Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 mai 2010 4 13 /05 /mai /2010 15:09

Nasso (1993)

 

Nasso (1993) 2ème Partie

 

http://www.toumanitou.org/toumanitou/la_sonotheque/parasha/nasso/cours_1

Face B

 

…/…

Si Dieu se révèle la liberté disparait.

 

La grandeur des prophètes, c’est précisément d’être à ce niveau où Dieu se révèle à eux et ils restent libres. Mais au moment du Maamad har Sinai, il est évident que « devant le roi, le serviteur, l’esclave, n’est pas libre » pour reprendre la formule du Midrash. Alors le Roi se cache pour nous laisser croire que l’on est libre.

 

Le mérite d’Israël est d’avoir atteint le pied de la montagne en sachant très bien ce qui les attendait.

Il y a tout un cheminement depuis la sortie d’Egypte jusqu’au Sinaï où Israël suit Moïse jusqu’au Sinaï, où ils savent très bien ce qui allait se passer au Sinaï, et ils ont dit naasse venishmah avant même que Dieu ne se révèle.

 

Voilà l’explication que propose le Maharal : la Torah est imposée, mais elle n’est imposée qu’à celui qui est prêt à l’accepter librement.

 

L’exemple que le Maharal montre : ce n’est pas à n’importe qui que la Torah est imposée.

La partie d’Israël qui est sortie d’Egypte est arrivée librement au Sinaï se faire imposer la Torah.

 

Dans l’alliance entre Dieu et Abraham, c’est Dieu qui a contracté l’alliance avec Abraham et non l’inverse. Ce n’est pas Abraham qui a contracté une alliance avec Dieu. Il faut bien lire le récit de l’histoire d’Abraham. Le récit est très clair dans la bible : Dieu se révèle à Abraham pour contracter une alliance avec lui. Mais Il ne s’est pas révélé à n’importe qui : Il s’est révélé à Abraham qui était prêt à être choisi par Lui.  Il y a tout un cheminement d‘Abraham jusqu’à ce que le récit de la Torah raconte le fait de la révélation de Dieu pour contracter une alliance avec lui.

Si c’est l’homme qui choisit de contracter une alliance avec Dieu c’est aléatoire car cela dépendra de l’arbitraire des motivations de la liberté humaine. Un jour je choisis, et un autre jour je ne choisis pas... Tandis que si c’est Dieu qui contracte l’alliance, elle est irréversible et éternelle.

 

Ce que le Maharal ajoute, et c’est très important, c’est que ce n’est pas à n’importe qui que l’on impose le pacte de l’alliance.  C’est à celui qui était prêt à le choisir lui-même.

 

Et puisque Israël était prêt à accepter la Torah, alors Dieu la lui impose pour que cela soit irréversible et éternel.

 

Et le Maharal ajoute encore une autre explication: parce que il ne peut pas y avoir d’aléatoire avec la Torah. C’est la charte du monde. Et le Maharal a la formule suivante : Il ne fallait pas qu’Israël s’imagine avoir reçu la Torah parce que c’était sa bonne volonté, comme si cela dépendait de lui. C’est trop important pour  que cela repose sur l’aléatoire de la motivation du choix humain et de son bon vouloir.

 

Le Maharal nous donne l’exemple du mariage : c’est un pacte imposé aux mariés. Mais ce n’est pas à n’importe qui qu’il est imposé : il est imposé à des fiancés.

C’est pourquoi la période la plus vulnérable, c’est celle entre les fiançailles et le mariage. C’est là qu’on se donne sa foi. C’est étymologiquement ce que signifie se fiancer : se donner sa foi. Et c’est scellé par le mariage et il est irréversible. Mais il y a la clause du divorce. La Torah est loi de vérité et elle sait que si nous possédions la sagesse nécessaire pour réussir les mariages, le divorce serait interdit. C’est permis car l’homme a perdu cette sagesse. 

 

Donc si un mariage échoue alors la Torah prévoit le divorce, mais le prévoit comme un malheur.

