recevoir pour exister, on est donc condamné premièrement à avoir un Yetser Harâ. C’est un enseignement du Talmud : l’enfant jusqu’à sa Bar Mitsvah n’a qu’un Yetser haRâ, et il est en apprentissage du Yetser Tov qu’il reçoit au moment de la Bar Mitsvah. Chez l’enfant, le Yetser Harâ est innocent.  

 

[Petite parenthèse pédagogique : il faut apprendre à l’enfant à avoir envie d’avoir envie, dans l’ordre de ce qu’on a le droit de recevoir. C’est ‘Hinoukh, l’éducation. Parce que toute la vie l’enfant n’aura envie que de ce qu’il aura eu envie étant enfant. Enormément de gens court après leur enfance volée par leurs parents.... parce qu’ils ont été brimés, empêchés d’être enfants...

C’est l’erreur d’éducation des parents malhabiles. Je crois que c’est une des tares des civilisations où les enfants ne connaissent pas les grands-parents. Dans les civilisations traditionnelles ce sont les grands-parents qui élévent les petits-enfants jusqu’à ce que les parents soient capables de prendre le relai. Dans nos civilisations il n’y a qu’a voir le signe révélateur de la multiplications des cours de pédagogie de l’éducation de l’enfant. Cela atteint effectivement les civilisations qui font disparaître les vieillards au profit des vieux.]

 

La racine de tout mal en bas est un bien absolu en haut.

Si je n’ai pas la capacité de vouloir recevoir, la vie s’arrête. C’est la condition de l’existence de créature. Je pourrais analyser dans beaucoup de dimensions cette notion, mais je vais simplement vous raconter un Midrash du Talmud pour vous dire jusqu’où les rabbins ont formulé cette notion, et après je reviendrais au fond de la question qui je crois est déjá bien avancée.

 

Midrash du Talmud :

C’est un thème beaucoup plus général que je vais formuler en le résumant :

Il y a eu un temps de la révélation qui était contemporain du temps de l’idolâtrie. On a remarqué cela : Pendant tout le temps de la prophétie, il y a eu idolâtrie en Israël. ON remarque que dès que la prophétie cesse, l’idolâtrie cesse. C’est au temps d’Ezra et Néhémie, les derniers prophètes s’arrêtent de prophétiser et les 1er sages commencent à enseigner, c’est le temps de la fin de la révélation. En terme de repère biblique, c’est le temps de la Méguilat Ester. La fin de la révélation. L’idolâtrie s’arrête.

On remarque cela avec beaucoup d’étonnement que les prophètes (qui étaient des géants) n’arrivent pas à extirper l’idolâtrie d’Israël et du temps des maîtres de la Mishnah il n’y en a plus !  Quelle est l’explication ?  Lorsqu’il y a révélation, alors on voit et lorsqu’on voit .../... 

Les modernes ne sont pas capables d’idolâtrie parce qu’ils ne sont pas capables de prophétie. Je ne voudrais pas approfondir cette remarque, réfléchissez-y par vous-mêmes.

 

Le Talmud raconte cela ainsi : après la destruction du 1er temple, l’exil de Babel, Ezra a fait une prière pour que le Yetser Harâ de l’idolâtrie disparaisse.

 

Il y a trois Yetser Harâ: celui de l’idolâtrie (dans les rapports à Dieu), celui de la débauche (rapports  soi-même) et celui du meurtre (rapports à autrui), les trois fautes capitales interdites.

 

Ezra a prié pour que le Yetser Harâ de l’idolâtrie disparaisse. Et la prophétie s’est arrêtée ! C’est effectivement de son temps qu’elle s’est arrêtée. Le temps biblique est clos à ce temps-là et commence le temps du judaïsme comme fidélité à ce qu’a été l’enseignement des Prophètes.

Alors Ezra s’est dit : si déjà c’est « êt ratson », un temps où les prières sont écoutées, alors je vais faire un 2ème priére pour que le Yetser Harâ de la débauche s’arrête. La Guémara dit alors: On ne trouvait plus d’oeuf au marché ! La vie s’est arrêtée » ! Ezra a alors demandé le retour du Yetser Harâ de la débauche mais de manière affaiblie. L’image du Talmud c’est qu’avant le Yetser Harâ était comme un lion, mais maintenant ses yeux sont crevés…   

On s’aperçoit effectivement d’un stade dans l’histoire de l’humanité où les hommes - sauf dans les  cas de génies de perversions (Pompéi) - ne sont plus capables d’autant de débauches que celle des société païennes de l’antiquité.

…/…

lire la suite ici 

 

******

 


 

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Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
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