Lorsqu’il y a un divorce, les pierres de l’autel verse des larmes (surtout pour le cas du mariage Zivoug Rishon). Le divorce est une catastrophe. Si on savait comment marier les couples, les divorces seraient impensables.

 

On a perdu cette science de savoir marier les couples ; cela a existé, les vieilles grand-mère savaient quelle fiancée était pour quel petit fils et quel fiancé pour telle petite fille....

 

On peut espérer que si « un mariage fait deux heureux, un divorce fait 4 heureux » 

 

En ce qui concerne le pacte d’alliance entre Dieu et Israël, le mariage est éternel et irréversible.

 

Au début du prophète Amos, on apprend ceci où la conduite d’Israël est tellement rebelle que Dieu dit par la bouche d’Amos : « Si Je ne m’étais pas interdit de vous changer par un autre peuple, il y a longtemps que j’aurais changer... mais voilà je me le suis interdit »

 

Maharal : Il y a un seul cas de mariage où le divorce est impossible, c’est lorsque la fiancée a été prise de force, violée par le fiancé. La Torah impose la mariage (si la femme le désire) et ils ne peuvent plus divorcer. C’est prévu par la Torah comme cela. C’est ce qui s’est passé au Sinaï. Dieu a pris Israël de force, pour s’interdire de la divorcer et que cela soit irréversible.

 

Je résume tout cela :

ð   La Torah est imposée parce que la révélation prive de liberté, mais ce n’est pas à n’impote qui qu’on impose mais à ceux qui sont allés librement au Sinaï.

ð   Il y a une clause importante : le fait que la Torah soit imposée assure qu’Israël est en alliance éternelle avec Dieu

 

[Quand Dieu a créé le 1er homme, il lui a dit : si tu es sage tu auras une image (à l’image de Dieu) et quand Dieu se revéle au Sinaï il lui dit : tu seras sage et tu n’auras pas d’image.]

 

Depuis le temps du 1er homme, seul Israël est arrivé au Sinaï. A partir du moment où Dieu est convaincu qu’Israël dans sa collectivité a acccepté les éventualités et les conditions de la Torah, alors Il l’impose. C’est irréversible et cela ne dépend plus des individus. La collectivité d’Israël est mariée avec la Torah. Cela ne dépend plus de lui. L’alliance avec Israël sera éternelle quelque soit la conduite des individus parce que c’est un pacte avec la collectivité d’Israël.

 

C’est une chose que les Goyim admettent difficilement que l’alliance est irréversible et éternelle quelque soit la conduite des individus. Dans une église on fait partie de l’église que si on est un saint, un parfait. Alors que pour Israël, tout Israël est Israël. A l’échelle instantanée de chaque génération.

 

On a vu le risque de disparition à l’échelle individuelle. Même pour les sectes religieuses. Les Saduccéens étaient des Juifs très pieux mais qui n’étaient pas nationalistes (ils étaient des citoyens grecs de religions juive, des juifs très pieux) ont disparus.

 

Un commentateur de la Hagadah explique cela comme ça :

A la longue si on ne reste pas soumis à la Torah alors on disparait.

Sur la Mishnah des 4 enfants de la Hagadah de Pessa’h :

A la 1ère génération un bon juif, ‘Hakham

A la 2ème la révolte, c’est un Rashâ. 

A la 3ème c’est le Tam.

A la 4ème, on en sait plus quelles sont les questions qui se posent sur l’identité juive.

En 4 générations, c’est l’assimilation...

 

C’est relié au verset dans les 10 paroles du Sinaï que Dieu tient compte de la faute des pères sur les fils, quand les fils refont la faute des pères, jusqu’à la 4ème génération.

 

Cela veut dire tant que l’on peut encore connaitre personnellement la lignée. Quand le fils connait son père et le petit-fils son grand-père et le petit-fils son arrière grand-père, et aprés c’est fini.

 

Cela veut dire : Dieu tient compte de la faute des fils, en les considérant comme les fils des pères, que jusqu’à la 4ème génération. Aprés il y a dilution d’identité et perte de cette identité.

 

***

 

Analyse de la Guémara :

Formulée en terme de culture générale : Où était le mérite d’Israël d’avoir accepté la Torah au Sinai ? L’essentiel c’était d’être arrivé au Sinaï.

 

Nous avons, chacun d’entre nous, une expérience très analogue. Lorsque l’on vient étudier la Torah, on ne sait pas ce qui nous attend. Puis subitement, on s’aperçoit que l’on est dedans et qu’on est arrivé. C’est exactement là l’expérience du Sinaï. Où était le mérite ? C’est celui d’être arrivé là où cela s’est passé ! A partir du moment où une évidence est perçue comme évidence, on ne peut plus faire autrement que de la percevoir comme telle. Où est donc le mérite ? C’est celui d’accepter d’entendre. Il y a énormèment d’implication à ce que je viens de dire là !

 

En termes de culture générale, je vais poser le problème dans le vocabulaire de l’opposition entre le judaïsme et le christianisme.

 

Selon le christianisme, le judaïsme est la religion de la loi imposée alors que la vérité religieuse serait comme dans le christianisme, le choix volontaire de la bonne volonté.

 

Nous allons voir d’aprés cet enseignement de la Guemara de quoi il s’agit.

 

Les 2 termes à comprendre qui viennent du vocabulaire des philosophes lorsqu’ils parlent du problème morale  sont :

ð   l’hétéronomie de la loi : la loi est imposée de l’extérieur, elle est hétéronome. Nomos - régle hétéro - ailleurs.

ð   l’autonomie de la conscience « auto nomos » la loi vient de moi.

 

Les philosophes sont en général imprégnés du christianisme et de ses catégories, et considèrent que la vérité morale c’est selon ma bonne volonté. C’est ce que moi je perçois comme étant le bien, alors que obéir à une loi qui m’est imposée de l’extérieur, ce serait très inférieur.

C’est ainsi que se pose le problème dans la culture générale. Et c’est exactement notre problème :

 

La Guémara nous dit que la loi est hétéronome. Elle m’est imposée de l’extérieur.

L’erreur c’est d’oublier qu’elle n’est imposée de l’extérieur qu’à celui qui était prêt de par lui-même à la choisir dans sa bonne volonté. Ce n’est qu’à celui qui a d‘abord compris par lui-même que la vérité était dans l’adhésion à la loi morale, que la loi morale peut être donnée de l’extérieur.

 

C’est la raison pour laquelle il y a toute l’histoire des 6 générations des Patriarches avant le temps de la révélation du Sinaï. Et qu’il y a toute une identité morale du peuple Israël avant la révélation de la Torah. La Torah n’a été révélée qu’aux enfants d’Israël. Et l’histoire des enfants d’Israël se déroule depuis Abraham jusqu’à Moïse. Il y a acquisition de la conscience morale, alors la loi est révélée et non pas l’inverse. C’est parce que dans ce peuple la conscience morale a émergée que la loi morale a été revélée.

 

C’est exactement le contraire dans l’enseignement des Chrétiens : il y a d’abord l’enfance de l’humanité où on impose la loi comme on impose une discipline aux enfants, et ensuite à l’âge adulte, on s’en dégage lorsque l’on est de bonne volonté par soi-même. C’est tout le contraire.

 

Mes premières discussions avec les théologiens chrétiens qui appellent ce sujet-là la pédagogie de la loi. La loi pédagogue sert à préparer une pédagogie morale et ensuite cette conscience morale c’est l’autonomie. Les évèques chrétiens belges du Congo interdisaient la circoncision aux congolais qui continuaient à la pratiquer parce que c’était une prescription de la Torah.

 

Il y aurait un stade préliminaire du judaïsme où la loi est imposée et ensuite elle est supprimée ?

On s’aperçoit vite que cela ne tient pas debout.

 

Leur stade de la loi, c’était la loi romaine, qui n’avait rien à voir avec la loi de la Torah.

C’est cette apparence de la loi terrible, la loi qui tue et qui amène la faute, c’est la loi impersonnelle du droit romain et ce n’est pas du tout la loi de la Torah. Tout est à l’envers.

 

La Guémara, en expliquant un seul mot du verset, nous dévoile un problème important pour notre histoire : d’un part pour notre histoire : que s’est-il passé au Sinaï ? Et d’autre part quelle est la régle de la vérité morale ? Ce n’est qu’à celui qui a déjà accédé à l’autonomie de l’expérience de la conscience morale du devoir qu’on impose la Torah. On n’impose pas la Torah à n’importe qui.

 

Daber el benei Israël

Pourquoi faut-il parler aux enfants d’Israël et pas aux autres ?

Parce que seuls les enfants d’Iisraël peuvent recevoir la Torah, parce qu’ils sont déjà moraux.

Cf. le Derekh Erets précède la Torah.

C’est un problème très important =>Il faut d’abord avoir résolu le problème moral pour pouvoir s’approcher de la Torah.

 

C’est l’histoire d’Israël. L’acquisition de la loi morale, c’est d’Abraham à Moïse et à partir de Moïse c’est la sainteté de la Torah.

 

La communauté juive est souvent envahie par une mentalité complétement différente car acquise en exil, alors que il est évident  que sans la base du Derekh Erets, la moralité qui précède la Torah, la Torah ne peut pas être reçue. Il y a énormèment trop de communautés où le souci moral est indépendant du souci religieux.

 

***

 

Q : Le but de la sortie d’Egypte est d’aller en Israël et ce n’est qu’à postériori que Matan Torah est nécessaire.

R : Dans la Hagadah : « s’il nous avait approché du Sinaï sans nous donner la Torah Dayénou ! Cela nous aurait suffit ! »

 Comment est-il possible de dire une chose pareille ?

Dans le Chapitre 19, la rencontre au Sinaï c’était d’entendre « vous serez pour moi un peuple de prêtres » et ensuite il a fallu à postériori habiliter Moïse comme prophète de la Torah, alors il y a eu les 10 commandements. Si Israël avait été appelé à être un peuple de prêtres et qu’il ne sait pas comment il faut faire et que l’on ait besoin de préciser les choses en dix points c’est que c’est pas à lui que l’on parle. Moïse seul pouvait être Israël, mais c’est le peuple tout entier qui a été appelé à la Torah de Moïse. Alors il fallait enseigner au peuple la Torah de Moïse. Moïse n’avait pas besoin qu’on lui enseigne la Torah. C’est Israël qui avait besoin qu’on lui enseigne la Torah. 

En fin de la Hagadah : « et s’il nous avait donné la Torah sans nous mener en Israël, Dayenou ! »

Cela signifie que d’emblée tout aurait dû être mérité par nous-mêmes, et voilà que d’étape en étape, il a fallu qu’on reçoive... 

 

Q : quel est notre mérite à nous enfants de nos parents ?

R : le mérite c’est de reconnaitre ses parents. C’est ce que le Midrash enseigne pour la revélation de Moïse : Moïse entendant la voix de Dieu a entendu la voix de son père : c’est quand Moïse hébreu s’est relié à son père hébreu que Dieu s’est révélé à lui.

L’expérience nous montre que dans la majorité des cas (toutes les exceptions sont possibles), les Juifs qui ont des problèmes avec la Torah ont en général des problèmes avec leurs parents.

Un verset dit : « connais le Dieu de ton père ».

 

< fin >

*****

Partager cet article

Repost 0
Published by Manitou - dans PARASHAT HASHAVOUA
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : MANITOU
  • MANITOU
  • : Bienvenue sur le blog MANITOU! Cet espace est consacré au Rav Léon Askénazi - Manitou - זצ"ל.Vous y trouverez des textes rédigés à partir de cours audio enregistrés (disponibles sur www.toumanitou.org) En modeste hommage à ce Rav génial et extraordinaire...
  • Contact

Recherche